Toutes les familles heureuses. Hervé Le Tellier

Raconter son histoire, celle de sa famille, même si on considère que ce n’est pas forcément la plus réussie qui soit ? Peut-on imaginer l’écrire et intéresser les lecteurs ? C’est ce qu’a fait Hervé Le Tellier dans « Toutes les familles heureuses », et on aime !

Domi_C_Lire_toutes_les_familles_heureuses_herve_le_tellier.jpegToutes les familles heureuses est un roman particulièrement réussi et qui se lit d’une traite, avec à la fois crainte, tristesse et grands éclats de rire, car il y a tout dans ces lignes, tout ce qui fait la vie, gaité, malheur, incohérence, tristesse, rigolade, et quelques souvenirs, très peu de souvenirs concrets mais beaucoup de sentiments à partager.

Voilà un livre sur la famille dans ce qu’elle a de plus complexe, de plus dramatique parfois, avec une mère toxique qui ne joue pas son rôle, un père inconnu, un beau-père transparent qui fait ce qu’il peut. On le comprend vite, la seule issue pour le jeune homme de 17 ans qu’était l’auteur est de s’enfuir de chez lui à tire d’aile, le plus loin possible, pour survivre, intact et poursuivre une vie normale. Et l’on se rend compte que l’amour des parents n’est pas une évidence, que le bonheur n’est pas toujours partagé, mais que pourtant de tant d’erreurs peut émerger un homme équilibré et parfaitement heureux. Enfin, apparemment ! L’auteur a osé se mettre à l’écriture de ce roman autobiographique lorsque les principaux protagonistes ont disparu, ou qu’il était assuré qu’ils ne pourraient pas être blessés par cette lecture…. Une forme d’amour sans aucun doute, de respect en tout cas, qui démontre que tout n’est pas si triste et sombre.

J’ai aimé Toutes les familles heureuses, alors que je craignais de m’embarquer dans une histoire de famille qui allait peut-être me lasser, ou me laisser indifférente car ce n’était ni la mienne, ni celle de tout le monde. Mais il m’aura fallu du temps pour en parler, puisque ce roman est une de mes lectures de la rentrée de septembre 2017.

Parce qu’il est dans la lignée de Fugitive, parce que reine peut-être ? … A croire que les enfances malheureuses, ou les enfants mal aimés, font d’excellents auteurs de romans et leur histoire de fabuleux romans, sans doute parce que ces mêmes auteurs ont su sublimer et dépasser cette violence faite à l’enfant qu’ils étaient, et ne garder que le meilleur, l’amour sous-jacent, et surtout celui qu’ils savent donner.

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Souvenir de la rencontre avec Hervé Le Tellier, à Manosque pendant les Correspondances.  Merci Joëlle du blog Les livres de Joëlle pour la photo !


Catalogue éditeur : JC Lattès

« Je n’ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti.
Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n’ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d’aimer plus encore la vie.  »
H.L.T.

Parution : 23/08/2017 / 224 pages / 17.00 €

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Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay

Quand à Paris, sous une pluie incessante, la Seine devient le personnage principal de « Sentinelle de la pluie » le dernier roman de Tatiana de Rosnay, éclaboussant de ses extravagances la vie rangée d’une famille pas ordinaire.

Domi_C_Lire_sentinelle_de_la_pluie_tatiana_de_rosnay.jpgC’est prévu, organisé, tout est bouclé, c’est à Paris que la famille Malegarde se retrouve pour fêter les soixante-dix ans de Paul, le patriarche… Enfin, la famille pas vraiment, plutôt le cercle restreint des intimes, Paul et Lauren, Linden et Tillia, les deux enfants qui ont pourtant quitté le nid familial depuis de nombreuses années et fondé leurs propres familles. Pas de pièce rapportée pour cet anniversaire, seuls sont admis les intimes.
Paul est un amoureux des arbres à qui il a consacré sa vie, parlant peu, parcourant le monde pour sauver telle ou telle essence rare ou tel arbre multi centenaire qu’il ne faut surtout pas abattre. Il est mondialement connu, et pourtant sa vie s’écoule la plupart du temps paisiblement sur son domaine du sud de la France.

