Des nœuds d’acier. Sandrine Collette

Des nœuds d’acier, ce sont des nœuds qui font mal, c’est sûr ! Sandrine Colette écrit sur le mal, le mal absolu, celui qui enlève toute humanité aux hommes, celui dont on doute qu’il existe tant il est inhumain.

domiclire_des_noeuds_dacierThéo, tout juste sorti de prison où il a purgé une peine pour avoir grièvement blessé son frère deux ans auparavant, va se voir impliqué dans une aventure inhumaine intolérable, aventure qui l’emmène à la limite de la folie et de la mort. Théo avait deux possibilités en sortant de prison, rendre visite à Lil, la femme qu’il aime toujours, ou à Max, le frère qu’il a rendu infirme à vie, celui qui lui a volé Lil et à qui il en veut toujours autant. C’est cette visite interdite qu’il choisit, elle se déroule mal, il fuit et se retrouve en montagne. Là, il se pose, passe quelques jours à découvrir la nature, se ressourcer, jusqu’au jour où l’hôtelière lui conseille une balade. Dans une zone majestueuse et particulièrement sauvage, il arrive chez deux vieux fous, Blaise et Joshua. A partir de ce moment-là, les choses tournent terriblement mal pour Théo….

Ici, l’auteur nous entraine dans une région isolée, à la montagne, loin du polar urbain des zones sensibles et déshumanisées, là où la nature parait si belle qu’elle ne peut engendrer que beauté et bonté ! Et pourtant, on a tous entendu parler de ces femmes séquestrées pendant des années, esclaves sexuelles d’hommes qui eux vivaient presque normalement dans la société. Alors, pourquoi ne pas imaginer l’inimaginable.  Dans Des nœuds d’acier, ce n’est pas une femme, mais un homme, qui sera victime de deux fous.

L’écriture est maitrisée, le suspense aussi, la crédibilité s’instille peu à peu, d’abord le refus d’y croire, puis les descriptions d’un quotidien, des jours, des semaines et des saisons qui mettent le lecteur dans la situation du voyeur incrédule… et si c’était vrai, et si c’était possible ? D’autant que l’auteur nous prévient dès les premières pages : « La France profonde. La misère sociale… Car ceci est une histoire vraie. » Étonnant roman noir qui pousse la violence dans ce qu’elle a de plus gratuit, de plus féroce, de plus inhumain. La perception des personnages, la violence physique ou psychologique, l’esclavage et la torture, mais aussi l’amour et la haine, la soumission et la révolte, l’entre-aide, la peur, tous ces sentiments divers sont décrits dans des situations à la limite du réalisme. Des nœuds d’acier était un premier roman, j’ai hâte de découvrir ce que Sandrine Collette a écrit depuis !


Catalogue éditeur : Le livre de poche

Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

264 pages / Date de parution : 29/01/2014 / Editeur d’origine : Denöel / Langue : Français / EAN / ISBN : 9782253176015

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Les fleurs d’Hiroshima. Edita Morris

« Nous sommes des enfants de la bombe et nos enfants sont aussi des enfants de la bombe. Nous sommes marqués pour des générations. »

Dans « l’après » à Hiroshima, les familles survivent, les douleurs se taisent, les vies se font courage et sacrifice pour avancer sans oublier.

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Nous sommes quinze ans après la bombe, quinze ans après l’horreur. Une partie importante de la ville d’Hiroshima a été détruite, de nouveaux quartiers sortent de terre pour abriter les nouveaux venus, ceux qui arrivent d’autres régions du Japon, n’ont pas subi l’horreur et vont repeupler la ville fantôme. Mais à Hiroshima, il y a aussi les survivants, les rescapés, pas ou peu touchés, en apparence du moins, par les radiations dont les dégâts, même des années après l’explosion et les radiations, sont irréversibles et bien souvent mortels.

Yuka a survécu avec sa jeune sœur à l’horreur de la bombe, mais sa famille a péri. Mariée à Fumio, ils ont deux enfants. Yuka tente par tous les moyens de vivre, normalement, de profiter de chaque instant de bonheur, de vie, de joie, de la beauté de la fleur blanche que l’on cueille dans son jardin, de la tasse de thé que l’on boit en contemplant la nature, des bavardages animés que l’on a au bain avec les voisines. Dans ce pays où le poids des traditions et le respect des anciens passe avant tout, la vie et surtout le bonheur individuel ont peu de chance de s’épanouir.

