Une histoire des abeilles, Maja Lunde

Dans le roman de Maja Lunde « Une histoire des abeilles » il y a trois Ă©poques, et surtout la survie d’une planète aux mains des hommes et … des abeilles.

Du passĂ©, avec  William, en Angleterre en 1851, au prĂ©sent, avec George dans l’Ohio en 2007, puis dans un futur pas si proche avec Tao, en Chine, en 2098, nous suivons trois familles dans leur rapport quotidien aux abeilles.

William va d’échec en échec, à la tête d’une famille de sept filles, père malgré lui par lâcheté ou par ennui, cet ancien étudiant brillant et prometteur s’est laissé submerger par le quotidien, abandonnant trop vite ses rêves d’idéal. Jusqu’au jour où, après une longue dépression, il s’éveille à la vie lorsqu’il s’intéresse au sort des abeilles. Soucieux de comprendre la façon dont elles pourraient être domestiquées, ou du moins utilisées de façon optimale pour elles comme pour l’homme, il invente un modèle de ruche quasi parfait, mais il n’est pas le seul à y avoir pensé….

George est un apiculteur heureux. S’il ne s’est jamais dĂ©cidĂ© Ă  exploiter les abeilles de façon quasi industrielle, il a pourtant bien rĂ©ussi Ă  faire croitre et multiplier les ruches. Et compte sur son fils, encore Ă©tudiant, pour reprendre la ferme, mĂŞme si tout chez ce dernier dĂ©montre qu’il n’en a pas vraiment envie. Mais c’est sans compter sur le Colony Collapse Disorder – Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, le CCD –  qui vient dĂ©cimer ses ruches et anĂ©antir des annĂ©es de travail.

Enfin, Tao, son mari et leur fils unique vivent en Chine. LĂ , comme c’est dĂ©jĂ  le cas aujourd’hui dans le Sichuan, des « Hommes-abeilles » pollinisent les vergers Ă  la main. Car les abeilles ont dĂ©sertĂ© la planète depuis longtemps et sans cette pollinisation manuelle mĂ©ticuleuse et fastidieuse rĂ©alisĂ©e par des hommes et des femmes quasiment maintenus en esclavage, la planète est vouĂ©e Ă  l’extinction. Pas d’abeille pas de fleurs, pas de pollen pas de fruits, etc…  Jusqu’au jour oĂą leur fils a un accident incomprĂ©hensible. Tao veut alors comprendre…

Voilà un étonnant roman écologiste qui interroge brillamment sur ce que l’homme fait, détruit, ou au contraire protège, sauvegarde. Avec des passages très didactiques qui nous enseignement en quelques mots les principes de l’apiculture, les spécificités des colonies d’abeilles… Qui nous apprend aussi qu’une abeille sauvage ne pourra jamais être domestiquée et qu’il est temps d’arrêter de polluer la planète avec toutes sortes de pesticides violents et dévastateurs. Il est temps de sauver ce qui peut l’être.

Une histoire des abeilles est un roman très agréable à lire. Et même si parfois j’aurais aimé suivre un peu plus l’une ou l’autre des époques, le passage de l’une à l’autre se fait aisément. L’auteur nous permet de mieux appréhender les catastrophes annoncées si l’on n’y prend pas garde. A la fois instructif et émouvant, en fil rouge une intrigue maintient en éveil l’intérêt du lecteur avec l’enquête menée par Tao dans un monde où la population se meurt sans les abeilles.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Pocket et Presses de la CitĂ©

Loup-Maëlle BESANÇON (Traducteur)

Un triptyque Ă©cologiste qui raconte l’amour filial Ă  travers le destin des abeilles. 

Unes, et pourtant plusieurs. Dangereuses, mais sources de vie, les abeilles garantissent l’espoir du monde.
William, George, Tao… Chacun, à sa manière, nourrit avec ces incroyables insectes une relation privilégiée. Chacun, à son époque, rêve de changer l’avenir, d’offrir à ses enfants des lendemains meilleurs. D’inventer, de transmettre ce qu’il sait… ou croit savoir. Car les abeilles disparaissent, inéluctablement, et dans l’indifférence.
Victimes de notre espèce, elles en seront, peut-être, le salut…

Née en 1975 à Oslo, Maja Lunde a écrit des scénarios et des livres pour la jeunesse avant de se lancer dans la rédaction d’Une histoire des abeilles, son premier roman pour adultes, best-seller en Norvège et en Allemagne, et en cours de traduction dans une trentaine d’autres pays.

Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266284356 / POCHE / Nombre de pages : 448 / Format : 108 x 177 mm

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Que faire Ă  Chartres ?

Aller voir la maison Picassiette !

Une fois que vous aurez visitĂ© la cathĂ©drale bien sĂ»r ! Ce havre de paix exceptionnel qui me fait toujours le mĂŞme effet Ă  chaque visite. Marcher sur ce sol mille fois piĂ©tinĂ© au fil du temps, admirer les vitraux, et vivre un moment suspendu empli d’une grande sĂ©rĂ©nitĂ©.

Si je n’ai encore jamais eu l’occasion de visiter la maison du facteur Cheval, mes pas m’ont portée vers un lieu sans doute moins emblématique de Chartres,  la maison Picassiette !

Picassiette ou l’art brut ? Qui a dit qu’il ne fallait pas casser la vaisselle ! Car voyez, Raymond Isidore a su faire son Ĺ“uvre des dĂ©chets communs, qu’il a triĂ©, sĂ©lectionnĂ©, valorisĂ© Ă  sa façon. NĂ© Ă  Chartres le 8 septembre 1900, issu d’un milieu modeste, il achète en 1929 le terrain au 22 rue du Repos, dans le quartier chartrain de Saint-ChĂ©ron oĂą il s’installe avec sa femme Adrienne Dousset.

Toute sa vie, Raymond Isidore ramasse des petits bouts de verre ou des débris, morceaux de vaisselle brisée, verre, faïences et bien sûr quelques assiettes (on s’amuse  à l’occasion de la visite à tenter de reconnaitre les provenances de certaines faïences régionales).

Lorsqu’il se promène, il sait regarder puis ramasser ces morceaux de faĂŻence qu’il transforme en mosaĂŻques dans l’idĂ©e d’embellir sa maison-Ĺ“uvre si singulière. Peu Ă  peu, il en pose sur chaque recoin, Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur, aucune barrière n’arrĂŞte sa crĂ©ativitĂ© dĂ©bordante ! Il couvre tout, sol et murs, objets et meubles, le jardin n’échappe pas Ă  l’artiste autodidacte mais passionnĂ©. Il devra mĂŞme acheter un terrain supplĂ©mentaire pour laisser pendant plus de vingt-cinq ans libre cours Ă  son imagination : jardin, chapelle, maison d’étĂ© !

On ne peut qu’être Ă©baubi devant ses rĂ©alisations ! DiversitĂ© des formes et des sujets, nombre foisonnant jusqu’au vertige, et tenter d’imaginer le travail de fourmi rĂ©alisĂ© par cet homme tout au long de sa vie.

Le regard ne sait pas oĂą se poser, l’œil en tournerait presque de l’œil et nous avec, tant il y a Ă  voir et Ă  dĂ©couvrir…l’imagination est au pouvoir ! Le visiteur cherche Ă  comprendre, Ă  dĂ©chiffrer. Mais qu’importe, laissons-nous porter, acceptons le mystère, la folie, l’art sous cette forme, car c’est forcĂ©ment de l’art !

Raymond Isidore commence ce travail (en est-ce un ?) en 1938. Il ne l’interrompt qu’en 1962, peu de temps avant sa mort en 1964.

Mais alors… Non, ne me dites pas que dès demain vous allez garder la vieille assiette de grand-mère qui vient de se briser,  les morceaux de verre colorĂ©s trouvĂ©s sur la plage, ou mĂŞme l’affreux vase de belle-maman que vous venez malencontreusement de laisser tomber, et bien d’autres encore, pour en faire quelques jolies mosaĂŻques ? Attention, l’esprit Picassiette est peut-ĂŞtre contagieux !

Maison Picassiette, 22, rue du Repos, Chartres.

La maison Picassiette acquise pas la Ville de Chartres en 1981 est classée monument historique depuis 1983.

