Rentrée Littéraire 2019, Zulma

Merci aux éditions Zulma et à toute l’équipe qui travaille avec Laure Leroy pour cette présentation de la rentrée littéraire 2019…

🌞📚La canicule n’avait pas fait reculer blogueurs et blogueuses qui étaient là pour écouter les auteurs parler de leurs romans à paraître fin août et pour échanger avec eux.

🌞📚Chaque auteur, ou presque car nous ne parlons pas encore chinois, a ensuite lu un extrait de son roman, y compris quelques lignes en islandais, puis en chinois, de quoi nous mettre vraiment l’eau à la bouche 📖

📙 Hubert Haddad a présenté « Un monstre et un chaos ». Dans le ghetto de Lodz, Alter, un gamin de 12 ans qui refuse d emporter l’étoile est ? face à Chaïm Rumkowski.
L’âme yiddish dans un chant de résistance hors du commun. En librairie le 22 août.

📗 Zhang Yeuran a présenté son premier roman traduit en français « Le clou » dont elle aurait préféré avoir pour titre « cocoon » comme dans la version originale.
Deux amis, un homme et un femme se retrouvent après des années de séparation. Tous deux se remémorent la vie de leurs aïeux pendant la révolution culturelle dans un roman très contemporain. En librairie le 22 août.

📘 Audur Ava Olafsdottir à présenté son dernier roman « Miss Islande ». En 1963, Une jeune femme rêve de devenir auteur., quand tout le monde lui conseille plutôt de se présenter au concours de Miss Islande… Il n’est pas facile de faire partie des minorités et de ne pas rentrer dans ces cases toutes faites auxquelles on voudrait vous voir correspondre, et ce qu’importe où et quand ! En librairie le 5 septembre.

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Merci à toute votre belle équipe pour ces moments partagés… Et pour la rencontre avec les blogueuses et blogueurs.

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Rentrée Littéraire, Stock

« Lisez! On a besoin de vous. Quelle belle injonction pour les amoureux de lecture que nous sommes !

🌞📘☕🥐 Il faisait vraiment beau ce matin-là chez Paul & Rimbaud pour la présentation de la rentrée littéraire des éditions Stock.


🌞📘☕🥐 Les femmes étaient à l’honneur, trois auteurs, dont deux primo romancières, sont venues présenter leurs romans à paraître pour la rentrée littéraire de septembre.

📘 Constance Rivière pour « Une fille sans histoire » un premier roman court qui se lit comme un souffle et fait revivre à son héroïne les semaines qui ont suivi les attentats de 2015.

📘 Romane Lafore pour ce premier roman qui parle d’Italie et de traducteurs, comme un bel hommage à la littérature

📘 Claire Berest, dont j’avais tant aimé « Gabriële » le roman écrit avec sa sœur Anne, nous a littéralement embarqués dans les pas et la vie de Frida, amoureuse de cet homme emblématique qu’est Diego Rivera avec qui elle va former ce couple mythique qui nous fait tant rêver.

Une belle rentrée, avec de nombreux autres beaux romans à découvrir à partir du moins d’août. Merci à toute l’équipe des éditions Stock pour cette matinée 💙

Les âmes silencieuses, Mélanie Guyard

Aborder le thème de la seconde guerre mondiale avec une fille-mère tondue à la libération, pari osé mais pari tenu par Mélanie Guyard dans « Les âmes silencieuses ».

De nos jours, Loïc est un trentenaire paumé, cynique, blasé, chômeur et futur divorcé. Le coup de poing dont il a gratifié son rival lui vaut quelques séances fastidieuses chez un psy plus ennuyeux que compatissant. Aussi, lorsque sa mère lui demande de partir dans le Berry vider la maison familiale, Loïc n’a plus rien à perdre et descend se réfugier dans le travail et les souvenirs d’une famille qu’il ne connait quasiment pas.

A peine arrivé, les piliers de bar du village lui jettent à la figure des mots qui ont de mauvais relents de seconde guerre mondiale, de ces qu’en dira-t-on qui ont poursuivi sa grand-mère toute sa vie. Rapidement, alors que les tensions s’apaisent, les secrets se dévoilent.  De 1942 à 1944, dans le village occupé, Héloïse a fauté, accompagnant chaque jour un bel officier allemand dans les bois. Puis Héloïse a mis au monde Anaïs, la mère de Loïc. Tondue à la fin de la guerre, fille-mère à une époque où cela ne se faisait pas, Héloïse a pourtant toujours gardé ses secrets. La vérité sur cette relation, qui est le père, autant de mystères pour tous comme pour son petit-fils.

