La Riposte, Jean-François Hardy

Quelle attitude choisir face au cataclysme climatique qui s’annonce, un roman sombre et lucide

Nous y sommes, le point de non retour a été atteint, la planète ne peut plus faire demi-tour … Paris ravagé, pollué, connaît la misère, la faim, les maladies, la violence. Nulle part les hommes et le femmes qui tentent de survivre ne sont désormais tranquilles.

C’est dans ce contexte que fleurissent sur les murs les affiches placardées par Absolum, un groupe qui prône la révolution pour la terre. C’est aussi dans ce contexte que Jonas, infirmier à domicile, quitte définitivement ses malades et son métier pour tenter de gagner le nord. Là, un semblant de vie paraît encore possible.

Pourtant, lorsqu’il se blottit dans les bras de la douce Khadija, son bonheur est presque palpable. Avec elle il serait même prêt à tenter la survie en milieu hostile. Mais elle est embringuée dans la lutte extrémiste et veut sauver ce qui l’est encore. Tenaillé entre son amour pour Khadija et son envie de fuite, Jonas décide de réfléchir en partant quelques jours retrouver sa sœur qu’il a perdue de vue depuis trop longtemps. Les années ont passé, et il apparaît vite que le frère et la sœur se sont irrémédiablement éloignés l’un de l’autre.

Jonas doit se décider, partir, rester en province chez sa sœur, retrouver Khadija à Paris, prendre les armes et s’engager dans la lutte pour la survie du monde, commencer à son tour la Riposte, la décision s’avère bien plus compliquée que prévu.

Dans cette dystopie apocalyptique, Jean-François Hardy dépeint le monde qui nous attend demain, car nous ne savons pas protéger cette terre qui nous porte et nous nourrit. Largement déprimant, ce roman a pourtant l’avantage de dépeindre un futur sans doute bien plus proche que ce que l’on veut admettre. C’est sombre, violent, déstabilisant, tellement défaitiste et pourtant certainement réaliste. Les crises écologiques et climatiques sont déjà là, les bouleversements des saisons, les cataclysmes, les mouvements migratoires, la montée des eaux, ne sont plus des utopies mais bien devenues réalités dans quelques régions de la planète. L’écriture directe, précise, jamais légère, donne vie à ces sensations déprimantes et réalistes bien qu’excessives. Et si le monde que nous décrit l’auteur était tout simplement celui qui nous attend demain ?

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Plon

Dans Paris désagrégé par la crise écologique, la misère a définitivement pris ses quartiers. Au rationnement alimentaire s’ajoutent la violence de l’État, la canicule et les maladies. Un mystérieux mouvement, Absolum, placarde ses affiches dans toute la ville et gagne du terrain. Son slogan : « Révolution pour la Terre ».
Dans ce chaos, Jonas est infirmier à domicile. Quand il ne s’occupe pas de ses patients, il se réfugie dans les bras de la jeune Khadija, déterminée à sauver le monde. À 37 ans, Jonas est quant à lui désabusé et s’apprête à fuir comme tant d’autres vers le nord de l’Europe, en quête d’une vie meilleure. Mais peut-il partir si facilement sans se retourner ? Qu’est devenue sa sœur Natalia, sa seule famille, dans la campagne aride privée d’électricité ? Et s’il parvenait à convaincre Khadija de le suivre ? Incapable de s’engager comme de rester loyal à un système dont il a su pourtant profiter, Jonas va devoir faire face au murmure d’une grande révolte.

EAN : 9782259306942 / pages : 208 / Format : 135 x 210 mm / Date de parution : 26/08/2021 / 18.00 €

Les touristes du désastre, Yun Ko-Eun

Quand la nature reprend ses droits…un roman noir sur les dérives du tourisme de catastrophe

Yona le sent bien, le compte à rebours à commencé, elle est désormais sur la liste noire des employés de Jungle, l’agence de voyage qui l’emploie. Des signes imperceptibles le lui font sentir, en particulier l’attitude inconvenante de son manager. Attitude qu’il n’a qu’avec ceux qui seront bientôt mis sur la touche. Aussi le jour où elle décide de donner sa démission, elle ne peut qu’accepter l’offre que lui fait ce supérieur-harceleur, suspendre sa demande et partir en mission pour évaluer un de leurs lieux de vacances en perte de vitesse auprès des clients.

Car Jungle offre à ses clients des lieux de villégiature hors du commun. Les seuls qu’elle plébiscite sont ceux qui ont connu d’importantes catastrophes, un nombre important de décès et des ravages sur lesquels les touristes vont pouvoir s’extasier.

Yona embarque alors pour Mui, une île qui associe trois risques importants, un volcan, un désert, et une doline. Même si c’est un voyage pour lequel elle devrait profiter d’un hébergement très confortable.

Le trajet jusqu’à Mui est un véritable périple depuis la Corée. Sur place, elle se rend compte de la superficialité de la zone qu’elle visite, plus proche d’un parc d’attraction minable que d’un site aux accents réalistes. C’est bientôt l’heure de rentrer, mais elle se perd dans le train du retour et se retrouve seule, isolée, sans papiers.

