Premier amour de Samuel Beckett, Théâtre La Croisée des Chemins 

La scène s’ouvre sur un guitariste faiblement éclairé, il accompagne un acteur assis sur un escabeau ; vêtu d’un antique pardessus et de godillots il a tout du clodo pensif et vieillissant.

Son long monologue nous entraîne dans le souvenirs d’une vie solitaire et égoïste. Il évoque d’abord la grande maison de son père dans laquelle il est resté jusqu’à ses vingt-cinq ans. Puis jeté dehors au décès de ce dernier, il squatte les maisons désaffectées ou le cimetière dans lequel il aime venir manger ses bananes et son sandwich.

Enfin il évoque la rencontre prépondérante de sa vie, qui l’a pourtant bien peu bouleversé, avec une femme seule qui vit dans un appartement avec deux chambres. Là, égoïste encore, il s’installe et profite de ce qu’elle peut lui offrir sans pour autant donner en retour ni amour ni sentiment. Jusqu’au jour où il fuit devant les responsabilités, celles que donne à tout homme un enfant à naître. Et c’est à nouveau la cloche, la rue, les tombes et les odeurs de macchabée qu’il sent sourdre de sous la terre. Une vie totalement ratée, uniquement tournée vers lui, cet homme aux remarques acerbes et acides qui fait fi du bonheur et de l’amour des autres.

Dans cette pièce, tout est principalement basé sur le jeu de l’acteur. Pas de décor, un chapeau, un escabeau qui fait aussi office de chaise. Tout est dans le geste, le dos voûté, le regard larmoyant, le bonnet sous le chapeau et la tenue pitoyable de cet homme qui n’inspire aucune pitié. Une véritable performance, un regard, des intonations, des gestes mesurés, et l’arrogance du personnage, sa singularité, sa vie ratée qui transpirent à chaque phrase.

Ne vous attendez pas à une belle historie d’amour, ce n’en est pas une. C’est l’histoire d’un homme qui… mais allez donc voir par vous même pour découvrir cette nouvelle de Samuel Beckett mise en scène par Jean-Pierre Ruiz.

Durée : 1h15
Production : Vol de nuit
Direction : Jean-Pierre Ruiz
Interprétation : Jean Michel (Illustration musicale : Roland Gomes)

Quoi : Histoire d’amour calamiteuse (et l’éternelle fuite) d’un vieux garçon égoïste avec une prostituée, qui l’installe chez elle et se déclare très vite enceinte de ses œuvres. Mais pourquoi ce vagabond, qui aime tant manger son sandwich et sa banane sur les tombes, qui répugne à se déshabiller et adore les vases de nuit, ressasse-t-il sans fin son histoire d’amour ? Un voyage dans les méandres doux-amers, tragi-comiques d’une vie ratée.

Où : Théâtre de la Croisée des chemins, La Salle Paris-Belleville : 120 bis, rue Haxo, 75019 Paris – Métro : Télégraphe. C’est une salle intimiste où le spectateur est placé à quelques mètres à peine des comédiens

Quand : Les mercredis et jeudis à 21h jusqu’au 28 oct. 2021

Trois ruptures, théatre

Tous au théâtre !

C’est au théâtre de la comédie Saint Michel. Un moment hors du temps pour trois tranches de vies qui se déroulent dans le même décor minimaliste, un canapé, une radio, et un couple.
Enfin, trois couples.
C’est évidemment ce moment où tout bascule qu’a voulu mettre en exergue l’auteur, et sa démonstration est habilement rendue par des acteurs à la hauteur des différentes scènes qu’ils interprètent.

  • Un fabuleux dîner, comme un point d’orgue à une relation qui s’étiole et que perturbe une chienne diversement appréciée par les deux protagonistes.
  • Un pompier de Paris terriblement attirant, enfin, ça dépend pour qui.
  • Un couple avec enfant. Ou plutôt avec une terreur domestique qui fait la loi, résistera, résistera pas, quel est le premier des deux qui craquera…

Un regard affûté et totalement décalé sur des moments du quotidien pris dans toute leur absurdité, leur cruauté, leur réalité. Un jeu d’acteurs intéressant, particulièrement dans cette façon de nous passer des messages à la limite de l’absurde. On écoute, on observe, on rit, on réfléchi, et avouons-le, ça fait un bien fou de retrouver des acteurs « en vrai ».


