Mon temps libre. Samy Langeraert

Dans les villes de grande solitude
. Avec Mon temps libre, Samy Langeraert nous invite à Berlin à la suite d’une rupture amoureuse

DĂ©sormais seul, le narrateur part une annĂ©e Ă  Berlin, persuadĂ© que cette ville qu’il connait dĂ©jĂ  accueillera sa solitude avec plus de bienveillance qu’aucune autre. LĂ , le temps s’étire doucement, entre deux mondes, entre deux saisons
 Rien ne se passe ou presque, la prĂ©sence de M est toujours prĂ©gnante, puis de plus en plus Ă©vanescente. Il est temps de rentrer Ă  Paris.. pour se retrouver, pour savoir qui l’on est, pour revivre ?

Le narrateur se laisse porter au grĂ© de ses absences, de ses chagrins, de ses souvenirs, sans avoir rĂ©ellement envie de vivre autre chose. Et sous ses yeux, dans ses rĂȘveries de solitaire, on dĂ©couvre Berlin autrement, pas le Berlin vivant, crĂ©atif, artistique, mais bien l’autre ville, celle que l’on ne voit pas, que l’on devine Ă  peine.

Mon temps libre de Samy Langeraert est un roman sur la disparition des sentiments, sur l’impression de vide, l’absence, qui font qu’il suffit de presque rien pour basculer dans le vide sidĂ©ral d’une vie sans but
 S’effacer, enter en marginalitĂ©, est Ă  la portĂ©e de chacun de nous finalement, si l’on ne se ressaisit pas, si l’on se laisser porter par le chagrin, l’absence, l’incomprĂ©hension.

Ce court roman est Ă©galement une rĂ©flexion intime sur la solitude, ce qu’elle apporte, et surtout Ă  quel point il est facile de s’isoler des autres, du monde, et de basculer dans l’oubli, pour soi et pour les autres
Comment du jour au lendemain on peut ne plus ĂȘtre personne.

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Verdier

Mon temps n’a rien Ă  voir avec ce temps qui passe Ă  l’extĂ©rieur. C’est un temps ralenti, engourdi, un temps un peu malade que j’émiette et qui tombe comme une neige lente, poudreuse.

À l’issue d’une rupture amoureuse, le narrateur de Mon temps libre quitte Paris pour s’installer Ă  Berlin, une ville qu’il connaĂźt dĂ©jĂ  pour y avoir passĂ© un hiver fantomatique. Ainsi s’ouvrent les quatre saisons d’une vacance, d’un temps libĂ©rĂ© des contraintes mondaines et qui aiguise la perception du monde.

Le jeune homme fait l’expĂ©rience d’une Ă©trangetĂ© et d’une solitude radicales, qui est aussi celle d’un entre-deux-langues.

Berlin nous apparaĂźt ainsi sous un jour inĂ©dit. Loin des clichĂ©s contemporains d’une ville crĂ©ative et frĂ©nĂ©tique – qui surgissent parfois en nĂ©gatif et comme toujours vus Ă  distance –, cette odyssĂ©e en mineur nous confronte Ă  sa mĂ©tĂ©orologie, sa flore et sa faune, Ă  ses lieux pĂ©riphĂ©riques, Ă  ses rebuts et ses personnages secondaires.

Roman / 96 p./ 12,50 € / ISBN : 978-2-37856-007-2 / Parution : janvier 2019

Publicités

Deux stations avant Concorde. Peire Aussane

Dans « Deux stations avant Concorde » Peire Aussane  Ă©voque les questionnements du couple, l’amour, la fidĂ©litĂ©, ces belles promesses que l’on a envie de tenir, et la nĂ©cessitĂ© de se dĂ©livrer des entraves du passĂ© pour mieux vivre son avenir.

Eve est artiste peintre, elle semble porter le poids de blessures intimes anciennes et se cherche chaque jour dans sa peinture et dans sa vie de mĂšre de famille, d’épouse, de femme. Antoine, son mari est un nez, il hume, dĂ©tecte, crĂ©e, assemble ces parfums qui nous enivrent. Mais le train-train, les enfants, et une certaine instabilitĂ© font que la vie d’Eve n’est pas aussi heureuse ni sereine qu’elle le souhaite.

