La souricière, Danielle Thiéry

Retour dans les sous-sols du 36 quai des orfèvres

Si vous avez déjà suivi la commissaire Edwige Marion dans ses enquêtes, vous connaissez une partie de son équipe, en particulier la capitaine Valentine Cara, qui vient d’épouser la médecin légiste Rose. Mais aussi le commandant Luc Abadie. Son collègue et amoureux le lieutenant Jean-Charles Annoux l’a quitté quelques mois plus tôt. Il se remet à peine de cette rupture.

Ce nouvel opus commence fort avec le suicide en prison de Vador, un violeur en série, et par la disparition inexpliqué d’un homme politique. Alors que Valentine devrait filer le parfait amour avec Rose, l’apparition soudaine de sa mère sur les bancs de la mairie lors de son mariage sonne la confrontation avec un pan de sa vie qu’elle ignorait jusque là.

Un décès dans une clinique inconnue, une famille plus dense que prévu ou même supputé, une enquête qui entraîne Valentine à la prison de Caen sur les traces de Vador et d’un mystérieux confesseur, un justicier cagoulé qui hante les couloirs sombres des sous sols du 36 quai des orfèvres, rien ne manque pour tenir le lecteur en haleine.

Les couloirs du 36 ont connus de nombreuses intrigues et de multiples passages, et apparemment le 36 Bastion a beaucoup de mal à rivaliser. En particulier dans l’esprit de ceux qui ont vécu la plus grande partie de leur carrière sur l’île de la cité. Pourtant, les sous-sols recèlent des secrets qu’il faut laisser tranquilles, et la souricière semble être un endroit dans lequel il vaut mieux ne pas trop s’attarder, tant l’esprit sordide des lieux paraît intact.

Danielle Thiéry a l’art et la manière pour faire avancer son intrigue tout en nous faisant vivre aux cotés de ses protagonistes. Ici, Marion n’est pas le personnage principal mis en avant, et c’est la vie et le passé de Valentine qui se dévoilent peu à peu. Un fois de plus, je me suis laissée embarquer par les protagonistes, par leur enquête qui aborde de multiple sujets, viol, violence sur les enfants, pédocriminalité, darknet, prostitution, justice et croyances, et les sentiments les plus divers, amour, haine, résilience, pardon, oubli, jalousie, vengeance, pour ne citer que ceux-là. Si vous n’aviez pas encore découvert les thrillers de Danielle Thiéry, il vous faudra peut-être être un peu plus attentifs pour intégrer la vie de ses personnages, mais cela ne devrait absolument pas gâcher votre plaisir.

Catalogue éditeur : Flammarion / Versilio

Vador, violeur en série, se suicide en prison après la visite d’un mystérieux prêtre. Cette mort bouleverse d’étrange façon la vie de la capitaine Valentine Cara, qui se retrouve au cœur d’un drame familial. Alors que toute la police parisienne se mobilise pour retrouver un homme politique subitement disparu, les entrailles de l’ancien Palais de justice et les cellules désaffectées de la bien nommée Souricière sont le théâtre de scènes terrifiantes. Un homme qui se fait appeler Hadès condamne et, en véritable dieu des Enfers, juge ceux qu’il estime nuisibles à la société. Jusqu’au jour où le fantôme d’une femme de son passé revient le tourmenter.
Scénarios criminels et darknet, hallucinations et crimes sectaires… La commissaire Edwige Marion voit se refermer sur elle et son équipe un piège qu’il semble impossible de déjouer.

Paru le 01/06/2022 /416 pages / ISBN : 9782080263940 / 21,00

Sel, Jussi Adler Olsen

Quand le présent et le passé se rejoignent au sein du département V

Comme à leur habitude, les équipiers du département V tentent d’élucider une affaire non résolue. Mais la police est sous l’eau, ils doivent aider leurs collègues sur une enquête actuelle.
Comment et pourquoi dans les années 80 tous les employés d’un garage ont disparu dans une dramatique explosion ?
Qui en veut aujourd’hui à cette jeune femme décédée dans la rue, et pourquoi ?

