Fantazmë, Niko Tackian

FantazmĂ«, de Niko Tackian, c’est noir, trĂšs noir et on aime ça. Le commandant Tomar Khan mĂšne l’enquĂȘte, et nous entraine dans des lieux sombres Ă  la poursuite d’un tueur insaisissable.

AprĂšs avoir lu Toxique (Ă©galement disponible au Livre de Poche, que je vous conseille malgrĂ© tout de lire avant si vous pouvez) je dĂ©couvre FantazmĂ«, l’excellent roman de Niko Tackian.

Paris, en janvier 2017. Nous avions fait la connaissance du commandant Tomar Khan lors du prĂ©cĂ©dent roman, nous le retrouvons ici pour une enquĂȘte beaucoup plus sombre. Il nous entraine dans les milieux mafieux des pays de l’Est, oĂč la violence rĂšgne sans partage. Des corps sont dĂ©couverts, torturĂ©s Ă  mort, le sang, les blessures, rien ne nous est Ă©pargnĂ©. Ici, les corps atrocement torturĂ©s sont le plus souvent ceux de malfrats pour lequel la mort est presque un cadeau, tant ils ont fait eux-mĂȘmes preuve de inhumanitĂ©… Mais qui peut bien leur en vouloir Ă  ce point ? Et surtout, quel bon flic peut avoir envie de mener une enquĂȘte pour trouver ce coupable au bras vengeur ?

Sur fond de guerre des gangs, de filiĂšres d’albanais, de trafic de femmes enlevĂ©es dans les pays de l’est pour les forcer Ă  travailler dans des rĂ©seaux de prostitution, le mystĂšre est Ă©pais et l’équipe de Tomar Khan doit faire preuve une fois de plus de sagacitĂ© et de persĂ©vĂ©rance.

L’auteur sait une fois encore nous faire partager la vie de ses personnages. Tomar et son amie et collĂšgue Rhonda, leurs atermoiements, leurs interrogations existentielles qui pourrissent la vie de Tomar au risque de lui faire Ă©galement manquer sa vie amoureuse, poursuivit sans cette par ces fantĂŽmes au risque de perdre la raison. Mais on y retrouve aussi les manipulations, les travers de la police, comme ceux du monde extĂ©rieur, qui sont particuliĂšrement bien mis en exergue. J’aime l’écriture de Niko Tackian, ses intrigues, ses personnages
 Un auteur Ă  suivre !

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Janvier 2017, Paris, XVIIIe arrondissement. Le corps d’un homme atrocement mutilĂ© est retrouvĂ© dans une cave. Le commandant Tomar Khan pense d’abord Ă  un rĂšglement de comptes. Le genre d’affaire qui reste en suspens pendant des annĂ©es, se dit-il. Mais voilĂ , l’ADN relevĂ© sur les lieux a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©couvert sur le corps d’un dealer, battu Ă  mort dans une cave lui aussi. Et bientĂŽt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un FantazmĂ«, un « spectre » en albanais, qui s’en prend Ă  la pĂšgre.

Avec cette enquĂȘte troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre oĂč s’affronteront inĂ©vitablement son devoir de policier et ses sentiments d’ĂȘtre humain.

Un polar trùs noir, mais aussi humain, voire bouleversant. Aujourd’hui en France.

Un excellent thriller. Remarquable. Femme actuelle.

288 pages / Date de parution : 02/01/2019 / EAN : 9782253237532

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Toxique, Niko Tackian

DĂ©couvrir le commandant Tomar Khan, un nouvel enquĂȘteur et avoir envie de suivre ses aventures, voilĂ  qui est fait avec « Toxique Â» de Niko Tackian.

