Amour propre, Sylvie le Bihan

ĂŠtre mère ou ĂŞtre femme… Mais Ă  quel moment dit-on aux femmes que mettre au monde un enfant, c’est signer un bail ad vitam aeternam ? Dans ce roman magnifique qui ose dire, Sylvie le Bihan interroge le rĂ´le de la mère et de la femme.

Giulia, prof d’italien, a la cinquantaine fatiguée et lasse. Giulia a des failles, elle a toujours ressenti un grand vide avec l’absence inexplicable de sa mère. Sa mère a abandonné le foyer en laissant sa petite fille de quelques mois au père qui l’a élevée avec tout l’amour possible. Giulia a divorcé, puis élevé seule ses trois enfants, s’efforçant d’être mère sans avoir eu son propre modèle. Aujourd’hui elle n’a qu’une hâte, voir ses enfants quitter son foyer pour vivre enfin sa vie de femme. Sa fille est en fac, ses fils viennent de passer leur bac avec succès, il est temps de s’envoler du nid douillet et protecteur dans lequel elle les maintient depuis tant d’années.

Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu, et lorsque les garçons annoncent qu’ils souhaitent entamer une année sabbatique, Giulia craque et fuit vers la villa Malaparte, à Capri. Il faut dire qu’elle a hérité de sa mère un livre de cet auteur qui l’attire irrésistiblement. Là, elle travaille, elle se ressource, se retrouve, et compulse les nombreuses archives qui lui permettront d’écrire sur Curzio Malaparte, auteur singulier et incompris de la majorité des lecteurs. Elle rencontre Maria, une femme attachante et mystérieuse.

Dans ce roman Ă©mouvant, Sylvie le Bihan prend Ă©galement le parti de ces femmes souvent montrĂ©es du doigt parce qu’elles n’ont pas eu ou ne veulent pas d’enfant. Comme si la maternitĂ© Ă©tait une Ă©vidence, un besoin vital pour l’accomplissement personnel. Ah ça, je l’ai souvent entendu dire par des collègues tant hommes que femmes, Ă  qui j’ai souvent essayĂ© d’expliquer que chacune Ă©tait libre, difficile de le faire entendre ! Ă€ croire qu’une femme ne peut s’accomplir que dans la maternitĂ©. Mais non, alors osons le dire haut et fort, il y a tant de raisons Ă  en pas vouloir d’enfants, Ă  ne pas en avoir tout simplement, sans que cela retire quoi que ce soit aux femmes.

Il y a la sociĂ©tĂ© bienpensante, la religion, la famille, le regard des autres, qui imposent d’avoir des enfants pour rentrer dans la norme. Quelle pression sur les Ă©paules des femmes, de celles qui rĂŞvent d’être amoureuse, mère, amie, collègue, parfaite, et se mettent dans des situations inextricables fort dĂ©primantes. Non, la femme parfaite n’existe pas et c’est tant mieux ! Et d’ailleurs, n’essayons pas d’être parfaite, de donner aux enfants tout ce qu’ils attendent sans lever mĂŞme le petit doigt, laissons-les s’ennuyer, chercher, attendre, espĂ©rer et vouloir. Aidons-les Ă  se construire Ă  nos cĂ´tĂ©s jusqu’au jour oĂą il sera temps de quitter le cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est aussi ça, aimer ses enfants, et c’est toujours d’amour que l’on parle, mĂŞme lorsqu’une mère rĂŞve de voir partir Â« ses petits Â»!

Sylvie le Bihan revient avec justesse et pudeur sur le rĂ´le souvent imposĂ© de mère parfaite que l’on attribue aux femmes… Merci d’aborder ce sujet tabou encore aujourd’hui, de mettre Ă  sa vraie place le dĂ©sir d’être une femme sans ĂŞtre une mauvaise mère. Comme si ne pas avoir eu d’enfant Ă©tait synonyme de vie gâchĂ©e. Enjeu difficile qui impose parfois des choix et des dĂ©cisions de vies qui ne sont pas ceux dont on aurait rĂŞvĂ©.
Et cerise sur le gâteau, merci de faire vivre Curzio Malaparte, un Ă©crivain et une personnalitĂ© aux engagements multiples et sans doute courageux que je dĂ©couvre dans cette villa qui fait rĂŞver. De nous faire dĂ©couvrir, et approfondir si l’on en avait, nos connaissances sur sa vie et son Ĺ“uvre… Avec comme une envie d’aller Ă  Capri après cette lecture.

