Le malheur du bas. InĂšs Bayard

« Le malheur du bas »Â  d’InĂšs Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un Ă©tonnant roman de solitude et de mort.

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DĂšs la premiĂšre scĂšne, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallĂšle est Ă©difiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mÚre peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariĂ©e Ă  un Ă©poux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence Ă  ĂȘtre reconnu, leur vie est relativement aisĂ©e, un appartement confortable, une famille aimante, un mĂ©tier Ă  la banque qui sans la satisfaire dĂ©mesurĂ©ment, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour oĂč son vĂ©lo est dĂ©tĂ©riorĂ© et elle doit rentrer Ă  pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance
 puis la sidĂ©ration, l’incomprĂ©hension, la scĂšne de viol, dĂ©vastatrice, violente, dĂ©rangeante, puis le retour
 se laver, se dĂ©barrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstinĂ©, confus, honteux
 la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mĂ©pris, ses interrogations, imaginer qu’elle est mĂȘme fautive peut-ĂȘtre ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut Ă  peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opĂšre dans la vie, dans le cƓur, dans la tĂȘte de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, ĂȘtre lĂ©gĂšre, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mĂšre, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bĂ©bĂ© qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en ĂȘtre autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre
 Peu Ă  peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dĂ©vorant jusqu’à ses pensĂ©es, sa vie, son intimitĂ©. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu Ă  peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dĂ©vastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse Ă©tonnante et bouleversante des rĂ©actions d’une femme violĂ©e, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir Ă©tĂ© violĂ©e au moins Ă  ses propres yeux, blessĂ©e, meurtrie, mais niĂ©e au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incomprĂ©hension en s’enfermant dans sa solitude intĂ©rieure et son dĂ©sespoir. Pourtant il y a aussi des scĂšnes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynĂ©cologue, le mari rĂȘveur qui ne comprend dĂ©cidĂ©ment rien, la mĂšre qui dĂ©couvre sa fille dans un Ă©tat second et ne rĂ©agit pas… Alors bien sĂ»r, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcĂ©ment, mais j’ai eu un peu de mal Ă  ĂȘtre touchĂ©e, et surtout convaincue par cette brutalitĂ© des mots, de l’écriture, brusque, ardente, rĂ©aliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lĂącher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme Ă©meut, bouleverse, dĂ©range. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dĂšs les premiĂšres pages


💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cƓur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculĂ©e par le plaisir, le malheur du bas lui apparaĂźt telle la revanche du destin sur les vies jugĂ©es trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, InĂšs Bayard dissĂšque la vie conjugale d’une jeune femme Ă  travers le prisme du viol. Un rĂ©cit remarquablement dĂ©rangeant.

Édition brochĂ©e 18.50 € / 22 AoĂ»t 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

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Les prĂ©noms Ă©picĂšnes. AmĂ©lie Nothomb

Pour renouer le temps d’un roman avec l’écriture lapidaire et le sens de la tragĂ©die (moderne) d’AmĂ©lie Nothomb, lire « Les prĂ©noms Ă©picĂšnes »

Domi_C_lire_les_prenoms_epicenes_amelie_nothomb_albin_michel.jpgDans ce roman il y a deux de mes prĂ©noms, Dominique et Claude, l’un est Lui, l’autre est Elle. VoilĂ  ce que sont les prĂ©noms Ă©picĂšnes, ceux qui sont tant masculins que fĂ©minins 
 Ennui des parents, manque d’imagination, incertitude sur celui ou celle qui arrive et qui n’était pas celui ou celle que l’on attendait ? Toujours est-il que dans le roman d’AmĂ©lie Nothomb Claude rencontre Dominique

Claude est amoureux de sa Reine, avec elle l’amour semble une Ă©vidence depuis cinq ans, mais elle le quitte pour Ă©pouser Jean-Louis. Car avec lui la vie confortable est une Ă©vidence, pas forcĂ©ment l’amour, mais Reine est une jeune femme qui veut rĂ©ussir sa vie, enfin, au moins en apparence.