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Paris, peu de temps aprĂšs les vagues d’attentats de 2015. A la Crim’ du 36 quai des orfĂšvres, Tomar Khan n’est pas un flic ordinaire. Sa mĂšre est une ancienne peshmerga. Cette combattante Kurde a fui la Turquie et les zones de guerre pour trouver une vie plus calme en France. C’était avant de connaitre la violence aveugle des hommes, cette violence sourde envers les femmes dans leur propre foyer. Violence Ă  laquelle avait dĂ» faire face Tomar, qui devait protĂ©ger Ă  la fois sa mĂšre et son petit frĂšre. Mais le pĂšre est mort, la famille peut dormir tranquille, alors pourquoi Tomar est-il aussi inquiet

Une Ă©cole maternelle dans la banlieue parisienne, la directrice vient d’ĂȘtre retrouvĂ©e assassinĂ©e dans son bureau. Un des professeurs,un certain Le Brun, Ă©tait dans le bureau juste avant le drame. Le fait est Ă©tabli, il n’est pas rentrĂ© chez lui
 VoilĂ  une enquĂȘte qui sera vite bouclĂ©e. Chacun va pouvoir regagner rapidement ses pĂ©nates.

Enfin, ça c’est sans compter sur le commandant qui repĂšre tout de suite les violences pas tout Ă  fait ordinaires
 Cet homme Ă  la fois fort et fragile, tourmentĂ© par ses propres dĂ©mons, a du flair pour les enquĂȘtes. Alors pourquoi cette femme sans histoire, pourquoi cet homme sans antĂ©cĂ©dents, quel mystĂšre cela cache-t-il ? Il va falloir interroger tous les tĂ©moins, passer au crible leurs tĂ©moignages, leurs personnalitĂ©s
 et trouver, cachĂ© par-lĂ , la faille, le point faible, la femme toxique


Ne pas en dĂ©florer d’avantage, mais vous dire que cet auteur vous entraine dans les mĂ©andres de l’esprit de son commandant, et vous n’avez pas du tout envie d’en sortir ! C’est rythmĂ©, plausible, diffĂ©rent, passionnant. Il y a les investigations autour du meurtre, mais surtout les rĂ©flexions sur le passĂ©, la culpabilitĂ©, le destin, inĂ©luctable, et la partie psychologique de l’enquĂȘte est passionnante.

Tomar est trĂšs  vite un intime que l’on a envie de suivre jusqu’au bout de ses nuits de questionnements et de souffrance intĂ©rieure. Les intrigues se mĂȘlent et s’emmĂȘlent pour le plus grand bonheur du lecteur pris au piĂšge, qui tourne les pages les unes aprĂšs les autres sans aucune envie de s’arrĂȘter. Exactement le genre de polar que l’on a autant hĂąte de finir qu’envie de poser lĂ  pour le savourer lentement, en prenant son temps pour faire durer le plaisir.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

Janvier 2016. La directrice d’une Ă©cole maternelle de la banlieue parisienne est retrouvĂ©e morte dans son bureau. Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des Ă©coles est trĂšs sensible. La Crim dĂ©pĂȘche donc Tomar Khan, un des meilleurs flics de la Crim, surnommĂ© le Pitbull, connu pour ĂȘtre pointilleux sur les violences faites aux femmes. À premiĂšre vue, l’affaire est simple. « Dans vingt-quatre heures elle est pliĂ©e », dit mĂȘme l’un des premiers enquĂȘteurs. Mais les nombreux dĂ©mons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a dĂ©veloppĂ© un instinct imparable pour dĂ©celer une histoire beaucoup plus compliquĂ©e qu’il n’y paraĂźt.
 
Une personnalitĂ© toxique, une psychopathe comme vos pires cauchemars ne vous ont jamais permis d’en croiser.  Le TĂ©lĂ©gramme

320 pages / Parution : 03/01/2018 / EAN : 9782253092681 / Editeur d’origine : Calmann-LĂ©vy

Glissez, mortel. Charlotte Hellman

Entrer dans l’intimitĂ© du peintre Paul Signac, voilĂ  ce que nous propose Charlotte Hellman dans « Glissez, mortels Â» paru aux Ă©ditions Philippe Rey.

