Le quartier des petits secrets, Sophie Horvath

Un joli roman qui fleure bon le bonheur, l’amitiĂ©, la bienveillance et le souci du prochain. Une bluette me direz-vous ? Que nenni, allez, on fonce lire « Le quartier des petits secrets Â» de Sophie Horvath, bloggeuse et auteur de ce premier roman.

Sur une petite place paisible de Bordeaux, quelques commerçants observent les passants, mais aussi leurs clients, dans une ambiance sereine et amicale. Il y a là Clémentine la fleuriste, Nicole qui tient le troquet de la place, monsieur Bouquin, la boutique de livres rares.

AprĂšs avoir abandonnĂ© ses trĂšs sĂ©rieuses Ă©tudes juridiques, ClĂ©mentine est devenue fleuriste. Sa famille bourgeoise apprĂ©cie mal ce changement, mais elle s’épanouit pleinement Ă  rĂ©aliser le bouquet idĂ©al qu’elle destine Ă  chacun de ses clients. Viviane, une gentille vieille dame qui s’échappe de sa maison de retraite, vient parfois dans sa boutique assouvir sa passion du jardinage. Mais depuis quelques jours, ClĂ©mentine ne la voit plus. InquiĂšte, elle part Ă  sa recherche. Sa quĂȘte ne fait alors que commencer, imprĂ©vue, Ă©tonnante. Car de fil en aiguille – ou de fleur en fleur, c’est selon –  ClĂ©mentine se lance finalement Ă  la recherche d’une fleur totalement inconnue des botanistes…

Merci Sophie de nous faire dĂ©couvrir et aimer tous ces personnages attachants et trĂšs humains. Nicole et son fils Benjamin, Hector et sa pensionnaire Viviane,  Bouquin et ses livres rares, avec leurs interrogations, leurs doutes et leurs failles bien enfouies au plus profond d’eux, leurs attentes et leurs rĂȘves secrets. Chacun Ă  sa façon va mettre au service des autres cette part d’humanitĂ© qui fait le savoir bien vivre tous ensemble.

Alors, roman optimiste et positif ? Oui, sans doute, mais pas seulement, car la surprise n’est pas forcĂ©ment celle que l’on attend. Le quartier des petits secrets nous montre aussi les travers et les chagrins des uns et des autres, dans ce microcosme aux personnalitĂ©s diverses et complĂ©mentaires, comme en miroir de nos propres nos vies.

Sophie Horvath est l’auteure du blog C’est quoi ce bazar ? Elle signe ici un premier roman qui procure Ă  ses lecteurs un bien agrĂ©able moment de lecture.

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Catalogue Ă©diteur : Flammarion

ClĂ©mentine est fleuriste Ă  Bordeaux, dans un quartier en retrait de l’effervescence urbaine. Sa plus proche amie, Nicole, tient le cafĂ© sur la place et, ensemble, elles s’amusent Ă  observer les habitudes de chacun. De cet homme qui commande exactement les mĂȘmes bouquets chaque semaine. De ce
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Paru le 10/04/2019 / 208 pages – 136 x 210 mm / EAN : 9782756428796 / ISBN : 9782756428796

Le Soleil Ă©clipsĂ©. Claire Bonnotte

Le Soleil Ă©clipsĂ©. Le chĂąteau de Versailles sous l’Occupation, un excellent et trĂšs complet ouvrage Ă©crit par ​Claire Bonnotte

Ce chĂąteau symbole de la France, mais qui a Ă©galement Ă©tĂ© symbole de dĂ©faite pour les allemands, puisqu’on y a signĂ© deux armistices, ne pouvait qu’ĂȘtre une prise de guerre pour Hitler. Quand en 1940 Hitler envahi le chĂąteau, les jeux pourraient dĂ©jĂ  ĂȘtre fait, et les Ɠuvres dĂ©finitivement perdues, tant on sait le nombre d’Ɠuvres d’art qui ont transitĂ© par les trains vers l’Allemagne et les collections du Reich.

J’ai eu envie de comprendre comment on a imaginĂ© sauver des Ɠuvres, Ă  quel moment, pourquoi, et surtout qu’est-ce qui a fait qu’à moment donnĂ© on s’est dit qu’il fallait en enlever le plus possible du chĂąteau.

Ce que j’aime dans ce livre, l’alternance du rĂ©cit lui-mĂȘme, dense, complet, Ă©tayĂ©, et justement les extraits d’articles, de lettres, de documents, qui dĂ©montrent et allĂšgent en mĂȘme temps la lecture. Donnant aussi une dimension humaine Ă  l’action des hommes et des femmes qui ont rĂ©alisĂ© ce sauvetage !

Le travail rĂ©alisĂ© par ​Claire Bonnotte  semble pharaonique, le rĂ©sultat est passionnant, car peu commun. 

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Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions VendĂ©miaire 

Le chĂąteau de Versailles et les Ă©ditions VendĂ©miaire publient Le Soleil Ă©clipsĂ©. Le chĂąteau de Versailles sous l’Occupation, un ouvrage qui dĂ©voile une pĂ©riode mĂ©connue de l’histoire du chĂąteau, celle de la Seconde Guerre mondiale. Un sujet rarement traitĂ© par les auteurs et les chercheurs.

