Saltimbanques, François Pieretti

Exercice difficile et pĂ©rilleux, Ă  la maniĂšre des saltimbanques, le hĂ©ros du roman de François Pieretti  doit faire le deuil d’un inconnu, et malgrĂ© le dĂ©senchantement qu’est sa vie, se trouver lui-mĂȘme au bout du chemin.

Nathan n’a jamais vraiment connu Gabriel ce petit frĂšre qui disparait dans un accident de voiture Ă  18 ans. Il ne l’a mĂȘme jamais vu grandir puisqu’il a quittĂ© le domicile familial depuis dix ans. Aujourd’hui, malgrĂ© tout ce qui le sĂ©pare de ses parents, Nathan est revenu pour enterrer son frĂšre. Mais comment peut-on faire son deuil d’un inconnu, dans une maison oĂč rien ne vous le rappelle, ni  sa vie, ni son enfance, et surtout que retenir d’un adolescent qui n’est au fond qu’un Ă©tranger ?

ArrivĂ© dans le sud-ouest de son enfance, il y fait un temps d’enterrement et l’ambiance n’est pas propice aux confidences. Nathan cherche malgrĂ© lui les traces de vie de ce frĂšre inconnu. Il essaie de s’approcher d’une bande de jeunes gens, les amis de son frĂšre. Une fille en particulier va l’attirer, la jolie Apolline.

Au contact d’Apolline et des autres, il dĂ©couvre des pans de vie de son frĂšre. Dans ce groupe d’ados qui joue les saltimbanques, Gabriel savait jongler comme personne, pilier du spectacle que la troupe doit donner pendant l’étĂ©. Cette troupe de jeunes est aussi dĂ©boussolĂ©e que Nathan et doit affronter la mort de leur ami Ă  l’ñge oĂč la vie s’ouvre devant eux, c’est une cruelle Ă©preuve.

Repartir Ă  Paris, rester auprĂšs de la belle et mystĂ©rieuse Apolline et de Bastien, mĂȘme s’il ne trouve pas sa place ? Nathan va se poser, le temps d’aimer, de douter, d’apprendre Ă  connaitre celui qui n’est plus, au contact de ces jeunes qui auraient pu ĂȘtre ses amis. Et si, de rencontres en questionnement, de fuite en errances, c’était lui-mĂȘme que Nathan rĂ©ussissait Ă  trouver enfin ?

Écrit sans pathos, sans tristesse au fond, malgrĂ© les temps qu’il Ă©voque, ce roman interroge doucement avec Ă©motion et dĂ©licatesse sur le temps qui passe, sur la quĂȘte de l’autre et de soi, sur ce que peut signifier rĂ©ussir une vie
 L’auteur sait nous toucher, y compris lorsqu’il aborde avec intelligence le sujet d’Alzheimer. Il nous rappelle aussi que de nombreux jeunes meurent bien trop tĂŽt sur les routes des soirs de fĂȘtes, et que ces morts-lĂ  signent inĂ©luctablement la fin de l’insouciance pour tous ceux qui les entourent.

Lire également les chroniques de Nicole du blog motspourmots, de Françoise blog Mes lectures

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Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy

Plusieurs annĂ©es auparavant, j’avais suivi mon pĂšre sur un long trajet, vers Clermont-Ferrand. Parfois il me laissait tenir le volant sur les quatre voies vides du Sud-Ouest, de longs parcours, la lande entrecoupĂ©e seulement de scieries et de garages dĂ©solĂ©s, au loin. Je conduisais de la main gauche, ma mĂšre ne savait pas que j’étais montĂ© devant. C’était irresponsable de sa part, mais la transgression alliĂ©e Ă  l’excitation de la route me donnait l’impression d’ĂȘtre adulte, pour quelques kilomĂštres. Mon pĂšre en profitait pour se rouler de fines cigarettes qu’il tenait entre le pouce, l’index et le majeur. Sa langue passait deux fois sur la mince bande de colle. Il venait d’une gĂ©nĂ©ration qui ne s’arrĂȘtait pas toutes les deux heures pour faire des pauses et voyageait souvent de nuit. J’avais un jour vu le comparatif d’un crash-test entre deux voitures, l’une datant des annĂ©es quatre-vingt-dix et l’autre actuelle. Mon frĂšre et sa vieille Renault n’avaient eu aucune chance.

