Comme elle l’imagine, Stéphanie Dupays

Comme elle l’imagine il pourrait même être celui qui sera l’homme que j’aime … ainsi le chantait Véronique Samson, ainsi le rêve l’héroïne du roman de Stéphanie Dupays.

photo couverture roman comme elle l'imagine de Stéphanie Dupays

Laure est professeur de lettres, satisfaite de son métier, entourée d’amis, elle vit seule et se sent bien ainsi, bien mieux que si elle était mal accompagnée comme on l’affirme si souvent. Pourtant, lorsqu’elle tombe sur Vincent, rencontré à la suite de quelques échanges sur Facebook, échanges qui montraient leur communion d’idées et de point de vue, rapidement l’envie d’en savoir plus, de le connaitre et surtout de le rencontrer va se faire de plus en plus prégnante.

Habituée à sa solitude ordinaire, celle du bonheur de se retrouver avec un livre chez elle par exemple, elle va désormais sombrer dans la solitude forcée, celle qui la pousse à attendre près de l’ordinateur la petite lumière verte qui lui dit qu’il est là, qu’il va lui parler…Ah le piège des échanges virtuels, ceux qui permettent de tout dire sans risque, sans le regard de l’autre, sans s’impliquer dangereusement. Piège également de l’immédiateté, qui fait se poser mille et une questions lorsqu’il n’y a pas de réponses mais que la présence est avérée…Laure a besoin de ces échanges, autant pour découvrir Vincent que pour se révéler à elle-même, différente, plus libre peut-être ? Pourtant Laure examine, détaille, décortique chaque mot, photo, réaction de Vincent, pour tenter de le comprendre mais au risque aussi d’interpréter à sa façon et de s’imaginer ce qui n’est pas.

Lorsqu’elle provoque la rencontre avec celui dont elle est tombée amoureuse par écran interposé, le résultat ne sera pas forcément identique pour chacun d’eux. Alors, passion qui ébloui, amour qui rend aveugle, solitude trompée dans un échange fragile et sans lendemain ? Et si l’amour, le vrai, était plutôt celui d’à côté, concret, réel, vivant ?

Voilà une intéressante analyse de l’influence des réseaux sociaux sur notre vie au quotidien, addiction, vérité ou faux-semblants, par le biais de son héroïne, l’auteur fait une fois de plus une analyse brillante de notre société. Ou quand le virtuel change les codes, mais utilise toutes les phases de la relation amoureuse, en particulier épistolaire, même si le rapport au temps, en particulier l’attente, n’existe plus et modifie ces codes de la relation amoureuse, pour le meilleur mais certainement aussi pour le pire !

Je ne peux m’empêcher de penser à (et de vous conseiller également !) la lecture du roman de Philippe Annocque que j’avais vraiment beaucoup aimé : Seule la nuit tombe dans ses bras.

Catalogue éditeur : Mercure de France

Laure est tombée amoureuse de Vincent en discutant avec lui sur Facebook. Depuis des mois, ils échangent aussi des SMS à longueur de journée. Elle sait tout de lui, de ses goûts, de ses habitudes mais tout reste virtuel. Si Vincent tarde à lui répondre, l’imagination de Laure prend le pouvoir et remplit le vide, elle s’inquiète, s’agace, glisse de l’incertitude à l’obsession. Quand une rencontre réelle se profile, Laure est fébrile : est-ce le début d’une histoire d’amour ou bien une illusion qui se brise ?  
Subtile analyste du sentiment amoureux, Stéphanie Dupays interroge notre époque et les nouvelles manières d’aimer et signe aussi un roman d’amour intemporel sur l’éveil du désir, l’attente, le doute, le ravissement.

Paru le 07/03/2019 / 160 pages – 140 x 205 mm / EAN : 9782715249882 / ISBN : 978271524988 / Prix : 16€

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Amour propre, Sylvie le Bihan

Être mère ou être femme… Mais à quel moment dit-on aux femmes que mettre au monde un enfant, c’est signer un bail ad vitam aeternam ? Dans ce roman magnifique qui ose dire, Sylvie le Bihan interroge le rôle de la mère et de la femme.