Le chĂąteau du Roi-Soleil Ă  l‘ombre de l‘envahisseur nazi 

14 juin 1940. La Wehrmacht envahit le chĂąteau de Versailles. Par la portĂ©e symbolique de cet Ă©vĂ©nement, Hitler rĂ©alise son rĂȘve de revanche. DĂšs lors, et durant quatre annĂ©es, des milliers de soldats arpentent la galerie des Glaces, parcourent les jardins dessinĂ©s par Le NĂŽtre, tandis qu’alĂ©as climatiques, bombardements, pĂ©nuries, pillages et vandalisme mettent en pĂ©ril ce joyau national, et les derniers chefs-d’oeuvre qu’il abrite.
En prĂ©vision du pire, un vaste plan de protection avait Ă©tĂ© Ă©laborĂ© dĂšs les annĂ©es 1930. On camoufla Ă  partir de septembre 1939 tout ce qui pouvait l’ĂȘtre, Ă  commencer par le Grand Canal, entiĂšrement assĂ©chĂ©. Dans l’affolement de l’exode, on finit d’évacuer collections et dĂ©cors au sein de plusieurs chĂąteaux de province : Chambord, Brissac, Sourches, Serrant, Voré  La plupart de ces trĂ©sors survĂ©curent ainsi, « hors les murs », jusqu’à la fin du conflit. C’est un quotidien fait de craintes et d’espoirs que dĂ©voile cet ouvrage, au plus prĂšs d’une poignĂ©e d’hommes et de femmes, conscients de la nĂ©cessitĂ© absolue de prĂ©server un patrimoine unique.


L’auteur : DiplĂŽmĂ©e d’études supĂ©rieures de l’École du Louvre et docteur en histoire de l’art de l’UniversitĂ© Paris Nanterre, Claire Bonnotte a travaillĂ© Ă  l’Institut national d’Histoire de l’art de Paris avant d’intĂ©grer le service des expositions du chĂąteau de Versailles. Depuis 2017, elle a rejoint la conservation du musĂ©e comme collaboratrice scientifique. Elle a Ă©tudiĂ© plus de soixante-dix annĂ©es d’innombrables archives Ă  la fois françaises et allemandes, permettant aujourd’hui de restituer les Ă©vĂšnements survenus dans l’ancienne rĂ©sidence des Rois de France et le devenir de ses collections notamment sous l’Occupation allemande.

368 pages + 12 pages illustrĂ©es ‱ 23 euros / 978-2-36358-283-6 / En librairie le 7 juin 2018 

La mer monte, Aude Le Corff

Dans ce roman Ă  la fois intimiste et lanceur d’alerte Ă©cologique, entre espoir et profonde dĂ©sillusion, Aude Le Corff interroge avec intelligence l’avenir de la planĂšte.

Depuis que la terre a connu de grandes catastrophes climatiques, les gouvernants des pays dĂ©veloppĂ©s ont pris des mesures drastiques pour tenter d’enrayer l’évolution du dĂ©rĂšglement. En  2042, dans son appartement parisien et sa vie totalement connectĂ©s, Lisa n’a plus vraiment de latitude, tout est rĂ©glĂ©, prĂ©cis, fait pour qu’elle vive au mieux. Ne pas prendre trop de poids pour une meilleure santĂ©, un peu d’exercice programmĂ© chaque jour, plus personne ne peut souffrir de solitude puisque mĂȘme l’ascenseur s’adresse Ă  vous en rentrant. Et l’on retrouve Ă  la maison un animal de compagnie qui a tout du Tamagotchi des annĂ©es 2000. Enfin, dans le ciel, des drones surveillent les habitants qui pourraient ĂȘtre tentĂ©s de sortir de ces normes Ă©dictĂ©es pour le bien commun par une sociĂ©tĂ© bienpensante. Chaque individu a mĂȘme un interlocuteur virtuel qui lui indique toutes les donnĂ©es personnelles enregistrĂ©es chaque jour, en particulier pour sa santĂ©.

Bien Ă©videmment, les habitants ne peuvent ĂȘtre que satisfaits de savoir que tout va bien pour eux, qu’ils sont dans le droit chemin vers une meilleure santĂ©, sĂ©rĂ©nitĂ©, bonheur, tout est programmĂ© pour leur plus grand bien
 Et si c’était au contraire trop triste une vie formatĂ©e, sans surprise, sans excĂšs, sans dĂ©rapage.

En se basant sur des dĂ©couvertes ou recherches actuelles, l’auteur invente le monde connectĂ© que l’on nous promet chaque jour, le frigo qui commande tout seul, les informations mĂ©dicales transmises automatiquement aux mĂ©decins virtuels consultĂ©s Ă  travers des Ă©crans, les plats tout prĂȘts livrĂ©s directement
 on n’est pas si loin de ce monde dans lequel Ă©volue Lisa. Tout cela sur fond de catastrophe climatique avec une chaleur Ă©crasante, un manque d’eau, un bouleversement des cĂŽtes maritimes avec la montĂ©e tant annoncĂ©e du niveau de la mer et la disparition des terres, les flux de migrants climatiques.

Un jour Lisa dĂ©cide de lire les journaux intimes de sa mĂšre pour tenter de comprendre ce qui a bouleversĂ© sa vie dans ses annĂ©es de jeunesse. Elle dĂ©couvre le dĂ©part du fiancĂ© tant aimĂ©, sa disparition soudaine et inexpliquĂ©e, disparition a meurtri sa mĂšre de façon indĂ©lĂ©bile. Lisa dĂ©cide de mener une enquĂȘte avec les moyens des annĂ©es 2042, et tente de savoir pourquoi il est parti. Cette recherche dans le passĂ© apporte un profond sentiment d’humanitĂ© dans ce monde dĂ©solĂ© et aseptisĂ© dans lequel elle Ă©volue.