Catalogue Ă©diteur : JC Lattès

Giulia n’a hĂ©ritĂ© de sa mère que son prĂ©nom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand Ă©crivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’universitĂ©, spĂ©cialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle,  mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hĂ©ritĂ© de cette absente, ce qu’elle a lĂ©guĂ©, elle, mère si prĂ©sente, Ă   ses enfants.
Elle répond à l’invitation d’un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. Lire la suite…

Sylvie Le Bihan est romancière. Elle a publiĂ© aux Ă©ditions du Seuil trois romans remarquĂ©s : L’Autre (2014), LĂ  oĂą s’arrĂŞte la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un rĂ©cit Petite bibliothèque du gourmand, (Flammarion, 2013) prĂ©facĂ© par son mari Pierre Gagnaire.

EAN : 9782709664134 / Parution : 06/03/2019 / 250 pages

A la rencontre de Thierry Montoriol

Il nous a passionnĂ© avec son roman « Le roi chocolat », Thierry Montoriol nous dit tout, en particulier sur Victor, ce personnage si romanesque !

Je remercie Thierry Montoriol, rencontrĂ© lors du Salon Livre Paris, et avec qui j’avais alors Ă©voquĂ© mon envie de rĂ©aliser cet interview Ă  propos de son passionnant roman Le roi chocolat. J’avais eu envie de lire ce roman sans Ă  priori, n’ayant pas lu en dĂ©tail la 4e de couverture.
J’ai dĂ©couvert ensuite avec plaisir que cette histoire extraordinaire Ă©tait vĂ©ridique. C’est un vĂ©ritable rĂ©gal de lecture, et j’imagine que c’est une aventure comme de nombreux auteurs aimeraient en inventer.

A propos de votre roman  « Le roi chocolat »

Thierry Montoriol, vous nous parlez ici d’un personnage qui a rĂ©ellement existĂ©, puisque c’est Ă©galement une personne de votre famille.  Victor est Ă  la fois un hĂ©ros romanesque, un aventurier et un hĂ©ros de tragĂ©die grecque. Multiple et attachant malgrĂ© tout ! Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je crois avoir écrit tout ce qu’il m’était permis de dire sur ce personnage. En revanche, il reste une zone d’ombre que je ne suis pas sur d’avoir envie d’éclaircir. Car, comme le roman le laisse entendre à la fin, il est possible que l’homme qui a été enterré au Père Lachaise, ruiné, veuf et désespéré, ne soit qu’un inconnu qui lui aurait été substitué pour lui permettre de rejoindre la femme qu’il aimait au Mexique. Jacuba Malitzine, laquelle avait quitté Paris enceinte. Il est possible que j’ai une famille dont j’ignore tout au Mexique…

Avez-vous eu besoin de convaincre les personnes de votre entourage, pour qu’ils acceptent ? Et du coup, qu’ont-ils pensĂ© de votre superbe roman ? (j’espère vraiment qu’ils l’ont aimĂ© !)

Il a été extrêmement difficile de persuader ma mère de me confier ce qu’elle savait sur la dernière partie de sa vie. Dans son milieu, la ruine, celle qui entraine toute la famille, est vécue comme un déshonneur. Même petite fille, elle en avait beaucoup souffert. Mais quand j’ai réussi, en recoupant les articles de presse assez nombreux, à reconstituer sa vie publique, elle a bien voulu valider mes découvertes. Ma mère a perdu la vue trois mois avant la sortie du livre et n’en connais que ce que ses frères plus jeunes lui en ont dit. Ils étaient enthousiastes et j’ai pu la rassurer.

On ne peut que s’attacher Ă  ce personnage si extravagant, ce vĂ©ritable hĂ©ros qui nous fait immanquablement penser Ă  Tintin, difficile de l’inventer en fait. Comment vous est venue l’envie d’en parler ?

Je cherchais un héros pour mon troisième roman. J’ai trouvé des carnets et, du coup, j’ai trouvé mon personnage. Je n’avais pas besoin d’inventer, simplement de vérifier les faits. Sans compter que, enfant, si on me parlait volontiers de la période faste de cet aïeul rocambolesque, on se refusait à me dire ce qui lui était advenu. Par la suite, je suis devenu journaliste, comme lui. Un journaliste à qui on cache quelque chose…

Il a vĂ©cu au moment des annĂ©es folles, mais aussi de l’agitation de la IIIe RĂ©publique, et des remous que connaissait alors l’AmĂ©rique du sud, avec en particulier la rĂ©volution au Mexique sous les auspices de Pancho Vila et de Zapata. Pour planter ce dĂ©cor, cela a dĂ» reprĂ©senter des mois de recherches, voire des annĂ©es. Combien de temps avez-vous mis pour ces recherches diverses, puis l’écriture du roman ?

Un an pour l’écriture. Quinze pour les recherches menées au gré des circonstances quand mon métier m’en laissait le temps. J’ai été bien aidé par la Bibliothèque Nationale et les Archives de Paris qui ont accepté de restaurer et de numériser la plupart des journaux qu’il avait dirigés. Le lire, semaine après semaine, m’a permis de mieux comprendre et l’époque et le personnage. En tout cas pour la deuxième partie de sa vie. Pour la première, il se confiait beaucoup dans ses carnets de reportage. Le difficile était de traduire son écriture.