Lorsque Antoine, part quelques jours en Russie pour son travail, Eve court se ressourcer auprĂšs de ses parents Ă  Paris. Les enfants sont pris en charge par leur grands-parents, Eve jouit du bonheur de parcourir la capitale en toute libertĂ©, quand deux stations avant Concorde, elle croise le regard d‘un homme, et ce regard l’électrise, la transporte, rĂ©veille ses sens et ses envies.

De pĂ©ripĂ©tie en coup de tĂȘte, Eve va se retrouver Ă  Tokyo, lĂ  oĂč semble habiter cet homme, lĂ  oĂč sa grand-mĂšre est partie aprĂšs son divorce, lĂ  oĂč semble-t-il les amants se retrouvent, se dĂ©couvrent, se transportent. ArrivĂ©e lĂ , Eve va donc suivre les traces improbables non de cet inconnu du mĂ©tro, mais bien de sa grand-mĂšre et de la vie qu’elle a vĂ©cue lĂ -bas.

Un roman qui nous parle d’amour et de la complexitĂ© des relations, de la vie Ă  deux, de la difficultĂ© Ă  maintenir les liens amoureux. De la difficultĂ© sans doute aussi de se rĂ©aliser en tant que femme
 et de la peur de la rupture, la prise de conscience de l’amour, du couple, de sa soliditĂ© et sa fragilitĂ©, du bonheur de crĂ©er et de maintenir la cohĂ©sion d’une famille. Une bonne connaissance du Japon nous entraine vers des paysages et une ambiance exotique Ă  souhait et plutĂŽt poĂ©tique. MĂȘme si les situations paraissent pour le moins incohĂ©rentes, Deux stations avant Concorde est un roman qui se laisse lire agrĂ©ablement.

💙💙💙

Catalogue éditeur : Michalon

« Le mouvement des passagers dans le wagon m’oblige Ă  le frĂŽler pour sortir de la rame. J’avance sans rĂ©flĂ©chir. Rien d’autre que l’intensitĂ© de ce face-Ă -face encore vivant ne peut s’infiltrer jusqu’Ă  mon cerveau. Je m’en remets au rythme de mes pas qui m’Ă©loignent de lui. J’Ă©coute cette musique pour Ă©viter de penser.
Cette musique est celle de ma survie, ou de ma plus belle erreur. »

PoussĂ©e par le mystĂšre d’une rencontre improbable et enchanteresse dans le mĂ©tro parisien, une jeune femme s’envole pour le Japon, laissant pour un temps son compagnon et leurs enfants.
Seule au cƓur de Tokyo, ses pas la conduiront malgrĂ© elle vers le passĂ©, rĂ©veillant une mĂ©moire restĂ©e trop longtemps silencieuse.
Sensuel, insondable, le roman d’un retour Ă  la vie et du souffle retrouvĂ©.

Peire Aussane vit Ă  Paris. Deux stations avant Concorde est son premier roman.

BrochĂ© – format : 13 x 20 cm /  ISBN : 978-2-84186-894-0 / 30 aoĂ»t 2018 / 192 pages

Juste un peu de temps. Caroline Boudet

Et si avec son « Juste un peu de temps » Caroline Boudet avait voulu nous dire que la femme parfaite ne peut pas exister ?

Elle, s’est Sophie, femme, mĂšre, Ă©pouse, parfaite
Enfin, presque, car un jour, elle craque, ne dit rien Ă  personne, quitte tout et part. Oh, pas bien loin, pas bien longtemps, juste prendre un train qui l’emmĂšnera de Nantes Ă  Saint Malo.  Car comme de nombreuses mĂšres avant et aprĂšs elle, Sophie croule sous les tĂąches mĂ©nagĂšres, sous les cĂąlins aux enfants, les rendez-vous mĂ©dicaux, les sorties d’école, les poubelles Ă  sortir, la cuisine, les courses en ligne… Sous tout ce quotidien qui vous pourri et vous envahi peu Ă  peu mais si surement que l’on s’y laisse submerger sans voir venir la vague qui va vous engloutir, vous faire oublier qui vous ĂȘtes, vos envies, vos aspirations les plus profondes les plus intimes, les plus basiques mĂȘme. Par exemple, passer un instant seule dans son bain, c’était quand dĂ©jĂ  la derniĂšre fois ? À quel millĂ©naire ?