Un jour, Dominique rencontre Claude Ă  la terrasse d’un cafĂ© de province. Un verre de champagne, quelques bavardages et quelque coups de tĂ©lĂ©phone plus tard, voilĂ  Dominique et Claude mari et femme. Ils s’installent Ă  Paris. La vie passe, une fille va naitre, nommĂ©e ÉpicĂšne, en rapport avec leurs deux prĂ©noms, le succĂšs professionnel est au rendez-vous pour Claude, mais une soif de s’élever dans la sociĂ©tĂ© le taraude, il demande Ă  Dominique de se rapprocher d’une famille qui va lui permettre de rĂ©aliser ses rĂȘves de grandeur.

Dans tout ce roman se pose la question de ce que veut rĂ©ellement dire aimer, son mari, sa femme, sa fille, son pĂšre
 Et surtout comment ÉpicĂšne, cette fille qui nait de l’union de Claude et Dominique, mais que son pĂšre ne saura jamais aimer,  peut-elle se construire ? Car peut-on aimer un parent qui ne vous aime pas ? Cruelle dĂ©monstration de haine partagĂ©e, Claude n’aime pas sa fille, comme si elle n’existait tout simplement pas, sa fille se paye donc ce luxe inouĂŻ et destructeur de dĂ©tester ce pĂšre absent et tellement Ă©goĂŻste.

Ce qui est Ă©tonnant dans les romans d’AmĂ©lie Nothomb, c’est toujours qu’en si peu de mots, si peu de pages, l’essentiel du message qu’elle veut faire passer est dit. La substantifique moelle des sentiments, amour, haine, violence, dĂ©sespoir, est tirĂ©e, mise en exergue. Tout est lĂ , vengeance, amour, colĂšre, tout est ressenti au plus profond de soi, c’en est parfois glaçant ! Avec ce roman, je renoue un peu avec l’engouement que j’avais connu en lisant Stupeur et tremblement, mais qui m’avait pourtant abandonnĂ©e par la suite.

Citation :

-J’ai Ă©crit une thĂšse sur le verbe « to crave ».
-Peux-tu traduire ?
-Cela signifie « avoir un besoin éperdu de »
To crave. Eh bien, c’était le verbe de ma vie et je ne le connaissais pas. J’en ai pourtant sacrĂ©ment explorĂ© le sens.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

17.50 € / 22 AoĂ»t 2018 / 130mm x 200mm / EAN13 : 9782226437341

L’habitude des bĂȘtes. Lise Tremblay

Lise Tremblay signe avec « L’habitude des bĂȘtes » un roman sur la vie oĂč la nature prend  toute sa place dans le majestueux dĂ©cor des forĂȘts canadiennes

Domi_C_Lire_l_habitude_des_betes_lise_tremblay_delcourtAu QuĂ©bec, dans le parc national du Saguenay, Benoit LĂ©vesque passe des jours tranquilles avec son chien Dan. Depuis des annĂ©es, il a abandonnĂ© MontrĂ©al et son mĂ©tier de dentiste pour venir s’installer dans son chalet au bord du lac.

Dans sa vie d’avant, il y a son ex-femme, qui a refait sa vie et Ă  qui il ne parle plus vraiment 
 et surtout sa fille Carole, la mal aimĂ©e par des parents qui ne l’ont jamais comprise, par elle-mĂȘme qui rejette sa propre image – elle se veut plate, sans sexe apparent – soignĂ©e en psychiatrie quand il aurait certainement fallu comprendre un problĂšme d’identification, de genre et d’acceptation de soi. Il y a surtout Dan, ce chiot arrivĂ© tout Ă  fait par hasard dans son existence, mais qui se meurt aujourd’hui, Dan qui lui a prouvĂ© qu’on pouvait aimer, aimer un chien, aimer les gens autour de soi, aimer l’autre.

A la lisiĂšre du parc, dans la forĂȘt, les loups rodent, et dans ces contrĂ©es encore isolĂ©es, la loi est celle des hommes, pas celle de la justice. Aussi quand les chasseurs dĂ©cident de « faire le mĂ©nage » pour protĂ©ger leurs futurs trophĂ©es de chasses, ces orignaux blessĂ©s et abimĂ©s par les loups, la tension monte entre RĂ©mi, qui n’a jamais quittĂ© la rĂ©gion, son neveu Patrice, qui est le garde du parc national, et les chasseurs qui appartiennent aux familles puissantes du village.