Où : théâtre la comédie Saint Michel au 95 bd Saint Michel à Paris.
Quand : le vendredi à 19h45
Auteur : Rémi de Vos
Mise en scène : Clara Pellé assistée par Amélie Hologan
Avec : Julian Watre-Pelle, Cornélie Havas, Clément Héroguer, Laura Charpentier

Fallacia, Clémence baron

Après la lecture du livre, découvrir la captation de « Fallacia » de Clémence baron

Un homme tente de cambrioler une maison et se retrouve piégé par celle qui s’y cache. Car Rose se cache de son mari qui vient de surprendre un message adultère.
Quel heureux hasard, voilà donc un cambrioleur qui pourrait faire un amant tout à fait correct. Impossible de s’échapper de la maison, Justin est contraint à jouer un rôle à la mesure de ce qu’il doit se faire pardonner.
Manipulatrice, à l’affût de toute idée qui pourrait la sortir du piège dans lequel elle s’est fourrée en étant la maîtresse de l’associé de son mari, Rose cherche toute idée pour la sauver et le sauver.

Le jeu des acteurs est adapté à ce vaudeville inversé, car si généralement c’est l’épouse qui doit subir l’adultère, ici c’est l’homme qui est placé en situation de victime.

Pris au piège, maltraité, suspect et dévalorisé par chacun à tour de rôle, Justin va devoir jouer fin pour s’en sortir honorablement. Et le plus malin n’est pas toujours celui qu’on croit !
Le décor minimaliste en noir rouge et blanc met en valeur le jeu des acteurs.

Vous voulez vous aussi découvrir cette pièce que j’ai eu la chance de regarder grâce à une captation ? Bientôt de retour au Théo Théâtre à Paris, au Sham’s à Avignon et d’autres dates à venir. Restez à l’affût !

Où : Théo théâtre Paris
Quoi : Fallacia, de Clémence Baron
Mise en scène Caroline Saule
Avec Clémence Baron, Colin Doucet, Brieuc Dumont, Alexis Hubert, Caroline Saule

Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures, Hector Obalk

Le stand up musical qui dit tout sur l’art !

Du XVIe au XXe, de Michel Ange au Caravage en passant par Corrège, Rembrandt, Ingres, Watteau ou Chardin pour ne citer qu’eux, de la peinture religieuse aux paysages, du maniérisme à la peinture de genre, du néoclassicisme à l’art déstructuré, découvrir les œuvres magistrales des grands maîtres par le regard d’Hector Obalk est une expérience singulière et enrichissante.

Érudit, humoristique, spectaculaire par la précision des images projetées extraites d’une compilation de 4000 œuvres allant du XIVe au XXe, hors du temps avec des accompagnements musicaux en symbiose avec les œuvres présentées, un spectacle complet qui ravira amateurs de peinture, avertis ou pas, et néophytes en recherche de connaissances.

Que vous soyez d’accord ou pas, je vous le promets, vous ne regarderez plus certains tableaux avec le même œil. Plus critique, plus ébloui, plus attentif, plus étonné, plus scrutateur, couleurs, mouvements, détails ne doivent plus nous échapper pour plonger les yeux grands ouverts dans cet art hors du commun.
Vous ne verrez pas le temps à passer !

Quand et où ?

Au théâtre de l’atelier à Paris à partir du 3 juillet, puis en septembre.
A Avignon, dates à préciser.
Toutes les Infos sont à retrouver sur le site http://grand-art.online/

Marlène Dietrich, seule en scène

Son nom commence par une caresse et finit par un coup de cravache ! Jean Cocteau

Pour bien commencer cette année 2021 j’ai envie de vous parler de ce spectacle que j’ai vu en octobre, et qui devrait reprendre à partir du mois de février.

Le spectacle de Cyrielle Clair retrace la vie de Marlène Dietrich, icône du cinéma américain de la fin de la guerre.

Marie Magdalene Dietrich, dite Marlène Dietrich est née en Allemagne en décembre 1901. Révélée dans L’ange Bleu en 1930, elle décide de fuir le pays avec sa fille et son mari dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Marlène l’américaine va partir pendant quatre années sur le front au côté des soldats alliés dans l’armée du général Patton.

Marlène est éternellement amoureuse, fidèle à sa façon a son époux -ils vivent chacun leur vie à partir de la naissance de leur fille unique- mais aussi à ses amour tumultueuses avec les acteurs les plus célèbres et convoités de son temps. Elle tourne de nombreux films en particulier avec Von Sternberg, connaît des périodes où plus personne ne veut d’elle, puis finalement Las Vegas lui tend les bras. Elle revient en France où elle y sera décorée de la légion d’honneur par le général de Gaulle pour son action pendant la guerre. Elle vivra ses dernières années à Paris où elle décède en 1992.