Ils sont loin d’imaginer alors que ces deux enquêtes ont un point commun, un insignifiant petit tas de sel que l’on retrouve près des victimes. En remontant loin dans le temps et en ratissant large dans le pays, ils finissent par découvrir que ce petit tas de sel se retrouve dans un certain nombre d’affaires pourtant éloignées, suicides, accidents, meurtres.

Commence alors une enquête minutieuse largement perturbée par la situation sanitaire du pays, et du monde d’ailleurs puisque nous sommes en pleine crise du covid. Aller enquêter tout en étant confiné n’est pas du tout évident on s’en doute. Chercher un dangereux criminel capable de maquiller ses meurtres en suicide ou accident, et assez intelligent pour les espacer de plusieurs années n’est pas non plus de tout repos. Surtout lorsqu’une enquête parallèle vient mettre à mal Carl Mørck qui se retrouve pointé du doigt dans une sombre affaire de trafic.

J’ai trouvé que cette dernière enquête était parfois tirée par les cheveux, mais elle apporte une réelle interrogation sur les notions de bien et de mal, de justice, de vengeance au nom d’un Dieu tout puissant et rédempteur. À quel moment un meurtre est « acceptable » s’il est perpétré sur celui ou celle qui répand le mal ? Qui va-t-on plaindre, le bourreau ou la victime ?

La période du covid et ses aléas, le confinement en particulier, est tellement omniprésente que la vie en dehors de l’enquête des différents protagonistes est légèrement moins prégnante que dans les autres opus que j’avais pu lire, et c’est parfois dommage. Même si Assad a toujours l’art de lancer quelques expressions arrangées à sa propose sauce, à moins que ce ne soit un parti pris, en faire des jeux de mots à sa façon.

J’ai aimé écouter ce roman dans cette version proposée par Audiolib. Le rythme, les voix, les expressions sont rendus vivants par Julien Chatelet. Et une fois de plus, ce qui n’est pas anodin, je n’ai pas eu à me poser de question sur la façon de prononcer certains noms.

Catalogue éditeur : Audiolib, Albin-Michel

En replongeant dans une affaire non résolue datant des années 1980, Carl Mørk et l’équipe du Département V découvrent avec stupeur que depuis trente ans, un tueur particulièrement rusé choisit avec une régularité effrayante une victime et l’élimine en déguisant ce meurtre en accident ou en suicide.
À chaque fois, sur le lieu du crime, un petit tas de sel.
Sur fond de restrictions sanitaires dues au Covid-19, Mørk et ses acolytes se lancent dans une enquête dont ils n’imaginent pas l’ampleur.

Lu par Julien Chatelet
Traduit par Caroline Berg
Durée 14h09 / EAN 9791035409524 Prix du format cd 25,90 € / EAN numérique 9791035408893 Prix du format numérique 23,45 € / Date de parution 06/07/2022

36 heures dans la brume, Nathalie Somers

la folle aventure de deux adolescents dans le San Francisco des années 30

Quand San Francisco s’embrume nous chantait Maxime Le Forestier dans les années 70. Ici, nous voici plongés dans les années 1930, en 1937 exactement, quand le Golden Gate Bridge qui enjambe majestueusement la baie de sa belle couleur orange vient tout juste d’être construit.

Un adolescent est miraculeusement sauvé par des pêcheurs alors qu’il flottait accroché à un vieux pneu malencontreusement jeté dans la baie (prétexte à évoquer les dégâts de la pollution, déjà à cette époque). Mais Matt, puisque s’est son prénom, souffre d’une amnésie passagère et ne sait pas ce qu’il fait là. Peu à peu, la mémoire lui revient. Malgré ses blessures, intrépide et décidé, il sait qu’il doit absolument sauver une jeune fille en détresse.

