La guĂ©rilla des animaux. Camille Brunel

Quand la cause animale, la catastrophe annoncĂ©e et le militantisme salvateur excusent tous les dĂ©rapages. Et si le pire ennemi de l’homme Ă©tait tout simplement l’Homme
 ?

Dans un futur plus ou moins proche mais trĂšs sombre et absolument dĂ©testable, Isaac Obermann le parisien et Yumiko la japonaise, tous deux acquis Ă  la cause animale, sont des extrĂ©mistes qui Ɠuvrent pour la sauvegarde et le bonheur des animaux. Car il faut le dire, pour le bien-ĂȘtre et la libertĂ© des bĂȘtes, Isaac est capable de tuer de sang-froid des braconniers, des chasseurs, homme ou femme, qu’il poursuit jusque dans la jungle. Mais aussi d’assaillir un baleinier et de tuer tout l’équipage sans aucun remord. Isaac parcourt le monde pour sauver les animaux, leur rendre cette libertĂ© dont les hommes les ont privĂ©s.

Dans ce futur-lĂ , les hommes tuent et massacrent sans aucune retenue ni pitiĂ©. Alors Isaac sera le combattant de l’ombre, celui dont on connait pourtant partout les faits d’arme, en conflit avec son pĂšre, avec la planĂšte entiĂšre, incompris de tous.

Il y a beaucoup de violence, de morts, derriĂšre les pas de ce justicier qui part aux quatre coins de la terre sauver ce qui peut l’ĂȘtre ou massacrer ce qui doit l’ĂȘtre, pour l’exemple… J’ai eu beaucoup de mal Ă  rentrer dans ce roman, cette dystopie qui pourtant Ă©veille nos consciences, mettant en exergue cette suprĂ©matie de l’homme sur l’animal et la violence que cela induit


Autant j’avais apprĂ©ciĂ© le roman de Vincent message, DĂ©faite des maitres et possesseurs, qui avait une façon trĂšs imagĂ©e d’anticiper un avenir provoquĂ© par trop de violence envers les animaux, autant ici la dĂ©mesure de la violence m’a semblĂ© tellement monstrueuse qu’elle en devenait souvent factice, surtout dans la deuxiĂšme partie il me semble 


Pourtant, j’avoue que l’auteur ose, bouscule, dĂ©range, et peut-ĂȘtre est-ce aussi ce qui est intĂ©ressant dans ce roman, car comment faire changer les consciences, comment modifier les habitudes si chacun reste dans sa zone de confort persuadĂ© que ce n’est pas de sa faute, mais bien celle des autres ? J’ai reçu ce premier roman grĂące aux 68, et avouons-le, c’est malgrĂ© tout ce genre d’écrits qui permet d’ouvrir un peu nos yeux et de se dire que oui, il faut protĂ©ger et sauver ce qui peut encore l’ĂȘtre
 pas sĂ»re au fond que cette violence-lĂ  soit indispensable
mais qui sait !

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Alma Ă©diteur

Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui dĂ©marre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire Ă  vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prĂȘte Ă  accoucher.
La colĂšre d’Isaac est froide, ses idĂ©es argumentĂ©es. Un profil idĂ©al aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icĂŽne mondiale sponsorisĂ©e par Hollywood. BientĂŽt accompagnĂ© de Yumiko, son alter-ego fĂ©minin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

18 € / 280 pages / Date de parution : 16 aoĂ»t 2018 / ISBN : 978-2-36279-285-4

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Et j’abattrai l’arrogance des tyrans. Marie-Fleur Albecker

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker, une histoire de gens ordinaires, du besoin vital de justice, de libertĂ©, d’égalitĂ© entre Hommes
 Car on est encore loin de l’égalitĂ© hommes-femmes.

DOMI_C_Lire_et_j_abattrai_l_arrogance_des_tyransAux Forges de Vulcain est dĂ©cidĂ©ment une maison d’éditions qui nous surprend avec ses auteurs et ses dĂ©couvertes. Voici un premier roman qui n’a rien du roman historique classique, pourtant nous voilĂ  embarquĂ©s par le ton et la narration de Marie-Fleur Albecker.

1381 en Angleterre, la grande peste et la guerre de cent ans ruinent le pays, les paysans vont devoir payer un nouvel impĂŽt. Alors la rage Ă©clate, car Ă©crasĂ©s de taxes et d’impĂŽts divers ils arrivent tout juste Ă  survivre. La rĂ©volte Ă©clate, serfs, paysans, par milliers de pauvres Ăšres quittent leurs rĂ©gions de l’Essex et du Kent armĂ©s de haches et de gourdins Ă  l’assaut de Londres et de la garde du Roi Richard – le deuxiĂšme du nom, un roi Ă  peine ĂągĂ© de quatorze ans – pour demander l’annulation de la loi scĂ©lĂ©rate.