En ce printemps pluvieux, il arrive à Paris avec sa femme Lauren, une américaine qui presque quarante ans plus tôt est tombée instantanément amoureuse de cet homme rêveur et solitaire et ne l’a plus jamais quitté. Leur fils Linden débarque des États Unis, quand Tillia arrive de Londres où elle a laissé sa fille et son alcoolique de mari. Retrouvailles idylliques d’une famille unie sans histoire ? Peut-être pas, car tout n’est pas si évident dans la famille Malegarde. Et si comme d’habitude Lauren a tout organisé, repas, visites, balades, rien ne va se passer comme prévu, surtout lorsque Paul va avoir une crise cardiaque lors de son dîner d’anniversaire.

A partir de ce moment-là, la Seine qui monte et les pluies incessantes vont prendre le dessus sur le rythme de la ville, de la famille, et contraindre chacun à envisager les choses autrement. Aller voir son père à l’hôpital, quand après un très grave accident Tillia ne peut même plus y mettre ne serait-ce qu’un pied ? Parler à son père de l’homme de sa vie, quand malgré les années on n’a jamais été capable de lui avouer son homosexualité ?  Comprendre sa mère quand celle-ci vous a rejeté et que le dialogue est si difficile ? Accepter ou rejeter ce mari alcoolique quand on ne peut pas accepter non plus sa  propre image ? Chacun va devoir se remettre en question, avancer dans ses douleurs, ses questionnements, ses secrets inavoués et pourtant sans doute tellement avouables.
Et puis, l’image un père, la relation avec la mère, qui évoluent avec l’âge, les douleurs et les secrets de l’enfance, la fuite de Linden vers Paris puis les Etats Unis où il est peut-être plus facile de s’affirmer gay, là où le regard des autres ne fait sans doute pas aussi mal. Mais les secrets et les aveux sont parfois difficiles à dire, même s’ils sont tellement libérateurs. Une immense psychothérapie familiale portée par la vague en quelque sorte…

Si tout au long du roman la pluie tombe sans cesse, pour noyer les sentiments, les personnages, les espoirs, si la crue menace, si la ville est sous le choc d’une évacuation et d’une situation catastrophique, ne faut-il pas malgré tout garder espoir ? Dans cette famille désunie et pourtant soudée, la crue joue le rôle de ciment et la nature, omniprésente, se rappelle à nos existences.
Pourtant, je dois avouer que je n’ai pas retrouvé ce qui faisait pour moi la force et le style de Tatiana de Rosnay. De Elle s’appelait Sarah à Rose par exemple… peut-être me suis-je laissée emporter par la vague, trop présente, par les flots dévastateurs et la pluie omniprésente qui m’ont privée du petit moment de grâce qui aurait fait de ce roman un excellent souvenir. C’est une lecture agréable cependant. A conseiller à tous les amoureux de cet auteur, et à tous ceux qui se posent des questions sur le retour de la crue centennale sans doute ! Car si l’intrigue est réellement romanesque, les évènements et leur déroulé sont largement expliqués, détaillés, et le lecteur sent le véritable travail de recherche qu’a effectué l’auteur, de quoi se rassurer, ou pas…

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Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Rien n’empêchera les Malegarde de se retrouver à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, arboriste à la réputation mondiale, pas même les pluies diluviennes qui s’abattent sur la Ville Lumière. La crue redoutée de la Seine est pourtant loin d’être la seule menace qui pèse sur la famille.

Comment se protéger lorsque toutes les digues cèdent et que l’on est submergé ? Face au péril, parents et enfants devront s’avouer ce qu’ils s’étaient toujours caché. Tandis qu’en miroir du fleuve les sentiments débordent, le drame monte en crescendo, démultipliant l’intensité des révélations.

