Colette et Jacques, Olivier Duhamel

Écrit en hommage Ă  ses parents, le premier roman du politologue et journaliste Olivier Duhamel. Son intĂ©rĂȘt historique en fait une lecture dense et enrichissante.

Roman, biographie, roman historique ? Il y a un peu de tout ça dans Colette et Jacques, d’Olivier Duhamel. C’est un hommage Ă  la carriĂšre du pĂšre, Ă  la personnalitĂ© de la mĂšre, Ă  leur histoire d’amour. Mais aussi au fil de l’histoire qu’ils ont façonnĂ©e en participant tout au long de leur vie Ă  l’action publique de la France, son administration, sa politique.

Jacques est orphelin de pĂšre trĂšs tĂŽt. Mais d’un pĂšre intĂšgre et volontaire, alors bien sĂ»r, sa vie sera placĂ©e sous le signe d’une certaine idĂ©e de la France. EngagĂ© en politique trĂšs jeune, Ă©lu dans le Jura, il participera pendant de longues annĂ©es aux diffĂ©rents gouvernements qui se sont succĂ©dĂ©, il participe successivement Ă  diffĂ©rents cabinets ministĂ©riels sous la IVe RĂ©publique, puis sera ministre actif Ă  la forte personnalitĂ© sous la Ve, il va cĂŽtoyer, pour ne citer qu’eux, De Gaulle, MendĂšs France ou encore Edgar Faure.

Sa femme Colette ne restera pas dans l’ombre. Femme libre, sa passion de la littĂ©rature lui permettra de devenir Ă©ditrice, puis le deuil qui la frappe Ă  cinquante ans la fera rentrer dans la famille Gallimard.

Deux personnages qui ont marquĂ© l’histoire, de la seconde guerre mondiale Ă  la fin du siĂšcle dernier, mais surtout un roman qui nous rappelle les belles heures de la Ve rĂ©publique. TrĂšs dense, parfois trop pour ĂȘtre un simple roman, peut-ĂȘtre pas assez pour une biographie, l’auteur a cependant su retenir mon attention sur l’ensemble de ce rĂ©cit qui met en scĂšne ces deux personnages aussi passionnants l’un que l’autre.

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Catalogue Ă©diteur : Plon

Colette et Jacques, l’histoire d’un amour hors du commun, plus fort que le malheur ; et aussi, de 1939 Ă  la fin du XXe siĂšcle, le roman-vrai d’une Ă©poque qui se dĂ©chire, s’interroge et s’invente.

Une femme, un homme, un fil – l’amour.
Orphelin de pĂšre, Jacques n’a que dix-sept ans quand il devient rĂ©sistant. Chez lui, l’engagement se confond avec la passion. DĂ©vouĂ© Ă  l’action publique, il sera tour Ă  tour le premier conseiller d’Edgar Faure dans presque tous les gouvernements de la IVe  RĂ©publique,… Lire la suite

Date de parution : 10/01/2019 / EAN : 9782259268448 / nombre de pages : 250 / Format : 135 x 210 mm

NĂ© d’aucune femme, Franck Bouysseï»ż

Franck Bouysse nous plonge dans une atmosphĂšre Ă  la façon de Flaubert ou de Dickens. « NĂ© d’aucune femme » est un roman choral, situĂ© fin XIXe dĂ©but XXe, dans une province qui pourrait ĂȘtre les Landes ou le sud-Ouest chers au cƓur de l’auteur.

Gabriel, le curĂ© du village, reçoit une Ă©trange visite. Une inconnue l’informe qu’il va ĂȘtre appelĂ©, par ceux du monastĂšre oĂč se rĂ©fugient les filles perdues, auprĂšs d’une jeune morte. Dans les plis de la robe, il trouvera deux carnets, une vie, la vie de Rose


Rapidement, avec Gabriel, le lecteur feuillette ces carnets et plonge directement dans l’horreur de la misĂšre. Celle des filles qui naissent mais ne servent Ă  rien, mĂȘme si elles travaillent dur, bouche Ă  nourrir, dot Ă  payer, et elles partent servir dans la famille du mari quand on leur en trouve un
Mais ici, OnĂ©sime, le pĂšre, au plus profond de son dĂ©sespoir car il n’arrive pas Ă  subvenir correctement aux besoins de sa famille, a trouvĂ© un moyen de se dĂ©barrasser de son ainĂ©e, la vendre au maitre de forge.

Elle part avec son pĂšre, ne le sait pas encore, mais sa vie d’avant est finie Ă  jamais. Elle repart avec le maitre vers cette grande demeure inquiĂ©tante oĂč rĂšgne la Vieille, mĂšre et maitresse, mauvaise, hostile Ă  cette jeune femme qu’elle dresse et veut assujettir Ă  sa volontĂ©. LĂ , Rose, devenue la petite, va vivre des moments de labeur et de douleur. Brimades, corrections, viol, rien ne sera Ă©pargnĂ© Ă  celle qui dĂ©sormais appartient au maitre corps et Ăąme.