Sam-san est un jeune américain envoyé à Hiroshima par son entreprise, il ne veut pas loger dans les hôtels impersonnels et préfère être hébergé chez l’habitant. Côtoyer un jeune homme d’une culture aussi différente, sans rien laisser paraitre de ses propres sentiments, voilà ce que veut la tradition, ce que va faire Yuka, jusqu’au moment où il est bien évidement indispensable de dire, de montrer, de faire comprendre à cet étranger devenu ami, pour que lui aussi, à son tour, comprenne et ressente le poids de cette horreur qui a transformé leur vie, qui fait que plus rien, jamais ne pourra être comme avant, léger et beau comme les fleurs de cerisier au printemps.

Alors bien sûr, nous avons tous entendu parler d’Hiroshima, de la bombe, des morts, et vu au moins une fois la photo de cette petite fille qui court, nue, pour fuir la mort. Dans « Les fleurs d’Hiroshima », Edita Morris donne vie et corps aux survivants, à tous ceux qui, même si elle ne s’est pas arrêtée ce jour-là, ont vu leur vie irrémédiablement transformée, anéantie, leur normalité remise en question. Et qui pourtant ont assez de force et de courage pour continuer à vivre avec cette apparence de normalité essentielle à l’équilibre des hommes.
Le roman d’Edita Morris est court et terrible, puissant et émouvant, un roman comme un appel, qui bouleverse et questionne, une lecture indispensable. Sans cette réédition par J’ai Lu, je ne l’aurai certainement pas lu, et cela aurait été bien dommage. J’avais lu il y a quelques mois « 86, année blanche », de Lucile Bordes (Liana Levi) qui évoque Tchernobyl, et l’an passé le très puissant roman « L’expérience » de Christophe Bataille, qui évoque les essais nucléaires en Algérie. « Les fleurs d’Hiroshima » complète ma vision de l’après, celle des hommes qui ont vécu, souffert, et souvent ont tu ce qu’il s’était passé. 

 Une fois n’est pas coutume, j’ai eu envie de relever quelques phrases…

« Je ne peux m’empêcher de penser que nos manières japonaises sont supérieures aux autres, bien que mon ami qui m’a enseigné l’anglais ait essayé de m’expliquer qu’elles n’étaient pas supérieures, mais seulement différentes. »

« J’ai renoncé à lui cacher certaines choses mais j’ai trop d’amitié pour lui maintenant pour le mettre, sans nécessité, en face de telles horreurs. Sam-san est un homme libre, mais s’il venait à être touché par la pitié –et la véritable pitié est toujours agissante – c’en serait fait de sa liberté. Je veux qu’il reste en dehors de la tragédie d’Hiroshima. »


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

«Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. (…) C’est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du cœur : « Jamais plus Hiroshima ! » – Comme nous nous sentons proches les uns des autres ! Nous sommes une espèce à part.» Yuka a trente ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l’arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l’innocence. C’est l’histoire simple de gens incapables d’oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés : celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

Date de parution : 20/11/2000 /Éditeur : J’ai Lu / EAN : 9782290307847

La promesse de l’océan. Françoise Bourdin

« La promesse de l’océan », un roman aux saveurs d’embruns et de feu de cheminée, avec en fond le quotidien des marins-pêcheurs en Bretagne.

Domi_C_Lire_la_promesse_de_l_océan_francoise_bourdinEn passant devant le stand Belfond du salon du livre de paris il y a deux ans, j’avais été impressionnée par le rayon de romans de Françoise Bourdin, aussi n’ai-je pas hésité lorsque Babelio a proposé de découvrir ce livre.

Lorsque je vais en Bretagne, j’aime assister à l’arrivée des bateaux de pêche et faire un tour au marché aux poissons quand c’est possible. Mahé, l’héroïne de « la promesse de l’océan » m’a emmenée y faire un tour. Patron pécheur, elle a repris l’entreprise familiale lorsque son père s’est retrouvé diminué par une attaque cérébrale. On découvre au fil du récit un monde bien décrit par l’auteur, la dure vie des marins, la difficulté pour les professionnels de la pêche d’entretenir une flotte de petits bateaux, la mécanique des bateaux qui vieillit, les contraintes liées aux horaires, aux quotas, aux réglementations, etc. Le roman est bien documenté sans être rébarbatif.