En mĂȘlant ces deux Ă©poques, et en confrontant les bouleversements de l’intime aux bouleversements climatiques inĂ©luctables qui ont transformĂ© la vie des terriens, Aude le Corff nous pousse Ă  nous interroger sur l’avenir de notre planĂšte. Sur ce que nous souhaitons ou risquons d’en faire si nous continuons au mĂȘme rythme. Il s’agit de ce que des parents transmettent Ă  leurs enfants, mais aussi de cette terre, ce patrimoine si fragile que nous devons transmettre Ă  nos enfants. Alors mĂȘme si les Thrillers Ă©cologiques, ces romans qui font la part belle aux problĂ©matiques sociales et environnementales, fleurissent de plus en plus, ici le sujet est trĂšs habilement menĂ© jusqu’au bout, pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Catalogue Ă©diteur : Stock

Lisa vit seule Ă  Paris dans un appartement connectĂ©. Dehors, le chant des cigales est aussi accablant que la chaleur, les drones filent entre les immeubles et surveillent les habitants, des crĂ©atures virtuelles parlent aux piĂ©tons. Nous sommes en 2042. Des catastrophes naturelles ont frappĂ© le monde, forçant les dirigeants Ă  entamer une transition Ă©cologique radicale. La jeune femme participe Ă  cette nouvelle sociĂ©tĂ© mais aspire Ă  plus de libertĂ©. Quant Ă  Laure, sa mĂšre, elle cherche des remĂšdes Ă  son anxiĂ©tĂ©. Depuis l’enfance, Lisa s’interroge. Quel Ă©vĂšnement a bouleversĂ© sa mĂšre dans les annĂ©es 90 ? Pourquoi un tel silence autour ? Le journal de Laure et l’enquĂȘte de Lisa en dĂ©voileront peu Ă  peu les clĂ©s.

Parution : 13/03/2019 / 252 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234087187 / Prix : 19.50 €

Une histoire des abeilles, Maja Lunde

Dans le roman de Maja Lunde « Une histoire des abeilles » il y a trois Ă©poques, et surtout la survie d’une planĂšte aux mains des hommes et 
 des abeilles.

Du passĂ©, avec  William, en Angleterre en 1851, au prĂ©sent, avec George dans l’Ohio en 2007, puis dans un futur pas si proche avec Tao, en Chine, en 2098, nous suivons trois familles dans leur rapport quotidien aux abeilles.

William va d’échec en Ă©chec, Ă  la tĂȘte d’une famille de sept filles, pĂšre malgrĂ© lui par lĂąchetĂ© ou par ennui, cet ancien Ă©tudiant brillant et prometteur s’est laissĂ© submerger par le quotidien, abandonnant trop vite ses rĂȘves d’idĂ©al. Jusqu’au jour oĂč, aprĂšs une longue dĂ©pression, il s’éveille Ă  la vie lorsqu’il s’intĂ©resse au sort des abeilles. Soucieux de comprendre la façon dont elles pourraient ĂȘtre domestiquĂ©es, ou du moins utilisĂ©es de façon optimale pour elles comme pour l’homme, il invente un modĂšle de ruche quasi parfait, mais il n’est pas le seul Ă  y avoir pensé .

George est un apiculteur heureux. S’il ne s’est jamais dĂ©cidĂ© Ă  exploiter les abeilles de façon quasi industrielle, il a pourtant bien rĂ©ussi Ă  faire croitre et multiplier les ruches. Et compte sur son fils, encore Ă©tudiant, pour reprendre la ferme, mĂȘme si tout chez ce dernier dĂ©montre qu’il n’en a pas vraiment envie. Mais c’est sans compter sur le Colony Collapse Disorder – Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, le CCD –  qui vient dĂ©cimer ses ruches et anĂ©antir des annĂ©es de travail.

Enfin, Tao, son mari et leur fils unique vivent en Chine. LĂ , comme c’est dĂ©jĂ  le cas aujourd’hui dans le Sichuan, des « Hommes-abeilles » pollinisent les vergers Ă  la main. Car les abeilles ont dĂ©sertĂ© la planĂšte depuis longtemps et sans cette pollinisation manuelle mĂ©ticuleuse et fastidieuse rĂ©alisĂ©e par des hommes et des femmes quasiment maintenus en esclavage, la planĂšte est vouĂ©e Ă  l’extinction. Pas d’abeille pas de fleurs, pas de pollen pas de fruits, etc
  Jusqu’au jour oĂč leur fils a un accident incomprĂ©hensible. Tao veut alors comprendre


VoilĂ  un Ă©tonnant roman Ă©cologiste qui interroge brillamment sur ce que l’homme fait, dĂ©truit, ou au contraire protĂšge, sauvegarde. Avec des passages trĂšs didactiques qui nous enseignement en quelques mots les principes de l’apiculture, les spĂ©cificitĂ©s des colonies d’abeilles
 Qui nous apprend aussi qu’une abeille sauvage ne pourra jamais ĂȘtre domestiquĂ©e et qu’il est temps d’arrĂȘter de polluer la planĂšte avec toutes sortes de pesticides violents et dĂ©vastateurs. Il est temps de sauver ce qui peut l’ĂȘtre.

Une histoire des abeilles est un roman trĂšs agrĂ©able Ă  lire. Et mĂȘme si parfois j’aurais aimĂ© suivre un peu plus l’une ou l’autre des Ă©poques, le passage de l’une Ă  l’autre se fait aisĂ©ment. L’auteur nous permet de mieux apprĂ©hender les catastrophes annoncĂ©es si l’on n’y prend pas garde. A la fois instructif et Ă©mouvant, en fil rouge une intrigue maintient en Ă©veil l’intĂ©rĂȘt du lecteur avec l’enquĂȘte menĂ©e par Tao dans un monde oĂč la population se meurt sans les abeilles.

