Celle qui pleurait sous l’eau, Niko Tackian

De l’amour à la mort, des enquêteurs hors pair pour un thriller efficace et rythmé

Tomar Khan et Rhonda, son adjointe, sont appelés sur une scène pour le moins macabre. Une jeune femme flotte dans une piscine, au milieu d’une mare des sang qui se dilue peu à peu, les veines des poignets profondément entaillées.
L’évidence parle de suicide, l’intuition évoque quelque chose de plus sournois. Lumineuse, vibrante de vie et ayant tout pour être heureuse, comment et pourquoi un suicide aussi scénarisé et exprimant une aussi profonde détresse.
Si Tomar Khan est trop préoccupé par la suite de l’enquête qui le lie au décès d’un de ses collègues, Rhonda quant à elle décide de poursuivre ses investigations.
Pendant ce temps, Ara, la mère de Tomar, lui parle de ses voisins du dessous, de cette violence verbale, de ces bruits qui lui rappellent avec douleur sa propre expérience, les coups et la violence de son mari aujourd’hui disparu.
Mais Tomar, tout à ses angoisses et à ses pertes de mémoires qui polluent dramatiquement les souvenirs qu’il a de ses actes passés, n’est pas prêt à l’écouter ni à agir.

Ce que j’ai aimé ?
La façon dont l’auteur traite ici le difficile thème des violences faites aux femmes.
D’une part avec cette voisine, les silences de ceux qui entendent mais ne font rien, le courage de ceux qui agissent, et la difficulté qu’il y a à s’en sortir soi-même si l’on n’est pas secouru par d’autres.
D’autre part avec ce que je découvre comme étant le suicide forcé. Avec la personnalité du meurtrier psychique dont le travail de sape insidieux et contrôlé amène ses victimes à se détruire, à en finir avec la vie, sans être lui-même ni soupçonné ni inculpé. Lorsqu’il n’y a rien de plus difficile que de déterminer une quelconque culpabilité en particulier sans la moindre trace ou preuve écrite.

Les chapitres, très courts, donnent le rythme, les personnages sont aisément reconnaissables, avec leurs parcours, leurs passés, leurs intentions. Par contre, pour suivre les pensées et les interrogations de Tomar, il me semble qu’il vaut mieux avoir lu les précédents opus.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Aujourd’hui, Clara n’est plus qu’un dossier sur le bureau de Tomar Khan. On vient de la retrouver morte, flottant dans le magnifique bassin Art déco d’une piscine parisienne. Le suicide paraît évident. Tomar est prêt à fermer le dossier, d’autant qu’il est très préoccupé par une enquête qui le concerne et se resserre autour de lui. Mais Rhonda, son adjointe, ne peut comprendre pourquoi une jeune femme aussi lumineuse et passionnée en est venue à mettre fin à ses jours. Elle sent une présence derrière ce geste.
Pas après pas, Rhonda va remonter jusqu’à la source de la souffrance de Clara. Il lui faudra beaucoup de ténacité et l’appui de Tomar pour venir à bout de cette enquête bouleversante.

288 pages / Date de parution : 06/01/2021 / EAN : 9782253241683 / Prix : 7,70€

La machine Ernetti, Roland Portiche

Et si les caves du Vatican renfermaient une machine à remontrer le temps ?

Les années 60 sont les années de la guerre froide, du communisme encore flamboyant, et de la découverte des manuscrits de la mer morte.

Au Vatican, le pape Pie VI demande au père Ernetti de construire un chronoviseur. Cette machine a été inventée par le physicien Majorana, qui en a réalisé les plans en 1938. Elle doit permettre de remonter le temps et de voir ce qu’il s’est passé à l’instant T en un point précis du globe, elle donne l’image sans le son. Le cardinal Montini, qui n’est autre que le futur papa Paul VI, est soucieux de voir se réaliser cette machine qui pourrait démontrer au monde de plus en plus septique la réalité de l’existence de Jésus, et renforcer ainsi la puissance du catholicisme.