Lorsqu’il entreprend le déblayage du grenier, Loïc découvre un échange épistolaire entre Héloïse et un mystérieux J. Commence alors une enquête familiale à rebours, pour savoir et comprendre.  Il rencontre la gentille et douce Mathilde, qui fuit elle aussi ses propres tourments. Tous deux se lancent dans une enquête complexe -ça tombe bien, Mathilde est flic- pour déterrer les secrets enfouis dans les granges, les bois, les cœurs et les âmes de ce village hors du temps. D’interrogation en découverte, chacun évolue, mais surtout comprend d’où il vient, et comment il va pourvoir avancer dans cette vie qu’ils ont tant de mal, l’un comme l’autre,  à appréhender.

Dans un style fluide et résolument moderne, l’auteur nous transporte entre deux époques et fait émerger toutes sortes de sentiments qui guident ses personnages à travers des temps tourmentés, la guerre, l’amour, la séparation, le deuil. Chacun ressent à sa façon les épreuves à affronter, et le lecteur se laisser habilement mener, malgré quelque indices semés au fil des pages, vers un final bien plus contemporain qu’il n’y parait.

Lors de la rencontre avec l’auteur, j’ai eu plaisir à l’écouter parler de ses questionnements, puis de ses certitudes et de son plaisir à écrire ce premier roman destiné aux adultes.

💙💙💙

Catalogue éditeur : Seuil

1942. Héloïse Portevin a tout juste vingt ans lorsqu’un détachement allemand s’installe dans son village. Avides d’exploits, son frère et ses amis déclenchent un terrible conflit. Pour aider ceux qu’elle aime, Héloïse prend alors une décision aux lourdes conséquences…

2012. Loïc Portevin est envoyé par sa mère au fin fond du Berry pour y vider la maison familiale après le décès de sa grand-mère. Loïc tombe sur une importante correspondance entre cette dernière et un dénommé J. Commence pour lui une minutieuse enquête visant à retrouver l’auteur des lettres.

Entre secrets de famille et non-dits, Loïc et Héloïse font chacun face aux conséquences de leurs décisions, pour le meilleur… et pour le pire.

Mélanie Guyard est professeur de biologie en région parisienne. Elle a publié sous le pseudonyme d’Andoryss une dizaine de bandes dessinées (aux éditions Delcourt) et plusieurs romans jeunesse. Les Âmes silencieuses est son premier roman en littérature adulte.

Date de parution 02/05/2019 / 18.90 € TTC / 320 pages / EAN 9782021419030

Boréal, Sonja Delzongle

Au cœur de la nuit polaire, suspense et noirceur sont au rendez-vous de Boréal, le thriller écologique et fantastique de Sonja Delzongle.

couverture du roman Boréal de Sonja Delzongle chez Folio éditions

Janvier 2017, ils sont sept, hommes et femmes, sur le camp de la base Arctica près de Thulé au Groenland, ce sont les meilleurs spécialistes du monde entier. Ils viennent étudier les conséquences du réchauffement climatique et de la pollution sur l’inlandsis. Lorsqu’ils sortent faire leurs prélèvements et découvrent un étrange cimetière de glace dans lequel sont emprisonnés des dizaines de bœufs musqués, il s’avère indispensable d’appeler Luv Svenden à la rescousse. Cette biologiste spécialisée en disparitions inexpliquées d’animaux peut les aider à comprendre. Trop heureuse de fuir ses propres soucis, elle s’envole vers la base. Mais les recherches et les expériences ne se passent pas du tout comme prévu, les rencontres, puis les disparitions, vont faire exploser le groupe, les mener jusqu’au point de non-retour.

Sonja Delzongle prend le temps d’installer ses personnages, parcours, études, spécialités, vies de chacun. Il faut un bon tiers du roman avant qu’ils ne convergent sur cet ilot perdu dans la nuit polaire. Là, ils sont directement plongés dans un milieu extrême, avec cette nuit quasi permanente qui rend fou même les locaux et face à laquelle chacun va réagir en fonction de sa culture et de ses références. Et surtout de son parcours qui fait de chacun ce qu’il est.

Seront alors évoqués des thèmes tels que parents, famille, mais aussi instinct maternel et paternité, perte d’un enfant, maladie… Tout au long, l’auteur installe les situations, campe les choses, les met en attente et interroge ses lecteurs jusqu’au feu d’artifice final…Dans une atmosphère pesante et glacée et malgré ces grands espaces, l’intrigue pesante, noire, violente et terrifiante se déroule en huis-clos.