En parallèle à cette vie, Mahé est une belle jeune femme de trente ans qui, comme sa meilleure amie, est encore célibataire. Son fiancé a « disparu » en mer et elle a du mal à s’en remettre. Même si celui-ci n’était peut-être pas l’homme honnête et aimant qu’elle imaginait. Jean-Marie, son plus fiable pêcheur est aussi amoureux d’elle, mais elle ne voit en lui qu’un ami et soutien fidèle. Elle va croiser la route d’un beau dentiste, revenu lui aussi des amours malheureuses et qui ne souhaite pas se fixer de nouveau. De malentendus en rencontres, ils se cherchent et se fuient, pour le plaisir du lecteur qui devine forcément un peu la fin de l’histoire mais qui se laisse emporter.

C’est un roman agréable à lire, plutôt bien écrit et bien documenté, malgré un côté parfois un peu fleur bleue il fait passer un excellent moment entre deux lectures peut être plus ardues. C’est comme une promesse de plaisir à tourner les pages, pour entrer dans l’univers de Mahé et la vie de son petit port de pêche. On s’y laisse prendre et on savoure cette gourmandise aux saveurs d’embruns et de feu de cheminée.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Pocket

Trentenaire belle et dynamique, Mahé est patron pêcheur à Erquy, dans la magnifique baie de Saint-Brieuc. Depuis la mort tragique de son père, elle ne vit que pour son travail, ses bateaux et ses marins et a mis de côté son existence personnelle après la brutale disparition en mer de son fiancé.
Armelle, son amie et confidente, fait tout pour l’encourager à profiter de la vie et à y reprendre goût. En vain. Certaines blessures sont si difficiles à refermer. Cependant, la chance pourrait enfin lui sourire…
« Françoise Bourdin dépeint les beaux paysages bretons et livre un joli tableau des Côtes d’Armor. » L’Hebdomadaire d’Armor

Date de parution : 17 Septembre 2015  / Nombre de pages  : 320 p. / Format : 108 x 177 mm / EAN : 9782266255486

Terminus Belz. Emmanuel Grand.

Terminus Belz de Emmanuel GrandUne île, un polar
à découvrir ou à relire !

Terminus Belz, le premier roman d’Emmanuel Grand, tient à la fois du polar et de la fantasy. Il aborde des problèmes de société, émigration, travail, peur de l’inconnu, mais surtout il atteste d’un véritable travail d’écriture. L’action se passe en Bretagne, le lieu est important car il est un point d’ancrage de l’histoire.

Marko Voronine quitte  l’Europe de l’Est avec deux autres compagnons et une jeune fille de quinze ans, ils espèrent trouver une vie meilleure en Europe. Mais le voyage ne s’est pas passé comme prévu. Ils doivent fuir et se cacher quelque temps pour échapper à la mafia Roumaine et se faire oublier. Une fois arrivés en France, ils se séparent, Marko part plein Ouest vers la Bretagne. Très vite, lui qui n’a pas le pied marin, trouve un emploi sur l’ile de Belz à bord du bateau de Joël Caradec. Là il va se faire passer pour un grec. Trop compliqué d’avouer qu’il arrive d’Ukraine et sans papier en cette période où l’on renvoi les étrangers en situation irrégulière.

Mais sur une ile, les inimitiés sont nombreuses, les tensions, aussi, il y a peu de travail et la vie des marins est dure. Ceux qui n’ont plus d’emploi se retrouvent à « l’escale » le bar de l’ile, et parlent de cet étranger qui est venu voler leur travail. Les marins sont habitués à une vie dure et exigeante, la mer donne mais prend aussi beaucoup. Ils parlent, boivent, se disputent souvent, des tensions fortes éclatent, le ressentiment, les vieilles histoires ressortent et avec elles les légendes et les peurs irrationnelles. Celle de l’Ankou par exemple, où la mort vient rôder et chercher ses nouvelles proies.