Le lecteur s’attache Ă  ce personnage de jeune fille. L’auteur construit et fait Ă©voluer autour d’elle les diffĂ©rents protagonistes, en particulier les acteurs de son malheur, avec une montĂ©e dans l’intrigue digne des grands romans noir. Pourtant, au plus douloureux de ce qu’elle va vivre, elle n’est cependant jamais totalement dĂ©sespĂ©rĂ©e. Elle sait voir le beau. Flatter le col d’un cheval et vivre des instants de bonheur et de douceur Ă  son contact, penser Ă  un jeune homme dont le regard l’émeut sont autant d’instants qu’elle saura sublimer pour rĂ©ussir Ă  rester vivante dans sa tĂȘte.

L’auteur dĂ©crit ici le mal dans ce qu’il a de plus terrible, quand le plus fort montre Ă  l’autre ses faiblesses, anĂ©anti sa volontĂ©, annihile sa personnalitĂ©. Et cependant, j’ai aimĂ© le fait qu’il mette en scĂšne une jeune femme qui sait verbaliser et Ă©crire le dĂ©sespoir. Rose rĂ©ussit Ă  s’extraire mentalement du malheur qu’est sa vie pour devenir une jeune femme solide, parfois mĂȘme amoureuse, qui ressent des sentiments, des joies, dans cette maison oĂč tout bonheur lui est pourtant refusĂ©. EnfermĂ©e, alors qu’elle devrait devenir folle l’écriture va la sauver.

J’ai dĂ©couvert Franck Bouysse avec ce roman et je ne compte pas en rester lĂ . J’ai trouvĂ© autant de beautĂ© que de cruautĂ© dans ce roman Ă©crit avec une plume qui sait dire la complexitĂ© des sentiments et les mots qui Ă©meuvent.

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Rencontre au salon Livre Paris

Catalogue Ă©diteur : La Manufacture de livres

 » Mon pĂšre, on va bientĂŽt vous demander de bĂ©nir le corps d’une femme Ă  l’asile.
– Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire Ă  cela ? Demandai-je.
– Sous sa robe, c’est lĂ  que je les ai cachĂ©s.
– De quoi parlez-vous ?
– Les cahiers
 Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a racontĂ© son histoire, cherchant Ă  briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, laurĂ©at de plus de dix prix littĂ©raires, nous offre avec NĂ© d’aucune femme la plus vibrante de ses Ɠuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent Ă  conter les failles et les grandeurs de l’ñme humaine.

Franck Bouysse, nĂ© en 1965 Ă  Brive-la-Gaillarde, a Ă©tĂ© enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succĂšs, remportent de nombreux prix littĂ©raires et imposent Franck Bouysse sur la scĂšne littĂ©raire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en CorrĂšze.

20,90 euros / 336 pages / Parution le 10/01/2019 / ISBN 978-2-35887-271-3

NĂ©crologie du chat, Olivia Resenterra

Olivia Resenterra dit tout sur la misĂšre humaine dans son Ă©difiante « NĂ©crologie du chat » Ă  travers le rocambolesque dernier voyage d’un dĂ©funt matou.

Dans l’entrĂ©e d’un immeuble ordinaire d’une banlieue tout aussi banale, une femme soliloque, la caisse de son chat Ă  la main. Elle est alpaguĂ©e par la concierge qui lui parle sans l’écouter mais qui, lorsqu’elle comprend que le chat est mort, lui demande de s’en aller. Et Ana part, marche sans but prĂ©cis au milieu de l’hiver, Ă  la recherche d’un coin de terre meuble oĂč enterrer son fidĂšle compagnon.

Elle croise un homme Ă©trange. Il la recueille chez lui, mais elle fuit au petit matin, houspillĂ©e par sa  gouvernante jalouse et possessive. Puis une famille de cyclistes l’invite Ă  partager son piquenique. GrĂące Ă  eux elle dĂ©couvre un cimetiĂšre pour animaux et son gardien plus commercial que philanthrope. Sa course n’est pour autant pas terminĂ©e, et si le chat ne se dĂ©compose pas encore, il est pourtant mort et bien mort depuis plusieurs jours maintenant.

De rencontres en hasards, on a l’impression de voir s’écrouler des cartes Ă  jouer qui auraient Ă©tĂ© minutieusement posĂ©es lĂ  par l’auteur. Chaque Ă©vĂ©nement en entraine un autre tout aussi saugrenu, voire sordide, comme un inĂ©luctable et fatal enchainement de catastrophes. Tout comme le battement de l’aile du papillon entraine un cataclysme Ă  l’autre bout de la terre, ou lĂ , tout prĂšs. Car les Ă©vĂšnements vont s’enchaĂźner, sous l’Ɠil atterrĂ© du lecteur
 FatalitĂ©, hasard, Ă©goĂŻsme, solitude, jalousie, concupiscence, tant de sentiments vont se cĂŽtoyer, s’enchainer, pour le pire bien plus que pour le meilleur.

Ce roman est une Ă©trange surprise. Le lecteur chemine sans savoir oĂč l’auteur veut le conduire, et se jette sans aucune retenue dans ce conte Ă©tonnamment instructif sur l’Homme en gĂ©nĂ©ral, et sur le manque d’empathie, l’absence de partage, ou d’écoute tout simplement. C’est vif, incisif, un brin burlesque peut-ĂȘtre, et surtout totalement mordant.

Le coup de griffe posthume donné par ce gentil matou à des humains bien peu compatissants ?

