Le jour de ma mort, Jacques Expert

Connaître le jour de sa mort, rêve ou cauchemar  ?

Charlotte est une jeune parisienne aussi blonde que belle. Heureuse dans sa vie, elle adore son chat Grichka et son petit ami Jérôme. Mais en ce 28 octobre, alors que Jérôme est à Dubaï pour son travail, les souvenirs d’un séjour entre copines à Marrakech affleurent à sa conscience à demi-éveillée. Trois ans plus tôt, lors de ce week-end pour l’enterrement de vie de jeune fille de son amie Carole, les jeunes femmes avaient rencontré un voyant. Elles ne l’avaient absolument pas pris au sérieux, mais pourtant ses prophéties se sont toutes avérées pour ses copines. Et maintenant, reste celle de Charlotte, particulièrement terrifiante puisqu’il lui a révélé quel serait le jour de sa mort.

Et pendant ce temps, un tueur en série sévit en ville, tueur de blondes et de chats

Seule dans son appartement, dans un immeuble déserté par quasiment tous les voisins en dehors de celui du dessous qui est sourd comme un pot. Elle cherche comment échapper à la prédiction, car bien évidement, si elle doit mourir ce jour-là, cela ne peut être que de la main de L’Égorgeur de chats, ce prédateur dont parlent tous les médias.

Charlotte tremble, imagine, désespère, se rebelle, se révolte, réagit, se terre. Confiance, angoisse, stress, pleurs, courage, rien ne lui est épargné et tout au long de cette journée sans fin, elle tente d’échapper au sort qui l’attend.

En parallèle, le tueur, un homme jeune, méthodique et froid, maltraité par maman mais en même temps très attentif à suivre son enseignement, détaille avec une certaine délectation ses meurtres passés et ses cibles futures.

Tic, tac, tic, tac, Charlotte a vingt-quatre heures pour vivre ou mourir.

Le lecteur navigue entre une Charlotte qui disjoncte et un tueur psychopathe. A la lisière de la folie, révélations, détournement, suspense, coups de théâtre et quiproquo s’enchaînent et laissent le lecteur dubitatif, en attente d’un final pour le moins déroutant.

Il m’a semblé qu’il y avait quelques pages de trop dans ce roman, comme si l’auteur voulait en dire un peu plus mais en prenant le risque de se répéter. Et cela n’apporte rien à l’intrigue. Du coup, je n’ai pas senti assez de suspense dans le cheminement des deux personnages principaux pour maintenir mon intérêt jusqu’au dénouement. Quelques personnages secondaires, un peu stéréotypés peut-être, viennent malgré tout troubler le raisonnement du lecteur. Mais sans doute faut-il prendre tout cela au second degré et apprécier cet auteur qui joue avec les nerfs de ses personnagesUn polar pour se détendre cet été, enfin, sauf si vous avez consulté un voyant juste avant !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Sonatine

Charlotte est une jeune femme sans histoires. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle espère se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, une nuit, elle se réveille tremblante de peur, en sueur, à l’affût du moindre bruit. Elle est seule chez elle. On est le 28 octobre. Le jour de sa mort.
Trois ans plus tôt, à Marrakech, Charlotte a consulté, avec trois amies, un voyant dont les prédictions se sont réalisées pour ces dernières. Qu’en sera-t-il pour Charlotte à qui il avait annoncé une mort violente le 28 octobre ? Commence alors une nuit d’angoisse. La jeune femme est-elle victime d’une paranoïa alimentée par l’effrayant souvenir ? Est-elle réellement en danger alors qu’un tueur psychopathe rôde dans la ville ?

Après avoir été grand reporter, directeur des programmes de RTL et auteur de la série Histoires criminelles sur France Info, Jacques Expert se consacre aujourd’hui à l’écriture.

Prix : 7,90€ / 384 pages / Date de parution : 30/09/2020 / EAN : 9782253181316

Le poète, Michael Connelly

Des suicides de flics, le poète Edgar Allan Poe et tout le talent de Michael Connelly pour un thriller inoubliable

Je me souviens d’avoir lu ce livre prêté lors de sa sortie par un collègue qui voulait me faire découvrir le style novateur de l’auteur. Depuis j’ai lu bien d’autres romans de Michael Connelly avec toujours autant de plaisir.

