L’ange de Munich, Fabiano Massimi

Enfin lever le voile sur le décès mystérieux de la nièce d’Hitler

En 1931, à Munich, Angela Raubal est retrouvée morte dans sa chambre fermée à clé de l’intérieur, avec un pistolet Walther PPK tombé à ses côtés. Tout semble prouver qu’il s’agit d’un suicide. Mais le commissaire Siegfried Sauer et son adjoint Helmut Forster sont sommés de mener l’enquête, enquête confidentielle qu’ils se doivent de boucler en 8 heures chrono.

Pourquoi ?
Parce qu’Angela Raubal n’est pas simplement une belle jeune femme dynamique et lumineuse. C’est aussi et dans ce cas on pourrait même dire c’est avant tout la nièce d’Adolf Hitler, la personnalité montante de ces années 30. Sa petite protégée dont il est le tuteur, mais dont il semble être bien trop proche pour que ce soit tout à fait honnête. Il ne faut donc pas que cette mort fasse des vagues pour ne pas interférer dans l’ascension du parti.

Mais l’enquête va s’avérer bien plus complexe et délicate que prévu. Les témoins sont bien silencieux, ou suspicieux. Les amis et les collègues ne sont pas très fiables, et durant cette période si particulière de l’après première guerre mondiale et d’ascension sournoise du nazisme, il faut se méfier de tout le monde. Car le parti fait de plus en plus d’adeptes et le sentiments sont parfois très divergents y compris au sein des familles.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman est un excellent rappel de cet entre deux guerres si caractéristique qui a vu l’ascension inexorable du parti Nazi sans que personne en Allemagne ou en Europe ne bouge le petit doigt. Différents personnages, les Hess, Goering, Himmler ou encore Heydrich dont on sait que la plupart ont réellement existé, apparaissent froids, déterminés, calculateurs et déjà fidèles au Furher. Pourtant, j’avoue avoir été parfois déstabilisée par le côté presque humain que l’auteur a donné à ces hommes dont chacun a compris depuis la puissance dévastatrice, à travers les douleurs qu’ils ont engendrées et les horreurs dont qu’ils ont pu commettre par la suite. Difficile alors de les considérer comme de simples hommes au service d’une cause, fidèles à un parti, soucieux du bonheur d’Hitler ou de sa nièce.

Comme souvent je n’avais regardé ni les chroniques, ni la 4e de couverture avant d’écouter ce roman. Et je ne connaissais pas ce fait divers. Aussi mes interrogations ont-elles été nombreuses, fiction, réalité ? Fabiano Massimi a bel et bien déterré une histoire vraie avec le décès brutal et inexpliqué de cette jeune femme de vingt trois ans. En bibliothécaire averti, il a su où chercher, et trouver, les documents indispensables à son enquête. Du coup j’aurais presque aimé un peu pus d’informations historiques à la fin du roman, même si celles qui sont données permettent déjà de mieux comprendre les mentalités de l’époque.

J’ai trouvé cette lecture tout à fait passionnante, avec un lecteur convaincant et à la hauteur du rôle qui lui est attribué. Celui de Sauer, le commissaire sincère, juste, mais tellement seul face au pouvoir qui peu à peu occupe toute la place.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

À Munich, en 1931, Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire.
Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal est le leader du Parti national-socialiste des travailleurs, Adolf Hitler, alors en pleine ascension. Les liens troubles qui les unissent font d’ailleurs l’objet de rumeurs.
Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler.
Entre pressions politiques, peur du scandale et secrets sulfureux, cet événement, s’il éclatait au grand jour, pourrait mettre un terme à la carrière d’Hitler. Et faire du commissaire Sauer, chargé de l’enquête, un témoin très gênant.

Lu par Nicolas Matthys Traduit par Laura Brignon

EAN 9791035406530 / durée 14h04 / Prix du format cd 25,90 € / Date de parution 15/09/2021

Quand sonne l’heure, Kirby Williams

De l’Amérique ségrégationniste à la France occupée, suivre Urby, un talentueux jazzman

Alors que les Allemands entrent dans Paris, en ce mois de juin 1940, les habitants tentent par tous les moyens de quitter la ville. C’est aussi ce que veulent faire Urby Brown, un jazzman noir qui avait déjà quitté La Nouvelle-Orléans pour échapper à la ségrégation raciale quelques années auparavant, et Hannah Korngold, une pianiste juive, sa compagne. Ils n’ont qu’un seul et même but, échapper aux nazis. Musiciens en sursit, ils doivent trouver un moyen de quitter la capitale, et c’est Stanley, l’ami de toujours qui va pouvoir les aider.