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Catalogue Ă©diteur : Serge Safran

Un matin d’hiver, Ana quitte le lotissement qu’elle habite Ă  la pĂ©riphĂ©rie d’une petite ville perdue dans la campagne. Au bout de son bras, une caisse en plastique contenant le corps de son chat mort. DĂ©semparĂ©e, marchant au hasard, Ă  la recherche d’un lieu pour enterrer l’animal, Ana est confrontĂ©e Ă  l’incomprĂ©hension et la cruautĂ© des diffĂ©rentes personnes qu’elle croise sur son chemin : un fermier cĂ©libataire et sa gouvernante prĂȘte Ă  tout pour Ă©liminer une potentielle rivale, une famille de cyclistes menĂ©e par un pĂšre autoritaire, un gardien de cimetiĂšre pour animaux, spĂ©cialiste des obsĂšques « sur mesures », un duo de criminels en cavale
 Pendant ce temps, un renard, qui semble tout droit sorti d’une fable, rĂŽde aux alentours


Olivia Resenterra, nĂ©e Ă  Rochefort-sur-mer en 1978, a Ă©tudiĂ© les lettres et la philosophie Ă  Poitiers, Salamanque et la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, portraits acides, publiĂ© aux Ă©ditions PUF en 2012 et d’un roman, Le Garçon, scĂšnes de la vie provinciale, aux Ă©ditions Serge Safran en 2016.

En librairie le 8 mars 2019 / ISBN : 979-10-97594-21-3 / Format : 12,5 x 19 cm / Pagination : 160 pages / Prix : 16, 90 €

Chroniques d’une survivante, Catherine Bertrand

Dans ces Chroniques d’une survivante publiĂ©es aux Editions de la MartiniĂšre, Catherine Bertrand qui a vĂ©cu de l’intĂ©rieur l’attentat du Bataclan, nous dĂ©livre un message Ă©mouvant sur le trop mĂ©connu stress post-traumatique. Ce stress qu’elle et tant d’autres ont subi Ă  la suite des attentats survenus ces derniĂšres annĂ©es.

Le Bataclan, nous en avons entendu parler, forcĂ©ment, mais elle, Elle y Ă©tait. Et de ça, bien sĂ»r, on ne ressort pas intact. Pas intact ? Pourtant elle n’est pas blessĂ©e, rien d’apparent. Mais un ESPT (Etat de Stress post-Traumatique) cela ne se voit pas, rien de visible, tout est Ă  l’intĂ©rieur, enfoui, cachĂ© aux yeux de tous, parfois mĂȘme aux yeux de la victime elle-mĂȘme. Car victime, elle l’est, rĂ©ellement, mais qui s’en doute, qui le comprend, qui le voit ou veut bien l’entendre ?

Car ĂȘtre sortie physiquement indemne des attentats du Bataclan (Paris de novembre 2015) ne veut pas dire que l’on ne souffre pas, et le stress post-traumatique subi est un vĂ©ritable boulet invisible mais prĂ©gnant, paralysant parfois.

Catherine Bertrand utilise le dessin comme exutoire, comme transmetteur de toutes ses peurs, ses angoisses, mais surtout pour aider les autres, qui comme elle, ont besoin de se reconstruire, ou ceux qui doivent essayer de comprendre les victimes. Le trait est simplifiĂ©, les mots sont lĂ , vibrants, Ă©clatants, prenant toute la place parfois, avec cet ESPT matĂ©rialisĂ© par un boulet. Par ce boulet bien visible et tellement Ă©norme qu’elle traine derriĂšre elle Ă  la façon d’un pou qui s’agrippe Ă  vous et ne vous lĂąche plus. Elle nous permet de visualiser la souffrance qu’elle endure, et permet Ă  d’autres victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules, que d’autres souffrent comme elles et que cette souffrance est aussi rĂ©elle qu’une plaie ouverte. Victimes, oui, elles le sont, mais pas Ă  vie, car il faut parvenir Ă  se reconstruire pour avancer tant bien que mal dans une vie qui aujourd’hui leur fait peur.

S’il est difficile de parler de ces Chroniques d’une survivante, il est indispensable de les faire connaĂźtre et de se laisser submerger par l’émotion, forcĂ©ment.

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Sur ce sujet, mais traitĂ© de diffĂ©rentes façons, on peut lire Le lambeau  le magnifique ouvrage de Philippe Lançon, pas facile, mais si on arrive Ă  le lire, qu’elle leçon de vie ! J’ai envie de vous conseiller Ă©galement Le livre que je ne voulais pas Ă©crire, par Erwan Lahrer.

D’autres auteurs se sont essayĂ© Ă  Ă©voquer l’aprĂšs attentat
 Je pense par exemple Ă  Une si brĂšve arriĂšre-saison de Charles Nemes, Ă  Vivre ensemble, d’Émilie FrĂšche, ou encore A la fin le silence, de Laurence Tardieu.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions de La MartiniĂšre

Bon, ben j’étais au Bataclan…
Mais ça va, hein. Je suis vivante, j’vais pas me plaindre.
Le quoi ? Le stress post-traumatique ?
Connais pas.
Si ça a bouleversé ma vie ? Non, pas du tout, pourquoi ?
J’ai fait quelques dessins pour raconter tout ça, une sorte de journal, quoi.
Peut-ĂȘtre bien que tu te retrouveras dans certaines pages.
Tu veux y jeter un Ɠil ? Ou les deux ?

