L’homme qui arrêta le désert, Yacouba Sawadogo Damien Deville

Quand un homme seul donne de l’espoir à tous

Au Burkina Faso, Yacouba Sawadogo n’est pas un homme ordinaire, même s’il fut un enfant puis un adolescent comme les autres. Né dans les années 50 il a grandi au village et à suivi les conseils avisés de son père pour apprendre à cultiver la terre.

Mais un jour, la terre s’est asséchée et les villageois sont partis à la ville, la faim et la misère étant la seule issue s’ils restaient dans leur village. Yacouba Sawadogo n’a pas fait comme eux.

Enfant, l’école coranique a été sa seule éducation, c’est dire s’il manquait d’outils pour s’engager dans la vie et tenir son échoppe. Il a bénéficié du soutien des cheikhs, qui donnent de sages conseils et aident à trouver la bonne ligne de conduite, œuvrent à perpétuer les tontines et sont garants de paix sociale. Si elle s’avère incomplète pour armer les élèves pour affronter les difficultés de leur vie future, c’est cependant son éducation Coranique et la force de la parole de l’islam qui l’ont aidé lorsque le temps est venu de prendre sa vie en main, et de creuser, de planter, encore et encore. À la richesse éventuelle il a choisi les arbres, réconciliant la nature et la culture pour sauver ses terres de la sécheresse et de la catastrophe annoncées.

C’est son histoire qui nous est racontée ici. Preuve s’il en est que l’œuvre d’un seul homme peut parfois compter bien plus que celle de toute une communauté quand sa finalité est la sauvegarde de la vie et que son action va dans cet unique but.

Usant de techniques ancestrales comme le zaï, qui consiste entre autre à creuser des trous à une certaine distance les uns des autres, trous que l’on arrose et que l’on nourrit régulièrement avant d’y mettre les jeunes plans, mais aussi former des murets de pierres, utiliser la nature dans sa diversité, ici même les termites ont leur place, autant d’éléments qui ont permis le succès de son action. En plantant les arbres, Yacouba a modifié le climat de son territoire.

Un livre intéressant car il nous permet de comprendre la difficulté de vivre lorsque l’ont est un paysan dans ces villages et la puissance de la volonté et du sens humain de certains hommes capables de relever de tels défis.. Il nous montre les changements dus tant au climat qu’à la mondialisation, achat de terre par l’Asie et monoculture étant parmi les effets le plus délétères. Mais aussi l’importance de la religion, Islam étant prépondérant mais subsiste toujours la religion Animiste.

Catalogue éditeur : Éditions Tana

Depuis le Burkina Faso, aux confins des dunes sahariennes, une voix inspirante s’élève : celle de Yacouba Sawadogo. Lauréat du Right Livelihood Award, prix Nobel alternatif, il consacre sa vie à planter des arbres aux portes du désert.
Alors que tout semblait perdu, qu’au début des années 1980, une grande sécheresse décimait les troupeaux et contraignait les familles à l’exil, Yacouba a fait le choix de retourner à la terre. En réinventant la méthode ancestrale du zaï, en renouant avec les héritages de sa propre lignée familiale, les « faiseurs de pluie », et en défrichant les chemins d’une quête spirituelle, il a ressuscité la vie. Les familles se sont réinstallées, les champs ont retrouvé leur fertilité, et l’antilope, le hérisson et l’oiseau ont repris leurs quartiers : le village de Yacouba est redevenu un monde de relations, une oasis verdoyante, une terre de poésie et de partage. …

Date de parution : 20/01/2022 / 15.90 € / EAN : 9791030103977 / Pages : 144

T, Haruki Murakami

Quand T-Shirt rime avec passion et collection

Haruki Murakami ou l’art du dérisoire. Un t-shirt, rien de plus banal, peut-être aussi rien de plus amusant, personnel, offert, différent, singulier.

C’est en faisant une sorte de liste à la Prévert de ses T-shirts préférés que l’auteur a décidé de nous parler de lui.

