Amour propre, Sylvie le Bihan

Être mĂšre ou ĂȘtre femme
 Mais Ă  quel moment dit-on aux femmes que mettre au monde un enfant, c’est signer un bail ad vitam aeternam ? Dans ce roman magnifique qui ose dire, Sylvie le Bihan interroge le rĂŽle de la mĂšre et de la femme.

Giulia, prof d’italien, a la cinquantaine fatiguĂ©e et lasse. Giulia a des failles, elle a toujours ressenti un grand vide avec l’absence inexplicable de sa mĂšre. Sa mĂšre a abandonnĂ© le foyer en laissant sa petite fille de quelques mois au pĂšre qui l’a Ă©levĂ©e avec tout l’amour possible. Giulia a divorcĂ©, puis Ă©levĂ© seule ses trois enfants, s’efforçant d’ĂȘtre mĂšre sans avoir eu son propre modĂšle. Aujourd’hui elle n’a qu’une hĂąte, voir ses enfants quitter son foyer pour vivre enfin sa vie de femme. Sa fille est en fac, ses fils viennent de passer leur bac avec succĂšs, il est temps de s’envoler du nid douillet et protecteur dans lequel elle les maintient depuis tant d’annĂ©es.

Pourtant, tout ne va pas se passer comme prĂ©vu, et lorsque les garçons annoncent qu’ils souhaitent entamer une annĂ©e sabbatique, Giulia craque et fuit vers la villa Malaparte, Ă  Capri. Il faut dire qu’elle a hĂ©ritĂ© de sa mĂšre un livre de cet auteur qui l’attire irrĂ©sistiblement. LĂ , elle travaille, elle se ressource, se retrouve, et compulse les nombreuses archives qui lui permettront d’écrire sur Curzio Malaparte, auteur singulier et incompris de la majoritĂ© des lecteurs. Elle rencontre Maria, une femme attachante et mystĂ©rieuse.

Dans ce roman Ă©mouvant, Sylvie le Bihan prend Ă©galement le parti de ces femmes souvent montrĂ©es du doigt parce qu’elles n’ont pas eu ou ne veulent pas d’enfant. Comme si la maternitĂ© Ă©tait une Ă©vidence, un besoin vital pour l’accomplissement personnel. Ah ça, je l’ai souvent entendu dire par des collĂšgues tant hommes que femmes, Ă  qui j’ai souvent essayĂ© d’expliquer que chacune Ă©tait libre, difficile de le faire entendre ! À croire qu’une femme ne peut s’accomplir que dans la maternitĂ©. Mais non, alors osons le dire haut et fort, il y a tant de raisons Ă  en pas vouloir d’enfants, Ă  ne pas en avoir tout simplement, sans que cela retire quoi que ce soit aux femmes.

Il y a la sociĂ©tĂ© bienpensante, la religion, la famille, le regard des autres, qui imposent d’avoir des enfants pour rentrer dans la norme. Quelle pression sur les Ă©paules des femmes, de celles qui rĂȘvent d’ĂȘtre amoureuse, mĂšre, amie, collĂšgue, parfaite, et se mettent dans des situations inextricables fort dĂ©primantes. Non, la femme parfaite n’existe pas et c’est tant mieux ! Et d’ailleurs, n’essayons pas d’ĂȘtre parfaite, de donner aux enfants tout ce qu’ils attendent sans lever mĂȘme le petit doigt, laissons-les s’ennuyer, chercher, attendre, espĂ©rer et vouloir. Aidons-les Ă  se construire Ă  nos cĂŽtĂ©s jusqu’au jour oĂč il sera temps de quitter le cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est aussi ça, aimer ses enfants, et c’est toujours d’amour que l’on parle, mĂȘme lorsqu’une mĂšre rĂȘve de voir partir Â« ses petits Â»!