Enfin, après bien des évènements, se posera la question de savoir si l’on peut vivre en société après avoir vécu des expériences extraordinaires incompréhensibles par le commun des mortels, même en étant le seul à savoir ce que l’on a fait.

Un roman noir, très noir, enfin, blanc, très blanc perdu dans les étendues de glaces du Groenland. Il m’a manqué peut-être quelques pages supplémentaires pour étoffer le parcours de certains personnages et assoir leur crédibilité… Si Sonja Delzongle avoue qu’elle n’est jamais allée au Groenland, les recherches, mais surtout le talent et l’imagination de l’auteur font le travail ! Le lecteur s’y croirait presque. On est ici à la limite de la science-fiction avec ce thriller à la fois écologique et scientifique. De grands sujets de protection et de sauvegarde de la planète sont évoqués, réalistes au moins par les questions qu’ils soulèvent.

Souvenir de la rencontre avec Sonja Delzongle à la librairie Le Divan

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Catalogue éditeur : Folio, Denoël

Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un œil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un bœuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière.
Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire.
Le lendemain a lieu la première disparition.

Denoël : 448 pages, 155 x 225 mm / ISBN : 9782207139141 / Parution : 08-03-2018 / Prix : 20,50 €

Folio : 512 pages, 108 x 178 mm / ISBN : 9782072840630 / Parution : 04-04-2019 / Prix : 8,40 € 

À la rencontre de Jean-Marie Blas de Roblès

Jean-Marie Blas de Roblès nous régale une fois de plus avec « Le Rituel des dunes » paru aux éditions Zulma. Roman exotique et parfaitement décalé, aux personnages multiples et foisonnants, porté par sa sublime écriture. J’ai eu envie de lui poser quelques questions à propos de ce roman, et de son travail d’écriture. Toutes les réponses sont à découvrir ici.

À propos du roman « Le Rituel des dunes »

Dans Le Rituel des dunes, le protagoniste principal, Roetgen, est parti comme expatrié en Chine,  je crois que c’est également votre propre expérience, est-ce la raison qui vous a donné envie d’écrire ce roman ?

J’ai effectivement vécu en Chine de 1983 à 1984. J’y ai fait l’expérience d’un monde si étrange, si différent du nôtre qu’il semblait incompréhensible à première vue, presque monstrueux par son altérité. « La civilisation chinoise, écrit Joseph Needham, le grand sinologue britannique, présente l’irrésistible fascination de ce qui est totalement « autre », et seul ce qui est totalement « autre » peut inspirer l’amour le plus profond, en même temps qu’un puissant désir de le connaître. » Cela a certainement joué lorsque je me suis mis en tête de raconter l’histoire de Roetgen et sa rencontre avec Beverly, mais je ne connais pas de « raison » préalable qui me pousse à écrire tel ou tel roman. C’est toujours le résultat d’un processus complexe d’amalgames, d’une longue maturation dont je ne maîtrise pas les différentes étapes. 

Quand on est écrivain, j’imagine que l’on peut mettre beaucoup de soi dans ses livres, ou au contraire très peu. Comment vous situez-vous ?

C’est la fiction qui m’intéresse, l’exploration d’un univers aberrant situé à la marge du réel. Ce qui ne veut pas dire que je n’intègre pas certaines expériences vécues à mes romans, mais que je les utilise comme n’importe quel autre matériau dans ce collage de petites réalités disparates que nécessite toute invention dans l’ordre de l’imaginaire. Pas d’autobiographie, donc, même si mes livres reflètent sans doute ce que je suis, puisqu’ils témoignent du long travail d’écriture et des questionnements qui occupent ma vie depuis bientôt cinquante ans.

Le protagoniste principal, Roetgen va vivre des moments forts avec Beverly, cette américaine fantasque et un peu folle, mais qui a pourtant bien des choses à lui apprendre.  J’ai eu l’impression que le personnage est important aussi, d’abord par sa personnalité, pour ce qu’il éveille chez Roetgen.  Mais aussi parce qu’il me semble confronter deux mondes – les USA et la Chine –, deux caractères et deux âges… Quelle est votre vision de Berverly, elle qui me semble indispensable pour « révéler » Roetgen.