Quelques extraits de films ponctuent la soirée, le temps d’un changement de costume. Dommage, ce sont des scènes tournées par Cyrielle Clair, il me semble que j’aurais préféré les originaux mais cela peut donner envie de les revoir.

De nombreux costumes, son célèbre short, ses tenues masculines ou la robe effet nu, nous rappellent les photos les plus célèbres de l’actrice et chanteuse, un éclairage et une scénographie très intéressants, colorés, vivants, évoquant parfaitement la période nazie, le départ d’Allemagne pour une longue traversée transatlantique, les hommes qui ont compté, les tournages à Hollywood, un Las Vegas à vous donner le tournis, enfin le retour à Paris…

Un spectacle de qualité, décors, mise en scène, éclairages, costumes, ajoutent une puissance d’évocation à une Cyrielle Clair plus Marlène que Marlène.

A noter, Cyrielle Clair reprend dans ce seul en scène le spectacle qu’elle avait proposé en 2016 à l’Espace Cardin à la demande de Pierre Cardin.

Assurément une belle soirée, dans le respect des mesures sanitaires.

Ce que nous dit le théâtre de la Tour Eiffel :

Marlène Dietrich : Une icône ? Un ange ? Un démon ? Un mystère …
Seule en scène, tel un biopic, Cyrielle Clair retrace le destin d’une femme d’exception :

  • Des cabarets berlinois à la gloire de Hollywood
  • De son reniement de l’Allemagne nazie à son engagement auprès des Alliés et de la France qu’elle aimait tant
  • De l’âme sensible, l’amoureuse passionnée, à la femme fatale pour ceux qu’ils ont aimée. 

Quoi : Marlène Dietrich « seule en scène », Cyrielle Clair
 : théâtre de la Tour Eiffel, 4, Square Rapp 75007 PARIS
Quand : vendredi, samedi, dimanche à 19h

Les ecchymoses invisibles

Dans un huis-clos étouffant et réaliste, la relation délétère d’un couple au bord de la rupture

Dans le couple que forment Corinne et Michel, il y a longtemps que l’équilibre est rompu. Michel est commissaire de police. C’est un bel homme qui a une certaine prestance et qui semble très sûr de lui. Il régit tout dans le foyer, même les courses que sa femme devra faire dans la journée, en suivant scrupuleusement ses instructions, et uniquement avec l’argent qu’il voudra bien lui donner. Un peu comme dans les années 60, et que les femmes n’avaient pas encore de compte en banque…

Mais ce jour-là, Corinne a failli…. Elle sait qu’elle doit parler à Michel, mais rien ne vient, elle s’évade dans sa bulle de silence. La tension monte… Emma Dubois démontre toute sa sensibilité lorsqu’elle nous dévoile les émotions et la terreur de Corinne qui se raccroche à ses souvenirs d’avant, leur rencontre, ses filles, ses espoirs vains de voir changer celui qui est devenu aujourd’hui son bourreau, de fuir son emprise.

Lorsque Corinne flanche ou se rebelle, le beau Michel la recadre, ce grand manipulateur fait jouer toutes les cordes de son arc, celle de l’amour fou qu’il lui porte, celle qui lui démontre à quel point elle est seule, abandonnée de tous, famille comme amis, incapable, perdue sans lui, de l’abandon impossible car il ne se laissera pas déposséder de celle qui est son objet. Et la tension va crescendo…

Et nous, spectateurs de ce huis-clos oppressant, nous assistons à cette lutte que doit mener cette femme soumise, anéantie, incapable de la moindre initiative, attendant les mots qui vont la blesser, les coups peut-être, de cet homme à la violence plus verbale que physique mais tout aussi dévastatrice, de ce pervers narcissique, qui la manipule depuis tant d’années. Deux rôles magistralement joués par l’un comme par l’autre, on s’imagine spectateur immobile dans la maison de tant de ces femmes qui chaque année meurent sous les coups de leurs conjoints. Ces femmes à terre, isolées, terrassées, incapables de réagir face à l’inadmissible.

