A la rencontre de Thierry Montoriol

Il nous a passionnĂ© avec son roman « Le roi chocolat », Thierry Montoriol nous dit tout, en particulier sur Victor, ce personnage si romanesque !

Je remercie Thierry Montoriol, rencontrĂ© lors du Salon Livre Paris, et avec qui j’avais alors Ă©voquĂ© mon envie de rĂ©aliser cet interview Ă  propos de son passionnant roman Le roi chocolat. J’avais eu envie de lire ce roman sans Ă  priori, n’ayant pas lu en dĂ©tail la 4e de couverture.
J’ai dĂ©couvert ensuite avec plaisir que cette histoire extraordinaire Ă©tait vĂ©ridique. C’est un vĂ©ritable rĂ©gal de lecture, et j’imagine que c’est une aventure comme de nombreux auteurs aimeraient en inventer.

A propos de votre roman  « Le roi chocolat »

Thierry Montoriol, vous nous parlez ici d’un personnage qui a rĂ©ellement existĂ©, puisque c’est Ă©galement une personne de votre famille.  Victor est Ă  la fois un hĂ©ros romanesque, un aventurier et un hĂ©ros de tragĂ©die grecque. Multiple et attachant malgrĂ© tout ! Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je crois avoir écrit tout ce qu’il m’était permis de dire sur ce personnage. En revanche, il reste une zone d’ombre que je ne suis pas sur d’avoir envie d’éclaircir. Car, comme le roman le laisse entendre à la fin, il est possible que l’homme qui a été enterré au Père Lachaise, ruiné, veuf et désespéré, ne soit qu’un inconnu qui lui aurait été substitué pour lui permettre de rejoindre la femme qu’il aimait au Mexique. Jacuba Malitzine, laquelle avait quitté Paris enceinte. Il est possible que j’ai une famille dont j’ignore tout au Mexique…

Avez-vous eu besoin de convaincre les personnes de votre entourage, pour qu’ils acceptent ? Et du coup, qu’ont-ils pensĂ© de votre superbe roman ? (j’espère vraiment qu’ils l’ont aimĂ© !)

Il a été extrêmement difficile de persuader ma mère de me confier ce qu’elle savait sur la dernière partie de sa vie. Dans son milieu, la ruine, celle qui entraine toute la famille, est vécue comme un déshonneur. Même petite fille, elle en avait beaucoup souffert. Mais quand j’ai réussi, en recoupant les articles de presse assez nombreux, à reconstituer sa vie publique, elle a bien voulu valider mes découvertes. Ma mère a perdu la vue trois mois avant la sortie du livre et n’en connais que ce que ses frères plus jeunes lui en ont dit. Ils étaient enthousiastes et j’ai pu la rassurer.

On ne peut que s’attacher Ă  ce personnage si extravagant, ce vĂ©ritable hĂ©ros qui nous fait immanquablement penser Ă  Tintin, difficile de l’inventer en fait. Comment vous est venue l’envie d’en parler ?

Je cherchais un héros pour mon troisième roman. J’ai trouvé des carnets et, du coup, j’ai trouvé mon personnage. Je n’avais pas besoin d’inventer, simplement de vérifier les faits. Sans compter que, enfant, si on me parlait volontiers de la période faste de cet aïeul rocambolesque, on se refusait à me dire ce qui lui était advenu. Par la suite, je suis devenu journaliste, comme lui. Un journaliste à qui on cache quelque chose…

Il a vĂ©cu au moment des annĂ©es folles, mais aussi de l’agitation de la IIIe RĂ©publique, et des remous que connaissait alors l’AmĂ©rique du sud, avec en particulier la rĂ©volution au Mexique sous les auspices de Pancho Vila et de Zapata. Pour planter ce dĂ©cor, cela a dĂ» reprĂ©senter des mois de recherches, voire des annĂ©es. Combien de temps avez-vous mis pour ces recherches diverses, puis l’écriture du roman ?