Parution : 17/01/2019 / ISBN : 9791097417215 / Pages : 240 p. / Prix : 18€

Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp

Sous les mots de Sophie Lemp, la sincĂ©ritĂ©, la douceur, la passion amoureuse et le plaisir de dĂ©couvrir « les miroirs de Suzanne »

De Sophie Lemp, j’avais particuliĂšrement aimĂ© Leur sĂ©paration qui traitait le thĂšme du divorce sous un angle trĂšs peu usitĂ©, celui de l’enfant d’un couple sĂ©parĂ©, et du mal qu’il va avoir Ă  trouver sa place au sein des familles recomposĂ©es. Dans Les miroirs de Suzanne c’est une toute autre histoire, mais le travail que fait l’auteur sur la personnalitĂ©, l’enfance, la famille, est toujours prĂ©sent.

À la suite d’un cambriolage, Suzanne se rend compte que les carnets intimes qu’elle avait Ă©crits adolescente ont disparu. Bien sĂ»r, ils n’ont aucune valeur fiduciaire, mais une rĂ©elle importance Ă  ses yeux car ils sont le recueil de ses sentiments d’adolescente, de ses atermoiements, de son amour passionnĂ© pour Antoine, un auteur, mariĂ©, de trente ans plus ĂągĂ© qu’elle. Au fil des ans, cette relation sans avenir n’existait plus que dans ces pages-lĂ .  

Alors Suzanne cherche Ă  retrouver la femme amoureuse d’alors, ses sentiments, ses rencontres, son amour, et couche tout cela sur le papier, pour ne plus le perdre. Les mots qui n’étaient Ă©crits que pour elle deviennent la matiĂšre d’un roman destinĂ© Ă  ĂȘtre lu par le plus grand nombre, des mots offerts Ă  tous, au grand dam d’un mari comprĂ©hensif mais blessĂ© .

Martin, un jeune homme déçu par une rupture amoureuse, dĂ©couvre ces carnets dans une poubelle. Il dĂ©cide presque par hasard de les lire. Il avait tout abandonnĂ©, y compris famille et amis, mais les sentiments qui se dĂ©gagent de ces pages-lĂ  vont peu Ă  peu lui redonner goĂ»t Ă  la vie, Ă  dessiner ce qu’il dĂ©couvre, Ă  mettre en mouvement les sentiments que ces mots lui procurent, retrouvant peu Ă  peu le goĂ»t et l’envie d’aller vers les autres
 GrĂące Ă  cette lecture nous avons alors accĂšs aux mots les plus secrets de Suzanne, ceux que l’on n’écrit que pour soi.

J’ai aimĂ© cette intrigue en deux destins parallĂšles, cette mĂȘme histoire d’amour et ses deux lectures parallĂšles, l’intime qui est dĂ©voilĂ©e peu Ă  peu par la lecture de Martin, et le travail d’écriture de Suzanne destinĂ© Ă  tous mais que nous ne connaitrons finalement jamais. Martin et Suzanne doutent chacun Ă  sa façon. Pourtant chacun va faire un chemin introspectif qui lui permettra de retrouver la lumiĂšre,  l’aider Ă  sortir de son gouffre de douleur et de doute, pour accepter enfin ce qu’il est, Ă  travers son passĂ© et surtout son futur possible.