Un jour, Sophie prend le train et s’évade, un aprĂšs-midi pour elle, puis quelques heures de plus, une nuit, un jour, Ă  enfin se retrouver


Dans ce roman choral, Sophie, ses amies, LoĂŻc son mari prennent la parole Ă  tour de rĂŽle.

Ce que j’ai aimé ? Y retrouver toutes les femmes, celle que je suis, celles que vous ĂȘtes, celles que nous avons cĂŽtoyĂ© dans notre vie, toutes les femmes que l’on oublie de regarder, de laisser vivre, celles qui doivent ĂȘtre parfaites. En tout cas c’est ce que la sociĂ©tĂ©, la famille, et la femme elle-mĂȘme attend d’elle. Qu’elle soit parfaite, que tout soit bien planifiĂ© et rĂ©alisĂ©, que la vie de famille se dĂ©roule comme dans un film aux couleurs sucrĂ©es et douces, que le mari soit comblĂ©, lui qui participe aux tĂąches quotidiennes, enfin, un peu, si peu, surtout quand on le lui demande – mais pourquoi seulement quand on le lui demande, et pas forcĂ©ment de sa propre initiative – que tout aille bien au bureau, que l’on n’évoque pas ses petits soucis, etc. Merci Ă  celles qui rĂ©ussissent Ă  ĂȘtre ces WonderWoman pour tout ce bonheur distribuĂ© autour d’elles, mais Ă  quel prix ? Alors, oui, on y retrouve toutes ces femmes-lĂ  et mĂȘme si les personnages principaux en particulier sont un peu trop idĂ©alisĂ©s, un peu trop ex-bobos parisiens, leurs rĂ©actions un peu trop attendues, voilĂ  une lecture qui fait du bien.

Parce que finalement, mai 68 et la libĂ©ration de la femme, l’égalitĂ© des sexes et tout et tout, c’est bien beau, mais pour le partage des charges familiales et du reste, lĂ  on est encore en plein moyen Ăąge dans la plupart des foyers, non ?

💙💙💙

Caroline Boudet lors de la soirée des 68 premiÚres fois, avec Sophie de Baere

Lire également les avis de Joëlle du blog les livres de Joelle ou de Sy Dola du blog QuandSylit

Catalogue Ă©diteur : Stock

« La charge mentale. La foutue charge mentale. Qui ressemble de plus en plus Ă  une charge explosive qu’elle ferait volontiers sauter
 Quelque chose a claquĂ© en elle. Sophie ne voulait pas rentrer, ne pouvait pas. Elle ne voulait plus de cette vie-lĂ . Ses pieds n’avaient tout simplement pas pu prendre le chemin de la gare, ses doigts avaient d’eux-mĂȘmes Ă©teint son portable, et son instinct maternel — je suis indispensable, je suis coupable, ils ne sont rien sans moi — s’est mis en mode silencieux pour la premiĂšre fois depuis sept ans.
Un silence absolument, pleinement, intensément reposant. » Lire la suite

270 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234085855 / Prix : 19.00 € / Parution : 02/05/2018

Le chien rouge, Philippe SĂ©gur

Quand la crise de la cinquantaine vous rattrape
 avec Le chien rouge, Philippe Ségur propose une critique acerbe et sans concession de la société (de consommation) dans laquelle nous vivons.

Le chien rouge, c’est Peter Seurg, un homme qui a suivi les chemins qu’on a tracĂ©s pour lui, afin de  plaire Ă  ses parents, Ă  ce que la sociĂ©tĂ© attend de lui. Professeur d’universitĂ© reconnu et apprĂ©ciĂ©, tant par ses pairs que par ses Ă©tudiants, Ă©crivain, pĂšre de famille, quand son rĂȘve aurait Ă©tĂ© d’ĂȘtre un artiste. Mais enfin, la vie d’artiste, ce n’est pas un avenir honorable, et puis, les artistes meurent tous jeunes, on le sait bien ! En tout cas c’est ce que sa mĂšre lui rĂ©pĂšte depuis toujours.