Beverly est le personnage central du Rituel des dunes. C’est sa personnalité déconcertante, sa folie que le narrateur retient de son séjour en Chine. Il lui faudra trois cents pages de remémoration pour qu’il se reproche enfin de ne pas avoir su l’accueillir dans son étrangeté. Cette Chine millénaire et encore maoïste où ils sont plongés, cette façade à première vue impénétrable à nos yeux d’occidentaux, n’est qu’une amplification de l’étrangeté de l’autre lorsqu’il n’obéit pas à nos propres codes de reconnaissance culturelle. Il faut un violent effort sur soi-même pour aller vers lui sous peine de n’apercevoir que son exotisme ou sa bizarrerie. C’est le sens de la phrase de Zhuang Zi mise en exergue du roman : À vrai dire, tout être est autre, et tout être est soi-même. Cette vérité ne se voit pas à partir de l’autre, mais se comprend à partir de soi-même. Roetgen s’aperçoit qu’il a manqué Beverly, comme elle-même ou les expatriés qu’ils côtoient ont manqué la Chine. Tous deux ont échoué, faute d’empathie dans le rituel d’approche nécessaire à toute rencontre véritable.

Roetgen écrit un roman policier, mais nous n’en connaissons qu’une partie… Comment et pourquoi vous est venue cette envie de faire travailler notre imagination ?

Beverly s’est construit une théorie sur ce qui permet de connaître quelqu’un : Une véritable autobiographie, dit-elle, devrait être la sélection d’une parfaite série de faits sur soi-même, série qui permettrait à un lecteur de prédire tout le reste. Ou, en termes formels, d’axiomes à partir desquels nous pourrions dériver l’ensemble des théorèmes concernant une personne. Lorsque Roetgen lui demande « qui elle est », l’Américaine le prend au sérieux et lui offre toute une série d’axiomes de sa propre biographie permettant peut-être de répondre à la question posée. Elle se raconte sans fards, mais demande en contrepartie que Roetgen lui lise ce qu’il écrit. Le lecteur assiste à ces lectures : la nuit de ce con de Lafitte dans un chaudron de la Cité interdite, le conte fantastique d’un empereur à double visage au sein du Repos précieux des monstres désirables, et plusieurs chapitres d’un roman policier que Roetgen s’amuse à écrire par correspondance avec un ami de Pékin, chacun inventant la suite de l’intrigue à partir des pages qu’il reçoit. Roetgen ne dispose que de son propre texte et ne peut livrer à Beverly qu’un chapitre sur deux du roman policier en question. Beverly s’en satisfait, arguant que c’est aussi la part du lecteur de combler les « trous » : Imagine qu’on supprime un chapitre sur deux dans « Le Grand Sommeil » de Chandler, ou même de « Salammbô » ou de « Guerre et Paix », est-ce que ça gênerait ? Est-ce que tu n’imaginerais pas une intrigue au moins aussi intéressante, aussi captivante que dans l’original ? Je ne suis pas loin de partager son avis, mais j’ai fait en sorte de glisser dans ces chapitres nombre d’éléments qui permettent de suivre l’intrigue principale, malgré la discordance annoncée. La référence aux Mille et une nuits et à Shéhérazade est explicite : il s’agit avant tout de se raconter des histoires pour survivre.

J’avoue qu’au début du roman, j’ai à deux reprises relu les chapitres précédents, un peu perdue par ces différents textes… Vous avez l’art de nous faire réfléchir ! Je n’ose imaginer la complication pour l’écriture…

Retour aux Mille et une nuits : il faut seulement se laisser porter, accepter de passer d’une histoire à une autre, rêver. Dans mes lectures, j’aime que l’auteur prenne au sérieux mon pouvoir de discernement, j’apprécie d’être sollicité. En écrivant, je reproduis certainement ce mécanisme qui provoque chez moi la délectation.

J’ai particulièrement aimé comme pour le roman précédent tout d’abord votre écriture, si fine, ciselée, précise, mais aussi ces évocations de la Chine avec la précision et la finesse d’un orfèvre, le travail du sculpteur, la cité interdite… Faut-il avoir vécu et surtout apprécié ces moments-là pour en parler aussi bien ?

Nourri d’une documentation suffisante, notre imaginaire est plus riche, plus exact, plus véridique que n’importe quelle expérience de terrain. Hubert Haddad, par exemple, a écrit l’un des plus beaux romans sur la culture japonaise – Le peintre d’éventail – sans avoir mis un pied au Japon. L’écriture romanesque met en scène des illusions d’optique, des trompe-l’œil plus vrais que nature.

Ce roman est paru une première fois il y a trente ans, pourquoi avoir choisi de le republier, et dans quelle circonstances ?

Tous les romanciers, dit en substance David Lodge, écrivent « pour défier la mort, pour que leur nom et leur œuvre se perpétuent ; c’est une sorte de réconfort pour eux, et de grande fierté, lorsque leurs livres restent disponibles au catalogue ». Quand mon éditrice m’a proposé de republier un livre épuisé depuis vingt ans, j’ai bien évidemment sauté de joie.