L’auteur nous fait vivre dans l’ambiance particulière d’une petite ile. A Belz, au bout du monde, hors saison personne ne vient troubler les habitudes des locaux. Marko pensait être transparent, isolé sur cette ile alors qu’on ne parle que de lui. Il se lie d’amitié avec Caradec, son employeur solitaire et bourru, mais  aussi avec Papou, personnage étrange et marginal, et avec Venel, un libraire plus amoureux des livres que des hommes. Les habitués de « l’escale », repère de tous les marins, ivrognes en mal d’emploi, haineux ou envieux, triste ou désespérés, n’ont rien de mieux à faire qu’à parler de l’intrus. Il y a un patron de bar et des marins attachants, un curé un peu étrange aussi, dont on ne sait pas trop quel rôle il joue lorsqu’il parle de Satan, du bien et du mal

Les personnages gagnent en autonomie au fil des pages. Ils s’imposent peu à peu, on les imagine avec leurs vies, leurs craintes, leurs peurs des légendes encore si vivantes dans certaines régions isolées. Et il n’y a pas plus isolé qu’une ile ! Dans cette Bretagne si vivante, frappée par les orages, fouettée par les embruns, la houle et les tempêtes, mais aussi les pertes d’emploi et la vie difficile des marins, on voit les bateaux, là, au bord, on voit vivre les marins sans travail, on devine leur désespoir, accoudés au comptoir. Et Marko cherche sa place au milieu d’eux, avec son histoire et son passé, présent sans trop y être, avec sa course contre la montre pour fuir cette mafia Roumaine qui le recherche.

L’intrigue coule à un beau rythme, créant une ambiance avec des personnages singuliers et attachants. On retient son souffle, on sent la tempête arriver, l’Ankou survole les pages et les craintes et éveille l’imaginaire du lecteur quand l’intrigue se mêle à la légende. J’aime en particulier le passage où chaque personnage est décrit dans un même instant, chacun son tour, tenant le lecteur en haleine, en attente du pire et du dénouement.

C’est un polar qui mêle le suspense et la légende, une étude sociologique de la vie de marins et une histoire d’amour sans que ce soit pesant. D’Est en Ouest c’est un vrai voyage à un rythme soutenu et intense, très original et particulièrement bien écrit. Bref, allez y vous ne serez vraiment pas déçus !

Roman lu dans le cadre du jury de l’édition 2015 du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points 


Catalogue éditeur

Enez Ar Droc’h. L’île des fous, comme l’appellent les locaux. Pour Marko Voronine, clandestin traqué par la mafia roumaine, Belz semblait l’endroit idéal pour se faire oublier. Mais dans cette enclave portuaire, les étrangers ne sont pas aimés et Marko se brouille avec un marin, Jugand. Quelques jours plus tard, son cadavre mutilé est découvert. Marko sait son temps compté et la fuite impossible.

Emmanuel Grand, né à Versailles en 1966, a passé son enfance en Vendée, à vingt kilomètres de la côte atlantique. Terminus Belz est son premier roman.

« Tantôt thriller qui dégrise, tantôt roman social inspiré, Terminus Belz déploie sa belle architecture et son écriture musicale jusqu’à la dernière page. » Télérama

« À la fois un excellent polar breton, ukrainien, roumain, mafieux et fantastique. »

Le Figaro littéraire

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2014Policiers, thrillers & romans noirs Le Cercle Points

7,9€ / 408 pages  / Paru le 08/01/2015  / EAN : 9782757842812

Le quinconce, I l’héritage de John Huffam. Charles Palliser

C’est une découverte assez surprenante que celle de ce roman sans âge à l’écriture résolument victorienne, « Le quinconce » de Charles Palliser. Charles Dickens n’aurait sans doute pas renié ce confrère.

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Alors que Charles Palliser est un auteur contemporain, il a écrit cette série à la structure singulière en 1989. C’est donc avec  étonnement que je suis entrée dans ce récit d’un autre temps, vérifiant par deux fois la biographie de son auteur, tant son écriture nous entraine dans un récit du XIXème. Quel  que soit le niveau de langage, châtié ou argot populaire, toutes les nuances sont présentes . Mais une fois le parti pris entendu, on plonge aisément dans l’aventure.

Dans ce premier tome, nous faisons la connaissance de John et de sa mère. Ils habitent un petit village perdu dans la campagne anglaise, loin de tous. John, élevé par sa mère, est entouré de femmes, servante, nourrice, cuisinière, et vit de façon plutôt humble, pas vraiment misérable. Dans un quasi isolement puisqu’il ne doit pas parler aux inconnus et n’a pas le droit de rencontrer les enfants de son âge. Il ne sait rien de ses origines, ni de son père ni de sa famille. Les circonstances et sa curiosité vont l’aider à dénouer les premiers fils d’une intrigue qui s’avère fort complexe au fil des pages.