Giulia, prof d’italien, a la cinquantaine fatiguée et lasse. Giulia a des failles, elle a toujours ressenti un grand vide avec l’absence inexplicable de sa mère. Sa mère a abandonné le foyer en laissant sa petite fille de quelques mois au père qui l’a élevée avec tout l’amour possible. Giulia a divorcé, puis élevé seule ses trois enfants, s’efforçant d’être mère sans avoir eu son propre modèle. Aujourd’hui elle n’a qu’une hâte, voir ses enfants quitter son foyer pour vivre enfin sa vie de femme. Sa fille est en fac, ses fils viennent de passer leur bac avec succès, il est temps de s’envoler du nid douillet et protecteur dans lequel elle les maintient depuis tant d’années.

Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu, et lorsque les garçons annoncent qu’ils souhaitent entamer une année sabbatique, Giulia craque et fuit vers la villa Malaparte, à Capri. Il faut dire qu’elle a hérité de sa mère un livre de cet auteur qui l’attire irrésistiblement. Là, elle travaille, elle se ressource, se retrouve, et compulse les nombreuses archives qui lui permettront d’écrire sur Curzio Malaparte, auteur singulier et incompris de la majorité des lecteurs. Elle rencontre Maria, une femme attachante et mystérieuse.

Dans ce roman émouvant, Sylvie le Bihan prend également le parti de ces femmes souvent montrées du doigt parce qu’elles n’ont pas eu ou ne veulent pas d’enfant. Comme si la maternité était une évidence, un besoin vital pour l’accomplissement personnel. Ah ça, je l’ai souvent entendu dire par des collègues tant hommes que femmes, à qui j’ai souvent essayé d’expliquer que chacune était libre, difficile de le faire entendre ! À croire qu’une femme ne peut s’accomplir que dans la maternité. Mais non, alors osons le dire haut et fort, il y a tant de raisons à en pas vouloir d’enfants, à ne pas en avoir tout simplement, sans que cela retire quoi que ce soit aux femmes.

Il y a la société bienpensante, la religion, la famille, le regard des autres, qui imposent d’avoir des enfants pour rentrer dans la norme. Quelle pression sur les épaules des femmes, de celles qui rêvent d’être amoureuse, mère, amie, collègue, parfaite, et se mettent dans des situations inextricables fort déprimantes. Non, la femme parfaite n’existe pas et c’est tant mieux ! Et d’ailleurs, n’essayons pas d’être parfaite, de donner aux enfants tout ce qu’ils attendent sans lever même le petit doigt, laissons-les s’ennuyer, chercher, attendre, espérer et vouloir. Aidons-les à se construire à nos côtés jusqu’au jour où il sera temps de quitter le cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est aussi ça, aimer ses enfants, et c’est toujours d’amour que l’on parle, même lorsqu’une mère rêve de voir partir « ses petits »!

Sylvie le Bihan revient avec justesse et pudeur sur le rôle souvent imposé de mère parfaite que l’on attribue aux femmes… Merci d’aborder ce sujet tabou encore aujourd’hui, de mettre à sa vraie place le désir d’être une femme sans être une mauvaise mère. Comme si ne pas avoir eu d’enfant était synonyme de vie gâchée. Enjeu difficile qui impose parfois des choix et des décisions de vies qui ne sont pas ceux dont on aurait rêvé.
Et cerise sur le gâteau, merci de faire vivre Curzio Malaparte, un écrivain et une personnalité aux engagements multiples et sans doute courageux que je découvre dans cette villa qui fait rêver. De nous faire découvrir, et approfondir si l’on en avait, nos connaissances sur sa vie et son œuvre… Avec comme une envie d’aller à Capri après cette lecture.

Catalogue éditeur : JC Lattès

Giulia n’a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle,  mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hérité de cette absente, ce qu’elle a légué, elle, mère si présente, à  ses enfants.
Elle répond à l’invitation d’un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. Lire la suite…

Sylvie Le Bihan est romancière. Elle a publié aux éditions du Seuil trois romans remarqués : L’Autre (2014), Là où s’arrête la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un récit Petite bibliothèque du gourmand, (Flammarion, 2013) préfacé par son mari Pierre Gagnaire.

