Les vieux fourneaux. Tome 2.Bonny and Pierrot

Suite des aventures de Pierrot, Mimile et Antoine que nous avions laissés avec Sophie, la petite fille de Lucette, enceinte jusqu’au cou.  D’attentat gériatrique en suicide aux abeilles, de viajeune (vous savez bien, le contraire du viager) en manifestations des  partisans du « ni yeux, ni maitre »,  rien ne leur sera épargné pour que Pierrot retrouve son amour passé, celle qu’il croyait disparue mais qui finalement ne l’était pas, enfin oui, la preuve, il reçoit un paquet étrange, anonyme, mais signé d’un nom  que lui seul peut reconnaître.

Dans ce tome, en fil d’Ariane, une boulangère à qui tout le monde a envie de donner des claques avec tout simplement l’envie de lui acheter…  une baguette, et rien d’autre. Parce que moi là j’ai juste adoré : « filez-moi deux pains aux raisins finalement ». Si, si, vous vous y reconnaissez ? Moi oui parfois. Avec en prime un passage écologie et sauvons la planète un peu lourd, mais de bon ton malgré tout et une allusion aux grandes firmes et à leurs plans marketing pour enfumer le client.

Même si on s’est déjà un peu habitué au ton, on a autant de plaisir à lire ce deuxième tome des vieux fourneaux. C’est un régal de suivre ces personnages hauts en couleurs et si drolatiques. Laisser vous porter par des dialogues toujours aussi savoureux à la façon d’Audiard,  par le graphisme et les couleurs qui vont avec, pour réussir un très bon moment de lecture.


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GENRE HUMOUR / PUBLIC : TOUS PUBLICS – FAMILLE

Déjà le deuxième tome des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet décrivent avec toujours autant de drôlerie la chute libre de notre société. Restent Mimile, Antoine, Pierrot et ses anars malvoyants pour redresser la barre. Un versement inattendu de la « finance carnassière » arrive à point nommé, mais réveille également de douloureux souvenirs pour Pierrot. Sa muse libertaire, Ann Bonny, réapparaît… Wilfrid Lupano et Paul Cauuet persistent et signent des scènes et dialogues savoureux qui resteront dans les mémoires !

PAGINATION.56 PAGES / FORMAT.225×298 / EAN.9782505061632

Les vieux fourneaux. Tome 1 Ceux qui restent

Qui a dit que les vieux c’est ringard ! Attention, avec « les vieux fourneaux », c’est le décollage immédiat pour une bonne tranche de rigolade, mais aussi de critiques et de vérités pas toujours bonnes à dire mais tellement réjouissantes à lire. Pierrot, Mimile  et Antoine ont bourlingués et sont toujours restés proches, l’enterrement de Lucette est le prétexte à des retrouvailles qui loin d’être tristes sont aussi le reflet de ce que peuvent être ces réunions qui, si elles ont pour objet un deuil, permettent aussi aux familles et aux amis de se retrouver.

Nous voilà embarqués dans une course poursuite  sur fond de jalousie posthume, de vengeance et de rencontres, pour le plaisir des lecteurs. L’amitié, l’amour, la contradiction et les contestataires post soixante-huitards, tout y passe et on se régale. Les dialogues sont d’une saveur et d’un humour, pertinents, savamment dosés entre esprit critique, souvenirs attendris, et jeux de mots percutants. J’ai hâte de lire la suite des aventures de ces Vieux fourneaux tellement touchants dans leurs combats d’arrière-garde.

Les dialogues, les dessins, les couleurs qui changent en fonction de l’époque évoquée, tout est réussi dans cette BD, je ne peux que vous la conseiller.

Bon, juste écrits un peu petit et sur fond sombre, les dialogues ne sont pas toujours évidents à lire pour certains…


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éditeur : DARGAUD / DESSINATEUR : CAUUET PAUL

SCÉNARISTE : LUPANO WILFRID / COLORISTE : CAUUET PAUL

Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d’enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un oeil tourné vers un passé qui fout le camp, l’autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le coeur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu’il n’y a pas d’âge pour commettre un crime passionnel.