L’abbé Pellegrino Ernetti, spécialiste de musique, n’est pas un scientifique. De 1956 et 1965, il s’accompagne des plus grands chercheurs de la planète pour l’aider dans la réalisation de cette machine à remonter le temps. Il les fait travailler sur des hypothèses sans jamais leur dévoiler son véritable but. On lui adjoindra également une spécialiste de l’araméen, une jeune scientifique juive qui travaille sur les sites de Qumran et étudie les manuscrits de la mer Morte, une découverte majeure pour les catholiques.

Tous les ingrédients sont rassemblés pour faire un excellent thriller. La partie historique, le côté scientifique, le goût du secret du Vatican comme des grandes puissances, la situation politique, la découverte des manuscrits de la mer Morte et le mystère qui accompagne leur étude.

L’intrigue est basée sur un événement réel, ce qui la rend d’autant plus crédible. Elle est placée en situation dans le contexte historique de l’époque. On y retrouve une succession de quatre papes, de Pie XII, Jean XXIII, Paul VI à Jean-Paul II ; les tensions entre croyants et non-croyants de la religion catholique ; mais aussi les guerres entre les services secrets des grandes puissances, car ici la CIA, le KGB, et le Mossad s’en mêlent. L’auteur est certes formidablement bien documenté, mais il sait surtout nous tenir en haleine avec ses personnages – réels ou pas qu’importe, même si la plupart le sont- et le suspense qu’il déroule en courts chapitres rythmés et prenants, aux rebondissement successifs.

Mais remonter le temps pour démontrer les réalités de l’histoire, n’est-ce pas une utopie ? Car au fil du temps, les accommodements, les arrangements, l’évolution des sociétés, n’ont-ils pas à leur tour transformé le passé ? Ne me dites pas qu’après cette lecture vous n’aurez pas envie vous aussi de pénétrer dans ces caves du Vatican pour y consulter ces archives secrètes et ce qu’elles nous révèlent du monde qui nous a précédés. Car j’aurai du mal à vous croire.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

L’incroyable histoire vraie d’une machine à explorer le temps, cachée dans les archives secrètes du Vatican !

Mars 1938. Le physicien italien Ettore Majorana disparaît au large de la Sicile.
Avec lui, le projet secret sur lequel il travaillait depuis des années.
Automne 1955. On retrouve par miracle les notes du physicien disparu.
Elles inspirent au père Ernetti une idée folle : construire une machine à voir dans le temps. Un chronoviseur.
Sur ordre de Pie XII, le prêtre plonge deux mille ans en arrière. L’objectif est simple : prouver l’existence du Christ.
Commence alors une course folle entre le Vatican, la CIA, le KGB et le Mossad. Car ce que le père Ernetti va découvrir, en pleine Guerre froide, pourrait changer l’ordre du monde. 

Roland Portiche est réalisateur et auteur de documentaires et de magazines pour la télévision, dont Temps X ou Les grandes énigmes de la science. La machine Ernetti est son premier roman.

Prix 21.90 € / 3 Juin 2020 / 155mm x 225mm / 448 pages / EAN13 : 9782226451545

Mon inventaire 2020

Janvier 2021, Domi C Lire 6 ans déjà

Domi C Lire est un rendez-vous quotidien indispensable pour partager ma passion et vous donner je l’espère quelques envies de lecture.

2020 était une drôle d’année avec des mois de confinement, des jours que l’on n’a pas vu passer, et souvent l’impression de perdre son temps, de ne pas avancer…

Heureusement l’envie de lire et de partager mes coups de cœur était toujours là. Que ce soit à propos de nouvelles lectures, de rencontres (trop rares cette année) avec des auteurs, d’expositions, de musées, théâtres et les villes ou les lieux que j’ai découvert et partagé ici.

Il y a beaucoup moins d’expositions, musées, théâtre, mais on se rattrapera en 2021 j’espère. Alors avec un peu plus de 190 livres tous genres confondus lus en 2020, combien en reste-t-il ? En tout cas, impossible de n’en garder que 10 comme je pensais le faire au départ…

Voici Mon inventaire 2020

Ces premiers romans bouleversants

Ces romans qui m’ont fait vibrer

Ces thrillers qui m’ont sortie du quotidien

Une envie de voyage

Une incursion réussie en littérature étrangère

Une BD, parce que Boris Vian !