La voilà revenue sur Mui, le site qu’elle venait de quitter. Yona comprend alors que tout ce qu’elle vient de voir ne correspond en rien avec la vie sur l’île, et répond avant tout aux désidérata des touristes. Mise dans le secret et partie prenante d’un nouveau projet en gestation, elle participe à une manipulation de grande envergure. Le cataclysme attendu replacera Mui sur le devant de la scène. Mais tout ne se passe pas forcément prévu, et parfois la nature reprend le pouvoir.

Un roman très étonnant, septique de prime abord, j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher. Quelle critique acerbe de notre société qui prône la consommation et l’utilisation du moindre événement à tout prix. L’écriture, en tout cas via l’excellente traduction qui en est faite, est très agréable, vivante, moderne. Le thème abordé fait réfléchir. L’autrice nous place face à nos propres contradictions, nous qui passons tant de temps devant nos écrans pour découvrir les catastrophes qui se déroulent de par le monde sans pour autant penser à changer nos habitudes. Et si cela impliquait de notre part une autre façon d’anticiper le futur, de considérer les autochtones lors de nos voyages, d’appréhender les défis climatologiques sans doute autrement qu’en simples spectateurs.

Catalogue éditeur : La Croisée

Yona travaille chez Jungle, agence de voyages coréenne spécialisée dans le tourisme macabre, dit « tourisme noir ». Elle conçoit des circuits touristiques dans des destinations marquées par la mort et les désastres écologiques. Harcelée par son chef, Yona veut quitter l’entreprise. Mais Jungle l’envoie pour une dernière mission sur l’île de Mui, lieu ravagé où subsiste une étrange population…

Couronné du prix du roman policier international CWA Dagger 2021, Les Touristes du désastre est un roman noir et acide sur les excès du consumérisme moderne, porté par la plume alerte d’une des meilleures jeunes écrivaines coréennes.

Traduction du coréen par JEONG JIN EUN & JACQUES BATILLIOT
Parution le 6 octobre 2021 / 192 pages / 20€

Les cœurs inquiets, Lucie Paye

Un beau roman qui déborde d’amour et d’espoir

Lui, artiste peintre qui excelle dans les paysages sans aucun personnage, a quitté l’île Maurice pour Paris. Son galeriste envisage une nouvelle expo en septembre, mais est-il capable de répondre à cette exigence.
Son inspiration du moment ? Une femme, pas un modèle, pas une amoureuse, pas une voisine, mais une femme surgie des limbes de son imaginaire sans qu’il arrive à comprendre l’urgence qui s’est emparée de lui.

Elle, on le comprend vite, est malade. Elle saisi les moments de sérénité et de lucidité qu’il lui reste pour écrire à l’amour de sa vie qui a disparu depuis si longtemps.
Qui est-il cet homme qu’elle a cherché pendant tant d’années, que veut-elle de lui, et pourquoi a-t-il disparu ?

Lui et elle, vont-ils être deux destins parallèles ou leurs trajectoires vont-elles se croiser un jour ?

Ce que j’ai aimé ?

L’auteur nous propose des tranches de vie qui émeuvent et bouleversent, mais qui en même temps nous procurent un sentiment de sérénité.
Ces lettres qui débordent d’amour, de regrets, mais qui sont tellement positives et généreuses envers celui qui devrait les recevoir. L’amour d’une mère, absolu et définitif.
Les secrets de famille et les silences qui détruisent inexorablement ceux qui les acceptent.
Cet homme qui trouve une inspiration dans une femme inconnue qui le bouleverse sans qu’il en connaisse la raison. La force de amour filial suggérée ainsi.
Cet amour de l’art et de la peinture qu’ils ont en commun, cette façon qu’à l’auteur de distiller la beauté des œuvres et de nous en faire apprécier le beauté et à parfois le sens.

Un premier roman particulièrement réussi que l’on n’arrive pas à lâcher avant la fin.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

Parution : 05-03-2020 / 52 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072847301 / 16,00 €

Bélhazar, Jérôme Chantreau

Entrer dans le monde énigmatique de Bélhasar pour enfin se retrouver

Bélhazar est un élève prometteur, un enfant précoce, de ces enfants que la société a tant de mal à comprendre et à accepter. Dix-huit ans, ce n’est certainement pas un âge pour mourir, encore moins lors qu’une interpellation de police qui tourne mal, et qui plus est, tué par sa propre arme. C’est pourtant ce qui est arrivé à Bélhazar en 2013. Alors, bavure, accident, suicide comme on a bien voulu le faire croire, que doit-on en penser.

Une affaire étrange, dont on a peu parlé mais sur laquelle Jérôme Chantreau décide un jour de faire la lumière. Car si la police et la justice ont tôt fait de conclure à un suicide qui arrange bien les autorités et les délivre de toute responsabilité, les parents eux, se posent bien des questions.