Un codicille conservé avec moultes précautions  par sa mère semble prouver d’où il vient, et pouvoir lui apporter d’hypothétiques richesses. Mais il est également sujet de grandes convoitises par les divers personnages dont nous allons faire la connaissance tout au long du récit. La mère est un personnage attachant, mais faible, très inquiète, naïve, manipulable, elle semble à la merci de plus malin qu’elle. Peu encline à faire confiance à son jeune fils, bavard et facilement influençable, elle fera quelques erreurs de jugement qui seront la cause de bien des malheurs à venir.

John quant à lui nous apparait comme un jeune garçon charmant et curieux, même si son langage et ses façons sont souvent celles d’un jeune homme plus adulte que son âge. Pourtant il lui est difficile d’aller contre la volonté de sa mère, lui qui ne sait rien mais comprend vite qu’elle lui cache beaucoup de choses sur ses origines.

Nous allons découvrir peu à peu les différentes familles qui gravitent autour de lui, les liens qui les unissent, les imbrications avec sa propre histoire. Des plus misérables aux aristocrates parfois sans cœur, les différentes strates de la société sont présentes avec leurs défauts et leurs qualités, leurs relations parfois ambiguës, leurs mystères et leurs secrets. Cinq tomes, cinq chapitres, cinq familles, étroitement liées sans doute, mais que le lecteur devra découvrir au fils des différents tomes. C’est un peu frustrant car j’aurai souhaité en savoir déjà un peu plus. C’est un récit attachant, embrouillé parfois, mais qui se laisse lire avec plaisir si l’on dépasse la surprise de cette écriture victorienne à la Dickens.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Éditions Libretto

Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, le petit John Huffam, élevé dans un village perdu, comprend que sa mère, pauvre parmi les pauvres, est mystérieusement apparentée aux châtelains du lieu. Dès lors, il va consacrer sa vie à percer le secret de ses véritables origines et ne tarde pas à découvrir la cruauté qui fonde les castes sociales et qui déchire les êtres.
À la fois roman picaresque et fable initiatique convoquant les talents de Dickens et de Shakespeare, Le Quinconce a été salué comme un chef-d’œuvre.

La maison atlantique. Philippe Besson

couvertureQuand on contemple le tableau de Hopper en couverture de La maison atlantique, le roman de Philippe besson, on a immédiatement envie d’y aller, de plonger dans ce bleu, dans tout le bonheur calme qu’il inspire, de vivre ces moments de sérénité heureuse qu’on imagine.  Oui, mais  très rapidement on sent que ces moments heureux n’existent pas.  Dans la maison atlantique, Il y a le narrateur,  puis sa conquête d’un été, Agathe, puis Jérémie, il y a les voisins, Cécile et Raphaël, acteurs d’un drame dont ils n’ont pas encore conscience et surtout  il y a le père. Si certain personnages  ont un prénom, comme une personnalité bien déterminée  dans le temps et dans l’intrigue, on ne saura jamais ceux du narrateur et de son père.

Le narrateur se présente comme « adolescent et orphelin ». Il est à cette période  trouble de l’adolescence où tout est possible, où il n’y a pas de limite, tout est autorisé. Période surtout où  les sentiments sont exacerbés, il y a peu de retenue, tout est noir ou blanc, rarement gris, on trouve peu d’excuses aux adultes que l’on ne veut pas comprendre et dont on n’accepte ni les failles ni les petites concessions, ni les défaites. Tout ce que veulent les adultes est ennuyeux, surtout en cette période de la vie où s’exacerbe le conflit parents enfants, dans tous les domaines, études, amours, projet de vie, tout peut devenir source d’affrontement.  Au fil des pages, on comprend tout le ressenti de cet adolescent qui n’accepte pas la mort de sa mère, qui rejette d’un bloc ce père absent et égoïste, qui au fond de lui appelle une vengeance pour celle qu’il a aimé, celle qui l’a aimé.