Une étoile en enfer, Guy Rechenmann

Une nouvelle enquête d’Anselme Viloc, le flic de papier

Comme à son habitude, Anselme élucide ses enquêtes en suivant quasi exclusivement ses intuitions et son instinct. C’est un homme qui utilise sa tête et son stylo, à une époque où les réseaux, internet et les éléments scientifiques n’avaient pas encore pris cette place prépondérante qu’ils ont aujourd’hui. Par le plus grand des hasards, il va tenter de résoudre trois affaires qui n’ont rien à voir entre elles.

D’abord il veut comprendre ce qu’il s’est passé lors du naufrage de ce chalutier qui a vu la disparition du patron pêcheur et de son fils. Sylvia, sa femme, avait embarqué à bord et se trouve être la seule rescapée. Aujourd’hui sortie du coma, elle est partiellement amnésique.

En parallèle, il est interpellé par une disparition inquiétante. Celle de la fille d’un couple d’amis en apprentissage dans un restaurant étoilé de la banlieue parisienne.

Enfin, Anselme, toujours à l’affût de cold-case, cherche à résoudre des meurtres de jeunes femmes, une tragédie non résolue survenue dans la région de son enfance. L’enquête s’est éteinte suite à l’effondrement d’une montagne dans le massif de la Chartreuse, en 1248.

Par quelques enchaînements aussi invraisemblables que parfois machiavéliques Viloc sait dénouer les liens improbables qui lui permettent d’associer ces différentes enquêtes entre elles. L’auteur nous entraîne dans son sud-ouest d’adoption, au bord d’un bassin d’Arcachon qu’il apprécie et nous fait aimer, évoquant en filigrane de son intrigue quelques figures du Sud-Ouest, quelques événements qui ont marqué son histoire.

Catalogue éditeur : Éditions Cairn

Fait rarissime, une montagne s’écroule en 1248. Dès lors les crimes commis sur le versant du mont Apremont, dans la vallée de la Chartreuse, ne seront jamais élucidés. C’est sans compter sur la pugnacité d’Anselme Viloc, le flic de papier, qui, confronté à la fois au mystère du naufrage d’un chalutier d’Arcachon et à la disparition d’une jeune fille du pays partie en apprentissage à Paris chez un cuisinier en devenir, va, non sans mal, arriver à remonter le temps. Anselme Viloc, le savoyard adopté par le Bassin et ses humeurs, est devenu une référence dans le domaine des « crimes à haute probabilité de non-résolution », c’est son patron le commissaire Plaziat qui l’affirme et il va, encore une fois, nous en faire une brillante démonstration.
Le polar régional une étoile en enfer est le 4e opus de la saga du Flic de papier de Guy Rechenmann.

ISBN :  9782350688664 / Prix : 11,00 € / Nombre de pages : 304 / Date de parution : mars 2020

Cannibale, Danielle Thiéry

Père et fille mènent l’enquête pour dénouer les fils d’une manipulation diabolique

C’est la nuit de la fête de la musique, le moment parfait pour fêter la fin d’une année scolaire bien remplie. Un groupe d’élèves du lycée Victor-Hugo a choisi de célébrer le début de l’été par une course d’orientation en forêt, et cela devra se faire sans portable. C’est Roxane, l’une d’entre eux, qui a eu cette idée. Une idée reprise par tous et sponsorisée par le prof de gym. Mais quand arrive la fin de la course, tous les binômes sont rentrés sauf celui de Roxane et Rafaël.

Cette même nuit, deux adolescent évitent de justesse un accident et découvrent une jeune fille blessée et désorientée errant sur la route. Rapidement, le lien est fait entre cette jeune fille amnésique et mutique et Roxane, celle qui a disparu. Mais le capitaine Marin doit retrouver Rafaël et comprendre ce qui est arrivé aux deux jeunes gens.

Marin est nouveau dans la région. Il arrive du 93 et l’on se demande pourquoi il est venu se perdre dans ce coin paumé. Il porte un lourd et sombre bagage dont il n’a vraiment pas envie de parler. Sa fille Olympe connaît bien Roxanne, et refuse de voir en elle une victime. Pourtant, comme sa relation avec son père est plutôt chaotique, loin de l’aider dans son enquête elle va quasiment lui mettre de bâtons dans les roues.