Sylvie le Bihan revient avec justesse et pudeur sur le rĂŽle souvent imposĂ© de mĂšre parfaite que l’on attribue aux femmes… Merci d’aborder ce sujet tabou encore aujourd’hui, de mettre Ă  sa vraie place le dĂ©sir d’ĂȘtre une femme sans ĂȘtre une mauvaise mĂšre. Comme si ne pas avoir eu d’enfant Ă©tait synonyme de vie gĂąchĂ©e. Enjeu difficile qui impose parfois des choix et des dĂ©cisions de vies qui ne sont pas ceux dont on aurait rĂȘvĂ©.
Et cerise sur le gĂąteau, merci de faire vivre Curzio Malaparte, un Ă©crivain et une personnalitĂ© aux engagements multiples et sans doute courageux que je dĂ©couvre dans cette villa qui fait rĂȘver. De nous faire dĂ©couvrir, et approfondir si l’on en avait, nos connaissances sur sa vie et son Ɠuvre… Avec comme une envie d’aller Ă  Capri aprĂšs cette lecture.

Catalogue Ă©diteur : JC LattĂšs

Giulia n’a hĂ©ritĂ© de sa mĂšre que son prĂ©nom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son pĂšre et avec les livres du grand Ă©crivain. Elle est devenue mĂšre, elle est devenue professeure d’universitĂ©, spĂ©cialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle,  mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mĂšre a fui dĂšs sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hĂ©ritĂ© de cette absente, ce qu’elle a lĂ©guĂ©, elle, mĂšre si prĂ©sente, Ă   ses enfants.
Elle rĂ©pond Ă  l’invitation d’un ami universitaire et part seule Ă  la Villa Malaparte Ă  Capri pour Ă©crire un livre. Lire la suite


Sylvie Le Bihan est romanciĂšre. Elle a publiĂ© aux Ă©ditions du Seuil trois romans remarquĂ©s : L’Autre (2014), LĂ  oĂč s’arrĂȘte la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un rĂ©cit Petite bibliothĂšque du gourmand, (Flammarion, 2013) prĂ©facĂ© par son mari Pierre Gagnaire.

EAN : 9782709664134 / Parution : 06/03/2019 / 250 pages

A la rencontre de Thierry Montoriol

Il nous a passionnĂ© avec son roman « Le roi chocolat », Thierry Montoriol nous dit tout, en particulier sur Victor, ce personnage si romanesque !

Je remercie Thierry Montoriol, rencontrĂ© lors du Salon Livre Paris, et avec qui j’avais alors Ă©voquĂ© mon envie de rĂ©aliser cet interview Ă  propos de son passionnant roman Le roi chocolat. J’avais eu envie de lire ce roman sans Ă  priori, n’ayant pas lu en dĂ©tail la 4e de couverture.
J’ai dĂ©couvert ensuite avec plaisir que cette histoire extraordinaire Ă©tait vĂ©ridique. C’est un vĂ©ritable rĂ©gal de lecture, et j’imagine que c’est une aventure comme de nombreux auteurs aimeraient en inventer.

A propos de votre roman  « Le roi chocolat »

Thierry Montoriol, vous nous parlez ici d’un personnage qui a rĂ©ellement existĂ©, puisque c’est Ă©galement une personne de votre famille.  Victor est Ă  la fois un hĂ©ros romanesque, un aventurier et un hĂ©ros de tragĂ©die grecque. Multiple et attachant malgrĂ© tout ! Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je crois avoir Ă©crit tout ce qu’il m’était permis de dire sur ce personnage. En revanche, il reste une zone d’ombre que je ne suis pas sur d’avoir envie d’éclaircir. Car, comme le roman le laisse entendre Ă  la fin, il est possible que l’homme qui a Ă©tĂ© enterrĂ© au PĂšre Lachaise, ruinĂ©, veuf et dĂ©sespĂ©rĂ©, ne soit qu’un inconnu qui lui aurait Ă©tĂ© substituĂ© pour lui permettre de rejoindre la femme qu’il aimait au Mexique. Jacuba Malitzine, laquelle avait quittĂ© Paris enceinte. Il est possible que j’ai une famille dont j’ignore tout au Mexique


Avez-vous eu besoin de convaincre les personnes de votre entourage, pour qu’ils acceptent ? Et du coup, qu’ont-ils pensĂ© de votre superbe roman ? (j’espĂšre vraiment qu’ils l’ont aimĂ© !)