En aoĂ»t : du lundi au samedi de 10 Ă  18 heures. FermĂ© le mardi. Le dimanche de 14 Ă  18 heures. En septembre : du lundi au samedi, de 10 heures Ă  12 h 30 et de 14 Ă  18 heures. FermĂ© le mardi. Le dimanche de 14 Ă  18 heures. TĂ©l. 02.37.34.10.78.

TĂŞte de tambour, Sol Elias

La schizophrénie, une déflagration ? Délire, souffrance, différence, Sol Elias décrit magistralement la maladie, et la lecture de « Tête de tambour » ne laisse pas ses lecteurs indifférents.

Il voudrait ĂŞtre comme les autres, mais Manuel sait qu’il est diffĂ©rent. Il en veut Ă  la vie d’être autrement, Ă  ses parents qui l’ont laissĂ© naitre, Ă  la maladie qui ne l’a pas emportĂ© enfant, Ă  sa famille de ne pas le comprendre, Ă  la mort qui ne veut pas de lui. Difficile alors de s’aimer et de s’accepter face Ă  tant de luciditĂ©. Il est neurasthĂ©nique tendance psychotique, selon sa mère, schizophrène selon le mĂ©decin, quand enfin il comprend pourquoi Manuel est aussi singulier, fatiguĂ©, apeurĂ©, excitĂ©, violent mĂŞme.
Il est Manuel, il est Anaël, il devient cette tête de Tambour dans laquelle sonnent toutes les cloches de la terre, annonciatrices de douleur et de chagrin.

Les chapitres alternent avec les rĂ©cits d’AnaĂ«l, Manuel, Soledad. Le lecteur met quelques chapitres pour comprendre le rĂ´le de chacun et ce que chacun exprime de la complexitĂ© des relations dans une famille, une fratrie.

Ces diffĂ©rents personnages nous interpellent tour Ă  tour… D’abord AnaĂ«l, que l’on suit dans ses frasques avec les copains si peu frĂ©quentables tout au long des annĂ©es 70. Ses parents, Bonnie la mère qui ne sait pas comment faire pour contenter ce petit qui la dĂ©route, le père qui n’en peut plus, le seul Ă  travailler pour nourrir un famille et un fils impossible Ă  maitriser. Sa sĹ“ur Ana-Sol et plus tard son mari, leur fille Soledad. Puis Manuel. Ou faut-il dire avant tout Manuel, car tout au long de sa vie il est conscient de sa maladie, de ses diffĂ©rences. Et mĂŞme lorsque sa tĂŞte explose, que la douleur le saisit, il rĂ©dige un roman dont le hĂ©ros est AnaĂ«l, ce double dont il Ă©crit la vie sur une multitude de petits bouts de papiers, Ă©parpillĂ©s, tourmentĂ©s, illisibles, comme sa « tĂŞte pourrie » sans doute.

Soledad est la seule qui, enfant, posait sur Manuel un regard Ă©gal, sans Ă  priori, comme seuls sont capables de le faire les enfants. C’est Ă  elle que Manuel lègue sa vie entassĂ©e dans des sacs emplis de petits papiers qui pèsent tellement lourds dans sa vie. Car lorsqu’elle dĂ©cide de les dĂ©chiffrer, Soledad est enceinte, se pose alors la question de l’hĂ©rĂ©ditĂ©, de la transmission possible d’un gène toxique.

Roman Ă©tonnant, inspirĂ© par l’oncle de l’auteur, qui dĂ©crit avec une certaine violence mais une grande vĂ©racitĂ© le poids Ă©crasant d’une hĂ©rĂ©ditĂ© incomprĂ©hensible et mĂ©connue de la schizophrĂ©nie ou de la maladie. Il y a aussi ces questionnements paralysants et pourtant vraisemblables : si je fais un enfant moi aussi, comment sera-t-il ? La vĂ©racitĂ© des sentiments et du dĂ©sespoir intime, Ă  la fois chez le malade et son entourage, qui transpire de ces lignes en fait un texte particulièrement Ă©mouvant et touchant.

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Catalogue Ă©diteur : Rivages

« J’avais jetĂ© le charbon ardent de la discorde dans la plaine de leur affliction, la plaine tapissĂ©e d’un maquis dru et sec qui prenait feu comme de la paille. BientĂ´t ce serait le dĂ©sastre… »
Dans ce rĂ©cit bouleversant, l’auteur nous plonge dans les affres de la psychose et explore la complexitĂ© des relations filiales et le poids de l’hĂ©rĂ©ditĂ©. Un premier roman coup de poing qui s’empare d’un sujet sensible et peu abordĂ© en littĂ©rature, la schizophrĂ©nie, pour redonner leur humanitĂ© Ă  ceux que l’on en prive.

