Nymphéas noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillée par l’intrigue originale que séduite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari réussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, Nymphéas noirs, aux éditions Dupuis.

Nymphéas noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlé, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expérience originale, et avouons-le géniale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il était une fois trois femmes, Stéphanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorcière qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille très douée en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champêtre coin de d’Eure. Joli, mais étouffant semble-t-il, car irrémédiablement figé au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversées pendant quelques jours en mai 2010, parenthèses maudite entre la découverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxième assassinat.

Enquête, contre-enquête, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextérité les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle à la magie qui opère au fil des pages. C’est beau, étrange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mêle savamment à ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre à zéro quand on a enfin terminé, car la surprise finale est à la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particulièrement réussie.

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Lire également les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue éditeur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, à Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnée de peinture, une séduisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenêtre. Lorsqu’un meurtre est perpétré dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

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Chroniques d’une survivante, Catherine Bertrand

Dans ces Chroniques d’une survivante publiées aux Editions de la Martinière, Catherine Bertrand qui a vécu de l’intérieur l’attentat du Bataclan, nous délivre un message émouvant sur le trop méconnu stress post-traumatique. Ce stress qu’elle et tant d’autres ont subi à la suite des attentats survenus ces dernières années.

Le Bataclan, nous en avons entendu parler, forcément, mais elle, Elle y était. Et de ça, bien sûr, on ne ressort pas intact. Pas intact ? Pourtant elle n’est pas blessée, rien d’apparent. Mais un ESPT (Etat de Stress post-Traumatique) cela ne se voit pas, rien de visible, tout est à l’intérieur, enfoui, caché aux yeux de tous, parfois même aux yeux de la victime elle-même. Car victime, elle l’est, réellement, mais qui s’en doute, qui le comprend, qui le voit ou veut bien l’entendre ?

Car être sortie physiquement indemne des attentats du Bataclan (Paris de novembre 2015) ne veut pas dire que l’on ne souffre pas, et le stress post-traumatique subi est un véritable boulet invisible mais prégnant, paralysant parfois.

Catherine Bertrand utilise le dessin comme exutoire, comme transmetteur de toutes ses peurs, ses angoisses, mais surtout pour aider les autres, qui comme elle, ont besoin de se reconstruire, ou ceux qui doivent essayer de comprendre les victimes. Le trait est simplifié, les mots sont là, vibrants, éclatants, prenant toute la place parfois, avec cet ESPT matérialisé par un boulet. Par ce boulet bien visible et tellement énorme qu’elle traine derrière elle à la façon d’un pou qui s’agrippe à vous et ne vous lâche plus. Elle nous permet de visualiser la souffrance qu’elle endure, et permet à d’autres victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules, que d’autres souffrent comme elles et que cette souffrance est aussi réelle qu’une plaie ouverte. Victimes, oui, elles le sont, mais pas à vie, car il faut parvenir à se reconstruire pour avancer tant bien que mal dans une vie qui aujourd’hui leur fait peur.

S’il est difficile de parler de ces Chroniques d’une survivante, il est indispensable de les faire connaître et de se laisser submerger par l’émotion, forcément.

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Sur ce sujet, mais traité de différentes façons, on peut lire Le lambeau  le magnifique ouvrage de Philippe Lançon, pas facile, mais si on arrive à le lire, qu’elle leçon de vie ! J’ai envie de vous conseiller également Le livre que je ne voulais pas écrire, par Erwan Lahrer.

D’autres auteurs se sont essayé à évoquer l’après attentat… Je pense par exemple à Une si brève arrière-saison de Charles Nemes, à Vivre ensemble, d’Émilie Frèche, ou encore A la fin le silence, de Laurence Tardieu.

Catalogue éditeur : éditions de La Martinière

Bon, ben j’étais au Bataclan…
Mais ça va, hein. Je suis vivante, j’vais pas me plaindre.
Le quoi ? Le stress post-traumatique ?
Connais pas.
Si ça a bouleversé ma vie ? Non, pas du tout, pourquoi ?
J’ai fait quelques dessins pour raconter tout ça, une sorte de journal, quoi.
Peut-être bien que tu te retrouveras dans certaines pages.
Tu veux y jeter un œil ? Ou les deux ?