PAGINATION : 56 PAGES / FORMAT : 225×298 / EAN : 9782505019930

Vernon Subutex 1. Virginie Despentes

Vernon Subutex, 1Comme c’est la première fois que je lis un roman de Virginie Despentes je ne sais pas dire si Vernon Subutex est caractéristique ou non de son écriture. J’ai été légèrement perturbée, lassée à certains moments, par le manque de suivi dans l’intrigue. Et si j’ai eu beaucoup de mal à accrocher, une fois passées quelques hésitations j’ai été très intéressée par cette écriture étonnante que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire.

L’auteur plante le décor, dans Paris, Vernon Subutex, la cinquantaine, disquaire de son état, est victime du progrès. Sa boutique a fermé depuis longtemps, mais il subvient à ses besoins en vendant peu à peu son stock sur internet. Et surtout son ami le chanteur Alex Bleach l’aide à boucler ses fins de mois. Tout pourrait tranquillement perdurer ainsi sans le décès soudain d’Alex. Voilà Vernon à la porte de son appartement. Il lui manque peu pour s’en sortir et pourtant jamais il ne demandera à tous ceux qui l’hébergent de l’aider. Les points de vue de nombreux protagonistes se succèdent pour nous présenter le passé et surtout le présent incertain de Vernon, sans que jamais ces points de vue ne se confrontent à celui de Vernon. Chemin faisant, d’amies en relations plus lointaines, et sans oser avouer qu’il est expulsé de chez lui, Vernon va se faire héberger, squatter pour quelques jours, quelques semaines, puis se faire mettre à la porte de ces foyers d’accueil qui n’en sont pas, ceux de ses relations interlopes, de ses connaissances intéressées, de ces femmes qui craquent pour ses beaux yeux bleus et ne rêvent que de le mettre dans leur lit, pour au final se retrouver à la rue, SDF parmi tant d’autres, dans un monde qui lui est totalement étranger.

Ecriture singulière de Virginie Despentes qui n’hésite pas à dire ce qu’elle a dire, caustique, crue, réaliste, consciente des travers et des défauts des protagonistes, immersion totale dans le monde, dans un Paris de la misère sociale plus sombre que ville lumière, mais aussi dans le monde des Bobos, des riches, qu’elle dépeint sans scrupule sous leur plus mauvais jour. Il y a tellement de vérités qui ne sont en général pas bonnes à dire mais qui sont ouvertement écrites, tellement d’évidences, qu’on se dit « mais oui, bien sûr » en les lisant, il y a aussi quelques paragraphes qui perturbent, c’est parfois cruel, mais totalement maitrisé par un auteur qui cerne avec brio les contours et les travers d’une génération, le tout sur un fond musical qui ne laisse pas indifférent.

Sélection du prix Orange du livre 2015


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QUI EST VERNON SUBUTEX ? Une légende urbaine. Un ange déchu. Un disparu qui ne cesse de ressurgir. Le détenteur d’un secret. Le dernier témoin d’un monde disparu. L’ultime visage de notre comédie inhumaine. Notre fantôme à tous.

LE RETOUR DE VIRGINIE DESPENTES

Parution : 07/01/2015 / Pages : 400 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 19.90 €
EAN : 9782246713517 éditeur : GRASSET

Rencontre avec Michel Bussi chez Babelio, autour de ses deux derniers romans «Maman a tort» et «N’oublier jamais»

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© DCL-DS2015

Comment construit-on un roman quand on s’appelle Michel Bussi ? Pour le construire Michel Bussi a d’abord besoin d’une idée, puis de savoir où la situer. Sauf pour « Ne lâche pas ma main » qui se passe à la Réunion, là-bas les idées se mettaient à leur place à mesure de la découverte des lieux, le volcan, la chambre d’hôtel, etc… Quand on lui demande pourquoi l’ile de la Réunion, il nous répond : pourquoi pas la Corse. Tiens  est-ce un indice pour le prochain roman ?