Il a Ă©tĂ© extrĂȘmement difficile de persuader ma mĂšre de me confier ce qu’elle savait sur la derniĂšre partie de sa vie. Dans son milieu, la ruine, celle qui entraine toute la famille, est vĂ©cue comme un dĂ©shonneur. MĂȘme petite fille, elle en avait beaucoup souffert. Mais quand j’ai rĂ©ussi, en recoupant les articles de presse assez nombreux, Ă  reconstituer sa vie publique, elle a bien voulu valider mes dĂ©couvertes. Ma mĂšre a perdu la vue trois mois avant la sortie du livre et n’en connais que ce que ses frĂšres plus jeunes lui en ont dit. Ils Ă©taient enthousiastes et j’ai pu la rassurer.

On ne peut que s’attacher Ă  ce personnage si extravagant, ce vĂ©ritable hĂ©ros qui nous fait immanquablement penser Ă  Tintin, difficile de l’inventer en fait. Comment vous est venue l’envie d’en parler ?

Je cherchais un hĂ©ros pour mon troisiĂšme roman. J’ai trouvĂ© des carnets et, du coup, j’ai trouvĂ© mon personnage. Je n’avais pas besoin d’inventer, simplement de vĂ©rifier les faits. Sans compter que, enfant, si on me parlait volontiers de la pĂ©riode faste de cet aĂŻeul rocambolesque, on se refusait Ă  me dire ce qui lui Ă©tait advenu. Par la suite, je suis devenu journaliste, comme lui. Un journaliste Ă  qui on cache quelque chose


Il a vĂ©cu au moment des annĂ©es folles, mais aussi de l’agitation de la IIIe RĂ©publique, et des remous que connaissait alors l’AmĂ©rique du sud, avec en particulier la rĂ©volution au Mexique sous les auspices de Pancho Vila et de Zapata. Pour planter ce dĂ©cor, cela a dĂ» reprĂ©senter des mois de recherches, voire des annĂ©es. Combien de temps avez-vous mis pour ces recherches diverses, puis l’écriture du roman ?

Un an pour l’écriture. Quinze pour les recherches menĂ©es au grĂ© des circonstances quand mon mĂ©tier m’en laissait le temps. J’ai Ă©tĂ© bien aidĂ© par la BibliothĂšque Nationale et les Archives de Paris qui ont acceptĂ© de restaurer et de numĂ©riser la plupart des journaux qu’il avait dirigĂ©s. Le lire, semaine aprĂšs semaine, m’a permis de mieux comprendre et l’époque et le personnage. En tout cas pour la deuxiĂšme partie de sa vie. Pour la premiĂšre, il se confiait beaucoup dans ses carnets de reportage. Le difficile Ă©tait de traduire son Ă©criture.

Fallait-il d’abord le porter en vous, pour le laisser murir ? Et peut-ĂȘtre accepter de rĂ©vĂ©ler aux lecteurs une part intime malgrĂ© tout d’une histoire familiale ? Est-ce facile Ă  faire ?

Pas vraiment difficile. Il y a deux gĂ©nĂ©rations entre lui et moi. Mais c’est vrai qu’il m’a habitĂ© longtemps avant que je me dĂ©cide Ă  lui donner une seconde vie Ă  travers ce roman. J’ai d’abord mis mes pas dans ses traces, puis mes pieds dans ses bottes.

Avez-vous Ă©tĂ© tentĂ© d’occulter certains faits ? En avez-vous rajoutĂ©, inventĂ©, pour le rythme du roman ?