Un an pour l’écriture. Quinze pour les recherches menées au gré des circonstances quand mon métier m’en laissait le temps. J’ai été bien aidé par la Bibliothèque Nationale et les Archives de Paris qui ont accepté de restaurer et de numériser la plupart des journaux qu’il avait dirigés. Le lire, semaine après semaine, m’a permis de mieux comprendre et l’époque et le personnage. En tout cas pour la deuxième partie de sa vie. Pour la première, il se confiait beaucoup dans ses carnets de reportage. Le difficile était de traduire son écriture.

Fallait-il d’abord le porter en vous, pour le laisser murir ? Et peut-ĂŞtre accepter de rĂ©vĂ©ler aux lecteurs une part intime malgrĂ© tout d’une histoire familiale ? Est-ce facile Ă  faire ?

Pas vraiment difficile. Il y a deux générations entre lui et moi. Mais c’est vrai qu’il m’a habité longtemps avant que je me décide à lui donner une seconde vie à travers ce roman. J’ai d’abord mis mes pas dans ses traces, puis mes pieds dans ses bottes.

Avez-vous Ă©tĂ© tentĂ© d’occulter certains faits ? En avez-vous rajoutĂ©, inventĂ©, pour le rythme du roman ?

Avec un personnage de ce calibre, il est parfaitement inutile d’inventer quoi que ce soit. Occulter certains faits, j’y ai pensĂ©, notamment sur le chapitre « sentimental Â» qui pouvait heurter ma famille. J’ai dĂ©cidĂ© de lui ĂŞtre fidèle comme lui l’a Ă©tĂ©, jusqu’au bout et malgrĂ© les apparences, avec sa femme, mon arrière grand mère, Blanche. Et puis, il y a des choses qui ne s’inventent pas : pourquoi aurais-je prĂŞtĂ© Ă  cette mĂŞme grand mère une filiation directe avec Charles Garnier, l’architecte de l’OpĂ©ra de Paris, par exemple. C’eut Ă©tĂ© ridicule. Si j’ai occultĂ© quelque chose et avec un personnage comme Pierre Lardet, c’est bien possible, c’est ce que je n’ai pas dĂ©couvert.

Mais comment se fait-il qu’il ait Ă©tĂ© aussi naĂŻf, l’amitiĂ©, la confiance, une profonde rigueur morale l’auraient empĂŞchĂ© de voir comment Ă©taient ceux qui tournaient autour de lui ?

Je ne crois pas qu’il ait Ă©tĂ© naĂŻf. CrĂ©dule, Ă  la limite. Et encore. Accorder sa confiance n’est pas naĂŻvetĂ©. Je pense surtout qu’il a Ă©tĂ© entraĂ®nĂ© dans un monde, celui des affaires, qui n’était pas fait pour lui et qu’il n’a pas choisi Nous sommes Ă  l’époque des dĂ©buts du capitalisme qu’on a appelĂ© sauvage non sans raison. L’expression « dĂ©linquance en col blanc Â» date de cette Ă©poque. Il Ă©tait profondĂ©ment attachĂ© au mĂ©tier de journalisme et j’aurais aimĂ© avoir un directeur de publication comme lui. Mais toute sa vie l’a montrĂ© : c’était un homme de passion. Il a Ă©tĂ© emportĂ© par l’une d’entre elle.

Comment ce roman est-il accueilli chez vos lecteurs (avec le mĂŞme enthousiasme que moi j’espère !) aimez-vous en parler ?

Si j’en juge par l’enthousiasme de mon éditeur (l’excellente maison Gaïa) ce roman a été très bien accueilli…

Merci pour cette écriture magnifique, car vous avez écrit un roman d’aventure mais avec une plume digne de la plus belle littérature, et sans doute est-ce pour cela aussi que ce roman nous plait tant.

J’accepte cet hommage avec gratitude.

A propos de votre prochain roman

Si j’ose vous demander, connaissez-vous déjà le sujet de votre prochain roman, et pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ah non. Interdit. Tout ce que je peux dire, c’est que son action se situe Ă  cheval entre la rĂ©volution française et nos jours, qu’il prend pour dĂ©cor le milieu des chiffonniers de Paris et qu’il s’appuie sur des faits lĂ  encore assez incroyables pour que je craigne qu’on me demande si « c’est bien vrai, ce que vous racontez ? Â»

Quel lecteur ĂŞtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu rĂ©cemment, ce serait lequel et pourquoi ?

La femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier. Parce que c’est beau, émouvant et vrai, là aussi. Magistralement écrit et raconté.

Un Arturo Perez Reverte au hasard.

Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Celui que je suis en train d’écrire. A la veille de l’envoyer à l’éditeur, je l’ai déjà relu vingt fois…

Thierry Montoriol, je vous remercie infiniment pour votre disponibilité, pour vos réponses, et pour le plaisir que nous prenons à vous lire !

Retrouvez ma chronique de Le roi chocolat paru en aout 2018.Un roman que j’ai particulièrement apprécié.

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Underground Railroad, Colson Withehead

Avec énormément de talent Colson Withehead embarque ses lecteurs dans une fresque étourdissante et puissante au pays des esclavagistes et de la liberté, dans cette course éternelle pour la vie entre fugitif et chasseur.

photo illustration du roman de Coslon Whitehead "Underground raildoad" blog Domi C Lire

Au XIXe, dans le sud des États-Unis. Cora est une esclave parmi tant d’autres dans une plantation de coton du sud esclavagiste. Le jour oĂą Caesar lui propose de s’Ă©vader de la plantation Randall avec lui, elle dont la mère a rĂ©ussi Ă  s’enfuir sans ĂŞtre capturĂ©e par les chasseurs de neg’marron, elle hĂ©site, puis finira par dire oui. Cora et Caesar vont alors suivre le chemin des esclaves recherchĂ©s par les chasseurs d’esclaves sur tout le territoire des États-Unis.

Colson Withehead prend alors prĂ©texte de cette fuite pour nous raconter l’histoire extraordinaire de Underground Railroad … Car ce rĂ©seau clandestin matĂ©rialisĂ© ici par un chemin de fer souterrain a rĂ©ellement existĂ©. Il a permis Ă  de nombreux esclaves de s’enfuir des territoires oĂą ils Ă©taient exploitĂ©s, martyrisĂ©s, soumis Ă  des maitres qui prenaient parfois plaisir Ă  exprimer leur toute puissance envers ceux qui au mĂŞme titre que leurs meubles ou leurs terres, leur appartenaient, et Ă  se rĂ©fugier au-delĂ  de la Mason-Dixon ligne (ligne de dĂ©marcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud) et jusqu’au Canada.

États esclavagiste ou pas, la loi est la loi pour tous et sur tout le territoire des États-Unis, un esclave évadé n’est donc jamais réellement libre et les chasseurs d’esclaves se font fort de les retrouver, les rançons étant souvent généreuses voire exorbitantes, le maitre trahi offrait cher pour récupérer l’impudent, son châtiment cruel permettant de contrôler et de décourager ceux qui auraient eu à leur tour des velléités de fuite. Ce roman est alors prétexte pour évoquer à la fois ceux qui font le mal sans complexe ni retenue, exploitation des esclaves, viols, vente des enfants, séparation des familles, vente d’un esclave lorsqu’il n’est plus assez fort ou valide pour le travail qui lui a été assigné châtiments sordides et cruels. Cruauté gratuite et racisme s’appuyant sur une idéologie religieuse complaisante qui parle de race inférieure, mais aussi argument commercial, maintien ou amélioration des exploitations de coton ou d’indigo, tous les prétextes sont bons pour expliquer et accepter l’esclavagisme.

Mais aussi l’aide apportĂ©e dans l’ombre, au risque de la vie de familles entières, par des blancs conscients qui l’esclavagisme et la condition des noirs ne peut ĂŞtre ni acceptĂ©e ni acceptable, qu’il est important d’essayer de faire Ă©voluer les consciences, mais qui en attendant font tout pour aider la fuite et la mise en sĂ©curitĂ© de ceux qui ont osĂ© franchir les limites de la plantation, de la propriĂ©tĂ© des maitres. Que ce soit par des noirs affranchis ou nĂ©s libres, par des blancs abolitionnistes ou Ă  la conscience Ă©veillĂ©e, l’aide si prĂ©cieuse Ă©tait souvent une prise de risque mortelle pour ceux qui s’impliquaient.