Lui, Paul Signac, est un des artistes peintres les plus connus des annĂ©es 20, prĂ©curseur du pointillisme, admirateur de Bonnard et amis de tant d’autres


Elle, Berthe, qu’il Ă©pouse en 1892, celle avec qui il n’aura pas d’enfants, mais qui l’accompagne de Paris Ă  saint Tropez, ce petit port de pĂȘche charmant Ă  la lumiĂšre incomparable, pendant plus de vingt-huit ans


Elle enfin, c’est Jeanne, la voisine de palier qui emmĂ©nage en 1899 dans ce bel immeuble construit par ce nouveau gĂ©nie de la dĂ©coration qu’est Hector Guimard. Jeanne l’artiste, la femme, la mĂšre, celle qui abandonne mari et enfants pour partir avec lui, qui lui donnera Ginette, cette enfant dont il rĂȘve et qu’il fera finalement adopter par sa femme Berthe. Jeanne avec qui il passera vingt ans.

La relation entre Paul et Berthe est une relation de couple sereine et paisible, installĂ©s dans un certain confort. L’homme sait gĂ©rer son budget et l’artiste vend bien ses productions. Ils vivent Ă  Paris, puis Ă  Saint-Tropez, une vie facile et mondaine. Mais aucun enfant ne vient, au grand dĂ©sespoir de l’un comme de l’autre.

Puis apparaissent les Selmersheim, ces voisins si charmants. Jeanne est artiste peintre, mĂšre de trois enfants, femme comblĂ©e par un mari trĂšs conciliant. L’amitiĂ© entre les deux couples est quasi immĂ©diate, ils se reçoivent, s’apprĂ©cient. Jusqu’au jour oĂč les Selmersheim dĂ©mĂ©nagent. Est-ce l’absence qui a crĂ©Ă© le manque ? Toujours est-il que Paul et Jeanne vivent une relation adultĂ©rine intense, puis Jeanne quitte mari et enfants pour vivre avec Paul. Cette femme libre avant l’heure devra supporter toute sa vie le fait d’ĂȘtre celle qui a volĂ© le mari d’une autre. Et comme Paul ne divorcera jamais, il ne pourra jamais l’épouser. La rupture sera douloureuse pour Berthe, mais son mari ne l’abandonnera jamais, il lui Ă©crira sans relĂąche chaque jour de sa vie


Vaudeville ? Trio infernal ? Relation croisĂ©e Ă  trois ? Ou tout simplement l’amour, quand il vous prend, vous garde, vous emporte, vous transporte Ă  tel point que l’on peut mĂȘme accepter l’autre, comprendre le mari, continuer Ă  aimer la femme que l’on a abandonnĂ©e, vouloir l’une et l’autre.

VoilĂ  donc une histoire bien singuliĂšre que je dĂ©couvre ici. J’aime beaucoup dĂ©couvrir des pans de la vie d’artistes que l’on admire pour leur Ɠuvre sans pour autant connaitre leur vie, leur intimitĂ©. LĂ  le lecteur est servi, c’est touchant, intime, Ă©trange, fort
 J’ai apprĂ©ciĂ© –sans forcĂ©ment toujours le comprendre !- cet homme chez qui l’amour est primordial et va de pair avec la recherche du bonheur, mais aussi la crĂ©ativitĂ© et le foisonnement avant-gardiste de l’artiste, son goĂ»t pour la nouveautĂ©, ses amitiĂ©s et ses passions, politiques autant qu’artistiques


💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Philippe Rey

« Paul, Berthe et Jeanne : je suis issue d’une triple histoire d’amour. Un homme, peintre cĂ©lĂšbre, deux femmes et une enfant illĂ©gitime – ma grand-mĂšre. Cette histoire m’a Ă©tĂ© racontĂ©e depuis mon enfance. Mais j’ai voulu savoir ce qui s’était vraiment passĂ©.