ISBN : 978-2-7436-4600-4 / EAN : 9782743646004 / Parution : janvier, 2019 / 200 pages / Format : 4.0 x 20.5 / Prix : 18,00€

Saltimbanques, François Pieretti

Exercice difficile et pĂ©rilleux, Ă  la manière des saltimbanques, le hĂ©ros du roman de François Pieretti  doit faire le deuil d’un inconnu, et malgrĂ© le dĂ©senchantement qu’est sa vie, se trouver lui-mĂŞme au bout du chemin.

Nathan n’a jamais vraiment connu Gabriel ce petit frère qui disparait dans un accident de voiture Ă  18 ans. Il ne l’a mĂŞme jamais vu grandir puisqu’il a quittĂ© le domicile familial depuis dix ans. Aujourd’hui, malgrĂ© tout ce qui le sĂ©pare de ses parents, Nathan est revenu pour enterrer son frère. Mais comment peut-on faire son deuil d’un inconnu, dans une maison oĂą rien ne vous le rappelle, ni  sa vie, ni son enfance, et surtout que retenir d’un adolescent qui n’est au fond qu’un Ă©tranger ?

Arrivé dans le sud-ouest de son enfance, il y fait un temps d’enterrement et l’ambiance n’est pas propice aux confidences. Nathan cherche malgré lui les traces de vie de ce frère inconnu. Il essaie de s’approcher d’une bande de jeunes gens, les amis de son frère. Une fille en particulier va l’attirer, la jolie Apolline.

Au contact d’Apolline et des autres, il découvre des pans de vie de son frère. Dans ce groupe d’ados qui joue les saltimbanques, Gabriel savait jongler comme personne, pilier du spectacle que la troupe doit donner pendant l’été. Cette troupe de jeunes est aussi déboussolée que Nathan et doit affronter la mort de leur ami à l’âge où la vie s’ouvre devant eux, c’est une cruelle épreuve.

Repartir Ă  Paris, rester auprès de la belle et mystĂ©rieuse Apolline et de Bastien, mĂŞme s’il ne trouve pas sa place ? Nathan va se poser, le temps d’aimer, de douter, d’apprendre Ă  connaitre celui qui n’est plus, au contact de ces jeunes qui auraient pu ĂŞtre ses amis. Et si, de rencontres en questionnement, de fuite en errances, c’était lui-mĂŞme que Nathan rĂ©ussissait Ă  trouver enfin ?

Écrit sans pathos, sans tristesse au fond, malgré les temps qu’il évoque, ce roman interroge doucement avec émotion et délicatesse sur le temps qui passe, sur la quête de l’autre et de soi, sur ce que peut signifier réussir une vie… L’auteur sait nous toucher, y compris lorsqu’il aborde avec intelligence le sujet d’Alzheimer. Il nous rappelle aussi que de nombreux jeunes meurent bien trop tôt sur les routes des soirs de fêtes, et que ces morts-là signent inéluctablement la fin de l’insouciance pour tous ceux qui les entourent.

Lire également les chroniques de Nicole du blog motspourmots, de Françoise blog Mes lectures

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Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy

Plusieurs années auparavant, j’avais suivi mon père sur un long trajet, vers Clermont-Ferrand. Parfois il me laissait tenir le volant sur les quatre voies vides du Sud-Ouest, de longs parcours, la lande entrecoupée seulement de scieries et de garages désolés, au loin. Je conduisais de la main gauche, ma mère ne savait pas que j’étais monté devant. C’était irresponsable de sa part, mais la transgression alliée à l’excitation de la route me donnait l’impression d’être adulte, pour quelques kilomètres. Mon père en profitait pour se rouler de fines cigarettes qu’il tenait entre le pouce, l’index et le majeur. Sa langue passait deux fois sur la mince bande de colle. Il venait d’une génération qui ne s’arrêtait pas toutes les deux heures pour faire des pauses et voyageait souvent de nuit. J’avais un jour vu le comparatif d’un crash-test entre deux voitures, l’une datant des années quatre-vingt-dix et l’autre actuelle. Mon frère et sa vieille Renault n’avaient eu aucune chance.