Mais que cette pièce est forte, avec ces dialogues à la fois réalistes et violents, tant par le silence, la soumission, que par la douleur qu’ils impliquent. Car les violences conjugales sont bien souvent invisibles, et anéantissent aussi fort et aussi durablement qu’un ko,Même si on ne peut qu’imaginer la réalité de ces dialogues et de ces relations, les ravages que peuvent causer les violences intra familiales sont d’un tel réalisme que l’on est sonné à la sortie du théâtre.

Emma Dubois et Eric Moscardo mettent un tel vécu et une telle intériorité à jouer leurs rôles que même à la fin du spectacle on les sent encore entièrement dans leurs personnages, l’un avec une forme de dureté dans le regard, l’autre avec cette émotion, cette soif d’un salut qui pourrait venir d’on ne sait où.

Une pièce remarquable dont on ne sort pas indemne, qui démontre une fois de plus combien les apparence peuvent être trompeuses, et qui peut permettre à chacun d’être attentif et d’en porter le témoignage autour de soi.

L’auteur de la pièce nous a parlé de sa rencontre avec Florence Plazer, une ancienne collègue mais surtout ancienne victime qui est aujourd’hui totalement investie dans la lutte contre les violence conjugales. On comprend mieux alors pourquoi cette pièce nous marque tant, par son grand réalisme.

Texte et mise en scène Djamel Saïbi
Artistes : Emma Dubois, Eric Moscardo

En 2019, 146 femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou ex-compagnon

Durée : 70 minutes soit 01h10
Quand : samedi à 18h45 jusqu’au 19 décembre 2020
: Théo Théâtre 20 rue Théodore Deck 75015 Paris
Réservation : Billet réduc

Nicolas de Staël, la fureur de peindre

On ne peint jamais ce qu’on voit ou croit voir, on peint à mille vibration le coup reçu, à recevoir

Nicolas de Staël La fureur de peindre (© Pascal Gely)

Ils sont trois sur la scène du Lucernaire, au milieu de draps tendus comme les toiles de l’artiste. Un acteur, et deux musiciens qui improvisent un accompagnement musical chaque soir. Ils font revivre le temps d’un spectacle le talent, les émotions, les interrogations et la vie de Nicolas de Staël. Sur les toiles, des projections de certaines œuvres nous rappellent la fulgurance de sa créativité, les formes qui se dissolvent pour n’être plus que tonalités, aplats de couleurs, alternance entre l’éclat de tons chauds et de couleurs intenses et la mélancolie douce et froide de gris et de noirs.

Un peu plus d’une heure pour entrer dans l’univers de l’artiste, pour mieux comprendre son œuvre à travers les lettres qu’il a envoyées de 1943 à 1955 à ses amis, en particulier à René Char, mais aussi à Jeanne, à sa femme, à Paul Rosenberg, son galeriste new-yorkais, etc. Assez pour apprécier la qualité et la force de cette correspondance abondante, mélancolique parfois, passionnée et sincère, souvent poétique, jamais amère même dans l’adversité.

Les textes alternent les moments heureux avec ceux où le manque d’argent se fait sentir au point de demander de l’aide, la rencontre avec Jeannine sa compagne artiste comme lui puis le décès de cette dernière, la rencontre avec sa femme, puis avec Jeanne dont il tombe éperdument amoureux, enfin la réussite qui exacerbe ses questionnements sur la qualité de sa création et le plonge dans le doute et la dépression.

Les mots de Staël pour décrire sa peinture, ou celle de Vélasquez et des artistes qu’il admire au musée du Prado sont un émerveillement et une ouverture pour mieux appréhender son œuvre. Nicolas de Staël aura peint en quelques années des centaines de toiles, des nus, des marines, des paysages, des ciels et des nuages aux couleurs sans cesse réinventées…

Le temps passe trop vite, l’accompagnement musical donne une densité et une force aux textes et aux moments de sa vie ainsi abordés. L’acteur n’essaie pas d’être Nicolas de Staël, mais d’une certaine façon, à travers ses mots, il incarne cette créativité et cette recherche de perfection qui habitent cet artiste si singulier.