Pour « N’oublier jamais » au départ il imaginait une intrigue sur un bateau qui ferait des escales. Mais l’idée s’est avérée  trop compliquée à mettre en cohérence et comme il souhaitait aussi une falaise, un lieu s’est rapidement imposé (l’intrigue se passe en partie à Yport). Pour « Maman a tort », il souhaitait un aéroport, une grande ville, mais également une cachette, un braquage dans une grande bijouterie comme celles de la place Vendôme, d’où un instant l’idée de situer son roman en région parisienne, mais c’était trop flou, les lieux se sont alors imposés d’eux même (le Havre et sa région).

bussi 1Il aime que ses romans débutent de façon spectaculaire et intrigante et qu’il y ait également une fin à la hauteur de ce début. Sans doute en réaction à certains polars qu’il n’a pas aimé, dans lesquels à la fin de l’intrigue on découvre que le héros se réveille et que l’histoire est rêvée ou inventée, c’est très frustrant.  Michel Bussi aime quand le début et la fin se rejoignent, quand il y a un vrai lien entre les deux, pour cela il a besoin de connaître quelle sera la fin de son livre au moment où il en commence la rédaction. Alors avant d’écrire, il rédige toute une trame, chapitre après chapitre, pour que ce soit fluide, que l’intrigue trouve un rythme, même si ça peut encore évoluer. Puis l’histoire s’éclaircit, les chapitres trop longs sont coupés, l’écriture est alors un véritable travail de montage, comme au cinéma. Il a besoin de dessiner un canevas  général pour ensuite pouvoir s’autoriser quelques chemins de traverse. Il n’y a plus vraiment de surprises pendant l’écriture, lorsqu’il invente l’intrigue les personnages ont une grande autonomie, mais après l’auteur est le marionnettiste qui tient les fils et il reste peu de marge de manœuvre.

S’il avoue s’inspirer parfois de personnes de son entourage, il ne décrit jamais vraiment quelqu’un qu’il connaît ou qui pourrait se reconnaitre. Par exemple il ne connait pas de champion hbussi 2andisport. Par contre dans « N’oublier jamais », le besoin du handicap est lié à l’histoire, car sinon la première scène ne serait pas réaliste. Il avait besoin d’un bouc émissaire qui ne soit pas une victime désignée. Là c’est plutôt quelqu’un dont le handicap est vu comme un atout. Son protagoniste, Jamal, travaille, a de l’humour, on s’y attache et en même temps on s’en méfie. Ses faiblesses sont balancées par ses forces. Et même si l’écriture du roman s’est faite au moment de l’affaire Pistorius, il n’y a aucun lien entre ces deux « affaires » qui se sont déroulées en parallèle. On constate les mêmes différences de sentiments à l’égard d’un héros qu’on aime ou qu’on n’aime plus dans la réalité comme dans le roman.

Dans ses romans, l’auteur utilise souvent des gens ordinaires qui ont une fin tragique et on ne retrouve pas de héros récurrent. S’il devait y avoir des personnages récurrents, ce serait des policiers ou des journalistes par exemple, et ça ne l’intéresse pas, il ne ressent pas l’envie de les utiliser de nouveau. Il aime avant tout se projeter dans une nouvelle histoire avec des idées nouvelles.