Urby Brown a été abandonné à sa naissance dans un foyer pour jeune noirs à La Nouvelle-Orléans. Son parcours a été suivi en secret par les hommes de main de son père, un aristocrate français qui avait abandonné sa mère au moment de sa naissance. Urby l’a découvert lorsqu’il est arrivé en France, mais ce dernier est un activiste fasciste aux idéaux et aux actions bien éloignées de celles d’Urby et Hannah. La relation entre les deux hommes est complexe et malsaine. Pourtant, fort de sa puissance malfaisante, il tient sous sa coupe ce fils qui ne veut pas de lui, en le menaçant de faire disparaître Hannah.

Fort heureusement, le vieux Stanley, un musicien de jazz qui a prêté à Urby ses premiers instruments et lui a permis de faire ses premiers pas de jazzman à la nouvelle-Orléans est toujours là, à Paris, pour protéger le jeune couple. Ses nombreuses connections lui permettent de les aider de loin sur le chemin semé d’embûches et de trahisons pour rejoindre le sud de la France et échapper à la déportation.

Un roman qui promettait de beaux moments de lecture, suspense, amour, intrigue complexe à souhait dans la relation entre les différents personnages en ces périodes d’avant-guerre et de débâcle, et un rappel de ces périodes troubles de notre Histoire. Pourtant, sans doute du fait des invraisemblances un peu trop nombreuses, il m’a manqué un petit quelque chose en plus pour être totalement emballée. Peut être faut-il lire avant Les enragés de Paris ce roman précédent dans lequel l’auteur plante le décor et fait connaître à ses lecteurs son personnage principal.

Catalogue éditeur : Baker Street

Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris. En quelques jours, ils posent leur empreinte sur une ville déjà désertée de près de deux tiers de ses habitants. Parmi ceux-ci, le jazzman noir Urby Brown, exilé quelques années plus tôt de La Nouvelle-Orléans, et sa compagne juive Hannah Korngold qui s’efforcent eux aussi par tous les moyens d’échapper à l’oppression nazie.
Confrontés à l’antisémitisme et au racisme, poursuivis par un groupe de néo-fascistes, ils se lancent dans un périple qui manque à plusieurs reprises de leur être fatal. Il leur réserve, de Paris à Bordeaux, d’étonnantes rencontres, jusqu’à un éphémère échange avec le général de Gaulle qui leur propose de les embarquer dans son avion pour Londres…
Thriller historique et politique haletant, aux multiples péripéties, ce roman inventif nous offre, à travers une chronique saisissante de la période précédant l’arrivée des Allemands dans Paris et de la panique qui s’ensuit, précipitant sur les routes des milliers de gens, l’occasion d’une réflexion sur l’intolérance et la haine raciales.

Traduction SOPHIE GUYON  / parution 18 Janvier 2022 / 21.00 €

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason

Embarquer pour le plus grand glacier d’Europe à la recherche d’un bombardier de la seconde guerre mondiale

Voilà un polar Islandais qui hésite entre roman noir, roman contemporain ou historique. Et surtout, une fois n’est pas coutume, Arnaldur Indridason ne nous fait pas vivre les états d’âme de son flic fétiche. En effet, ici point d’Erlendur mais au contraire de nouveaux personnages dont on sent qu’ils ne seront là que le temps de cette intrigue.

L’action se concentre sur cette petite île du nord de l’Europe dans laquelle l’auteur n’a pas hésité à imaginer une histoire retentissante capable de secouer le monde. Ce n’est pas l’Islande de glace et de feux qui attire les touristes en été qui nous est décrite mais ce pays plongé dans le froid et la nuit polaire dans lequel les habitants sont capables d’affronter les pires situations.

En 1945, alors qu’un avion allemand survole l’Islande, il est pris dans une tempête et s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Il y a des survivants, des officiers allemands et américains. L’un d’eux décide de chercher de l’aide et disparaît dans l’immensité glacée. Deux frères sont témoins du crash. Pendant les dizaines d’années qui suivent, les Américains vont lancer des expéditions pour tenter de retrouver la carcasse de l’avion et guetter sans relâche les photos satellites de la zone. En 1999, alors que le glacier fond, ils repèrent une carcasse et envoient les forces spéciales américaines sur place, tout en souhaitant garder le plus grand secret sur leurs manœuvres. Il faut dire que pendant de longues années, les américains possédaient une base militaire en Islande, point stratégique du nord de l’Europe, et que leur présence ne semble pas toujours bien acceptée.