Dès le début, l’affaire est quasiment classée puisqu’il s’agit d’un suicide de policier, dramatiquement triste mais si facile quand on se supprime avec son arme de service, et surtout lorsque l’enquête que vous n’arrivez pas à l’élucider vous obsède. Pourtant, le frère jumeau de Sean, Jack McEvoy, doute du suicide de son frère. Alors que tout lui souriait, pourquoi se serait-il supprimé ?

Jack est journaliste au Rocky de Denver. Il décide de mener sa propre enquête et découvre que toute une série de suicides de policiers sont en fait certainement des morts suspectes. Mais dès lors que vous enclenchez la grosse artillerie et que vous reliez des faits entre eux et qu’ils dépassent le frontière de votre état, c’est le FBI qui se saisit de l’affaire. Tout d’abord inclus avec beaucoup de suspicion et bien peu de bonne volonté dans les équipes d’enquêteurs, jack se sent mis peu à peu sur la touche. Malgré tout, il continue à investiguer de son côté. Et son enquête couplée à celle qui FBI va nous entraîner du côté noir du net, déjà, au milieu de réseaux pédophiles et de criminels aguerris.

Ce roman est paru en 1996. Depuis les techniques ont évolué et les moyens de communications également. Plus besoin de fax, de ligne fixe pour brancher son ordinateur, etc. plus de notes de téléphone avec sa note d’hôtel…. Malgré ces quelques anecdotes qui datent un peu, on s’y laisse prendre à tous les coups. J’avoue que je me suis plongée sans retenue au cœur de cette enquête aux ramification et aux sources bien sombres.

La voix de Benjamin Jungers sied parfaitement au rôle, chaude, posée, j’avais l’impression de voyager dans la tête de Jack, de l’écouter penser à voix haute, ses hésitations, ses découvertes et le plaisir pris à avancer dans l’enquête. Jack qui ne sait pas trop ce qu’il veut, au passé difficile, qui a du mal à faire confiance aux autres et de fait n’arrive pas à se réaliser pleinement. Jack avec ses forces et ses faiblesses qui mène de main de maître le lecteur par le bout du nez jusqu’au final.

J’ai eu une légère inquiétude en réalisant qu’il y avait plus de seize heures d’écoute. Aucune crainte, le rythme soutenu, le suspense toujours présent, les protagonistes plus ou moins attachants mais qui ont un vrai rôle à jouer, et les différents rebondissements font passer le temps presque trop vite !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Calmann-Levy, éditions Points, Le Livre de Poche, Audiolib

Un livre audio lu par Benjamin Jungers. Traduit par Jean Esch

La spécialité de Jack McEvoy, c’est la mort. En tant que chroniqueur judiciaire au Rocky Mountain News, il y a été confronté plus d’une fois. Mais rien n’a pu le préparer au suicide de son frère jumeau. Inspecteur de police, déprimé et incapable de supporter le meurtre non résolu d’une jeune femme retrouvée coupée en deux, Sean s’est tiré une balle dans la bouche, comme le font souvent les policiers dépressifs. Un sujet dont Jack décide de s’emparer, en guise de dernier hommage à son frère.
Mais en s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins de son article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se sont suicidés dernièrement, et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir le plus gros scoop de sa carrière.
Il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect, un assassin qui a, jusqu’à présent, toujours réussi à tromper les plus fins limiers lancés à ses trousses…
Le Poète, l’un des premiers jalons de l’œuvre magistrale de Michael Connelly, brillamment porté par la lecture de Benjamin Jungers, fête en 2021 ses 25 ans.