Tout au long du roman le lecteur sent une menace qui pĂšse sur l’équilibre de la population. Une tension monte entre les hommes. Le lecteur perçoit cet Ă©quilibre permanent entre la vie et la mort, la maladie et la vieillesse, entre la sauvagerie et la civilisation aussi , mĂȘme si on peut se demander parfois lequel est le plus civilisĂ©…

L’apprĂ©hension de la mort, le fatalisme avec lequel elle est acceptĂ©e voire attendue par la vieille Mina est trĂšs touchante et m’a fait penser au trĂšs Ă©mouvant film La Ballade de Narayama dans lequel cette vieille femme part vers les montagnes pour attendre la mort. Les prĂ©paratifs de Mina, la façon dont elle rĂšgle les choses pour que tout soit facile pour ceux qui devront s’occuper d’elle, est exemplaire.

Finalement, malgrĂ© une lĂ©gĂšre frustration, car cette tension m’a fait attendre une catastrophe qui ne vient pas, L’habitude des bĂȘtes restera pour moi une lecture d’impressions, de moments de vie, d’échanges avec la nature, et de regards envers la mort, celle des ĂȘtres qui nous sont chers et la nĂŽtre aussi sans doute. Lise Tremblay nous dĂ©montre que dans ces territoires oĂč la nature est toute puissante il ne reste que l’essentiel, les sentiments, la vie, la mort, tout le reste est accessoire.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« J’avais Ă©tĂ© heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il Ă©tait trop tard. Je n’avais pas su ĂȘtre bon. La bontĂ© m’est venue aprĂšs, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confiĂ© Dan, un chiot. Lorsque BenoĂźt LĂ©vesque est rentré à MontrĂ©al ce jour-lĂ , il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors BenoĂźt dĂ©cide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cƓur du parc national. Lire la suite


Lise Tremblay est nĂ©e à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur gĂ©nĂ©ral. Elle a Ă©galement obtenu le Grand Prix du livre de MontrĂ©al en 2003 pour son recueil de nouvelles La HĂ©ronniĂšre (LemĂ©ac, Babel). Elle a fait paraitre trois romans au BorĂ©al : La SƓur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bĂȘtes (2017).

EAN : 9782413010265 / Parution le 22 aoĂ»t 2018 / 128 pages / 15€

Les mains dans les poches, Bernard Chenez

Quelques chapitres, quelques mots, quelques lignes pour retracer des instants, des rencontres, une vie … C’est la balade que nous propose Bernard Chenez dans « Les mains dans les poches ».

Domi_C_Lire_les_mains_dans_les_poches_bernard_chenez.jpgBernard Chenez se promÚne Les mains dans les poches et pense à son enfance, à sa vie, à son passé. Il  relate des événements posés çà et là, pas forcément de façon chronologique, mais qui semblent arriver au hasard des rencontres, des envies, des souvenirs.

Du gamin qui se lĂšve tĂŽt pour tenter de gagner quelques sous Ă  l’homme d’aujourd’hui, de l’adolescent qui dĂ©couvre l’amour sombre, romantique, clandestin, Ă  celui qui dĂ©couvre l’anarchie, la vraie, de l’étudiant sĂ©rieux Ă  celui qui manifeste, une vie dĂ©file. Heureuse parfois, nostalgique parfois, belle souvent.

Il y a les souvenirs, il y a les parents, la famille et la vie, les batailles d’indiens,  imaginaires, le bord de mer, les barricades et les rĂ©voltes, le bleu de travail que l’on porte Ă  l’usine, les chagrins et les amours. Mais il y a Ă©galement une certaine nostalgie Ă  se remĂ©morer ceux qui ne sont plus, amis, amantes, parents. Et tout au long des pages une dose de tendresse pour l’enfant ou l’adolescent que l’homme a Ă©tĂ© un jour, pour celui qui n’est plus mais qui continue Ă  vivre dans les rĂ©miniscences de ces instants de vie. Comme tout un chacun en somme, mais ici c’est joliment dit, avec une vraie poĂ©sie.

Car ce livre, qui n’est ni tout Ă  fait un roman, ni vraiment un rĂ©cit, est Ă  lire au hasard. Juste ouvrir un chapitre, vivre avec l’auteur quelques instants, se souvenir de l’enfant, de l’adolescent puis de l’homme qu’il a Ă©tĂ©, comprendre et aimer, la vie, la mort peut-ĂȘtre aussi


J’ai aimĂ© l’image de ce train que l’on prendrait Ă  l’envers, comme pour remonter le temps de la vie… mais en partant dans tous les sens Ă  la fois. Alors mĂȘme si je ne me suis jamais vraiment attachĂ©e au personnage, j’ai aimĂ© dĂ©couvrir ses souvenirs et le tĂ©moignage qu’il nous donne d’une Ă©poque qui semble parfois rĂ©volue.