Sa quête va le ramener dans le quartier du port, à la rencontre d’une jeune chinoise qui va l’aider à retrouver celle qui n’est autre que sa sœur jumelle, Mary.
C’est donc avec l’aide de Jiao qu’il va affronter les hommes d’Al Capone, alors incarcéré à Alcatraz, la célèbre prison dont on ne s’évade jamais, mais également les bandes rivales, gangs de petits blancs oisifs et belliqueux ou tongs des jeunes chinois qui tiennent eux aussi en coupe réglée le quartier de chinatown.
Toute l’intrigue est prétexte à évoquer les différents quartiers de San Francisco, les conflits entre communautés, la spécificité de chinatown ou encore une allusion à la pègre avec l’arrestation du grand Al Capone, une courte plongée dans la ville des années 20.

Bien sûr, je ne correspond pas au public auquel est destiné ce roman, 12 ans et plus, et donc j’ai parfois trouvé que quelques explications n’étaient pas assez poussées ou détaillées. Mais l’impression générale est bien rendue. Les principaux protagonistes vont rapidement se rapprocher pour réussir leur folle entreprise de sauvetage. Le rythme est soutenu, peu de temps mort, une lecture agréable qui devrait séduire les amateurs de thriller en herbe.

Catalogue éditeur : Fayard

1937. Matt est repêché, à moitié noyé, dans la baie de San Francisco.
À son réveil, l’adolescent est amnésique. Son seul souvenir : une jeune fille désespérée, cheveux au vent, qui s’apprête à sauter du Golden Gate Bridge. Matt ignore qui elle est. Pourtant, il sait qu’il doit la sauver à tout prix.
Mais par où doit-il commencer, lui qui se souvient à peine de son propre nom ?
Une course effrénée dans les rues de San Francisco, dans l’ombre du plus grand gangster de tous les temps.

À partir de 12 ans / Date de parution 06/09/2022 / Prix 13,90 €

Les sœurs de Montmorts, Jérôme Loubry

Dans le village de Montmorts, des événements étranges réveillent les terreurs du passé

Journaliste débutante, Camille est emmenée par Élise au village de Montmorts pour y percer le mystère qui entoure cette petite communauté hors du monde. Il faut dire que la promesse d’un scoop, ça ne se refuse pas. Pendant le trajet en voiture, elle doit lire un manuscrit qui va lui raconter par le détail la chronologie et l’ensemble des faits qui se sont déroulés.

Le récit commence avec l’arrivée de Julien, le nouveau chef de la police locale, et sa découverte de ce village déconcertant dans lequel les dernières technologies sont présentes, vidéoprotection, informatique, etc. Le tout financé par le riche propriétaire de Montmorts. Ce dernier est aussi le maire du village et il souhaite faire toute la lumière sur les circonstances du décès de sa fille, précipitée du haut d’une falaise à l’endroit même où des siècles auparavant on exécutait les sorcières. Mais dans cet étrange village, truffé de caméras et de technologies les habitants sont persécutés et entendent des voix qui leur imposent des actes qu’ils n’ont aucune envie de perpétrer.

Dans ce contexte aussi sanglant que mystérieux, l’ambiance est à la sidération, et ce pauvre policier a bien du mal à comprendre le déroulé des événements et les attitudes de ses collègues et des différents administrés. Et le lecteur d’oublier à son tour le livre dans le livre, et de se laisser embarquer par ce récit pour le moins tragique et noir.

Comme j’avais déjà pu le constater et l’apprécier dans Les refuges, Jérôme Loubry sait nous mener où il veut sans même que l’on s’en rende compte. En mêlant le fantastique à une intrigue machiavélique, il happe littéralement ses lecteurs. Même si des informations sont habilement posées de ci de là pour aiguiller le lecteur et lui donner quelques pistes, c’est une fois de plus une énorme surprise qui vient conclure ce roman.

Surtout, ne commencez pas par la fin, et allez au bout de l’intrigue. Peut-être que, comme ça a été le cas pour moi, vous trouvez cette théorie aussi terrifiante que dérangeante. Enfin, le twist de fin est totalement savoureux et dérangeant. De quoi se poser longtemps quelques questions.