Dans sa maison perdue dans les PyrĂ©nĂ©es, avec cette jeune femme qui partage dĂ©sormais sa vie, Peter essaie de se conformer Ă  l’image que l’on attend de lui. Jusqu’au moment oĂč cette sociĂ©tĂ© et ses rĂšgles lui pĂšsent tant qu’il dĂ©cide de se libĂ©rer de tout, de s’affranchir de toutes les contraintes, sociales et politiques entre autre, de ces dictats que la sociĂ©tĂ© de consommation nous a imposĂ© peu Ă  peu, et auxquels nous nous laissons prendre. Meubles, objets, souvenirs, relations, tout est jetĂ©, expulsĂ©, brulĂ©. Et Peter va dĂ©sormais brĂ»ler sa vie par tous les bouts, tous les extrĂȘmes, pour Ă©crire et se rĂ©aliser enfin.

Mais se lĂącher, se donner Ă  fond dans la crĂ©ation, dans l’excĂšs, tout abandonner pour Ă©crire, boire, prendre drogues et psychotropes, est-ce la solution ? Est-ce rĂ©ellement lĂ  que se trouve son idĂ©al de vie ? Et s’il fallait fuir le monde dans lequel nous vivons pour se connaitre enfin, au risque de se perdre Ă  jamais.

Nous suivons cet homme, d’abord dĂ©crit par son voisin, qui l’a regardĂ© vivre de loin, puis par son manuscrit, nous dĂ©couvrons son cheminement intĂ©rieur, sa libĂ©ration, et son emprisonnement aussi, dans cette camisole chimique qu’il s’impose, puis qu’il subit, et dont enfin il se libĂšre. Un roman Ă©trange et assez envoutant dans ce qu’il nous place face Ă  certaines de nos interrogations sur qu’avons-nous fait de nos vies, Ă©tait-ce lĂ  rĂ©ellement notre idĂ©al, et si nous pouvions recommencer, etc


💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

PoussĂ© Ă  bout par son mĂ©tier et ses contemporains, Peter Seurg, qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit, pĂšte un cĂąble et craque. Le corps mĂ©dical, qu’il consulte avec rĂ©ticence, lui prescrit un formidable cocktail d’antidĂ©presseurs, de somnifĂšres et d’anxiolytiques. En quelques semaines, la personnalitĂ© de notre hĂ©ros se modifie : il rompt avec son amie Neith, rejette sa vie bourgeoise et part s’installer dans les bois,seul dans sa tour d’ivoire.

AprĂšs plusieurs mois de ce rĂ©gime, Peter, miraculeusement dĂ©grisĂ©, se rĂ©veille et dĂ©couvre que son amour pour Neith est toujours intact. Elle, par contre, ne veut plus entendre parler de leur vie commune. Revenu Ă  lui dans un environnement personnel dĂ©vastĂ©, Peter se trouve alors confrontĂ© Ă  une sĂ©rie de questions dĂ©cisives…

Critique sans concession de notre sociĂ©tĂ©, Le Chien rouge dresse le portrait psychologique d’un homme Ă©pris d’idĂ©al et victime de sa propre rĂ©volte. Roman de la maturitĂ©, hommage Ă  l’art et la littĂ©rature, constat politique accablant, ce nouvel opus de Philippe SĂ©gur est l’un des plus forts et des plus beaux qu’il ait Ă©crit.

Date de parution : 23/08/2018 / Format : 14 x 20,5 cm, 240 p. / Prix : 17,00 EUR € / ISBN 9782283031308

La guĂ©rilla des animaux. Camille Brunel

Quand la cause animale, la catastrophe annoncĂ©e et le militantisme salvateur excusent tous les dĂ©rapages. Et si le pire ennemi de l’homme Ă©tait tout simplement l’Homme
 ?