Catherine Bertrand est passionnĂ©e de dessin depuis toujours, dĂ©sormais reconvertie dans le graphisme et l’illustration. Elle Ă©tait au Bataclan le 13 novembre 2015 et fait partie de l’association de victimes d’attentats, Life for Paris. Elle a rĂ©alisĂ© seule ce livre, avant de le confier Ă  un Ă©diteur.

140 x 205 mm / 160 pages / 04 octobre 2018 / ISBN 9782732489261 : 14 €

Cyclone, Marion Mousse & ClĂ©ment Baloup

Ah, quand les tourments de l’adolescence rejoignent ceux de la planĂšte et que les Ă©mois se heurtent au Cyclone dĂ©vastateur.

Margot vit sur une ile isolĂ©e du monde. En cette journĂ©e de rentrĂ©e scolaire, les Ă©vĂšnements climatiques font craindre l’arrivĂ©e d’un puissant cyclone.

Pourtant, la rentrĂ©e se dĂ©roule comme partout ailleurs. CuriositĂ© face au nouveau venu dans la classe, interrogations devant les tĂȘtes nouvelles, puis attrait pour le professeur Gregory MarĂ©chal, monsieur MarĂ©chal, ce prof si sĂ©duisant, si attentif. Margot s’y laisse prendre… son cƓur balance, mais les jeunes filles de son Ăąge sont souvent attirĂ©es par le risque, le danger, la dĂ©couverte de ce qui est diffĂ©rent.

Margot veut vivre pleinement ses Ă©mois d’adolescente. Elle se confie Ă  son amie Iseult, lui avoue que son cƓur balance
Monsieur MarĂ©chal, ou  le nouveau venu de la classe, cet Ali si mystĂ©rieux. Ali le musicien, en conflit avec les parents, lui l’amateur de musique qui est aussi amoureux de Margot.

Cyclone est l’occasion de dĂ©couvrir ces conflits trĂšs actuels entre les jeunes, mais aussi les atermoiements des ados, avec Margot et son prof, piĂ©gĂ©e dans son triangle amoureux, face au dĂ©chainement de violence des rĂ©seaux sociaux. Et puis ces difficiles relations Ă©lĂšve professeur. Quand ces adolescentes sont si provocantes avec leur beautĂ© naturelle et si peu maitrisĂ©e, elles qui oscillent entre manque de confiance en soi et exercice du pouvoir de sĂ©duction sur leurs professeurs, par jeu, par plaisir, par rĂ©elle attraction


C’est un plaisir de tourner les pages de Cyclone et d’apprĂ©cier les superbes illustrations de Marion Mousse, les couleurs, les doubles pages, les impressions. J’ai eu cependant comme un sentiment de pas assez, pas assez car l’intrigue est trĂšs classique, somme toute presque banale, mais c’est un joli moment de lecture et le graphisme est vraiment intĂ©ressant.

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Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Sarbacane

Margot, lycĂ©enne Ă  la vie jusqu’ici anodine, Ă©clot comme une fleur Ă  sa rentrĂ©e en terminale. Vibrante d’une sensualitĂ© soudain dĂ©bordante, sur son Ăźle battue par les vents et l’ennui, elle se sent prisonniĂšre. Il y a bien Ali, le nouveau rĂ©cemment dĂ©barquĂ©, beau brun tĂ©nĂ©breux, musicien torturĂ©, qui la dĂ©vore des yeux. Mais Margot rĂȘve d’autre chose, de plus grand, de plus fort… Aussi, quand MarĂ©chal, son prof de philo et Ă©crivain ratĂ©, la persuade de devenir sa maĂźtresse, elle se laisse sĂ©duire… sous le regard jaloux d’Ali. Un triangle amoureux venimeux s’installe, sur la petite Ăźle qu’une tourmente mĂ©tĂ©orologique semble bientĂŽt devoir isoler


L’auteur : ClĂ©ment Baloup, est un auteur marseillais qui rĂ©alise des scĂ©narios tournĂ©s vers l’aventure dont les trĂšs remarquĂ©s Chinh Tri (2 tomes parus au Seuil) et Diables SucrĂ©s pour Mathieu Jiro (Gallimard – sĂ©lection AngoulĂȘme 2010). Avec MĂ©moires de Viet Kieu T1,Quitter Saigon (La BoĂźte Ă  bulles), il obtient son premier prix d’importance : le Prix du jury ƒcumĂ©nique de la BD, Ă  l’occasion du Festival d’AngoulĂȘme 2011.

L’illustrateur : Marion Mousse, est nĂ© en 1974 et vit aujourd’hui Ă  Marseille. Sa premiĂšre BD paraĂźt en 2001 : Phineas, un album en noir paru chez Treize Étrange. Puis il se lance dans une adaptation libre du roman de ThĂ©ophile Gautier: Fracasse (GlĂ©nat) qui sera publiĂ© – en 3 volumes – entre mai 2004 et mai 2005. Il a aussi publiĂ© From Outer Space, paru fin 2006 chez Six Pieds sous terre et Louise et les loups en 2012.