Ce qu’en dit le Lucernaire :

D’après lettres 1926-1955 de Nicolas de Staël (éditions le bruit du temps) et René Char, Nicolas de Staël, correspondances 1951-1954 (éditions des Busclats, © éditions des busclats pour René Char)

Adaptation et mise en scène Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco
Avec Bruno Abraham-Kremer (comédien) Hubertus Biermann (jeu et contrebasse) jean-baptiste Favory (électroacoustique)

À l’écoute des lettres de Nicolas de Staël, on est saisi de stupeur et d’émotion. Éblouis, on pénètre comme par effraction dans son atelier, au cœur de sa création, dans son monde de ciels et d’eau, de matières incandescentes… mais aussi dans l’intimité de sa vie, de ses amitiés, dont celle du grand René Char, de ses passions amoureuses. Le spectacle est une tentative de transmettre ce cadeau à tous : par la performance d’un trio d’acteur et de musiciens, faire renaître la vibration intérieure de l’artiste, sa poésie, la fulgurance de sa parole et « l’intensité de sa frappe » sur la toile blanche.

À propos de Nicolas de Staël

Je sais que ma vie sera un continuel voyage sur une mer incertaine …

Nicolas de Staël (Von Holstein) naît le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg, dans une famille aristocratique russe. En octobre 17, ils sont contraints de fuir la Révolution. Sur la route de l’exil, Nicolas perd successivement son père et sa mère, et en 1922, il est recueilli avec ses sœurs à Bruxelles par un couple russe, les Fricero. En 1933, il suit les cours de l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles.
En 1938, lors d’un voyage au Maroc, il rencontre la peintre Jeannine Guillou qui devient sa compagne et aura une immense influence sur lui. Le 22 février 42, Jeannine donne naissance à leur fille Anne.
En 1943, la famille retourne à Paris. Jeanne Bucher achète des dessins à Nicolas et prête un logement à la famille. Georges Braque manifeste sa sincère admiration pour le jeune peintre, et ils noueront des liens d’amitié très étroits. Ce sont des années marquées par la faim et les privations. Jeannine meurt en 1946. Peu de temps après, il épouse Françoise Chapouton dont il aura 3 enfants.
En 1949, le Musée national d’art moderne de Paris acquiert Compositions, il exige d’être accroché en haut de l’escalier pour être écarté du groupe des abstraits. En 1951, René Char, lui confie l’illustration de son livre Poèmes. Ce sera le début d’une amitié féconde.
À partir de l’année 1952, riche en création (plus de 240 tableaux), il expose en Angleterre, à Paris et aussi à New York, où il connaît un grand succès. L’exposition du 8 février 54 chez Paul Rosenberg se révèle un très grand succès commercial.
En 1954, il s’installe à Antibes, où vit Jeanne Polge, une amie de Char, mariée, dont il tombe éperdument amoureux. Malgré l’intérêt grandissant autour de son œuvre, Nicolas de Staël se suicide en se jetant du haut de son atelier à Antibes le 16 mars 1955. Il a 41 ans et laisse inachevée sa plus grande toile Le Grand Concert.

Nicolas de Staël réalise au cours d’une carrière fulgurante, entre 1942 et 1955, l’une des productions artistiques les plus libres et reconnues de l’après-guerre, dépassant l’opposition apparente entre abstraction et figuration. L’œuvre de Staël s’inscrit comme un événement unique dans la peinture du XXe siècle

Quand : du 30 septembre au 15 novembre 2020 du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 16h
 : théâtre du Lucernaire 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

L’empereur des boulevards Ou l’Incroyable destin de Georges Feydeau

La compagnie Les Joyeux de La Couronne au théâtre Montmartre Galabru

Mais quel bonheur de retrouver les salles de théâtre !

Une compagnie à l’imagination foisonnante, sept acteurs pour vingt-six rôles admirablement joués, un décor qui place le spectateur dans chaque situation, et des costumes qui nous transportent à la belle époque de monsieur George Feydeau.

George Feydeau (1862 – 1921) a quitté la scène il y a bientôt 100 ans. Forcément, tout un chacun connaît ses pièces ou a entendu parler de l’auteur de Vaudevilles dont le succès ne se désavoue pas. Son répertoire est toujours joué cent ans après. Mais qui connaît sa vie, qui peut le placer dans l’histoire et dans son temps ? Voilà qui est chose faite grâce à l’écriture et à la mise en scène d’Olivier Schmidt.

Le rythme est soutenu, le french cancan est endiablé, les auteurs et acteurs qui incarnent les bourgeois et les célébrités de la belle époque se succèdent auprès de L’empereur des boulevards. On y découvre les succès, les bonheurs, la mariage, mais aussi le divorce et la rupture douloureuse, les nuit chez Maxim’s ou Chabanais, les rencontres multiples et tumultueuses, la maladie et la décadence d’une vie mouvementée et bien trop courte. Si Feydeau meurt jeune, à 58 ans, son œuvre continue de nous enchanter car finalement il n’y a rien de plus intemporel que les turpitudes des trios mari, femme, amant ou maîtresse.