L’écriture de Sophie Lemp est toujours aussi ciselĂ©e et prĂ©cise, pas de mots en trop, mais au contraire, juste ceux qu’il faut pour faire passer les sentiments et les Ă©motions, tout en dĂ©licatesse. Sentiments dĂ©cortiquĂ©s ici avec une grande justesse, mais aussi une certaine douceur, mettant en exergue les douleurs et les doutes des protagonistes pour mieux nous montrer leur cheminement intĂ©rieur. Enfin, chacun d’eux semble nous montrer que l’on peut avancer en faisant le deuil de certains Ă©lĂ©ments de son passĂ©, ceux qui nous empĂȘchent de vivre pleinement sans doute ? Le remĂšde aux bleus de la vie par l’écriture, pour Suzanne, par la lecture, pour Martin, et pour nous, un baume au cƓur de les avoir rencontrĂ©s sous la plume dĂ©licate de Sophie Lemp.

Ah, quand Suzanne nous prend par la main pour passer une nuit sans fin…

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Souvenir de la soirée de lancement du roman à Paris

Catalogue Ă©diteur : Allary Editions

Un roman sur la mĂ©moire, l’adolescence et sur ce que deviennent nos premiĂšres amours.

Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolĂ©. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l’écrivain qui avait trois fois son Ăąge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage Ă  l’ñge adulte.

Martin est livreur, il pĂ©dale pour Ă©puiser ses pensĂ©es. Un soir, il trouve les cahiers au fond d’une poubelle et dĂ©vore ces mots qui le transpercent. Qui le ramĂšneront Ă  la vie.

« Ne jamais oublier ce que j’ai vĂ©cu de fort dans ma vie. Mes Ă©motions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Être sereine. Martin poursuit sa lecture. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira. Martin sent que quelque chose l’étreint, l’urgence de continuer Ă  lire. »

200 pages / 17,90 € / En librairie le 07 mars 2019 / EAN : 9782370732668

Oyana, Eric Plamondon

De MontrĂ©al au Pays Basque, la vie et les rĂȘves d’une hĂ©roĂŻne comme on les aime, face Ă  ses engagements et Ă  ses doutes. Oyana, un superbe roman d’Éric Plamondon.

« S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisĂ© d’expliquer sa vie. »

Elle vit Ă  MontrĂ©al, ils se sont rencontrĂ©s au BrĂ©sil, elle est nĂ©e au Pays Basque. Comme s’il y avait plusieurs vies en elle, plusieurs rĂȘves, des fuites en avant, des regrets, des remords. Mais aujourd’hui ETA  a rendu dĂ©finitivement les armes, l’organisation terroriste s’est auto-dissoute. ETA n’est plus et sa jeunesse revient lui claquer au visage et lui dire qu’il est temps.

Elle, c’est Oyana, mais Xavier ne le sait pas. FrappĂ©e dĂšs sa naissance par le terrorisme basque, puis actrice de ce mĂȘme terrorisme, elle a passĂ© vingt-deux ans de sa vie dans le mensonge Ă  propos de ses origines. Aujourd’hui elle revient au pays pour revoir ses parents.

L’auteur alterne avec adresse le rĂ©cit d’Oyana, avec cette longue lettre qu’elle Ă©crit Ă  celui qui a partagĂ© sa vie pendant tant d’annĂ©es, et les faits historiques sur ETA et la violence au Pays Basque. ExposĂ©s de façon plus brutale, journalistique et sans empathie. De Franco aux terroristes, mort de Carrero Blanco, attentat et nombres de dĂ©cĂšs, les longues annĂ©es de guerre interne ont laissĂ© des blessures profondes au sein de nombreuses familles de part et d’autre de la frontiĂšre.

Difficile rĂ©demption de celle qui fut terroriste malgrĂ© elle, de ceux qui ont combattu pour une cause qu’ils croyaient juste, face Ă  un Ă©tat rĂ©pressif du temps de Franco, puis dans une lutte de moins en moins logique et acceptable. Mais peut-on, et faut-il essayer d’expliquer l’inexplicable montĂ©e de la violence ?  A travers ses mots, ses questionnements, ses peurs aussi de ce qu’elle a Ă©tĂ© et de ce qui l’attend, il y a une vie Ă  poursuivre, affronter la mort, le deuil, la perte d’un parent et le mensonge avec lequel elle a dĂ» se construire, puis la fuite et le mensonge avec lequel elle a dĂ» continuer.