Démêler les fils de cette affaire est bien compliqué. Bizarrement, le père de Roxane n’est pas très inquiet pour sa fille qui se révèle être une enfant secrète, manipulatrice et violente. Olympe n’a aucune confiance en cette fille qui, selon elle, joue un jeu pervers. Marin ne sait pas à quel saint se vouer, mais fort heureusement il est épaulé par son équipe pour tenter de démêler le vrai du faux..

Rapidement, le lecteur comprend qui est coupable. Tout l’enjeu va alors être de savoir jusqu’où et comment il ou elle compte s’y prendre, et qui pourra l’arrêter.

J’avoue que le titre ne m’aurait pas immédiatement incitée à lire le roman s’il n’avait pas été écrit par Danielle Thiéry. Pourtant, point de cannibalisme au sens premier du mot dans ce thriller psychologique. le Cannibalisme s’entend ici au sens psychiatrique du terme, car il désigne des personnes qui souffrent d’un syndrome narcissique extrême que les psy appellent cannibalisme.

Cannibale est le premier roman Young Adult de Danielle Thiéry, une auteure que par ailleurs j’apprécie de lire depuis de années. Ici, l’auteur se met à la portée des lecteurs en explicitant les sigles, les phases d’enquête, sans que ce ne soit lourd ou que cela entrave d’une quelconque façon le déroulé de l’enquête et le rythme du roman. J’aurais peut-être aimé qu’Olympe prenne le relais de son père dans l’enquête, impliquant ainsi davantage une ado, ce qui pourrait permettre aux lecteurs de s’identifier. Mais malgré ce point, l’ambiance, le rythme, le sujet et les personnages donnent envie de comprendre et de connaître la suite. Et la fin, ouverte et mystérieuse, laisse le lecteur perplexe. Allons nous découvrir bientôt une suite ?

Catalogue éditeur : Syros

Victime ou manipulatrice ? Vous avez des raisons d’avoir peur.
La nuit de la fête de la musique, une jeune fille est retrouvée au bord d’une route, incohérente et désorientée, incapable de dire qui elle est. Dans la forêt toute proche, un groupe de lycéens célèbrent le début de l’été, mais l’ambiance a du mal à décoller. Ils ont participé à une course d’orientation « sans portables ni objets connectés », et deux d’entre eux manquent à l’appel. Personne n’a revu Roxane et Rafaël depuis le matin. À l’hôpital, l’inconnue apparue sur la route sort doucement de sa léthargie et livre au capitaine Marin ses premiers mots…

13 ans, 14 ans, 15 ans et plus Date de publication : 08/10/2020 / ISBN : 9782748526820

Efface toute trace, François Vallejo

Une satire acide et féroce du marché de l’art contemporain et de ses excès

Quel est le point commun entre un chinois diabétique de Hong Kong décédé après avoir ingéré une énorme quantité de sucre, un new-yorkais qui a littéralement fondu, et un français qui décède violemment alors qu’il est seul dans un téléphérique ?

Fort que quelques constatations hasardeuses, un expert en art est sollicité par d’anonymes collectionneurs pour tenter de démêler le fin mot de ces incidents pour le moins lugubres. Ont-ils un lien entre eux, car ils ont au moins un intérêt en commun, l’art. Toutes les victimes étaient des collectionneurs d’art contemporain, ou plus spécifiquement d’Art Urbain. Reste à savoir qui leur veut du mal, pourquoi, comment.

L’idée de départ de ce roman est à priori fort séduisante, pénétrer le monde de l’art par le biais d’une enquête. Mais j’avoue que je me suis ennuyée. Sans doute du fait de la structure narrative un peu trop froide. Cet expert qui aligne les chapitres les uns derrière les autres est le seul personnage réel face au lecteur. Même si arrive rapidement un artiste inconnu, un certain jv le minusculement nommé. Il adore détourner les objets, et bien que très peu connu, il s’avère être le véritable lien entre les différents collectionneurs. Sa côte monte, mais il n’a qu’un désir, vendre une œuvre éphémère, à la façon de la petite fille au ballon de Bansky.