Lui et son amour de tel ou tel modèle, les circonstances de l’achat, du cadeau, les mots échangés, les sourires ou les silences. Pourquoi, quand, avec qui, il y a tout cela et plus encore. Comme par exemple un t-shirt qui fait la publicité pour de hamburger, ou au contraire pour Murakami lors de la parution d’un de ses livres. Ceux des magasins de disques, ceux qui parlent d’animaux, ceux avec quelques mots, le moins possible, écrits dessus, ceux achetés lors de concerts mythiques ou du moins que l’on a vraiment aimé, bref, il y en a pour toutes les occasions, et c’est ce que l’auteur nous rappelle ici.

En fin du livre, on trouve deux intéressantes interview de l’auteur à propos de sa collection de t-shirts.

D’ailleurs, et vous, si vous deviez chercher lequel de vos t-shirts vous aimez le plus ? Ou celui dont vous n’arrivez pas à vous séparer ? Pour ma part, je pense que ce sont les deux qui sont sur la photo, ils ont près de vingt ans, mes enfants les avaient offerts à leur père pour une fête -des pères sans doute- ils ont bien vieillis, mais je les aime toujours autant ! Difficile de m’en séparer. Et en lisant ce livre, j’ai eu envie de faire un peu le tour de mes étagères, si je ne collectionne pas les t-shirt, je me souviens d’où ils viennent. Merci à l’auteur de m’avoir plongée dans quelques souvenirs avec parfois un brin de nostalgie ! Comme quoi, la lecture mène à tout.

C’est toujours une bonne surprise de lire les textes de Haruki Murakami, et cette édition avec sa couverture cartonnée est du plus bel effet. Alors n’hésitez-pas, qui sait, avec l’éternel T-shirt que vous offrez à vos amis à Noël, il pourrait bien y avoir aussi ce livre !

Catalogue éditeur : Belfond

Traduit par Hélène Morita

Seul le maître Haruki Murakami pouvait choisir de raconter sa vie à travers sa collection de T-shirts. Inédite en France, joliment illustrée de surprenantes photos, une autobiographie unique, à la fois nostalgique, piquante et cocasse, qui ouvre une brèche sur la personnalité un brin excentrique d’un auteur notoirement secret.

Lequel de mes T-shirts a le plus de prix pour moi ? Je crois que c’est le jaune, celui qui porte l’inscription « Tony Takitani ». Je l’ai déniché sur l’île Maui, dans une boutique de vêtements d’occasion et je l’ai payé un dollar ; après quoi, j’ai laissé vagabonder mon imagination : quel genre d’homme pouvait bien être ce Tony Takitani ? Puis j’ai écrit une nouvelle dont il était le protagoniste, nouvelle qui ensuite a même été adaptée en film.

EAN : 9782714497192 / Nombre de pages : 200 / 24.00 € / Date de parution: 10/11/2022

Les enfants endormis, Anthony Passeron

Dire pour ne pas oublier, un beau roman de filiation et de transmission

Les années 80, si certains l’ont oublié depuis longtemps, sont restées dans les mémoires comme étant les années SIDA. Ce cancer gay comme on a pu si injustement le nommer a touché de nombreux jeunes, et en particulier de jeunes accros aux injections de drogues fortes.

Dans la famille d’Anthony Passeron, famille installée depuis longtemps dans un village des hauteurs de Nice, c’est l’aîné, Désiré, le fils aimé, celui dont les parents attendait tout, qui a un jour pris ces chemins de traverse qui l’ont mené droit vers une mort annoncée.

Pourtant, avant, il y a une l’enfance et l’adolescence au village. Les parents qui tiennent une boucherie prospère. Une famille installée à l’ascension sociale emblématique de ces années que l’on a appelées les trente glorieuses, dans cette après guerre où tout était à reconstruire et où les courageux pouvaient se faire un nom et une place dans la société. Deux fils, l’un quitte l’école très tôt pour aider et sans doute succéder au père, l’autre rêve d’ailleurs, loin de ce coin de province où certes le soleil brille et le ciel est bleu mais où la jeunesse s’ennuie.