Oyana est seule face Ă  elle, Xavier pourrait-il la comprendre, et finalement qui pourrait la comprendre, ce sont les interrogations auxquelles elle devra rĂ©pondre en affrontant son passĂ©. Interrogations qui sont cruellement d’actualitĂ© devant la montĂ©e de tous les terrorismes quels qu’ils soient finalement.

J’ai aimĂ© cette double Ă©criture, intime puis gĂ©nĂ©rale, pour parler de la lutte d’un pays Ă  travers la vie d’Oyana, de la construction et de l’unitĂ© d’un peuple aussi, ces basques voyageurs qui sont partis affronter le monde. Quand la petite histoire des hommes fait la grande Histoire d’un pays. Aujourd’hui encore, les plaies sont profondes dans les campagnes ou les villes basques, de nombreuses familles ont perdu des pĂšres, des frĂšres des amis dans ce conflit qui a dressĂ© les uns contre les autres. En peu de pages, d’une Ă©criture concise et avec une simplicitĂ© de façade, Eric Plamondon interroge chacun de nous, comment rĂ©agirions-nous, qu’aurions-nous fait, et que reste-t-il de la lutte, de la souffrance, de la culpabilitĂ©. Peut-on aussi vivre Ă©ternellement dans le mensonge, est-il possible de se construire sainement quand les bases sont faussĂ©es. Autant de questions, autant de rĂ©ponses sans doute, mais avant tout une belle lecture que je vous recommande.

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Sur le pays Basque et la lutte pour l’indĂ©pendance, on pourra lire Ă©galement Galeux le roman de Bruno Jacquin.

Vous souhaitez mieux connaitre la rĂ©gion des PyrĂ©nĂ©es et ses relations Ă©troites au fil de l’histoire avec l’Espagne si proche. Lire aussi Les indĂ©sirables, de Diane Ducret, qui Ă©voque les camps de concentration dans lesquels Ă©taient internĂ©s les rĂ©fugiĂ©s espagnols pendant la seconde guerre mondiale,  ou encore les romans d’Isabelle Alonzo, Je peux me passer de l’aube, ou Je mourrai une autre fois.

Catalogue Ă©diteur : Quidam

« S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisĂ© d’expliquer sa vie. » Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passĂ©. Jusqu’à la rupture. Elle est nĂ©e au pays Basque et a vieilli Ă  MontrĂ©al. Un soir de mai 2018, le hasard la ramĂšne brutalement en arriĂšre. Sans savoir encore jusqu’oĂč les mots la mĂšneront, elle Ă©crit Ă  l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus dĂ©finitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.

NĂ© au QuĂ©bec en 1969, Éric Plamondon a Ă©tudiĂ© le journalisme Ă  l’universitĂ© Laval et la littĂ©rature Ă  l’UQÀM (UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al). Il vit dans la rĂ©gion de Bordeaux depuis 1996 oĂč il a longtemps travaillĂ© dans la communication. Il a publiĂ© au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiĂ©e aussi en France aux Ă©ditions PhĂ©bus.

Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

 152 pages 16 € /  mars 2019 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-093-2

Colette et Jacques, Olivier Duhamel

Écrit en hommage Ă  ses parents, le premier roman du politologue et journaliste Olivier Duhamel. Son intĂ©rĂȘt historique en fait une lecture dense et enrichissante.

Roman, biographie, roman historique ? Il y a un peu de tout ça dans Colette et Jacques, d’Olivier Duhamel. C’est un hommage Ă  la carriĂšre du pĂšre, Ă  la personnalitĂ© de la mĂšre, Ă  leur histoire d’amour. Mais aussi au fil de l’histoire qu’ils ont façonnĂ©e en participant tout au long de leur vie Ă  l’action publique de la France, son administration, sa politique.