Car que peut-on dire de cet art qui se veut tellement original que d’aucuns y cherchent encore la beauté, le style, ce qui fait la singularité et l’intérêt d’une œuvre. À chaque fois je ne peux m’empêcher de penser à cette œuvre connue sous le nom de Merde d’artiste (oui, oui ! en italien Merda d’artista) de l’artiste italien Piero Manzoni réalisée à quatre-vingt dix exemplaires, et dont certains exemplaires avaient fui, y compris lors d’expositions ou dans des musées. Les acquéreurs s’étant même demandé si c’était une volonté de l’artiste, y compris si c’était une des qualités intrinsèques de œuvre …

Ce que j’ai apprécié dans ce roman ? Les différents genres, œuvres, artistes, que détaille l’auteur. Certains connus ou vus à plusieurs reprises dans des musées, d’autres découverts grâce à la lecture du roman. En particulier, et plus de trente ans après sa création par Keith Haring (en 1987) Tower cette fresque monumentale visible au sein de l’hôpital Necker de Paris, et qui est devenue depuis un véritable emblème de l’art de rue.

Ce qui m’a intéressée ? L’auteur mélange les genres, enquête, parti pris esthétique, social, et propose une véritable satire du marché de l’art contemporain et de ses excès. Pourtant il m’a manqué un je ne sais quoi en plus pour vraiment me convaincre.

Catalogue éditeur : Viviane Hamy
Face aux violents décès de trois amateurs d’art fortunés à Hong Kong, New York et Paris, un groupe de collectionneurs surnommé le « consortium de l’angoisse », charge un expert d’élucider ces incidents étranges. Sa mission ? Rassembler l’ensemble des faits connus et mener sa propre enquête. Le temps presse car de nouveaux accidents surviennent.
Une piste se dégage. Les victimes auraient fait l’acquisition d’œuvres subversives signées « jv ». L’artiste, un Orson Welles mâtiné d’un Bansky, obsédé par le détournement, est introuvable. Jusqu’au jour où il décide de joindre l’expert…
Provocation ? Bluff ? Falsification ? Serial artiste doublé d’un serial killer ?

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Que signifie être artiste au sein de nos sociétés capitalistes et dématérialisées ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au cœur d’une enquête palpitante où les apparences sont autant de trompe l’œil s’éclairant les uns les autres. Talentueux et féroce.

Parution : 03/09/2020 / ISBN : 9791097417970 / Pages : 294 p. / Prix : 19€

Le poison du doute, Julien Messemackers

Connaissons nous vraiment ceux qui vivent à nos côtés ?

Margaux vit heureuse et paisible en baie de Somme, auprès de son époux Philippe Novak et de leur fils Romain. Elle a monté son cabinet d’infirmière et s’est associée avec Virginie. Tout le monde la connaît bien et l’apprécie à Saint-Valery. La vie se déroule sans aucune ombre au tableau. Jusqu’au jour où son mari est convoqué à la gendarmerie pour un problème de cambriolage réalisé avec une voiture identique à la sienne.

Il a beau affirmer qu’il est innocent, Judith Balmain, une policière de Versailles est persuadée que ce mari aimant et discret, cet employé sérieux est en fait celui qu’elle traque depuis plus de quinze ans, un homme coupable d’avoir assassiné femme et enfants puis qui a disparu.
Philippe est sûr de lui, même si sa naturalisation et son accident survenus quelques années plus tôt semblent compliquer les choses. Pourtant la police et les gendarmes s’obstinent, et peu à peu le doute distille son poison dans l’esprit de Margaux. Rapidement amis, voisins, relations, prennent parti contre le couple et la vie devient de plus en plus compliquée. Ils doivent affronter la violence et l’animosité des habitants qui leur tournent le dos. Même l’employeur de Philippe, tout comme Virginie et les patients du cabinet, semblent se détourner du couple.