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff / 368 pages | 22€ / Paru le 1 mars 2018 / ISBN : 978-2-35087-442-5 / Photo de couverture © Roberta Tancredi (Artetetra)

 

La maison à droite de celle de ma grand-mère, Michaël Uras

Le roman de Michaël Uras « La maison à droite de celle de ma grand-mère » est chaleureux comme l’amitié, frais, tendre et parfois triste comme la famille, un bonheur à savourer.

Domi_C_Lire_la_maison_a_droite_de_celle_de_ma_grandmere_michale_uras.jpgC’est en Sardaigne que se situe La maison à droite de celle de ma grand-mère, et Giacomo y revient car sa grand-mère va mourir, il va l’accompagner dans ses derniers instants, car en Sardaigne comme ailleurs, une grand-mère, et la famille, c’est sacré.

Depuis son départ, lui le « français » – comprenez le traitre, celui qui est parti vivre en France !- est chaleureusement accueilli par tous chaque fois qu’il revient au pays, même par ceux qui pensent que ses retours sont un peu trop rapides, comme en coup de vent. Parce qu’il sait que revenir est indispensable, mais que partir l’est tout autant.

Pourtant, là, il quitte tout, le roman inédit qu’il doit traduire en urgence, son quotidien à Marseille, les exigences et les attentes de son boss, pour accourir au chevet de la figure tutélaire de cette étrange famille. Car dans la famille de Giacomo, chaque personne compte. Il y a cette mère qui a encore ses crises et part « chez maman » quand elle se fâche avec son mari (facile, c’est à côté !) un mari plus que taiseux, qui est peintre en bâtiment, sans doute parce qu’il n’a jamais cru qu’il pourrait être plus artiste que peintre, lui qui barbouille comme tous les autres les murs des maisons du village avec de grandes fresques qui racontent la vie, qui colorent la vie, qui étonnent les touristes autant que les habitants par leur luminosité et les sujets variés abordés. Il y a aussi Manuella, l’épicière, qui a accompagné l’enfance des gamins du village lors des déplacements de l’équipe de foot, cette troupe de garçons absolument pas doués, Giacomo en tête, qui perdaient chaque match mais revenaient sourire aux lèvres de leur sortie du dimanche. Fabrizio, le copain d’école, de foot, d’enfance, resté sur le bas-côté, affaibli par cette maladie qui le vieillit avant l’heure et qui éloigne les possibles dulcinées qui auraient pu ensoleiller son quotidien. Enfin, le capitaine, revenu vainqueur et auréolé de gloire de la guerre, mais vite oublié tant par l’état que par les hommes, car le poids de médailles, s’il brille et fait le vainqueur, rappelle aussi sans doute de bien mauvais souvenirs à ceux qui sont revenus, ou jamais partis.

Alors Giacomo chaque jour va à l’hôpital, et raconte sa vie à Nonna, sa grand-mère. Il nous entraine dans son enfance, ses souvenirs, son présent pas aussi limpide ni heureux qu’il veut bien l’avouer. Le lecteur découvre des iliens particulièrement attachants et pittoresques. Quel plaisir de voir autrement cette ile à travers les habitudes, les douceurs, car entre deux bouchées de formagelle fait maison – ou pas ! – les langues se délient, les amitiés se retrouvent, les espoirs se fondent. L’avenir comme le passé trouvent leur place dans les vies ordinaires mais tellement touchantes des différents personnages. Ici, il faut dire que principal ou secondaire, tous ont leur place.

Une grande humanité se dégage de ces lignes, une belle dose d’amour et d’espoir aussi. La vie n’est pas toujours un beau cadeau entouré d’un joli ruban, les relations entre les humains ne sont pas toujours évidentes au quotidien, mais le seul fait d’en parler les rend vivantes, présentes, émouvantes. Et surtout, ce roman nous permet d’envisager la Sardaigne autrement. Je ne sais pas vous, mais moi ça m’a donné envie de découvrir les Domo de Jana, les criques ensoleillées et les fresques colores sur les murs !