Ce seront donc Amsterdam, sa jeunesse cosmopolite, ses paradis artificiels, sa musique qui fait danser, ses filles que l’on aime avec tant de simplicité. Et sa drogue qui coule à flot dans les veines, celle des seringues que l’on s’échange, des enfants qui s’endorment à même le sol, seringue plantée dans le bras.

Mais une fois revenu au pays, ramené docilement au bercail familial par son jeune frère, Désiré va développer cette maladie inconnue dont on parle peu et que seuls quelques rares médecins parisiens ou américains essaient de comprendre à l’aube de ces années 90.

Tout le talent de l’auteur est ici non pas de nous parler de sa famille comme s’il souhaitait réaliser une catharsis, mais bien de nous faire vivre au rythme de la vie et des aspirations déçues de la jeunesse des années 80. Et en alternance, dans les recherches, les hésitations, les échecs et les découvertes de la médecine des deux côtés de l’atlantique. Le parallèle est alors fait entre l’intime et le social. D’une part avec le cocon familial dans ce qu’il a de plus secret, même dans un village où tout se sait. Et d’autre part avec la vie des médecins et des chercheurs de l’époque, la complexité de leur travail, les refus, le poids et la charge affective de cette maladie dans une société intolérante et pas préparée, où la méconnaissance du virus, de la façon dont il se propage, a engendré bien des solitudes, des désespoirs et des incompréhensions dans les familles des malades, autour d’eux et jusque dans la société.

Ce livre est d’autant plus intéressant que les proches des malades de l’époque sont ceux qui peuvent encore dire, eux qui ont été les témoins de leurs souffrances et du rejet de la société, à un moment où la jeunesse oublie parfois un peu trop que la maladie, loin d’être éradiquée, touche encore beaucoup de monde alors que la médecine n’a toujours pas de solution pour la guérir.

Catalogue éditeur : Globe

Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d’interroger le passé familial. Évoquant l’ascension sociale de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé qui grandit entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux récits : celui de l’apparition du sida dans une famille de l’arrière-pays niçois – la sienne – et celui de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains.

Dans ce roman de filiation, mêlant enquête sociologique et histoire intime, il évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et la condition du malade celle d’un paria.

288 pages / 20 € / 978-2-38361-120-2 / Parution : 25 août 2022

Argonne, Stéphane Émond

Passeur de mots, passeur d’Histoire, transmission d’un fils pour son père

Quatre vingt ans après, Stéphane Émond refait le chemin qu’avait fait sa famille pour fuir la guerre. Alors qu’il vit désormais très loin du berceau familial, il a ressenti le besoin de refaire le parcours sur ces pauvres routes de France depuis l’Argonne vers le département de l’Aube pour y trouver un peu des siens, de leurs angoisses, de leurs espoirs, de la mort et de la vie.

Armé de deux très vieilles photographies et de l’alliance si fine et fragile héritée du grand-père, l’auteur part sur les routes retrouver les siens, pour comprendre la peur, pour vivre les terreurs des femmes et des enfants, pour entendre les bombardements et la mort de la grand-mère. Refaire le chemin à l’envers pour se rapprocher du passé, imaginer les préparatifs, que garder, que laisser, reviendra-t-on un jour dans cette maison que l’on quitte. Partir sans s’arrêter, passer des villes en flammes, faire partie de cette cohorte de réfugiés qui fuient la guerre sous le fracas de la mitraille. Tant de questions, tant d’incertitudes, tant de craintes sans doute.

Ce pèlerinage au sources est ici raconté à la première personne par un auteur sans fard et d’une grande sincérité quant à ses propres interrogations, lui qui a quitté depuis si longtemps la terre des ancêtres. Alternant entre présent et passé, il fait le récit d’une introspection, mais également celui d’une fresque familiale avant l’oubli, pour que ceux qui viendront après sachent et connaissent. Stéphane Émond se fait passeur d’histoire avec un petit mais aussi avec un grand H, de l’histoire familiale à celle de cette région de France creuset de tant de combats, envahie par les conquérants et meurtrie par les guerres à travers les âges.