Dans « Maman a tort » l’auteur parle beaucoup de la mémoire d’un enfant de trois ans et demi. Les lecteurs lui demandent s’il a fait de nombreuses recherches avec d’écrire. Apparemment pas tant que ça.  Mais il est vrai que Michel Bussi évolue dans le milieu éducatif et peu échanger avec les professionnels psy, éducateurs ou instituteurs,  pour tester la crédibilité de ses idées. Par exemple sur l’importance du doudou, sur la figure maternelle ou paternelle stable autour de l’enfant, l’âge crédible ou pas pour les situations qu’il souhaitait lui faire vivre, en un mot, pour savoir si le personnage de Malone serait réaliste ou pas. De même la figure féminine est assez positive, alors que le masculin est négatif, contrairement aux romans précédents. Pour les besoins de l’histoire il fallait mettre en avant la mère (sous toutes ses formes, je ne vous en dit pas plus !). La maternité est donc structurée autour de trois femmes. Se pose la question de savoir s’il faut tout dire aux enfants, et à quel âge. Faut-il leur parler de ces mères qui vont loin par amour, de ces femmes capables de se sacrifier, parfois beaucoup plus qu’un homme, car l’enfant passe avant elles. Mais le poids du sacrifice des parents s’avère souvent plus un fardeau qu’un cadeau pour leur vie future.

Il y a de nombreuses références aux contes dans « Maman a tort ». L’auteur aime qu’on y trouve une touche de merveilleux, de fantastique.  Et cela plait à ses lecteurs car ce n’est ni noir ni réaliste,  très différent des polars classiques en somme. Et comme il nous le rappelle, lors de la parution du petit prince, il était écrit à peu près ceci : 99% pensent que ce n’est pas un livre pour enfants, 99% pensent que ce n’est pas un livre pour adulte, 100% pensent qu’il est pour eux. L’important est de penser que le livre est bien pour soi, non ?

Ce qu’il ressort de cette rencontre, c’est que Michel Bussi aime l’esprit du jeu lié à l’écriture, le côté ludique, le faire semblant par une action dont on sait qu’elle n’est pas « pour de vrai ». Ecrire est une activité sérieuse qui permet de nouer des  relations sociales, de jouer des rôles, d’apprendre et de progresser. C’est ludique, mais un auteur peut faire passer des choses plus profondes, plus sérieuses, comme dans Nymphéas noir (que je n’ai pas encore lu) un roman qu’il qualifie de léger mais ayant une forme de profondeur. Il aime aussi ce qui est tiré par les cheveux, mais qui au final, une fois que toutes les scènes se sont déroulées, va apparaitre comme beaucoup plus vraisemblable.

Quand on lui demande s’il aimerait réaliser des scénarios pour la télévision ou le cinéma à partir de ses romans, Michel Bussi nous indique que des projets sont en cours. Mais il est toujours délicat pour un auteur de voir ses œuvres pillées, transformées, modifiées pour rentrer dans le moule « télé » ou ciné, il préfère laisser faire des professionnels car il faut avoir du recul sur le roman, ce que ne peut pas faire son auteur.

Tient-il compte des critiques ? Oui, d’ailleurs, quand il écrit il décèle quelques forces et faiblesses dans ses romans et il les y retrouve souvent. Par exemple, « N’oublier jamais »  est un roman à twist, à rebondissement, aux personnages doubles, au détriment de la psychologie, et cela se retrouve dans les chroniques des lecteurs. Il aime aussi les citations qui sont nombreuses dans Babelio. Souvent un auteur a quelques phrases « chouchou » qu’il aime particulièrement dans un roman, et ce sont celles qu’il retrouve en général sur le site.

Comme il avoue mettre un an et demi en moyenne pour écrire un roman, il n’y a plus qu’attendre le prochain ! Normandie, Corse ? Qui sait.

Merci à Babelio, Presses de la Cité et Pocket pour avoir permis cette rencontre.

Dérapages. Danielle Thiéry

Sur une plage du Pas-de-Calais, on retrouve le corps sans vie d’une fillette d’un âge difficile à déterminer. Edwige Marion est appelée sur les lieux, l’enquête s’annonce difficile.

Dans Paris, Jennifer conduit son bébé chez le pédiatre. A la suite d’un léger accrochage, en lieu et place de son fils elle trouve sur le siège arrière de sa voiture une bien étrange fillette qu’elle va devoir allaiter sous la menace. Son mari, Sasha Azanov semble avoir disparu de leur loft isolé dans les friches industrielles de saint Denis.