Jacques est orphelin de pĂšre trĂšs tĂŽt. Mais d’un pĂšre intĂšgre et volontaire, alors bien sĂ»r, sa vie sera placĂ©e sous le signe d’une certaine idĂ©e de la France. EngagĂ© en politique trĂšs jeune, Ă©lu dans le Jura, il participera pendant de longues annĂ©es aux diffĂ©rents gouvernements qui se sont succĂ©dĂ©, il participe successivement Ă  diffĂ©rents cabinets ministĂ©riels sous la IVe RĂ©publique, puis sera ministre actif Ă  la forte personnalitĂ© sous la Ve, il va cĂŽtoyer, pour ne citer qu’eux, De Gaulle, MendĂšs France ou encore Edgar Faure.

Sa femme Colette ne restera pas dans l’ombre. Femme libre, sa passion de la littĂ©rature lui permettra de devenir Ă©ditrice, puis le deuil qui la frappe Ă  cinquante ans la fera rentrer dans la famille Gallimard.

Deux personnages qui ont marquĂ© l’histoire, de la seconde guerre mondiale Ă  la fin du siĂšcle dernier, mais surtout un roman qui nous rappelle les belles heures de la Ve rĂ©publique. TrĂšs dense, parfois trop pour ĂȘtre un simple roman, peut-ĂȘtre pas assez pour une biographie, l’auteur a cependant su retenir mon attention sur l’ensemble de ce rĂ©cit qui met en scĂšne ces deux personnages aussi passionnants l’un que l’autre.

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Catalogue Ă©diteur : Plon

Colette et Jacques, l’histoire d’un amour hors du commun, plus fort que le malheur ; et aussi, de 1939 Ă  la fin du XXe siĂšcle, le roman-vrai d’une Ă©poque qui se dĂ©chire, s’interroge et s’invente.

Une femme, un homme, un fil – l’amour.
Orphelin de pĂšre, Jacques n’a que dix-sept ans quand il devient rĂ©sistant. Chez lui, l’engagement se confond avec la passion. DĂ©vouĂ© Ă  l’action publique, il sera tour Ă  tour le premier conseiller d’Edgar Faure dans presque tous les gouvernements de la IVe  RĂ©publique,… Lire la suite

Date de parution : 10/01/2019 / EAN : 9782259268448 / nombre de pages : 250 / Format : 135 x 210 mm

NĂ© d’aucune femme, Franck Bouysseï»ż

Franck Bouysse nous plonge dans une atmosphĂšre Ă  la façon de Flaubert ou de Dickens. « NĂ© d’aucune femme » est un roman choral, situĂ© fin XIXe dĂ©but XXe, dans une province qui pourrait ĂȘtre les Landes ou le sud-Ouest chers au cƓur de l’auteur.

Gabriel, le curĂ© du village, reçoit une Ă©trange visite. Une inconnue l’informe qu’il va ĂȘtre appelĂ©, par ceux du monastĂšre oĂč se rĂ©fugient les filles perdues, auprĂšs d’une jeune morte. Dans les plis de la robe, il trouvera deux carnets, une vie, la vie de Rose


Rapidement, avec Gabriel, le lecteur feuillette ces carnets et plonge directement dans l’horreur de la misĂšre. Celle des filles qui naissent mais ne servent Ă  rien, mĂȘme si elles travaillent dur, bouche Ă  nourrir, dot Ă  payer, et elles partent servir dans la famille du mari quand on leur en trouve un
Mais ici, OnĂ©sime, le pĂšre, au plus profond de son dĂ©sespoir car il n’arrive pas Ă  subvenir correctement aux besoins de sa famille, a trouvĂ© un moyen de se dĂ©barrasser de son ainĂ©e, la vendre au maitre de forge.