Vouloir agir dans la discrétion, c’est sans compter sur l’apparition de deux jeunes hommes, Elias et un de ses amis, qui font partie d’une équipe de sauveteurs qui s’entrainent sur le glacier... mais leur curiosité déplaît aux militaires qui vont tout faire pour ne pas ébruiter l’objet de leur soit-disant exercice. Elias a cependant eu le temps de prévenir sa sœur Kristin de ce qui se trame.

À partir de là, les actions plus ou moins violentes et les mauvaises rencontres vont s’enchaîner sur fond d’hiver islandais, de glace et de tempête, mais aussi de mort et de violence.

L’intrigue est bien ficelée, le style incisif évite de s’ennuyer. Les personnages ne font pas dans la dentelle, Kristin, l’héroïne Islandaise semble tout droit sortie d’une série TV à épisodes, les méchants sont vraiment méchants et la situation géostratégique est décrite avec un semblant de réalisme. Enfin le rythme, avec une action qui se situe sur quatre jours à peine, donne du piquant et de l’attrait à cette histoire.
Ce roman pêche cependant sur deux points : un furieux sentiment anti-américain que l’auteur veut plaquer à l’ensemble du peuple Islandais, en particulier par la voix de Kristin, et que l’on ressent tout au long du roman. Et pour les puristes et les spécialistes, une construction historique qui rend la fin de cette histoire quelque peu farfelue. Il m’aura permis néanmoins de me poser des questions sur les alliances géostratégiques des alliés à la fin de la seconde guerre mondiale, mais aussi sur le rôle et la place de américains en Islande pendant de nombreuses années après la fin de la guerre.

Au milieu de tant de violence et dans ce froid polaire, Thierry Janssen nous fait bien ressentir le doute et la détermination, les questionnements et l’inquiétude des différents personnages. En leur donnant corps il apporte un peu de chaleur à une intrigue qui nous entraîne au cœur des étendues glacées.

Catalogue éditeur : Audiolib et Métailie

1945. Un bombardier allemand s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du XXe siècle ?
1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manœuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la sœur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au cœur d’une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu’exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Lu par Thierry Janssen / Traduit par David Fauquemberg

Durée 10h08 / EAN 9782367623085 Prix du format cd 23,40 € / EAN numérique 9782367623597 Prix du format numérique 20,95 € Date de parution 22/03/2017

Belle Greene, Alexandra Lapierre

Découvrir l’incroyable bibliothécaire de la Morgan Librairy de New-York

En 1900, dans une Amérique profondément raciste et ségrégationniste, une seule goutte de sang noir suffisait à faire de vous un paria au même titre que pour tous les Afro-américain du pays. Si vous n’aviez pas la bonne couleur de peau, et qu’importe d’ailleurs si vous étiez aussi blanc qu’un blanc, vous étiez soumis aux lois iniques, Jim Crow, règle de l’unique goutte de sang, divisant la population entre white or colored.
C’est dans ces conditions que la jeune Belle Greener décide, avec toute sa famille alors abandonnée par le père, de transgresser les lois et de faire leur « passing » c’est-à-dire de franchir la frontière invisible mais quasiment infranchissable qui faisait d’eux des blancs.

Belle devient alors une « da Costa Greene » descendante d’une hypothétique famille sud-américaine légèrement typée. Elle qui adore les livres va réussir ses études de bibliothécaire et entrer dans la très prestigieuse famille J. P. Morgan pour s’occuper de la bibliothèque et des collections de John Pierpont.

Toute sa vie sera consacrée aux livres rares, devenant cette grande spécialiste qui a su se faire une place parmi les marchands internationaux et les spécialistes reconnus de par le monde.

Un roman et un destin fabuleux, celui d’une héroïne qui a tout osé pour vivre sa passion. Une femme moderne, forte, énergique et insoumise, ambitieuse, amoureuse, au caractère bien trempé qui dénotait auprès de ses contemporains. Critiquée, aimée, adulée, vilipendée, celle qui s’est imposée comme la directrice incontournable de la Morgan Librairy de New-York est un personnage romanesque à découvrir sans faute.