Dans le même temps, Nina, la fille adoptive de Marion qui vit depuis deux ans à Londres avec sa sœur, arrive par l’Eurostar débraillée et couverte de sang. Elle est dans un état catatonique, muette de peur. Son beau-frère, Sasha Azanov, scientifique renommé, a disparu de son laboratoire Londonien.

Voilà posées les bases de cette nouvelle enquête de la commissaire divisionnaire Marion. Quel est le lien entre ces scènes, entre ces personnages, c’est à Marion de le découvrir. C’est donc là qu’entrent en scène son équipe de policiers un peu décalés que les lecteurs assidus de Danielle Thiéry ont appris à connaître au fil des différents romans, Valentine Cara et le fidèle Abadie en particulier, mais également l’ami anglais, puis le médecin légiste. Ainsi que quelques policiers pas toujours convaincus du bienfondé de l’enquête menée par Marion et d’avantage prompts à lui mettre quelque bâton dans les roues plutôt qu’à lui en faciliter la progression.

De course poursuite en filature, de tâtonnement policiers en enquête contrariée mêlée de tensions entre différents services de police et de problèmes avec une hiérarchie peu compréhensive, d’intrigues en manipulation, de recherche scientifique en lancement mondial d’un produit pharmaceutique révolutionnaire, l’intrigue se déroule, noire sans être sanglante, déroutante sans être trop sombre, comme sait les écrire cette commissaire qui connaît si bien la maison dont elle parle.

derapages 2Quelques fois le lecteur impatient de voir aboutir l’enquête aimerait souffler à Marion où chercher, où fouiller un peu plus scrupuleusement pour ne pas passer à côté des indices qui semblent tellement évidents. Mais qu’importe, on s’y laisse prendre une fois de plus. Et puis après tout les policiers aussi sont humains, et si, spectateurs que nous sommes, nous avons l’ensemble des cartes en main à la lecture du roman, eux n’en ont qu’une vue partielle qui leur permet d’avancer à petits pas vers la solution. Faite de courts chapitres rythmés, l’écriture efficace de Danielle Thiéry sait tenir en haleine ses lecteurs. Dans Dérapages, elle aborde avec finesse le sujet de la manipulation génétique, de la toute-puissance des consortiums  pharmaceutiques et pose aussi quelques questions sur l’utilité ou l’inconvénient de la jeunesse éternelle. Pour finir, elle ouvre brillamment la porte à un nouvel épisode que nous avons forcément tous hâte de découvrir !


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derapages 1Un corps d’enfant, très déconcertant, est découvert sur une plage du Nord de la France. Un cas troublant, qui laisse totalement perplexes les médecins légistes. Même la commissaire Edwige Marion, qui dirige un important service de la PJ parisienne, n’a jamais rien vu de tel. Au même moment, Edwige Marion récupère sa fille Nina, choquée et couverte de sang. Elle a fui Londres et sa soeur Angèle. Nina est mutique. Angèle et son mari, un scientifique renommé, ont disparu. Quels peuvent être les liens entre cet enfant mort noyé, une adolescente, et un scientifique spécialiste du génome humain… Commence pour la commissaire Marion une enquête complexe, aux ramifications internationales, et qui va vite sombrer dans l’horreur.

Edition : Versilio / Date de parution : 21/05/2015 / ISBN : 978-2-36132-128-4

Pour vous servir. Véronique Mougin

https://i2.wp.com/editions.flammarion.com/docs/Albums/48021/9782081362147.jpgVous voulez passer un bon moment ?
Allez donc faire un tour chez les ultra-riches.

Parce qu’il commence comme un récit, ce roman m’a tout d’abord interpellée : vais-je plonger dans les récits révoltés d’une gouvernante acariâtre et frustrée alors que j’imaginais lire un bon roman ? Ou vais-je me retrouver dans la tête d’une employée rebelle qui saura me décrire les tribulations d’une gouvernante avec un œil aussi critique et divertissant que « les tribulations d’une caissière » d’Anna Sam, ou le « absolument dé-bor-dée ! » de Zoé Shépard ?