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Lire également la chronique enthousiaste de Nath du blog Eirenamg


Catalogue éditeur : Préludes

« Giacomo, ne tarde pas. Les médecins sont formels, la fin est proche. »
C’est ainsi que notre héros, un jeune traducteur espiègle et rêveur, retourne sur l’île de son enfance, où sa grand-mère est au plus mal. Et alors qu’il doit rendre un travail sans tarder, soudain, c’est toute la Sardaigne qui le retient : Maria, sa mère, qui n’a jamais vraiment compris pourquoi son fils adoré l’avait quitté, Mario le père taiseux, l’envahissant oncle Gavino, Manuella l’épicière du village, dont Giacomo était secrètement amoureux quand il était enfant, la jolie dottoresse Alessandra, qui s’occupe de la nonna à l’hôpital, Fabrizio, l’ami d’enfance au corps cabossé et au grand cœur, et, surtout, le mystérieux Capitaine, figure tutélaire et énigmatique…
D’une crique perdue aux ruelles pittoresques que bordent les maisons de couleur, entre une bouchée de dolci et les pastilles miraculeuses du docteur Ignazio, pas de doute, la maison de Giacomo est une île. Mais pourra-t-il en repartir ?

Parution : 28/02/2018 / Format : 130 x 200 mm / Nombre de pages : 320 / EAN : 9782253107903  / Livre 15.90 €

 

Vie de David Hockney de Catherine Cusset

Vous n’avez pas vu l’exposition David Hockney au centre Pompidou ? Moi non plus, aussi la frustration était grande de ne pas avoir eu la possibilité de mieux le connaître. Mais depuis j’ai lu Vie de David Hockney de Catherine Cusset, et j’ai eu l’impression d’avoir rencontré l’artiste.

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Lorsque j’ai ouvert le roman de Catherine Cusset, j’ai plongé tête la première, et je suis partie passer une nuit dans la vie de David Hockney ! Si, si, car les mots sont tellement vivants, passionnants, l’écriture tellement prenante, que j’ai vraiment eu l’impression de passer quelques heures à ses côtés, un véritable bonheur, impossible de lâcher ce livre.

Né en 1937 en Grande Bretagne, le jeune David connait une enfance heureuse, choyée, dans une famille aisée du Yorkshire. Ses parents comprennent sa passion et lui permettent de faire des études dans une école d’art.  David est prêt à innover, à casser les codes, bousculer les habitudes, autrement dit, il veut créer et faire ce que lui plait ! Bien lui en prend car très tôt, la vente d’une de ses œuvres va lui permettre de quitter l’Angleterre pour les États Unis. Puis de s’installer en Californie. Là, David Hockney va trouver l’inspiration, la lumière et les couleurs qui feront ce style inimitable emblématique de sa personnalité artistique. Là il va également trouver, puis perdre, l’amour, mais aussi une forme de liberté. Car en Californie à cette époque là, contrairement au vieux continent, si vous êtes homosexuel, vous n’avez pas besoin de vous cacher, vous pouvez vivre votre passion au grand jour. Le bonheur en somme… mais il va vivre tout cela à une époque difficile, celle du sida, qui verra disparaitre les amis intimes ou simplement proches, la perte de ses êtres chers sera une épreuve à surmonter pour continuer à vivre. Sa volonté, son sens artistique unique, et son goût de la vie vont l’aider à toujours inventer. Artiste novateur, de ses années de jeunesse à celles d’un déclin inéluctable, il va essayer de nouvelles techniques car c’est un homme qui avance et qui ose.