Né en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d’un crash d’avion en 1986 lui valant d’être sélectionné pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il décide de se lancer dans l’écriture avec Les Égouts de Los Angeles, pour lequel il reçoit l’Edgar du premier roman. Il y campe le célèbre personnage du policier Harry Bosch, que l’on retrouvera notamment dans Volte-Face et Ceux qui tombent. Auteur du Poète, il est considéré comme l’un des maîtres du roman policier américain. Deux de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, et l’ensemble de son œuvre constitue le cœur de la série télévisée Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus à près de soixante-cinq millions de livres dans le monde et ont été traduits en trente-neuf langues. 

Date de parution : 17 Mars 2021 / Durée : 16h43 / Prix : 26.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 586 / Poids CD 2 (Mo): 564/ EAN Physique: 9791035402976 / Éditeur d’origine : Calmann-Lévy

13 à table !

1 livre acheté 5€ = 4 repas distribués pour les restos du cœur
Lire avec le 💙 et soutenir 13 À Table ! avec les éditions Pocket

Pour la septième année consécutive, des auteurs écrivent bénévolement des nouvelles sur le 1er amour, cela donne une fois de plus un excellent recueil de nouvelles, et surtout l’opportunité de faire une bonne action.

  • Tonino Benacquista
  • Philippe Besson
  • Françoise Bourdin
  • Maxime Chattam
  • Jean-Paul Dubois
  • François d’Epenoux
  • Eric Giacometti
  • Alexandra Lapierre
  • Agnès Martin-Lugand
  • Véronique Ovaldé
  • Romain Puértola
  • Jacques Ravenne
  • Olivia Ruiz
  • Leïla Slimani
  • Franck Thilliez

Un projet solidaire qui a pour but chaque année, par la vente de 250 000 exemplaires en moyenne de l’ouvrage, d’offrir (au moins) 1 million de repas

Alors ce matin j’ai cliqué et cueilli à la librairie Peyrucq à Nay … Et vous ?

Illustration de Riad SATTOUF

Date de parution : 05/11/2020 / EAN : 9782266307543 / Pages : 240

La petite sonneuse de cloche, Jérôme Attal

à la recherche de l’amour romantique dans les pas de Chateaubriand

A la mort de l’éminent professeur Joe J. Stockholm, son fils Joachim consulte le cahier qui permettait à son père de s’exprimer avec ses soignants. Là, il retrouve un projet de livre qui porterait sur les amours cachées -mais qui ont compté dans leur vie- des grands écrivains.

Fort de cette interrogation, en se basant sur une phrase extraite des mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, il tente de comprendre quelle aurait pu être la réalité d’une rencontre dans l’abbaye de Westminster : une petite sonneuse de cloche, un baiser.

Voilà le fils parti en lieu et place du père sur les traces de François-René de Chateaubriand lors de son premier séjour à Londres au printemps de 1793. L’écrivain voyageur a vingt-cinq ans et déjà un long parcourt qui l’a mené jusqu’en Amérique. Comme tant d’autres nobles, il a fui la France de la terreur qui fait tomber les têtes à tout va. C’est un jeune homme fiévreux, sans un sou en poche et mort de faim qui s’endort une nuit dans les allées ventées et glaciales de l’abbaye. Là, a-t-il vraiment rencontré Violet, la petite sonneuse de cloche ?

Parti à la rencontre des sonneurs de cloche, Joachim croise la route de la jeune Mirabel, bibliothécaire de son état.

Alternant ces deux époques et la quête des deux jeunes hommes, l’auteur nous fait faire un double voyage dans le temps aussi érudit que poétique. Avec d’une part Londres, sa saleté, son automne pluvieux, ses migrants arrivés de France, et d’autre part la situation politique française au 18e comme toile de fond à cette quête de l’amour rêvé. J’ai aimé parcourir les rues de Londres restituées avec un réalisme qui n’est jamais dénué d’humour, même dans les situations qui auraient pu être tragiques ou désespérées. L’écriture parfois légère, empreinte de fantaisie, et le sujet bien documenté, rendent aussi poétique qu’agréable ce conte d’un hypothétique et romantique amour.

Du même auteur, on ne manquera pas de lire 37, étoiles filantes, pour passer une nuit avec Alberto Giacometti  ou encore L’appel de Portobello Road, qui nous entraine également à Londres.