Avec un personnage de ce calibre, il est parfaitement inutile d’inventer quoi que ce soit. Occulter certains faits, j’y ai pensĂ©, notamment sur le chapitre « sentimental Â» qui pouvait heurter ma famille. J’ai dĂ©cidĂ© de lui ĂȘtre fidĂšle comme lui l’a Ă©tĂ©, jusqu’au bout et malgrĂ© les apparences, avec sa femme, mon arriĂšre grand mĂšre, Blanche. Et puis, il y a des choses qui ne s’inventent pas : pourquoi aurais-je prĂȘtĂ© Ă  cette mĂȘme grand mĂšre une filiation directe avec Charles Garnier, l’architecte de l’OpĂ©ra de Paris, par exemple. C’eut Ă©tĂ© ridicule. Si j’ai occultĂ© quelque chose et avec un personnage comme Pierre Lardet, c’est bien possible, c’est ce que je n’ai pas dĂ©couvert.

Mais comment se fait-il qu’il ait Ă©tĂ© aussi naĂŻf, l’amitiĂ©, la confiance, une profonde rigueur morale l’auraient empĂȘchĂ© de voir comment Ă©taient ceux qui tournaient autour de lui ?

Je ne crois pas qu’il ait Ă©tĂ© naĂŻf. CrĂ©dule, Ă  la limite. Et encore. Accorder sa confiance n’est pas naĂŻvetĂ©. Je pense surtout qu’il a Ă©tĂ© entraĂźnĂ© dans un monde, celui des affaires, qui n’était pas fait pour lui et qu’il n’a pas choisi Nous sommes Ă  l’époque des dĂ©buts du capitalisme qu’on a appelĂ© sauvage non sans raison. L’expression « dĂ©linquance en col blanc Â» date de cette Ă©poque. Il Ă©tait profondĂ©ment attachĂ© au mĂ©tier de journalisme et j’aurais aimĂ© avoir un directeur de publication comme lui. Mais toute sa vie l’a montrĂ© : c’était un homme de passion. Il a Ă©tĂ© emportĂ© par l’une d’entre elle.

Comment ce roman est-il accueilli chez vos lecteurs (avec le mĂȘme enthousiasme que moi j’espĂšre !) aimez-vous en parler ?

Si j’en juge par l’enthousiasme de mon Ă©diteur (l’excellente maison GaĂŻa) ce roman a Ă©tĂ© trĂšs bien accueilli


Merci pour cette Ă©criture magnifique, car vous avez Ă©crit un roman d’aventure mais avec une plume digne de la plus belle littĂ©rature, et sans doute est-ce pour cela aussi que ce roman nous plait tant.

J’accepte cet hommage avec gratitude.

A propos de votre prochain roman

Si j’ose vous demander, connaissez-vous dĂ©jĂ  le sujet de votre prochain roman, et pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ah non. Interdit. Tout ce que je peux dire, c’est que son action se situe Ă  cheval entre la rĂ©volution française et nos jours, qu’il prend pour dĂ©cor le milieu des chiffonniers de Paris et qu’il s’appuie sur des faits lĂ  encore assez incroyables pour que je craigne qu’on me demande si « c’est bien vrai, ce que vous racontez ? Â»

Quel lecteur ĂȘtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu rĂ©cemment, ce serait lequel et pourquoi ?

La femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier. Parce que c’est beau, Ă©mouvant et vrai, lĂ  aussi. Magistralement Ă©crit et racontĂ©.

Un Arturo Perez Reverte au hasard.

Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Celui que je suis en train d’écrire. A la veille de l’envoyer Ă  l’éditeur, je l’ai dĂ©jĂ  relu vingt fois


Thierry Montoriol, je vous remercie infiniment pour votre disponibilité, pour vos réponses, et pour le plaisir que nous prenons à vous lire !

Retrouvez ma chronique de Le roi chocolat paru en aout 2018.Un roman que j’ai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©.

Que faire Ă  Fort-de-France ?

Visiter la Bibliothùque SchƓlcher !