Aviez-vous ressenti le besoin d’une réécriture, et est-ce un réel plaisir de le faire ?

Quels sont vos sentiments lorsque vous relisez vos premiers romans ? Il me semble que cette démarche ne doit pas être si habituelle chez les écrivains, il y a tant à dire de nouveau sans doute…

Lorsque je relis mes premiers livres, j’y trouve à la fois matière à me réjouir et à m’affliger. Si je suis agréablement surpris par la maturité de certains passages, ou la présence de thèmes qui n’ont cessé de se développer ensuite, j’y aperçois aussi des faiblesses stylistiques qui m’avaient échappé et que je suis incapable de conserver telles quelles. La réédition d’un livre autorise sa « mise à jour », elle me permet d’en corriger les failles, voire de remanier sa structure en profondeur – comme c’est le cas pour Le Rituel des dunes – de façon à ce qu’il corresponde à mes exigences d’aujourd’hui et s’intègre avec plus de cohésion dans l’édifice qui se construit à partir de La Mémoire de riz. Cette démarche n’est pas si rare, me semble-t-il. C’est celle de tout créateur en quête d’excellence, ou du moins d’une progression dans le projet qui est le sien. En retouchant mes œuvres disait Yeats, c’est moi que je corrige. Il ne s’agit pas tant de dire des choses nouvelles que de mieux exprimer celles qui l’ont été.

Et … si j’ose vous demander, avez-vous déjà la trame ou le sujet de votre prochain roman ?  Je crois me souvenir que vous avez une vision assez précise de ceux que vous souhaitez écrire et qu’ils s’installent dans un schéma précis, pourriez-vous nous en parler ?

Il m’est déjà très difficile de parler d’un livre déjà écrit : c’est trop me demander que d’évoquer un roman qui n’existe pas encore.

Je n’ai pas de vision précise des livres à venir, mais ils s’inscrivent bien dans un schéma dont la matrice est constituée par les vingt-deux nouvelles de La mémoire de riz. Tous les personnages présents dans ce recueil initial sont appelés à voyager d’un roman à l’autre, avec des effets de loupe pour certains, des compléments d’histoire ou de simples allusions ; cela vaut également pour les objets, les animaux, les lieux, les atmosphères. En installant cette porosité d’ensemble, j’espère laisser derrière moi une sorte d’architecture romanesque où le lecteur reconnaîtra un jour l’ombre portée d’un seul livre aux multiples facettes.

Quel lecteur êtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

J’ai particulièrement aimé Vénus s’en va, de Damien Aubel, publié fin 2018 chez Inculte. Ce roman dresse le portrait intime de l’empereur Claude, souverain dont Suétone, entre autres, a fait l’idiot de la famille des Auguste. À rebours de cette triste réputation – celle d’un cocu gâteux et pitoyable presque invisible entre les règnes excessifs de Caligula et de Néron – nous découvrons un homme inquiet, tourmenté par sa quête mystique de la déesse Vénus. C’est l’époque de Messaline, des jardins de Lucullus : avec une érudition maîtrisée, Damien Aubel ne nous épargne rien des intrigues de palais ni des lupanars sordides du quartier de Suburre, mais il le fait dans un style exceptionnel, puissamment novateur, avec cette liberté poétique, cette aptitude à distordre la langue où je reconnais d’emblée l’inutile et nécessaire beauté de la grande littérature.

Un grand merci à Jean-Marie pour avoir accepté de répondre à toutes ces questions. Et pour le plaisir que procure la lecture de chacun de ses romans.

Retrouvez également ma chronique du roman Le Rituel des dunes.

A la rencontre de Gérard de Cortanze …

J’ai été embarquée par le personnage de Violette Morris, et par le dernier roman de Gérard de Cortanze « Femme qui court ». J’ai eu envie de lui poser quelques questions auxquelles il a bien voulu répondre. A votre tour de découvrir ses réponses ici…

A propos du roman « Femme qui court »

Pourquoi ce personnage de Violette Morris ? Comment avez-vous eu l’idée d’en parler ?

Ancien sportif de haut niveau – coureur de 800 mètres – j’ai toujours été passionné par les exploits des autres, et notamment par ceux des femmes dont on parle si peu… Même encore aujourd’hui… La question essentielle : comment se dépasser et apprendre à perdre ? Les victoires sont rares et les échecs fréquents. La phrase la plus imbécile a été prononcé par le baron Pierre de Coubertin qui vanta les charmes du nazisme, affirma que les femmes ne devaient pas faire de sport et que pour un sportif « l’essentiel était de participer »… Quelle absurdité, un sportif ne veut pas « participer » mais « vaincre », « gagner ».