Pourquoi j’ai tant aimĂ© ce roman ? Parce que sous couvert d’une superbe fresque historique et mĂ©lodramatique superbement Ă©crite et rythmĂ©e – portrait d’un des personnages principaux, Ă©tape de la fuite de Cora, et sordides et vĂ©ridiques petites annonces pour rĂ©cupĂ©rer un esclave en fuite (bien utiles aux chasseurs d’esclaves)- Colson Withehead ose avec talent nous rappeler une fois encore que les races et les diffĂ©rences ne sont que des subtilitĂ©s temporelles, que le regard que l’on porte sur les hommes est souvent dĂ©voyĂ© par l’époque dans laquelle il se place, et surtout que le combat pour l’égalitĂ© de tous est permanent et indispensable. Parce qu’il est bon de savoir ce qui a Ă©tĂ© fait. Mais aussi que ce combat est toujours d’actualitĂ©, qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux sur le monde et ses inĂ©galitĂ©s.

💙💙💙💙💙

Comment ne pas penser et avoir alors en tête la chanson de Mark Knopfler…

You talk of liberty
How can America be free…
We are sailing to Philadelphia
To draw the line 
The Mason Dixon line

D’après WikipĂ©dia : D’après James A. Banks au cours du XIXe siècle, environ 100 000 esclaves se seraient Ă©chappĂ©s grâce au « Railroad Â». L’AmĂ©rique du Nord britannique, oĂą l’esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d’accès. Plus de 30 000 personnes sont supposĂ©es s’y ĂŞtre Ă©chappĂ©es grâce au rĂ©seau pendant la pĂ©riode de pointe qui a durĂ© 20 annĂ©es, bien que les chiffres du recensement amĂ©ricain ne fassent Ă©tat que de 6 000.

Harriet Tubman a œuvré avec les quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée The Underground Railroad Records.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Livre de Poche, Albin-Michel

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la GĂ©orgie d’avant la guerre de SĂ©cession. AbandonnĂ©e par sa mère lorsqu’elle Ă©tait enfant, elle survit tant bien que mal Ă  la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave rĂ©cemment arrivĂ© de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les États libres du Nord, elle accepte.
De la Caroline du Sud Ă  l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssĂ©e. TraquĂ©e comme une bĂŞte par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquĂ©rir sa libertĂ©.
Exploration des fondements et de la mĂ©canique du racisme, rĂ©cit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une Ĺ“uvre politique aujourd’hui plus que jamais nĂ©cessaire.

NĂ© Ă  New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des Ă©crivains amĂ©ricains les plus talentueux et originaux de sa gĂ©nĂ©ration. Undergound Railroad, son premier roman publiĂ© aux Ă©ditions Albin Michel, a Ă©tĂ© Ă©lu meilleur roman de l’annĂ©e par l’ensemble de la presse amĂ©ricaine, rĂ©compensĂ© par le National Book Award 2016 et rĂ©cemment distinguĂ© par la MĂ©daille Carnegie, dans la catĂ©gorie « Fiction ». 

416 pages / Date de parution : 27/03/2019 : EAN : 9782253100744

Que faire Ă  Fort-de-France ?

Visiter la Bibliothèque Schœlcher !

Vous visitez la Martinique et vous vous promenez Ă  Fort-de-France ? Ce n’est pas encore l’heure du T-Punch mais celle d’une belle balade dans la ville ? Alors c’est le moment de visiter la Bibliothèque SchĹ“lcher, ce bâtiment qui interpelle car il se distingue vraiment dans le paysage, c’est l’un des joyaux architecturaux de la Martinique. Et qui sait, en passant Ă  cĂ´tĂ© appareil photo en mains, on vous dira peut-ĂŞtre que c’est le bâtiment le plus photographiĂ© de la ville !

Cette vieille dame plus que centenaire, carrefour du patrimoine martiniquais, trône majestueusement sur la place de la Savane. C’est le lieu où convergent à la fois la population et les nombreux touristes qui n’hésitent pas à s’arrêter et à la visiter.

Laissez-vous surprendre tout d’abord par sa splendide façade en mosaĂŻque jaune et rouge surmontĂ©e d’une toiture mĂ©tallique ouvragĂ©e, Ă©tonnant mĂ©lange de style byzantin et d’art nouveau.