Vous visitez la Martinique et vous vous promenez Ă  Fort-de-France ? Ce n’est pas encore l’heure du T-Punch mais celle d’une belle balade dans la ville ? Alors c’est le moment de visiter la BibliothĂšque SchƓlcher, ce bĂątiment qui interpelle car il se distingue vraiment dans le paysage, c’est l’un des joyaux architecturaux de la Martinique. Et qui sait, en passant Ă  cĂŽtĂ© appareil photo en mains, on vous dira peut-ĂȘtre que c’est le bĂątiment le plus photographiĂ© de la ville !

Cette vieille dame plus que centenaire, carrefour du patrimoine martiniquais, trĂŽne majestueusement sur la place de la Savane. C’est le lieu oĂč convergent Ă  la fois la population et les nombreux touristes qui n’hĂ©sitent pas Ă  s’arrĂȘter et Ă  la visiter.

Laissez-vous surprendre tout d’abord par sa splendide façade en mosaĂŻque jaune et rouge surmontĂ©e d’une toiture mĂ©tallique ouvragĂ©e, Ă©tonnant mĂ©lange de style byzantin et d’art nouveau.

A l’extĂ©rieur comme Ă  l’intĂ©rieur, vous serez saisi par la beautĂ© de l’édifice. Calme, silencieux, on pĂ©nĂštre sous une vase coupole au plafond spectaculaire, au centre, un espace pour des expositions, et tout autour, les livres, les plus anciens tout en haut.

Sa construction est dĂ©cidĂ©e en 1886 suite au leg par Victor SchƓlcher (1804-1893) d’une large collection de prĂšs de 10,000 d’ouvrages au Conseil GĂ©nĂ©ral de Martinique. Le dĂ©putĂ© SchƓlcher fĂ»t un acteur majeur de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il souhaitait que l’accĂšs Ă  ses Ɠuvres soit gratuit pour le public et serve Ă  l’instruction des anciens esclaves noirs.

C’est l’architecte Pierre-Henri Picq qui rĂ©alise la  bibliothĂšque en 1887. Il s’inspire de la tradition architecturale antique, dorique, ionique, corinthienne ou encore orientale, mais il cherche Ă©galement Ă  rĂ©pondre aux impĂ©ratifs des climats tropicaux et aux contraintes des zones marĂ©cageuses et Ă  haut risque sismique. Le bĂątiment est construit d’abord Ă  Paris dans le Jardin des Tuileries, puis il sera entiĂšrement dĂ©montĂ© et acheminĂ© en bateau jusqu’en Martinique et remontĂ© Ă  son emplacement actuel, puis ouvert au public en 1893. De nombreux livres, manuscrits et partitions de musique ont Ă©tĂ© dĂ©truits lors de l’incendie de 1890. Seuls 1200 ouvrages seront sauvĂ©s des flammes

La BibliothÚque Schoelcher est la bibliothÚque publique départementale de la ville de Fort-de-France en Martinique.

Tout en flĂąnant dans le centre de Fort-de-France, ne pas oublier de visiter la cathĂ©drale Ă©levĂ©e par le mĂȘme architecte parisien Pierre-Henri Picq, la prĂ©cĂ©dente ayant Ă©tĂ© dĂ©truite par le cyclone de 1891. Son style mĂȘle le nĂ©ogothique et le romano-byzantin.

EntiĂšrement mĂ©tallique, afin de rĂ©sister aux tremblements de terre, et en rĂ©fĂ©rence aux techniques employĂ©es par Gustave Eiffel Ă  la mĂȘme Ă©poque, Ă  l’intĂ©rieur on peut admirer des arcs en plein-cintre et une coupole octogonale. Elle mesure 66 mĂštres de long sur 24 mĂštres de large.