Elle part avec son pĂšre, ne le sait pas encore, mais sa vie d’avant est finie Ă  jamais. Elle repart avec le maitre vers cette grande demeure inquiĂ©tante oĂč rĂšgne la Vieille, mĂšre et maitresse, mauvaise, hostile Ă  cette jeune femme qu’elle dresse et veut assujettir Ă  sa volontĂ©. LĂ , Rose, devenue la petite, va vivre des moments de labeur et de douleur. Brimades, corrections, viol, rien ne sera Ă©pargnĂ© Ă  celle qui dĂ©sormais appartient au maitre corps et Ăąme.

Le lecteur s’attache Ă  ce personnage de jeune fille. L’auteur construit et fait Ă©voluer autour d’elle les diffĂ©rents protagonistes, en particulier les acteurs de son malheur, avec une montĂ©e dans l’intrigue digne des grands romans noir. Pourtant, au plus douloureux de ce qu’elle va vivre, elle n’est cependant jamais totalement dĂ©sespĂ©rĂ©e. Elle sait voir le beau. Flatter le col d’un cheval et vivre des instants de bonheur et de douceur Ă  son contact, penser Ă  un jeune homme dont le regard l’émeut sont autant d’instants qu’elle saura sublimer pour rĂ©ussir Ă  rester vivante dans sa tĂȘte.

L’auteur dĂ©crit ici le mal dans ce qu’il a de plus terrible, quand le plus fort montre Ă  l’autre ses faiblesses, anĂ©anti sa volontĂ©, annihile sa personnalitĂ©. Et cependant, j’ai aimĂ© le fait qu’il mette en scĂšne une jeune femme qui sait verbaliser et Ă©crire le dĂ©sespoir. Rose rĂ©ussit Ă  s’extraire mentalement du malheur qu’est sa vie pour devenir une jeune femme solide, parfois mĂȘme amoureuse, qui ressent des sentiments, des joies, dans cette maison oĂč tout bonheur lui est pourtant refusĂ©. EnfermĂ©e, alors qu’elle devrait devenir folle l’écriture va la sauver.

J’ai dĂ©couvert Franck Bouysse avec ce roman et je ne compte pas en rester lĂ . J’ai trouvĂ© autant de beautĂ© que de cruautĂ© dans ce roman Ă©crit avec une plume qui sait dire la complexitĂ© des sentiments et les mots qui Ă©meuvent.

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Rencontre au salon Livre Paris

Catalogue Ă©diteur : La Manufacture de livres

 » Mon pĂšre, on va bientĂŽt vous demander de bĂ©nir le corps d’une femme Ă  l’asile.
– Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire Ă  cela ? Demandai-je.
– Sous sa robe, c’est lĂ  que je les ai cachĂ©s.
– De quoi parlez-vous ?
– Les cahiers
 Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a racontĂ© son histoire, cherchant Ă  briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, laurĂ©at de plus de dix prix littĂ©raires, nous offre avec NĂ© d’aucune femme la plus vibrante de ses Ɠuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent Ă  conter les failles et les grandeurs de l’ñme humaine.

Franck Bouysse, nĂ© en 1965 Ă  Brive-la-Gaillarde, a Ă©tĂ© enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succĂšs, remportent de nombreux prix littĂ©raires et imposent Franck Bouysse sur la scĂšne littĂ©raire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en CorrĂšze.

20,90 euros / 336 pages / Parution le 10/01/2019 / ISBN 978-2-35887-271-3

NĂ©crologie du chat, Olivia Resenterra

Olivia Resenterra dit tout sur la misĂšre humaine dans son Ă©difiante « NĂ©crologie du chat » Ă  travers le rocambolesque dernier voyage d’un dĂ©funt matou.

Dans l’entrĂ©e d’un immeuble ordinaire d’une banlieue tout aussi banale, une femme soliloque, la caisse de son chat Ă  la main. Elle est alpaguĂ©e par la concierge qui lui parle sans l’écouter mais qui, lorsqu’elle comprend que le chat est mort, lui demande de s’en aller. Et Ana part, marche sans but prĂ©cis au milieu de l’hiver, Ă  la recherche d’un coin de terre meuble oĂč enterrer son fidĂšle compagnon.