Catalogue éditeur : Pocket et Robert-Laffont

« J’entendis le bruit d’un baiser, et la cloche tinta le point du jour. »
Cette petite phrase des Mémoires d’Outre-Tombe est peut-être un détail, mais son écho hante encore le professeur Joe J. Stockholm. Qui est donc cette petite sonneuse de cloches de l’abbaye de Westminster qui, lors de l’exil de Chateaubriand à Londres, séduisit l’écrivain ? Existe-t-elle seulement ? Fauché par la canicule, le professeur ne le saura jamais. C’est son fils, Joachim, qui, reprenant le flambeau paternel, grimpera dans l’Eurostar à la poursuite du grand homme, sur les pas vagabonds d’un cœur amoureux…

Jérôme Attal est écrivain et auteur de chansons. Il a publié une dizaine de romans, parmi lesquels, chez Robert Laffont, Les Jonquilles de Green Park et 37, étoiles filantes (également disponibles chez Pocket).

Pocket : EAN : 9782266297721 / Pages : 256 / Parution : 13/08/2020 / 6,95€
Robert-Laffont : EAN : 9782221241660 / Pages : 270 / Parution : 22/08/2019/ 19€

Sous le soleil de tes cheveux blonds, Agathe Ruga

L’amitié, l’amour, ces sentiments complexes, indispensables et parfois si douloureux

Elles étaient deux, brune et blonde, belles comme le jour, amies de longue date, jusqu’au jour où Brigitte a disparu de la vie de Brune. A l’aube de sa deuxième grossesse, et lors de la disparition de France Gall, Brune se souvient de leurs années d’amitié folle et intense. Brigitte hante ses rêves, bouleverse sa grossesse, ravive la douleur de l’absence de ce double d’elle qui lui manque tant.

Brune et Brigitte, deux jeunes femmes belles et intelligentes, lycéennes puis étudiantes fusionnelles et talentueuses, solaires et brillantes. Brune se souvient des bancs de la fac de médecine, de la fête, des sorties, des weekends de folie à boire et danser jusqu’au bout de la nuit, du bonheur de plaire et de séduire, des vacances en Bretagne, des hommes que l’on aime et qui ne vous voient même pas, de ceux que l’on épouse mais qui ne vous satisfont pas, de ceux que l’on aime à la folie, contre la morale, la famille, la raison. Tous ces secrets, ces moments de vie, cette rivalité parfois, la passion toujours et cette intensité de sentiments partagés.

Avec talent, Agathe Ruga nous transporte au cœur d’une jeunesse provinciale dorée à qui tout sourit. Par son écriture parfaitement maitrisée, sincère, audacieuse et parfois crue, elle dit la vie et la violence des sentiments, l’amitié et l’amour, mais aussi la maternité, la séparation, le couple.

Les années d’études en fac de médecine dont on sait même sans l’avoir faite à quel point elle est difficile, les vacances et les weekends en liberté, les folles nuits d’insouciance, la vie de couple, tout y est, et le lecteur plonge dans cet univers qui m’a fait penser aux romans de Monica Sabolo ou de Laura Kasischke. Si le début de la lecture m’a semblé parfois fastidieux, c’est un roman qui devient rapidement addictif.

On ne peut s’empêcher de penser à l’autofiction bien sûr, mais portée par cette écriture à la fois subtile et vivante qui donne envie de lire le prochain roman de cette dentiste, blogueuse, amoureuse, maman et désormais autrice. Le tout bercé par ces airs de France Gall qui Évidement, trottent désormais dans ma tête.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Arpège (éditions Stock) et Le Livre de Poche

L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Traversant les années folles de la jeunesse, elles découvrent ensemble la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rêvant à leurs destins de femmes. Mais un étrange jour d’été, tout s’arrête brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitié et disparaît.
Les années passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, elle ressent le besoin de comprendre.
Avec brio, Agathe Ruga explore une tranche de vie aussi enivrante que violente, celle des premières fois, de l’éveil de la féminité, du passage à l’âge adulte et des désillusions, jusqu’à la délivrance.