EAN : 9782709664134 / Parution : 06/03/2019 / 250 pages

La plus précieuse des marchandises, Jean-Claude Grumberg

C’est un conte qui dit la vie, l’amour, l’enfant… C’est un conte indispensable qui dit l’indicible. C’est peut être une Histoire vraie…

La plus précieuse des marchandises c’est la vie. Celle qui est donnée, celle qui est offerte, celle qui part en fumée à l’arrivée des wagons plombés dans les plaines au bout de la forêt, au bout de l’hiver, du froid et de la faim. Dans ces wagons passent hommes et femmes, vieillards et enfants, meurtris, bientôt oubliés du monde quand, à leur arrivée au camp, ils sont triés, puis pour la majorité d’entre eux envoyés à la mort.

Dans ce conte, il y a une grande forêt où chaque jour une vieille bûcheronne regarde ces trains qui passent dans un sens puis dans l’autre, elle rêve de voyages et d’ailleurs. Elle espère elle ne sait quoi, pourtant souvent tombent des trains des petits papiers qu’elle garde, sur lesquels sont écrit ces mots qu’elle ne comprend pas. Jusqu’au jour où tombe du wagon un petit paquet emmailloté dans un châle somptueux tissé de fils d’or.

Dans ce paquet, une petite fille, cadeau du ciel qu’elle va nourrir et élever contre l’avis du bucheron son époux, contre l’avis de la population alentour, avec l’aide de l’homme des forêts, prenant la fuite au péril de sa vie pour la sauver.

Voilà un contenu absolument émouvant pour dire la solution finale, la mort et que l’auteur a voulu rendre universel en choisissant de l’exprimer sous la forme du conte. Pour montrer sans doute aussi qu’au plus noir des hommes il reste parfois un espoir de vie. Ce texte qui parle à chacun de nous, partout, est à la fois sombre et empreint d’une grande humanité. Cette femme qui élève cet enfant qu’on lui refuse, dans ce pays où il était si facile de fermer les yeux face à l’extinction programmée de tout un peuple. Ce père qui va choisir entre ses enfants m’a forcément fait penser au Choix de Sophie, douleur, espoir, culpabilité, tout est dans le geste, celui qui sauve et celui qui condamne, et cependant il y a tant d’espoir dans ces pages.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du prix BFM l’Express

Écrivain et dramaturge, Jean-Claude Grumberg est né à Paris en 1939, dans une famille juive. Il est hanté par l’arrestation, sous ses propres yeux, de son père emmené à Drancy et déporté par le convoi 49, parti pour Auschwitz le 2 mars 1943.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Seuil

Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

Date de parution 10/01/2019 / 12.00 € TTC / 128 pages / EAN 9782021414196

Les confidences, Marie Nimier

Pourquoi se confier à un auteur dans l’anonymat ? Pour qu’il sublime vos révélations ? Les confidences, comme autant de tranches de vies recueillies par Marie Nimier.

photo de la couverture du roman de Marie Nimier "Les confidences" blog Domi C Lire

Avec des airs de recueil de nouvelles qui seraient parfois, rarement pourtant, ponctuées de quelques mots et remarques de l’auteur, ces 48 textes sont comme autant d’instants de vies cachés, enfin révélés pour se faire du bien, se soulager, se souvenir, à celle qui les a recueillies dans l’anonymat le plus complet, un bandeau blanc sur les yeux, dans un appartement vide seulement peuplé de deux chaises, d’une table, d’un portemanteau et d’un grand philodendron.

Hommes ou femmes, jeunes ou plus âgés, chacun raconte, dévoile, l’intime ou le banal, le violent ou le tendre, caché et pourtant si commun à chacun de nous pour la plupart. Culpabilité, prostitution ou soumission, vengeance ou pardon, lâcheté, violence ou silence, rêve ou cauchemar, ces étapes de vies restent à jamais en mémoire, importantes ou pas, ces parenthèses font que vous devenez autre ou que vous restez le même.

Se confier à quelqu’un qui ne vous voit pas, c’est un peu comme échanger sur les réseaux sociaux avec ceux qu’on n’a jamais rencontré et à qui on ose dire tant de secrets, dévoiler tant d’intime, tout ce que l’on ne dirait sans doute jamais à ceux que l’on côtoie chaque jour.