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Catalogue Ă©diteur : Pocket et Presses de la CitĂ©

Loup-MaĂ«lle BESANÇON (Traducteur)

Un triptyque Ă©cologiste qui raconte l’amour filial Ă  travers le destin des abeilles. 

Unes, et pourtant plusieurs. Dangereuses, mais sources de vie, les abeilles garantissent l’espoir du monde.
William, George, Tao
 Chacun, Ă  sa maniĂšre, nourrit avec ces incroyables insectes une relation privilĂ©giĂ©e. Chacun, Ă  son Ă©poque, rĂȘve de changer l’avenir, d’offrir Ă  ses enfants des lendemains meilleurs. D’inventer, de transmettre ce qu’il sait
 ou croit savoir. Car les abeilles disparaissent, inĂ©luctablement, et dans l’indiffĂ©rence.
Victimes de notre espĂšce, elles en seront, peut-ĂȘtre, le salut


NĂ©e en 1975 Ă  Oslo, Maja Lunde a Ă©crit des scĂ©narios et des livres pour la jeunesse avant de se lancer dans la rĂ©daction d’Une histoire des abeilles, son premier roman pour adultes, best-seller en NorvĂšge et en Allemagne, et en cours de traduction dans une trentaine d’autres pays.

Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266284356 / POCHE / Nombre de pages : 448 / Format : 108 x 177 mm

Que faire Ă  Chartres ?

Aller voir la maison Picassiette !

Une fois que vous aurez visitĂ© la cathĂ©drale bien sĂ»r ! Ce havre de paix exceptionnel qui me fait toujours le mĂȘme effet Ă  chaque visite. Marcher sur ce sol mille fois piĂ©tinĂ© au fil du temps, admirer les vitraux, et vivre un moment suspendu empli d’une grande sĂ©rĂ©nitĂ©.

Si je n’ai encore jamais eu l’occasion de visiter la maison du facteur Cheval, mes pas m’ont portĂ©e vers un lieu sans doute moins emblĂ©matique de Chartres,  la maison Picassiette !

Picassiette ou l’art brut ? Qui a dit qu’il ne fallait pas casser la vaisselle ! Car voyez, Raymond Isidore a su faire son Ɠuvre des dĂ©chets communs, qu’il a triĂ©, sĂ©lectionnĂ©, valorisĂ© Ă  sa façon. NĂ© Ă  Chartres le 8 septembre 1900, issu d’un milieu modeste, il achĂšte en 1929 le terrain au 22 rue du Repos, dans le quartier chartrain de Saint-ChĂ©ron oĂč il s’installe avec sa femme Adrienne Dousset.

Toute sa vie, Raymond Isidore ramasse des petits bouts de verre ou des dĂ©bris, morceaux de vaisselle brisĂ©e, verre, faĂŻences et bien sĂ»r quelques assiettes (on s’amuse  Ă  l’occasion de la visite Ă  tenter de reconnaitre les provenances de certaines faĂŻences rĂ©gionales).

Lorsqu’il se promĂšne, il sait regarder puis ramasser ces morceaux de faĂŻence qu’il transforme en mosaĂŻques dans l’idĂ©e d’embellir sa maison-Ɠuvre si singuliĂšre. Peu Ă  peu, il en pose sur chaque recoin, Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur, aucune barriĂšre n’arrĂȘte sa crĂ©ativitĂ© dĂ©bordante ! Il couvre tout, sol et murs, objets et meubles, le jardin n’échappe pas Ă  l’artiste autodidacte mais passionnĂ©. Il devra mĂȘme acheter un terrain supplĂ©mentaire pour laisser pendant plus de vingt-cinq ans libre cours Ă  son imagination : jardin, chapelle, maison d’étĂ© !

On ne peut qu’ĂȘtre Ă©baubi devant ses rĂ©alisations ! DiversitĂ© des formes et des sujets, nombre foisonnant jusqu’au vertige, et tenter d’imaginer le travail de fourmi rĂ©alisĂ© par cet homme tout au long de sa vie.

Le regard ne sait pas oĂč se poser, l’Ɠil en tournerait presque de l’Ɠil et nous avec, tant il y a Ă  voir et Ă  dĂ©couvrir
l’imagination est au pouvoir ! Le visiteur cherche Ă  comprendre, Ă  dĂ©chiffrer. Mais qu’importe, laissons-nous porter, acceptons le mystĂšre, la folie, l’art sous cette forme, car c’est forcĂ©ment de l’art !

Raymond Isidore commence ce travail (en est-ce un ?) en 1938. Il ne l’interrompt qu’en 1962, peu de temps avant sa mort en 1964.

Mais alors
 Non, ne me dites pas que dĂšs demain vous allez garder la vieille assiette de grand-mĂšre qui vient de se briser,  les morceaux de verre colorĂ©s trouvĂ©s sur la plage, ou mĂȘme l’affreux vase de belle-maman que vous venez malencontreusement de laisser tomber, et bien d’autres encore, pour en faire quelques jolies mosaĂŻques ? Attention, l’esprit Picassiette est peut-ĂȘtre contagieux !

Maison Picassiette, 22, rue du Repos, Chartres.

La maison Picassiette acquise pas la Ville de Chartres en 1981 est classée monument historique depuis 1983.

En aoĂ»t : du lundi au samedi de 10 Ă  18 heures. FermĂ© le mardi. Le dimanche de 14 Ă  18 heures. En septembre : du lundi au samedi, de 10 heures Ă  12 h 30 et de 14 Ă  18 heures. FermĂ© le mardi. Le dimanche de 14 Ă  18 heures. TĂ©l. 02.37.34.10.78.