Elle croise un homme Ă©trange. Il la recueille chez lui, mais elle fuit au petit matin, houspillĂ©e par sa  gouvernante jalouse et possessive. Puis une famille de cyclistes l’invite Ă  partager son piquenique. GrĂące Ă  eux elle dĂ©couvre un cimetiĂšre pour animaux et son gardien plus commercial que philanthrope. Sa course n’est pour autant pas terminĂ©e, et si le chat ne se dĂ©compose pas encore, il est pourtant mort et bien mort depuis plusieurs jours maintenant.

De rencontres en hasards, on a l’impression de voir s’écrouler des cartes Ă  jouer qui auraient Ă©tĂ© minutieusement posĂ©es lĂ  par l’auteur. Chaque Ă©vĂ©nement en entraine un autre tout aussi saugrenu, voire sordide, comme un inĂ©luctable et fatal enchainement de catastrophes. Tout comme le battement de l’aile du papillon entraine un cataclysme Ă  l’autre bout de la terre, ou lĂ , tout prĂšs. Car les Ă©vĂšnements vont s’enchaĂźner, sous l’Ɠil atterrĂ© du lecteur
 FatalitĂ©, hasard, Ă©goĂŻsme, solitude, jalousie, concupiscence, tant de sentiments vont se cĂŽtoyer, s’enchainer, pour le pire bien plus que pour le meilleur.

Ce roman est une Ă©trange surprise. Le lecteur chemine sans savoir oĂč l’auteur veut le conduire, et se jette sans aucune retenue dans ce conte Ă©tonnamment instructif sur l’Homme en gĂ©nĂ©ral, et sur le manque d’empathie, l’absence de partage, ou d’écoute tout simplement. C’est vif, incisif, un brin burlesque peut-ĂȘtre, et surtout totalement mordant.

Le coup de griffe posthume donné par ce gentil matou à des humains bien peu compatissants ?

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Catalogue Ă©diteur : Serge Safran

Un matin d’hiver, Ana quitte le lotissement qu’elle habite Ă  la pĂ©riphĂ©rie d’une petite ville perdue dans la campagne. Au bout de son bras, une caisse en plastique contenant le corps de son chat mort. DĂ©semparĂ©e, marchant au hasard, Ă  la recherche d’un lieu pour enterrer l’animal, Ana est confrontĂ©e Ă  l’incomprĂ©hension et la cruautĂ© des diffĂ©rentes personnes qu’elle croise sur son chemin : un fermier cĂ©libataire et sa gouvernante prĂȘte Ă  tout pour Ă©liminer une potentielle rivale, une famille de cyclistes menĂ©e par un pĂšre autoritaire, un gardien de cimetiĂšre pour animaux, spĂ©cialiste des obsĂšques « sur mesures », un duo de criminels en cavale
 Pendant ce temps, un renard, qui semble tout droit sorti d’une fable, rĂŽde aux alentours


Olivia Resenterra, nĂ©e Ă  Rochefort-sur-mer en 1978, a Ă©tudiĂ© les lettres et la philosophie Ă  Poitiers, Salamanque et la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, portraits acides, publiĂ© aux Ă©ditions PUF en 2012 et d’un roman, Le Garçon, scĂšnes de la vie provinciale, aux Ă©ditions Serge Safran en 2016.

En librairie le 8 mars 2019 / ISBN : 979-10-97594-21-3 / Format : 12,5 x 19 cm / Pagination : 160 pages / Prix : 16, 90 €

Chroniques d’une survivante, Catherine Bertrand

Dans ces Chroniques d’une survivante publiĂ©es aux Editions de la MartiniĂšre, Catherine Bertrand qui a vĂ©cu de l’intĂ©rieur l’attentat du Bataclan, nous dĂ©livre un message Ă©mouvant sur le trop mĂ©connu stress post-traumatique. Ce stress qu’elle et tant d’autres ont subi Ă  la suite des attentats survenus ces derniĂšres annĂ©es.