Catherine Bertrand est passionnée de dessin depuis toujours, désormais reconvertie dans le graphisme et l’illustration. Elle était au Bataclan le 13 novembre 2015 et fait partie de l’association de victimes d’attentats, Life for Paris. Elle a réalisé seule ce livre, avant de le confier à un éditeur.

140 x 205 mm / 160 pages / 04 octobre 2018 / ISBN 9782732489261 : 14 €

L’Homme gribouillé, Serge Lehman & Frederik Peeters

L’Homme gribouillé, de Serge Lehman et Frederik Peeters, un roman graphique à l’ambiance irréelle qui nous entraine dans un univers noyé de pluie et d’orage à la découverte d’un trio de femmes. Passionnant et sombre !

Domi_C_Lire_l_homme_gribouille_delcourtDans une ville capitale qui dégouline de pluies torrentielles, Betty rentre chez elle, ou plutôt chez sa mère Maud, auteure de livres pour enfants.

Comme chaque jour, sa fille Clara l’attend. Mais ce jour-là, Maud vient de faire une nouvelle attaque, et pendant qu’elle attendait les secours, Clara a découvert Max, un homme très étrange venu dans la maison récupérer une boite confiée à Maud. Clara ne sait qu’en penser, cet homme lui fait peur, c’est évident. Max est un homme oiseau, étrange et terrifiant, noir comme un mauvais rêve, et l’on a très vite envie de mieux le connaitre, de savoir d’où et pourquoi il vient. Pourtant Betty n’a pas vraiment l’air de s’en soucier.

Betty, maquettiste, célibataire est une femme étonnante elle aussi. Elle fait de nombreux rêves étranges et elle est très souvent frappée d’aphasie, phénomène d’autant plus dérageant quand il s’agit de défendre ses intérêts professionnels, ou comme ici de comprendre et d’enquêter sur sa propre famille.

Betty mène finalement l’enquête sur ses origines et sur sa famille, et l’on se rend compte alors que dans la famille, que ce soit Clara, Betty ou Maud, les femmes ont une grande importance. Dans la colline où réside historiquement la famille Couvreur, elles tiennent le premier rôle, le seul sans doute, protectrices, maternelles, salvatrices.

Tout en noir et blanc, en dégradés de gris plombé comme un ciel d’orage, cette histoire sombre prend toute sa dimension grâce aux tonalités en demi-teinte et aux planches parfois détaillées, au tracés minutieux, ou parfois plus floutées, du graphisme de Frederik Peeters. L’ambiance devient irréelle, dans un univers noyé de pluie et d’orage, la tension monte et l’air est électrique pour ce roman graphique qui a tout du conte fantastique et noir ! On se laisse totalement embarquer par ce récit surnaturel, avec un petit bémol peut-être, une fin un peu abrupte qui laisse comme un goût de Ah mais en fait j’ai peut-être pas tout compris !

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Catalogue éditeur : Delcourt

Dans la famille Couvreur, il y a Maud, 75 ans, auteur de romans pour enfants dont le succès n’a d’égal que la discrétion. Il y a Betty, sa fille au caractère ombrageux, sujette à des crises d’aphasie qui la privent littéralement de parole. Et il y a Clara, la fille de Betty, lycéenne brillante et fabulatrice qui rêve d’aller vivre avec son père à Londres… Lire la suite …
Scénariste : Serge Lehman / Coloriste & Illustrateur : Frederik Peeters
Date de parution : 17/01/2018 / ISBN : 978-2-7560-9625-4

 

Petite maman, Halim

Bouleversant, émouvant, Petite maman, de Halim est un roman graphique qui reste longtemps en mémoire, sur le difficile sujet des maltraitances intrafamiliales.

Domi_C_Lire_petite_maman_dargaudElle, c’est Brenda. Lorsqu’elle vient voir le psychologue, elle arrive avec sa poupée, son bébé, car si Brenda ressemble à une toute jeune fille, elle a en fait 29 ans, et son histoire est absolument terrible.