Les faits bruts, je les connaissais. En 1912, Paul Signac quitte sa femme Berthe pour une amie du couple, l’artiste Jeanne Desgrange. Pour lui, celle-ci divorce et abandonne ses enfants. Paul, de son cĂŽtĂ©, ne divorcera jamais, et parviendra Ă  faire adopter par Berthe l’enfant qu’il aura de Jeanne. Quelle Ă©tait la nature de cet amour, si vertigineux, qui leur a permis de repousser l’égoĂŻsme, la souffrance, le doute, pour tenir bon, Ă  trois ? » Ch. H.

D’une Ă©criture Ă©lĂ©gante, sans concession, Charlotte Hellman nous plonge dans la vie amoureuse et dans l’ardeur crĂ©atrice du grand peintre qu’était Paul Signac, un homme travailleur, sportif, passionnĂ©, engagĂ© politiquement et artistiquement aux cĂŽtĂ©s des avant-gardes, ami de Van Gogh, Monet, Seurat, FĂ©nĂ©on, Bonnard
 La fin de siĂšcle, la PremiĂšre Guerre mondiale et sa tragĂ©die, l’effervescence artistique de l’époque forment la toile de fond de cette histoire d’amour et de tolĂ©rance. Les interrogations de l’auteure permettent de dĂ©ployer le destin de ces trois ĂȘtres, en s’appuyant sur les souvenirs familiaux mais aussi sur une abondante correspondance.

Fascinante immersion dans l’intimitĂ© d’un homme et de deux femmes hors normes, qui surent conquĂ©rir leur libertĂ© face aux rigiditĂ©s de leur temps. Trois ĂȘtres Ă©tincelants, rĂ©solument modernes.

Date de parution : 03/01/2019 / ISBN : 978-2-84876-714-7 / Format : 14,5 x 22 cm / Pages : 208 / Prix : 18.00 €

Magic Bab el-Oued. Sabrina Kassa

Dans Magic Bab el-Oued, l’hĂ©roĂŻne de Sabrina Kassa s’interroge sur ses origines et Ă©voque avec justesse des sujets de sociĂ©tĂ© qui touchent tout un pays, et courent sur plusieurs gĂ©nĂ©rations.

Anissa vit Ă  Paris. Elle est Ă©tudiante et prĂ©pare un mĂ©moire sur les chibani, son travail est assez froidement accueilli par son maitre de thĂšse qui veut l’orienter diffĂ©remment et vraisemblablement l’utiliser pour cannibaliser cette Ă©tude Ă  son profit.

Il y a longtemps qu’Anissa ne vit plus chez sa mĂšre, dans le quartier l’Aligre. Mais pendant l’absence de celle-ci, elle doit retourner dans l’appartement de son enfance pour attendre le plombier. LĂ , elle dĂ©couvre un secret, son pĂšre Ă©tait harki, voilĂ  sans doute pourquoi il n’est jamais revenu au pays
 Elle dĂ©cide de partir en AlgĂ©rie pour aller rencontrer la famille et tenter de comprendre.

A son arrivĂ©e Ă  Alger, elle se rend vite compte que personne ne lui parle vraiment, l’ambiance est plutĂŽt froide, la sincĂ©ritĂ© absente, les doutes et les questions l’assaillent chaque jour, pourquoi une telle attitude Ă  son Ă©gard de la part des diffĂ©rents membres  de la famille ?

Chaque jour est propice Ă  de nouvelles dĂ©couvertes, un cousin noir (issu d’un viol entre la tante et un tirailleur sĂ©nĂ©galais) pour le moins gentil, mais rĂȘveur et qui est tout le portrait de Barack Obama mais ne le sait pas, il est la proie facile de margoulins amĂ©ricains qui tentent de l’utiliser. Une cousine qui ne rĂȘve que de quitter le pays, mais pour cela il faut un passeport, un visa, et surtout de l’argent.. et des oncles et tantes si taiseux que les secrets ne sont pas prĂȘts d’ĂȘtres percĂ©s Ă  jour.