A l’extérieur comme à l’intérieur, vous serez saisi par la beauté de l’édifice. Calme, silencieux, on pénètre sous une vase coupole au plafond spectaculaire, au centre, un espace pour des expositions, et tout autour, les livres, les plus anciens tout en haut.

Sa construction est dĂ©cidĂ©e en 1886 suite au leg par Victor SchĹ“lcher (1804-1893) d’une large collection de près de 10,000 d’ouvrages au Conseil GĂ©nĂ©ral de Martinique. Le dĂ©putĂ© SchĹ“lcher fĂ»t un acteur majeur de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il souhaitait que l’accès Ă  ses Ĺ“uvres soit gratuit pour le public et serve Ă  l’instruction des anciens esclaves noirs.

C’est l’architecte Pierre-Henri Picq qui rĂ©alise la  bibliothèque en 1887. Il s’inspire de la tradition architecturale antique, dorique, ionique, corinthienne ou encore orientale, mais il cherche Ă©galement Ă  rĂ©pondre aux impĂ©ratifs des climats tropicaux et aux contraintes des zones marĂ©cageuses et Ă  haut risque sismique. Le bâtiment est construit d’abord Ă  Paris dans le Jardin des Tuileries, puis il sera entièrement dĂ©montĂ© et acheminĂ© en bateau jusqu’en Martinique et remontĂ© Ă  son emplacement actuel, puis ouvert au public en 1893. De nombreux livres, manuscrits et partitions de musique ont Ă©tĂ© dĂ©truits lors de l’incendie de 1890. Seuls 1200 ouvrages seront sauvĂ©s des flammes

La Bibliothèque Schoelcher est la bibliothèque publique départementale de la ville de Fort-de-France en Martinique.

Tout en flânant dans le centre de Fort-de-France, ne pas oublier de visiter la cathédrale élevée par le même architecte parisien Pierre-Henri Picq, la précédente ayant été détruite par le cyclone de 1891. Son style mêle le néogothique et le romano-byzantin.

Entièrement mĂ©tallique, afin de rĂ©sister aux tremblements de terre, et en rĂ©fĂ©rence aux techniques employĂ©es par Gustave Eiffel Ă  la mĂŞme Ă©poque, Ă  l’intĂ©rieur on peut admirer des arcs en plein-cintre et une coupole octogonale. Elle mesure 66 mètres de long sur 24 mètres de large.

(source http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/bs/~~/presentation-de-la-bs.aspx  et http://www.guidemartinique.com/visites/bibliotheque-schoelcher.php )

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et Ă©meut par son courage et son caractère. Quand une histoire vraie devient un rĂ©cit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habités par les puritains aux règles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriétaire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette même communauté. Ils vivent relativement aisément pour l’époque, femme au foyer, mère attentive, chrétienne convaincue, Mary respecte les règles imposées par l’église et par son mari. A cette époque et dans cette église pour le moins austère, une femme reste à la maison, n’en sort qu’accompagnée de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut être punie pour insolence, y compris envers son époux.

Mary et sa famille se conforment aux règles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaqué par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menés vers les grandes plaines où se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et être asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquée et apeurée dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement déceler chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle découvre avec étonnement. Ces sauvages qui ont dévasté son village et tué sans pitié les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend à leur contact la liberté de mouvement, le bonheur de l’oisiveté, la possibilité dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-même n’était qu’autorisée qu’à se taire dans sa propre communauté.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte à des déplacements permanent à travers différents États, tenaillée par la faim et le froid au même titre que ses ravisseurs, aidée par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passée. Questions encore plus prégnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rêve de liberté.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes Ă©critures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et rĂ©futent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvrĂ© sa libertĂ©, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la sociĂ©tĂ©.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basée sur une histoire vraie et des faits vérifiés, Amy Belding Brown nous plonge dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle où Dieu est le seul maître, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rôle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les véritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrémisme religieux, de l’esclavage, de l’égalité des races, et soulève une fois encore la question de l’extermination des indiens d’Amérique du Nord chassés de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimĂ© ce roman qui dĂ©crit Ă  la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime Ă  la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillĂ© par Jim Fergus, il me fait penser au thème de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais Ă©galement apprĂ©ciĂ© lors de sa sortie.