On retrouve ici le besoin de transmettre de cette seconde génération qui n’a pas connu directement les événements dont elle parle, et dont les parents, qui eux ont vécu l’exode et la guerre, n’ont jamais évoqué leur expérience. Passeur de mots, passeur d’Histoire, transmission d’un fils pour son père.

Merci d’avoir pensé à insérer une carte de ces régions en début du récit.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

En juin 1940, comme des milliers de Français, une famille fuit son village d’Argonne. Quatre-vingts ans plus tard, tandis que l’auteur refait ce voyage jusqu’à un village de l’Aube où sa grand-mère fut tuée par le mitraillage d’un avion allemand, les souvenirs affluent. Son père, paysan et menuisier comme ses ancêtres enracinés au seuil de la grande forêt, sa mère qui divague, les voisins, les maisons, la guerre qui plusieurs fois en un siècle fit passer le fer et les flammes sur cette terre des confins de Champagne et de Lorraine…
Stéphane Émond, qui a quitté son pays et fait sa vie ailleurs, loin des outils du père, au milieu des livres, recueille l’histoire universelle des siens, tantôt sévère, tantôt riante, toujours laborieuse, et l’unit dans ce récit aux champs, aux arbres, aux rivières, à la terre où ils reposent.

Paru le 18/08/2022 / 128 pages / ISBN : 9791037109934 / 16,00

Seul pour tuer Hitler, Jean-Baptiste Naudet

Cet homme qui a voulu tuer Hitler, ou quand la narrative non fiction se lit comme un roman

En novembre 1938 un homme seul tente d’assassiner le Führer. Ce jeune suisse, ancien séminariste de 22 ans est prêt à tout pour parvenir à ses fins, au risque d’y laisser la vie.

Pendant ses années au séminaire, Marcel Bauvaud a appartenu à la confrérie du mystère. C’est une association quasi secrète de jeunes très motivés pour asseoir le pouvoir et la force du catholicisme. Et les agissement du Führer en ces années 1936 sont contraires aux préceptes de leur religion, il convient donc de l’empêcher d’agir par tous les moyens. Et quel autre moyen serait plus efficace que la mort.

Marcel Bauvaud est un jeune homme intrinsèquement bon qui refuse de faire le mal et veut appliquer à la lettre les commandements, mais dans le cas qui l’intéresse, tuer un futur assassin, est-ce réellement une faute ? En tout cas, si c’en est une, il est prêt à l’assumer.

Après avoir quitté le séminaire, la rigueur et l’ordre ne sont plus ses priorités, et sur les injonctions de son amis le délirant Marcel Gerbohay qui se prend parfois pour un rescapé du massacre de la famille du Tsar, il décide de partir accomplir son destin. Il quitte Neuchâtel et le voilà en Allemagne, de Munich à Berlin, de Baden-Baden à Berchtesgaden, il traque le petit caporal qui foule aux pieds l’Église catholique, l’humanisme, le pacifisme, l’indépendance de la Suisse.

Son échec sera cuisant, il sera arrêté, torturé puis condamné à mort par la très efficace Gestapo qui protège comme une louve la vie de son führer.

Il faut dire que Hitler a été la cible de nombreuses tentatives d’assassinat hélas non abouties. Pourtant celle-ci est longtemps restée inconnue, le silence qui a été fait au moment des faits a longtemps perduré, y compris en Suisse.

À partir d’éléments d’archives, Jean-Baptiste Naudet construit un récit prenant qui restitue le contexte de l’époque et le destin de Maurice Bavaud. C’est tout à fait passionnant, parfois dur, mais tellement vrai. Une véritable leçon à la fois de courage et d’inconscience. Ce récit se lit comme un roman, se vit comme un moment d’Histoire. De plus, comment ne pas lui trouver d’écho dans l’actualité internationale.