Antoine Bélhazar est un garçon différent, brillant. Jamais vêtu d’un tee-shirt, mais toujours d’une chemise et d’un grand manteau, il dénote terriblement dans sa classe ou dans la cour de l’école. Et cette différence, comme son intelligence, en font un souffre douleur, mais aussi un jeune homme hors norme.

Rêveur, collectionneur fou, artiste, passionné, inspiré, unique, il mène rapidement sa vie en dehors des sentiers battus, et surtout de la vie normale d’un enfant ou d’un adolescent. Passionné par la guerre et par les armes à feu, il les collectionne, apprend à tirer au club de tir et compte bien trouver un métier en relation avec cette passion dévorante. Mais Bélhazar est aussi quelqu’un qui vit dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles, avec son lapin blanc dans sa forêt magique, à la limite du monde merveilleux et enchanté de ces histoires qu’il aime tant. Un monde dans lequel peu à peu va le suivre l’auteur, passant insensiblement de la recherche de vérité à la magie d’un monde parallèle accessible aux seuls initiés, ceux qui savent comment passer de l’autre côté du miroir.

Difficile alors de cerner le personnage, de trouver la réponse au pourquoi et comment est-il mort, et d’apporter aide et soulagement aux parents.

Le long cheminement de l’auteur vers un semblant de vérité au côtés de ce jeune homme unique, lunaire, magnifique, est avant tout un chemin vers une meilleure connaissance de lui-même et de ce qui l’entoure, de ce vers quoi il veut aller. Un moyen d’évoluer et de se trouver là où il pensait seulement cerner cet élève singulier, énigmatique et magnétique à l’imagination et à la créativité débordantes.

Un livre étrange qui nous parle d’un disparu auquel on s’attache sans parvenir à le cerner vraiment. Mais est-ce vraiment le but, l’auteur ne cherche-t-il pas plutôt à mieux se connaître à travers cette relation à l’autre, à celui qui a disparu et à ceux qui l’ont aimé.

Catalogue éditeur : Les éditions Phébus

Février 2013 : Bélhazar, un jeune homme sans histoire, décède lors d’un contrôle de police. Accident? Bavure ? Suicide, comme l’avance le rapport officiel ? L’affaire en reste là. Passée sous silence, elle tombe dans l’oubli.

Jusqu’à ce que Jérôme Chantreau décide de mener l’enquête. Professeur de français et de latin, il avait eu pour élève le jeune Bélhazar. L’auteur se plonge dans le passé, interroge les souvenirs.
Mais se heurte à la malédiction qui semble entourer ce drame. Que s’est-il vraiment passé ce soir d’hiver ?

Et par-dessus tout, qui était Bélhazar ? Adolescent hypnotique ? Artiste précoce ? Dandy poète laissant derrière lui un jeu de piste digne d’Alice au pays des merveilles ?

Jérôme Chantreau écrit contre l’oubli, et pour la vérité. Le crime est-il vraiment là où l’on croit ?
Les faits sont réels, mais ils ne disent pas le vrai. Pour comprendre enfin, l’histoire de Bélhazar exige une mise à nu totale : celle de l’auteur. Son engagement inconditionnel emporte le lecteur dans un labyrinthe d’indices et d’émotions.

Parution : 19/08/2021 / Prix : 19,00 € / Format : 20.5 x 14 cm, 320p. / ISBN : 978-2-7529-1237-4

Revenir à toi, Léonor de Recondo

Combler l’absence et retrouver la mère, un roman poétique hors du temps

Magdalena est une belle jeune femme, actrice, célèbre, aimée de son public et de ceux qui travaillent à ses côtés. Le théâtre et ses rôles comblent sa vie et lui donnent sa confiance. Pourtant on sent en elle une fragilité, une blessure intime profonde comme une plaie toujours ouverte.

Le jour où sa secrétaire Adèle lui annonce « Magda, on a retrouvé ta mère » c’est une véritable secousse sismique qui la prend et une faille s’ouvre sous ses pieds. Elle n’a qu’une obsession, traverser la France en train pour retrouver l’absente.

Car depuis son enfance, Magda attend le retour de celle qui a un jour passé la porte sans jamais revenir sur ses pas. La jeune fille quelle était alors se souvient de ses retours de l’école, quand elle allait s’asseoir sur le lit près où sa mère passait ses journées, dépressive et mutique. Ses tentatives pour essayer d’obtenir son attention, les bonnes notes, les anecdotes, les mots qu’elle lançait dans le vide sans jamais obtenir son attention. Puis le vide laissé par sa mère. Ce père qui ne savait pas expliquer, qui est parti à son tour, la laissant avec les grands-parents.

Magda s’est construite sur le manque, sur le silence. Une vie bien remplie, brillante, et l’espoir fou que sa mère la retrouve un jour, au hasard d’une coupure de presse, d’une allusion sur sa carrière. C’est enfin arrivé et aujourd’hui c’est elle qui part pour tenter de remplir ce manque.