Alors j’avoue, j’ai passé une nuit avec David, avec cet artiste, cet homme si créatif, qui ose, qui dépasse les convenances, qui m’a passionnée lorsque j’ai découvert ce que l’auteur a fait transparaitre de sa vie, ses sentiments, ses amours, ses interrogations… J’ai vraiment eu l’impression de vivre à ses côtés pendant quelques heures et de parcourir sa vie. Et puis, bien évidemment, j’ai ensuite voulu retrouver toutes ces œuvres dont j’ai découvert la genèse et que j’avais l’impression de déjà bien connaître.

Ce roman est magnifique ! Bien sûr, Catherine Cusset nous parle d’un artiste connu, vivant, et que nous ne rencontrerons sans doute jamais de notre vie. Mais je vous l’assure, les lignes dansent les pages se tournent, et vous avez l’impression de voir David Hockney chez lui, ou chez ses amis, de le voir peindre ces toiles si bien décrites que vous n’avez même pas besoin de chercher pour savoir laquelle est dans telle ou telle scène. Vous les voyez, vous voyez l’eau, la piscine, les amants et les amours de l’artiste, les bonheurs et les chagrins, l’ombre et la lumière, la vie et la mort autour de lui. Vous êtes à ses côtés et c’est superbe de vérité. Catherine Cusset a un grand talent de conteuse, un talent pour poser un regard particulier sur  cet artiste et rendre vivants, humains et présents les personnages de Vie de David Hockney. Elle réussi à faire de cette vie un roman,  une belle histoire que l’on n’a pas envie de lâcher, bien au delà d’une banale biographie.

Domi_C_Lire_vie_de_david_hockney_catherine_cusset_1💙💙💙💙💙

Merci Catherine Cusset pour la belle dédicace, digne du maître !
Retrouvez Catherine Cusset sur son blog : Catherine Cusset 
Lire aussi l’avis de Céline du blog Arthémiss


Catalogue éditeur : Gallimard

 «Peut-être n’éprouverait-il plus jamais de passion comme celle qu’il avait sentie pour Peter, peut-être n’y aurait-il plus d’union parfaite, mais il restait la perfection de l’amitié, la beauté des cyprès sur les collines et la joie que donnait le travail. Et s’il oubliait Peter, s’il réussissait à vivre sans lui, ce dernier ne reviendrait-il pas? Personne n’était attiré par la tristesse et la mélancolie. Mais par la gaieté, la force, le bonheur, oui.»

Né en 1937 dans une petite ville du nord de l’Angleterre, David Hockney a dû se battre pour devenir un artiste. Il a vécu entre Londres et Los Angeles, traversé les années sida et secoué le monde de l’art avec une vitalité et une liberté que n’ont entamées ni les chagrins amoureux, ni la maladie, ni les conflits, ni le deuil. Sous la plume incisive de Catherine Cusset, ce livre à mi-chemin du roman et de la biographie dresse un portrait intime, émouvant, habité, du peintre anglais vivant le plus connu.

192 pages, 140 x 205 mm / Parution : 11-01-2018  / Achevé d’imprimer : 01-12-2017 / ISBN : 9782072753329

 

Un royaume pour deux, Marin Ledun

Marin Ledun est un auteur largement reconnu par la critique et par ses lecteurs dans le domaine du roman noir. Ici, je le découvre avec « Un royaume pour deux » édité par Syros en littérature jeunesse.

Domi_C_Lire_un_royaume_pour_deux_marin_ledun.jpgAlors qu’elle est en vacances comme chaque été chez sa grand-mère, dans cette région qu’elle connait bien, la jeune Lola voit arriver sa mère, et celle-ci accompagne un jeune garçon qui va passer quelques jours avec Lola et sa grand-mère.
Jusque-là, rien d’exceptionnel, si ce n’est que Aymen est une jeune syrien, que ses parents sont des émigrés sans papiers qui ont fui la Syrie et qu’ils sont hébergés provisoirement par les parents de Lola à Paris. Un garçon de son âge qui arrive de si loin en ayant traversé des contrées hostiles et surtout fui la guerre, cela impressionne forcément Lola, qui, plus jeune d’un an, ne veut surtout pas perdre la face.