Stéphanie, la maman de Brenda, a un problème, un sérieux problème même ! Lequel ? Brenda ! Cette enfant dont elle n’a pas voulu, qu’elle a eu alors qu’elle avait à peine 15 ans et qu’elle n’était qu’une enfant. Abandonnée par le père qui a vite fait de fuir ses responsabilités, Stéphanie est aidé par sa mère. Mais la grand-mère de Brenda fait ce qu’elle peut, elle a souvent recours aux aides sociales. Cette maman-là est totalement dépassée, elle ne supporte pas son enfant qui pleure sans qu’elle sache pourquoi, la brutalise parfois, souvent même, mais Brenda, est emplie d’amour pour sa mère, prenant même soin d’elle comme le ferait une Petite maman, elle cache sa vraie vie à ceux qui posent trop de questions, l’école, le médecin. Elle dessine des cœurs sur ses poupées pour pouvoir leur parler, ce sont ses seuls soutiens.

Aussi lorsque l’amour se présente avec la rencontre de Vincent, tout s’annonce sous les meilleurs hospices pour Stéphanie. Avec un compagnon pour l’aider tout devrait aller mieux. Mais non, Vincent est un mari violent, en galère de travail, un futur bébé arrive vite dans la famille recomposée et c’est Brenda qui subit les accès de colère, les frustrations, les insultes, les humiliations, les coups, les privations de nourriture, de liberté, jour après jour, sans rien dire.

Jusqu’au jour où…

Quel livre, quelle histoire, terrible est le mot qui me vient. Il y a tellement de douleur, de chagrin face à cette fillette qui en symbolise beaucoup d’autres, pour lesquelles l’enfance n’est que violence et abandon, et tellement d’incompréhension face à l’incurie de l’administration et des services sociaux qui semblent totalement impuissants.

Alors que faire, quand on est une enfant battue, et que soi-même l’on devient mère ? Sur qui peut-on prendre exemple pour donner l’amour que l’on n’a jamais reçu… Petite maman nous donne une leçon d’humanité, nous pousse à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure, pour en voir le meilleur, mais aussi pour être le témoin attentif du malheur des autres. Le graphisme tout en noir et blanc donne à la fois de la profondeur et augmente la douleur ressentie à la lecture, les traits sont parfois hachés, violents, brouillons, pour atténuer la force de ce qui est dit…

Ce roman graphique me fait penser au roman La maladroite d’Alexandre Seurat.

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Catalogue éditeur : Dargaud

Lorsque Brenda vient au monde, sa mère, Stéphanie, a 15 ans, et son père s’est déjà éclipsé. Négligée, Brenda grandit pourtant vite et apprend à se débrouiller seule. Malgré les brimades et les punitions injustes dont elle est victime, elle souhaite voir sa mère heureuse et s’occupe d’elle du mieux qu’elle le peut, à tel point que les rôles s’en trouvent inversés, Brenda devenant la « petite maman » de sa mère.

Dessinateur : Halim / Scénariste : Halim / Coloriste : Halim

Pagination : 192 pages / Format : 177×248 / EAN 9782505067108/ Public Ado-adulte – à partir de 12 ans

Mai 68 ; La veille du grand soir, Patrick Rotman & Sébastien Vassant

Mai 68 ; La veille du grand soir, ou comment Patrick Rotman et Sébastien Vassant nous font vivre les évènements de mai 68 dans un superbe roman graphique.

Domi_C_Lire_la_veille_du_grand_soir_mai_68_delcourtLe cinquantième anniversaire de mai 68 est l’occasion pour l’écrivain Patrick Rotman et l’auteur de BD Sébastien Vassant d’unir leurs talents pour sortir un roman graphique ou bande dessinée sur cette période qui reste une référence historique dans la vie du pays.

Sur presque 200 pages les auteurs nous dressent les faits chronologiques de ce mois de mai 68 assortis de quelques explications pour éviter de perdre le lecteur qui n’aurait pas vécu à cette époque.

Étudiants, révolutionnaires, flics, CRS, syndicalistes, politiques, ouvriers, bourgeois et casseurs chacun est à son poste et joue sa partition. Les auteurs ont choisi de nous faire traverser les évènements au travers de dialogues d’un jeune couple qui nous permet de comprendre l’évolution des questions politiques ou existentielles de la jeunesse sur une si courte période.