Une réussite et l’assurance de passer une excellente soirée. Ne boudez pas votre plaisir, le temps passe bien trop vite.

Écriture, mise en scène, scénographie : Olivier Schmidt
Chorégraphies : Séverine Wolff
Musique originale : Justine Verdier

Georges Feydeau : Julien Hammer ou Alexis de Chasteigner
Marie-Anne : Alexandra Magin ou Chloé Groussard
Madame Feydeau Mère, Sarah Bernhardt, Yvonne Printemps : Séverine Wolff
Hetty : Thibaut Marion ou Olivier Schmidt
Raimu, un officier : Kevin Maille
Sacha Guitry, Labiche : Léonard Courbier ou Fabien Roux ou Mathias-Léonard Lang
Saint-Germain : Kevin Maille
Fouquier, André, Étienne, Émile, Elias, Saint-Galmier : Lucas Lecointe ou Fabien Roux
Soeur de Feydeau : Alexandra Magin ou Chloé Groussard

N’oubliez pas de réserver sur billet réduc, dans le respect des mesures sanitaires, avec masque et distanciation indispensables pour la sécurité de tous.

Quand : vendredi (21h30) et dimanche (18h30) jusqu’au 20 décembre 2020
: Théâtre Montmartre Galabru 4 rue de l’ Armée d’Orient 75018 Paris

Tu es vraiment si pressé ?

Une pièce de et avec Chantal Peninon et Denis Tison, au théâtre de la croisée des chemins

Un spectacle à découvrir masqué et à distance de ses voisins

Vous passerez un peu plus d’une heure en compagnie de madame Lefort qui, pour arrondir sa retraite et éviter les fins de mois un peu justes, loue une chambre dans son appartement.
Un de ses locataires, monsieur Robin, est là pour affaires. Mais il s’installe et prolonge son séjour… Les jours passent, une relation de plus en plus intime se forge au fil des soirées, des thés, des petits déjeuners pris de plus en plus souvent ensemble.

Chacun se dévoile peu à peu, son enfance, sa jeunesse, sa vie plus ou moins réussie. Je ne vous en dit pas plus, mais c’est émouvant, intime, parfois bouleversant, souvent réjouissant.

Dans cette petite salle, le public se sent vite proche de ces deux acteurs qui incarnent avec maitrise et émotion ces deux retraités aux existences bouleversées.

Où : Théâtre La Croisée des Chemins (Salle Belleville / métro Télégraphe) 120 bis rue Haxo Paris 19
Quand : Les mercredis et jeudis à 19h, du 9 septembre au 29 octobre Comment : Réservation (au 01 42 19 93 63) et masque 😷 obligatoires.

Un contrat, de Tonino Benacquista

C’est au théâtre du Gymnase Marie-Bell, Un contrat, une pièce superbement écrite par Tonino Benacquista et jouée par deux acteurs au jeu absolument saisissant Patrick Seminor et Olivier Douau

Dans un huis-clos étonnant mené successivement par un gangster puis par le psy qu’il s’est choisi, le spectateur découvre le jeu du chat et de la souris entre deux protagonistes respectivement soumis à une loi du silence. Car quel que soit le côté où l’on se place, entre la loi du silence et le secret professionnel, et malgré des enjeux très différents, l’issue peut être fatale si la règle n’est pas respectée.

Le jeu des acteurs, avec ce texte à la foi ciselé et mordant, montre bien ce jeu de pouvoir et cette tension psychologique qui tout au long de la pièce nous a fait aimer puis détester chacun des personnages. Avec l’envie indispensable de les suivre jusqu’à la dernière réplique.

C’est à la fois subtil, émouvant, prenant, et largement teinté de cet humour mordant auquel nous a habitués Tonino Benacquista. Cet auteur que l’on aime souvent pour ça d’ailleurs.

Avec Patrick Seminor, Olivier Douau,
Nouvelle Mise en scène par Stanislas Rosemin
Lumière David Ripon

Quand : les Jeudi, vendredi, samedi à 20h30 jusqu’au 21 mars 2020
 : Théâtre Du Gymnase Marie Bell 16 boulevard Bonne Nouvelle Paris 10⁣