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TĂȘte de tambour, Sol Elias

La schizophrĂ©nie, une dĂ©flagration ? DĂ©lire, souffrance, diffĂ©rence, Sol Elias dĂ©crit magistralement la maladie, et la lecture de « TĂȘte de tambour » ne laisse pas ses lecteurs indiffĂ©rents.

Il voudrait ĂȘtre comme les autres, mais Manuel sait qu’il est diffĂ©rent. Il en veut Ă  la vie d’ĂȘtre autrement, Ă  ses parents qui l’ont laissĂ© naitre, Ă  la maladie qui ne l’a pas emportĂ© enfant, Ă  sa famille de ne pas le comprendre, Ă  la mort qui ne veut pas de lui. Difficile alors de s’aimer et de s’accepter face Ă  tant de luciditĂ©. Il est neurasthĂ©nique tendance psychotique, selon sa mĂšre, schizophrĂšne selon le mĂ©decin, quand enfin il comprend pourquoi Manuel est aussi singulier, fatiguĂ©, apeurĂ©, excitĂ©, violent mĂȘme.
Il est Manuel, il est AnaĂ«l, il devient cette tĂȘte de Tambour dans laquelle sonnent toutes les cloches de la terre, annonciatrices de douleur et de chagrin.

Les chapitres alternent avec les rĂ©cits d’AnaĂ«l, Manuel, Soledad. Le lecteur met quelques chapitres pour comprendre le rĂŽle de chacun et ce que chacun exprime de la complexitĂ© des relations dans une famille, une fratrie.

Ces diffĂ©rents personnages nous interpellent tour Ă  tour
 D’abord AnaĂ«l, que l’on suit dans ses frasques avec les copains si peu frĂ©quentables tout au long des annĂ©es 70. Ses parents, Bonnie la mĂšre qui ne sait pas comment faire pour contenter ce petit qui la dĂ©route, le pĂšre qui n’en peut plus, le seul Ă  travailler pour nourrir un famille et un fils impossible Ă  maitriser. Sa sƓur Ana-Sol et plus tard son mari, leur fille Soledad. Puis Manuel. Ou faut-il dire avant tout Manuel, car tout au long de sa vie il est conscient de sa maladie, de ses diffĂ©rences. Et mĂȘme lorsque sa tĂȘte explose, que la douleur le saisit, il rĂ©dige un roman dont le hĂ©ros est AnaĂ«l, ce double dont il Ă©crit la vie sur une multitude de petits bouts de papiers, Ă©parpillĂ©s, tourmentĂ©s, illisibles, comme sa « tĂȘte pourrie » sans doute.

Soledad est la seule qui, enfant, posait sur Manuel un regard Ă©gal, sans Ă  priori, comme seuls sont capables de le faire les enfants. C’est Ă  elle que Manuel lĂšgue sa vie entassĂ©e dans des sacs emplis de petits papiers qui pĂšsent tellement lourds dans sa vie. Car lorsqu’elle dĂ©cide de les dĂ©chiffrer, Soledad est enceinte, se pose alors la question de l’hĂ©rĂ©ditĂ©, de la transmission possible d’un gĂšne toxique.

Roman Ă©tonnant, inspirĂ© par l’oncle de l’auteur, qui dĂ©crit avec une certaine violence mais une grande vĂ©racitĂ© le poids Ă©crasant d’une hĂ©rĂ©ditĂ© incomprĂ©hensible et mĂ©connue de la schizophrĂ©nie ou de la maladie. Il y a aussi ces questionnements paralysants et pourtant vraisemblables : si je fais un enfant moi aussi, comment sera-t-il ? La vĂ©racitĂ© des sentiments et du dĂ©sespoir intime, Ă  la fois chez le malade et son entourage, qui transpire de ces lignes en fait un texte particuliĂšrement Ă©mouvant et touchant.

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Catalogue Ă©diteur : Rivages

« J’avais jetĂ© le charbon ardent de la discorde dans la plaine de leur affliction, la plaine tapissĂ©e d’un maquis dru et sec qui prenait feu comme de la paille. BientĂŽt ce serait le dĂ©sastre… »
Dans ce rĂ©cit bouleversant, l’auteur nous plonge dans les affres de la psychose et explore la complexitĂ© des relations filiales et le poids de l’hĂ©rĂ©ditĂ©. Un premier roman coup de poing qui s’empare d’un sujet sensible et peu abordĂ© en littĂ©rature, la schizophrĂ©nie, pour redonner leur humanitĂ© Ă  ceux que l’on en prive.

ISBN : 978-2-7436-4600-4 / EAN : 9782743646004 / Parution : janvier, 2019 / 200 pages / Format : 4.0 x 20.5 / Prix : 18,00€

NĂ© d’aucune femme, Franck Bouysseï»ż

Franck Bouysse nous plonge dans une atmosphĂšre Ă  la façon de Flaubert ou de Dickens. « NĂ© d’aucune femme » est un roman choral, situĂ© fin XIXe dĂ©but XXe, dans une province qui pourrait ĂȘtre les Landes ou le sud-Ouest chers au cƓur de l’auteur.

Gabriel, le curĂ© du village, reçoit une Ă©trange visite. Une inconnue l’informe qu’il va ĂȘtre appelĂ©, par ceux du monastĂšre oĂč se rĂ©fugient les filles perdues, auprĂšs d’une jeune morte. Dans les plis de la robe, il trouvera deux carnets, une vie, la vie de Rose


Rapidement, avec Gabriel, le lecteur feuillette ces carnets et plonge directement dans l’horreur de la misĂšre. Celle des filles qui naissent mais ne servent Ă  rien, mĂȘme si elles travaillent dur, bouche Ă  nourrir, dot Ă  payer, et elles partent servir dans la famille du mari quand on leur en trouve un
Mais ici, OnĂ©sime, le pĂšre, au plus profond de son dĂ©sespoir car il n’arrive pas Ă  subvenir correctement aux besoins de sa famille, a trouvĂ© un moyen de se dĂ©barrasser de son ainĂ©e, la vendre au maitre de forge.