Dans un futur plus ou moins proche mais trĂšs sombre et absolument dĂ©testable, Isaac Obermann le parisien et Yumiko la japonaise, tous deux acquis Ă  la cause animale, sont des extrĂ©mistes qui Ɠuvrent pour la sauvegarde et le bonheur des animaux. Car il faut le dire, pour le bien-ĂȘtre et la libertĂ© des bĂȘtes, Isaac est capable de tuer de sang-froid des braconniers, des chasseurs, homme ou femme, qu’il poursuit jusque dans la jungle. Mais aussi d’assaillir un baleinier et de tuer tout l’équipage sans aucun remord. Isaac parcourt le monde pour sauver les animaux, leur rendre cette libertĂ© dont les hommes les ont privĂ©s.

Dans ce futur-lĂ , les hommes tuent et massacrent sans aucune retenue ni pitiĂ©. Alors Isaac sera le combattant de l’ombre, celui dont on connait pourtant partout les faits d’arme, en conflit avec son pĂšre, avec la planĂšte entiĂšre, incompris de tous.

Il y a beaucoup de violence, de morts, derriĂšre les pas de ce justicier qui part aux quatre coins de la terre sauver ce qui peut l’ĂȘtre ou massacrer ce qui doit l’ĂȘtre, pour l’exemple… J’ai eu beaucoup de mal Ă  rentrer dans ce roman, cette dystopie qui pourtant Ă©veille nos consciences, mettant en exergue cette suprĂ©matie de l’homme sur l’animal et la violence que cela induit


Autant j’avais apprĂ©ciĂ© le roman de Vincent message, DĂ©faite des maitres et possesseurs, qui avait une façon trĂšs imagĂ©e d’anticiper un avenir provoquĂ© par trop de violence envers les animaux, autant ici la dĂ©mesure de la violence m’a semblĂ© tellement monstrueuse qu’elle en devenait souvent factice, surtout dans la deuxiĂšme partie il me semble 


Pourtant, j’avoue que l’auteur ose, bouscule, dĂ©range, et peut-ĂȘtre est-ce aussi ce qui est intĂ©ressant dans ce roman, car comment faire changer les consciences, comment modifier les habitudes si chacun reste dans sa zone de confort persuadĂ© que ce n’est pas de sa faute, mais bien celle des autres ? J’ai reçu ce premier roman grĂące aux 68, et avouons-le, c’est malgrĂ© tout ce genre d’écrits qui permet d’ouvrir un peu nos yeux et de se dire que oui, il faut protĂ©ger et sauver ce qui peut encore l’ĂȘtre
 pas sĂ»re au fond que cette violence-lĂ  soit indispensable
mais qui sait !

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Alma Ă©diteur

Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui dĂ©marre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire Ă  vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prĂȘte Ă  accoucher.
La colĂšre d’Isaac est froide, ses idĂ©es argumentĂ©es. Un profil idĂ©al aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icĂŽne mondiale sponsorisĂ©e par Hollywood. BientĂŽt accompagnĂ© de Yumiko, son alter-ego fĂ©minin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

18 € / 280 pages / Date de parution : 16 aoĂ»t 2018 / ISBN : 978-2-36279-285-4

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans. Marie-Fleur Albecker

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker, une histoire de gens ordinaires, du besoin vital de justice, de libertĂ©, d’égalitĂ© entre Hommes
 Car on est encore loin de l’égalitĂ© hommes-femmes.

DOMI_C_Lire_et_j_abattrai_l_arrogance_des_tyransAux Forges de Vulcain est dĂ©cidĂ©ment une maison d’éditions qui nous surprend avec ses auteurs et ses dĂ©couvertes. Voici un premier roman qui n’a rien du roman historique classique, pourtant nous voilĂ  embarquĂ©s par le ton et la narration de Marie-Fleur Albecker.