Parution : 17/01/2019 / ISBN : 9791097417215 / Pages : 240 p. / Prix : 18€

Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp

Sous les mots de Sophie Lemp, la sincĂ©ritĂ©, la douceur, la passion amoureuse et le plaisir de dĂ©couvrir « les miroirs de Suzanne »

De Sophie Lemp, j’avais particulièrement aimé Leur séparation qui traitait le thème du divorce sous un angle très peu usité, celui de l’enfant d’un couple séparé, et du mal qu’il va avoir à trouver sa place au sein des familles recomposées. Dans Les miroirs de Suzanne c’est une toute autre histoire, mais le travail que fait l’auteur sur la personnalité, l’enfance, la famille, est toujours présent.

Ă€ la suite d’un cambriolage, Suzanne se rend compte que les carnets intimes qu’elle avait Ă©crits adolescente ont disparu. Bien sĂ»r, ils n’ont aucune valeur fiduciaire, mais une rĂ©elle importance Ă  ses yeux car ils sont le recueil de ses sentiments d’adolescente, de ses atermoiements, de son amour passionnĂ© pour Antoine, un auteur, mariĂ©, de trente ans plus âgĂ© qu’elle. Au fil des ans, cette relation sans avenir n’existait plus que dans ces pages-lĂ .  

Alors Suzanne cherche Ă  retrouver la femme amoureuse d’alors, ses sentiments, ses rencontres, son amour, et couche tout cela sur le papier, pour ne plus le perdre. Les mots qui n’étaient Ă©crits que pour elle deviennent la matière d’un roman destinĂ© Ă  ĂŞtre lu par le plus grand nombre, des mots offerts Ă  tous, au grand dam d’un mari comprĂ©hensif mais blessĂ© .

Martin, un jeune homme déçu par une rupture amoureuse, dĂ©couvre ces carnets dans une poubelle. Il dĂ©cide presque par hasard de les lire. Il avait tout abandonnĂ©, y compris famille et amis, mais les sentiments qui se dĂ©gagent de ces pages-lĂ  vont peu Ă  peu lui redonner goĂ»t Ă  la vie, Ă  dessiner ce qu’il dĂ©couvre, Ă  mettre en mouvement les sentiments que ces mots lui procurent, retrouvant peu Ă  peu le goĂ»t et l’envie d’aller vers les autres… Grâce Ă  cette lecture nous avons alors accès aux mots les plus secrets de Suzanne, ceux que l’on n’écrit que pour soi.

J’ai aimĂ© cette intrigue en deux destins parallèles, cette mĂŞme histoire d’amour et ses deux lectures parallèles, l’intime qui est dĂ©voilĂ©e peu Ă  peu par la lecture de Martin, et le travail d’écriture de Suzanne destinĂ© Ă  tous mais que nous ne connaitrons finalement jamais. Martin et Suzanne doutent chacun Ă  sa façon. Pourtant chacun va faire un chemin introspectif qui lui permettra de retrouver la lumière,  l’aider Ă  sortir de son gouffre de douleur et de doute, pour accepter enfin ce qu’il est, Ă  travers son passĂ© et surtout son futur possible.

L’écriture de Sophie Lemp est toujours aussi ciselée et précise, pas de mots en trop, mais au contraire, juste ceux qu’il faut pour faire passer les sentiments et les émotions, tout en délicatesse. Sentiments décortiqués ici avec une grande justesse, mais aussi une certaine douceur, mettant en exergue les douleurs et les doutes des protagonistes pour mieux nous montrer leur cheminement intérieur. Enfin, chacun d’eux semble nous montrer que l’on peut avancer en faisant le deuil de certains éléments de son passé, ceux qui nous empêchent de vivre pleinement sans doute ? Le remède aux bleus de la vie par l’écriture, pour Suzanne, par la lecture, pour Martin, et pour nous, un baume au cœur de les avoir rencontrés sous la plume délicate de Sophie Lemp.