Vous l’aurez compris j’ai adoré Belle, et j’ai aimé arpenter grâce à Alexandra Lapierre les salles de la Morgan Librairy que j’avais tant apprécié lors de ma visite à New-York. Enfin, mieux comprendre la passion pour les livres anciens. Et retrouver quelques unes de mes photos à la Morgan Librairy, en particulier ces livres en cage qui sont justement la photo que j’ai choisie pour être le bandeau du blog.

Catalogue éditeur : Pocket, Flammarion

« En 1900, au cœur d’une Amérique puritaine et ségrégationniste, elle fume, boit, choisit ses
amants et réussit une carrière dont aucune autre femme de sa génération ne pouvait rêver. Elle est d’une modernité inouïe ! Et toute sa vie est bâtie sur un mensonge explosif… »

Date de parution : 06/01/2022 / 9.50 € /EAN : 9782266311090 / pages : 624

Cervin absolu, Benoît Aymon

Le récit d’un amour fou, celui d’un homme qui a passé sa vie à conquérir les sommets indomptés des Alpes

En rédigeant escalade dans les Alpes, Edward Whymper a écrit le récit complet de ses courses en montagne, de ses tentatives infructueuses, échecs, abandons, et de son obstination a vouloir conquérir le sommet des Alpes encore inviolé en 1861, le Cervin.

Alors qu’il est envoyé dans les Alpes pour y faire des gravures pour son employeur, il tombe amoureux de ces montagnes majestueuses et décide d’en tenter l’ascension.

Ce seront d’abord quelques tentatives infructueuses avec les porteurs et les guides qui acceptent de l’accompagner. Il faut dire que le sommet était un rêve pour de nombreux montagnards de la région, mais pas seulement. Les jalousies s’exercent là aussi pour planter son drapeau le premier au sommet.

Après plusieurs essais ratés au fil des ans, il va enfin parvenir à ses fins. Mais cela ne se fera pas sans douleur puisqu’un terrible accident endeuille sa conquête du Cervin.

Le roman alterne deux visions, celle de Edward Whymper, récit contemporain de ses ascensions, puis en 1925, celle de Ethel, une jeune journaliste et de Jeanne, une ancienne employée d’Edward, mais surtout une femme amoureuse en silence de ce conquérant qui n’a d’yeux quant à lui que pour les sommets et la montagne.

J’ai aimé suivre le parcours de ces montagnards, leurs tentatives, le travail des porteurs, le vin qui circule un peu trop abondamment pendant les tentatives d’atteindre le sommet, et la joie d’y arriver. Enfin, la force de cette montagne indomptée qui reprend aussi ce qu’elle offre, même lorsqu’il s’agit de vies arrachées aux hommes.

Catalogue éditeur : Éditions Paulsen

Roman historique, Cervin absolu retrace la vie d’Edward Whymper jusqu’à son ascension ultime du Cervin, point d’orgue de sa carrière d’alpiniste mais aussi tragédie qui marquera sa vie à jamais.
Ce récit, c’est aussi celui d’un amour déçu, celui de Jeanne, domestique française servant chez les Whymper et confidente du jeune Edward, qui la délaissera pour celle qui obsède toutes ses pensées : sa montagne. Il faudra toute la patience et la persévérance d’Ethel, jeune journaliste du Times, pour recueillir cette version inédite de l’histoire et tenter d’en apprendre plus sur cet homme hors du commun.

À l’origine de Passe-moi les jumelles, une émission phare de la Radio Télévision Suisse, Benoît Aymon a toujours entretenu avec le Cervin une relation particulière. Historien de formation, il en fait l’ascension par la voie italienne et la descente par la voie suisse. Traversée intégrale et symbolique, sur la trace d’Edward Whymper, le premier à fouler le sommet du géant des Alpes dont on fête cette année le cent cinquantième anniversaire de la première ascension.

Parution : Octobre 2015 / ISBN 978235221-1365 / 16,00 €

Une ascension, Stefan Hertmans

Passionnant, instructif, émouvant, révoltant. Une lecture pour comprendre

En 1979, alors qu’il se promenait à Gand, en Belgique, l’auteur est tombé sous le charme d’une maison qu’il décide aussitôt d’habiter. Il y passera vingt ans avec sa famille. Alors qu’il a déjà quitté cette maison, il découvre qu’un certain Willem Werhulst a vécu là avec toute sa famille, des années auparavant. Mais ce qui le frappe à lui en donner le vertige, c’est que cet homme à priori ordinaire a intégré la SS et a été très fortement impliqué dans une collaboration intense avec le IIIe Reich.