1381 en Angleterre, la grande peste et la guerre de cent ans ruinent le pays, les paysans vont devoir payer un nouvel impĂŽt. Alors la rage Ă©clate, car Ă©crasĂ©s de taxes et d’impĂŽts divers ils arrivent tout juste Ă  survivre. La rĂ©volte Ă©clate, serfs, paysans, par milliers de pauvres Ăšres quittent leurs rĂ©gions de l’Essex et du Kent armĂ©s de haches et de gourdins Ă  l’assaut de Londres et de la garde du Roi Richard – le deuxiĂšme du nom, un roi Ă  peine ĂągĂ© de quatorze ans – pour demander l’annulation de la loi scĂ©lĂ©rate.

Dans cette foule, il y a aussi des hommes plus instruits qui mĂšnent les troupes, mais Ă©galement Johanna Ferrour. Une jeune femme d’à peine trente ans, mariĂ©e Ă  un homme plus ĂągĂ©, avec qui elle vit une relation qui, si elle n’est pas d’amour et de folie douce, est pour le moins harmonieuse. Mais Johanna dĂ©cide de se battre aux cĂŽtĂ©s des gueux avec son Ă©poux William, pour demander justice et rĂ©paration pour ces inĂ©galitĂ©s, pour ces affronts endurĂ©s par des gĂ©nĂ©rations de paysans dociles et exploitĂ©s. Elle part cheveux aux vents quand toute femme qui se respecte porte un foulard sur la tĂȘte, reste au foyer et ne demande ni ne prend surtout pas la parole
 La suite on s’en doute sera Ă©pique et combative


Ce que j’ai aimé dans ce roman si atypique ? Sans doute ce qui m’a au dĂ©part le plus dĂ©routĂ©e, ce langage si moderne qu’on oublie forcĂ©ment qu’il s’agit de la narration d’un fait historique. L’auteur nous entraine dans le prĂ©sent, dans ses rĂ©fĂ©rences, son langage, son argot aussi et ses situations. Sa façon de faire parler ses personnages, en donnant Ă  leur action une brulante actualitĂ©, langage de banlieue, de voyous, de justiciers ou de paysans du Moyen Age, chacun d’eux ne cherche qu’à obtenir justice avec un grand J. Justice qui ne leur est bien Ă©videment pas rendue, car l’inĂ©galitĂ© est criante face aux nobles, aux propriĂ©taires, au Roi bien sĂ»r, Ă  qui l’on n’ose pas s’adresser puisqu’il est Roi de droit divin. Mais aprĂšs tout ce n’est qu’un homme, et ici un tout jeune homme, Ă  peine un adolescent.

Et puis il y a Johanna, qui veut conquĂ©rir sa place parmi les hommes, ceux qui la dĂ©daignent ou voudraient bien l’utiliser, car Ă  quoi servent les femmes dans un combat si ce n’est au repos du guerrier, elles sont filles de petite vertu ou pute, mais certainement pas femme honnĂȘte et soldat. Combat absolument actuel et permanent pour assoir la place des femmes, qui du moyen Ăąge Ă  aujourd’hui doivent lutter pour exister, avoir le droit Ă  la parole, Ă  l’égalitĂ©.

Cette lecture, enfin non, cette Ă©criture, m’a par ailleurs fait penser Ă  un style d’écriture que j’avais dĂ©couvert avec le roman de Sylvain Pathieu, dans la sĂ©lection du Prix Orange du Livre 2016, Et que celui qui a soif, vienne. Je pense que c’était ma premiĂšre expĂ©rience d’intrusion, dans un texte qui relate un fait historique, de pensĂ©es et questionnements qui appartiennent au vĂ©cu et au quotidien de l’auteur, contemporains de l’Ă©criture et non de la narration. Mais c’est rĂ©alisĂ© de façon beaucoup plus prĂ©pondĂ©rante ici, et je n’ai pas toujours rĂ©ussi Ă  m’y faire. J’avoue avec Ă©tĂ© parfois  perdue dans les digressions, nombreuses. Pourtant, si le ton est actuel, humoristique parfois et moderne avant tout, la situation est parfaitement maitrisĂ©e par l’auteur. Marie-Fleur Albecker s’appuie sur des connaissances prĂ©cises et Ă©tayĂ©es pour nous conter un Ă©pisode sanglant de l’Histoire d’Angleterre mais qui, hĂ©las pour eux, n’aura bien Ă©videment pas rĂ©ussi aux rĂ©voltĂ©s, puisque aucun servage n’a Ă©tĂ© aboli Ă  cette Ă©poque …