(source http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/bs/~~/presentation-de-la-bs.aspx  et http://www.guidemartinique.com/visites/bibliotheque-schoelcher.php )

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et Ă©meut par son courage et son caractĂšre. Quand une histoire vraie devient un rĂ©cit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habitĂ©s par les puritains aux rĂšgles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriĂ©taire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette mĂȘme communautĂ©. Ils vivent relativement aisĂ©ment pour l’époque, femme au foyer, mĂšre attentive, chrĂ©tienne convaincue, Mary respecte les rĂšgles imposĂ©es par l’église et par son mari. A cette Ă©poque et dans cette Ă©glise pour le moins austĂšre, une femme reste Ă  la maison, n’en sort qu’accompagnĂ©e de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut ĂȘtre punie pour insolence, y compris envers son Ă©poux.

Mary et sa famille se conforment aux rĂšgles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaquĂ© par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menĂ©s vers les grandes plaines oĂč se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et ĂȘtre asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquĂ©e et apeurĂ©e dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement dĂ©celer chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle dĂ©couvre avec Ă©tonnement. Ces sauvages qui ont dĂ©vastĂ© son village et tuĂ© sans pitiĂ© les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend Ă  leur contact la libertĂ© de mouvement, le bonheur de l’oisivetĂ©, la possibilitĂ© dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-mĂȘme n’était qu’autorisĂ©e qu’à se taire dans sa propre communautĂ©.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte Ă  des dĂ©placements permanent Ă  travers diffĂ©rents États, tenaillĂ©e par la faim et le froid au mĂȘme titre que ses ravisseurs, aidĂ©e par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passĂ©e. Questions encore plus prĂ©gnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rĂȘve de libertĂ©.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes Ă©critures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et rĂ©futent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvrĂ© sa libertĂ©, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la sociĂ©tĂ©.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basĂ©e sur une histoire vraie et des faits vĂ©rifiĂ©s, Amy Belding Brown nous plonge dans l’AmĂ©rique puritaine du XVIIe siĂšcle oĂč Dieu est le seul maĂźtre, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rĂŽle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les vĂ©ritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrĂ©misme religieux, de l’esclavage, de l’égalitĂ© des races, et soulĂšve une fois encore la question de l’extermination des indiens d’AmĂ©rique du Nord chassĂ©s de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimĂ© ce roman qui dĂ©crit Ă  la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime Ă  la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillĂ© par Jim Fergus, il me fait penser au thĂšme de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais Ă©galement apprĂ©ciĂ© lors de sa sortie.

💙💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communautĂ© de puritains venus d’Angleterre. Bonne mĂšre, bonne Ă©pouse, elle souffre nĂ©anmoins de la rigiditĂ© morale Ă©touffante qui rĂšgne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va ĂȘtre ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonniĂšre. Mary doit alors Ă©pouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquĂ©e par l’armĂ©e. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages Â» qu’elle va trouver une libertĂ© qu’elle n’aurait jamais imaginĂ©e. Les mƓurs qu’elle y dĂ©couvre, que ce soit le rĂŽle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repĂšres. Et, pour la premiĂšre fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « Ă  la normale Â», dans une sociĂ©tĂ© blanche dont l’hypocrisie lui est dĂ©sormais insupportable ?
 
Cette magnifique Ă©popĂ©e romanesque, inspirĂ©e de la vĂ©ritable histoire de Mary Rowlandson, est Ă  la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage Ă  une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation Â» s’est efforcĂ©e d’anĂ©antir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€

HammershĂži, le maĂźtre de la peinture danoise, musĂ©e Jacquemart AndrĂ©

Visiter l’Expo « HammershĂži, le maĂźtre de la peinture danoise » et ressentir un moment de sĂ©rĂ©nitĂ© pure Ă  contempler ces toiles en impressions de gris et blancs.

Un artiste Ă©ternellement contemporain, superbement Ă©tonnant, une jolie dĂ©couverte. Apparemment tombĂ© dans l’oubli pendant de nombreuses annĂ©es, Wilhem HammershĂži (1864-1916) est parfois considĂ©rĂ© comme le Vermeer du XX° siĂšcle.