Elle part avec son pĂšre, ne le sait pas encore, mais sa vie d’avant est finie Ă  jamais. Elle repart avec le maitre vers cette grande demeure inquiĂ©tante oĂč rĂšgne la Vieille, mĂšre et maitresse, mauvaise, hostile Ă  cette jeune femme qu’elle dresse et veut assujettir Ă  sa volontĂ©. LĂ , Rose, devenue la petite, va vivre des moments de labeur et de douleur. Brimades, corrections, viol, rien ne sera Ă©pargnĂ© Ă  celle qui dĂ©sormais appartient au maitre corps et Ăąme.

Le lecteur s’attache Ă  ce personnage de jeune fille. L’auteur construit et fait Ă©voluer autour d’elle les diffĂ©rents protagonistes, en particulier les acteurs de son malheur, avec une montĂ©e dans l’intrigue digne des grands romans noir. Pourtant, au plus douloureux de ce qu’elle va vivre, elle n’est cependant jamais totalement dĂ©sespĂ©rĂ©e. Elle sait voir le beau. Flatter le col d’un cheval et vivre des instants de bonheur et de douceur Ă  son contact, penser Ă  un jeune homme dont le regard l’émeut sont autant d’instants qu’elle saura sublimer pour rĂ©ussir Ă  rester vivante dans sa tĂȘte.

L’auteur dĂ©crit ici le mal dans ce qu’il a de plus terrible, quand le plus fort montre Ă  l’autre ses faiblesses, anĂ©anti sa volontĂ©, annihile sa personnalitĂ©. Et cependant, j’ai aimĂ© le fait qu’il mette en scĂšne une jeune femme qui sait verbaliser et Ă©crire le dĂ©sespoir. Rose rĂ©ussit Ă  s’extraire mentalement du malheur qu’est sa vie pour devenir une jeune femme solide, parfois mĂȘme amoureuse, qui ressent des sentiments, des joies, dans cette maison oĂč tout bonheur lui est pourtant refusĂ©. EnfermĂ©e, alors qu’elle devrait devenir folle l’écriture va la sauver.

J’ai dĂ©couvert Franck Bouysse avec ce roman et je ne compte pas en rester lĂ . J’ai trouvĂ© autant de beautĂ© que de cruautĂ© dans ce roman Ă©crit avec une plume qui sait dire la complexitĂ© des sentiments et les mots qui Ă©meuvent.

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Rencontre au salon Livre Paris

Catalogue Ă©diteur : La Manufacture de livres

 » Mon pĂšre, on va bientĂŽt vous demander de bĂ©nir le corps d’une femme Ă  l’asile.
– Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire Ă  cela ? Demandai-je.
– Sous sa robe, c’est lĂ  que je les ai cachĂ©s.
– De quoi parlez-vous ?
– Les cahiers
 Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a racontĂ© son histoire, cherchant Ă  briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, laurĂ©at de plus de dix prix littĂ©raires, nous offre avec NĂ© d’aucune femme la plus vibrante de ses Ɠuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent Ă  conter les failles et les grandeurs de l’ñme humaine.

Franck Bouysse, nĂ© en 1965 Ă  Brive-la-Gaillarde, a Ă©tĂ© enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succĂšs, remportent de nombreux prix littĂ©raires et imposent Franck Bouysse sur la scĂšne littĂ©raire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en CorrĂšze.

20,90 euros / 336 pages / Parution le 10/01/2019 / ISBN 978-2-35887-271-3

NĂ©crologie du chat, Olivia Resenterra

Olivia Resenterra dit tout sur la misĂšre humaine dans son Ă©difiante « NĂ©crologie du chat » Ă  travers le rocambolesque dernier voyage d’un dĂ©funt matou.

Dans l’entrĂ©e d’un immeuble ordinaire d’une banlieue tout aussi banale, une femme soliloque, la caisse de son chat Ă  la main. Elle est alpaguĂ©e par la concierge qui lui parle sans l’écouter mais qui, lorsqu’elle comprend que le chat est mort, lui demande de s’en aller. Et Ana part, marche sans but prĂ©cis au milieu de l’hiver, Ă  la recherche d’un coin de terre meuble oĂč enterrer son fidĂšle compagnon.

Elle croise un homme Ă©trange. Il la recueille chez lui, mais elle fuit au petit matin, houspillĂ©e par sa  gouvernante jalouse et possessive. Puis une famille de cyclistes l’invite Ă  partager son piquenique. GrĂące Ă  eux elle dĂ©couvre un cimetiĂšre pour animaux et son gardien plus commercial que philanthrope. Sa course n’est pour autant pas terminĂ©e, et si le chat ne se dĂ©compose pas encore, il est pourtant mort et bien mort depuis plusieurs jours maintenant.

De rencontres en hasards, on a l’impression de voir s’écrouler des cartes Ă  jouer qui auraient Ă©tĂ© minutieusement posĂ©es lĂ  par l’auteur. Chaque Ă©vĂ©nement en entraine un autre tout aussi saugrenu, voire sordide, comme un inĂ©luctable et fatal enchainement de catastrophes. Tout comme le battement de l’aile du papillon entraine un cataclysme Ă  l’autre bout de la terre, ou lĂ , tout prĂšs. Car les Ă©vĂšnements vont s’enchaĂźner, sous l’Ɠil atterrĂ© du lecteur
 FatalitĂ©, hasard, Ă©goĂŻsme, solitude, jalousie, concupiscence, tant de sentiments vont se cĂŽtoyer, s’enchainer, pour le pire bien plus que pour le meilleur.