S’ensuit alors pour Stefan Hertmans une période d’enquête, de recherches, de rencontres pour tenter de comprendre qui était Willem Werhulst. Et pourquoi n’a t-il lui-même rien senti, imaginé, compris, lorsqu’il a vécu entre ces murs.

Qui étaient Mientje, l’épouse et Letta, Adri et Suzy les enfants de cet homme ? Des complices aussi pervers que lui, des victimes qui n’avaient d’autre choix que se plier à ses exigences à une époque où il était plus sûr de se taire. Comment femme et enfants ont ils supporté le mal, en adoptant la même attitude, en l’ignorant. Les enfants étaient-ils au courant des agissements du père. Leur mère était-elle elle aussi soumise, consentante, ou forcée à vivre sous le même toit sans accepter ses dérives.

Comment ce père de famille est devenu celui qui espionne, fait des listes, note les noms de ceux qui pourront être ensuite arrêtés, avec autant de régularité et d’assiduité. Comment autant de noirceur n’a t-elle pas laissé de traces dans cette maison? Les maisons sont elles porteuses des actes et des mots qui se déroulent entre leurs murs ?

Autant de questions auxquelles l’auteur tente de répondre. En nous présentant un homme ordinaire, un mari, un père, mais aussi un SS convaincu et zélé. Peu à peu, à travers une somme d’actions bénignes à priori, dans le contexte sombre de la seconde guerre mondiale, il nous montre les changements qui s’opèrent en Willems.

À côté des faits, textes, lettres, écrits des enfants, témoignages qu’il a longuement consultés, l’auteur recrée un contexte, des mots, des attitudes, des relations dans le couple, avec la communauté autour, c’est tout l’art de l’écrivain de nous faire vivre le passé comme si nous y assistions.

Catalogue éditeur : Gallimard

Trad. du néerlandais par Isabelle Rosselin

Se promenant dans sa ville natale de Gand un jour de 1979, le narrateur tombe en arrêt devant une maison : visiblement à l’abandon derrière une grille ornée de glycines, cette demeure l’appelle. Il l’achète aussitôt et va y vivre près de vingt ans.
Ce n’est qu’au moment de la quitter qu’il mesure que ce toit fut également celui d’un SS flamand, profondément impliqué dans la collaboration avec le Troisième Reich. Le lieu intime se pare soudain d’une dimension historique vertigineuse : qui était cet homme incarnant le mal, qui étaient son épouse pacifiste et leurs enfants ? Comment raconter l’histoire d’un foyer habité par l’abomination, l’adultère et le mensonge ?
À l’aide de documents et de témoignages, le grand romancier belge Stefan Hertmans nous entraîne dans une enquête passionnante qui entrelace rigueur des faits et imagination propre à l’écrivain. Examen d’un lieu et d’une époque, portrait d’un intérieur où résonnent les échos de l’Histoire, Une ascension est aussi une saisissante plongée dans l’âme humaine.

Parution : 13-01-2022 / 480 pages / ISBN : 9782072940996 / 23,00 €

Un dernier Charleston Louise, Daniel Bernard

Rencontrer Louise Brooks, inoubliable star des années folles

A l’aéroport d’Idlewild de New-York, Angela accompagne Hans-Jorg, son époux atteint d’un cancer qui part faire des adieux à sa famille en Allemagne. Quelques années plus tôt, le couple a fui Allemagne nazie et s’est réfugié aux États-Unis. S’ils ont décidé de ne rien avouer de la maladie qui les frappe, le moment est pourtant venu d’aller retrouver la famille et de resserrer les liens distendus par les années et la distance.

À côté d’elle, une belle femme brune fait également des adieux à un passager du Constellation en partance pour la même destination. Elles entament une conversation et prennent un verre ensemble pour se remettre de leurs émotions. Ce sera le début d’une étrange amitié.

Cette belle femme brune n’est autre que Louise Brooks, l’actrice emblématique du cinéma muet des années folles. Elle doit sa gloire à un unique film, Loulou, qui est sorti à la fin des années 20. Ce film qui l’a fait connaître et qui sera ressorti des limbes dans lequel il se détériorait par Henri Langlois. C’est lui qui initie la restauration des bobines du film et qui redonne vie à Louise Brooks en la mettant en lumière en cette année 1956.