Date de parution : 06/02/2019 / prix de vente au public (TTC) : 22,50 € / 136 pages ; 29 x 21,5 cm / ISBN 978-2-37731-201-6 / EAN 9782377312016

Spirou, L’espoir malgrĂ© tout. Émile Bravo

Une BD qui reprend les codes classiques du genre pour le plus grand bonheur des amateurs et de tous les amoureux de Spirou.

Ce tome 1 de Spirou, L’espoir malgrĂ© tout, un mauvais dĂ©part, Ă©crit par Émile Bravo commence Ă  Bruxelles en janvier 1940. La Belgique est neutre dans ce conflit international qui frappe pourtant Ă  ses portes. Spirou, le jeune Groom du Moustic hĂŽtel se trouve bien dĂ©sƓuvrĂ© dans cette ville oĂč plus personne ne vient. Fantasio quant Ă  lui s’est engagĂ© dans l’armĂ©e belge.

Spirou reçoit une lettre de son amoureuse allemande Kassandra. Elle est prisonniĂšre des soviĂ©tiques qui veulent la renvoyer dans son pays, elle la juive qui s’était exilĂ©e comme tant d’autres pour fuir le rĂ©gime nazi. Puis il rencontre un peintre juif allemand, Felix, et sa femme Felka, avec qui il sympathise. Il dĂ©couvre avec eux la situation dramatique des juifs. C’est le moment que choisit Fantasio pour rĂ©apparaitre, dans sa tenue militaire, lui qui semble aussi perdu que les troupes en dĂ©route


Fuite des populations, invasion de la Belgique par les Allemands en 1940, rĂ©quisition du Moustic hĂŽtel par les armĂ©es anglaises ou françaises, puis par les allemands, rĂ©actions des populations, qui passent de l’incrĂ©dulitĂ© au dĂ©ni, de la passivitĂ© Ă  la collaboration. Tout cela est Ă©voquĂ© avec subtilitĂ© et sans concession.

Le trait, Ă©vocateur du passĂ© et d’anciennes BD, et en mĂȘme temps plutĂŽt moderne dans son rythme, est portĂ© par des dialogues plutĂŽt actuels, le tout fait de cette BD un vĂ©ritable plaisir de lecture.

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Catalogue Ă©diteur : Dupuis

Janvier 1940. Un hiver particuliĂšrement rude s’est abattu sur Bruxelles. Alors que tout le monde attend avec apprĂ©hension l’arrivĂ©e imminente de la guerre, Fantasio s’est engagĂ© dans l’armĂ©e belge. Dans la forteresse d’Ében-Émael, il est impatient d’en dĂ©coudre et ne doute pas une seconde que les armĂ©es française et britannique Ă©craseront l’armĂ©e allemande…

Quant Ă  Spirou, il est toujours groom et continue de vivre le plus normalement possible. Sa rencontre avec Felix, un peintre juif allemand dont les nazis ont jugĂ© l’Ɠuvre « dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e », et Felka, sa femme, va lui faire dĂ©couvrir la « question juive » et la complexitĂ© de la situation internationale.

Quand la guerre éclate, Fantasio cherche à servir la patrie le plus héroïquement possible. Spirou, lui, essaye de comprendre la complexité de la situation à travers des rencontres avec des personnages profondément humains et tente de se rendre utile en étant fidÚle à ses valeurs.

 Age du lectorat : 9+ / Parution le 05/10/2018 / 88 pages en couleurs / Hauteur : 320 mm / Largeur : 240 mm / ISBN: 9782800160986 / PVP : 16.50EUR

Les amochĂ©s, Nan Aurousseau

Dans cette intrigue qui tient autant du roman classique et social que du conte fantastique, l’auteur dĂ©cortique la vie des petites gens, leur donne la parole, pour le meilleur mais surtout pour le pire.

Abdel RamdankĂ©tif vit en ermite dans un village perdu, Ă   Montaigu-le-FrĂ©. LĂ , il se terre quasiment dans sa maison, et si des femmes ont pu traverser sa vie, la derniĂšre en date, Chris, a pris elle aussi la poudre d’escampette aprĂšs seulement quelques mois de vie commune. Mais cela semble le satisfaire malgrĂ© tout, lui le taiseux, le solitaire, le marginal. il vit de lectures, les livres l’entourent, le protĂšge, le submerge.

Un matin pourtant, plus rien ne tourne correctement autour de lui, le monde est comme figĂ©, le soleil immobile. Il descend donc « Ă  la ville de M  Â» et constate que lĂ  aussi, rien ne va plus
 Il ne croise et en connait que Robert, le serveur du cafĂ©. Seul au monde, il va faire la rencontre incroyable de deux sƓurs jumelles aussi belles l’une que l’autre. Mais la multiplication des Ă©vĂšnements surnaturels et incomprĂ©hensibles le pousse Ă  s’isoler encore davantage et Ă  se mĂ©fier de tous.