Comment prouver son innocence, comment continuer à croire à cette innocence quand on ne sait rien du passé de celui qui partage votre vie depuis quinze ans. Voilà la question que Margaux se pose peu à peu.
Un thriller au suspense savamment dosé. Les chapitres alternent les voix de Margaux, Judith, mais aussi celles de Marianne et de la famille décimée. Les entendre tour à tour fait monter l’angoisse et les questionnements vont crescendo.
Le roman semble librement inspiré de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Mais sans doute aussi de différentes affaires criminelles pour la plupart non résolues dans lesquelles le mari et père disparaît ou se suicide après avoir supprimé toute sa famille. Ce thriller ne manque pas d’interpeller le lecteur par sa puissance, son analyse de la psychologie des différents personnages, par son rythme et par les interrogations et les doutes qu’il provoque en chacun de nous. Connaissons nous vraiment ceux qui vivent à nos côtés ?

Catalogue éditeur : Le Passage

Installée dans sa confortable petite maison en baie de Somme avec son fils et son mari, Margaux Novak connaît le bonheur tranquille de n’importe quelle mère de famille… lorsqu’une policière débarque chez elle pour mettre sa vie à sac.

Depuis plus de quinze ans, celle-ci mène l’enquête sans relâche. Elle cherche un homme qui a assassiné femme et enfants avant de disparaître. Et elle pense l’avoir retrouvé en la personne de Philippe Novak, le mari de Margaux.

Sans ADN, sans preuve tangible de l’innocence ou de la culpabilité de Philippe, c’est parole contre parole entre la flic qui accuse et le mari soupçonné. Et pour Margaux, c’est le début d’une longue descente aux enfers. Très vite, son quotidien se trouve bouleversé. Le voisinage se retourne contre elle et sa famille commence à se faire harceler. La rumeur a décidé de s’inviter dans sa vie pour la détruire à petit feu, et ce sont des pans entiers de son existence qui s’effondrent.

Entre deux cauchemars, lequel est le vrai ?

ISBN : 978-2-84742-449-2 / Paru le : Octobre 2020 / Pages : 360 / 15 x 24 cm / Prix : 19 €

Avis de grand froid, Jerome Charyn

Comment se débarrasser d’un président des États-Unis embarrassant ?

1989, à peine élu le président démocrate des USA est destitué suite à des malversations. Comme le veut la constitution c’est donc le vice président qui prend sa place. Mais Isaac Sidel, ex commissaire de police, ex maire de New York n’a pas tout à fait la vocation pour assumer ce rôle. Et surtout il a quelques idées un peu trop sociales. Ce Robin des bois des temps modernes ne plaît pas, en particulier aux banquiers internationaux qui font la pluie et le beau temps, aidés en cela par le faussaire Rembrandt, le roi du billet vert. Alors autour de lui, ça conspire, ça manigance, ça cherche comment l’éliminer.

Et si le seul moyen de s’en débarrasser était cette gigantesque tombola qui parie sur la date de sa mort ? Bien sûr l’idéal est alors de prêter main forte au destin tout en laissant monter les enchères.

Piégé de toutes parts, POTUS ne peux compter que sur son Glock, mais surtout sur sa garde très rapprochée et son instinct de fin limier pour déjouer les pièges et rester en vie à la Maison-Blanche.
De New-York à Washington, de Camp David à Prague, du Lower East Side à la prison de Rikers Island, les péripéties sont nombreuses et mouvementées. Sur les traces de Franz Kafka et de sa sœur internée à Terezin, le camp de concentration vitrine pour l’histoire, érigé en modèle par les nazis et si fièrement exposé aux monde, ou encore à la rencontre de Saul Bellow, son amour des livres et de la littérature n’est jamais oublié.
Isaac Sidel est aussi à l’écoute de ces hommes qui ont fait le Camp David des accords entre le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous la présidence de Jimmy Carter. Mais également au souvenir de Roosevelt et de Warm Springs, sa résidence qui servit de modèle pour certains bâtiments de camp David, qu’il avait d’ailleurs nommé Shangri-La, la concrétisation du royaume imaginaire d’un président en fauteuil roulant ?