Pour écrire ce roman, j’imagine qu’il vous a fallu de longues recherches. Cela représente combien de temps entre l’idée et la réalisation ?

Deux ans de travail. Recherches, archives, journaux d’époque, lectures diverses. Un travail de fourmi absolument passionnant. Surtout qu’il s’agissait dans ce livre d’aller à l’encontre d’une idée reçue, fausse, d’un détournement historique : prouver que Violette Morris, avait certes fait de la collaboration mais n’avait dénoncé personne, torturé personne, espionné personne et n’avait absolument pas été une « tortionnaire de la Gestapo » !

Violette est une femme en avance sur son temps et qui arrive à s’assumer. Elle présente également des failles et des blessures intimes, en particulier il me semble parce qu’elle a toujours recherché l’amour qu’elle n’a jamais trouvé auprès de ses parents. Est-ce la réalité ou est-ce voulu pour rendre plus crédible votre personnage ?

Violette était une jeune fille brisée par une enfance malheureuse. Délaissée par son père, militaire de carrière, qui n’accepta jamais qu’elle fasse du sport à une époque où le pratiquer, pour une femme, relevait de la pure rébellion. Rejetée par sa mère qui n’avait jamais pu se remettre de la mort prématuré d’un fils juste avant la naissance de Violette. Enfin, ni l’un ni l’autre ne pouvait accepter que leur fille soit lesbienne.

Comment  l’avez-vous ressentie,  est-ce un personnage attachant ?

J’ai voulu me mettre dans la peau de cette femme rejetée par tout le monde, mise au ban de la société, exclue, mais tellement attachante, tellement vraie. Ce roman avait pour titre Sommes-nous faits pour attendre toujours le bonheur ? Fils d’italiens, aristocrate piémontais par mon père, classe ouvrière napolitaine du côté de la mère – je sais ce que veux dire exclusion, rejet, mouton noir, intolérance, etc.

Quelle est votre relation avec vos personnages, est-il difficile de les laisser partir quand le roman est terminé, et ressentez-vous toujours pour eux une affection particulière ?

J’ai répondu en partie à cette question. Quand j’écris un livre, plus j’avance vers sa fin, plus je ralentis le rythme d’écriture jusqu’à ce qu’un nouveau livre vienne s’insinuer dans mes pages et prendre la place de ces dernières. Me disant, en somme : c’est mon tour, à moi maintenant. Une poussée contre laquelle je ne peux rien faire, et ne veux rien entreprendre. Qui emporte tout sur son passage. Souvent j’ai le sentiment d’être écrit plutôt que d’écrire.

Il me semble que vous aimez écrire sur des femmes ou des situations d’exception. Cependant vous le faites en les romançant, est-ce une forme voulue pour mieux les faire appréhender par plus grand nombre de lecteurs ?

La forme romanesque est moins contraignante que la biographie pure, laisse des espaces où mon art peut s’exercer. Je peux ainsi m’emparer d’un sujet, le mettre en relation avec mon univers. Je me sens avant tout narrateur, raconteur d’histoires.

Et … si j’ose vous demander, dans votre prochain roman, de quelle femme extraordinaire allez-vous nous parler ?

De Tina Modotti, qui fut ouvrière dans des usines de textile durant son enfance à Udine, en Italie, comédienne, actrice du cinéma muet, avant de devenir une formidable photographe qui hésita toute sa vie entre son art et l’engagement politique. États-Unis, URSS, France, Mexique, Allemagne à l’époque de la montée du nazisme, Espagne durant la guerre qui ensanglanta cette dernière. Une vie extraordinaire, incroyable. Qui mourut seule, dans un taxi, en janvier 1942, à Mexico. Lorsqu’on lui demandait « quelle est votre profession ? », elle répondait, non sans humour : « Les hommes ! »

Concilier le métier d’écrivain et celui d’éditeur ?

Vous avez écrit de très nombreux romans, et en même temps vous exercez le métier d’éditeur, est-ce facilement compatible ? Y compris pendant que vous écrivez vos propres romans ?