La maison éclusière où vit sa mère est une quasi ruine, et la femme devant elle a tout d’une clocharde échappée d’un hôpital psychiatrique. Dans ce paysage à la sérénité paisible, elle va peu à peu remonter le fil de son histoire, comprendre la fuite, apprivoiser l’absente. Se déroulent alors des journées étranges, parenthèses de vie, pont entre deux âmes, où mère et fille sont des étrangères sans l’être vraiment, à àse dire que si le cœur ne peut pas parler les liens du sang le pourront sans doute.

Portée par les rôles qu’elle a joué sans fin depuis des années, ces Antigone, ces femmes fortes et solitaires qui ont forgé son caractère, Magdalena se rapproche peu à peu d’Apollonia. Mais il est difficile d’accepter le passé, le vide, l’absence. Peut-elle enfin comprendre la raison de tant d’années de douleur, soulever cette chape de silence, comprendre d’où vient le traumatisme.

J’ai aimé rencontrer cette femme dans laquelle les chagrins et la solitude de l’enfance ont laissé de profondes traces et qui malgré le silence et la tristesse, trouve une consolation dans ces étranges retrouvailles.

Le côté poétique, éthéré du texte, mais aussi cette spontanéité à la limite du crédible peuvent parfois laisser perplexe. C’est pourtant à petits pas, par ses gestes, ses caresses, ses mots, que la fille va rejoindre sa mère dans les abysses où elle s’est terrée, et tenter de réparer enfin le vide laissé par cette si longue absence. On ressent un grand chagrin face à ce gâchis incompréhensible. Pourtant il y a beaucoup de grâce, de résilience et d’espoir dans cette rencontre, dans le pourquoi à peine dévoilé de l’absence et de la fuite.

Photos de la rencontre avec Léonor de Recondo aux Correspondances de Manosque

Catalogue éditeur : Grasset

Lorsqu’elle reçoit un message lui annonçant qu’on a retrouvé sa mère, disparue trente ans plus tôt, Magdalena n’hésite pas. Elle prend la route pour le Sud-Ouest, vers la maison éclusière dont on lui a donné l’adresse, en bordure de canal.
Comédienne réputée, elle a vécu toutes ces années sans rien savoir d’Apollonia. Magdalena a incarné des personnages afin de ne pas sombrer, de survivre à l’absence. Dès lors que les retrouvailles avec sa mère approchent, elle est à nu, dépouillée, ouverte à tous les possibles.
Revenir à toi, c’est son voyage vers Apollonia. Un voyage intérieur aussi, vers son enfance, son père, ses grands-parents, ses amours. Un voyage charnel, parenthèse furtive et tendre avec un jeune homme de la région. Lentement se dévoile un secret ancien et douloureux, une omission tacitement transmise. 
Revenir à toi, c’est aussi un hommage à Antigone et aux grands mythes littéraires qui nous façonnent. Magdalena a donné vie à des personnages, elle est devenue leur porte-voix. Devant Apollonia, si lointaine et si fragile, sa voix intérieure se fait enfin entendre, inquiète mais déterminée à percer l’énigme de son existence.
En l’espace de quelques jours, dans cette maison délaissée, Magdalena suit un magnifique chemin de réconciliation avec l’autre et avec elle-même. Vie rêvée et vie vécue ne font désormais qu’une.

Parution : 18 Août 2021 / Format : 130 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246826828 prix 18.00€ / EAN numérique: 9782246826835 prix : 12,99€

Les douces, Judith Da Costa Rosa

Quand les secrets de l’enfance volent en éclat, un roman sur l’amitié et l’adolescence

Zineb, Bianca, Dolorès et Hannibal sont les quatre meilleurs amis du monde depuis l’école primaire. Ils se sont juré protection et fidélité depuis l’enfance. Le jour où Hannibal disparaît sans laisser de trace, le quatuor explose et chacun part vivre de son côté, dans le doute et l’affliction. Les trois filles gagnent la capitale. A Paris, la ville de tous les possibles, elles s’évitent autant qu’elles le peuvent.

Dolorès, bien trop belle pour se contenter de son village, est partie faire des études à la grande ville.
Bianca est devenue influenceuse, le summum de la superficialité, et elle s’en délecte, sauf quand l’un de ses followers déverse sa haine à chacun de ses posts.
Zineb, mal à l’aise avec son physique, se contente avec une étrange délectation de son métier d’ouvreuse dans un obscur cinéma. Elle revisite tous les classiques du troisième art en lisant avec avidité les mails envoyés par Hannibal.
Car depuis sa disparition huit ans auparavant, Hannibal envoie des messages à ses trois douces…

Mais un jour, à l’occasion de travaux de terrassement engagés par la petite fille d’Auguste Meyer, on découvre le corps d’Hannibal enfoui dans le parc de la maison de l’artiste. Le sculpteur donnait des cours de porterie à tous les enfants du village dans sa maison. Les quatre inséparables s’étaient connus à cette occasion. Mais l’on peut se demander si les relations ambiguës qu’il entretenait avec certains enfants ne sont pas révélatrices d’une perversité jamais nommée, si elles ont entraîné à la fois des silences et différentes pathologies destructrices chez les jeunes femmes. De ce jour, le silence soigneusement posé sur les ruines de leur enfance vole en éclat.