Il se dĂ©gage de ces quelques 40 toiles, Ă  mesure que l’on progresse dans les salles, une telle sĂ©rĂ©nitĂ©, un tel calme, que l’on a envie d’y revenir. Si le thĂšme des intĂ©rieurs Ă©tait en vogue Ă  l’époque chez les peintres danois, il l’a en quelque sorte sublimĂ©. Les couleurs sont quasi absentes, essentiellement des tonalitĂ©s de gris, bruns, blancs, tonalitĂ©s froides donnant une impression de mĂ©lancolie, voire d’austĂ©ritĂ©, peu de meubles ou d’objets, et des compositions de lignes horizontales et verticales pour arrĂȘter le regard
 Chaque piĂšce semble la mĂȘme et pourtant l’artiste a voyagĂ© et peint les diffĂ©rents intĂ©rieurs dans lesquels il a Ă©voluĂ© avec sa femme Ida.

Si la fiancĂ©e est reprĂ©sentĂ©e de face, l’Ă©pouse quant Ă  elle ne le sera que de dos ou visage penchĂ©. Un parti pris artistique, pour ne retenir du tableau que les formes, la lumiĂšre, la piĂšce dans laquelle elle se situe ?

Alors oui, avouons-le, ce rendu est superbe. On a l’impression de se trouver face Ă  des partis-pris photographiques, cadrage resserrĂ©, ombre et lumiĂšre, contrejour, suite de piĂšces et de portes
 L’artiste est mort jeune, 51 ans, on peut se demander jusqu’oĂč serait allĂ© son dĂ©sir d’abstraction dans ses Ɠuvres


💙💙💙💙💙

Le musĂ©e Jacquemart AndrĂ© met l’artiste danois Ă  l’honneur jusqu’au 22 juillet. Ouvert 7/7 de 10h Ă  18h, nocturnes les lundis jusqu’à 20h30.

NymphĂ©as noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillĂ©e par l’intrigue originale que sĂ©duite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari rĂ©ussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, NymphĂ©as noirs, aux Ă©ditions Dupuis.

NymphĂ©as noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlĂ©, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expĂ©rience originale, et avouons-le gĂ©niale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il Ă©tait une fois trois femmes, StĂ©phanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorciĂšre qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille trĂšs douĂ©e en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champĂȘtre coin de d’Eure. Joli, mais Ă©touffant semble-t-il, car irrĂ©mĂ©diablement figĂ© au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversĂ©es pendant quelques jours en mai 2010, parenthĂšses maudite entre la dĂ©couverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxiĂšme assassinat.

EnquĂȘte, contre-enquĂȘte, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextĂ©ritĂ© les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle Ă  la magie qui opĂšre au fil des pages. C’est beau, Ă©trange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mĂȘle savamment Ă  ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre Ă  zĂ©ro quand on a enfin terminĂ©, car la surprise finale est Ă  la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particuliĂšrement rĂ©ussie.

💙💙💙💙💙

Lire Ă©galement les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue Ă©diteur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, Ă  Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnĂ©e de peinture, une sĂ©duisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenĂȘtre. Lorsqu’un meurtre est perpĂ©trĂ© dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

Manuel Ă  l’usage des femmes de mĂ©nage, Lucia Berlin

Une dĂ©couverte littĂ©raire rare. Un bonheur de lecture, tout simplement. Mais pourquoi avons-nous attendu aussi longtemps pour en entendre parler !

Couverture du roman "Manuel à l'usage des femmes de ménage" de Lucia Berlin édition Le Livre de poche

S’il est vrai que j’aime beaucoup lire des nouvelles, lĂ , c’est tout simplement autre chose. Il y a tout dans cette Ă©criture, le style, les mots, les Ă©motions, la vie, les douleurs et les joies, la famille et la sociĂ©tĂ©, les villes parcourues, les Ă©vĂšnements vĂ©cus. Lucia Berlin est nĂ©e dans les annĂ©es 30 et nous transporte tout au long de ces quelques dizaines d’annĂ©es de sa vie en 600 pages.