Avis de grand froid est le denier opus d’une saga commencée en 1973 avec Zyeux-bleus. C’est aussi le douzième de la série. Si chacun peut se lire indépendamment, j’avoue avoir été un peu perdue au départ, n’en ayant lu aucun auparavant. Mais une fois intégré les multiples noms, prénoms, surnoms des différents personnages, on rentre dans l’intrigue. Le rythme est soutenu et l’intrigue nous embarque dans une course pour la vie dans une Maison-Blanche très convoitée où rôdent les fantômes d’inoubliables présidents, ceux de FDR et de Lincoln en particulier. Aussi farfelu que déjanté, ce roman grouille de références et foisonne d’idées ; à savourer surtout si l’on aime partir dans des aventures pour le moins irréalistes et totalement hors de contrôle.

Catalogue éditeur : Rivages

Marc Chenetier (Traducteur)
Ultime volume dans la saga du héros de Charyn Isaac Sidel. Depuis Marilyn la Dingue, roman dans lequel il était inspecteur à la Criminelle de New York, Isaac a fait son chemin. Il est devenu commissaire principal de la police, puis maire de New York. Et voilà que par un concours de circonstances, il se retrouve… à la Maison-Blanche, le candidat élu n’ayant pu être intronisé. 
Un roman d’espionnage  délirant, noir et grinçant. Une comédie du pouvoir qui résonne étrangement avec la « réalité » de la présidence Trump. L’écriture électrique et le talent de conteur de Jerome Charyn sont à l’œuvre dans cette grandiose conclusion de la saga. 

Collection: Rivages Noir / ISBN: 978-2-7436-5113-8 / EAN: 9782743651138 / Parution: septembre, 2020 / 350 pages / Format : 15.5 x 22.5 / Prix: 21,90€

Les enfants du secret, Marina Carrère d’Encausse

Quand une enquête criminelle révèle un scandale national

A Paris, les policiers sont appelés sur une scène de crime sordide. Deux corps ont été découverts en quelques heures et à quelques mètres de distance… Suite à l’hospitalisation de l’un des deux, des décès inexplicables surviennent dans l’équipe médicale qui a tenté en vain de le sauver.

Mais qui pouvait en vouloir à ces hommes pour les mutiler à ce point ? Et que signifient ces tatouages, véritables scarifications ante mortem réalisées sur les deux victimes ? Remonter le fil ne sera pas chose aisée, mais leur signification et leur origine pourront peut-être aider à résoudre ce mystère.

Au fil de l’enquête, les équipes de police arrivent sur la piste des enfants de l’Île de la Réunion envoyés en métropole dans les années 70. Pas toujours orphelins, ils ont pourtant été placés dans des famille du sud de la France, en particulier dans la Creuse. L’auteur évoque ici un sujet douloureux qui aurait à mon goût mérité d’être un peu plus exploité.

Le roman aborde également le sujet de ces traumatismes liés à l’enfance, secrets, jugements, violences familiales, qui peuvent avoir de répercussions pour ceux qui les subissent pendant toute une vie. Un polar qui fait passer un bon moment. Et si l’intrigue est parfois trop légèrement traitée à mon goût, il a cependant l’avantage de nous interpeller sur un épisode méconnu de notre histoire récente.

Ce que nous dit Wikipédia sur l’affaire des Enfants de la Creuse (révélée essentiellement depuis les années 2000) : De 1962 à 1984, au moins 2 150 enfants réunionnais « abandonnés ou non » et immatriculés de force par les autorités françaises à la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales, furent déportés par les autorités dans le but de repeupler les départements métropolitains victimes de l’exode rural comme la Creuse, le Tarn, le Gers, la Lozère, les Pyrénées-Orientales

Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Paris, porte de la Chapelle. À quelques heures d’intervalle, deux hommes sont retrouvés défigurés, scarifiés, empreintes effacées. L’affaire s’annonce compliquée pour le commandant de la Crim’, Marie Tebert. Et elle vire au cauchemar lorsque la légiste succombe à une fièvre hémorragique après l’autopsie.
Que cache le rituel autour de ces crimes ? Quel lien unissait les victimes aux profils si différents ? Au fil de l’enquête, Marie et son équipe remontent la piste d’un scandale entre la Creuse et la Réunion. Un drame qui dépasse de loin tout ce qu’elle pouvait imaginer.
Avec Les Enfants du secret, Marina Carrère d’Encausse signe un polar implacable où les traumatismes de l’enfance enclenchent des bombes à retardement.