L’enquête est menée par un policier hors normes, ancien sportif, un peu en marge.

Un roman intéressant qui se lit avec beaucoup de plaisir. Il me semble cependant que de trop nombreux thèmes y sont abordés, et du coup ils sont noyés par cette multiplicité sans être réellement traités en profondeur par l’autrice. La pédophilie, l’amitié, la superficialité du beau, de l’image et de l’apparence, les réseaux sociaux, la maladie de Lewy, la relation parents enfants, ici en particulier mère fille, l’adolescence, etc. arrivent pêle-mêle au fil de l’enquête et de l’évocation des souvenirs. Le défaut sans doute du premier roman, mais une écriture prometteuse et de qualité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Grasset

Ils étaient quatre, trois filles et un garçon  : Dolorès, Zineb, Bianca et Hannibal. Quatre meilleurs amis devenus comme frère et sœurs, ayant grandi ensemble, connu les joies de l’enfance et les tourments des premiers sentiments, se jurant de ne jamais se séparer. La vie s’ouvrait à eux  ; le lycée terminé, ils quitteraient leur village du Sud, découvriraient Paris. Mais le soir du bal de fin d’année, Hannibal disparaît et laisse celles qu’il appelait mes douces, seules et interdites.  
Huit ans plus tard, son corps est retrouvé, enterré dans la propriété d’Auguste Meyer, sculpteur célèbre de la région et professeur de poterie des quatre enfants qui, jusqu’à sa mort, a nourri pour Dolorès, sa beauté, une étrange fascination. L’Officier Casez est chargé d’enquêter, il convoque les trois jeunes femmes  ; l’une est devenue célèbre sur les réseaux sociaux, l’autre étudiante, la dernière travaille dans un cinéma. Elles ne se parlent plus mais continuent de recevoir d’énigmatiques emails signés Hannibal. L’une le croit vivant, les autres pas.
A mesure qu’il essaie de percer le mystère de leur amitié, Léo Casez bute sur les interrogations  : quel pacte les liait  ? Qui était vraiment Auguste Meyer et pourquoi la mère de Dolorès le protégeait-elle ? En rouvrant les archives du passé, il force les secrets et nous entraîne dans les souvenirs de cet été brûlant, les joies et les tourments de quatre adolescents devenus si tôt adultes.

Format : 143 x 205 mm / Pages : 400 / EAN : 9782246822813 prix 20.90€ / EAN numérique: 9782246822820 prix 14.99€ / Parution : 12 Mai 2021

Les oracles de Teresa, Arianna Cecconi

Quel est donc le secret de Teresa ? … un roman d’amour et de rêves

Le jour où elle a compris que sa mémoire pourrait un jour lui faire défaut Térésa a décidé de ne plus parler. Après tout c’est sans doute le plus sûr moyen de ne pas révéler de secret sans l’avoir voulu.
Voilà donc plus de dix ans qu’elle vit dans le silence. Peu à peu la mémoire s’en est allée mais les femmes de sa famille veillent. Cousine, filles et petite-fille ou celle qui est d’abord venue du Pérou pour aider, puis devenue une amie fidèle, toutes ont une relation privilégié avec elle.

Aussi quand le médecin leur annonce que le temps est désormais compté et que Térésa vit ses derniers instants, elles se rejoignent toutes au pied du lit médical installé dans le salon pour la veiller, lui parler, et qui sait peut-être l’entendre enfin dévoiler son secret.

C’est pendant ces quelques jours-là que chacune va à son tour revivre les moments passés avec l’aïeule. Joies, bonheur, chagrin, rupture, tout y passe. Et l’on comprend par exemple qu’aucune femme de cette famille à part Teresa n’a jamais emmené un homme à la maison. Il faut dire que le mariage de Teresa avec Antonio n’a pas été le plus heureux et son amour n’a jamais été à la hauteur de celui de son mari. C’était un mariage de raison pour assurer la continuité de l’élevage de vers à soie. Le décès d’Antonio a été une délivrance pour cette femme indépendante et fière.

De souvenirs en anecdotes, peu à peu le mystère se lève sur le secret de l’aïeule. Dès lors, une seule vérité s’impose, vivre, à fond, sans regret, ce que la vie nous offre.

J’ai aimé rencontrer ces femmes, leur poésie, leur relation à la magie, au surnaturel. Leur amour et leur solidarité malgré les défauts, les différences toujours aussi forts. L’écriture onirique et poétique m’a fait passer un bien joli moment de lecture à leur côté.