Catalogue éditeur : éditions Novice

Un homme seul va tenter de tuer Hitler. Un homme isolé, désintéressé qui, de sa propre initiative, sans rien dire à personne, sans aide aucune, a décidé d’éliminer le Führer. Pendant des semaines, il va traquer le dictateur dans une Allemagne nazie quadrillée par la Gestapo. Inspiré par sa foi catholique, cet ancien séminariste est prêt à tout, y compris à sacrifier sa vie.

172 pages ; 200 x 130 cm ; broché / ISBN 978-2-492301-07-0 / EAN 9782492301070 / 17,90 €

Je suis le carnet de Dora Maar, Brigitte Benkemoun

Suivre Dora Maar, la femme, l’amante, la muse, l’artiste, La femme qui pleure

Depuis le temps que j’avais envie de le lire, je trouve la démarche, le hasard, les recherches fascinants.

Photographe, peintre, muse de Pablo Picasso, Dora Maar est une femme qui a évolué dans le cercle des artistes, surréalistes, intellectuels des années 50. Alors trouver dans un étui acheté par correspondance le carnet d’adresses de Dora Maar, ou même seulement imaginer que cela soit possible est une véritable gageure. C’est pourtant ce qui est arrivé à l’autrice qui a eu la bonne idée, lorsqu’elle est tombée sur des adresses toutes plus incroyables les unes que les autres, de poursuivre ses recherches.

En partant de ces numéros de téléphone et de ces adresses elle remonte le fil de la vie de Henriette Théodore Markovitch, née en novembre 1907 à Paris. Muse du peintre le plus emblématique du XXe. Belle intelligente farouche volontaire hautaine entière volcanique coléreuse exaltée orgueilleuse digne cultivée snob… Les qualificatifs ne manquent pas pour l’évoquer. Et cependant, qui peut se targuer de dire qu’à part citer le si célèbre tableau de Picasso, la femme qui pleure, il ou elle connaît le personnage, sa vie, sa carrière.
Cocteau, Chagall, Giacometti, Balthus, Breton, Lacan, Éluard…
vétérinaire, plombier, architecte…
Et Picasso, à qui elle donne sa vie, son amour, qui lui vaudra sa défaite et sa légende.

Ce que j’ai aimé ?

Embarquer dans ce carnet, parcourir les adresses, retrouver les numéros et les noms parfois oubliés, suivre un parcours de vie, celui de Dora Maar, la femme, l’amante, la muse, l’artiste, la désespérée.

J’ai aimé que le cheminement ne soit pas simplement guidé par un ordre alphabétique ou qu’il se concentre seulement sur des noms connus, mais que s’y mêlent aussi ceux qui ont côtoyée Dora Maar dans sa vie de tous les jours, qui ont vécu eux à son époque. De plus je suis une inconditionnelle de Picasso. J’aime lire tout ce qui m’en apprend un peu plus sur cet homme qui a brisé plus d’un cœur, mais qui a marqué sont époque par son art et sa créativité. J’ai passé un excellent moment de lecture.

Catalogue éditeur : Stock, Le Livre de Poche

Il était resté glissé dans la poche intérieure du vieil étui en cuir acheté sur Internet. Un tout petit répertoire, comme ceux vendus avec les recharges annuelles des agendas, daté de 1951.
A : Aragon. B : Breton, Brassaï, Balthus… J’ai feuilleté avec sidération ces pages un peu jaunies. C : Cocteau, Chagall… E : Éluard… G : Giacometti… Chaque fois, leur numéro de téléphone, souvent une adresse. Vingt pages où s’alignent les plus grands artistes de l’après-guerre. Qui pouvait bien connaître et frayer parmi ces génies du XXe siècle ?
Il m’a fallu trois mois pour savoir que j’avais en main le carnet de Dora Maar.
Il m’a fallu deux ans pour faire parler ce répertoire, comprendre la place de chacun dans sa vie et son carnet d’adresses, et approcher le mystère et les secrets de la « femme qui pleure ». Dora Maar, la grande photographe qui se donne à Picasso, puis, détruite par la passion, la peintre recluse qui s’abandonne à Dieu.