Ce roman est une Ă©trange surprise. Le lecteur chemine sans savoir oĂč l’auteur veut le conduire, et se jette sans aucune retenue dans ce conte Ă©tonnamment instructif sur l’Homme en gĂ©nĂ©ral, et sur le manque d’empathie, l’absence de partage, ou d’écoute tout simplement. C’est vif, incisif, un brin burlesque peut-ĂȘtre, et surtout totalement mordant.

Le coup de griffe posthume donné par ce gentil matou à des humains bien peu compatissants ?

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Serge Safran

Un matin d’hiver, Ana quitte le lotissement qu’elle habite Ă  la pĂ©riphĂ©rie d’une petite ville perdue dans la campagne. Au bout de son bras, une caisse en plastique contenant le corps de son chat mort. DĂ©semparĂ©e, marchant au hasard, Ă  la recherche d’un lieu pour enterrer l’animal, Ana est confrontĂ©e Ă  l’incomprĂ©hension et la cruautĂ© des diffĂ©rentes personnes qu’elle croise sur son chemin : un fermier cĂ©libataire et sa gouvernante prĂȘte Ă  tout pour Ă©liminer une potentielle rivale, une famille de cyclistes menĂ©e par un pĂšre autoritaire, un gardien de cimetiĂšre pour animaux, spĂ©cialiste des obsĂšques « sur mesures », un duo de criminels en cavale
 Pendant ce temps, un renard, qui semble tout droit sorti d’une fable, rĂŽde aux alentours


Olivia Resenterra, nĂ©e Ă  Rochefort-sur-mer en 1978, a Ă©tudiĂ© les lettres et la philosophie Ă  Poitiers, Salamanque et la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, portraits acides, publiĂ© aux Ă©ditions PUF en 2012 et d’un roman, Le Garçon, scĂšnes de la vie provinciale, aux Ă©ditions Serge Safran en 2016.

En librairie le 8 mars 2019 / ISBN : 979-10-97594-21-3 / Format : 12,5 x 19 cm / Pagination : 160 pages / Prix : 16, 90 €

Chroniques d’une survivante, Catherine Bertrand

Dans ces Chroniques d’une survivante publiĂ©es aux Editions de la MartiniĂšre, Catherine Bertrand qui a vĂ©cu de l’intĂ©rieur l’attentat du Bataclan, nous dĂ©livre un message Ă©mouvant sur le trop mĂ©connu stress post-traumatique. Ce stress qu’elle et tant d’autres ont subi Ă  la suite des attentats survenus ces derniĂšres annĂ©es.

Le Bataclan, nous en avons entendu parler, forcĂ©ment, mais elle, Elle y Ă©tait. Et de ça, bien sĂ»r, on ne ressort pas intact. Pas intact ? Pourtant elle n’est pas blessĂ©e, rien d’apparent. Mais un ESPT (Etat de Stress post-Traumatique) cela ne se voit pas, rien de visible, tout est Ă  l’intĂ©rieur, enfoui, cachĂ© aux yeux de tous, parfois mĂȘme aux yeux de la victime elle-mĂȘme. Car victime, elle l’est, rĂ©ellement, mais qui s’en doute, qui le comprend, qui le voit ou veut bien l’entendre ?

Car ĂȘtre sortie physiquement indemne des attentats du Bataclan (Paris de novembre 2015) ne veut pas dire que l’on ne souffre pas, et le stress post-traumatique subi est un vĂ©ritable boulet invisible mais prĂ©gnant, paralysant parfois.

Catherine Bertrand utilise le dessin comme exutoire, comme transmetteur de toutes ses peurs, ses angoisses, mais surtout pour aider les autres, qui comme elle, ont besoin de se reconstruire, ou ceux qui doivent essayer de comprendre les victimes. Le trait est simplifiĂ©, les mots sont lĂ , vibrants, Ă©clatants, prenant toute la place parfois, avec cet ESPT matĂ©rialisĂ© par un boulet. Par ce boulet bien visible et tellement Ă©norme qu’elle traine derriĂšre elle Ă  la façon d’un pou qui s’agrippe Ă  vous et ne vous lĂąche plus. Elle nous permet de visualiser la souffrance qu’elle endure, et permet Ă  d’autres victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules, que d’autres souffrent comme elles et que cette souffrance est aussi rĂ©elle qu’une plaie ouverte. Victimes, oui, elles le sont, mais pas Ă  vie, car il faut parvenir Ă  se reconstruire pour avancer tant bien que mal dans une vie qui aujourd’hui leur fait peur.

S’il est difficile de parler de ces Chroniques d’une survivante, il est indispensable de les faire connaĂźtre et de se laisser submerger par l’émotion, forcĂ©ment.

💙💙💙💙

Sur ce sujet, mais traitĂ© de diffĂ©rentes façons, on peut lire Le lambeau  le magnifique ouvrage de Philippe Lançon, pas facile, mais si on arrive Ă  le lire, qu’elle leçon de vie ! J’ai envie de vous conseiller Ă©galement Le livre que je ne voulais pas Ă©crire, par Erwan Lahrer.

D’autres auteurs se sont essayĂ© Ă  Ă©voquer l’aprĂšs attentat
 Je pense par exemple Ă  Une si brĂšve arriĂšre-saison de Charles Nemes, Ă  Vivre ensemble, d’Émilie FrĂšche, ou encore A la fin le silence, de Laurence Tardieu.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions de La MartiniĂšre

Bon, ben j’étais au Bataclan…
Mais ça va, hein. Je suis vivante, j’vais pas me plaindre.
Le quoi ? Le stress post-traumatique ?
Connais pas.
Si ça a bouleversé ma vie ? Non, pas du tout, pourquoi ?
J’ai fait quelques dessins pour raconter tout ça, une sorte de journal, quoi.
Peut-ĂȘtre bien que tu te retrouveras dans certaines pages.
Tu veux y jeter un Ɠil ? Ou les deux ?