J’ai apprécié cette lecture audio et la voix à la fois posée et assez sombre de Slimane Yefsah. Il m’a donné envie d’écouter sans m’arrêter, ce qui était tout à fait impossible, mais avec une terrible impatience à vite y revenir. J’avais l’impression d’être dans la tête de Camille, de voir par ses yeux et de découvrir ce texte aussi sombre que fantastique, une réussite.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib Calmann-Lévy

Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route. Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.
Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme. Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ? Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Lu par Slimane Yefsah

Durée 9h43 / EAN 9791035408237 Prix du format cd 23,90 € / EAN numérique 9791035408596 Prix du format numérique 21,45 € / Date de parution 16/03/2022

Ainsi sera-t-il, Sandrine Destombes

Quand la commissaire mène l’enquête à un rythme d’enfer

La commissaire Max Letellier est sonnée depuis que son collègue et amoureux Fabio est dans le coma. Tous ses collègues et son supérieur sont attentifs à son bien-être et souhaitent qu’elle puisse retrouver une forme de sérénité avant de revenir au bureau.

Après quelques jours au vert pour récupérer elle décide pourtant de reprendre du service. C’est la seule solution pour ne pas devenir folle, se lancer à corps perdu dans le travail. Elle veut d’abord trouver qui a tiré sur Fabio, le laissant entre la vie et la mort avec une balle dans la tête, puis consciencieusement mener l’enquête qu’on lui a confiée pour comprendre d’où vient et ce qu’il est arrivé à ce jogger qui a eu une crise cardiaque pendant son exercice du mardi.

Les deux enquêtes menées en parallèle avec ses équipes nous entraînent à un rythme fou dans les bas fonds des mafias russes, mais aussi dans le milieu très fermé des traditionalistes catholiques à travers la vie d’une prêtre qui semble-t-il a oublié depuis longtemps ses vœux de chasteté.

C’est rythmé, ça pulse et c’est aussi assez réaliste pour embarquer le lecteur à toute allure sans lui laisser le temps ni de souffler ni de poser son bouquin ! Première lecture de cette autrice que j’ai bien envie de retrouver très vite. 

Catalogue éditeur : Hugo Publishing

Alors que le commandant Fabio Cavalli se trouve entre la vie et la mort, Maxime Tellier et son équipe sont bien décidés à mettre la main sur celui qui a tiré sur leur ami et confrère.
En parallèle, malgré les pressions du diocèse, ils tentent de mener à bien une enquête sur le meurtre d’un prêtre qui avait plus d’une pratique à cacher.
Maxime Tellier trouvera tout de même le temps de répondre à l’appel de détresse de ses amis, les Gouvier, installés en Normandie. Le temps d’un week-end, elle cherchera à résoudre une affaire non classée, vieille de quinze ans.
Plongée au cœur de ces trois enquêtes, Maxime Tellier n’aura qu’un seul et même but : découvrir la vérité.

Parution 07/10/2021/ ISBN papier : 9782755691818 / prix : 7,50€

La chair de sa chair, Claire Favan

Rencontrer l’autrice et découvrir ce roman, noir et addictif

Moira fait de son mieux, mais Moira est épuisée par ses quatre boulots et ses trois enfants, difficile de tenir la tête hors de l’eau quand la petite dernière est gravement malade, que l’assurance ne paye pas les soins, que le père s’est suicidé et que l’ex mari est en tôle. Pourtant avec courage et ténacité elle essaie de contrer le zèle délétère des agents des services sociaux pour garder ses enfants auprès d’elle.

Fort heureusement il y a Peter, l’aîné du premier lit, qui s’occupe au delà du raisonnable de la fratrie pendant l’absence, la fatigue et les manques de sa mère. Jusqu’à ce moment de non retour où le drame arrive, le décès de Wendy, la petite sœur atteinte de mucoviscidose. Non pas tuée par sa maladie, mais par Nigel, son frère.

Nigel que Moria rejette sans espoir de compassion ou d’écoute, Nigel enfermé en hôpital psychiatrique afin d’évaluer son taux de responsabilité, Nigel prostré, atteint par l’horreur de son acte et la compréhension de sa pleine responsabilité. Un médecin, le docteur Bruce Thomas, va s’intéresser à son cas et tenter de tisser un lien pour faire sortir Nigel de son silence. Mais y parvenir s’avère plus complexe que prévu.