7,70€ / 288 pages / Date de parution : 10/11/2021 / EAN : 9782253820444

Le pain perdu, Édith Bruck

Trouver les mots pour dire l’innommable, écrire pour ne jamais oublier

Parce qu’elle a senti que sa mémoire allait être bientôt défaillante, à 90 ans Édith Bruck a décidé d’écrire, pas un simple texte à ajouter à ses déjà nombreux écrits, non, mais un récit unique. Le récit impossible d’une vie, celle d’une des dernières grande voix, d’un des derniers témoins de la Shoah. Édith Bruck est née en Hongrie, et a vécu en Italie la plus grande partie de sa vie.

Le pain perdu, c’est celui que la famille n’a jamais pu manger car les soldats sont arrivés pour leur faire prendre le train qui devait les emmener dans le camp de concentration.

Le pain perdu, c’est la famille disloquée, la mère qui part à gauche, là où est le feu, les filles à droite, et Édith qui s’accroche à sa mère mais que le soldat fait changer de file, Édith qui ne finira pas dans la fumée du camp comme tant d’autres femmes, enfants, vieillards, hommes, arrivés là en même temps, avant ou après elle.

C’est une enfant née le 3 mai 1931 dans une famille juive pauvre, l’enfance heureuse d’une fillette qui travaille bien à l’école ; ce sont les premières manifestations de racisme contre les juifs dans son petit village de Tiszabercel, près de la frontière ukrainienne, un village jusque là plutôt tranquille ; puis a 13 ans en avril 1944, c’est la déportation, le matricule 11152, Birkena, Auschwitz, Kaufering, Dachau, Bergen-Belsen, les camps d’extermination, les privations, la faim, l’épuisement, les morts, les longues marches dans le froid ; la libération en 1945 ; l’exil en Israël, et toujours, ensuite, tenter de vivre après ça.

C’est n’avoir aucun mot pour dire, pas d’échange possible avec ceux qui n’ont pas connu cette horreur, et tant de questions, tant de pourquoi, tant de douleur. C’est le rêve fou d’aller en Israël, la désillusion, puis la vie en Italie, et les mots, toujours, pour dire.

C’est un récit autobiographique à la lecture nécessaire, douloureuse, indispensable. Le témoignage des survivants, ceux qui bientôt ne seront plus là, ceux qui encore peuvent nous dire, à nous les générations suivantes ce que fut le mal absolu.

On ne peut que penser aux témoignages de Primo Levi, Marceline Loridan, Charlotte Delbo et tant d’autres en lisant ce livre qui se termine sur une lettre à Dieu, mais quel Dieu, celui qui a laissé faire tout cela ? Le pain perdu, à faire lire, encore et encore, pour ne jamais oublier.

« Je t’écris à Toi qui ne liras jamais mes gribouillis, ne répondras jamais à mes questions, à mes pensées ruminées pendant toute une vie. »

Édith Bruck a publié une trentaine d’ouvrages en six décennies d’écriture, mais Le pain perdu, publié aux Éditions du sous-sol, lui a valu, à 90 ans, une aussi soudaine que tardive notoriété en Italie. Le livre a remporté le prix Strega Giovani, équivalent du Goncourt des lycéens, le prix Viareggio.

Catalogue éditeur : éditions du Sous-Sol

Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle, une langue qui blesse moins que la mienne, maternelle.”