Catalogue éditeur : Marabout, collection La Belle Etoile

Depuis bientôt dix ans, Teresa n’a pas quitté son lit ni prononcé le moindre mot. Quand elle a senti son esprit vaciller et sa mémoire s’étioler, elle a choisi de rester couchée et de se murer dans le silence afin de ne pas laisser s’échapper le secret enfoui au plus profond d’elle-même.
Pourtant, depuis bientôt dix ans, autour d’elle, tout le monde s’affaire et se relaie pour la garder dans le flot de la vie : ses filles Irène et Flora, sa petite-fille Nina, sa cousine Rusì, et Pilar, venue tout droit du Pérou, qui lui prodigue des soins au quotidien. Lorsque les heures de Teresa semblent comptées, toutes se réunissent pour la veiller et pour entendre ce qu’elle est peut-être enfin prête à leur confier, pour les aider à se libérer.

Parution : 25/08/2021 / 400 pages / EAN : 9782501138611 / 19.90 €

Mon mari, Maud Ventura

Quand l’amour conjugal tourne à l’obsession, où la semaine d’une femme amoureuse

– Non, pas amoureuse de moi, mais amoureuse. Une amoureuse de l’amour, a corrigé mon mari.
-Je ne suis pas une amoureuse de l’amour ! Ça impliquerait que j’aime l’idée d’être amoureuse plus que je t’aime toi, ce qui n’est pas vrai.

C’est une épouse parfaite, une belle femme sur laquelle se retournent les hommes, traductrice et professeur, mère de deux enfants, elle a de bonnes raisons d’être satisfaite de sa vie. Elle se qualifie essentiellement comme une femme amoureuse de son mari. Elle le dit, le proclame sur tous les tons, c’est la seule et unique chose qui rempli sa vie, cet amour absolu pour « Mon mari ». Depuis quinze ans, leur relation est idyllique, amour réciproque, encore quelques gestes et mots tendres lorsqu’il le faut, ce père et mari modèle a tout pour plaire. Même pas infidèle, souvent attentionné, elle ne le trouve cependant plus assez attentif à ses désirs, surtout lorsqu’il pourrait accepter de dormir les volets ouverts pour la satisfaire. Un refus qui tourne d’ailleurs à l’obsession.

Sa plus grande angoisse est qu’un jour tout s’arrête, avec le risque de le perdre et ne plus pouvoir jouir du bonheur incroyable de l’amour réciproque. Elle est totalement accroc et ne pourrait pas se passer de lui. Amoureuse à la folie, chaque instant passé loin de lui, ou qu’elle doit partager avec d’autres fussent-ils ses enfants, est un instant volé à son amour et définitivement perdu. Alors tout doit être absolument parfait dans sa relation à l’homme de sa vie. On ne saura d’ailleurs jamais le prénom de cette épouse follement éprise de l’homme de sa vie, ni de celui qu’elle a du mal à accepter comme étant aussi un père attentionné pour ses enfants.

Pourtant on se rend compte peu à peu qu’avec elle son mari n’a droit à aucun répit. Elle observe, note, juge, enregistre tous les faits et gestes du seul être vivant qui occupe quasiment 100% de ses pensées. Et à chaque acte, geste, fait, qui ne serait pas conforme à ses attentes, une punition arrive pour compenser le manque. Punir pour ne pas s’angoisser, détester, stresser, et équilibrer les choses entre elle et Mon mari. Punition secrète connue d’elle seule, mais qui comble ses frustrations.

Le roman se déroule du lundi au dimanche et chaque jour est teinté d’une couleur qui correspond à un état d’esprit, à une posture envers celui dont elle attend tout. C’est un roman déroutant, avec ces Mon mari qui ponctuent chaque phrase comme un mantra de vie aussi indispensable que l’air qu’elle respire.

Mais si la lectrice que je suis imaginait cette semaine arc-en-ciel courant vers une catastrophe annoncée, la fin, bien qu’intéressante, m’a laissée sur ma faim. Démarré sur un rythme effréné, j’ai eu l’impression de m’essouffler, lassée par les circonvolutions mentales de celle qui exige une exclusivité amoureuse dérangeante et obsessionnelle.

L’analyse de l’amour obsessionnel, de la dépendance amoureuse et de la relation à l’autre dans la vie de couple faite par l’autrice est intéressante. Et j’avoue que la façon singulière de traiter ce sujet donne envie de lire ce roman jusqu’au bout.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

C’est une femme toujours amoureuse de son mari après quinze ans de vie commune. Ils forment un parfait couple de quadragénaires : deux enfants, une grande maison, la réussite sociale. Mais sous cet apparent bonheur conjugal, elle nourrit une passion exclusive à son égard. Cette beauté froide est le feu sous la glace. Lui semble se satisfaire d’une relation apaisée : ses baisers sont rapides, et le corps nu de sa femme ne l’émeut plus. Pour se prouver que son mari ne l’aime plus – ou pas assez – cette épouse se met à épier chacun de ses gestes comme autant de signes de désamour. Du lundi au dimanche, elle note méthodiquement ses « fautes », les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre, elle le trompe pour le tester. Face aux autres femmes qui lui semblent toujours plus belles, il lui faut être la plus soignée, la plus parfaite, la plus désirable.
On rit, on s’effraie, on se projette et l’on ne sait sur quoi va déboucher ce face-à-face conjugal tant la tension monte à chaque page. Un premier roman extrêmement original et dérangeant.