L’autrice nous entraîne vers les méandres tordus de la passion familiale, la possession, l’exclusivité que peut ressentir un enfant pour sa mère. Elle tisse peu à peu une toile dans laquelle Moira s’englue sans aucun espoir de se sauver, paralysée et aveugle. Et la lectrice que je suis ne peut que souffrir avec chacun des membres de cette famille face à tant de silence, d’incompréhension, de manipulation et de soumission. Tout en ayant envie de faire éclater la vérité. D’ouvrir les yeux, de donner un peu d’espoir, de bonheur à cette femme prisonnière de l’amour exclusif qu’elle partage avec ses enfants.

L’autrice a situé son intrigue aux États-Unis, nous permettant de découvrir avec stupeur le système carcéral américain et son implication à l’encontre des enfants criminels. Amis lecteurs, si vous n’êtes pas dans une période favorable, prière de s’abstenir de lire, car la lumière n’est pas au bout du chemin et votre moral peut s’en ressentir. Et pourtant, ce roman noir est totalement addictif.

Catalogue éditeur : Pocket

Moira O’Donnell, derrière le feu des boucles rousses et l’énergie inépuisable, est une femme qui lutte pour garder la tête hors de l’eau. Ce sont trois gamins livrés à eux-mêmes et autant de boulots cumulés pour les nourrir. Ce sont des pères absents : le premier est incarcéré pour longtemps, croit-elle, et le second s’est suicidé. C’est la solitude d’une mère de famille dure au mal qui se bat, tombe et renaît. Pour ses enfants. Et avec eux. Chaque semaine, elle achète un ticket de loterie en rêvant à une vie meilleure. Mais les services sociaux ont d’autres projets pour elle…

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, Dompteur d’anges, Inexorable, et Les Cicatrices. La Chair de sa chair est son 9e roman et a reçu Le Prix Polar « Les Petits Mots des Libraires ».

Prix 7.95 € / EAN : 9782266322423 / Nombre de pages : 408 / Date de parution : 14/04/2022

L’ange de Munich, Fabiano Massimi

Enfin lever le voile sur le décès mystérieux de la nièce d’Hitler

En 1931, à Munich, Angela Raubal est retrouvée morte dans sa chambre fermée à clé de l’intérieur, avec un pistolet Walther PPK tombé à ses côtés. Tout semble prouver qu’il s’agit d’un suicide. Mais le commissaire Siegfried Sauer et son adjoint Helmut Forster sont sommés de mener l’enquête, enquête confidentielle qu’ils se doivent de boucler en 8 heures chrono.

Pourquoi ?
Parce qu’Angela Raubal n’est pas simplement une belle jeune femme dynamique et lumineuse. C’est aussi et dans ce cas on pourrait même dire c’est avant tout la nièce d’Adolf Hitler, la personnalité montante de ces années 30. Sa petite protégée dont il est le tuteur, mais dont il semble être bien trop proche pour que ce soit tout à fait honnête. Il ne faut donc pas que cette mort fasse des vagues pour ne pas interférer dans l’ascension du parti.

Mais l’enquête va s’avérer bien plus complexe et délicate que prévu. Les témoins sont bien silencieux, ou suspicieux. Les amis et les collègues ne sont pas très fiables, et durant cette période si particulière de l’après première guerre mondiale et d’ascension sournoise du nazisme, il faut se méfier de tout le monde. Car le parti fait de plus en plus d’adeptes et le sentiments sont parfois très divergents y compris au sein des familles.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman est un excellent rappel de cet entre deux guerres si caractéristique qui a vu l’ascension inexorable du parti Nazi sans que personne en Allemagne ou en Europe ne bouge le petit doigt. Différents personnages, les Hess, Goering, Himmler ou encore Heydrich dont on sait que la plupart ont réellement existé, apparaissent froids, déterminés, calculateurs et déjà fidèles au Furher. Pourtant, j’avoue avoir été parfois déstabilisée par le côté presque humain que l’auteur a donné à ces hommes dont chacun a compris depuis la puissance dévastatrice, à travers les douleurs qu’ils ont engendrées et les horreurs dont qu’ils ont pu commettre par la suite. Difficile alors de les considérer comme de simples hommes au service d’une cause, fidèles à un parti, soucieux du bonheur d’Hitler ou de sa nièce.