Lucia Berlin est un auteur fabuleux, qui a su m’embarquer dans ses histoires, vraies, puisqu’elle les raconte et ne ment jamais, c’est elle qui le dit. J’ai eu l’impression de la suivre partout, et de la comprendre. Les personnages sont autres, les noms aussi, mais on la retrouve, ainsi que sa mùre, sa sƓur, ses maris, ses fils, ses amours, ses collùgues et ses patrons, ses voisins et ses amis


Elle parle de son enfance, abusĂ©e par un grand-pĂšre, aux cĂŽtĂ©s d’une grand-mĂšre qui n’intervient pas, Ă©levĂ©e par une mĂšre alcoolique qui ne montre jamais le moindre signe de tendresse ou d’intĂ©rĂȘt pour sa fille, et un pĂšre absent, il part Ă  la guerre en 1941, de New York au Chili, du Texas Ă  Oakland. Puis c’est la rencontre avec son premier mari, si jeune, rejetĂ© par ses parents. Trois mariages et quatre fils plus tard, elle aura connu des mĂ©tiers Ă  la pelle, artiste bohĂšme avec ses maris poĂšte ou sculpteur, mais aussi enseignante, elle parle anglais et espagnol, standardiste, femme de mĂ©nage, elle connait des hauts et surtout des bas, alcoolique, seule, abandonnĂ©e, amoureuse, trahie, mais souvent entourĂ©e, accompagnĂ©e, elle aura tout vĂ©cu et tout surmontĂ©.

Cette Ă©criture est magique, en quarante-trois nouvelles, j’ai Ă©tĂ© plongĂ©e dans toute Ă©poque. Rien n’est lassant, on tourne les pages et on avance avec bonheur dans cette vie si singuliĂšre, si atypique. Il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’espoir, c’est Ă  la fois critique et violent, sensuel et poignant, et ce n’est jamais amer. Il  y a des descriptions, imagĂ©es, Ă©mouvantes, vibrantes. Les couleurs, les sons, les gestes, sont lĂ  pour dire la vie ou la mort. La maladie est prĂ©sente mais magnifiĂ©e par l’amour des deux sƓurs, leur complicitĂ©, leurs souvenirs, leurs arrangements aussi avec ces souvenirs, ceux de la mĂšre en particulier, avec ses suicides Ă  rĂ©pĂ©tition et son dĂ©samour pour sa seconde fille. C’est aussi gai que mĂ©lancolique, c’est cruel et intime, incisif et tendre, bluffant de justesse et de vĂ©ritĂ©, le tout portĂ© par un rythme, un souffle, une maitrise de l’écriture assez unique. Alors si vous hĂ©sitez encore, allez-y, vous ne serez pas déçus !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Le livre de Poche & Grasset

Elle est une grande Ă©crivaine injustement mĂ©connue, une reine de la narration. Lucia Berlin (1936-2004), mariĂ©e trois fois, mĂšre de quatre garçons, raconte ici ses multiples vies en quarante-trois Ă©pisodes. ÉlevĂ©e dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a Ă©tĂ© successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilĂ©giĂ©e Ă  Santiago du Chili, une artiste bohĂšme dans le New York des annĂ©es 1950 et une infirmiĂšre aux urgences d’Oakland. Elle a su saisir les miracles du quotidien jusque dans les centres de dĂ©sintoxication du sud-ouest des États-Unis, Ă©grenant ses conseils avisĂ©s et loufoques tirĂ©s de ses propres expĂ©riences d’enseignante, standardiste, rĂ©ceptionniste, ou encore femme de mĂ©nage. Un destin exceptionnel.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par ValĂ©rie Malfoy

Éditeur d’origine : Grasset / Date de parution : 26/09/2018 / EAN : 9782253071402 / 600 pages / Prix : 8,70€

CrĂ©dit photo 1963 Buddy Berlin © 2015 – 2018, Literary Estate of Lucia Berlin LP