Ah, quand Suzanne nous prend par la main pour passer une nuit sans fin…

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Souvenir de la soirée de lancement du roman à Paris

Catalogue Ă©diteur : Allary Editions

Un roman sur la mémoire, l’adolescence et sur ce que deviennent nos premières amours.

Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolé. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l’écrivain qui avait trois fois son âge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage à l’âge adulte.

Martin est livreur, il pédale pour épuiser ses pensées. Un soir, il trouve les cahiers au fond d’une poubelle et dévore ces mots qui le transpercent. Qui le ramèneront à la vie.

« Ne jamais oublier ce que j’ai vécu de fort dans ma vie. Mes émotions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Être sereine. Martin poursuit sa lecture. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira. Martin sent que quelque chose l’étreint, l’urgence de continuer à lire. »

200 pages / 17,90 € / En librairie le 07 mars 2019 / EAN : 9782370732668

Personne n’a peur des gens qui sourient, VĂ©ronique OvaldĂ©

Roman noir, roman d’amour d’une mère pour ses filles ? Avec « Personne n’a peur des gens qui sourient » Véronique Ovaldé nous entraine dans un road trip du sud jusqu’en Alsace.

Gloria est la jeune maman de Stella, une adolescente et de Loulou, une fillette de six ans. En ce matin de juin, tout semble prêt, au moins dans son esprit à elle, pour partir loin toutes les trois, fuyant on ne sait quoi. Depuis son sud-est ensoleillé, elle prend la route pour la maison de la grand-mère en Alsace, plus de téléphone, pas de message, l’affaire semble sérieuse, elle ne part pas, elle fuit.

Il faudra au lecteur quelques dizaines de pages pour comprendre qui est Gloria et d’où elle vient. De cette enfance entre deux parents qui ne s’aiment pas assez, avec une mère qui quitte le foyer en l’abandonnant avec un père inconsolable et son ami Giovanelli, qui est aussi son associé dans le bar La Trainée. A la mort du père, ce sera justement tonton Gio qui s’occupera d’elle, aidé par maitre Santini, l’avocat Corse, encore un ami du père, qui gère l’héritage de Gloria jusqu’à sa majorité.

Lorsqu’elle quitte l’école, Gloria travaille Ă  La trainĂ©e. C’est dans ce bar qu’elle rencontre le beau et si sĂ©duisant Samuel, l’amour de sa vie, le père de ses enfants. Samuel l’absent, dont on comprend rapidement qu’il est dĂ©cĂ©dĂ© dans l’incendie de son atelier. Incendie criminel semble-t-il, mais cela nulle enquĂŞte ne l’a Ă©tabli. Alors Gloria fuit, et le lecteur s’interroge, pourquoi part elle se terrer avec ses filles, que risque-t-elle ? …

Alors roman, ou roman noir ? En alternant le prĂ©sent et le passĂ©, VĂ©ronique OvaldĂ© fait monter le suspense et nous embarque dans les pas de Gloria. Tout en faisant quelques incursions dans le texte, comme si l’auteur s’adressait Ă  nous ses lecteurs, pour nous impliquer dans son intrigue. Elle nous dĂ©voile une jeune femme bien Ă©trange, pas si faible que ça, pas si fragile, et capable d’aller jusqu’au bout pour protĂ©ger ses filles. Elle nous dit aussi l’amour, maternel, fraternel, celui d’un père, d’une mère absente, le recherche de soi, comment se construire sur l’abandon d’une mère. Elle nous dit l’amour d’une mère qui se bat pour ses filles, elle nous dit la folie…

C’est rythmĂ©, surprenant, Ă©mouvant, rĂ©voltant parfois, et c’est en cela aussi que l’auteur nous dit la vie !

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l’école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances… Lire la suite

Paru le 06/02/2019 / 270 pages – 138 x 210 mm / EAN : 9782081445925 / Prix : 19€

Oyana, Eric Plamondon

De Montréal au Pays Basque, la vie et les rêves d’une héroïne comme on les aime, face à ses engagements et à ses doutes. Oyana, un superbe roman d’Éric Plamondon.

« S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d’expliquer sa vie. »

Elle vit Ă  MontrĂ©al, ils se sont rencontrĂ©s au BrĂ©sil, elle est nĂ©e au Pays Basque. Comme s’il y avait plusieurs vies en elle, plusieurs rĂŞves, des fuites en avant, des regrets, des remords. Mais aujourd’hui ETA  a rendu dĂ©finitivement les armes, l’organisation terroriste s’est auto-dissoute. ETA n’est plus et sa jeunesse revient lui claquer au visage et lui dire qu’il est temps.