Comme souvent je n’avais regardé ni les chroniques, ni la 4e de couverture avant d’écouter ce roman. Et je ne connaissais pas ce fait divers. Aussi mes interrogations ont-elles été nombreuses, fiction, réalité ? Fabiano Massimi a bel et bien déterré une histoire vraie avec le décès brutal et inexpliqué de cette jeune femme de vingt trois ans. En bibliothécaire averti, il a su où chercher, et trouver, les documents indispensables à son enquête. Du coup j’aurais presque aimé un peu pus d’informations historiques à la fin du roman, même si celles qui sont données permettent déjà de mieux comprendre les mentalités de l’époque.

J’ai trouvé cette lecture tout à fait passionnante, avec un lecteur convaincant et à la hauteur du rôle qui lui est attribué. Celui de Sauer, le commissaire sincère, juste, mais tellement seul face au pouvoir qui peu à peu occupe toute la place.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

À Munich, en 1931, Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire.
Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal est le leader du Parti national-socialiste des travailleurs, Adolf Hitler, alors en pleine ascension. Les liens troubles qui les unissent font d’ailleurs l’objet de rumeurs.
Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler.
Entre pressions politiques, peur du scandale et secrets sulfureux, cet événement, s’il éclatait au grand jour, pourrait mettre un terme à la carrière d’Hitler. Et faire du commissaire Sauer, chargé de l’enquête, un témoin très gênant.

Lu par Nicolas Matthys Traduit par Laura Brignon

EAN 9791035406530 / durée 14h04 / Prix du format cd 25,90 € / Date de parution 15/09/2021

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason

Embarquer pour le plus grand glacier d’Europe à la recherche d’un bombardier de la seconde guerre mondiale

Voilà un polar Islandais qui hésite entre roman noir, roman contemporain ou historique. Et surtout, une fois n’est pas coutume, Arnaldur Indridason ne nous fait pas vivre les états d’âme de son flic fétiche. En effet, ici point d’Erlendur mais au contraire de nouveaux personnages dont on sent qu’ils ne seront là que le temps de cette intrigue.

L’action se concentre sur cette petite île du nord de l’Europe dans laquelle l’auteur n’a pas hésité à imaginer une histoire retentissante capable de secouer le monde. Ce n’est pas l’Islande de glace et de feux qui attire les touristes en été qui nous est décrite mais ce pays plongé dans le froid et la nuit polaire dans lequel les habitants sont capables d’affronter les pires situations.

En 1945, alors qu’un avion allemand survole l’Islande, il est pris dans une tempête et s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Il y a des survivants, des officiers allemands et américains. L’un d’eux décide de chercher de l’aide et disparaît dans l’immensité glacée. Deux frères sont témoins du crash. Pendant les dizaines d’années qui suivent, les Américains vont lancer des expéditions pour tenter de retrouver la carcasse de l’avion et guetter sans relâche les photos satellites de la zone. En 1999, alors que le glacier fond, ils repèrent une carcasse et envoient les forces spéciales américaines sur place, tout en souhaitant garder le plus grand secret sur leurs manœuvres. Il faut dire que pendant de longues années, les américains possédaient une base militaire en Islande, point stratégique du nord de l’Europe, et que leur présence ne semble pas toujours bien acceptée.

Vouloir agir dans la discrétion, c’est sans compter sur l’apparition de deux jeunes hommes, Elias et un de ses amis, qui font partie d’une équipe de sauveteurs qui s’entrainent sur le glacier... mais leur curiosité déplaît aux militaires qui vont tout faire pour ne pas ébruiter l’objet de leur soit-disant exercice. Elias a cependant eu le temps de prévenir sa sœur Kristin de ce qui se trame.