Catherine Bertrand est passionnĂ©e de dessin depuis toujours, dĂ©sormais reconvertie dans le graphisme et l’illustration. Elle Ă©tait au Bataclan le 13 novembre 2015 et fait partie de l’association de victimes d’attentats, Life for Paris. Elle a rĂ©alisĂ© seule ce livre, avant de le confier Ă  un Ă©diteur.

140 x 205 mm / 160 pages / 04 octobre 2018 / ISBN 9782732489261 : 14 €

Cyclone, Marion Mousse & ClĂ©ment Baloup

Ah, quand les tourments de l’adolescence rejoignent ceux de la planĂšte et que les Ă©mois se heurtent au Cyclone dĂ©vastateur.

Margot vit sur une ile isolĂ©e du monde. En cette journĂ©e de rentrĂ©e scolaire, les Ă©vĂšnements climatiques font craindre l’arrivĂ©e d’un puissant cyclone.

Pourtant, la rentrĂ©e se dĂ©roule comme partout ailleurs. CuriositĂ© face au nouveau venu dans la classe, interrogations devant les tĂȘtes nouvelles, puis attrait pour le professeur Gregory MarĂ©chal, monsieur MarĂ©chal, ce prof si sĂ©duisant, si attentif. Margot s’y laisse prendre… son cƓur balance, mais les jeunes filles de son Ăąge sont souvent attirĂ©es par le risque, le danger, la dĂ©couverte de ce qui est diffĂ©rent.

Margot veut vivre pleinement ses Ă©mois d’adolescente. Elle se confie Ă  son amie Iseult, lui avoue que son cƓur balance
Monsieur MarĂ©chal, ou  le nouveau venu de la classe, cet Ali si mystĂ©rieux. Ali le musicien, en conflit avec les parents, lui l’amateur de musique qui est aussi amoureux de Margot.

Cyclone est l’occasion de dĂ©couvrir ces conflits trĂšs actuels entre les jeunes, mais aussi les atermoiements des ados, avec Margot et son prof, piĂ©gĂ©e dans son triangle amoureux, face au dĂ©chainement de violence des rĂ©seaux sociaux. Et puis ces difficiles relations Ă©lĂšve professeur. Quand ces adolescentes sont si provocantes avec leur beautĂ© naturelle et si peu maitrisĂ©e, elles qui oscillent entre manque de confiance en soi et exercice du pouvoir de sĂ©duction sur leurs professeurs, par jeu, par plaisir, par rĂ©elle attraction


C’est un plaisir de tourner les pages de Cyclone et d’apprĂ©cier les superbes illustrations de Marion Mousse, les couleurs, les doubles pages, les impressions. J’ai eu cependant comme un sentiment de pas assez, pas assez car l’intrigue est trĂšs classique, somme toute presque banale, mais c’est un joli moment de lecture et le graphisme est vraiment intĂ©ressant.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Sarbacane

Margot, lycĂ©enne Ă  la vie jusqu’ici anodine, Ă©clot comme une fleur Ă  sa rentrĂ©e en terminale. Vibrante d’une sensualitĂ© soudain dĂ©bordante, sur son Ăźle battue par les vents et l’ennui, elle se sent prisonniĂšre. Il y a bien Ali, le nouveau rĂ©cemment dĂ©barquĂ©, beau brun tĂ©nĂ©breux, musicien torturĂ©, qui la dĂ©vore des yeux. Mais Margot rĂȘve d’autre chose, de plus grand, de plus fort… Aussi, quand MarĂ©chal, son prof de philo et Ă©crivain ratĂ©, la persuade de devenir sa maĂźtresse, elle se laisse sĂ©duire… sous le regard jaloux d’Ali. Un triangle amoureux venimeux s’installe, sur la petite Ăźle qu’une tourmente mĂ©tĂ©orologique semble bientĂŽt devoir isoler


L’auteur : ClĂ©ment Baloup, est un auteur marseillais qui rĂ©alise des scĂ©narios tournĂ©s vers l’aventure dont les trĂšs remarquĂ©s Chinh Tri (2 tomes parus au Seuil) et Diables SucrĂ©s pour Mathieu Jiro (Gallimard – sĂ©lection AngoulĂȘme 2010). Avec MĂ©moires de Viet Kieu T1,Quitter Saigon (La BoĂźte Ă  bulles), il obtient son premier prix d’importance : le Prix du jury ƒcumĂ©nique de la BD, Ă  l’occasion du Festival d’AngoulĂȘme 2011.

L’illustrateur : Marion Mousse, est nĂ© en 1974 et vit aujourd’hui Ă  Marseille. Sa premiĂšre BD paraĂźt en 2001 : Phineas, un album en noir paru chez Treize Étrange. Puis il se lance dans une adaptation libre du roman de ThĂ©ophile Gautier: Fracasse (GlĂ©nat) qui sera publiĂ© – en 3 volumes – entre mai 2004 et mai 2005. Il a aussi publiĂ© From Outer Space, paru fin 2006 chez Six Pieds sous terre et Louise et les loups en 2012.

Date de parution : 06/02/2019 / prix de vente au public (TTC) : 22,50 € / 136 pages ; 29 x 21,5 cm / ISBN 978-2-37731-201-6 / EAN 9782377312016