Tout au long du roman, par les conversations qu’elle a avec Angela, Helmut, et tant d’autres, et dans lesquelles elle égrène ses souvenirs, Louise Brooks revit sous nos yeux. Les années de gloire, la chute, les voyages, Berlin, Paris, New-York, les nombreux amants, les blessures de l’enfance jamais effacées, le succès puis l’oubli, l’écriture et le travail à la fondation Eastman qui lui a permis de vivre toutes ces années pendant lesquelles le cinéma l’a oubliée.

Je connaissais très mal la vie de cette actrice dont chacun connaît pourtant au moins le nom et la coiffure si caractéristique, frange et carré coupé court dévoilant la nuque. J’ai apprécié de la découvrir avec ses qualités et ses défauts, et de revisiter à travers sa carrière une partie de l’historie récente de nos deux continents que sont l’Europe et l’Amérique du Nord.

Catalogue éditeur : éditions Lemart

Alors qu’Angela accompagne son mari à l’aéroport d’Idlewild de New-York, un soir de 1957, elle fait la rencontre d’une femme brune : » Je ne me suis pas présentée. Je suis Louise Brooks ! » C’est l’actrice du muet, rendue célèbre 30 ans plus tôt pour son rôle dans Loulou.
Louise, elle, raccompagnait Helmut à son avion. Il avait été 3e assistant sur le film de Wilhem Pabst. Que s’était-il réellement passé entre eux à l’époque ? A peine quelques verres de gin consommés, son passé resurgit au fil de la conversation.
Le départ de l’avion Lockheed Constellation ouvre le roman, avec le vrombissement de ses quatre moteurs et leurs panaches de fumée.

EAN : 978B08SW5CN7Q / 205 pages / 13/01/2021 / 19,90€

Les exilés de Byzance, Catherine Hermary-Vieille

De Byzance à Moscou, une fresque familiale sur l’exil et la transmission

En 1453 Byzance, le dernier bastion catholique orthodoxe d’Orient conquis deux siècles auparavant par les croisés, tombe sous les coups des Ottomans. La chute de l’empire byzantin est aussi la fin du règne des orthodoxes dans cette partie du monde très convoitée car à cheval entre l’Orient et l’Occident. Celle qui deviendra Istanbul connaît alors de nombreux pillages et exactions. Femmes, enfants, vieillards ne sont pas épargnés par les conquérants musulmans, poursuivis et abattus jusque dans l’enceinte de la basilique Sainte Sophie.

C’est dans ce contexte que les survivants de la famille Dionous doivent fuir la cité. Les circonstances obligent les deux frères survivants à partir chacun de son côté, Nicolas et Constantin vont alors embarquer qui pour la Russie, qui pour l’autre rive de la méditerranée. À Byzance, cette lignée d’artistes écrit des icônes sacrées depuis la nuit des temps. Le deux frères sont désormais séparés, mais chacun de son côté va tenter de maintenir vaille que vaille cette tradition familiale.

C’est à travers une dizaine de générations successives que Catherine Hermary-Vieille leur fait parcourir de nombreux pays, dans un périple à travers l’orient, de Beyrouth à Moscou, du Caire à Londres, de Saint-Pétersbourg à Florence, Londres, Paris. Fuyant leur ville, les Dionous deviendront paysans, pêcheurs, commerçants, feront prospérer les plantations de coton égyptien, deviendront artistes de père en fille à Moscou. Mais toujours, chacun à sa manière tentera de percer le mystère de cette lignée qu’ils connaissent parfois si mal, mais qui subsiste par delà leurs propres existences.

Maintenir la tradition familiale, la perpétrer dans le respect des ancêtres n’est pas toujours aisée. Cinq siècles d’histoire mouvementée et souvent violente vont s’inscrire dans ces quelques cinq cent pages. C’est à la fois beaucoup et peu pour expliquer les remous provoqués par les conquêtes, les vagues de migrations forcées ou choisies, les révolutions et les transformations des différents pays traversés. Pour Nicolas et sa descendance, il y aura en particulier la création de Saint-Pétersbourg, mais aussi la mort du tsar, la révolution bolchevique et la fin du servage du côté de la Russie. Pour la lignée de Constantin, après quelques années d’errance, l’installation en Égypte, puis la culture et le commerce du coton, qui prospère d’autant plus que celui produit par les États-Unis souffre à son tour des complications dues à la guerre de sécession, la nationalisation des terres et l’obligation de changer de culture imposée par le nouveau gouvernement. Autant de changements que chacun devra anticiper, proposer, accepter, ou au contraire subir, ou refuser.

En fin du roman, un bien utile arbre généalogique permet de s’y retrouver parmi les nombreux membres des deux lignées. Dans ce roman sur l’exil, l’errance, la famille et la recherche de ses racines pour enfin trouver un équilibre, l’autrice nous fait parcourir ces cinq siècles d’Histoire sans nous lasser, passant en revue les transformations politiques et religieuses de cette partie du monde. En fil rouge on retrouve ces icônes peintes par les artistes de la famille. J’ai d’ailleurs appris que l’on dit écrire et non peindre des icônes. Icônes emblématiques qui se transmettent de génération en génération, perpétuant ainsi les racines de la famille Dionous à travers les siècles.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

29 mai 1453. Byzance, dernière capitale de l’empire romain d’Orient, tombe après le siège le plus sanglant de l’Histoire. La fière cité qui a résisté pendant plus de mille ans à tous les assauts s’effondre sous la violence de l’offensive turque. Jusqu’à l’intérieur de la basilique Sainte-Sophie, le peuple se défend avec ardeur et fièvre. Mais les vainqueurs n’épargnent ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants. Deux frères, Nicolas et Constantin Dionous parviennent à s’enfuir, l’un vers la Russie, l’autre vers les rives de la Méditerranée. Ils se font le serment qu’un jour, leurs descendants se retrouveront.

Date de parution 01 octobre 2021 / Édition Brochée 21,90 € / 480 pages / EAN : 9782226442390

Simone, Léa Chauvel-Lévy

Quand Simone rencontre André Breton, ou la naissance d’un amour

En 1920, dans Paris libéré des horreurs de la première guerre mondiale, la jeunesse cherche un monde nouveau à partager. Simone Rachel Kahn, 23 ans, jeune femme à l’esprit libre, a le goût de la découverte, mais elle a déjà un lourd bagage intime à porter après sa rupture avec Voldemar.

Simone aime aller dans les café avec ses camarades pour refaire le monde. Elle écoute aussi ces Dadas dont on parle tant, même si elle n’aime pas du tout Tzara. Ces Dadas qui ont trouvé une façon bien à eux d’oublier les années de guerre et de privation, en cherchant à créer un monde nouveau, par la littérature, la pensée, par la force de leur jeunesse prête à tous les extrêmes.

C’est au cours d’une de ces rencontre qu’elle fait la connaissance d’André Breton.

Issu chacun d’un milieu différent, elle protégé par sa famille et ses origines des horreurs de la guerre, lui infirmier à Nantes, à Paris, connaît les souffrances et les blessures des rescapés. Réticente de prime abord, la jeune fille de bonne famille va vite se sentir attirée par cet homme singulier et à la forte personnalité. Si certaines choses les séparent, en particulier les Dadas, leur amour de l’art, leur curiosité, leur modernité va très rapidement les rassembler.

C’est ce moment de la vie de Simone, la rencontre avec Breton, après la rupture avec son ami Voldemar, que Léa Chauvel-Levy a choisi de nous raconter. Cette période d’interrogation et de doute, alors que l’intérêt qu’elle porte à André Breton est de plus en plus prégnant. Comment vivre avec un homme issu d’un milieu aussi différent, comment le faire accepter par sa famille, et leurs goûts communs seront-ils suffisants pour les unir durablement. En choisissant de répondre aux questions que se pose Simone l’autrice nous parle de femmes et d’universalité des sentiments, d’interrogations et de doutes, d’amour et de vie.

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Paris, 1920. Simone Rachel Kahn n’est encore qu’une jeune femme de 23 ans. Esprit libre, férue de littérature, de poésie et de philosophie, elle vagabonde dans le Paris d’après-guerre, à la recherche de quelque chose ou quelqu’un qui, enfin, pourrait la faire renaître. Entre la librairie d’Adrienne Monnier et le Lutetia, elle croise le chemin des Dadas qui l’irritent autant qu’ils l’intriguent.

C’est alors qu’elle rencontre celui qui fera d’elle Simone Breton. L’auteur des Champs magnétiques n’est qu’un jeune artiste, déjà exalté, mais encore à la recherche de repères, de sa véritable voix.
Il est sans-le-sou, après avoir déserté les bancs de l’école de médecine. Simone, elle, est promise à un autre. Et pourtant…

Date de parution: 18/08/2021 / Nombre de pages: 192 / ISBN: 979-10-329-2124-1 / Format 14 x 20 cm

Passage de l’union, Christophe Jamin

Rencontre du troisième type avec Patrick Modiano dans ce roman écrit à l’encre sympathique

Alors qu’il est étudiant, le narrateur réside passage de l’union à Paris. Un jour il rencontre Patrick Modiano, cet écrivain si talentueux qui a pourtant tant de mal à s’exprimer à l’oral. Ils auront quelques échanges très limités.

Quelques années plus tard il est devenu avocat et, à l’instar de l’auteur, va régulièrement déposer une rose sur la tombe de Floriot, un célèbre pénaliste qu’il admire. Le jour où il doit défendre un criminel, il croise à nouveau Modiano lors du procès. Il faut dire que le prévenu a un parcours singulier, sa sœur aurait disparu dans les mêmes conditions que Dora Bruder, l’héroïne du roman de Modiano.

À partir de là, les routes des deux hommes se rejoignent à plusieurs reprises. Les mots, le pouvoir de l’écriture, les entraînent vers un univers parallèle dès qu’il s’engouffrent dans une station de métro, plongeant dans un passé récent jusqu’à la seconde guerre mondiale, la résistance, l’occupation de Paris.

Le narrateur met alors ses pas dans ceux de l’auteur devenu personnage de son roman, et part à la rencontre d’un monde bien plus vivable que celui dans lequel il évolue. Sur les traces d’un passé révolu mais qui parfois affleure à sa conscience, il rencontre ses propres personnages. Car eux aussi passent d’un monde à l’autre. La question est alors de savoir qui de François Yoannivitch ou de monsieur Joseph a le plus de réalité, le présent ou les protagonistes des romans de Modiano ? Grâce à l’écriture, à sa compréhension de certains situations, il peut enfin supporter la violence et le mal-être du présent.

Cette plongée dans la station de métro Varenne est là pour nous parler de tout cela, de l’écriture, du souvenir, de cette façon d’échapper à une actualité parfois difficile et sombre. De vivre sa vie autrement, dans un monde parallèle imaginaire. Avec ce côté magique parfois déroutant, ces personnages qui évoluent entre réalité et fiction, voilà un premier roman qui arrive à nous surprendre.

Catalogue éditeur : Grasset

L’ouvrage met principalement en scène trois personnages dont les vies vont être amenées à se croiser  : le narrateur, un écrivain, un criminel.
Étudiant durant les années 1980, le narrateur vit dans un studio, que lui a acheté son père, situé passage de l’Union dans le VIIe arrondissement de Paris. Un soir, il se sent observé par quelqu’un dont on comprendra qu’il s’agit de Patrick Modiano. Il le croise à plusieurs reprises, lui parle et commence à lire ses livres. Sans se l’expliquer, il se reconnaît dans son imaginaire romanesque. Néanmoins les années passent, le narrateur devient avocat et les deux hommes se perdent de vue.
Au cours d’un procès d’assises, le narrateur défend un homme dont le crime s’explique par un lointain passé  : une sœur ayant disparu durant la seconde guerre mondiale dans les mêmes circonstances que la Dora Bruder de Modiano. Il se trouve que l’écrivain assiste au procès et accepte d’aider le narrateur à retrouver la trace de cette mystérieuse sœur…
Cette quête commune amène les deux hommes à basculer dans le Paris les années 40. Ils sont reçus par des individus douteux dans un appartement situé près du studio du passage de l’Union, dont l’écrivain apprend au narrateur qu’il fut, durant la guerre, le siège des sombres trafics d’un ferrailleur de sinistre mémoire, le fameux «  Monsieur Joseph  »…
Ce roman met en abîme la dette que nous contractons à l’égard d’un passé trouble et tu. Il constitue aussi un hommage à la littérature.  Les écrivains ne sont-ils pas des passeurs dont les œuvres nous permettent de répondre aux questions les plus intimes, et parfois les plus douloureuses, que nous nous posons  ?

Parution : 25 Août 2021 / Pages : 140 / EAN : 9782246826750 prix 14.90€ / EAN numérique : 9782246826767 prix 10.99€