💙💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communautĂ© de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne Ă©pouse, elle souffre nĂ©anmoins de la rigiditĂ© morale Ă©touffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va ĂŞtre ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors Ă©pouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquĂ©e par l’armĂ©e. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages Â» qu’elle va trouver une libertĂ© qu’elle n’aurait jamais imaginĂ©e. Les mĹ“urs qu’elle y dĂ©couvre, que ce soit le rĂ´le des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères. Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « Ă  la normale Â», dans une sociĂ©tĂ© blanche dont l’hypocrisie lui est dĂ©sormais insupportable ?
 
Cette magnifique Ă©popĂ©e romanesque, inspirĂ©e de la vĂ©ritable histoire de Mary Rowlandson, est Ă  la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage Ă  une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation Â» s’est efforcĂ©e d’anĂ©antir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€

« Hammershøi, le maĂ®tre de la peinture danoise » musĂ©e Jacquemart AndrĂ©

Visiter l’Expo « Hammershøi, le maĂ®tre de la peinture danoise » et ressentir un moment de sĂ©rĂ©nitĂ© pure Ă  contempler ces toiles en impressions de gris et blancs.

Un artiste éternellement contemporain, superbement étonnant, une jolie découverte. Apparemment tombé dans l’oubli pendant de nombreuses années, Wilhem Hammershøi (1864-1916) est parfois considéré comme le Vermeer du XX° siècle.

Il se dégage de ces quelques 40 toiles, à mesure que l’on progresse dans les salles, une telle sérénité, un tel calme, que l’on a envie d’y revenir. Si le thème des intérieurs était en vogue à l’époque chez les peintres danois, il l’a en quelque sorte sublimé. Les couleurs sont quasi absentes, essentiellement des tonalités de gris, bruns, blancs, tonalités froides donnant une impression de mélancolie, voire d’austérité, peu de meubles ou d’objets, et des compositions de lignes horizontales et verticales pour arrêter le regard… Chaque pièce semble la même et pourtant l’artiste a voyagé et peint les différents intérieurs dans lesquels il a évolué avec sa femme Ida.

Si la fiancĂ©e est reprĂ©sentĂ©e de face, l’Ă©pouse quant Ă  elle ne le sera que de dos ou visage penchĂ©. Un parti pris artistique, pour ne retenir du tableau que les formes, la lumière, la pièce dans laquelle elle se situe ?

Alors oui, avouons-le, ce rendu est superbe. On a l’impression de se trouver face à des partis-pris photographiques, cadrage resserré, ombre et lumière, contrejour, suite de pièces et de portes… L’artiste est mort jeune, 51 ans, on peut se demander jusqu’où serait allé son désir d’abstraction dans ses œuvres…

💙💙💙💙💙

Le musée Jacquemart André met l’artiste danois à l’honneur jusqu’au 22 juillet. Ouvert 7/7 de 10h à 18h, nocturnes les lundis jusqu’à 20h30.

NymphĂ©as noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillée par l’intrigue originale que séduite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari réussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, Nymphéas noirs, aux éditions Dupuis.

NymphĂ©as noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlĂ©, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expĂ©rience originale, et avouons-le gĂ©niale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il était une fois trois femmes, Stéphanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorcière qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille très douée en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champêtre coin de d’Eure. Joli, mais étouffant semble-t-il, car irrémédiablement figé au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversées pendant quelques jours en mai 2010, parenthèses maudite entre la découverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxième assassinat.

Enquête, contre-enquête, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextérité les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle à la magie qui opère au fil des pages. C’est beau, étrange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mêle savamment à ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre à zéro quand on a enfin terminé, car la surprise finale est à la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particulièrement réussie.

💙💙💙💙💙

Lire Ă©galement les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue Ă©diteur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, Ă  Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnĂ©e de peinture, une sĂ©duisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenĂŞtre. Lorsqu’un meurtre est perpĂ©trĂ© dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

Manuel Ă  l’usage des femmes de mĂ©nage, Lucia Berlin

Une dĂ©couverte littĂ©raire rare. Un bonheur de lecture, tout simplement. Mais pourquoi avons-nous attendu aussi longtemps pour en entendre parler !