Nous allons le suivre, nous simple lecteurs, dans ses dĂ©rives et ses interrogations, aux limites de la folie, jusqu’à nous demander oĂč se trouve la frontiĂšre entre le rĂ©el  et le rĂȘve
 Ou le cauchemar ? Car dans son pĂ©riple, les travers les plus sombres de nos sociĂ©tĂ©s vont Ă©merger, prostitution, pĂ©dophilie, vol, mensonge, misĂšre et bĂȘtise humaine, tout est bon pour lui faire perdre la raison. Et qui sait alors oĂč se trouve la rĂ©alitĂ© ? Abdel ou le lecteur ? AprĂšs une rencontre rocambolesque avec la police, puis un passage par la case prison, le voilĂ  de retour chez lui


Un roman Ă©trange, Ă  l’écriture fine, prĂ©cise et sans fioritures, qui emporte, surprend, dĂ©range, et malgrĂ© tout accroche aussi par ce petit cĂŽtĂ© fantastique assumĂ©. Pour ma premiĂšre approche de cet auteur, j’avoue que je suis Ă  la fois intriguĂ©e et sĂ©duite.

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Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

AprĂšs une vie de bĂąton de chaise et de nombreuses errances, Abdel RamdankĂ©tif se retire dans le village de montagne oĂč ses parents Ă©taient venus vivre quand ils Ă©taient arrivĂ©s en France. Tout a bien changĂ© en quelques dĂ©cennies : ses parents sont morts, et le village est quasi abandonnĂ©…

Seuls, Jacky et Monette, un couple de voisins, survivent Ă  la maniĂšre de vieux sages. Abdel s’est installĂ© lĂ , loin des hommes et de la modernitĂ© dont il se contrefout. À la fĂȘte annuelle du village, il a mĂȘme rencontrĂ© Chris, une psychiatre de la ville la plus proche. Leur histoire d’amour a durĂ© trois mois.

Peu aprĂšs la rupture qui a mis notre homme k.o., un Ă©vĂšnement surnaturel se produit qui va conduire Abdel RamdankĂ©tif au bord de la folie et le mĂȘler aux histoires gratinĂ©es d’une Ă©trange famille.

Observateur attentif du genre humain, Nan Aurousseau, dans ce nouveau roman noir, explore, avec un regard non dĂ©nuĂ© d’humour, une certaine province française – avec ses pauvretĂ©s et ses amochĂ©s.

Date de parution : 03/01/2019 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 336 p., 18,00 EUR € / ISBN 9782283031193



Que faire Ă  Rouen ?

Partir sur les traces de Pierre Corneille ! Visiter deux maisons, l’une est la maison natale de Pierre Corneille, l’autre, l’ancienne mĂ©tairie de la famille Corneille.

La maison natale de Pierre Corneille est située au 4, rue de la Pie à Rouen.

C’est dans cette maison qu’est nĂ© Pierre Corneille en 1606, qu’il a vĂ©cu et Ă©crit en particulier sa piĂšce la plus cĂ©lĂšbre, Le Cid. Il ne reste aucun meuble, si ce n’est un superbe coffre cloutĂ© au rez-de-chaussĂ©e, mais dans certaines piĂšces, l’ameublement a Ă©tĂ© reconstituĂ© pour donner au visiteur une idĂ©e de ce que devait ĂȘtre la maison Ă  l’époque, meubles du XVIIe et superbe bibliothĂšque.

A l’étage, de belles photos des acteurs les plus emblĂ©matiques du rĂ©pertoire classique de Corneille, GĂ©rard Philippe, Francis Huster, etc. et un rappel pas du tout inutile des diffĂ©rentes Ɠuvres.

Le Musée Pierre Corneille est situé au 502, rue Pierre Corneille à Petit-Couronne, dans la banlieue proche de Rouen.

Si Pierre Corneille reçoit en hĂ©ritage Ă  la mort de son pĂšre, en 1639, la maison manante de Petit-Couronne, cette propriĂ©tĂ© Ă©tait depuis un demi-siĂšcle dans sa famille. Ce domaine Ă©tait Ă  l’origine constituĂ© d’une ferme, d’un verger et de nombreux hectares de mĂ©tairie. il sera vendu en 1686 par le fils de Pierre Corneille. En 1874, le DĂ©partement fait l’acquisition de la propriĂ©tĂ© et installe ce musĂ©e-manoir cornĂ©lien. Dans les annĂ©es 1956, la ville de Petit-Couronne connait un dĂ©veloppement industriel important, on rĂ©alise alors qu’il faut sauvegarder l’aspect agreste de la ferme. Le potager date des annĂ©es 1990, on y trouve seulement des espĂšces cultivĂ©es au 17e siĂšcle.

On peut y visiter quelques salles. En passant tout d’abord par l’entrĂ©e, dont l’existence est attestĂ©e dĂšs le dĂ©but de la demeure en 1608, puis sur les cartes postales des 19e et 20e  siĂšcles.

Vient ensuite une salle Ă  manger, mĂȘme si les piĂšces Ă  l’époque de Corneille n’avaient pas de destination prĂ©cise (on se souvient que l’on « dressait la table » dans la piĂšce dans laquelle le roi par exemple avait dĂ©cidĂ© de manger
).  On a donc imaginĂ© que c’est au rez-de-chaussĂ©e que se prĂ©paraient et se prenaient les repas.

Un cabinet de travail, lĂ  sont surtout prĂ©sentĂ©es des Ɠuvres originales, peintures, sculptures reprĂ©sentant Pierre Corneille. Une belle armoire, originaire de la rĂ©gion de Rouen, date du milieu du 17e siĂšcle.