Au fil des jours, les vĂ©ritĂ©s se dĂ©voilent, les caractĂšres se font jour, les amitiĂ©s se crĂ©ent.  Anissa n’aura certainement pas toutes les rĂ©ponses, mais pourra au moins savoir d’oĂč elle vient, pourquoi les silences, et se construire sur de belles bases. Un premier roman attachant, une Ă©criture fluide et chaleureuse, sous le soleil d’Alger, une histoire qui a la saveur des soirĂ©es au village, quand les cousins se parlent enfin, et se ressourcent en montagne sous les feuillages odorants et la nuit Ă©toilĂ©e
Un roman qui dit aussi le temps qui passe, le poids des silences, le chagrin et le manque de confiance que cela engendre. Savoir pour se construire, comprendre pour Ă©voluer et mieux s’armer pour l’avenir, tout cela est Ă©voquĂ© avec sĂ©rieux mais dit avec une lĂ©gĂšretĂ© et une fantaisie apparentes.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Emmanuelle Collas

Anissa vient de dĂ©couvrir un secret de famille : son pĂšre Ă©tait harki. Elle dĂ©cide d’aller rendre visite Ă  son oncle Ă  Bab el-Oued pour comprendre ce qui, dans le passĂ©, a fait exploser sa famille. Mais, en AlgĂ©rie, tout la monde la fuit. Elle ne tarde pas Ă  comprendre qu’un autre drame se joue lĂ -bas. Son cousin, tout aussi Ă©garĂ© qu’elle, est embarquĂ© dans une magouille internationale depuis qu’il est devenu le sosie de Barack Obama. C’est en essayant de lui prĂȘter main forte que les histoires des uns et des autres vont se dĂ©voiler et se libĂ©rer de l’emprise du passĂ©.

Sabrina Kassa est française. Journaliste, elle vit Ă  Paris. Magic Bab el-Oued est son premier roman. Retrouvez son blog ici : Sabrina Kassa

Parution : janvier 2019 / Dimensions : 18,8 x 12,5 x 1,8 cm / Pages :193 pages / EAN13:9782490155095 / Prix 15€

État d’ivresse. Denis Michelis

La mĂšre, le fils, l’alcool et la solitude de celle qui dĂ©truit sa vie chaque jour Ă  petite gorgĂ©e
 c’est l’État d’ivresse selon Denis Michelis

C’est la mĂšre de Tristan, un adolescent de 17 ans qu’elle ne reconnait plus, c’est l’épouse d’un mari absent qui laisse des messages qu’elle n’entend pas
 c’est l’amie de CĂ©lia, sa voisine et disons le plutĂŽt son ex-meilleur amie, et surtout, c’est une femme en Ă©tat d’ivresse du matin au soir. VautrĂ©e dans son canapĂ©, elle cherche les combines les plus improbables pour acheter, cacher, consommer tout l’alcool possible, ces doses qui lui feront oublier sa solitude, son dĂ©sespoir dans cette maison vide qu’elle exĂšcre.

Journaliste, mĂšre, Ă©pouse, femme brisĂ©e… bien sĂ»r elle sait qu’il faudrait se soigner, arrĂȘter, ne plus boire, mais rien ne peut l’en empĂȘcher. Difficile dĂ©gringolade, pitoyable dĂ©gringolade de cette femme perdue. L’alcoolisme fĂ©minin est toujours si dramatique. Quand rien, pas mĂȘme son enfant, ne peut vous faire stopper la chute inexorable.

L’auteur s’est faufilĂ© dans la tĂȘte de sa narratrice pour la faire parler, et son roman est criant de vĂ©ritĂ©, de dĂ©sespoir, de justesse aussi. Étonnant par la diffĂ©rence de langage, de personnages qui cohabitent dans la tĂȘte malade de cette femme dĂ©sespĂ©rĂ©e, qui boit et oublie, qui boit et se perd, qui boit tant que ça ressemble presque Ă  un suicide, et  que l’on a tant envie de secouer.