À partir de là, les actions plus ou moins violentes et les mauvaises rencontres vont s’enchaîner sur fond d’hiver islandais, de glace et de tempête, mais aussi de mort et de violence.

L’intrigue est bien ficelée, le style incisif évite de s’ennuyer. Les personnages ne font pas dans la dentelle, Kristin, l’héroïne Islandaise semble tout droit sortie d’une série TV à épisodes, les méchants sont vraiment méchants et la situation géostratégique est décrite avec un semblant de réalisme. Enfin le rythme, avec une action qui se situe sur quatre jours à peine, donne du piquant et de l’attrait à cette histoire.
Ce roman pêche cependant sur deux points : un furieux sentiment anti-américain que l’auteur veut plaquer à l’ensemble du peuple Islandais, en particulier par la voix de Kristin, et que l’on ressent tout au long du roman. Et pour les puristes et les spécialistes, une construction historique qui rend la fin de cette histoire quelque peu farfelue. Il m’aura permis néanmoins de me poser des questions sur les alliances géostratégiques des alliés à la fin de la seconde guerre mondiale, mais aussi sur le rôle et la place de américains en Islande pendant de nombreuses années après la fin de la guerre.

Au milieu de tant de violence et dans ce froid polaire, Thierry Janssen nous fait bien ressentir le doute et la détermination, les questionnements et l’inquiétude des différents personnages. En leur donnant corps il apporte un peu de chaleur à une intrigue qui nous entraîne au cœur des étendues glacées.

Catalogue éditeur : Audiolib et Métailie

1945. Un bombardier allemand s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du XXe siècle ?
1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manœuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la sœur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au cœur d’une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu’exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Lu par Thierry Janssen / Traduit par David Fauquemberg

Durée 10h08 / EAN 9782367623085 Prix du format cd 23,40 € / EAN numérique 9782367623597 Prix du format numérique 20,95 € Date de parution 22/03/2017

On n’y échappe pas, Boris Vian et l’OULIPO

Lorsque six membres de l’OULIPO rédigent la fin d’un roman policier inachevé, le dernier inédit de Boris Vian

L’intrigue se déroule en décembre 1950, lorsque le colonel Franck Bolton rentre de la guerre de Corée, une main en moins et de sérieux traumatismes en plus. Alors qu’il vient tout juste d’arriver, il découvre le meurtre atroce d’une de ses anciennes petite amie. Et rapidement, qu’une autre de ses conquête a subi le même sort. Il décide d’appeler Narcissus, un ami détective, et tous deux tentent de démasquer le meurtrier.

Boris Vian avait imaginé et rédigé à la fois le synopsis et les quatre premiers chapitres de ce roman dans la veine de ses titres écrits sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Il en disait :

J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (série noire). C’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif.
Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite. Boris Vian.

L’auteur est décédé d’une crise cardiaque en 1959, à l’âge de 39 ans. Quels qu’aient pu être ses projets, il n’a jamais terminé ce roman-là.

J’ai aimé ce roman aux accents de polar noir américain des années 50, la fausse traduction et les notes en bas de page m’ont ramenée de années en arrière lors de ma lecture de J’irais cracher sur vos tombes. Là, on s’en souvient, où il avait écrit roman de Vernon Sullivan, traduit de l’américain par Boris Vian

Les membres de l’OULIPO (l’OUvroir de LIttérature POtentielle ) ont tenu le pari avec brio, du texte à la couverture du roman, Boris Vian lui-même y aurait retrouvé ses petits et peut-être même douté ne pas l’avoir écrit en entier. Merci à La Cohérie – Boris Vian et à Nicole Bertolt de leur avoir donné cette mission, et merci à eux d’y avoir répondu.

Mes photos d’une belle rencontre sur la terrasse de Boris Vian, cité Véron pour le lancement de l’édition du Livre de poche.

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Fayard

Décembre 1950. Frank Bolton, un jeune colonel de l’armée américaine, rentre de la guerre de Corée avec une main en moins. Peu de temps après son retour, il s’aperçoit que toutes les filles qu’il a aimées tombent, l’une après l’autre, sous les coups d’un assassin. Avec Narcissus Rose, son ami détective, il se lance sur sa piste dans une noirceur croissante.