Elle tente alors de l’amadouer, et peut-être surtout de l’impressionner, en lui faisant découvrir cette grande bâtisse en ruine  qui est un peu son domaine mais qui, parce qu’elle tombe réellement en ruine, est dangereuse. Il ne faut pas s’en approcher. Cette découverte doit rester leur secret.

Les deux enfants visitent les salles du royaume, puis une dispute éclate… Aymen s’enfuit, laissant Lola à ses colères et ses problèmes d’amour propre. De retour chez la grand-mère de Lola, il découvre que celle-ci n’est pas rentrée, et que la famille est inquiète.

Mais que peut penser, et surtout comprendre des réactions de la famille un jeune garçon qui a connu le pire, qui veut faire bien, mais à peur de causer du mal à ses parents, en fuite, migrants illégitimes dans une ville qui ne veut peut-être pas d’eux…

Tout le charme de ce roman repose à la fois sur la personnalité de Lola et Aymen, leur passé si différent, leurs conditions de vie, leurs façon d’entrevoir leur avenir, et la confiance, difficile à instaurer, mais si forte et importante au final. De timide et craintif, à solidaires et fraternelle, leur relation va évoluer et nous montrer toute la complexité des sentiments, des façons de voir et de comprendre, largement conditionnées par nos expériences, notre passé, notre cadre de référence.

Ce que j’aime dans ce roman ? La façon dont l’auteur, fidèle à ses habitudes, aborde des sujets de société actuels, tout en sachant les adapter au public de son livre. Chaque lecteur peut s’interroger sur le monde qui l’entoure, car les migrants sont un des éléments récurrents de nos journaux télévisés, et les informations transportées par nos médias touchent chacun d’entre nous chaque jour, enfants et ados compris.

Si vous aussi vous avez envie de découvrir les romans jeunesse de cet auteur qui nous a convaincu depuis longtemps de son talent, allez-y ! J’avoue, je suis séduite par l’écriture et par le fonds de cette intrigue. L’amitié, la découverte, la fidélité, la timidité de ces enfants, la relation qui se tisse entre eux, et finalement ce qui va en ressortir, tout cela est un vrai régal de lecture. Je ne peux que vous conseiller de le faire découvrir à vos ados !

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Catalogue éditeur : Syros

Le nouveau roman de Marin Ledun dans la collection Souris noire ! Un hymne à la nature et à l’enfance, qui met en scène un duo bien ancré dans notre époque.

En vacances chez sa grand-mère, Lola est la reine d’un royaume qu’elle réinvente chaque été. Cette nature sauvage écrasée de soleil, dont elle connaît le moindre bloc de pierre ou buisson d’aubépine, elle va devoir la partager cette année avec Aymen, un jeune garçon syrien dont la famille est réfugiée en France. Par amitié, mais aussi par bravade, Lola conduit Aymen jusqu’à la ruine maudite, une vieille bâtisse à propos de laquelle se raconte une histoire terrifiante…

Auteur(s)  :  Marin Ledun / Illustrateur(s)  :  Anne-Lise Nalin / Date de parution  :  09/03/2017 / ISBN : 9782748523379  / 63 pages / 5,99 euros

 

L’archipel du Chien. Philippe Claudel

L’archipel du Chien, de Philippe Claudel, un conte moderne pour décrire un territoire qui rassemble tous les mondes, tous les humains, pour un étrange panorama de l’humanité dans ce qu’elle a de plus banalement inhumain peut-être…

Domi_C_Lire_l_archipel_du_chien.jpgSur cet archipel du Chien, un volcan menace de se réveiller, les autres iles de l’archipel sont désertes, l’activité manque, la pêche reste la seule ressource, et Oh miracle, un consortium propose de créer un centre balnéaire qui va enfin pouvoir faire vivre la communauté… Mais c’est compter sans le hasard…
L’auteur a choisi un lieu imaginaire pour planter son décor. S’il n’existe pas vraiment, nous pourrions cependant le situer en de nombreux endroits de ces mers et océans qui nous entourent, sur ces terres que nous connaissons bien. On peut l’associer par exemple aux Iles Canaries, où pendant de nombreuses années les  migrants venus d’Afrique se sont échoués sur les rives de l’archipel.