Quelques citations


Ma mĂšre n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni mĂȘme Ă   la seconde de son dernier souffle

Les mÚres choisissent le moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient le premiÚre heure de leur mort.

Les pÚres ne meurent pas, ils disparaissent de la mémoire en mer, fût-elle faite de tubes de couleur et de toile.

Être anarchiste, ce n’est pas ĂȘtre adhĂ©rent d’un parti, c’est un Ă©tat d’esprit.

C’est la main qui voit, et l’Ɠil qui dessine.

💙💙💙


Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Pour percevoir Ă  nouveau l’odeur de l’encre et du plomb, pour sentir frĂ©mir le crayon sur le papier de son premier dessin, pour entendre ces rifs de guitare protestataires qui ont rythmĂ© ses combats, il fallait partir Ă  l’autre bout du monde et embrasser sa mĂ©moire
  Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poĂ©tique qui accepte et dĂ©pose enfin ses fantĂŽmes.

Paru le 16 aoĂ»t 2018 / ISBN : 978-2-35087-464-7 / Photo de couverture © Édouard Boubat/Rapho

Une immense sensation de calme. Laurine Roux

 « Une immense sensation de calme » le premier roman Ă©tonnant de Laurine Roux tient plus du conte moderne que du roman classique. Il nous emporte dans un univers proche du merveilleux oĂč la nature façonne les hommes.

Domi_C_lire_une_immense_sensation_de_calmeLes personnages Ă©voluent dans un univers glacĂ© qu’on imagine aux confins du monde, Ă  une Ă©poque qui n’est jamais situĂ©e exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une gĂ©nĂ©ration une guerre a dĂ©truit et transformĂ© le pays dans lequel ils Ă©voluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressĂ©s de taire, n’évoquant plus Ă  ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet ĂȘtre Ă©trange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entrĂ© dans sa vie. Comment aussitĂŽt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait Ă©tĂ© recueillie par une famille, aprĂšs les dĂ©cĂšs d’Ama et Apa, aprĂšs la mort de la grand-mĂšre qui l’avait Ă©levĂ©e. Ce jour-lĂ , le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacĂ©, si beau et parfois inamical.

Et peu Ă  peu, une histoire se dĂ©roule oĂč le lĂ©gendes prennent corps, oĂč apparaissent des baladins, oĂč les villageois se montrent hostiles Ă  l’inconnu, Ă  l’étranger, oĂč la mort rĂŽde et dĂ©truit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu Ă  peu se dĂ©voilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressĂ©e qui Ă©lĂšvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise Ă  l’écart de tous, devenue sorciĂšre et guĂ©risseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliĂ©es de la vie rejetĂ©s par le village, qui soigne ensuite Igor le jour oĂč la mort et le froid ont dĂ©cidĂ© de prendre sa vie si prĂ©cieuse. Des filiations se dĂ©voilent, des destins se prĂ©cisent, comme un conte, une lĂ©gende moderne dans laquelle Ă©voluent sorciĂšres, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forĂȘts et Ă©tendues glacĂ©es, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, oĂč paysages et froidure sont prĂ©pondĂ©rants, oĂč la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman Ă©tonnant car il nous fait Ă©voluer en dehors de tout cadre connu auquel se repĂ©rer
 En mĂȘme temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de libertĂ©, d’amour fou et de passion, de don de soi et de diffĂ©rence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la diffĂ©rence quelle qu’elle soit et d’égoĂŻsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien prĂ©sente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman trĂšs singulier, dĂ©couvert avec les 68 premiĂšres fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allĂ©e


💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mĂšre, une jeune fille rencontre Igor. Cet ĂȘtre sauvage et magnĂ©tique, presque animal, livre du poisson sĂ©chĂ© Ă  de vieilles femmes isolĂ©es dans la montagne, ultimes tĂ©moins d’une guerre qui, cinquante ans plus tĂŽt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses lĂ©gendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le cîtoiement permanent de la mort et de l’amour.