J’ai écrit plus de 90 livres et ai passé ma vie à faire mille choses en même temps. C’est mon rythme, ma respiration. C’est comme ça. Je ne cherche pas à comprendre. Un jour, ma fille aînée m’a dit, alors qu’elle n’était qu’une enfant, que je me noyais dans le travail pour ne pas voir la réalité. Je suis certain qu’elle a tort. Je pencherai plutôt vers une forme de générosité, d’expansion permanente. J’ai un besoin immense de connaître, de savoir, de partager. Les autres peuvent tellement nous apprendre. Par les « autres » j’entends tout ce qui est différent de moi, tout ce qui m’étonne, me bouleverse, me fait me poser des questions. Et tel est bien le cas de Violette Morris. Publier les livres des autres, parler des livres des autres dans la presse, publier ses propres livres = travail identique : de l’écriture, toujours de l’écriture ; des personnages, toujours des personnages. Toujours des vies, toujours des vies racontées.

Quel lecteur êtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

Je suis ce qu’on appelle un lecteur compulsif. Il y a longtemps, un ophtalmologue de la vieille école m’a dit que je devrais lire un peu moins. « Regardez, m’a-t-il dit, les bergers de mon enfance ne portaient jamais de lunettes ! » Mais ma destinée n’était pas de garder des chèvres ou des moutons… Vous me demandez quel livre je suis en train de lire. Je lis et relis les classiques. J’ai une passion pour Jean Giono. Le hussard sur le toit, Un roi sans divertissement sont des romans dont je ne me lasse jamais de tourner les pages.

Un grand merci Gérard de Cortanze pour ces réponses à mes questions, pour nos échanges autour de votre dernier roman et pour l’accueil dans vos bureaux , une superbe rencontre et encore de beaux livres à découvrir !

Retrouvez ma chronique de Femme qui court ici. On pourra lire aussi mon avis sur la BD Violette Morris.

A la rencontre de Frédéric Couderc

Il est des rencontres, et des romans, qui vous marquent plus que d’autres, avec lesquels vous vous sentez une affinité immédiate… Frédéric Couderc est de ceux-là, ses romans aussi…

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Il y a eu d’abord la découverte du roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien, puis Aucune pierre ne brise la nuit dont je vous ai parlé sur le blog.
En juin dernier, je suis allée écouter l’auteur à la maison de l’Amérique Latine, lors d’une soirée organisée par Alicia, qui a fondé le Collectif argentin pour la mémoire *.
Depuis, Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions, réponses à découvrir ici.

– Comment est née l’idée de ce roman, car apparemment l’Amérique du Sud ou centrale (je pense à votre précédent roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien ) vous inspire ?

Je porte ce roman finalement depuis mon adolescence, la coupe du monde de football 78, mais je n’imaginais pas un instant la part française dans cette dictature qui m’a fait me jeter à l’eau. L’horreur le dispute à l’idée de rentrer dans les contradictions des personnages,  j’espère ainsi que ce texte n’emprunte pas un chemin militant, qu’il est parfois enragé, mais que le travail littéraire, les métaphores, l’amour entre Ariane et Gabriel permettent clairement de se sentir dans un objet littéraire. Finalement nous sommes entre Buenos Aires et Paris, mais tout ça me semble bien universel, on voyage et en même temps on est au coin de sa rue.

Mais je sais que le lecteur ressent tout ça … devine mon enquête littéraire, mes rencontres (Alicia/Paula), et ma peine à chaque fois qu’une grand-mère disparaît, je me suis rendu chez elles exactement comme Ariane dans le roman….

– La tragédie de la dictature argentine, est-ce au départ une curiosité ou un travail de journaliste ?

Il est de coutume de dire que Buenos Aires est la femme, et Paris la maîtresse, tant les liens sont étroits entre les deux pays.

Comme évoqué précédemment, certains faits émergent au moment du mondial de 78, avec Rocheteau en particulier. Pendant cette coupe du monde, il y a eu un boycott par certains français. Surtout face à l’ambiguïté qu’il y avait entre le président Giscard d’Estaing qui recevait les réfugiés et la vente d’armes à la junte militaire qui continuait en parallèle.

– Vous parlez des vols de la mort, cette monstruosité qui veut que l’on fasse disparaitre non pas des corps, mais bien des humains encore vivants…voilà qui glace le sang juste d’y penser. Est-il aisé d’enquêter là-dessus  ou existe-t-il toujours une forme d’omerta sur le sujet ?

Les vols de la mort… Il est si difficile d’imaginer les arrestations et les disparitions, et pour les familles, de savoir que le deuil est impossible, difficile d’imaginer également la barbarie exercée à ce point et la cruauté incroyable de ces militaires argentins.
J’ai assisté en décembre dernier au procès d’un pilote de la mort qui s’était reconverti en Europe… et travaillait depuis pour Transavia !