Chaque confidence est personnelle, différente, banale souvent. Chacune annonce, dénonce, déculpabilise, espère, promet, surprend, regrette. Dans ces mots attribués à des inconnus tout est dit sur la nature humaine, avec pudeur ou sans retenue, avec douleur ou soulagement.

Le roman (c’en est un ?) s’intitule Les confidences, ce pourrait être Tranches de vies, instants furtifs ou souvenirs. Le lecteur découvre chaque témoignage avec avidité mais sans voyeurisme, porté par l’écriture et la sensibilité de l’auteur. J’avais découvert Marie Nimier avec son précédent roman La plage, je retrouve avec plaisir son style et sa délicatesse.

Catalogue éditeur : Gallimard

Dans un appartement vide, meublé de deux chaises, une table et un immense philodendron, Marie recueille, les yeux bandés, des confidences.
Les candidats se sont inscrits anonymement. Ils prennent place sur la chaise libre et racontent ce qu’ils ont choisi de partager, souvent pour la première fois.
Remords, regrets, culpabilité, mais aussi désirs, rêves, fantasmes se dévoilent ; les confidences se succèdent, toujours plus troublantes.

192 pages / 140 x 205 mm / ISBN : 9782072843136 / Parution : 07-03-2019

Dans l’ombre du brasier, Hervé Le Corre

Avec son roman Dans l’ombre du brasier, Hervé le Corre plonge ses lecteurs aux heures les plus sombres de la Commune de Paris, dans une épopée singulière qui tient en haleine jusqu’au dernières barricades.

blog Domi C Lire photo du  livre "Dans l'ombre du brasier" Hervé le Corre

Pendant les derniers dix jours de la Commune de Paris, la capitale est dévastée par les affrontements entre communards et Versaillais. Pendant ces quelques jours, nous suivons trois protagonistes, Antoine Roques, Nicolas Bellec, soldat du 105e, et Caroline son amie.

Antoine Roques est menuisier, il vient d’être promu commissaire de police car ceux qui étaient en poste ont fui la ville. Il tente de se conformer du mieux possible aux exigences de ce rôle qu’on lui a attribué. Au milieu du chaos qui règne en ville, des parents lui font part de l’enlèvement de leur fille. Cette disparition n’est pas unique. Caroline, l’amie de Nicolas Bellec, a disparu elle aussi. Il faut dire que lorsque le mal est partout, enlever de jeunes filles pour les livrer aux prussiens ou pour les vendre à des réseaux de prostitution pour assurer repos des soldats ne décourage aucun malfrat.

Antoine Roques va tenter de poursuivre sa tâche vaille que vaille, et c’est dans ce contexte qu’il mène son enquête de police. Il découvre le revers de la bataille, et croise la route de Clovis, cet étrange personnage dont le nom est souvent évoqué au cours de l’enquête.

Autour d’eux, les immeubles s’effondrent, des barricades érigées tant bien que mal défendent à peine quelques rescapés, les morts sont enterrés à la va-vite, les blessés sont transportés vers des hôpitaux de fortune, la Commune perd chaque jour un peu plus de terrain.

À travers ces personnages s’affirme le rêve éperdu d’une république idéalisée où chacun aurait les mêmes droits, femmes et hommes, riches ou pauvres. Cet espoir vain d’un monde meilleur qui a pourtant entrainé l’anéantissement et la destruction de la Commune de Paris au cours de cette semaine sanglante.

J’ai aimé marcher dans ces rues, êtes au cœur de la bataille et suivre les aventures de ces personnages héroïques malgré eux, découvrir les banlieues lointaines aujourd’hui totalement intégrées à la capitale, les imaginer marchant, courant d’un quartier à l’autre. Tout comme j’ai aimé cette incursion dans le milieu parfois louche de la photographie, et celui encore totalement balbutiant des photographes de guerre. J’avoue que l’auteur m’a également donné envie d’approfondir mes connaissances sur cette période trouble parfois bien oubliée de l’Histoire. Hervé le Corre réussit l’exploit de nous embarquer dans son roman noir et d’en faire une épopée romanesque historique.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du prix des lecteurs l’Express Bfm 2019