Ici, on ne sait pas d’où ils arrivent, mais ils sont là… Par un petit matin pareil à tous les autres, le chien de la Vieille, une ancienne institutrice acariâtre, découvre trois cadavres échoués sur la plage. Que faire, qu’en faire, comment faire ?

Alors dans le village, tout ce qui compte comme autorité va avoir un mot à dire, le maire, qui n’a de nom que sa fonction de maire, représentant de l’autorité sur l’ile, le prêtre et ses abeilles, qui a l’air de planer au-dessus des contingences et ne montre pas beaucoup plus d’humanité que tous les autres, sauf pour ses abeilles, le commissaire, le docteur bien sûr, qui est l’aidant, le soignant, mais le sera-t-il dans ce cas ? Puis l’instituteur, le seul à se rebeller et à démontrer une forme d’humanité.
On le comprend vite, chaque protagoniste va à sa façon défendre l’ile, les habitants, leur futur tranquille et sans histoire, pensant qu’il a les meilleures raisons du monde tout en ayant à la fois tord et raison… Après avoir fait le nécessaire pour ne plus voir les corps des naufragés, ils vont devoir vivre avec le souvenir de ce drame et affronter la rébellion de l’instituteur. Mais tout ne se passera pas comme ils l’ont imaginé… là il est difficile d’en dévoiler davantage.

J’ai trouvé le parti pris de l’auteur intéressant. Il nous montre avec ses personnages caricaturaux, que l’on peut être dans le vrai et pourtant se fourvoyer, que chacun a ses raisons pour faire avancer le monde qui l’entoure, fort de ses attributions ou de son rôle, mais que la morale, la vérité, et le bien commun ne sont pas toujours pris en compte, et qu’il est parfois bien facile – ou difficile ? –  de ne pas basculer dans la peau d’un sauveur ou dans celle d’un malfaiteur.

Si j’ai trouvé parfois l’intrigue un peu inégale, il y a cependant dans L’archipel du Chien la morale et l’humanité, servis ou bafoués, la lâcheté et le courage, le mensonge et la fuite, des situations et des sentiments tellement communs et sans doute humains qu’ils semblent véridiques. Et qui confrontent le lecteur à ses propres sentiments, à ses propres questionnements : qu’aurions nous fait ? Voilà assurément un roman qui pousse à la réflexion, comme sait si bien nous les offrir Philippe Claudel et sa belle écriture.

Relire le compte rendu de la rencontre avec Philippe Claudel, avec les éditions Stock, lors de la sortie du roman.

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Catalogue éditeur : Stock

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire.

Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de  meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des  vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient  liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits.
On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur.
Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à  propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée,  ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche,  de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en  heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète,  pour tout dire clandestine. »

Parution : 14/03/2018 / 288 pages / Format : 138 x 215 mm / EAN : 9782234085954 / Prix : 19.50 €

Sous les pavés la jungle, Simone Gélin

Vous rêvez d’une lecture tranquille ? Passez votre chemin. Vous rêvez d’une lecture qui va vous emporter, vous bousculer, à laquelle vous allez penser longtemps après avoir fermé la dernière page ? Foncez … et lisez « Sous les pavés la jungle » le dernier roman de Simone Gélin paru aux éditions Cairn, du Noir au Sud.

Domi_C_Lire_sous_les_paves_la_jungleSi en mai 68 les murs affirmaient Sous les pavés, la plage aujourd’hui Simone Gélin nous entraine dans un univers où elle l’affirme haut et fort on trouve Sous les pavés, la jungle.