Il évoque presque à  chaque chapitre le drame à venir, on sent sa tristesse qui sourde, mais on a aussi l’impression étrange qu’il se pose en observateur parfois calculateur et manipulateur d’une lente descente vers le drame, vers la mort, vers on ne sait quoi.  On sent au fil des pages la haine qui monte envers ce père à qui tout réussi, les conquêtes, la carrière d’avocat d’affaires, le plaisir de posséder, des biens, des femmes, et d’être quelqu’un, tout le contraire de notre narrateur. Il évoque ces moments où il aurait pu tout arrêter, il analyse parfois l’engrenage des évènements qui vont mener au drame, drame qu’il aide à cristalliser avec une froide maitrise, qu’il pousse à déclencher sans peut être en analyser toute la portée.

L’ écriture est intéressante, des chapitres particulièrement  courts, introduits par une phrase, courte  elle aussi, qui m’a fait penser au cold-opening des séries télé, où l’on en dit un peu mais pas trop sur ce qui va arriver dans le chapitre qui s’ouvre . Si ce n’est pas un coup de foudre, c’est en tout cas un livre que je n’ai plus lâché dès que je l’ai commencé, tant l’envie de comprendre, de savoir et d’aller au bout est là, portée par ces annonces successives d’un drame à venir, drame que l’on n’imagine pourtant pas à la mesure de ce qui nous attend.

Rencontre avec Philippe Besson

PHBESSON1Lors de la rencontre avec  Philippe Besson, il est en pleine promo de son dernier roman, « vivre vite », consacré à James Dean. Il avoue ainsi que c’est un peu déroutant de parler d’un livre sorti un an avant, en parallèle à la promo actuelle. Et en même temps, il trouve cela très agréable car il n’y a pas le stress de la sortie d’un nouveau roman, il a un peu de recul sur le vécu et sur la façon dont on accueille son roman. Quand le livre vient de sortir, c’est comme d’être dans une lessiveuse, on se demande ce que l’on va en dire. Un an après, on est plutôt heureux d’y revenir

Chaque auteur est singulier, pour lui la comparaison avec Simenon en quatrième de couverture de la Maison Atlantique est un peu hasardeuse. Bien sur ce roman baigne dans une atmosphère provinciale inquiétante, mais il estime cette comparaison pas vraiment méritée. Il écrit beaucoup de livres, par désir, par excitation, beaucoup par enthousiasme, envie et ferveur d’écrire mais sans doute avant tout parce qu’il a une imagination fertile. Enfin, il prend beaucoup de plaisir à l’écriture, c’est comme une gourmandise, y compris quand ce qu’il écrit est atroce.Il a toujours envie d’y revenir et avoue « c’est ce qui m’équilibre », c’est un moment joyeux, intense, hors de la vie ordinaire.

PBESSON2Philippe Besson a souvent un coup de blues à la fin, car il est très attaché aux personnages, il a un grand besoin de les aimer, les perdre c’est presque une souffrance. Certains  sont quittés avec plus de regrets que d’autres, d’ailleurs ils l’ont également tellement suivi, ou poursuivi, qu’il les a replacés dans une autre histoire. Mais s’il y a la tristesse à les quitter, la fin d’un livre est aussi un soulagement car l’écriture devient vite une obsession.  Les personnages sont tous fictifs, même s’ils sont parfois inspirés de personnes qu’il a aimées, rencontrées, et il y a en eux aussi peut être une part de l’auteur.

Les romans de Philippe Besson ont souvent une dimension visuelle, cinématographique. L’auteur a un lien très fort avec le cinéma, certains de ses romans sont devenus des films, par exemple « son frère ». Si c’est finalement à la fois un hommage et une trahison, c’est toujours du travail d’un artiste qu’il s’agit.

A un lecteur qui demande d’où vient la dédicace  de La Maison Atlantique, Philippe Besson répond qu’il est un romancier et que ce livre n’est aucunement autobiographie.  Même s’il est écrit à la première personne  du singulier, cette première personne représente le narrateur, pas l’auteur, car lui n’a aucun compte à régler avec son propre père. Le narrateur n’a pas de prénom, il est indistinct, c’est une silhouette, il n’est jamais précisément décrit. C’est pour que le lecteur se projette, soit actif, ait sa place et participe sur un bout du chemin. C’est une sorte de géographie intime que Philippe Besson a avec le lecteur, lecteur qui à son tour peut y mettre sa propre géographie, qui peut éprouver, ressentir le livre. Il est traversé par des émotions, des peurs, des frayeurs, des envies, des remords. Les imprécisions sont voulues, ne pas respecter la vérité permet à chacun de s’y projeter.