Fallait-il d’abord le porter en vous, pour le laisser murir ? Et peut-ĂŞtre accepter de rĂ©vĂ©ler aux lecteurs une part intime malgrĂ© tout d’une histoire familiale ? Est-ce facile Ă  faire ?

Pas vraiment difficile. Il y a deux générations entre lui et moi. Mais c’est vrai qu’il m’a habité longtemps avant que je me décide à lui donner une seconde vie à travers ce roman. J’ai d’abord mis mes pas dans ses traces, puis mes pieds dans ses bottes.

Avez-vous Ă©tĂ© tentĂ© d’occulter certains faits ? En avez-vous rajoutĂ©, inventĂ©, pour le rythme du roman ?

Avec un personnage de ce calibre, il est parfaitement inutile d’inventer quoi que ce soit. Occulter certains faits, j’y ai pensĂ©, notamment sur le chapitre « sentimental Â» qui pouvait heurter ma famille. J’ai dĂ©cidĂ© de lui ĂŞtre fidèle comme lui l’a Ă©tĂ©, jusqu’au bout et malgrĂ© les apparences, avec sa femme, mon arrière grand mère, Blanche. Et puis, il y a des choses qui ne s’inventent pas : pourquoi aurais-je prĂŞtĂ© Ă  cette mĂŞme grand mère une filiation directe avec Charles Garnier, l’architecte de l’OpĂ©ra de Paris, par exemple. C’eut Ă©tĂ© ridicule. Si j’ai occultĂ© quelque chose et avec un personnage comme Pierre Lardet, c’est bien possible, c’est ce que je n’ai pas dĂ©couvert.

Mais comment se fait-il qu’il ait Ă©tĂ© aussi naĂŻf, l’amitiĂ©, la confiance, une profonde rigueur morale l’auraient empĂŞchĂ© de voir comment Ă©taient ceux qui tournaient autour de lui ?

Je ne crois pas qu’il ait Ă©tĂ© naĂŻf. CrĂ©dule, Ă  la limite. Et encore. Accorder sa confiance n’est pas naĂŻvetĂ©. Je pense surtout qu’il a Ă©tĂ© entraĂ®nĂ© dans un monde, celui des affaires, qui n’était pas fait pour lui et qu’il n’a pas choisi Nous sommes Ă  l’époque des dĂ©buts du capitalisme qu’on a appelĂ© sauvage non sans raison. L’expression « dĂ©linquance en col blanc Â» date de cette Ă©poque. Il Ă©tait profondĂ©ment attachĂ© au mĂ©tier de journalisme et j’aurais aimĂ© avoir un directeur de publication comme lui. Mais toute sa vie l’a montrĂ© : c’était un homme de passion. Il a Ă©tĂ© emportĂ© par l’une d’entre elle.

Comment ce roman est-il accueilli chez vos lecteurs (avec le mĂŞme enthousiasme que moi j’espère !) aimez-vous en parler ?

Si j’en juge par l’enthousiasme de mon éditeur (l’excellente maison Gaïa) ce roman a été très bien accueilli…

Merci pour cette écriture magnifique, car vous avez écrit un roman d’aventure mais avec une plume digne de la plus belle littérature, et sans doute est-ce pour cela aussi que ce roman nous plait tant.

J’accepte cet hommage avec gratitude.

A propos de votre prochain roman

Si j’ose vous demander, connaissez-vous déjà le sujet de votre prochain roman, et pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ah non. Interdit. Tout ce que je peux dire, c’est que son action se situe Ă  cheval entre la rĂ©volution française et nos jours, qu’il prend pour dĂ©cor le milieu des chiffonniers de Paris et qu’il s’appuie sur des faits lĂ  encore assez incroyables pour que je craigne qu’on me demande si « c’est bien vrai, ce que vous racontez ? Â»

Quel lecteur ĂŞtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu rĂ©cemment, ce serait lequel et pourquoi ?

La femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier. Parce que c’est beau, émouvant et vrai, là aussi. Magistralement écrit et raconté.

Un Arturo Perez Reverte au hasard.

Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Celui que je suis en train d’écrire. A la veille de l’envoyer à l’éditeur, je l’ai déjà relu vingt fois…

Thierry Montoriol, je vous remercie infiniment pour votre disponibilité, pour vos réponses, et pour le plaisir que nous prenons à vous lire !

Retrouvez ma chronique de Le roi chocolat paru en aout 2018.Un roman que j’ai particulièrement apprécié.

Que faire Ă  Fort-de-France ?

Visiter la Bibliothèque Schœlcher !