Ce roman me fait penser au roman Ă  celui de Cathy GalliĂ©gue Et boire ma vie jusqu’à l’oubli qui abordait Ă©galement ce thĂšme et que j’avais trouvĂ© particuliĂšrement rĂ©ussi. Dans le roman de Denis Michelis État d’ivresse il m’aura manquĂ© quelque chose pour vraiment compatir et comprendre cette femme, l’origine de son Ă©tat ou un espoir de solution pour l’avenir. LĂ  j’ai eu l’impression de plonger dans cette ivresse sans plus jamais pouvoir en sortir, une immersion dans le dĂ©sespoir Ă  l’état pur en somme.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Notabilia Noir sur Blanc

État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisĂ©e qui, en s’abĂźmant dans l’alcool, se fait violence Ă  elle-mĂȘme. La mĂšre d’un adolescent, en Ă©tat d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un dĂ©calage absolu avec la rĂ©alitĂ© qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa dĂ©chĂ©ance et plus encore de se confronter au monde rĂ©el, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui Ă©clater au nez. 

Comme dans ses deux prĂ©cĂ©dents romans, on trouve sous la plume de Denis Michelis les thĂšmes de l’enfermement et de la violence conjuguĂ©s Ă  l’impossibilitĂ© d’échapper Ă  son destin.

« Il ne me reste plus qu’à prendre mon Ă©lan, qu’à courir pour sortir de cette maison et ne plus jamais y revenir. Mais quelque chose m’en empĂȘche, et cette chose se trouve lĂ , Ă  mes pieds : mon verre tulipe. Â»

Date de parution : 03/01/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 180 p., 14,00 € / ISBN 978-2-88250-545-3

Matador Yankee. Jean-Baptiste Maudet

Un road trip amĂ©ricain sur fond de corrida et de dettes de jeu, une belle qui disparait, il n’en faut pas plus pour avoir envie de suivre Matador Yankee, le hĂ©ros de Jean-Baptiste Maudet.

Harper le blondinet vit Ă  la frontiĂšre entre deux mondes, Mexique d’un cĂŽtĂ©, États-Unis de l’autre, il n’appartient rĂ©ellement ni Ă  l’un, ni Ă  l’autre, mais un peu des deux coule dans ses veines. Pas vraiment cowboy, pas vraiment garçon vacher, il est devenu torero par le force des choses, faute de mieux peut-ĂȘtre. C’est un torĂ©ro de pacotille qui n’a jamais rĂ©ellement connu le vrai succĂšs. Il se produit dans les arĂšnes de chaque cĂŽtĂ© de la frontiĂšre. Il s’évade dans sa tĂȘte et s’imagine qu’il est le vrai fils de Robert Redford, son idole, surtout dans ce film oĂč il joue avec Paul Newman, Butch Cassidy et Sundance kid. Faute de mieux, pourquoi ne pas s’inventer la famille dont on rĂȘve.

S’il n’est pas vraiment un mauvais bougre, Harper est totalement fauchĂ©, il a contractĂ© une forte dette de jeu et doit beaucoup d’argent Ă  Roberta, la tenanciĂšre du bordel de Tijuana
 Il vient trouver Antonio, l’ami de toujours, le fils de celui qui l’a aidĂ© et soutenu lorsqu’il Ă©tait enfant, mi bandit mi paumĂ©, qui est devenu le gardien des arĂšnes de Tijuana, pour qu’Antonio Ă©ponge sa dette. Il devra se donner en spectacle dans les arĂšnes d’un village paumĂ© de la Sierra Madre, et dire au maire du dit village qu’Antonio veut Ă©pouser Magdalena, sa fille. Mais Magdalena a disparu