De fait, il y a l’utilisation du présent pour parler de torture. Peut-être parce que c’est totalement hors du temps ?

– Les bébés volés, on en parle aussi pour l’Espagne, est-ce une sordide caractéristique des dictatures ?

30 000 disparus, 500 bébés disparus. Ce sont autant d’histoires différentes. Il est important alors d’interroger la question du pardon !

– Je découvre par « Aucune pierre ne brise la nuit » le rôle des anciens de l’OAS, comment et quand vous est venue l’envie d’en parler?

Il était important de nommer ici tous les faits qui se sont passés dans cette période.
La fuite des nazis en Argentine à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais aussi l’existence de négociations entre les nazis et l’Amérique du Nord et l’Argentine, qui ont permis leur fuite en très grand nombre. Puis, quelques années après les années 60, la présence des anciens de l’OAS.
Également la mise en place du « Plan Cóndor » destiné à anéantir l’opposition dans plusieurs pays d’Amérique Latine qui se met en marche en Uruguay, Brésil, Chili, Paraguay.

– Aborder les horreurs et la tragédie par le biais d’un roman d’amour, cela permet de captiver le lecteur, est-ce un moyen de montrer que la vie continue ? Comment les avez-vous imaginés ? Avez-vous rencontré les survivants, les mères, les perdants de ces desaparecidos avant d’écrire, pendant ou après vos recherches ?

Il y a un désir d’écrire comme j’aime lire. D’aller dans la zone grise de l’histoire et des personnages.
L’idée est de surprendre, de se laisser surprendre, sans obéir à un plan. D’être un écrivain jardinier qui regarde pousser sa plante. En particulier avec le personnage de Constant. C’est important de montrer que toutes les lumières ne sont pas éteintes. Et dans ce cas, la psychologie du personnage est importante.
Un fait très étonnant, ce sont les liens qui se sont tissés, y compris des liens invisibles, avec Alicia. Et de fait être capable de parler d’événements qui ont réellement existé sans qu’on les ait évoqués ! Comme s’il y avait eu une transmission de pensée, de mémoire, de savoir.

L’auteur doit définir une réalité augmentée où la grande histoire va grandir, et entrer en empathie avec les personnages. Pourtant, c’est pesant une écriture de militant. Il faut être sur le fil et rester à la fois documenté et réussir à brouiller les pistes pour que le lecteur se fasse son avis.

En même temps il y a une temporalité indispensable du roman, comme une course contre la montre car les grands mère et les témoins sont en train de disparaître ! il y a urgence pour que la justice passe mais il fait se dire aussi que tant qu’on n’a pas retrouvé les bébés cela ne passera pas.

– Et si j’ose, un nouveau roman est-il en préparation ? Un roman qui va nous emporter loin de nouveau ?

Alors l’avenir… je termine mon premier roman jeunesse qui paraîtra en mai chez PKJ. Une histoire qui se déroule en Corse, hier et aujourd’hui autour de la protection des juifs par l’ensemble de la population…Et bien sûr je prépare mon prochain roman chez Héloïse. Pour le moment je cherche l’inspiration, mais disons que Tel Aviv m’attire beaucoup, un livre me donne toujours le la pour une nouveauté, cette fois-ci c’est Le poète de Gaza

Quel lecteur êtes-vous Frédéric Couderc ?

– Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

Je recommande avec ardeur Chien-loup, de Serge Joncour, non parce que le maître d’école s’appelle Couderc, mais parce que tout y est : une langue riche, subtile, et variée, des personnages profonds et attachants, une vrai intrigue, et un rapport à la nature que je partage totalement, entre contentement et malaise face au monde sauvage.

– Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Les Chutes de Joyce Carol Oates, pour la passion de Dirk et la « veuve des Chutes », la lutte contre le pognon roi, leur façon de se relever et rester vivant.

Merci cher Frédéric pour votre disponibilité et pour vos réponses.

Bien sûr, j’ai envie de vous parler à nouveau de ce superbe roman paru en début d’année… Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors, courrez vite chez votre libraire, à la bibliothèque, où vous voulez, lisez-le… et dites-moi ce que vous en avez pensé !


* Le « Collectif Argentin pour la Mémoire » rassemble des argentins et des français qui vivent en France et assument la Mémoire en tant que responsabilité historique et morale, se ralliant à la lutte permanente pour la Vérité, la Justice, l’information et la transmission aux nouvelles générations des crimes de « lèse-humanité » commis sans relâche par l’État Argentin entre 1972 et 1983.