Le Bataclan, nous en avons entendu parler, forcĂ©ment, mais elle, Elle y Ă©tait. Et de ça, bien sĂ»r, on ne ressort pas intact. Pas intact ? Pourtant elle n’est pas blessĂ©e, rien d’apparent. Mais un ESPT (Etat de Stress post-Traumatique) cela ne se voit pas, rien de visible, tout est Ă  l’intĂ©rieur, enfoui, cachĂ© aux yeux de tous, parfois mĂȘme aux yeux de la victime elle-mĂȘme. Car victime, elle l’est, rĂ©ellement, mais qui s’en doute, qui le comprend, qui le voit ou veut bien l’entendre ?

Car ĂȘtre sortie physiquement indemne des attentats du Bataclan (Paris de novembre 2015) ne veut pas dire que l’on ne souffre pas, et le stress post-traumatique subi est un vĂ©ritable boulet invisible mais prĂ©gnant, paralysant parfois.

Catherine Bertrand utilise le dessin comme exutoire, comme transmetteur de toutes ses peurs, ses angoisses, mais surtout pour aider les autres, qui comme elle, ont besoin de se reconstruire, ou ceux qui doivent essayer de comprendre les victimes. Le trait est simplifiĂ©, les mots sont lĂ , vibrants, Ă©clatants, prenant toute la place parfois, avec cet ESPT matĂ©rialisĂ© par un boulet. Par ce boulet bien visible et tellement Ă©norme qu’elle traine derriĂšre elle Ă  la façon d’un pou qui s’agrippe Ă  vous et ne vous lĂąche plus. Elle nous permet de visualiser la souffrance qu’elle endure, et permet Ă  d’autres victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules, que d’autres souffrent comme elles et que cette souffrance est aussi rĂ©elle qu’une plaie ouverte. Victimes, oui, elles le sont, mais pas Ă  vie, car il faut parvenir Ă  se reconstruire pour avancer tant bien que mal dans une vie qui aujourd’hui leur fait peur.

S’il est difficile de parler de ces Chroniques d’une survivante, il est indispensable de les faire connaĂźtre et de se laisser submerger par l’émotion, forcĂ©ment.

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Sur ce sujet, mais traitĂ© de diffĂ©rentes façons, on peut lire Le lambeau  le magnifique ouvrage de Philippe Lançon, pas facile, mais si on arrive Ă  le lire, qu’elle leçon de vie ! J’ai envie de vous conseiller Ă©galement Le livre que je ne voulais pas Ă©crire, par Erwan Lahrer.

D’autres auteurs se sont essayĂ© Ă  Ă©voquer l’aprĂšs attentat
 Je pense par exemple Ă  Une si brĂšve arriĂšre-saison de Charles Nemes, Ă  Vivre ensemble, d’Émilie FrĂšche, ou encore A la fin le silence, de Laurence Tardieu.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions de La MartiniĂšre

Bon, ben j’étais au Bataclan…
Mais ça va, hein. Je suis vivante, j’vais pas me plaindre.
Le quoi ? Le stress post-traumatique ?
Connais pas.
Si ça a bouleversé ma vie ? Non, pas du tout, pourquoi ?
J’ai fait quelques dessins pour raconter tout ça, une sorte de journal, quoi.
Peut-ĂȘtre bien que tu te retrouveras dans certaines pages.
Tu veux y jeter un Ɠil ? Ou les deux ?

Catherine Bertrand est passionnĂ©e de dessin depuis toujours, dĂ©sormais reconvertie dans le graphisme et l’illustration. Elle Ă©tait au Bataclan le 13 novembre 2015 et fait partie de l’association de victimes d’attentats, Life for Paris. Elle a rĂ©alisĂ© seule ce livre, avant de le confier Ă  un Ă©diteur.

140 x 205 mm / 160 pages / 04 octobre 2018 / ISBN 9782732489261 : 14 €