Vous visitez la Martinique et vous vous promenez Ă  Fort-de-France ? Ce n’est pas encore l’heure du T-Punch mais celle d’une belle balade dans la ville ? Alors c’est le moment de visiter la Bibliothèque SchĹ“lcher, ce bâtiment qui interpelle car il se distingue vraiment dans le paysage, c’est l’un des joyaux architecturaux de la Martinique. Et qui sait, en passant Ă  cĂ´tĂ© appareil photo en mains, on vous dira peut-ĂŞtre que c’est le bâtiment le plus photographiĂ© de la ville !

Cette vieille dame plus que centenaire, carrefour du patrimoine martiniquais, trône majestueusement sur la place de la Savane. C’est le lieu où convergent à la fois la population et les nombreux touristes qui n’hésitent pas à s’arrêter et à la visiter.

Laissez-vous surprendre tout d’abord par sa splendide façade en mosaĂŻque jaune et rouge surmontĂ©e d’une toiture mĂ©tallique ouvragĂ©e, Ă©tonnant mĂ©lange de style byzantin et d’art nouveau.

A l’extérieur comme à l’intérieur, vous serez saisi par la beauté de l’édifice. Calme, silencieux, on pénètre sous une vase coupole au plafond spectaculaire, au centre, un espace pour des expositions, et tout autour, les livres, les plus anciens tout en haut.

Sa construction est dĂ©cidĂ©e en 1886 suite au leg par Victor SchĹ“lcher (1804-1893) d’une large collection de près de 10,000 d’ouvrages au Conseil GĂ©nĂ©ral de Martinique. Le dĂ©putĂ© SchĹ“lcher fĂ»t un acteur majeur de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il souhaitait que l’accès Ă  ses Ĺ“uvres soit gratuit pour le public et serve Ă  l’instruction des anciens esclaves noirs.

C’est l’architecte Pierre-Henri Picq qui rĂ©alise la  bibliothèque en 1887. Il s’inspire de la tradition architecturale antique, dorique, ionique, corinthienne ou encore orientale, mais il cherche Ă©galement Ă  rĂ©pondre aux impĂ©ratifs des climats tropicaux et aux contraintes des zones marĂ©cageuses et Ă  haut risque sismique. Le bâtiment est construit d’abord Ă  Paris dans le Jardin des Tuileries, puis il sera entièrement dĂ©montĂ© et acheminĂ© en bateau jusqu’en Martinique et remontĂ© Ă  son emplacement actuel, puis ouvert au public en 1893. De nombreux livres, manuscrits et partitions de musique ont Ă©tĂ© dĂ©truits lors de l’incendie de 1890. Seuls 1200 ouvrages seront sauvĂ©s des flammes

La Bibliothèque Schoelcher est la bibliothèque publique départementale de la ville de Fort-de-France en Martinique.

Tout en flânant dans le centre de Fort-de-France, ne pas oublier de visiter la cathédrale élevée par le même architecte parisien Pierre-Henri Picq, la précédente ayant été détruite par le cyclone de 1891. Son style mêle le néogothique et le romano-byzantin.

Entièrement mĂ©tallique, afin de rĂ©sister aux tremblements de terre, et en rĂ©fĂ©rence aux techniques employĂ©es par Gustave Eiffel Ă  la mĂŞme Ă©poque, Ă  l’intĂ©rieur on peut admirer des arcs en plein-cintre et une coupole octogonale. Elle mesure 66 mètres de long sur 24 mètres de large.

(source http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/bs/~~/presentation-de-la-bs.aspx  et http://www.guidemartinique.com/visites/bibliotheque-schoelcher.php )

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et Ă©meut par son courage et son caractère. Quand une histoire vraie devient un rĂ©cit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habités par les puritains aux règles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriétaire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette même communauté. Ils vivent relativement aisément pour l’époque, femme au foyer, mère attentive, chrétienne convaincue, Mary respecte les règles imposées par l’église et par son mari. A cette époque et dans cette église pour le moins austère, une femme reste à la maison, n’en sort qu’accompagnée de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut être punie pour insolence, y compris envers son époux.

Mary et sa famille se conforment aux règles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaqué par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menés vers les grandes plaines où se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et être asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquée et apeurée dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement déceler chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle découvre avec étonnement. Ces sauvages qui ont dévasté son village et tué sans pitié les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend à leur contact la liberté de mouvement, le bonheur de l’oisiveté, la possibilité dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-même n’était qu’autorisée qu’à se taire dans sa propre communauté.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte à des déplacements permanent à travers différents États, tenaillée par la faim et le froid au même titre que ses ravisseurs, aidée par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passée. Questions encore plus prégnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rêve de liberté.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes Ă©critures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et rĂ©futent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvrĂ© sa libertĂ©, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la sociĂ©tĂ©.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basée sur une histoire vraie et des faits vérifiés, Amy Belding Brown nous plonge dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle où Dieu est le seul maître, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rôle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les véritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrémisme religieux, de l’esclavage, de l’égalité des races, et soulève une fois encore la question de l’extermination des indiens d’Amérique du Nord chassés de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimĂ© ce roman qui dĂ©crit Ă  la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime Ă  la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillĂ© par Jim Fergus, il me fait penser au thème de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais Ă©galement apprĂ©ciĂ© lors de sa sortie.