Agathe Ruga a délaissé sa carrière de dentiste pour devenir écrivain et chroniqueuse littéraire sous le nom d’Agathe.the.book. Elle a fondé le Grand Prix littéraire des blogueurs ainsi que la distinction L’Été en poche. Avec Sous le soleil de mes cheveux blonds, elle signe un premier roman ultra contemporain, percutant et sensible.

Le Livre de Poche : 7,70€ / 312 pages / Date de parution : 10/06/2020 / EAN : 9782253241027
Éditions Stock : Sous le soleil de mes cheveux blonds / 27/02/2019 / 288 pages / EAN : 9782234087118 / Prix : 18.50 €

Les actes, Cécile Guidot

Entrez dans ce prestigieux office notarial, vous y verrez défiler vos vies ! Un roman réaliste et percutant

Claire vient d’être embauchée à l’essai par un très prestigieux office notarial. Après six moins de voyage à travers le monde, quelques tatouages et un précédent poste chez un cabinet concurrent, elle souhaite y faire ses preuves et se consacrer à ses clients.

La vie d’un tel office n’est pas un long fleuve tranquille. Le rythme est soutenu, avec ses dossiers à la pelle, les collègues à découvrir, et ces règles que l’on se doit de respecter pour rentrer dans le moule du personnel très chic et très reconnu imposé par les notaires associés qui composent la direction.

Chaque moment de la vie ou de la mort, des personnages hauts en couleurs, que ce soit des célébrités, des milliardaires, des amoureux transis, des femmes trompées et bafouées, des hommes mis devant le fait accompli qui se découvrent des enfants naturels, tout est bon pour avoir une raison de passer un acte, et chacun dans l’office doit savoir se taire, mais aussi conseiller, accepter les refus ou les rejets de leurs clients. Et tout cela en ayant une vie de bureau plus ou moins facile, une vie privée plus ou moins heureuse, et des envies, des aspirations, des rêves à accomplir.

Cécile Guidot nous parle de la vraie vie en somme, mais dans ce contexte intéressant des grands moments de l’existence qui imposent de prendre des décisions et de faire des choix parfois lourds de conséquences. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, ce sont surtout des moments de vie, ceux de Claire et de ses collègues en particulier, mais aussi de leurs nombreux clients auxquels nous assistons. Moments qui nous incitent à regarder nos contemporains autrement. Le roman est écrit avec beaucoup de réalisme, car qui a déjà eu affaire à des notaires peut s’y retrouver à un moment ou un autre. Enfin, je lui trouve aussi une bonne dose de cynisme et beaucoup de bienveillance, c’est parfois drôle et au final assez percutant.

L’auteur a travaillé dix ans dans un cabinet de notaires parisien, ça se sent tout de suite. Car le notaire n’est pas seulement celui qui va vous faire signer des papiers et payer des taxes dans les principaux grands moments de votre vie. Il est aussi parfois celui qui accompagne, qui conseille, qui aide, qui soutient, soumis au secret professionnel, il connait les moments importants avouables ou pas de nos vies, mariage, enfant légitimes ou pas, décès, héritage, succession, moments heureux ou malheureux. Il est là, il sait, entend, voit, et connait le patrimoine de ses clients mieux que leur banquier.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Claire Castaigne est embauchée dans un prestigieux office notarial. Elle a trente-deux ans, elle roule à moto dans Paris, elle porte des tatouages, vit seule, lit Marguerite Duras pendant ses pauses déjeuners, est inscrite sur un site de rencontre. Mais, dans son travail, rien ne transparaît de cette vie solitaire, secrète et différente : elle se consacre à celle de ses clients, elle est touchée par leurs drames. Tout le monde entre un jour chez un notaire pour acheter un appartement, signer un contrat de mariage, divorcer, faire face à un décès ou préparer une succession.
L’argent et les sentiments se mêlent. C’est violent, cruel, tragique, poétique et comique. Cécile Guidot raconte l’envers du décor, ce monde feutré, passionnant.