Maud Ventura a vingt-huit ans et vit à Paris. Normalienne et diplômée d’HEC, elle rejoint France Inter juste après ses études. Elle est aujourd’hui rédactrice en chef des podcasts dans un grand groupe de radios, NRJ. Elle ne cesse d’explorer la complexité du sentiment amoureux dans son podcast « Lalala » et dans son premier roman Mon mari.

EAN : 9782378802417 paru le 19/08/2021

Les confluents, Anne-Lise Avril

Un roman engagé, une mise en garde pour le futur, un superbe élan d’amour et de vie

Ces confluents, c’est le roman d’une rencontre. Entre elle et lui, parfois, entre deux mondes, deux temporalités, deux cultures, pour l’amour des Hommes, de la nature et de la terre, l’amour d’un homme et d’une femme.

Alternant deux périodes, 2040 puis de 2009 à 2014, l’autrice nous emmène à travers le désert, la forêt, la nuit, l’île, à la rencontre de ses personnages.

Elle, grand reporter, parcourt le monde pour observer les forêts et révéler au monde leur disparition, témoin des effets du réchauffement climatique et de la destruction lente mais inéluctable de notre terre.

Lui, photographe de guerre, traverse le monde pour témoigner des ravages dans les zones en guerre ou celles déjà touchées par les effets du réchauffement climatique, au nom des populations qu’il y rencontre. Tente de comprendre la façon dont les peuples doivent s’adapter en migrant pour survire quelque part, là où la terre est encore accueillante.

Malgré leurs activités différentes, lorsque ces deux journalistes se croisent en Jordanie, une relation ténue commence à se tisser. Au fil du temps, de pays en pays, grâce à quelques moments volés à leur activités réciproques et à leurs vies privées, leur relation assez banale au départ devient profonde et plus intime. La souffrance des autres, la lente détérioration de la planète dont Liouba et Talal sont les témoins ne les empêche pas de comprendre peu à peu l’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre.

Lui s’acharne à replanter des arbres pour sauver la mangrove, elle part à travers la planète témoigner des détériorations toujours plus rapides provoquées par les humains. Mais toujours ils se retrouvent. Leur histoire d’amour pourrait être ordinaire, mais elle est montrée sous un angle attachant, à la fois teintée de mélancolie et d’une certaine fatalité, et toujours avec beaucoup de douceur.

Anne-Lise Avril nous offre là une livre poétique, sensible et humain. Elle éveille nos consciences sans jamais être moralisatrice. En utilisant le futur, elle nous implique sur notre quotidien dévastateur pour la planète et pour les générations futures, sans essayer de nous donner de leçons, plutôt en montrant par certains détails ce qui déjà aujourd’hui doit être fait partout dans le monde pour commencer à survivre au réchauffement climatique, à la lente montée des eaux, à la destruction des forêts, etc. La nature est omniprésente, mais aussi la vie, l’amour, qui se révèlent à travers ces voyages décrits avec beaucoup de réalisme mais toujours avec finesse et sensibilité. Un roman contemporain, une dystopie nostalgique, mondialiste et intemporelle.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Julliard

Liouba est une jeune journaliste qui parcourt le monde à la recherche de reportages sur le changement climatique. En Jordanie, elle croise la route de Talal, un photographe qui suit les populations réfugiées. Entre eux, une amitié se noue qui se transforme vite en attirance. D’année en année, le destin ne cessera de les ramener l’un vers l’autre, puis de les séparer, au gré de rencontres d’hommes et de femmes engagés pour la sauvegarde de la planète, et de passages par des théâtres de guerre où triomphe la barbarie. Liouba et Talal accepteront-ils de poser enfin leurs bagages dans un même lieu ?
Ce premier roman, grave et mélancolique, a pour fil conducteur l’amour lancinant entre deux êtres que les enjeux du monde contemporain éloignent, déchirent et réunissent tour à tour. Avec cet éloge de la lenteur et du regard, Anne-Lise Avril donne à la nature une place de personnage à part entière, et au fragile équilibre des écosystèmes la valeur d’un trésor à reconquérir.

Née en 1991, Anne-Lise Avril passe les étés de son enfance dans la forêt des Ardennes, où elle découvre le goût de la lecture et l’envie d’écrire. Après le bac, elle étudie en Hypokhâgne et en Khâgne, puis intègre l’école de commerce de Rouen. Après un trimestre d’études à Moscou à l’âge de 24 ans, elle développe une fascination pour la culture russe et une passion pour la photographie et le voyage, qu’elle poursuit dans les années suivantes à travers d’une exploration des pays du Grand Nord et de l’Afrique. Lauréate du concours d’écriture Guerlain, elle publie une nouvelle sur le conflit syrien en 2017 dans un recueil paru au Cherche-Midi. Elle travaille aujourd’hui à la communication d’une entreprise qui finance des projets de reforestation partout dans le monde, Reforest Action, et continue à développer en parallèle une activité de photographe documentaire. De sa curiosité insatiable pour les enjeux environnementaux contemporains, elle a puisé l’inspiration de son premier roman, Les Confluents (Julliard, août 2021).