Il s’appelle Milo, simplement parce que sa grand-mère était d’origine italienne, il s’appelle Kevin, mais il ne sait pas pourquoi, puisque sa mère l’a abandonné à la naissance en lui donnant ce prénom qu’il trouve ridicule. Ils se rencontrent à la prison de Fresnes, arrivés là presque par hasard pour l’un, comme si c’était une évidence inéluctable pour l’autre.

Milo a trempé dans une sombre affaire d’attaque à main armée. Reconnu par un témoin, il clame haut et fort son innocence mais ne pourra échapper ni aux mois de préventive, ni à l’enfer carcéral. Dans cette jungle où le plus faible devient la proie du plus fort, il faut se terrer et se faire oublier pour continuer à exister tout en gardant un semblant d’humanité.
A Fresnes il fait la rencontre de Kévin, jeune homme fragile qui ne saura pas résister à la pression et à la violence sournoise tapie entre ces murs, pourtant acceptée par tous, y compris par les matons semble-t-il, car elle est le seul moyen d’en sortir un tant soit peu indemne. Il va se lier entre eux une étrange amitié qui va résister au mal comme au pire, y compris par-delà les murs.

Pendant ses mois de préventive, et pour ne pas perdre totalement la raison, Milo s’est longuement penché sur les secrets inavoués de son passé. Sa mère l’a élevé avec sa sœur, mais elle a perdu la raison depuis bien longtemps, il veut comprendre pourquoi. Une fois libéré, il cherche d’où il vient. Ses investigations vont l’entrainer vers le bassin bordelais, à la rencontre d’un grand père inconnu et la découverte de l’amour qui a foudroyé ses grands-parents sur les barricades, source de tous les mystères. Chemin faisant il va également croiser la route de Mounia, échappée de l’enfer de la jungle à Calais, cette jeune femme le fascine. Avec sa sœur Sophie, ils vont assister à l’évacuation de la jungle, au déplacement de ces migrants éternellement voués à être déplacés, de pays en pays, loin de leurs terres et à la merci des malfrats et des passeurs.

De folles aventures en course poursuite, nous allons suivre Milo et Sophie de Paris au Cap Ferret, de Fresnes à Calais, de leurs vies à celles de leur mère et grand-mère, personnages particulièrement énigmatiques, à la recherche de leurs racines, puis revenir dans un présent empli de mystère et d’espoir.

Des barricades de mai 68 à la jungle de Calais, d’hier à aujourd’hui, des basfonds de Bordeaux, aux cellules de Fresnes, l’auteur nous propose une réflexion sociologique terriblement actuelle. Elle nous entraine dans une course pour la vie, nous prend aux tripes, nous fait aimer follement ses protagonistes, chercher réparation, mais aussi l’amour, la vérité, la lumière, dans un univers de violence et de vengeance contrebalancé par une belle et étonnante humanité. Avoir foi en l’homme et croire en l’amour, la vérité, la loyauté ou la justice ne sont pas de vains mots sous la plume de Simone Gélin. On ouvre Sous les pavés, la jungle, puis on s’y attache, on se laisse emporter, on vibre, c’est assurément une jolie pépite littéraire !

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Catalogue éditeur :  Cairn, du Noir au Sud

Enfer de la prison, zone de non‐droit de Calais, jungle féroce de la vie, faune humaine, aujourd’hui, jaillit un cri comme un slogan d’une autre époque… Sous les pavés la jungle.

Lauréate 2017 du Prix de l’Embouchure pour son roman L’affaire Jane de Boy, remis lors du festival Toulouse Polars du Sud, Simone Gélin intègre la collection Du Noir au Sud en signant un polar social et politique. Plus de détails

ISBN :  9782350686127 / 11,00 € TTC / Format     12 x 18 / Nombre de pages 344 / Date de parution mars 2018