512 pages / Date de parution : 25/03/2020 / EAN : 9782253934448 / Prix : 8,70€ / Éditeur d’origine: JC Lattès

Bleu Calypso, Charles Aubert

Enquête en eaux profondes pour ce thriller bien ficelé au rythme étourdissant

Niels Hogan a fui la ville à la suite d’une déception amoureuse, il vit heureux et tranquille près de l’étang de Moures, à côté de Sète. Il fabrique des leurres pour les pêcheurs, et les ventes lui suffisent pour profiter de son coin calme, de la nature, des poissons et avec pour seul voisin le vieux Bob.

Cet ardent adepte du No kill a pris l’habitude de photographier ses leurres en situation pour les mettre en ligne et les vendre sur son site. Mais le jour où il prépare la diffusion de sa dernière création, le Bleu Calyspso, il découvre sur une photo l’image d’un visage au milieu des algues. Un corps de plus repêché dans ces étendues d’eau pourtant habituellement sans histoire.

Niels ne peut s’empêcher de mener lui aussi ses propres investigations, poussé par Lizzie, la fille du vieux Bob, une journaliste compétente, dynamique et volontaire. Comme de bien entendu, qui dit journaliste dit scoop, et si possible en ayant de l’avance. Alors pendant que la police s’enlise dans les méandres de ces différents meurtres, ils poursuivent leurs investigations. Mais cela s’avère risqué pour les deux enquêteurs du dimanche.

Je n’en dis pas plus, à vous de plonger dans les aventures de Niels. Des personnages crédibles et attachants, une nature omniprésente bien campée par de belles descriptions qui ne gâchent en rien le rythme du thriller, des aspirations légitimes à la tranquillité qui se trouvent fortement bouleversées, tout cela donne un polar bien ficelé au rythme prenant, que l’on ne pose pas avant la fin. J’ai aimé également le côté assez soft, jamais trop violent, de ce roman qui suggère plus qu’il ne montre la violence.

Le bleu, je connais, c’est ma couleur préférée, mais après ce Bleu calypso je suis ferrée et prête à embarquer pour de prochaines aventures avec Niels. Ce roman connaitra une trilogie, le Rouge tango est déjà sur mon étagère.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix des Nouvelles Voix du Polar Pocket 2020

Catalogue éditeur : Pocket et Slatkine et Cie

Il a pêché le saumon en Alaska, le brochet dans les lacs du Connemara. De sa passion, Niels a fait son métier. Et fui la ville pour une cabane sur l’étang des Moures, près de Sète.
Le kayak file en silence. Comme il étrenne son nouveau leurre – baptisé Bleu Calypso – le fil se tend… Un poisson, mais pas que. Au milieu des algues : un visage d’homme à la peau verte. C’est le troisième cadavre qu’on extrait de l’étang ces temps-ci, après l’ornithologue allemand et le pêcheur de dorades. Lignes posées. Mystère ferré. Il n’y a plus qu’à attendre…

Charles Aubert était responsable du réseau commercial d’une société d’assurances. À la faveur d’un changement de vie, il quitte la ville et s’installe au sud de Montpellier avec sa famille. Il choisit une maison proche de l’étang des Moures, où il fabrique des bracelets-montres, à son rythme. Son premier roman et premier tome d’une trilogie, Bleu Calypso, paraît aux Éditions Slatkine en 2019, suivi en 2020 de Rouge Tango chez le même éditeur.

Pocket : Paru le 09/01/2020 336 pages / / Prix : 7.60€ / EAN : 9782266300018
Slatkine : Paru le 3 janvier 2019 / 320 pages  / Prix : 20€ / ISBN : 9782889441082

La goûteuse d’Hitler, Rosella Postorino

Une évocation plus romanesque qu’historique du sort peu enviable de jeunes femmes au service du Führer

A Berlin, Rosa Sauer a épousé Gregor, son chef de service. Ils vivent correctement dans leur appartement, et leur travail leur apporte une relative aisance. Mais lorsque la guerre éclate, Gregor s’engage au service de sa patrie en délaissant Rosa qui n’a même pas eu le temps de vivre ni d’enfanter, pour aller se battre sur le front de l’est.