Bon, lĂ  c’est dĂ©jĂ  embrouillĂ©, mais ça va l’ĂȘtre encore plus, car ce village est peuplĂ© d’indiens un peu sauvages, d’un maire et de sa femme tous deux lĂ©gĂšrement hystĂ©riques, et la dette Ă  Roberta, la disparition de Magdalena, ne sont pas aussi faciles Ă  solutionner que ce que l’on pouvait penser de prime abord


Impossible d’en dĂ©voiler d’avantage
 Lisez et vous serez comme moi pris par l’intrigue, les personnages, l’écriture, de ce roman qui court, respire, s’essouffle, transpire, lutte, sanglote, dĂ©teste et aime. C’est une sarabande que l’on n’a pas envie de lĂącher, juste envie de savoir oĂč part Harper
 dans quel fichu pĂ©trin il va se fourrer


J’ai aimĂ© l’écriture de ce premier roman, mais surtout les personnages, leur cĂŽtĂ© excessif, bandits, menteurs, sĂ©ducteurs, cowboy sur le retour,  femmes en mal d’amour
 On s’y attache et on tourne les pages avec l’envie d’aller au bout de leur histoire.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Le Passage

Harper aurait pu avoir une autre vie. Il a grandi Ă  la frontiĂšre, entre deux mondes. Il n’est pas tout Ă  fait un torero ratĂ©. Il n’est pas complĂštement cowboy. Il n’a jamais vraiment gagnĂ© gros, et il n’est peut-ĂȘtre pas non plus le fils de Robert Redford. Il aurait pu aussi ne pas accepter d’y aller, lĂ -bas, chez les fous, dans les montagnes de la Sierra Madre, combattre des vaches qui ressemblent aux paysans qui les Ă©lĂšvent. Et tout ça, pour une dette de jeu.

Maintenant, il n’a plus le choix. Harper doit retrouver Magdalena, la fille du maire du village, perdue dans les bas-fonds de Tijuana. Et il ira jusqu’au bout. Parfois, se dit-il, mieux vaut se laisser glisser dans l’espace sans aucun contrîle sur le monde alentour


Alors les arĂšnes brĂ»lent. Les pick-up s’épuisent sur la route. Et l’or californien ressurgit de la boue.

Avec Matador Yankee, sur les traces de son hĂ©ros John Harper, Jean-Baptiste Maudet entraĂźne le lecteur dans un road trip aux odeurs enivrantes, aux couleurs saturĂ©es, oĂč les fantĂŽmes de l’histoire et du cinĂ©ma se confondent. Les vertĂšbres de l’AmĂ©rique craquent sans se dĂ©sarticuler.

Jean-Baptiste Maudet est gĂ©ographe. Il enseigne Ă  l’universitĂ© de Pau.  En 2019, il publie Matador Yankee, son premier roman.

ISBN: 978-2-84742-407-2 / Date de publication : Janvier 2019 / Nombre de pages : 192 / Dimensions du livre : 14 x 20,5 cm / Prix public: 18 €

L’AmĂ©rique derriĂšre moi, Erwan Desplanques

L’AmĂ©rique derriĂšre moi, un beau roman lucide et tendre de cette rentrĂ©e d’hiver

Lui, c’est le pĂšre, fou de l’AmĂ©rique, toute sa vie il aura rĂȘvĂ© de s’y installer, toute sa vie il en parle, il s’en habille, s’en dĂ©lecte, la savoure peut-ĂȘtre mĂȘme plus que s’il avait rĂ©ellement rĂ©ussi Ă  y vivre
 Il a vĂ©cu avec son Ă©pouse, dans une relation de couple comme souvent tendue, puis plutĂŽt sereine, avec des hauts et des bas
Jusqu’au jour oĂč la maladie fait son apparition, cruelle, dĂ©finitive.