La force de cette BD est d’abord une justesse historique et sa capacité à nous projeter dans les têtes et pensées des nombreux protagonistes. On entre dans la bataille, chaque camp est décrit avec une recherche de vérité historique et sans caricature. Le lecteur est très vite pris dans l’ambiance il manque juste à cette BD le bruit des grenades, la clameur des foules et l’odeur des lacrymogènes.

On y retrouve les meilleurs slogans de l’époque et l’explosion des utopies de ce mois de mai 68 y est particulièrement bien décrite.
Tout y est ou presque l’évolution du mouvement étudiant, la récupération par les syndicats, le  pourrissement dans une ambiance de foisonnement d’idées révolutionnaires et enfin les hésitations et récupération politique par le pouvoir en place.  

Si la mise en scène des illustrations est réussie et colle parfaitement au récit le seul bémol serait peut-être le style du dessin proche du dessin de presse dont certains pourraient moins apprécier l’esthétique.
Ce roman illustré intéressera les « vieux » passionnés de politique qui ont traversé cette époque, les jeunes aussi qui se demandent pourquoi et comment Mai 68 et ce qu’il en reste aujourd’hui. Enfin les journalistes et politiques qui font un parallèle entre la situation actuelle et mai 68 pourront comparer et voir si dans les consciences du moment le grand soir est encore pour demain.

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Catalogue éditeur : Delcourt

Ce livre est le récit historique et romanesque de mai 68, dessiné par Sébastien Vassant, et nourri du vécu de Patrick Rotman et des entretiens inédits qu’il a réalisé auprès du pouvoir.
Il y a 50 ans, une crise existentielle secoue la France. Dans Mai 68 : La veille du grand soir,  le lecteur est là où l’histoire s’écrit, à la Sorbonne et à l’Élysée, aux usines Renault ou à la Préfecture. Il côtoie Cohn-Bendit, voit débattre Sartre. En contrepoint, les auteurs racontent aussi les atermoiements au sommet de l’État : les affrontements entre De Gaulle et Pompidou ou les négociations entre un Chirac armé jusqu’aux dents et la CGT…

Date de parution : 14/03/2018 / ISBN : 978-2-413-00038-9

Scénariste : ROTMAN Patrick / Coloriste & Illustrateur : VASSANT Sébastien

 

 

Le premier homme. Jacques Ferrandez, d’après l’œuvre d’Albert Camus

Lire « Le premier homme » et se laisser emporter par ce graphisme de Jacques Ferrandez et par les mots de Camus.

DomiCLire_le_premier_homme_gallimardJ’ai un goût immodéré pour les romans graphiques, enfin je crois. Avec Le premier homme, une fois de plus, j’ai été emportée par un graphisme, des couleurs, un récit magique et prenant, que je n’ai pas voulu lâcher avant de l’avoir terminé.

Le premier homme  est basé sur le texte d’Albert Camus dont le manuscrit fut retrouvé dans sa sacoche en janvier 1960, lors de l’accident de voiture qui lui coûta la vie, et qui ne sera publié qu’en 1994. Ce roman graphique nous entraine sur les pas de Jacques Cormery, double fictif de l’auteur, qui de l’Algérie au retour en France va évoquer avec amour la mère, le père disparu à la guerre de 14/18, la grand-mère sévère mais juste, le professeur qui guide l’enfant brillant vers les études supérieures, la reconnaissance de l’écrivain chez Gallimard, et le recherche du père, sa tombe en Bretagne, les amis, la guerre, le pays que l’on aime et que l’on quitte à regret.

Il y a tout cela et plus encore, car les flashback sont là, les rêves aussi, le miracle du dessin qui permet de faire cohabiter l’enfant et l’homme, le souvenir et le présent, le malheur et l’espoir, l’enfance et l’âge mur. Il y a de l’humour, du bonheur, de grands malheurs, des regrets et de la nostalgie, de la passion et du désespoir aussi face la mort, l’incompréhension face à la guerre, mais il y a surtout l’amour d’un fils pour sa mère et pour le pays qu’il a quitté. On sent les personnages à travers les couleurs, les teintes, les paroles, les textes et les différentes écritures dans une même case, c’est magique et nostalgique, intime et réaliste, comme avec ses photos ou carnets en surimpression, posés là, pour prouver la réalité du récit.