Enfin, l’analyse de la rĂ©volte, de son amplitude, puis de son dĂ©clin m’a fait penser aux rĂ©volutions des derniĂšres dĂ©cennies : comment des foules peuvent s’emballer, se rĂ©volter, partir au combat, puis comment tout cela va s’éteindre sans aucun rĂ©sultat, ou si peu Ă©tabli que tout se dĂ©lite rapidement. IntĂ©ressante analyse mais qui est il me semble un peu  noyĂ©e sous ces digressions contemporaines.

Dans tous les cas, voici donc une Ă©tonnante et assez unique expĂ©rience de lecture ! A conseiller en particulier Ă  vous que le roman historique rebute mais qui aimez ĂȘtre surpris par l’écriture.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruinĂ© le royaume d’Angleterre. Quand le roi dĂ©cide d’augmenter les impĂŽts, les paysans se rebellent. Parmi les hĂ©ros de cette premiĂšre rĂ©volte occidentale : John Wyclif, prĂ©curseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prĂȘtre vagabond qui prĂŽne l’Ă©galitĂ© des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athĂ©e, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’Ă©galitĂ©, il serait bon de parler d’Ă©galitĂ© homme-femme…

Date de parution : 24/08/2018 / EAN : 9782373050424 / Nombre de page : 250

Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le rĂ©gime de Vichy, vers une terre promise en AmĂ©rique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraĂźne dans les mĂ©andres de l’Histoire… AprĂšs avoir brillamment contĂ© l’aventure du Constellation – la traversĂ©e du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec Ă  son bord des familles rejetĂ©es par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, rĂ©publicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait Ă©tait tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces gĂ©ants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se cĂŽtoyer AndrĂ© Breton le surrĂ©aliste et Claude LĂ©vi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poĂštes, Ă©crivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le rĂ©gime nazi n’en voulait pas, la France non plus


Leur pĂ©riple va durer plusieurs semaines, Ă©galement rejetĂ©s par les pays oĂč ils vont accoster, cantonnĂ©s sur le bateau ou dans des hĂŽtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne lĂ©proserie de Pointe-Ă -Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec AimĂ© CĂ©saire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanitĂ© aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zĂ©lĂ©s veuillent bien les laisser soit dĂ©barquer, soit repartir vers l’AmĂ©rique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces dĂ©sespĂ©rĂ©s de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitaliĂšres. OĂč l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontiĂšres, le racisme qui gangrĂšne jusqu’aux cĂŽtes des iles des caraĂŻbes, lĂ  oĂč pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrĂŽlent, inspectent, condamnent au nom d’un Ă©tat qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanitĂ© Ă  ces passagers ballottĂ©s par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraĂźne dans les mĂ©andres de l’Histoire Ă  travers ce qu’ont vĂ©cu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaĂźtre sans nous submerger sous des tonnes d’informations en rĂ©ussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

OĂč que nous regardions, l’ombre gagne
 pourtant nous sommes de ceux qui disent non Ă  l’ombre. Nous savons que le salut du monde dĂ©pend de nous aussi

Tropiques, Aimé Césaire

💙💙💙


Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec Ă  son bord les rĂ©prouvĂ©s de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrĂ©s de l’Est et rĂ©publicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les Ă©crivains surrĂ©alistes et artistes dĂ©cadents, les savants et affairistes. Temps du roman oĂč l’on croise le long des cĂŽtes de la MĂ©diterranĂ©e, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, AndrĂ© Breton et Claude LĂ©vi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses rĂ©volutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisĂ©es, jetĂ©s lĂ  par les alĂ©as de l’agonie et du hasard, de l’ombre Ă  la lumiĂšre. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi Ă  notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille Ă  l’instant d’un pĂ©ril.

Adrien Bosc est nĂ© en 1986 Ă  Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’AcadĂ©mie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des Ă©ditions du sous-sol, il est par ailleurs Ă©diteur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €