Suivie, Ellery Lloyd

La vie traquée d’une influenceuse

Suivie par ses millions de followers, Emmy est une instamum, une influenceuse qui étale sa vie pas toujours rêvée sur le fil Instagram Mamapoil. Tout y passe, sa vie, mais aussi celle de sa fille Coco et du petit dernier Orson. Sans oublier Dan, la mari fidèle et suiveur, auteur d’un seul roman huit ans plus tôt et qui semble désespérément chercher l’inspiration pour le suivant. Qu’importe, avec ses contrats mirifiques Emmy fait bouillir la marmite et paye allègrement les factures, maison, famille, école pour Coco, vacances, tout est devenu possible.

Irène, son agente, prend soin de la carrière d’une de ses meilleure pouliches. Et de quasiment toutes les autres instamums de sa constellation. Mais pour gagner des followers, il ne faut pas raconter sa vraie vie, celle là personne n’en veut. Pas toujours montrer du rêve non plus. Il vaut mieux être à plaindre, affabuler autant que possible tant que ce sera crédible, la vie d’une instamum n’est pas un calvaire mais s’en approche. Un véritable travail de composition finalement. Pourtant, une personne rode dans l’ombre, et sa façon de suivre Emmy n’est pas vraiment celle dont rêve toute influenceuse... Que lui veut elle, et jusqu’où ira t elle…

Le roman, parfois poussif et avec quelques longueurs, évoque avec justesse le monde sans pitié des réseaux sociaux. Que peut-on y dire, jusqu’à quel point peut-on s’exposer sans se brûler les ailes, qui se cache derrière les followers. Car amour et haine, jalousie et empathie, tous les sentiments les plus contradictoires s’expriment sur la toile pour le pire comme pour le meilleur.

Trois voix pour une seule histoire. Trois points de vue pour éclairer le lecteur et lui dévoiler les sentiments et les volontés de chacun des principaux protagonistes.

En ces temps compliqués, il n’est pas rare de voir de nombreuses personnalités se retirer de ces réseaux sociaux qui ont pourtant contribué à établir leur célébrité. Personnalités de la culture, du show-biz, mais aussi blogueuses ou autrices, qui prennent sans doute conscience du besoin de se protéger. Car si l’on peut dire, raconter, s’exposer, il ne faut jamais s’oublier ni trop en dire. Sans parler du fait qu’il est bien difficile d’encaisser la méchanceté de certains commentaires. Toujours protéger ses enfants en particulier et savoir garder une part d’intimité et de secret. Peut-être avons-nous un peu trop oublié le vieil adage, pour vivre heureux, vivons cachés.

Catalogue éditeur : éditions Hugo poche

Suivie par des millions de personnes, poursuivie par une seule.

Les gens aiment Emmy Jackson, surtout sur Instagram où elle partage sa vie de famille et ses conseils de maman à son million de followers. Son crédo : la sincérité, mais Emmy n’est pas aussi honnête qu’elle aimerait le faire croire à ses fans. En réalité, elle ne raconte pas ce qu’elle vit mais vit pour mettre en lumière son rôle de mère faussement imparfaite.
Dans sa quête de popularité, Emmy est prête à tout ; et une personne, tapie dans l’ombre de l’anonymat des réseaux sociaux, entend lui faire payer… Car les gens comme elle méritent de savoir ce que cela fait de tout perdre.
Quand votre vie s’étale sur les réseaux sociaux, quoi de plus simple que de vous tendre un piège ?

Ellery Lloyd est le pseudonyme du couple formé par Collette Lyons (journaliste) et Paul Vl itos (écrivain). Ellery Lloyd est le pendant du couple qu’ils ont créé pour Suivie. Les droits cinéma et télé de Suivie, leur premier thriller, ont été optionnés par Parkes + Macdonald Film Image Nation (Men In Black).

ISBN: 9782755697766 / septembre 2022 / 506 Pages / 8,90€

La chair de sa chair, Claire Favan

Rencontrer l’autrice et découvrir ce roman, noir et addictif

Moira fait de son mieux, mais Moira est épuisée par ses quatre boulots et ses trois enfants, difficile de tenir la tête hors de l’eau quand la petite dernière est gravement malade, que l’assurance ne paye pas les soins, que le père s’est suicidé et que l’ex mari est en tôle. Pourtant avec courage et ténacité elle essaie de contrer le zèle délétère des agents des services sociaux pour garder ses enfants auprès d’elle.

Fort heureusement il y a Peter, l’aîné du premier lit, qui s’occupe au delà du raisonnable de la fratrie pendant l’absence, la fatigue et les manques de sa mère. Jusqu’à ce moment de non retour où le drame arrive, le décès de Wendy, la petite sœur atteinte de mucoviscidose. Non pas tuée par sa maladie, mais par Nigel, son frère.

Nigel que Moria rejette sans espoir de compassion ou d’écoute, Nigel enfermé en hôpital psychiatrique afin d’évaluer son taux de responsabilité, Nigel prostré, atteint par l’horreur de son acte et la compréhension de sa pleine responsabilité. Un médecin, le docteur Bruce Thomas, va s’intéresser à son cas et tenter de tisser un lien pour faire sortir Nigel de son silence. Mais y parvenir s’avère plus complexe que prévu.

L’autrice nous entraîne vers les méandres tordus de la passion familiale, la possession, l’exclusivité que peut ressentir un enfant pour sa mère. Elle tisse peu à peu une toile dans laquelle Moira s’englue sans aucun espoir de se sauver, paralysée et aveugle. Et la lectrice que je suis ne peut que souffrir avec chacun des membres de cette famille face à tant de silence, d’incompréhension, de manipulation et de soumission. Tout en ayant envie de faire éclater la vérité. D’ouvrir les yeux, de donner un peu d’espoir, de bonheur à cette femme prisonnière de l’amour exclusif qu’elle partage avec ses enfants.

L’autrice a situé son intrigue aux États-Unis, nous permettant de découvrir avec stupeur le système carcéral américain et son implication à l’encontre des enfants criminels. Amis lecteurs, si vous n’êtes pas dans une période favorable, prière de s’abstenir de lire, car la lumière n’est pas au bout du chemin et votre moral peut s’en ressentir. Et pourtant, ce roman noir est totalement addictif.

Catalogue éditeur : Pocket

Moira O’Donnell, derrière le feu des boucles rousses et l’énergie inépuisable, est une femme qui lutte pour garder la tête hors de l’eau. Ce sont trois gamins livrés à eux-mêmes et autant de boulots cumulés pour les nourrir. Ce sont des pères absents : le premier est incarcéré pour longtemps, croit-elle, et le second s’est suicidé. C’est la solitude d’une mère de famille dure au mal qui se bat, tombe et renaît. Pour ses enfants. Et avec eux. Chaque semaine, elle achète un ticket de loterie en rêvant à une vie meilleure. Mais les services sociaux ont d’autres projets pour elle…

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, Dompteur d’anges, Inexorable, et Les Cicatrices. La Chair de sa chair est son 9e roman et a reçu Le Prix Polar « Les Petits Mots des Libraires ».

Prix 7.95 € / EAN : 9782266322423 / Nombre de pages : 408 / Date de parution : 14/04/2022

Blizzard, Marie Vingtras

Au cœur des éléments déchaînés, dénouer les secrets

Blizzard est un roman choral dans lequel les personnages prennent la parole tour à tour.

Dans ce coin perdu de l’Alaska, il fait un froid à ne pas mettre le nez dehors. Pourtant Bess et l’enfant sont sortis dans le blizzard ; une minute d’inattention et Bess a lâché la main de l’enfant de Benedict. Elle part droit devant elle pour tenter de le retrouver avant le retour de Benedict. Bess est une jeune femme un peu paumée qui a débarqué dans ce coin d’hiver avec Benedict, le père de Thomas, un jeune homme taiseux, bourru, mais cependant très attachant.

Chacun des protagonistes révèle une partie de leur histoire commune. Cole et Clifford, les hommes du village qui ont connu Benedict enfant ; Benedict qui n’a jamais compris pourquoi son frère Thomas a quitté sa maison sans espoir de retour ; Bess et ses blessures d’enfance, ses échecs, ses doutes et ses regrets ; Freeman dont on se demande bien comment il est arrivé dans ce trou paumé.

Dans le froid et la neige, au cours de cette traque où tous espérent retrouver l’enfant vivant, et celle qui l’a laissé partir, la tension monte, des secrets se dévoilent, des liens se nouent, laissant la place à l’imagination, aux souvenirs, aux regrets, aux questionnements. Et les pièces d’un puzzle bien plus sordide qu’il ne paraissait de prime abord se mettent en place, les liens se créent, des secrets sont révélés. Dans ce huis-clos sous un ciel immense, les hommes pris dans le blizzard se retrouvent face à leurs révélations, à leurs pensées, à leurs actes.

Ce que j’ai aimé ?

La façon de présenter les personnages, de les isoler dans cette immensité blanche et glacée, comme s’ils étaient seuls face à eux même. L’écriture et le rythme, les chapitre courts qui donnent la cadence, font monter la tension, et attendre un dénouement digne d’un roman noir américain (après tout, nous sommes en Alaska!). Face au drame qui se noue, la disparition d’un enfant, les caractères, les émotions, les sentiments se dévoilent pour le pire comme pour le meilleur. J’ai lu ce roman quasi d’une traite, et je pense que c’est exactement ce qu’il fallait pour suivre le tempo voulu par l’autrice. Ce premier roman est une réussite, de nombreux thèmes sont abordés et parfois seulement suggérés par petites touches, mais toujours de façon à être compris par le lecteur en priorité, lui qui a toutes les versions et donc toutes les clés, pour dénouer l’intrigue.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Olivier

Le blizzard fait rage en Alaska.

Au cœur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n’aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l’enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s’engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

Avec ce huis clos en pleine nature, Marie Vingtras, d’une écriture incisive, s’attache à l’intimité de ses personnages et, tout en finesse, révèle les tourments de leur âme.

Parution 26 août 2021 / 192 pages EAN : 9782823617054 17,00 €

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason

Embarquer pour le plus grand glacier d’Europe à la recherche d’un bombardier de la seconde guerre mondiale

Voilà un polar Islandais qui hésite entre roman noir, roman contemporain ou historique. Et surtout, une fois n’est pas coutume, Arnaldur Indridason ne nous fait pas vivre les états d’âme de son flic fétiche. En effet, ici point d’Erlendur mais au contraire de nouveaux personnages dont on sent qu’ils ne seront là que le temps de cette intrigue.

L’action se concentre sur cette petite île du nord de l’Europe dans laquelle l’auteur n’a pas hésité à imaginer une histoire retentissante capable de secouer le monde. Ce n’est pas l’Islande de glace et de feux qui attire les touristes en été qui nous est décrite mais ce pays plongé dans le froid et la nuit polaire dans lequel les habitants sont capables d’affronter les pires situations.

En 1945, alors qu’un avion allemand survole l’Islande, il est pris dans une tempête et s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Il y a des survivants, des officiers allemands et américains. L’un d’eux décide de chercher de l’aide et disparaît dans l’immensité glacée. Deux frères sont témoins du crash. Pendant les dizaines d’années qui suivent, les Américains vont lancer des expéditions pour tenter de retrouver la carcasse de l’avion et guetter sans relâche les photos satellites de la zone. En 1999, alors que le glacier fond, ils repèrent une carcasse et envoient les forces spéciales américaines sur place, tout en souhaitant garder le plus grand secret sur leurs manœuvres. Il faut dire que pendant de longues années, les américains possédaient une base militaire en Islande, point stratégique du nord de l’Europe, et que leur présence ne semble pas toujours bien acceptée.

Vouloir agir dans la discrétion, c’est sans compter sur l’apparition de deux jeunes hommes, Elias et un de ses amis, qui font partie d’une équipe de sauveteurs qui s’entrainent sur le glacier... mais leur curiosité déplaît aux militaires qui vont tout faire pour ne pas ébruiter l’objet de leur soit-disant exercice. Elias a cependant eu le temps de prévenir sa sœur Kristin de ce qui se trame.

À partir de là, les actions plus ou moins violentes et les mauvaises rencontres vont s’enchaîner sur fond d’hiver islandais, de glace et de tempête, mais aussi de mort et de violence.

L’intrigue est bien ficelée, le style incisif évite de s’ennuyer. Les personnages ne font pas dans la dentelle, Kristin, l’héroïne Islandaise semble tout droit sortie d’une série TV à épisodes, les méchants sont vraiment méchants et la situation géostratégique est décrite avec un semblant de réalisme. Enfin le rythme, avec une action qui se situe sur quatre jours à peine, donne du piquant et de l’attrait à cette histoire.
Ce roman pêche cependant sur deux points : un furieux sentiment anti-américain que l’auteur veut plaquer à l’ensemble du peuple Islandais, en particulier par la voix de Kristin, et que l’on ressent tout au long du roman. Et pour les puristes et les spécialistes, une construction historique qui rend la fin de cette histoire quelque peu farfelue. Il m’aura permis néanmoins de me poser des questions sur les alliances géostratégiques des alliés à la fin de la seconde guerre mondiale, mais aussi sur le rôle et la place de américains en Islande pendant de nombreuses années après la fin de la guerre.

Au milieu de tant de violence et dans ce froid polaire, Thierry Janssen nous fait bien ressentir le doute et la détermination, les questionnements et l’inquiétude des différents personnages. En leur donnant corps il apporte un peu de chaleur à une intrigue qui nous entraîne au cœur des étendues glacées.

Catalogue éditeur : Audiolib et Métailie

1945. Un bombardier allemand s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du XXe siècle ?
1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manœuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la sœur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au cœur d’une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu’exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Lu par Thierry Janssen / Traduit par David Fauquemberg

Durée 10h08 / EAN 9782367623085 Prix du format cd 23,40 € / EAN numérique 9782367623597 Prix du format numérique 20,95 € Date de parution 22/03/2017

On n’y échappe pas, Boris Vian et l’OULIPO

Lorsque six membres de l’OULIPO rédigent la fin d’un roman policier inachevé, le dernier inédit de Boris Vian

L’intrigue se déroule en décembre 1950, lorsque le colonel Franck Bolton rentre de la guerre de Corée, une main en moins et de sérieux traumatismes en plus. Alors qu’il vient tout juste d’arriver, il découvre le meurtre atroce d’une de ses anciennes petite amie. Et rapidement, qu’une autre de ses conquête a subi le même sort. Il décide d’appeler Narcissus, un ami détective, et tous deux tentent de démasquer le meurtrier.

Boris Vian avait imaginé et rédigé à la fois le synopsis et les quatre premiers chapitres de ce roman dans la veine de ses titres écrits sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Il en disait :

J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (série noire). C’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif.
Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite. Boris Vian.

L’auteur est décédé d’une crise cardiaque en 1959, à l’âge de 39 ans. Quels qu’aient pu être ses projets, il n’a jamais terminé ce roman-là.

J’ai aimé ce roman aux accents de polar noir américain des années 50, la fausse traduction et les notes en bas de page m’ont ramenée de années en arrière lors de ma lecture de J’irais cracher sur vos tombes. Là, on s’en souvient, où il avait écrit roman de Vernon Sullivan, traduit de l’américain par Boris Vian

Les membres de l’OULIPO (l’OUvroir de LIttérature POtentielle ) ont tenu le pari avec brio, du texte à la couverture du roman, Boris Vian lui-même y aurait retrouvé ses petits et peut-être même douté ne pas l’avoir écrit en entier. Merci à La Cohérie – Boris Vian et à Nicole Bertolt de leur avoir donné cette mission, et merci à eux d’y avoir répondu.

Mes photos d’une belle rencontre sur la terrasse de Boris Vian, cité Véron pour le lancement de l’édition du Livre de poche.

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Fayard

Décembre 1950. Frank Bolton, un jeune colonel de l’armée américaine, rentre de la guerre de Corée avec une main en moins. Peu de temps après son retour, il s’aperçoit que toutes les filles qu’il a aimées tombent, l’une après l’autre, sous les coups d’un assassin. Avec Narcissus Rose, son ami détective, il se lance sur sa piste dans une noirceur croissante.

Boris Vian imagina le déroulé de ce roman, en écrivit quatre chapitres et s’arrêta là. Pour les cent ans qu’il aurait eus, ses héritiers ont confié à l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) la mission d’écrire la suite…

192 pages / Date de parution: 22/09/2021 / EAN : 9782253240518

La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac

Un thriller qui tient ses promesses : addictif et glaçant

Lorsque Pio et Maria Achensa ont acheté la petite maison isolée dans les bois, c’était pour y abriter la famille, d’autant que Maria attend leur quatrième enfant et qu’ils ne sont pas bien riches, elle lui a donc demandé de faire le nécessaire pour les loger le mieux possible. Mais lorsque Pio a commencé à démolir les murs pour agrandir, l’horreur qu’il a découvert l’a laissé sans voix, tremblant, sonné.

Lorsque Sevran et Briolet arrivent sur place, un corps d’enfant est découvert, puis deux, puis trois. L’enquête s’annonce rapidement à la fois violente et difficile. Qui a bien pu cacher les cadavres ici, qui sont ces enfants, qui sont le ou les Meurtriers.

Une enquête qui démarre fort, des suspects, mais surtout des révélations qui montrent la violence et la noirceur dont peuvent être capables les hommes et le femmes.

Une famille d’accueil, des services sociaux défaillants car dépassés, des enfants placés que tout le monde a oublié et abandonné, des abus, des excès, rien ne sera épargné aux enquêteurs comme au lecteur.

Ce que j’ai aimé ?

Les personnages, crédibles, humains pour la plupart, surtout lorsqu’il s’agit des policiers mais pas seulement. Pour d’autres, la cruauté et la violence dont peuvent être capables les humains envers leurs semblables laisse parfois sans voix. Cette journaliste pas seulement caricaturale de ce que peut être la profession, mais bien plus humaine qu’il n’y paraît de prime abord, vient ajouter un peu de piquant à l’intrigue.

Mais aussi cette équipe d’enquêteurs aux caractères bien trempés, aux personnalités si différentes, qui me semblent représentatifs de la profession et du monde qui nous entoure.

C’est rythmé, aucun temps mort, l’alternance des chapitres qui donnent les points de vue des différents personnages accorde au lecteur quelques respirations bienvenues face à tant de noirceur. Si de nombreux thèmes difficiles sont abordés, la cohérence et l’attrait du roman sont indéniables.

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Un appel au cœur de la nuit. Des gyrophares qui tournoient dans l’obscurité. Une vieille bâtisse à l’abandon. Quand la commandant Virginie Sevran arrive sur les lieux, les techniciens de l’identité judiciaire sont déjà à l’œuvre à l’intérieur. Ils font face à l’insoutenable. À la noirceur de l’âme humaine. Au cadavre d’une gamine dissimulé derrière une cloison que le nouveau propriétaire tentait d’abattre.
Là, au milieu de la campagne francilienne, le silence est oppressant. L’angoisse monte. Et, bientôt, les murs confient deux autres corps aux policiers. Deux autres enfants… Rapidement, la sidération laisse place à une enquête éprouvante. Certainement la plus sordide de toutes celles auxquelles la commandant et son binôme, Pierre Biolet, ont été confrontés durant leurs carrières. Une seule certitude, personne ne ressortira indemne de cette affaire…

Native du Pays basque, Cécile Cabanac a travaillé en tant que journaliste reporter d’images chez TF1. Elle a intégré par la suite « Le Magazine de la santé », puis « Les Maternelles » comme chroniqueuse, réalisant en parallèle des documentaires pour France 5 et plusieurs numéros de « Faites entrer l’accusé ». Elle est l’auteur de deux romans parus chez Fleuve Éditions : Des poignards dans les sourires (2019) et Requiem pour un diamant (2020)

Date de parution : 13/01/2022 / 19.90 € / EAN : 9782265155244 / Nombre de pages : 480

Je suis l’abysse, Donato Carrisi

Un thriller efficace et haletant

Quel est le lien entre l’homme qui nettoyait, la fille à la mèche Violette et la chasseuse de mouches ? Qui est ce mystérieux Micky derrière la porte verte ?
Qui est cet enfant de cinq ans que sa mère entraîne dans la piscine de cet hôtel désaffecté ?
Qui est cet homme qui traque les femmes blondes jusque dans leurs maisons ?
Quel rapport entre ces femmes blondes qui disparaissent et cette jeune fille qui tente de mourir ?

Pour le savoir, il faut découvrir ce roman qui démarre sur les chapeaux de roues, à la fois sombre et dur, au suspense garanti. Certaines scènes sont à la limite du supportable, mais elles sont indispensables à la bonne compréhension des rôles de chacun des protagonistes. Les flash-back dans le passé de l’enfant en particulier permettent habilement au lecteur de commencer à échafauder sa propre théorie, mais il est bien difficile malgré tout de savoir jusqu’où l’auteur veut nous mener.

J’ai aimé le chassé croisé entre ces trois, quatre avec le mystérieux Micky, personnages aux parcours parallèles qui subtilement vont être amenés à se croiser. Peu à peu, leurs personnalités prennent forme, le passé de chacun se dévoile avec ses blessures, ses failles, ses rêves et ses désillusions.

Le mal, l’amour maternel, les origines, les troubles de la personnalité, la maltraitance, et de nombreux autres sujets y sont abordés sans que cela n’enlève quoi que ce soit à l’intensité, au rythme ou à l’intrigue.
Vous l’aurez compris, c’est ma première lecture de cet auteur et je suis totalement emballée.

Un roman traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza. Et lu par Benjamin Jungers, un acteur qui donne toute leur intensité aux différents personnages.

Catalogue éditeur : Audiolib, Calmann-Levy

L’homme qui nettoie rôde autour de nous.
Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies.
En particulier sur celles des femmes seules.
Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère.
La chasseuse de mouches, elle,
tente de sauver les femmes en péril.
Et elles sont nombreuses…
Surtout quand l’homme qui nettoie rôde autour d’elles.

EAN 9791035407513 / Prix du format physique 23,90€ / EAN numérique 9791035407377 Prix du format numérique 21,45€ / Date de parution 10/11/2021

Les promises, Jean-Christophe Grangé

Un roman historique sombre et glaçant sur fond de seconde guerre mondiale

Les belles dames du Reich aiment se réunir dans le confort ouaté de l’hôtel Adlon à Berlin, loin des tensions qui agitent l’Europe à l’aube de la seconde guerre mondiale. Pourtant, lorsque certaines d’entre elles disparaissent il s’avère nécessaire de mener l’enquête. Celle-ci est confiée en toute discrétion à Franz Beewen, gestapiste convaincu, qui rapidement ressent le besoin d’agir avec l’aide de Simon Kraus, psychanalyste, et de Minna von Hassel, psychiatre. Tous trois forment le trio d’enquêteurs le plus insolite de l’Allemagne nazi.

Grangé nous embarque dans un roman historique qui fait revivre le Berlin du début de la seconde guerre mondiale. L’intrigue m’a semblé n’être qu’un prétexte à nous rappeler l’horreur du nazisme. Elle passe d’ailleurs parfois d’un réalisme descriptif dense et pointu au surréalisme le plus déconcertant.

L’ambiance lourde, angoissante, nous plonge dans un décor particulièrement bien rendu. Elle est l’objet de descriptions et d’explications historiques souvent utiles mais également parfois longues et redondantes, au risque de ne pas rendre ce roman assez nerveux, rythmé ou même attachant, si tant est que la période s’y prête. Bon c’est un gros pavé mais je ne pense pas que le lecteur ait déjà tout oublié au fil de sa lecture.
L’excellent travail de documentation fait par Jean-Christophe Grangé se ressent à chaque chapitre tant il décrit et détaille à l’excès la période qu’il a choisie. Les personnages ne semblent être là que pour étayer le besoin qu’il a eu de balayer tous les crimes et les horreurs perpétrés par les nazis. Comme à son habitude, Grangé y décrit l’horreur avec une délectation poussée à l’extrême, jusqu’à vous donner la nausée.

Le point le plus positif de cette lecture est très certainement la qualité du lecteur. J’ai apprécié les intonations, le rythme, le souffle, les voix qu’il donne aux personnages, et la façon dont il maintient le mystère et l’horreur, qui se ressentent bien tout au long de l’écoute de ce roman.

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

Lu par François-Éric Gendron

Les promises, ce sont ces grandes dames du Reich, belles et insouciantes, qui se retrouvent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du champagne, alors que l’Europe, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, est au bord d’imploser.
Ce sont aussi les victimes d’un tueur mystérieux, qui les surprend sur les rives de la Spree ou près des lacs, les soumettant à d’horribles mutilations…
Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d’un volcan, trois êtres singuliers vont s’atteler à l’enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitié, parti en guerre contre le monde. Minna von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée, s’efforçant de sauver les oubliés du Reich.
Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n’est pas toujours là où on l’attend.

Depuis plus de vingt-cinq ans, l’auteur du Vol des cigognes et des Rivières pourpres règne en maître sur le thriller français. Traduits dans une trentaine de langues, vendus à des millions d’exemplaires dans le monde, tous les romans de Jean-Christophe Grangé ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. Les promises est son premier roman historique.

EAN 9791035406509 / Prix du format physique 25,90  € / EAN numérique 9791035406714 / Prix du format numérique 23,45  € / Date de parution 20/10/2021 / durée : 20h48

Les oubliés, John Grisham

Plonger dans les méandres de la justice avec ce thriller efficace et parfaitement maîtrisé

Cullen Post est un avocat atypique. Pasteur de l’église épiscopale, il a exercé son métier d’avocat en cabinet avant de rejoindre Les Anges Gardiens. Cette association à but non lucratif a pour mission de faire sortir de prison, et parfois même du couloir de la mort, les condamnés innocents des crimes qui leur ont été reprochés. Avant de décider de s’occuper de ceux qui les appellent au secours, une enquête poussée est menée par les membres de l’association.

Le jour où Quincy Miller les sollicite alors qu’il est déjà dans le couloir de la mort et emprisonné depuis 22 ans, Cullen Post prend l’enquête en main.

Quincy Miller à été condamné pour le meurtre violent de Russo, un jeune avocat qui exerçait dans la petite ville de Seabroke. Tout le travail des Anges Gardiens est alors de remonter les étapes de l’accusation et de la condamnation, d’en prouver les incertitudes et de mettre la lumière sur toutes les incohérences et les mensonges qui ont permis cette condamnation inique. Et l’on se rend vite compte que dans cette petite ville, comme dans bien d’autres aux Usa, la culpabilité d’un homme noir arrangeait bien les affaires d’un shérif vénal aux manières fort contestables.

Tout au long de l’enquête qui s’avère longue et délicate, Cullen Post travaille sur d’autres missions en parallèle. Ces multiples intervenants m’ont parfois un peu perdue, mais au final j’ai apprécié ce thriller à l’écriture aussi efficace que sobre. Pas de circonvolutions littéraire ou de description inutile, des faits, des actions, des résultats émaillent cette intrigue réaliste et d’autant plus passionnante que l’auteur s’est inspiré de faits réels.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu de thriller de John Grisham. J’ai trouvé que cette version audio met en valeur son écriture dynamique, factuelle, rythmée, et sa connaissance du milieu judiciaire américain.

Catalogue éditeur : Audiolib et JC Lattès

À Seabrook, petite ville de Floride, le jeune avocat Keith Russo est tué à coups de fusil alors qu’il travaille un soir dans son bureau. L’assassin n’a laissé aucun indice. Aucun témoin, aucun mobile. Mais la police trouve bientôt un suspect, Quincy Miller, un homme noir et ancien client de Russo. Quincy est jugé et condamné à une peine de réclusion à perpétuité. Pendant vingt-deux ans, il se morfond en prison et ne cesse de clamer son innocence. Il n’a pas d’avocat, personne pour le défendre. De désespoir, il écrit une lettre aux Anges Gardiens, une fondation où travaille Cullen Post, avocat et ancien pasteur de l’Église épiscopale. Les Anges Gardiens n’acceptent que très peu d’affaires. Post sillonne le pays pour tenter de réparer les erreurs judiciaires et sauver des innocents. Le cas de Quincy Miller, toutefois, représente un défi d’une tout autre nature. Des gens puissants, violents et sans pitié ont assassiné Keith Russo, et ils ne veulent pas voir Quincy Miller disculpé. Ils ont tué un avocat il y a vingt-deux ans, ils en tueront un deuxième sans hésitation.

Traduit par Dominique Defert / Lu par Nicolas Charbonneaux

Parution : 07/07/2021 Éditeur d’origine JC Lattès Durée 11h04 EAN 9791035406288 Prix du format physique 24,90 € EAN numérique 9791035406202 Prix du format numérique 22,45 € Date de parution 07/07/2021

Donbass Benoît Vitkine

Garder une part d’humanité au cœur des conflits

Le Donbass, cette région d’Ukraine à la frontière russe est en guerre depuis des années, même si nous l’avons un peu oublié. Benoît Vitkine nous en fait découvrir le quotidien et les enjeux toujours prégnants pour la population.

Lorsqu’un enfant est retrouvé sauvagement assassiné, dans cette région en guerre permanente, le fait aurait pu n’être qu’un simple fait divers parmi tant d’autres. Mais c’est sans compter sur l’acharnement de Kavadze, le chef de la police locale, à qui incombe la résolution de cette macabre découverte. Cet ancien officier, survivant de la guerre en Afghanistan, apprend chaque jour à vivre avec ses blessures et ses souvenirs. Mais malgré la part d’humanité qu’il a abandonnée là-bas, il lui en reste encore assez pour lui insuffler le courage de mener à bien cette enquête. Qu’importe s’il doit plonger dans le milieu pourri des affaires, auprès des entrepreneurs véreux, ou au cœur de la mine qui est encore le principal employeur de cette région minière ukrainienne. Ou s’il lui faut traverser cette ligne de front quasi impénétrable, affronter les soldats revenus eux aussi d’Afghanistan et leur terreurs les plus secrètes.

J’ai apprécié cette intrigue savamment menée, au suspense permanent malgré une forme de lenteur dans le récit. C’est un sujet qui donne envie d’en savoir plus sur la situation géopolitique du Donbass. L’auteur distille des informations sur le quotidien des habitants, les tensions qui règnent parfois au cœur même des familles, et nous fait appréhender toute les difficultés qu’a engendré ce conflit toujours d’actualité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le livre de Poche

Hiver 2018. Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans. Plus grand monde ne se rappelle comment tout a commencé. L’héroïsme et les beaux principes ont depuis longtemps cédé la place à une certaine routine. Mais quand un enfant est assassiné sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme.

Benoît Vitkine, lauréat du prix Albert-Londres 2019, aborde un angle mort de la géopolitique mondiale : le déchirement d’une région entre la Russie et l’Ukraine, volontairement ignoré et toujours d’actualité.

320 pages / prix 7,70€/ Date de parution : 24/03/2021 / EAN : 9782253079453/ Éditeur d’origine: Les Arènes