Mais en même temps, Philippe Besson glisse dans le roman une part de lui-même, de ses voyages, injecte des sentiments, car il n’est pas possible d’écrire en faisant totalement abstraction de ce que l’on est. Tout au long de sa vie, un romancier vole des choses, des instants, des images aux autres, il entasse une mémoire et puise dans cette manne sentimentale pour écrire ses livres.  Un livre c’est une trajectoire, quand il le commence l’auteur a besoin de savoir ce que sera la fin.

Dans la maison Atlantique, l’âge du narrateur est imprécis, flottant, il n’y a pas de déclencheur ni de notion du temps. En nommant son personnage féminin Cécile, l’auteur rend hommage à  « bonjour tristesse » de Françoise Sagan, qui évoque une fille et des gens très légers, mais qui sont tellement léger qu’ils basculent dans le « monstre ». L’auteur choisi de brouiller les pistes, même si tout est dit dès la première page. Le narrateur arme le bras qui va le venger, comme un engrenage, il appuie sur le bouton, il décide de la fin de l’histoire, pour le reste, il se laisse porter et se sert des événements, c’est un personnage antipathique mais pas seulement. Ni tout noir ni tout blanc, comme le père. Lorsque le père du narrateur va dire à Cécile devant lui « Sa mère », voulant sans doute  mettre de la distance, ces mots-là semblent être le déclencheur de tout ce qui arrive. Comme s’il avait fallu régler les problèmes de l’enfant et de la mère ensemble. En fait il y a tellement de violence dans cette phrase que l’on peut se demander s’il voulait se venger de son père justement à cause de ça, de ce seul moment.  Une relation entre Cécile et le narrateur aurait été beaucoup trop évidente, ce n’est donc pas le parti pris de l’auteur.  Enfin, le caillou dans la chaussure, c’est la relation du narrateur avec Jérémy. Entre le père et le fils, il y a hostilité et pas concurrence amoureuse, la relation est plus sournoise, beaucoup plus fine.

En général, les romans de Philippe Besson font au maximum 220 pages, car il avoue avoir du mal à être plus narratif, plus démonstratif.  Il ressent le besoin d’écrire court, vif, de ne pas s’ennuyer, et le lecteur doit également pouvoir participer.  Le roman est toujours structuré, mais s’y ajoute la part de ce qui échappe, qui s’impose, qui n’est pas totalement maitrisé : la part de ce que l’auteur n’a pas décidé, qui vient et s’impose à lui.

C’est un beau moment passé avec un auteur très agréable, dynamique et sympathique. Une jolie rencontre littéraire

Merci à Babelio et aux éditions 10/18


Catalogue éditeur

Dans le registre implacable de la tragédie, Philippe Besson revisite la règle des trois unités : de lieu, de temps et d’action. Racontant la façon, à la fois désinvolte et rageuse, dont un jeune homme passe imperceptiblement de l’hostilité sourde à la haine pure et dangereuse envers son père, il nous offre un roman tout en nuances et en violence contenue.

« J’ai souvent repensé à la mise en place du piège qui allait se refermer sur nous. À cet étrange ballet à quatre, dans lequel parfois s’immisçait un étranger. À ces va-et-vient d’une maison à l’autre, du jardin à la chambre, de la fraîcheur de la véranda à la chaleur de la plage ; ces déplacements infimes que nous accomplissions et qui tissaient à leur manière une toile ou nous allions nous empêtrer. À cette langueur de juillet, lorsqu’on succombe à la paresse et que le désir s’insinue. À ces abandons progressifs : de la morale, du discernement, du sens commun.
Nous aurions pu facilement tout empêcher mais aucun d’entre nous n’a pris la décision d’arrêter la machine folle. Aucun d’entre nous n’y a songé. »

Philippe Besson, auteur de L’Arrière-saison et de De là, on voit la mer, nous livre un roman tout en nuances et en violence contenue, une tragédie moderne dissimulée sous les apparences d’un innocent marivaudage, le récit d’une vengeance qui doit s’accomplir.

Parution : 9 Janvier 2014 / Format : 130 x 205 mm / Nombre de pages : 234
Prix : 19,00 € / ISBN : 2-260-01915-3