NĂ©e en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes oĂč elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

De l’influence de David Bowie sur la vie des jeunes filles, Jean-Michel Guenassia

David Bowie, on l’a tant aimĂ© et il nous manque tant qu’on a tous envie de comprendre
 Lire ce roman de Jean-Michel Guenassia jusqu’au bout, pour savoir !

Domi_C_Lire_de_l_influence_de_david_bowie_sur_la_vie_des_jeunes_filles_guenassia.jpgPaul Martineau a 17 ans et vit dans une famille composĂ©e de deux mĂšres, Lena, sa mĂšre biologique, et Stella, avec qui elle vit, et qui est la patronne du cabaret oĂč il se plait Ă  jouer du piano chaque soir.

Étrange trio, Ă©trange famille, dont semble amplement se satisfaire Paul, qui a trouvĂ© sa place de « lesbien » comme il se plait Ă  le dire. On le suit dans cette vie en marge, mais semble-t-il heureuse et qui lui convient. MĂȘme si les Ă©tats d’ñme et le disputes de Lena et de Stella ne sont pas toujours faciles Ă  gĂ©rer, mĂȘme si la situation n’est plus aussi simple que ce qu’elle a Ă©tĂ© toutes ces annĂ©es. Car un jour, Paul va devoir partir Ă  la rencontre de son pĂšre biologique


Ce que j’ai aimĂ© ? Ce portrait d’une Ă©poque, oĂč homoparentalitĂ©, ce un mot qui fait peur, est une rĂ©alitĂ© qui s’installe enfin dans le paysage, mais Ă©galement la question du genre soulevĂ©e avec justesse par l’auteur, et lĂ  comment ne pas penser Ă  Maria le roman d’AngĂ©lique Villeneuve.

Mais quel dommage, car si le rĂ©cit met longtemps Ă  s’installer, il met aussi bien trop longtemps Ă  se dĂ©velopper
 comme si l’auteur Ă©tait en manque d’inspiration ou avait voulu faire durer le livre un peu trop longtemps, pour tenter de nous faire aimer Paul peut-ĂȘtre ? Pour nous impliquer d’avantage dans son histoire ?
Est-ce parce que j’avais tellement aimĂ© le club des incorrigibles optimistes puis La vie rĂȘvĂ©e d’Ernesto G. que j’en attendais trop peut-ĂȘtre ?  Bon, cela ne m’empĂȘchera pas d’aller lire le prochain roman de Jean-Michel Guenassia !

💙💙💙

Du mĂȘme auteur, on peut lire Ă©galement mon avis sur La Valse des arbres et du ciel, ainsi que l’avis de JoĂ«lle du blog Les livres de JoĂ«lle.


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Moi, je me plais dissimulé dans le clair-obscur. Ou perché tout en haut, comme un équilibriste au-dessus du vide. Je refuse de choisir mon camp, je préfÚre le danger de la frontiÚre. Si un soir, vous me croisez dans le métro ou dans un bar, vous allez obligatoirement me dévisager, avec embarras, probablement cela vous troublera, et LA question viendra vous tarauder : est-ce un homme ou une femme ? Et vous ne pourrez pas y répondre. »

De l’influence de David Bowie sur la destinĂ©e des jeunes filles nous fait partager l’histoire improbable, drĂŽle et tendre, d’une famille joliment dĂ©glinguĂ©e dont Paul est le hĂ©ros peu ordinaire. Paul qui, malgrĂ© ses allures de filles, aime exclusivement les femmes. Paul, qui a deux mĂšres et n’a jamais connu son pĂšre. Paul, que le hasard de sa naissance va mener sur la route d’un cĂ©lĂšbre androgyne : David Bowie.
Fantaisiste et gĂ©nĂ©reux, le nouveau roman de Jean-Michel Guenassia, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes, nous dĂ©tourne avec grĂące des chemins tout tracĂ©s pour nous faire goĂ»ter aux charmes de l’incertitude.