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Catalogue Ă©diteur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communautĂ© de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne Ă©pouse, elle souffre nĂ©anmoins de la rigiditĂ© morale Ă©touffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va ĂŞtre ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors Ă©pouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquĂ©e par l’armĂ©e. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages Â» qu’elle va trouver une libertĂ© qu’elle n’aurait jamais imaginĂ©e. Les mĹ“urs qu’elle y dĂ©couvre, que ce soit le rĂ´le des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères. Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « Ă  la normale Â», dans une sociĂ©tĂ© blanche dont l’hypocrisie lui est dĂ©sormais insupportable ?
 
Cette magnifique Ă©popĂ©e romanesque, inspirĂ©e de la vĂ©ritable histoire de Mary Rowlandson, est Ă  la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage Ă  une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation Â» s’est efforcĂ©e d’anĂ©antir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€

Hammershøi, le maĂ®tre de la peinture danoise, musĂ©e Jacquemart AndrĂ©

Visiter l’Expo « Hammershøi, le maĂ®tre de la peinture danoise » et ressentir un moment de sĂ©rĂ©nitĂ© pure Ă  contempler ces toiles en impressions de gris et blancs.

Un artiste éternellement contemporain, superbement étonnant, une jolie découverte. Apparemment tombé dans l’oubli pendant de nombreuses années, Wilhem Hammershøi (1864-1916) est parfois considéré comme le Vermeer du XX° siècle.

Il se dégage de ces quelques 40 toiles, à mesure que l’on progresse dans les salles, une telle sérénité, un tel calme, que l’on a envie d’y revenir. Si le thème des intérieurs était en vogue à l’époque chez les peintres danois, il l’a en quelque sorte sublimé. Les couleurs sont quasi absentes, essentiellement des tonalités de gris, bruns, blancs, tonalités froides donnant une impression de mélancolie, voire d’austérité, peu de meubles ou d’objets, et des compositions de lignes horizontales et verticales pour arrêter le regard… Chaque pièce semble la même et pourtant l’artiste a voyagé et peint les différents intérieurs dans lesquels il a évolué avec sa femme Ida.

Si la fiancĂ©e est reprĂ©sentĂ©e de face, l’Ă©pouse quant Ă  elle ne le sera que de dos ou visage penchĂ©. Un parti pris artistique, pour ne retenir du tableau que les formes, la lumière, la pièce dans laquelle elle se situe ?

Alors oui, avouons-le, ce rendu est superbe. On a l’impression de se trouver face à des partis-pris photographiques, cadrage resserré, ombre et lumière, contrejour, suite de pièces et de portes… L’artiste est mort jeune, 51 ans, on peut se demander jusqu’où serait allé son désir d’abstraction dans ses œuvres…

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Le musée Jacquemart André met l’artiste danois à l’honneur jusqu’au 22 juillet. Ouvert 7/7 de 10h à 18h, nocturnes les lundis jusqu’à 20h30.

NymphĂ©as noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillée par l’intrigue originale que séduite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari réussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, Nymphéas noirs, aux éditions Dupuis.

NymphĂ©as noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlĂ©, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expĂ©rience originale, et avouons-le gĂ©niale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il était une fois trois femmes, Stéphanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorcière qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille très douée en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champêtre coin de d’Eure. Joli, mais étouffant semble-t-il, car irrémédiablement figé au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversées pendant quelques jours en mai 2010, parenthèses maudite entre la découverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxième assassinat.

Enquête, contre-enquête, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextérité les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle à la magie qui opère au fil des pages. C’est beau, étrange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mêle savamment à ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre à zéro quand on a enfin terminé, car la surprise finale est à la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particulièrement réussie.

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Lire Ă©galement les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue Ă©diteur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, Ă  Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnĂ©e de peinture, une sĂ©duisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenĂŞtre. Lorsqu’un meurtre est perpĂ©trĂ© dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

Manuel Ă  l’usage des femmes de mĂ©nage, Lucia Berlin

Une dĂ©couverte littĂ©raire rare. Un bonheur de lecture, tout simplement. Mais pourquoi avons-nous attendu aussi longtemps pour en entendre parler !