Françoise, la narratrice, nous parle des années qu’elle a passé au service des ultras riches, et qui semblent être aujourd’hui derrière elle par on ne sait quel heureux coup de pouce du destin. De sa rencontre avec Michel, son mari, dans un bistrot parisien, à la naissance imminente de sa petite fille, toute une vie va défiler. Alors que leur couple allait plutôt bien, les années de galère après l’achat malchanceux d’un restaurant dans le sud de la France vont pousser cet ancien cuisinier à boire. Mais il faut rembourser les dettes et donc travailler, Michel n’ayant pas su passer le cap de « patron d’un restaurant » prospère puis lourdement endetté, à « employé de maison » salarié et servile, Françoise saura s’en séparer pour avancer seule dans cette vie au service de patrons tous plus bizarres les uns que les autres. Pendant vingt ans, de Neuilly à saint Cloud, d’un château dans le Lubéron à un palais de prince arabe, de Genève à Paris, vont évoluer Françoise et son mari, puis Françoise sans son mari.

Bienvenue dans ce monde où les ultra riches ne sont pas toujours ceux que l’on croit, où la culture, la connaissance, la bonne éducation, mais également la confiance, la générosité, le partage, la bienveillance, l’altruisme, la reconnaissance, sont souvent des qualités répandues avec parcimonie. Bienvenue aussi dans le monde des tensions et cruautés entre le personnel qui veut garder sa place et ses petits privilèges et le nouvel arrivant, dans le monde des délations, des méchancetés, mais aussi parfois dans celui de l’amitié et du partage.

L’auteur a su donner à la succession des employeurs de Françoise des caractères et des vies assez éloignés les uns des autres pour nous intéresser à ses tribulations et à ses misères, à ses aspirations, à ses difficultés. Car il est quasiment impossible à Françoise d’obtenir une augmentation ou un logement correct de patrons qui vivent dans des palaces, ou, alors qu’elle travaille sans compter ses heures, d’obtenir de simples jours de congés pour s’occuper de son propre fils, lui qui, l’adolescence arrivant, aura tant de mal à voir ses parents se transformer en domestiques serviles.

Ponctué des quelques « leçons » que Françoise va tirer de ses expériences, et de ses contrats tous plus cocasses les uns que les autres, c’est un roman très plaisant et divertissant à lire, qui fait passer un bon moment. L’écriture est agréable, drôle et enjouée, ni méchante ni vindicative, avec un zeste d’humanité, et ce malgré parfois quelques répétitions.

Reçu dans le cadre les chroniques des explorateurs  de lecteurs.com


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Gouvernante auprès de familles très fortunées à travers toute la France, Françoise raconte ses mésaventures et les psychodrames qui rythment le quotidien des riches et des puissants. Premier roman. ©Electre 2015

Édition Flammarion / Thème : Littérature française / Collection : Littérature française

Parution : 06/05/2015 / Format:14.5x22x2.3 cm / Prix: 19,90 € / EAN: 9782081362147

Figure mythique du patrimoine, Piaf est à la BnF François-Mitterrand jusqu’au 23 août.

IMG_1961La BnF possède un fond d’un million de disques avec le dépôt légal et en particulier tous ceux de Piaf : des pressages étrangers, des éléments de ses tournées aux USA, au Canada, en Amérique centrale, en Afrique. Et depuis son décès Piaf connait un rayonnement très large dans de nombreux nouveaux pays par exemple en Asie et en Europe centrale.

 L’association des amis de Piaf ainsi que sa secrétaire ont donné un fond important d’objets à la BnF. Une robe noire, objet fétiche de l’artiste s’il en est, portée pour la première fois au Gerny’s en octobre 1935, puis sans cesse renouvelée, mais également des centaines de lettres, des médailles pieuses, pas seulement des textes ou un fond sonore. Il est donc apparu comme naturel à la BnF de s’intéresser à la culture populaire et de réaliser cette exposition. De nombreux catalogues de marques, ceux de Polydor, Deca, Columbia, toutes les différentes maisons de disques auxquelles elle a appartenu, soit plus de 500 objets patrimoniaux à mettre en scène.