En moins de deux cents pages vibrantes de vie, de lucidité implacable et d’amour, Edith Bruck revient sur son destin : de son enfance hongroise à son crépuscule. Tout commence dans un petit village où la communauté juive à laquelle sa famille nombreuse appartient est persécutée avant d’être fauchée par la déportation nazie. L’auteur raconte sa miraculeuse survie dans plusieurs camps de concentration et son difficile retour à la vie en Hongrie, en Tchécoslovaquie, puis en Israël. Elle n’a que seize ans quand elle retrouve le monde des vivants. Elle commence une existence aventureuse, traversée d’espoirs, de désillusions, d’éclairs sentimentaux, de débuts artistiques dans des cabarets à travers l’Europe et l’Orient, et enfin, à vingt-trois ans, trouve refuge en Italie, se sentant chargée du devoir de mémoire, à l’image de son ami Primo Levi.

« Pitié, oui, envers n’importe qui, haine jamais, c’est pour ça que je suis saine et sauve, orpheline, libre. »

Édith Bruck, née Steinschreiber, voit le jour le 3 mai 1931 à Tiszabercel en Hongrie. À sa déportation, elle consacre à partir de 1959 plusieurs récits et poèmes dans la langue italienne qu’elle a adoptée en choisissant de vivre à Rome, dès 1954. Épouse du poète et cinéaste Nelo Risi, elle évoque souvent cette passion dans ses romans. Journaliste, scénariste, documentariste, comédienne, cinéaste, dramaturge, elle a multiplié les activités, sans jamais renoncer à témoigner de son expérience et sans jamais recourir à la haine.

Traduit de l’italien par René de Ceccatty / 176 p. / 16,50 euros / paru le 7 janvier 2022 / ISBN : 9782364686090

Algérie ma déchirure : fragments de vie

Un beau livre de Behja Traversac illustré par les aquarelles de Catherine Rossi

De page en page, les souvenirs s’égrènent et font revivre les quartiers d’Alger, les amis, la famille, les événements qui se sont succédé jusqu’à l’exil.

Un livre qui peut se lire au hasard, ou en tournant chaque page pour y voyager au fil des souvenirs, des thématiques qui regroupent certains chapitres, comme les voix des femmes, l’exil, l’enfant innomé.
Quelques textes écrits au fil des ans ont trouvé ici leur place.

L’autrice nous fait faire un voyage insolite et émouvant. Tout au long du livre, on la sent attentive aux autres, en particulier à tous ceux qui ont croisé sa route.
Un récit ponctué de quelques poèmes qui allègent parfois la douleur des instants vécus, de ceux qui ont été subits, rêvés, oubliés parfois. Les souvenirs de ces vies vécues ensemble pendant un temps déjà lointain, puis séparées à jamais.
J’ai apprécié ce voyage fait sans aucune amertume, juste au fil des souvenirs, mais que l’on sent toujours empreint d’une grande tendresse pour ce passé révolu à jamais.

Catalogue éditeur : Chèvre feuille étoilée

Alger, Oujda, Oran, Portsay… une ballade qui nous transporte dans un voyage insolite. Les personnages peu communs qui ont jalonné la vie de l’auteure, appartiennent à une frange de la société rarement évoquée par les historiens ou les sociologues. C’est dans une langue légère, poétique, que Behja Traversac ouvre, ici, les voies de l’intime lorsqu’il tend à l’universel.

ISBN : 9782367951485 / 19,00€

La téléréalité, Lourdes, Marie et moi, Maryel Devera

Le récit factuel et passionné d’une conversion

Depuis longtemps sur ma pile de livres à lire, il était temps que je me plonge dans ce récit. Ayant ma famille près de Lourdes, petite-fille de miraculée, ayant eu prêtres et religieuses dans la famille, et un père qui en fin de vie avait placé sa confiance en la vierge Marie de Lourdes, je suis pourtant assez septique en matière de religion. Être à l’écoute des autres, parler et tenter de connaître et de comprendre les spécificités des grandes religions, entrer dans une église ou une mosquée quand cela m’est possible, oui, bien sûr. Penser parfois, quand ça m’arrange sans doute, qu’il y a peut être là haut ou quelque part un architecte de cet univers dans lequel nous évoluons, pourquoi pas.