Elle c’est la mùre, celle qui quitte son mari, celle qui le reprend, celle qui l’accompagne, le soutien, le pleure


Lui c’est le fils, narrateur, auteur, journaliste, celui qui pleure ce pĂšre qu’il a peut-ĂȘtre mal connu, celui qui devient pĂšre Ă  son tour, et qui doit poursuivre seul cette route que les parents nous tracent comme ils peuvent, avec leurs rĂȘves et leurs espoirs, leurs illusions et leurs dĂ©faites, leurs ambitions et leurs craintes.

Ce que j’ai aimĂ© ? Cette double attente qui est la trame de fond du roman. D’abord celle des derniers jours d’un pĂšre qui a compris que rien ne pourra pas le sauver, qui peu Ă  peu s’approprie sa mort prochaine avec une grande luciditĂ©.

Ensuite celle de l’enfant qui bientĂŽt va paraitre, mais attente qui n’aura pas toute la latitude nĂ©cessaire pour prendre toute sa saveur, sa signification, laisser Ă©clater sa joie, tant la mort du pĂšre est prĂ©gnante dans la vie du narrateur… alors il laisse sa femme dans sa bulle de future mĂšre. Elle porte cet enfant qu’elle sent dĂ©jĂ  vivre, seule, loin de ceux qui doivent affronter la fin, la mort, la sĂ©paration dĂ©finitive d’avec ces ĂȘtres que l’on aime tant mais que l’on doit quitter, inexorablement.

Ce roman en partie autobiographique interroge ses lecteurs. Surtout lorsque l’on a vĂ©cu une expĂ©rience similaire, celle de la perte d’un de ses parents, ce dernier rempart protecteur avant d’accepter le fait qu’un jour cela soit logiquement son tour
 L’écriture est fine, sensible, les mots expriment une grande pudeur, mĂȘme lorsqu’ils extĂ©riorisent les sentiments les plus intimes. Comme si l’auteur, malgrĂ© son implication, rĂ©ussissait Ă  mettre de la distance pour laisser s’exprimer l’écrivain qui est en lui.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : L’Olivier

« Parvenu Ă  l’extrĂ©mitĂ© du Massachusetts, Thoreau avait Ă©crit : Un homme doit s’asseoir ici et poser toute l’AmĂ©rique derriĂšre lui.»

Le narrateur est dĂ©sormais cet homme, conscient que l’attend en France une dĂ©cision essentielle qui tiendra du courage et de l’abandon. AprĂšs avoir rĂ©sistĂ© aux excĂšs passionnels de ses parents, arrĂȘtĂ© la musique, quittĂ© un journal, enterrĂ© son pĂšre comme un hĂ©ros de l’armĂ©e amĂ©ricaine, peu avant la naissance de son propre fils, il dĂ©cide de se rĂ©inventer loin de Paris.

L’AmĂ©rique derriĂšre moi raconte cette pĂ©riode Ă©trange pendant laquelle l’attente d’un «heureux Ă©vĂ©nement» et l’imminence d’un grand malheur finissent par se confondre. Cette comĂ©die qui mĂȘle douceur, luciditĂ© et humour, est surtout l’occasion pour son auteur de revenir sur l’histoire familiale et le vent de folie que le pĂšre faisait souffler dans la maison.

NĂ© en 1980, Erwan Desplanques est Ă©crivain et journaliste indĂ©pendant. DiplĂŽmĂ© de l’Ecole supĂ©rieure de journalisme (ESJ) de Lille, il a travaillĂ© quinze ans Ă  la rĂ©daction de l’hebdomadaire TĂ©lĂ©rama. En 2013, il a publiĂ© son premier roman, Si j’y suis, suivi en 2016 par un recueil de nouvelles, Une Chance unique, sĂ©lectionnĂ© pour le prix Goncourt de la nouvelle et en cours d’adaptation au cinĂ©ma. L‘AmĂ©rique derriĂšre moi est son troisiĂšme livre. Il vit et travaille aujourd’hui dans le Sud-Ouest de la France.

Parution : 03 janvier 2019 / 140 × 205 mm / 176 pages / EAN : 9782823614244 / 16,00 €