Tout au long de cette expo, le visiteur navigue d’affiches en manuscrits, dans l’audiovisuel, avec les matrices de disques 78 tours de la maison Polydor, découvre des titres jamais enregistrés, avec 7 chansons inédites éditées en 2003, dont : « je ne veux plus faire la vaisselle » !  L’expo nous fait croiser son histoire par différentes approches. C’est un véritable coup de projecteur pour tenter de comprendre le phénomène Piaf et l’image nostalgique qui va avec.

IMG_1966Piaf femme du peuple : C’est une fille de saltimbanques née à Belleville, à l’hôpital Tenon, mairie du 20ieme, Piaf est issue d’une famille pauvre de gens de cirque, son père est acrobate, sa mère chanteuse des rues. Avec cette artiste, le spectateur a envie d’être en empathie. Mais on découvre aussi qu’elle a une jeunesse de fille drôle et fêtarde. Quelques images du film de Sacha Guitry nous montrent Piaf qui chante la carmagnole.

Piaf populaire : Les monuments de Paris sont largement repris dans ses chansons. Elle est aussi très française dans son pessimiste et son romantique, par le côté noirceur et tragédie de sa vie, et en même temps elle très fleur bleue.

Piaf et le patriotisme : Elle se produisait aussi dans les casernes avec son père. Elle aura des amants et des amis soldats et une réelle proximité avec le monde des soldats. Même si elle ne se sent pas concernée par les engagements militants et politiques. Evocation d’une Incursion dans la propagande de vichy quand Piaf accepte de chanter pour les prisonniers français en Allemagne. Elle sera d’ailleurs blanchie par la commission d’épuration. Elle a chanté pour nos soldats, c’est l’incarnation de la France bleu blanc rouge qui construit sa popularité.

De la popularité à la célébrité : C’est sa voix qui construit sa popularité. La présentation de son tour de chant annonçait la couleur : « Un seul nom et dans ce nom toute la chanson : Edith Piaf« . Son tour de chant est très travaillé, et pour cela, elle sait s’entourer de toute une troupe, les attributions de chacun pouvant changer à mesure de la tournée.

De la rue à la scène : Au départ, elle chante dans les rues, jouant un rôle en fonction de l’arrondissement dans lequel elle chante. Elle n’a ni costume, ni répertoire, elle chante un peu de tout. Quand elle fait ses premiers pas au cabaret, on lui assigne un répertoire.

La fabrique d’une chanson : A partir du mois d’octobre 1935, elle va passer de chanteuse de rue à chanteuse enregistrée. Le changement est très rapide, elle s’éloigne alors de la chanson réaliste pour passer à la chanson universelle. Piaf s’entoure d’une équipe d’auteurs compositeurs, mais très vite elle écrit ses textes. Par exemple : La vie en rose, L’hymne à l’amour. Elle écrit plus de quatre-vingt chansons pour elle et pour les autres. En 1940 on lui propose « la fille de joie est triste » qui devient « l’accordéoniste » après qu’elle réalise quelques modifications. Elle travaille beaucoup, inlassablement, et fait évoluer textes et musiques.

Avec la découverte du monde du music-hall, elle est obsédée par la chanson, elle chante tout le temps, en voiture, au spectacle. Toujours parlant de chansons, de ce qu’elle pourrait faire. Elle avait toujours des fiches où elle écrivait les paroles de chansons si elles étaient dans d’autres langues, et des introductions  aux chansons si elle était dans un autre pays.