Si l’on ne trouve pas vraiment de meubles ou d’objets ayant appartenu au cĂ©lĂšbre Ă©crivain rouennais, les deux visites sont trĂšs agrĂ©ables et nous replongent dans l’univers du 17e siĂšcle. De plus, Ă  Rouen, les musĂ©es sont gratuits pour tous, il faut savoir en profiter !

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A la ligne, Joseph Ponthus

A la ligne, le premier roman captivant de Joseph Ponthus met en scĂšne le quotidien de l’usine, expĂ©rience Ă©prouvante qu’il transcende avec poĂ©sie et talent.

Ouvrir ce roman et comprendre qu’il n’ira pas, Ă  la ligne, en tout cas pas de façon classique, avec des points et des virgules
 Non, mĂȘme pas Ă  la ligne pour respirer, car le souffle indispensable pour lire ce roman est Ă  puiser au plus profond de soi. Ce n’est pas un rĂ©cit ordinaire, mais celui du travail Ă  l’usine, Ă  l’abattoir, difficile, sanglant, violent.

PassĂ©es les premiĂšres pages, oĂč l’Ɠil et l’esprit s’habituent Ă  la forme atypique, le rĂ©cit est comme scandĂ© et le lecteur est happé 

J’écris comme je travaille
A la chaĂźne
A la ligne.

C’est un homme instruit, lettrĂ©, qui a quittĂ© son travail en rĂ©gion parisienne pour suivre sa femme en Bretagne. Mais lĂ , il y a trop peu d’emploi, aussi est-il prĂȘt Ă  accepter tout ce qu’on lui propose. Travailler Ă  l’usine de poisson, plats cuisinĂ©s, cuisson de bulots Ă  la chaine, tofu Ă  Ă©goutter, rien ne le rebute, mĂȘme si tout cela lui parait bien difficile. Mais ça c’était avant de connaitre le travail qui l’attend, Ă  l’abattoir. Car lorsque vous ĂȘtes intĂ©rimaire, pas possible de dire non, sinon le prochain poste disponible ne sera pas pour vous. Et des sous, il faut en gagner pour vivre. Alors on bosse, on se fatigue, on pleure mĂȘme de douleur et d’épuisement la nuit en rentrant, quand il faut encore sortir le chien qui vous attend en vous faisant la fĂȘte, car la pĂ©nibilitĂ© des postes de l’usine, de l’abattoir, il ne les connait pas. Alors on attrape une vendredite aigĂŒe, mais on s’y fait finalement
 Et on essaie de gagner un peu de sommeil, un peu de repos, pour repartir dĂšs lundi matin, ou Ă  pas d’heure, c’est tout le charme du travail Ă  l’usine ces horaires de fou, enfermĂ© sans voir ni le jour, ni la nuit.

Chaque soir, le narrateur inventorie tout, les gestes, les phrases, les rĂ©pĂ©titions, les problĂšmes, la douleur, les petits bonheurs, les heures supplĂ©mentaires ou les heures gagnĂ©es tous ensemble pour finir plus vite, ou moins tard, c’est selon. Mais aussi toutes ces pensĂ©es qui l’assaillent, qui peuplent son esprit pendant que son corps fait les gestes mille fois rĂ©pĂ©tĂ©s, automatisme salvateur qui permet Ă  l’esprit de s’évader. Il nous fait sentir Ă©galement cette solidaritĂ© et en mĂȘme temps cette pĂ©nibilitĂ© que tous doivent subir ensemble. Le courage qu’il faut, le soir, quand il tombe d’épuisement pour continuer Ă  coucher sur le papier les mots qui disent les maux, les gestes, les souffrances quotidiennes.

Étonnant tĂ©moignage, qui a la puissance de cet Ă©crit si particulier qu’il vous oblige presque Ă  le lire d’une traite jusqu’au bout. Hypnotique et puissant, rythmĂ©, portĂ© par la poĂ©sie qui s’en dĂ©gage, il est le tĂ©moignage d’une fatigue immense, dĂ©vorante. D’un malaise aussi, celui des ouvriers Ă  la peine qui doivent accepter et subir pour continuer Ă  vivre.

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Catalogue Ă©diteur : La Table Ronde

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intĂ©rimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour aprĂšs jour, il inventorie avec une infinie prĂ©cision les gestes du travail Ă  la ligne, le bruit, la fatigue, les rĂȘves confisquĂ©s dans la rĂ©pĂ©tition de rituels Ă©puisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaĂźt les auteurs latins, il a vibrĂ© avec Dumas, il sait les poĂšmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliĂšne. Et, en allant Ă  la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimĂ©e, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.