Restée seule, elle partage l’appartement de sa mère qui décède sous les bombes. Son père est heureusement déjà mort (si l’on peut dire) car cet homme-là n’a jamais accepté le nazisme, c’est risqué dans l’Allemagne de 1943. Réfugiée chez ses beaux-parents à Gross-Partsch, en Prusse-Orientale, près de la tanière du führer, Rosa est désignée avec neuf autres jeunes femmes pour aller goûter chaque jour la nourriture destinée à Hitler.

Elles sont jeunes, filles ou mère, célibataire ou mariée avec un homme parti au front, et sont soumises sans ménagement à cette tâche quotidienne et angoissante. Elles ne se connaissent pas, mais les relations sont difficiles, car la confiance, le partage ou l’amitié ne sont pas des notions aisément partageables en temps de guerre.

Qui sont Leni, Elfriede, Augustine, Béate et les autres dans cet univers délétère où chaque geste est épié par les SS, ou chaque bouchée avalée est un pari sur la vie, et dans une région où il est si difficile de se nourrir, une véritable bénédiction tant que l’on ne veut pas voir que c’est surtout un pari sur sa propre mort.

Ce que j’ai aimé ?

Malgré certaines incohérences (l’histoire entre Rosa et l’officier, la propagande végétarienne acceptée sans discussion) j’ai aimé découvrir le quotidien de ces femmes allemandes, leurs peurs, leurs espoirs, leur lassitude et leur force. L’ambiance, la tension, les mensonges, les relations hommes femmes, soumises, dépendantes, fortes aussi, le rejet du nazisme ou le silence, le sentiment de culpabilité ou le manque de volonté de savoir ce qui se passait réellement dans le pays semblent assez plausibles.

Comme dit l’auteur dans une interview « La vie de Margot Wölk était remplie de contradictions. Elle ne croyait ni en Hitler ni au régime nazi, pourtant elle a risqué sa vie pour eux ». Si le roman est basé sur cette histoire vraie, j’aurais malgré tout aimé en savoir d’avantage sur la réalité historique de ces goûteuses, peut-être par des informations plus poussées en fin de roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Albin-Michel

1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisée à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité des autres goûteuses. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk, La Goûteuse d’Hitler a été couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello.

Livre de Poche : 384 pages / Parution : 25/03/2020 / Prix : 7,90€ / EAN : 9782253262237
Albin-Michel : 400 pages / Parution : 2/01/2019 / Prix : 22.00 € /EAN13 : 9782226401854

Mémé dans les orties, Aurélie Valognes

Humour, mauvaise humeur et tendresse, rencontre avec un grand-père acariâtre et attachant

Vous voulez passer un agréable moment, découvrez donc Aurélie Valognes, auteur de best-sellers qui font du bien. Depuis le temps qu’il était dans ma bibliothèque, prêté maintes fois, et jamais encore lu !

Ferdinand Brun a 83 ans, sa femme l’a quitté pour le facteur. Il espérait qu’elle reviendrait vers lui, mais voilà, maintenant qu’elle est décédée, c’est fichu. Aujourd’hui, Ferdinand vit dans l’appartement de son ex-femme, qui appartient à Marion, sa fille installée avec son petit-fils à Singapour.

Dans l’immeuble il n’y a que des voisines et une concierge méchante à souhait qui fait tout pour pourrir la vie de Ferdinand. Il faut dire qu’il ne fait rien pour se faire aimer non plus. Il vit seul et cela convient parfaitement à ce solitaire, taiseux, ronchon. Depuis que Daisy, sa chienne adorée a disparu  il n’a plus le goût à rien. Il souhaite simplement en finir rapidement avec la vie.

Mais un jour, une jolie petite Juliette, gamine surdouée et terriblement attachante, vient sonner à sa porte pour déjeuner avec lui, parce que là c’est tellement mieux qu’à la cantine. Puis un autre jour Ferdinand a besoin de l’aide de Madame Claudel qui habite juste en dessous. Peu à peu, au contact de ses voisines, qui sait s’il ne va reprendre goût à la vie. Ce retour progressif à l’envie de vivre pour Ferdinand est un généreux  moment de lecture. Plein de fraicheur, de gentillesse, de rires et de bonheur à partager entre les différentes générations, une lecture qui fait du bien au moral.