Couverture du roman "Manuel à l'usage des femmes de ménage" de Lucia Berlin édition Le Livre de poche

S’il est vrai que j’aime beaucoup lire des nouvelles, là, c’est tout simplement autre chose. Il y a tout dans cette écriture, le style, les mots, les émotions, la vie, les douleurs et les joies, la famille et la société, les villes parcourues, les évènements vécus. Lucia Berlin est née dans les années 30 et nous transporte tout au long de ces quelques dizaines d’années de sa vie en 600 pages.

Lucia Berlin est un auteur fabuleux, qui a su m’embarquer dans ses histoires, vraies, puisqu’elle les raconte et ne ment jamais, c’est elle qui le dit. J’ai eu l’impression de la suivre partout, et de la comprendre. Les personnages sont autres, les noms aussi, mais on la retrouve, ainsi que sa mère, sa sœur, ses maris, ses fils, ses amours, ses collègues et ses patrons, ses voisins et ses amis…

Elle parle de son enfance, abusée par un grand-père, aux côtés d’une grand-mère qui n’intervient pas, élevée par une mère alcoolique qui ne montre jamais le moindre signe de tendresse ou d’intérêt pour sa fille, et un père absent, il part à la guerre en 1941, de New York au Chili, du Texas à Oakland. Puis c’est la rencontre avec son premier mari, si jeune, rejeté par ses parents. Trois mariages et quatre fils plus tard, elle aura connu des métiers à la pelle, artiste bohème avec ses maris poète ou sculpteur, mais aussi enseignante, elle parle anglais et espagnol, standardiste, femme de ménage, elle connait des hauts et surtout des bas, alcoolique, seule, abandonnée, amoureuse, trahie, mais souvent entourée, accompagnée, elle aura tout vécu et tout surmonté.

Cette Ă©criture est magique, en quarante-trois nouvelles, j’ai Ă©tĂ© plongĂ©e dans toute Ă©poque. Rien n’est lassant, on tourne les pages et on avance avec bonheur dans cette vie si singulière, si atypique. Il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’espoir, c’est Ă  la fois critique et violent, sensuel et poignant, et ce n’est jamais amer. Il  y a des descriptions, imagĂ©es, Ă©mouvantes, vibrantes. Les couleurs, les sons, les gestes, sont lĂ  pour dire la vie ou la mort. La maladie est prĂ©sente mais magnifiĂ©e par l’amour des deux sĹ“urs, leur complicitĂ©, leurs souvenirs, leurs arrangements aussi avec ces souvenirs, ceux de la mère en particulier, avec ses suicides Ă  rĂ©pĂ©tition et son dĂ©samour pour sa seconde fille. C’est aussi gai que mĂ©lancolique, c’est cruel et intime, incisif et tendre, bluffant de justesse et de vĂ©ritĂ©, le tout portĂ© par un rythme, un souffle, une maitrise de l’écriture assez unique. Alors si vous hĂ©sitez encore, allez-y, vous ne serez pas déçus !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Le livre de Poche & Grasset

Elle est une grande Ă©crivaine injustement mĂ©connue, une reine de la narration. Lucia Berlin (1936-2004), mariĂ©e trois fois, mère de quatre garçons, raconte ici ses multiples vies en quarante-trois Ă©pisodes. ÉlevĂ©e dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a Ă©tĂ© successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilĂ©giĂ©e Ă  Santiago du Chili, une artiste bohème dans le New York des annĂ©es 1950 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Elle a su saisir les miracles du quotidien jusque dans les centres de dĂ©sintoxication du sud-ouest des États-Unis, Ă©grenant ses conseils avisĂ©s et loufoques tirĂ©s de ses propres expĂ©riences d’enseignante, standardiste, rĂ©ceptionniste, ou encore femme de mĂ©nage. Un destin exceptionnel.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy

Éditeur d’origine : Grasset / Date de parution : 26/09/2018 / EAN : 9782253071402 / 600 pages / Prix : 8,70€

Crédit photo 1963 Buddy Berlin © 2015 – 2018, Literary Estate of Lucia Berlin LP

Violette Morris. Ă€ abattre par tous moyens, tome I : Première comparution

Cette BD éditée chez Futuropolis est une magnifique façon de faire revivre Violette Morris, une femme hors du commun découverte grâce au roman de Gérard de Cortanze Femme qui court.

Ici, les auteurs prennent le parti de commencer leur récit par la découverte dans l’Eure, en 1945, de six corps enfouis dans une ancienne mare. Et par l’intervention inopinée de Lucie Blumenthal, ancienne avocate, rayée du barreau parce qu’elle était d’ascendance juive, sans aucun soutien de ses pairs. Elle n’a jamais voulu reprendre ce métier et est devenue détective privé spécialisée dans la recherche de personnes disparues. Ce personnage, fictif bien sûr, va devenir le fil rouge de l’histoire de Violette, puisque Lucie apparait vite comme une de ses coreligionnaires du pensionnat.