Par la magie d’une Ă©criture tour Ă  tour distanciĂ©e, colĂ©reuse, drĂŽle, fraternelle, la vie ouvriĂšre devient une odyssĂ©e oĂč Ulysse combat des carcasses de bƓufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Parution : 03-01-2019 / 272 pages, 140 x 205 mm / AchevĂ© d’imprimer : 01-10-2018 / ISBN : 9782710389668 /  Prix : 18,00 €

PremiĂšre dame, Caroline Lunoir

Et si la rĂ©alitĂ© dĂ©passait la fiction ? Comme le dit Caroline Lunoir, quand un candidat part en campagne, sa « PremiĂšre dame »  l’accompagne, pour le pire et pour le meilleur


Lorsque Marc annonce Ă  Marie qu’il se prĂ©sente aux prochaines prĂ©sidentielles, toute la famille dĂ©cide de faire corps pour lui apporter un soutien sans faille. Pendant sept cent vingt-six jours, la prĂ©sence de chacun sera indispensable et cette campagne s’annonce fĂ©roce. Il faudra affronter les primaires du parti, les candidats adverses, la mise en coupe rĂ©glĂ©e par journalistes et mĂ©dias, le chemin est long, il faut se tenir prĂȘt.

Dans cette famille catholique bienpensante, l’éducation est primordiale, Marie et Marc ont Ă©levĂ© leurs enfants dans le respect de chaque individu, mais aussi de la vĂ©ritĂ© et de la justice. C’est en tout cas ce que croyait Marie. Car les rĂ©vĂ©lations vont s’accumuler et faire s’effondrer ses illusions d’une famille idĂ©ale telle qu’elle pensait l’avoir construite avec Marc. Rapidement, elle ressent le besoin de verbaliser ses interrogations et ses sentiments les plus intimes. Elle dĂ©cide de tenir un journal Ă  rebours, soit J – 726 jusqu’aux Ă©lections, pour y retrouver plus tard cette femme qui aura traversĂ© cette pĂ©riode difficile.

Mais la campagne se rĂ©vĂšle cruelle pour tous, y compris pour l’épouse qui n’avait rien demandĂ© et qui dĂ©couvre les incartades, les trahisons, les mensonges de Marc. Et les enfants, malgrĂ© l’amour qu’ils vouent Ă  leur pĂšre, se sentent flouĂ©s, trahis, perdus. Alors Marie, femme trompĂ©e et déçue va coucher sur le papier toutes ses Ă©motions, ses blessures et ses craintes les plus intimes, ses attentes et ses espoirs. Et le lecteur peut aisĂ©ment imaginer qu’elle incarne tout ce que d’autres premiĂšres dames ont vĂ©cu cela avant elle, leurs dĂ©chirures, leurs blessures, leurs humiliations, leurs dĂ©routes.

Si de prime abord le thĂšme semble lĂ©ger, et mĂȘme parfois dĂ©range lorsque l’on rĂ©alise que l’auteur reprend des faits vus ou lus dans les journaux… Il interpelle vraiment car il fĂ©dĂšre adroitement toutes ces premiĂšres dames passĂ©es ou Ă  venir. Caroline Lunoir nous dĂ©crit de l’intĂ©rieur et avec un certain rĂ©alisme les jalousies, les trahisons, les noirceurs que ces « femmes de » doivent endurer. Et tout ça pour le bonheur de qui ? De quoi ? D’une nation qui ne leur en sera jamais reconnaissante, et qui de plus en plus les observe et les critique par le tout petit bout de la lorgnette.

Il est fĂ©roce et brillant ce roman. Caroline Lunoir, avocate pĂ©naliste, auteur de deux autres romans parus Ă©galement chez Actes Sud, s’inspire ici de la rĂ©alitĂ© pour crĂ©er une fiction politique plus vraie que vraie en ancrant ses personnages dans cette rĂ©alitĂ© tangible. RĂ©alitĂ© dont chaque lecteur a entendu parler lors de campagnes prĂ©sidentielles ou d’actualitĂ©s souvent bien sordides, oubliant le bien commun au profit de quelques gros titres racoleurs. Si de prime abord tout cela peut sembler dĂ©routant, rapidement le lecteur s’y laisse prendre. Alors on tourne les pages de ce journal intime bien Ă©crit, vivant, rythmĂ©, Ă©mouvant parfois, et en comprenant et dĂ©cortiquant les arcanes du pouvoir, on ressent mĂȘme de l’empathie envers ces femmes de

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On pourra lire Ă©galement les chroniques de Virginie du blog Les chroniques littĂ©raire de Virginie, le blog Quatre sans Quatre, ou l’avis de Nicole du blog Mots pour mots.

Catalogue Ă©diteur : Actes Sud

Un beau dimanche d’avril, c’est dans l’euphorie et la ïŹertĂ© qu’est accueillie l’annonce de Paul : il sera candidat aux primaires de son parti en vue de l’élection prĂ©sidentielle. Épouse dĂ©vouĂ©e, mĂšre exemplaire, Marie inaugure pour l’occasion un journal, avide de tenir la chronique des deux  annĂ©es Ă  venir qui s’annoncent pleines de suspense, de promesses et d’accomplissements. Leurs quatre enfants, jeunes adultes, se rĂ©jouissent du sens que ce projet paternel donne Ă  une vie d’engagement et le soutiennent avec chaleur. Personne ne semble mesurer les consĂ©quences d’une telle mise en lumiĂšre, ni ne pressent le souffle des scandales qui s’apprĂȘtent Ă  Ă©branler la cellule conjugale et le cocon familial
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Janvier, 2019 / 11,5 x 21,7 / 192 pages / ISBN 978-2-330-11783-2 / prix indicatif : 18, 00€