Catalogue éditeur : Rivages / Noir

La « semaine sanglante » de la Commune de Paris voit culminer la sauvagerie des affrontements entre Communards et Versaillais. Au milieu des obus et du chaos, alors que tout l’Ouest parisien est un champ de ruines, un photographe fasciné par la souffrance des jeunes femmes prend des photos « suggestives » afin de les vendre à une clientèle particulière. La fille d’un couple disparait un jour de marché. Une course contre la montre s’engage pour la retrouver. 
Dans l’esprit de L’Homme aux lèvres de saphir (dont on retrouve l’un des personnages), Hervé Le Corre narre l’odyssée tragique des Communards en y mêlant une enquête criminelle haletante. 

ISBN : 978-2-7436-4584-7 / EAN : 9782743645847 / Parution : janvier, 2019 / 384 pages / Format : 15.5 x 22.5 / Prix : 22,50€

Les cuisines du grand Midwest, J.Ryan Stradal

Du roman écologique au roman gastronomique, J.Ryan Stradal entraine ses lecteurs à la suite d’Eva dans « Les cuisines du grand Midwest ».

Eva Thorvald arrive de loin, sa mère l’abandonne pour vivre sa vie de sommelière à l’autre bout du monde, son père Lars, grand amateur de cuisine et fin gastronome (c’est lui qui, dans sa famille, a poursuivi à Noël la tradition scandinave du lutefisk) meurt d’une crise cardiaque quand elle a à peine 6 ans. Adoptée par ses oncle et tante qui lui cachent ses origines, cette enfant singulière grandi avec le goût inné des saveurs et comprend très tôt les subtilités des produits authentiques.

Tout au long de sa vie, Eva prend le parti de choquer, d’aller au bout de ses limites en consommant par exemple les piments les plus forts, les plus intenses pendant son enfance. Puis peu à peu elle comprend que les saveurs sont surtout synonymes de subtilité et de douceur et change alors sa façon d’appréhender la cuisine et la nourriture en général. Nous la suivons d’étape en étape, dans les petits restaus de l’Amérique profonde, puis assistante de grand chef et enfin grande ordonnatrice de diners extraordinaires et absolument dispendieux pour VIP triés sur le volet.

L’auteur pose un regard étonnant sur la vie de son héroïne. Son parti pris n’est pas de suivre Eva, mais plutôt de choisir l’une ou l’autre des personnes -amis, ennemis, rivaux ou associés- qui ont jalonné sa vie et à travers eux décrire la période pendant laquelle ils l’ont côtoyée. Quels que soient les aléas qu’elle traverse, Eva réussit à les affronter, à rebondir et s’en sortir là où bien d’autres auraient renoncé, toujours à la recherche inconsciente de la douceur enfuie de son enfance. Roman initiatique, roman d’ambiance aussi, on s’attache à ces personnages pour le moins singuliers et à leurs relations pas toujours évidentes. Une belle façon de nous les présenter et d’aborder intelligemment la cuisine et les dérives des extrémistes du tout écologique et du 100% naturel.

💙💙💙💙

Roman lu dans la cadre de ma participation au Jury des lecteurs du Livre de Poche 2019.

Catalogue éditeur : Le Livre  de Poche

À l’instar de son père, Eva Thorvald est une surdouée du goût, un prodige des saveurs. Étape après étape, des fast-foods aux grands restaurants, des food trucks aux dîners privés, elle va devenir un grand chef, à la fois énigmatique et très demandé. Tous ceux qu’elle croise la regardent avec admiration ou jalousie.
Mais ce don unique vient aussi d’une blessure qui, malgré le talent, ne cicatrise pas. Eva cuisine comme d’autres peignent, écrivent ou composent : pour retrouver un peu de sérénité et le paradis perdu de l’enfance.

Avec Les Cuisines du grand Midwest, J. Ryan Stradal signe un roman initiatique poignant et une vaste fresque qui, à travers la gastronomie, explore tous les milieux sociaux des États-Unis.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch.

448 pages / Prix : 8,40€ / Date de parution : 27/02/2019 / EAN : 9782253073567 / Editeur d’origine : Rue Fromentin

Le fleuve de la liberté, Martha Conway

Quand la rivière est synonyme de liberté. Dans l’Amérique des années post guerre de sécession une troupe de théâtre embarque du Nord au Sud sur Le fleuve de la liberté.