Car parmi les corps retrouvés figure celui de Violette Morris. Violette, assassinée pour ce qu’elle était ou pour ce qu’elle a fait ? C’est ce que veut comprendre Lucie, et nous avec elle.

Et l’on découvre une Violette Morris au pensionnat, déjà attirée par les femmes, par le sport, et qui rapidement va se distinguer dans de très nombreuses disciplines, course, natation, javelot, boxe, entre autre, puis la compétition automobile. Elle sera souvent la seule femme à prendre le départ dans bien des disciplines. Un mariage de raison, des envies, des succès, une homosexualité rapidement et ouvertement assumée, la vie de Violette est mise en images de façon étonnante et réaliste.

Violette a mené bien des combats, comme celui de la présence des femmes dans le sport, en particulier leur participation aux olympiades. On se souviendra à l’occasion que le baron de Coubertin était contre la participation des femmes aux jeux Olympiques, et que Violette ne voulait pas tant participer, mais bien gagner, comme tout grand sportif qui se respecte.

Un premier tome qui tient à la fois du polar, avec l’enquête policière qui s’amorce, et de la biographie, et qui est particulièrement intéressant. Les propos son étayés par le dossier historique de Marie-Jo Bonnet que l’on retrouve en fin d’album, avec quelques photos de Violette Morris (1893-1944). En quatre parties, ce qui veut dire que nous sommes déjà impatients de découvrir la suite.

Retrouvez ma chronique du roman de GĂ©rard de Cortanze Femme qui court, qui m’a fait dĂ©couvrir Violette Morris, et l’interview de l’auteur A la rencontre de GĂ©rard de Cortanze … 

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Catalogue Ă©diteur :  Gallimard / Albums, Futuropolis

Un récit de Bertrand Galic et Kris. Dessin de Javi Rey, sur un dossier historique de Marie-Jo Bonnet

Violette Morris est l’une des sportives françaises les plus titrĂ©es de l’histoire. Une championne toute catĂ©gorie : boxe, natation, football, athlĂ©tisme, course automobile. Elle devint chanteuse de cabaret et Ă©gĂ©rie des annĂ©es 30, amie de Jean Cocteau, de JosĂ©phine Baker, de BrassaĂŻ… Le 26 avril 1944, elle meurt dans une embuscade organisĂ©e par un groupe de rĂ©sistants qui mitraillent sa voiture. Était-ce elle qui Ă©tait visĂ©e par les maquisards? Tout porte Ă  le croire. Car sous l’Occupation, elle passe pour «la hyène de la Gestapo», une collabo au service de l’Allemagne nazie.

Voilà pour la légende. Une légende noire. Mais la réalité, quelle est-elle ? L’assassinat de cette «femme à abattre par tous moyens» ne cache-t-il pas autre chose ? Hors norme, sa personnalité est celle d’une femme impossible à enfermer en cases, son histoire est inouïe, son destin forcément tragique !

72 pages / 240 x 300 mm, cartonnĂ© / AchevĂ© d’imprimer : 01-09-2018 / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782754821650 / Parution : 11-10-2018

Des hommes couleur de ciel. AnaĂŻs LLobet

Roman sur la différence, l’exil et l’intégration, sur la difficulté d’être soi, Les hommes couleurs de ciel, le magnifique roman d’Anaïs LLobet.

L’intrigue d’abord, à La Haye une bombe vient d’exploser dans une école, blessant et tuant un grand nombre d’élèves. Très rapidement, on devine que le coupable doit être un élève tchétchène de cette école.

Alissa est professeur de russe dans cette école. Elle est originaire de Tchétchénie, mais n’a jamais avoué sa véritable origine, par peur de ce que son pays d’accueil allait penser d’elle. Dans sa classe, elle a eu successivement pour élèves deux frères, Oumar et Kirem. Si Oumar est brillant et a parfaitement réussi à s’intégrer, ce n’est pas le cas de Kirem. Arrivé quelques années après Oumar, il refuse de s’intégrer.

Alissa tente depuis des années d’oublier son pays d’origine, de gommer son accent si prononcé, de faire oublier qu’elle est musulmane, elle boit du vin et tente de vivre comme les hollandais qui l’entourent. Mais le drame lui rappelle cruellement que l’intégration n’est pas le seul fait du migrant qui arrive dans un pays, elle doit être aussi voulue par ceux qui accueillent. Soupçonnée, puis utilisée comme traductrice par la police, Alissa voit la suspicion peser sur elle et tous ses efforts d’intégration anéantis en quelques jours…

Peu à peu le voile se lève sur la condition d’Oumar. Ce jeune homme a trouvé sa liberté aux Pays-Bas, à la Haye il peut enfin vivre comme il le souhaite. Oumar est homosexuel. Un mot qui n’existe même pas dans sa langue, un mot qui le condamne à mort. Là-bas, les parents peuvent t’assassiner pour laver l’honneur de la famille si le moindre soupçon venait à poindre. Là, le pouvoir en place persécute, arrête, exécute, les hommes couleur de ciel.