Couverture du roman "Manuel à l'usage des femmes de ménage" de Lucia Berlin édition Le Livre de poche

S’il est vrai que j’aime beaucoup lire des nouvelles, là, c’est tout simplement autre chose. Il y a tout dans cette écriture, le style, les mots, les émotions, la vie, les douleurs et les joies, la famille et la société, les villes parcourues, les évènements vécus. Lucia Berlin est née dans les années 30 et nous transporte tout au long de ces quelques dizaines d’années de sa vie en 600 pages.

Lucia Berlin est un auteur fabuleux, qui a su m’embarquer dans ses histoires, vraies, puisqu’elle les raconte et ne ment jamais, c’est elle qui le dit. J’ai eu l’impression de la suivre partout, et de la comprendre. Les personnages sont autres, les noms aussi, mais on la retrouve, ainsi que sa mère, sa sœur, ses maris, ses fils, ses amours, ses collègues et ses patrons, ses voisins et ses amis…

Elle parle de son enfance, abusée par un grand-père, aux côtés d’une grand-mère qui n’intervient pas, élevée par une mère alcoolique qui ne montre jamais le moindre signe de tendresse ou d’intérêt pour sa fille, et un père absent, il part à la guerre en 1941, de New York au Chili, du Texas à Oakland. Puis c’est la rencontre avec son premier mari, si jeune, rejeté par ses parents. Trois mariages et quatre fils plus tard, elle aura connu des métiers à la pelle, artiste bohème avec ses maris poète ou sculpteur, mais aussi enseignante, elle parle anglais et espagnol, standardiste, femme de ménage, elle connait des hauts et surtout des bas, alcoolique, seule, abandonnée, amoureuse, trahie, mais souvent entourée, accompagnée, elle aura tout vécu et tout surmonté.

Cette Ă©criture est magique, en quarante-trois nouvelles, j’ai Ă©tĂ© plongĂ©e dans toute Ă©poque. Rien n’est lassant, on tourne les pages et on avance avec bonheur dans cette vie si singulière, si atypique. Il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’espoir, c’est Ă  la fois critique et violent, sensuel et poignant, et ce n’est jamais amer. Il  y a des descriptions, imagĂ©es, Ă©mouvantes, vibrantes. Les couleurs, les sons, les gestes, sont lĂ  pour dire la vie ou la mort. La maladie est prĂ©sente mais magnifiĂ©e par l’amour des deux sĹ“urs, leur complicitĂ©, leurs souvenirs, leurs arrangements aussi avec ces souvenirs, ceux de la mère en particulier, avec ses suicides Ă  rĂ©pĂ©tition et son dĂ©samour pour sa seconde fille. C’est aussi gai que mĂ©lancolique, c’est cruel et intime, incisif et tendre, bluffant de justesse et de vĂ©ritĂ©, le tout portĂ© par un rythme, un souffle, une maitrise de l’écriture assez unique. Alors si vous hĂ©sitez encore, allez-y, vous ne serez pas déçus !

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Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury des lecteurs du livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Le livre de Poche & Grasset

Elle est une grande Ă©crivaine injustement mĂ©connue, une reine de la narration. Lucia Berlin (1936-2004), mariĂ©e trois fois, mère de quatre garçons, raconte ici ses multiples vies en quarante-trois Ă©pisodes. ÉlevĂ©e dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a Ă©tĂ© successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilĂ©giĂ©e Ă  Santiago du Chili, une artiste bohème dans le New York des annĂ©es 1950 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Elle a su saisir les miracles du quotidien jusque dans les centres de dĂ©sintoxication du sud-ouest des États-Unis, Ă©grenant ses conseils avisĂ©s et loufoques tirĂ©s de ses propres expĂ©riences d’enseignante, standardiste, rĂ©ceptionniste, ou encore femme de mĂ©nage. Un destin exceptionnel.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy

Éditeur d’origine : Grasset / Date de parution : 26/09/2018 / EAN : 9782253071402 / 600 pages / Prix : 8,70€

Crédit photo 1963 Buddy Berlin © 2015 – 2018, Literary Estate of Lucia Berlin LP