Pourtant, lire ce récit de Maryel Devera est une expérience assez étonnante. Comment quelqu’un qui évolue avec bonheur dans le milieu des médias, de la téléréalité, des paillettes et des faux semblants, en vient après un voyage à Lourdes à se poser des questions sur l’existence de Dieu. Voilà qui interpelle.

Elle y est venue accompagner des amis lors d’un pèlerinage, a fait ce que font de nombreux pèlerins en arrivant dans la cité mariale, prières, visite des églises, chapelet. Et l’incontournable visite à la grotte. Elle s’est assise devant la statue de Marie, qui est placée à l’endroit où Bernadette a eu les apparitions. Pourtant, ce sera une révélation, une fulgurante expérience qui va bouleverser sa vie. Et si Marie, et si Dieu, et si ….

Un récit intéressant en ce qu’il montre bien le parcours qu’à suivi Maryel Devera, du scepticisme le plus profond et le plus amusé à la recherche tous azimuts pour savoir, comprendre, les faits d’abord, apparition ici ou là, réalité des faits ou croyances arrangées pour plaire à Dieu et aux Hommes, puis cheminement intérieur vers une révélation de la foi en Dieu, portée par Marie.

Comme une pause dans sa vie, mais aussi comme un grand virage pour vivre enfin en conformité avec ce qu’elle a découvert. Être portée par cette croyance, cette religion qui est capable de changer les Hommes, de les faire s’aider, s’aimer, prier ensemble pour leur prochain, dans une forme de joie et de sérénité.

Lecteurs et septiques de tous bords, sachez que ce récit est étonnant et bouscule, amuse parfois, interroge souvent.

Retrouver Maryel Devera sur son site

Catalogue éditeur : MédiaPaul

Broché : 167 pages / 27 septembre 2018 / ISBN-10 : 271221496X / n°180 dans Témoins de la foi catholique 

Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur

Un livre lumineux et indispensable pour trouver le chemin vers notre propre finalité

La mort, comme une fin inéluctable, mais la mort parfois comme une angoisse, un abandon, une fuite, une absence ou peut-être même un soulagement. Delphine Horvilleur la connaît mieux que quiconque tant elle a accompagné de perdants vers la dernière demeure de leurs proches.

Rabbin laïc comme on a pu la présenter lorsqu’elle préparait les obsèques d’Elsa Cayat, elle accepte à la fois le sens et l’image que ces deux mots accolés renvoient à ceux qui les entendent. Par des mots à la fois simples et chargés de sens, par une intelligence et une compréhension de l’autre qui transpirent à chaque ligne, elle nous montre un chemin vers ce qui nous angoisse le plus, le décès de nos proches et notre propre finalité.

Parler d’eux pour nous parler de nous en quelque sorte, pour nous aider à faire un premier pas vers le deuil.

Le recours aux textes, leurs explications ou au contraire les déchirement qu’il y a eu à travers l’histoire pour les interpréter sont là pour ponctuer tous ces témoignages et alléger le chagrin de l’absence inéluctable et définitive. Sarah, Elsa et Marc, Ilan Halimi ou Itzak Rabin, Simone et Marceline, et tous les anonymes qui se présentent à nous le temps de quelques mots, à travers les souvenirs de ceux qui les ont côtoyés, disent à la fois cette absence et l’amour des vivants pour leurs disparus.

L’écriture est brillante mais jamais ostentatoire, émouvante mais jamais larmoyante. Un livre important, à lire, relire et partager.

Catalogue éditeur : Grasset

« Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j’ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d’amis anéantis… »

Être rabbin, c’est vivre avec la mort : celle des autres, celle des vôtres. Mais c’est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l’histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d’hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. »

A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d’une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli. Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu’on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons.» Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes…

Parution : 3 Mars 2021/ Format : 133 x 205 MM / Pages : 234 / EAN : 9782246826941 prix 19,50€ / EAN numérique: 9782246826958 prix 13, 99€