IMG_1968Quand elle chante au cabaret en 1935 c’est devant des tables de clients qui boivent et mangent et parlent pendant le spectacle. Elle se produit entre différents numéros. Par contre au Music-hall  en 1937 elle se produit devant de vrais spectateurs, assis en rang, qui ne mangent pas et donc qui écoutent. C’est un peu plus grand, il y a plus de monde. Elle apprend rapidement l’usage du micro. C’est une chance finalement car elle n’aura pas à forcer sa voix pour être entendue, comme certains chanteurs de son époque, ni rouler exagérément les r comme certains le faisaient alors.

Lors de ses premières tournées aux États-Unis elle n’est pas très appréciée. Puis sa carrière démarre et elle ira souvent et parfois longtemps, jusqu’à 14 mois. Elle fera de très nombreuses tournées américaines et sera la première française à chanter au Carnegie hall.

Chanter Piaf hier, aujourd’hui, ici, là-bas : des chansons de Piaf et d’autres chanteuses réalistes. Des reprises de ses chansons dans tous les genres musicaux,  Rap, disco, Japonais. Etc. par exemple avec Gainsbourg et « mon légionnaire » ou Catherine Rainger, Étienne Daho.

Un hymne à IMG_1970l’amour : Sa vie est une succession de maris et amants, entremêlant sans cesse vie publique et vie privée. Piaf c’est 80% de chansons d’amour. Elle chante l’amour, les amants, les copains, les amis, l’entourage. Piaf a eu des très nombreux amis, on peut voir des lettres à ses amis.

IMG_1969Elle passera rapidement de femme soumise à femme qui mène la danse. C’est presque une femme libérée qui assumait pleinement sa vie amoureuse. Mariée d’abord en 1952, puis avec Théo Sarapo, elle aura des amants multiples et parfois très connus.  Marcel Cerdan en particulier. Elle mène une vie rocambolesque mais pas superficielle, elle est toujours très sincère dans ses amours même s’ils passent vite. Elle équipait toujours ses amants ! Un costume bleu marine, une gourmette, une montre, et leur tricotait un pull. Mais leur histoire finissait souvent avant que le pull ne soit fini !

Piaf et le bon dieu : Elle est également portée par un amour mystique, en particulier pour Sainte Thérèse, s’intéresse au spiritisme, aux Rose-Croix.Elle croit aux lignes de la main, à l’astrologie, et l’on retrouve tout cela dans ses chansons.

En Normandie à Bernay chez sa grand-mère qui tenait un bordel, elle contracte une maladie qui lui fait perdre la vue. Presque aveugle pendant quelques semaines, elle va sur la tombe de sainte Thérèse. Là, elle est guérie. C’est peut être faux, mais cet épisode a malgré tout ancré en Piaf une véritable foi mystique. A la limite de la superstition. Pourtant, la mort de Cerdan la rendra crédule.

IMG_1959Le phénomène et la légende : Elle enregistre son premier disque en 1935, elle a tout juste vingt ans. Sa discographie est très importante, c’est rapidement une vedette connue grâce aux disques et aux émissions de variété. Elle arrive à la bonne époque qui lui permet d’être enregistrée dans des disques assez longs. Elle commence tout juste la stéréophonie.

Commentaires et confidences : Au-delà de la personne, il y a le personnage, évoqué grâce aux photos d’art, au cinéma, au théâtre, mais aussi par de nombreux articles. C’est une légende, biographies, livres, spectacles, biopics, collections, à son sujet sont pléthoriques. Les films, les réalisations actuelles attestent d’une légende bien vivante dans le monde.

On peut voir dans l’expo un Autophone, l’ancêtre du jukebox sur lequel Piaf aimait écouter des chansons. Un karaoké propose aux visiteurs de s’essayer sur 4 ou 5 chansons, c’est enregistrable et on peut l’envoyer à la maison. Des audio guides pour les sons, des commentaires dans plusieurs langues, des livrets jeux pour les familles, de nombreuses formules de réservation. Tout est fait pour passer un excellent moment de découverte et de souvenirs, il faut prendre son temps, profiter, savourer cette belle expo, au son des cinquante titres de Piaf que l’on peut écouter sur le parcours.