Vous aimez Camus ? Vous aimez les romans graphiques ? Vous êtes simplement curieux ? Alors foncez vers celui-ci, car il est superbe, et peut-être tout comme moi aurez-vous envie ensuite de découvrir L’étranger, du même auteur toujours chez Gallimard.

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Catalogue éditeur : Gallimard BD

« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais », écrit Albert Camus dans une note pour l’œuvre à laquelle il travaillait au moment de sa mort. Il y avait jeté les bases de ce que serait son récit de l’enfance : une odyssée temporelle et émotionnelle à travers ses souvenirs, un récit qui, sous couvert de fiction, revêt un caractère autobiographique exceptionnel. À la recherche de ses origines, il y évoque avec une singulière tendresse son univers familial, le rôle des femmes, celui de l’école, la découverte du monde extérieur… En filigrane, on découvre les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement.

Après le succès de « L’Étranger », le chef-d’œuvre autobiographique d’Albert Camus en bande dessinée.

Par : Albert Camus, Jacques Ferrandez / Collection : Fétiche / Date de parution : 21 / 09 / 2017 / 184 pages / 24,5 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075074155

Les étoiles du temps. Victor Hussenot

Prendre son temps et lire la BD de Victor Hussenot « Les étoiles du temps ».
« Le temps, le temps, le temps n’est rien d’autre, celui des uns, et  celui de autres… »

DomiCLire_les_etoiles_du_temps_victor_hussenotComment définir le temps ? Vaste sujet, et vaste question, combien de temps me donnez-vous pour répondre ? Vous avez une idée ? Non ? Alors pourquoi n’irions nous pas demander à Victor Hussenot, et ainsi découvrir sa relation au temps, avec ce roman graphique qui vient tout juste de sortir chez Gallimard.

Les années passent sans que l’on s’en rende compte, l’école, les copains, le permis de conduire, un boulot, la vie, la vie, la vie qui passe… Les vacances d’été qui durent si longtemps, puis qui raccourcissent inexplicablement d’année en année. Se souvenir, oublier, raconter, puis comprendre que les autres n’ont pas les mêmes souvenirs d’un même évènement que nous, et souvent pas la même notion du temps que nous. C’était il y a longtemps, mais non, c’était hier ! Se poser un instant et regarder, passer le temps, perdre son temps, courir après du temps pour réussir à bien employer son temps ? …ouf, j’ai plus le temps !

Alors le héros s’interroge, se questionne sur sa relation au temps, sa représentation du temps. Le temps historique, le temps individuel, le temps quotidien, sur lequel doit-on vraiment s’appuyer ? Et si comprendre le temps n’avait aucun rapport avec vivre l’instant ? Que faut-il privilégier, la représentation ou la réalité ?

Mais, et vous, êtes-vous plutôt chronophage ou préférez-vous vous prélasser pendant les heures creuses, avez-vous peur de perdre votre temps ? C’est très difficile de savoir, pas le temps de se poser la question en fait. Alors arrêtons de perdre notre temps, vite, lisons « Les étoiles du temps », pour ne plus le gaspiller sans pour autant oublier quel est le seul qui a de l’intérêt, le temps véritable, celui que nous avons envie de vivre, chaque jour, en toute sérénité. Merci à Victor Hussenot de nous le rappeler !

Un graphisme étonnant, celui de l’enfance est doux et chaleureux, celui de l’urgence a des dominantes de rouge et noir, celui de l’inquiétude aussi, puis de la sérénité bien sûr. Un peu perplexe au départ, finalement j’aime assez cette représentation de nos angoisses et de nos craintes, qui nous permet aussi de les matérialiser et sans doute de les éloigner, enfin, au moins pour quelque … temps !

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Catalogue éditeur : Gallimard

Le temps est mathématique, mais aussi aléatoire, subjectif… insaisissable. Pour preuve, plus on vieillit et plus il semble s’accélérer. De raisonnements logiques en déambulations imaginaires, le personnage principal de cette enquête singulière s’interroge sur notre perception du temps et ses représentations. Une quête qui le mène de l’enfance aux divers âges de la vie. Mêlant intime et universel, Victor Hussenot poursuit ici avec brio sa réflexion graphique et poétique sur l’existence humaine.

Collection : Bandes dessinées hors collection / Date de parution : 21 / 09 / 2017 / 96 pages / 20 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075076821