Catalogue éditeur : Le livre de Poche

Ferdinand Brun, 83 ans, solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant –, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… jusqu’au jour où une fillette précoce et une mamie geek de 93 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur.
Un livre drôle et rafraîchissant, bon pour le moral, et une véritable cure de bonne humeur !

264 pages / Date de parution : 09/03/2016 / EAN : 9782253087304 / Prix : 7,20€ / Éditeur d’origine : Michel Lafon

Deuils, Eduardo Halfon

Le récit émouvant et parfois drôle d’une quête intime autour d’un secret de famille

Au Guatemala, le petit Salomón est mort noyé dans le lac d’Amatitlán à l’âge de cinq ans.  Enfin, c’est ce que raconte la légende familiale, mais est-ce exact ?

Salomón était le frère ainé du père d’Eduardo…. Il porte un prénom transmis de génération en génération et présent dans les familles des deux grands-pères, l’un juif arrivant de Pologne, l’autre du Liban. Mais depuis sa mort mystérieuse, il n’y a plus personne pour perpétuer ce prénom. Alors le narrateur cherche dans ses souvenirs à quel moment et en quels termes on a lui parlé de cet oncle disparu trop tôt. Et surtout à faire affleurer à sa conscience tous les non-dits, tous les secrets, les mystères qui entourent ce décès.

Les souvenirs défilent, ceux de l’enfance, ceux plus flous des conversations entre adultes écoutées  en cachette, ces mots devinés, extrapolés, impliquant des situations biaisées, des histoires que se racontent les enfants quand on ne leur dit pas simplement la vérité.

Mais la recherche de Salomón n’est-elle pas avant tout prétexte à revisiter tous les lieux où ont vécu les différents membres de cette famille rescapée de l’holocauste, et à tenter de comprendre pourquoi un silence aussi pesant entoure cette mort accidentelle.

De la Pologne au Guatemala puis de Miami à New York, un récit comme une quête intime. Courir après les mots enfouis dans les souvenirs de l’enfant, à la recherche de l’oncle ou de sa propre vie. Écrire pour mieux se connaitre. Chercher dans les racines pour comprendre d’où l’on vient. Refaire le voyage depuis l’enfer des camps jusqu’aux États-Unis. Communier avec cette famille d’exilés. Une écriture concise toute en sobriété rend le récit dynamique et vivant, émouvant et parfois drôle,  malgré les douleurs ainsi révélées. Le lecteur voyage dans les souvenirs et au fil des escales peut enfin comprendre les sentiments du narrateur.

Citation :

Mon père m’expliqua qu’en hébreu il existe un mot pour qualifier une femme qui a perdu son enfant. Peut-être parce que cette douleur est si grande et si spécifique qu’elle a besoin d’avoir son propre mot. Sh’Khol, c’est comme ça qu’on dit en hébreu, me confia-t-il.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : La Table Ronde et Le livre de Poche

Il s’appelait Salomón. Il est mort à l’âge de cinq ans, noyé dans le lac d’Amatitlán. C’est ce qu’on me racontait, enfant, au Guatemala.

Le narrateur éponyme d’Eduardo Halfon voyage au Guatemala à la recherche de secrets qui le hantent. Il tente de démêler le vrai du faux parmi les histoires contradictoires et interdites de la famille de son père. Et plus particulièrement l’histoire de son oncle Salomón qui s’était noyé, enfant, dans le lac Amatitlán. De quoi Salomón est-il vraiment mort ? Plus il avance, plus le narrateur comprend que la vérité réside dans son propre passé enfoui, dans la brutalité du Guatemala des années 1970 et son exil en Floride.

Un roman profond et émouvant, qui appuie la réputation de son auteur, un de ces écrivains qui savent dire beaucoup en peu de mots.

Prix : 6,70€ / 128 pages / Date de parution : 15/01/2020 / EAN : 9782253237730