Édition brochĂ©e 20.00 € / 23 AoĂ»t 2017 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226399137

L’homme de Grand Soleil. Jacques Gaubil

Et s’il fallait atteindre le grand nord pour retrouver l’Homme des origines, celui qui rĂ©side en chacun de nous ? L’homme de Grand Soleil, un joli premier roman de Jacques Gaubil

Domi_C_Lire_l_homme_de_grand_soleil_jacques_gaubil_premier_romanInstallĂ© au Canada depuis quelques annĂ©es, ce mĂ©decin a acceptĂ© d’aller une fois par mois soigner les habitants du village de Grand Soleil, tout en haut du QuĂ©bec, Ă  quelques heures d’avion et de voiture de MontrĂ©al, lĂ  oĂč il fait toujours si froid. Car on le comprend vite, tout au long de ces pages il fait vraiment frette comme on dit chez nos cousins, mais la chaleur est dans les mots, dans les gestes, les amitiĂ©s, les Ă©changes de ces hommes entre eux.
A Grand Soleil, les maisons et les hommes occupent tout l’espace, et de l’espace il y en a ! Tous sont plutĂŽt ĂągĂ©s, pas moins de soixante ans, et plutĂŽt portĂ©s sur cet alcool qui rĂ©chauffe et que l’on peut distiller tout Ă  loisir. De petits malheurs en grosses cirrhoses, il y a peu de choses Ă  soigner, mais il faut beaucoup Ă©couter, porter les mĂ©dicaments, ĂȘtre l’oreille et le soutien attentif des villageois.

Mais Ă  Grand Soleil il y a aussi une jeune femme, pas ben belle c’est sĂ»r, mais qui est trĂšs Ă©tonnante, par son langage chĂątiĂ© trĂšs vieille France. Son Ă©rudition littĂ©raire n’en finit pas de sĂ©duire et d’étonner notre bon docteur. Elle l’appelle un jour pour lui demander de soigner ClĂ©ophas, ce gĂ©ant mutique et solitaire qui vit chez elle et semble aller trĂšs mal. LĂ , en plus de ce patient peu ordinaire, il dĂ©couvre une immense bibliothĂšque et surtout un livre ancien aux riches enluminures, un de ces livres qui plairaient tant Ă  son ami spĂ©cialiste d’incunables.

De contrĂŽles en examens mĂ©dicaux, le bon docteur Leboucher n’est pas au bout de ses surprises. Surtout lorsque  se pose la question de la persistance d’un sang proche de Neandertal coulant dans les veines de ClĂ©ophas. Mais ces deux trouvailles aussi extraordinaires l’une que l’autre ne peuvent-elles pas perturber l’équilibre de Grand Soleil ? Ne sont-elles pas  avant tout deux trĂ©sors inestimables Ă  protĂ©ger et Ă  garder secrets


L’auteur nous fait naviguer d’une ville urbanisĂ©e et contemporaine Ă  un espace quasiment vierge de toute civilisation – la preuve en Ă©tant la pĂ©rennitĂ© en ces terres d’un spĂ©cimen issu de nĂ©anderthalien ! – comme une Ă©vidence face Ă  nos vies si polluĂ©es par les technologies, la science, tout ce qui va trop vite et nous fait oublier l’essentiel : l’humain qui rĂ©side au plus profond de chacun d’entre nous. Et s’il fallait poser nos smartphones, nos tĂ©lĂ©s, nos voitures, pour nous retrouver face Ă  nous-mĂȘme et Ă  nos semblables, pour enfin nous parler vraiment ? Un joli premier roman portĂ© par une belle Ă©criture, ponctuĂ©e de rĂ©fĂ©rences littĂ©raires et philosophiques jamais lourdes ni envahissantes.  J’y vois Ă  la fois une critique acerbe de nos civilisations qui oublient l’Homme qui vit en nous et prĂšs de nous, et un appel Ă  nous recentrer sur l’essentiel.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Paul & Mike

Un mĂ©decin de MontrĂ©al se rend tous les mois Ă  Grand Soleil, un village perdu dans le QuĂ©bec arctique. Docteur de l’ñme autant que du corps, il y rencontre ClĂ©ophas, un patient particulier. ConservĂ© par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l’homme de Grand Soleil a vĂ©cu cachĂ©, il n’a rien Ă©crit, rien accompli de notable et personne ne le connaĂźt. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du mĂ©decin, tĂ©moin d’un monde qui se dĂ©lite.

Avec une plume intelligente, incisive et souvent drĂŽle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un rĂ©cit bienveillant et chaleureux.

ISBN : 9782366511079 / 248 pages / Format 133 x 203 / 16.00€