Elle, c’est Oyana, mais Xavier ne le sait pas. Frappée dès sa naissance par le terrorisme basque, puis actrice de ce même terrorisme, elle a passé vingt-deux ans de sa vie dans le mensonge à propos de ses origines. Aujourd’hui elle revient au pays pour revoir ses parents.

L’auteur alterne avec adresse le récit d’Oyana, avec cette longue lettre qu’elle écrit à celui qui a partagé sa vie pendant tant d’années, et les faits historiques sur ETA et la violence au Pays Basque. Exposés de façon plus brutale, journalistique et sans empathie. De Franco aux terroristes, mort de Carrero Blanco, attentat et nombres de décès, les longues années de guerre interne ont laissé des blessures profondes au sein de nombreuses familles de part et d’autre de la frontière.

Difficile rĂ©demption de celle qui fut terroriste malgrĂ© elle, de ceux qui ont combattu pour une cause qu’ils croyaient juste, face Ă  un Ă©tat rĂ©pressif du temps de Franco, puis dans une lutte de moins en moins logique et acceptable. Mais peut-on, et faut-il essayer d’expliquer l’inexplicable montĂ©e de la violence ?  A travers ses mots, ses questionnements, ses peurs aussi de ce qu’elle a Ă©tĂ© et de ce qui l’attend, il y a une vie Ă  poursuivre, affronter la mort, le deuil, la perte d’un parent et le mensonge avec lequel elle a dĂ» se construire, puis la fuite et le mensonge avec lequel elle a dĂ» continuer.

Oyana est seule face à elle, Xavier pourrait-il la comprendre, et finalement qui pourrait la comprendre, ce sont les interrogations auxquelles elle devra répondre en affrontant son passé. Interrogations qui sont cruellement d’actualité devant la montée de tous les terrorismes quels qu’ils soient finalement.

J’ai aimĂ© cette double Ă©criture, intime puis gĂ©nĂ©rale, pour parler de la lutte d’un pays Ă  travers la vie d’Oyana, de la construction et de l’unitĂ© d’un peuple aussi, ces basques voyageurs qui sont partis affronter le monde. Quand la petite histoire des hommes fait la grande Histoire d’un pays. Aujourd’hui encore, les plaies sont profondes dans les campagnes ou les villes basques, de nombreuses familles ont perdu des pères, des frères des amis dans ce conflit qui a dressĂ© les uns contre les autres. En peu de pages, d’une Ă©criture concise et avec une simplicitĂ© de façade, Eric Plamondon interroge chacun de nous, comment rĂ©agirions-nous, qu’aurions-nous fait, et que reste-t-il de la lutte, de la souffrance, de la culpabilitĂ©. Peut-on aussi vivre Ă©ternellement dans le mensonge, est-il possible de se construire sainement quand les bases sont faussĂ©es. Autant de questions, autant de rĂ©ponses sans doute, mais avant tout une belle lecture que je vous recommande.

💙💙💙💙

Sur le pays Basque et la lutte pour l’indépendance, on pourra lire également Galeux le roman de Bruno Jacquin.

Vous souhaitez mieux connaitre la rĂ©gion des PyrĂ©nĂ©es et ses relations Ă©troites au fil de l’histoire avec l’Espagne si proche. Lire aussi Les indĂ©sirables, de Diane Ducret, qui Ă©voque les camps de concentration dans lesquels Ă©taient internĂ©s les rĂ©fugiĂ©s espagnols pendant la seconde guerre mondiale,  ou encore les romans d’Isabelle Alonzo, Je peux me passer de l’aube, ou Je mourrai une autre fois.

Catalogue Ă©diteur : Quidam

« S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisĂ© d’expliquer sa vie. » Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passĂ©. Jusqu’à la rupture. Elle est nĂ©e au pays Basque et a vieilli Ă  MontrĂ©al. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu’oĂą les mots la mèneront, elle Ă©crit Ă  l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus dĂ©finitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus.

Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

 152 pages 16 € /  mars 2019 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-093-2