176 pages / 17€ / Paru le 1 octobre 2020 / ISBN : 978-2-35087-557-6

Le souffle de la nuit, Alexandre Galien

Une plongée en eaux troubles, entre réseaux de prostitution et poupées vaudou

Dès les premières pages, plusieurs intrigues s’écrivent en parallèle. D’abord Valmy et ses cauchemars. Depuis la disparition de sa femme et l’arrestation d’un tueur en série, le flic s’est mis en retrait de la police. Il vit désormais à Lagos, au Nigeria où il est l’adjoint de l’attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France.

Au Nigeria, l’envoûtement d’une jeune femme a qui on fait miroiter une belle vie en France, mais que la Madam prépare pour qu’elle soit soumise aux pires réseaux de prostitution, sans espoir de retour.

Dans le bois de Vincennes, le meurtre sordide d’un flic de la mondaine met en alerte toutes les force de PJ du 36 Bastion. Alors que Philippe Valmy est parti depuis un an, ce meurtre interpelle ses anciens acolytes qui vont avoir besoin de ses lumières.

L’enquête, difficile, va faire plonger le lecteur dans la vie de la nuit, des réseaux de prostitution, des poupées Vaudou et des moyens de pression exercés envers ces filles qui n’ont aucune chance de s’en sortir tant le poids des croyances impacte leurs réactions.

L’auteur vient du sérail, c’est un ancien policier de la direction régionale de PJ, ce mythique 36 qui a déménagé du quai des orfèvres vers les rives du Bastion. On ne s’étonnera pas dès lors qu’il maîtrise parfaitement tant les rouages des enquêtes que les tensions entre les différents services ou chefs de services. Tout comme les mentalités des flics, des enquêteurs, de ceux dont le métier implique souvent de se blinder psychologiquement pour affronter les pires scènes, mais aussi de résister à la pression de la hiérarchie ou du politique.

Guerre des polices et des services, tension entre pays, petits arrangements et immunités diplomatiques, chantage aux grands groupes internationaux, de nombreux sujets sont ici abordés. Le tout sous couvert d’une enquête palpitante qui nous fait courir à cent à l’heure entre les différents site de polices, les personnages, les intrigues qui s’intriquent habilement et judicieusement.

Une écriture concise, factuelle, documentée, crédible et percutante. Un roman très actuel, qui pulse et que l’on n’a pas envie de finir trop vite. Ou alors dites nous que le prochain arrive vite ! Ah, mais il me reste à découvrir Les cicatrices de la nuit, le roman d’Alexandre Galien lauréat du Prix du Quai des orfèvres 2020.

Pour aller plus loin et mieux comprendre les réseaux de prostitution africains et leur pouvoir sur les filles, on ne manquera pas de lire aussi l’excellent thriller Les sirènes noires de Jean-Marc Souvira.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

« Les silences de Valmy, au bout du fil, avaient résonné dans leurs oreilles comme le sifflement d’un corps qui tombe droit dans l’abîme. Pourtant quand le chef de la Crim’ avait prononcé les mots « meurtre », « poupée criblée de cicatrices », « vaudou » et « bois de Vincennes », une tension inhabituelle avait envahi la pièce. Jean et le commissaire ne surent dire si c’était sa respiration qui avait changé, ou s’il était habité d’une force inconnue, mais le Valmy qu’ils connaissaient avait repris le dessus. »

Des faubourgs de Barbès aux dorures des ambassades, entre prostitution et magie noire, le groupe de Philippe Valmy se reforme pour traquer un tueur sanguinaire qui met à vif les cicatrices du passé.

Après des études de droit et de sciences criminelles, Alexandre Galien a intégré la direction régionale de la police judiciaire. Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Trente ans, du talent à revendre, il est le plus jeune lauréat du prix du Quai des Orfèvres, obtenu pour Les Cicatrices de la nuit. Depuis septembre 2020, il enseigne le cours « Roman noir , époque sombre » à la chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po Paris. Un profil hors normes à suivre de près !

Parution : 24/09/20 / Prix :18.95 € / ISBN : 9782749944159