Boris Vian imagina le déroulé de ce roman, en écrivit quatre chapitres et s’arrêta là. Pour les cent ans qu’il aurait eus, ses héritiers ont confié à l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) la mission d’écrire la suite…

192 pages / Date de parution: 22/09/2021 / EAN : 9782253240518

La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac

Un thriller qui tient ses promesses : addictif et glaçant

Lorsque Pio et Maria Achensa ont acheté la petite maison isolée dans les bois, c’était pour y abriter la famille, d’autant que Maria attend leur quatrième enfant et qu’ils ne sont pas bien riches, elle lui a donc demandé de faire le nécessaire pour les loger le mieux possible. Mais lorsque Pio a commencé à démolir les murs pour agrandir, l’horreur qu’il a découvert l’a laissé sans voix, tremblant, sonné.

Lorsque Sevran et Briolet arrivent sur place, un corps d’enfant est découvert, puis deux, puis trois. L’enquête s’annonce rapidement à la fois violente et difficile. Qui a bien pu cacher les cadavres ici, qui sont ces enfants, qui sont le ou les Meurtriers.

Une enquête qui démarre fort, des suspects, mais surtout des révélations qui montrent la violence et la noirceur dont peuvent être capables les hommes et le femmes.

Une famille d’accueil, des services sociaux défaillants car dépassés, des enfants placés que tout le monde a oublié et abandonné, des abus, des excès, rien ne sera épargné aux enquêteurs comme au lecteur.

Ce que j’ai aimé ?

Les personnages, crédibles, humains pour la plupart, surtout lorsqu’il s’agit des policiers mais pas seulement. Pour d’autres, la cruauté et la violence dont peuvent être capables les humains envers leurs semblables laisse parfois sans voix. Cette journaliste pas seulement caricaturale de ce que peut être la profession, mais bien plus humaine qu’il n’y paraît de prime abord, vient ajouter un peu de piquant à l’intrigue.

Mais aussi cette équipe d’enquêteurs aux caractères bien trempés, aux personnalités si différentes, qui me semblent représentatifs de la profession et du monde qui nous entoure.

C’est rythmé, aucun temps mort, l’alternance des chapitres qui donnent les points de vue des différents personnages accorde au lecteur quelques respirations bienvenues face à tant de noirceur. Si de nombreux thèmes difficiles sont abordés, la cohérence et l’attrait du roman sont indéniables.

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Un appel au cœur de la nuit. Des gyrophares qui tournoient dans l’obscurité. Une vieille bâtisse à l’abandon. Quand la commandant Virginie Sevran arrive sur les lieux, les techniciens de l’identité judiciaire sont déjà à l’œuvre à l’intérieur. Ils font face à l’insoutenable. À la noirceur de l’âme humaine. Au cadavre d’une gamine dissimulé derrière une cloison que le nouveau propriétaire tentait d’abattre.
Là, au milieu de la campagne francilienne, le silence est oppressant. L’angoisse monte. Et, bientôt, les murs confient deux autres corps aux policiers. Deux autres enfants… Rapidement, la sidération laisse place à une enquête éprouvante. Certainement la plus sordide de toutes celles auxquelles la commandant et son binôme, Pierre Biolet, ont été confrontés durant leurs carrières. Une seule certitude, personne ne ressortira indemne de cette affaire…

Native du Pays basque, Cécile Cabanac a travaillé en tant que journaliste reporter d’images chez TF1. Elle a intégré par la suite « Le Magazine de la santé », puis « Les Maternelles » comme chroniqueuse, réalisant en parallèle des documentaires pour France 5 et plusieurs numéros de « Faites entrer l’accusé ». Elle est l’auteur de deux romans parus chez Fleuve Éditions : Des poignards dans les sourires (2019) et Requiem pour un diamant (2020)

Date de parution : 13/01/2022 / 19.90 € / EAN : 9782265155244 / Nombre de pages : 480