C’est intense, émouvant, le lecteur est terriblement touché par les personnages, leurs vies brisées. L’écriture est maitrisée et subtile. Les évènements déploient toute leur puissance en gardant une véracité qui touche, en particulier par le regard acéré et bienveillant que porte l’auteur sur les hommes et les femmes qu’elle dépeint.

Forte d’une expérience de journaliste pendant cinq ans en Russie, où elle a eu l’occasion de faire des reportages en Tchétchénie, puis de ses amitiés avec de jeunes homosexuels tchétchènes, Anaïs LLobet dépeint un double drame terriblement actuel. Le rejet de la différence, au point d’être condamné à mort par les siens, et le drame qui secoue nos pays touchés par des attentats terroristes qui frappent aveuglément enfants, hommes et femmes, dans toutes les régions du monde, au nom d’un Dieu qui pourtant n’a rien demandé…

Avec Des hommes couleur de ciel, Anaïs LLobet nous transporte dans un univers complétement différent de son premier roman, Les mains lâchées, paru en 2016. Une fois encore, la magie opère, un véritable auteur est né.

Rencontre avec Anaïs LLobet lors de la parution du roman 💙💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : L’Observatoire

Dans le pays où est né Oumar, il n’existe pas de mot pour dire ce qu’il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ».

Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et embrasse des garçons dans l’obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.

Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l’impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.

Des hommes couleur de ciel est l’histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C’est l’histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d’intégration et de désintégration.

Nombre de pages : 224 / ISBN : 979-10-329-0534-0 / Format 14 x 20 cm / Parution : 09/01/2019

Vigile. Hyam Zaytoun

Vigile, celui qui guette, qui protège, qui attend, le Vigile d’Hyam Zaytoun est un bel objet littéraire, un récit sublime de douleur et d’amour.

Plus qu’un roman, voilà un récit qui vous prendra aux tripes par son authenticité, par les sentiments qu’il fait affleurer à nos esprits, embrumés par tant de douleur, par cette crainte de perdre ceux qu’on aime, face à l’incertitude, la maladie, quand il n’y a plus que l’urgence d’aimer, de vivre.

Une nuit, une jeune femme est réveillée par la respiration vrombissante de son compagnon, quel bruit, oui, mais pourquoi ? Elle se rend vite compte que la situation est grave et qu’il est en défaillance respiratoire, il fait un arrêt cardiaque. Le temps que les secours arrivent, pendant une éternité, elle pratique les gestes qui sauvent, ceux qu’elle avait appris sans trop y croire.

Puis il est emporté vers l’hôpital, opération, coma artificiel. L’attente est longue, difficile, éprouvante pour chacun des membres de la famille, pour la compagne, les parents, les enfants, les amis…

C’est cette longue épreuve qui est dite ici avec autant de pudeur que de force, d’espoir que d’attente, de défaite que de chagrin. Il y a dans ce récit à peine quelques jours d’une vie, mais des jours, des secondes, d’une intensité folle, profonde, éprouvante, qui nous entrainent au plus intime de la peur, de l’angoisse, de l’attente, de l’amour aussi.

Que faire, espérer, attendre, dire aux enfants, se préparer, rien n’a de sens, rien n’est possible, et pourtant la vie avance, jour après jour… c’est beau et triste, intense et fragile, comme la vie et la mort, comme l’amour et l’espoir, comme des rires d’enfants et des chagrins d’adulte. Une jolie et émouvante pépite littéraire.

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Catalogue Ă©diteur : Le Tripode

Un bruit Ă©trange, comme un vrombissement, rĂ©veille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiĂ©tude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle dĂ©couvre que l’homme qu’elle aime est en arrĂŞt cardiaque.
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.

Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vĂ©cu, mais aussi la dĂ©claration d’amour qui irradie tout le texte. RĂ©cit bref et prĂ©cis, ce livre restera Ă  jamais dans la mĂ©moire de ceux qui l’ont lu.

ComĂ©dienne, Hyam Zaytoun joue rĂ©gulièrement pour le théâtre, le cinĂ©ma et la tĂ©lĂ©vision. Elle collabore par ailleurs Ă  l’Ă©criture de scĂ©narios. Elle est aussi l’auteur d’un feuilleton radiophonique – « J’apprends l’arabe » – diffusĂ© sur France Culture en 2017. Vigile est son premier texte. 

RĂ©cit / 128 pages / EAN : 9782370551856 / Prix: 13,00 € / Parution : 3 janvier 2019