En 1838, l’Amérique est divisée entre le Nord qui ne pratique pas l’esclavage, et le Sud esclavagiste, mais cela se fait en relative bonne intelligence. Les déchirements de la guerre de sécession n’arriveront que vingt ans plus tard.

Après le naufrage du vapeur Moselle qui devait l’emmener avec sa cousine Constance jusqu’à Saint-Louis, la jeune May Beldoe se retrouve seule et sans emploi sur les berges de l’Ohio. Toutes deux ont réussi à se sauver du bateau en flammes, mais leurs maigres possessions sont au fond du fleuve. Constance est recueillie par une abolitionniste, Mrs Howard. Elle abandonne son métier d’actrice pour donner des conférences contre l’esclavage le long du fleuve Ohio. May était son accompagnatrice, sa couturière, sa dame de compagnie. Désormais seule, elle doit se ressaisir et trouve un emploi dans un théâtre flottant.

D’abord jalousée, cette jeune femme douée, agile de ses mains et pleine de bonne volonté va rapidement s’intégrer à cette troupe composite aux personnalités les plus diverses. May est appréciée par tous, en particulier par Hugo, qui dirige à la fois la troupe et le bateau dans les eaux traitresses du fleuve. A cause d’une dette contractée auprès de Mrs Howard, May est obligée de s’intéresser de plus près au sort des esclaves, en particulier à ceux qui tentent de traverser Le fleuve de la liberté. Cet éveil de conscience tardif mais réel la pousse à braver les dangers et à prendre de sérieux risques.

J’ai aimé suivre cette troupe de théâtre aux caractères si divers, découvrir leurs échanges, leur façon de travailler sur le fleuve pendant toute une saison, en allant de ville en ville. Connaitre les petites mains qui les accompagnent et la façon dont ils sont perçus par la population. Ils doivent quasiment aller chercher leurs spectateurs. Dans ces villes en formation, épicier, shérif, juge, fermiers, chacun exerce une forme de pouvoir dont il faut comprendre les subtilités afin de flatter intelligemment celui qui saura faire venir sur le théâtre flottant le plus de spectateurs possible. Enfin j’ai aimé suivre l’éveil de conscience de May. D’abord fade et fragile, elle se transforme en une femme sûre au caractère bien trempé.

Les différents personnages permettent de comprendre les enjeux de l’esclavage, ceux qui ne le pratiquent pas mais ne le condamnent pas pour autant, ceux qui refusent d’intervenir, les chasseurs d’esclaves appâtés par le gain, et la complexité des réseaux qui tentent de leur faire passer la frontière entre le Sud et le Nord au péril de leur vie. Un roman qui se lit avec plaisir, même si le thème abordé est grave. Le lecteur s’attache à May et aux différents personnages, prêt à embarquer sur le fleuve de la liberté.

Lire également sur le sujet de l’esclavage aux États-Unis l’excellent roman de Colson Withehead, Underground Railroad.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

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Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et JC Lattès

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Manon Malais

Avril 1838. Après le naufrage du bateau qui devait l’emmener à Saint Louis, une jeune couturière, May Bedloe, échoue seule et sans le sou sur les berges de l’Ohio. Elle trouve un travail sur un bateau-théâtre qui descend la rivière pour donner des représentations. Par sa créativité et son talent, elle se rend rapidement indispensable et trouve sa place au milieu d’une troupe joviale d’acteurs hauts en couleur. Elle y découvre l’amitié et la promesse de quelque chose de plus…
Mais traverser quotidiennement la frontière entre le Sud confédéré et le Nord libre n’est pas sans danger. Pour honorer une dette, May se voit contrainte de transporter en cachette des passagers clandestins sur les flots du fleuve de la liberté. Ses secrets deviennent de plus en plus difficiles à garder. Et pour sauver la vie des autres, elle va devoir risquer la sienne…

Une formidable héroïne rend ce livre irrésistible. The Daily Mail.

Pages : 480 / Date de parution : 24/04/2019 / EAN : 9782253100751 / Prix : 8,40€