EAN : 9782260054788 / pages : 208 / Format : 140 x 189 mm / 18.00 € / Parution : 19/08/2021

Pourvu qu’il soit de bonne humeur, Loubna Serraj

Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?

Maya, 15 ans, belle, jeune, mais pas libre. Depuis quelques mois déjà ses parents ont décidé qu’elle ne pouvait plus aller au collège. Une jeune femme n’a pas besoin de trop apprendre puisque son avenir est d’être marié, savoir être épouse et mère cela suffit bien. Pourtant chaque jour ou presque, de longues discussions avec Marwan, son frère, lui permettent de continuer à apprendre et à débattre sur l’actualité, la géopolitique mondiale, le monde qui l’entoure dans le Maroc des années 40. Jusqu’au jour maudit où on lui annonce qu’elle doit épouser Hicham.

Il est beau ce jeune homme qu’elle découvre le jour du mariage, et la jeune femme est prête à l’aimer et à se soumettre. Mais c’est sans compter sur la violence qui se déchaîne dès la nuit de noce. Violée à plusieurs reprises, frappée, Maya ne sait pas que sa vie vient de basculer dans l’horreur, le silence, la douleur. Celui qui n’a connu que la violence de son propre père répète le schéma à l’envie, pour le plus grand malheur de son épouse.

Si la famille, la mère, les sœurs, ont compris le martyr que vit Maya, aucune voix ne vient s’élever pour faire cesser la violence meurtrière. Seul son dossier médical à l’hôpital témoigne des multiples fractures, viols, souffrances, maltraitances qu’elle a dû subir en silence pendant autant d’années.

Pourtant Maya la soumise, Maya puits de douleur est une femme libre dans sa tête, indomptable et indomptée par celui qui rêvait de la soumettre. Les discussions avec son frère, sa participation à la révolte marocaine face à l’occupant, ses lectures, ses fleurs et ses rêves sont les témoins les plus évidents de cette liberté si chèrement acquise.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, Lilya vit une relation heureuse avec son amoureux. Mais elle ne souhaite absolument pas s’engager à ses côtés, car jamais elle n’acceptera de se soumettre au bon vouloir d’un époux. Dans son corps, elle ressent des douleurs et entend des questionnements qui l’interpellent sur sa filiation, qui est elle et d’où vient-elle ? Et si l’âme de Maya, sa grand-mère, était venue la tourmenter pour demander réparation de ses souffrances. Et si Lilya ne s’autorisait tout simplement pas à vivre libre ? Pour le savoir, elle part à la recherche de cette aïeule, soulève le voile du silence et révèle peu à peu la vie de Maya et ses propres contradictions.

De nombreux sujets forts sont abordés dans ce roman. La violence faite aux femmes, que ce soit au Maroc ou ailleurs, le mariage forcé, l’éducation des filles qui n’est pas toujours une évidence. Mais aussi les transmissions transgénérationnelles. La psycho généalogie explique parfois les traumatismes dans des familles où les secrets traversent les générations sans être révélés à ceux chez qui les dégâts sont les plus importants.

Ce sujet difficile est traité d’une manière originale grâce à ces deux générations de femmes qui se retrouvent dans leur soif de liberté, de savoir, d’amour et de vie. Ce roman est le lauréat du Prix Orange du Livre en Afrique 2021, son sujet rejoint Les impatientes, cet autre roman aux multiples récompenses. Souhaitons lui un aussi beau parcours.

Catalogue éditeur : La Croisée des Chemins et Au Diable Vauvert

Deux époques.
Deux couples.
Deux voix. Non, plusieurs voix qui traversent le temps pour raconter une vie, deux vies, leurs vies.
À travers une histoire, tour à tour inscrite dans le passé et le présent, aussi parsemée de violence ordinaire que de passion rebelle, le murmure Pourvu qu’il soit de bonne humeur d’abord inaudible, se renforce, devient mantra et arrache sa propre bulle de liberté, inestimable hier comme aujourd’hui.
Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?
Comment résister à une guerre de l’intime où les bruits des canons deviennent ceux de clés tournant dans la serrure d’une porte ou de pas se rapprochant doucement mais sûrement ?
Comment la peur peut s’insinuer dans les couloirs du temps pour faire passer un message ? Quel message ?
Maya. Lilya. Deux voix. Deux femmes. Deux époques.
Une intensité. Celle que provoque la liberté.

Loubna Serraj est éditrice et chroniqueuse radio à Casablanca (Maroc). Elle tient également un blog littéraire social et politique sur des sujets d’actualité. Pourvu qu’il soit de bonne humeur, paru au Maroc aux éditions la Croisée des chemins, est son premier roman.

La Croisée des Chemins ISBN 9789920769563 / Parution 2020 / pages 324

Au Diable Vauvert : Parution : 2021-03-18 / pages : 352 / EAN-ISBN : 9791030704105