Dans cette foule, il y a aussi des hommes plus instruits qui mĂšnent les troupes, mais Ă©galement Johanna Ferrour. Une jeune femme d’à peine trente ans, mariĂ©e Ă  un homme plus ĂągĂ©, avec qui elle vit une relation qui, si elle n’est pas d’amour et de folie douce, est pour le moins harmonieuse. Mais Johanna dĂ©cide de se battre aux cĂŽtĂ©s des gueux avec son Ă©poux William, pour demander justice et rĂ©paration pour ces inĂ©galitĂ©s, pour ces affronts endurĂ©s par des gĂ©nĂ©rations de paysans dociles et exploitĂ©s. Elle part cheveux aux vents quand toute femme qui se respecte porte un foulard sur la tĂȘte, reste au foyer et ne demande ni ne prend surtout pas la parole
 La suite on s’en doute sera Ă©pique et combative


Ce que j’ai aimé dans ce roman si atypique ? Sans doute ce qui m’a au dĂ©part le plus dĂ©routĂ©e, ce langage si moderne qu’on oublie forcĂ©ment qu’il s’agit de la narration d’un fait historique. L’auteur nous entraine dans le prĂ©sent, dans ses rĂ©fĂ©rences, son langage, son argot aussi et ses situations. Sa façon de faire parler ses personnages, en donnant Ă  leur action une brulante actualitĂ©, langage de banlieue, de voyous, de justiciers ou de paysans du Moyen Age, chacun d’eux ne cherche qu’à obtenir justice avec un grand J. Justice qui ne leur est bien Ă©videment pas rendue, car l’inĂ©galitĂ© est criante face aux nobles, aux propriĂ©taires, au Roi bien sĂ»r, Ă  qui l’on n’ose pas s’adresser puisqu’il est Roi de droit divin. Mais aprĂšs tout ce n’est qu’un homme, et ici un tout jeune homme, Ă  peine un adolescent.

Et puis il y a Johanna, qui veut conquĂ©rir sa place parmi les hommes, ceux qui la dĂ©daignent ou voudraient bien l’utiliser, car Ă  quoi servent les femmes dans un combat si ce n’est au repos du guerrier, elles sont filles de petite vertu ou pute, mais certainement pas femme honnĂȘte et soldat. Combat absolument actuel et permanent pour assoir la place des femmes, qui du moyen Ăąge Ă  aujourd’hui doivent lutter pour exister, avoir le droit Ă  la parole, Ă  l’égalitĂ©.

Cette lecture, enfin non, cette Ă©criture, m’a par ailleurs fait penser Ă  un style d’écriture que j’avais dĂ©couvert avec le roman de Sylvain Pathieu, dans la sĂ©lection du Prix Orange du Livre 2016, Et que celui qui a soif, vienne. Je pense que c’était ma premiĂšre expĂ©rience d’intrusion, dans un texte qui relate un fait historique, de pensĂ©es et questionnements qui appartiennent au vĂ©cu et au quotidien de l’auteur, contemporains de l’Ă©criture et non de la narration. Mais c’est rĂ©alisĂ© de façon beaucoup plus prĂ©pondĂ©rante ici, et je n’ai pas toujours rĂ©ussi Ă  m’y faire. J’avoue avec Ă©tĂ© parfois  perdue dans les digressions, nombreuses. Pourtant, si le ton est actuel, humoristique parfois et moderne avant tout, la situation est parfaitement maitrisĂ©e par l’auteur. Marie-Fleur Albecker s’appuie sur des connaissances prĂ©cises et Ă©tayĂ©es pour nous conter un Ă©pisode sanglant de l’Histoire d’Angleterre mais qui, hĂ©las pour eux, n’aura bien Ă©videment pas rĂ©ussi aux rĂ©voltĂ©s, puisque aucun servage n’a Ă©tĂ© aboli Ă  cette Ă©poque …

Enfin, l’analyse de la rĂ©volte, de son amplitude, puis de son dĂ©clin m’a fait penser aux rĂ©volutions des derniĂšres dĂ©cennies : comment des foules peuvent s’emballer, se rĂ©volter, partir au combat, puis comment tout cela va s’éteindre sans aucun rĂ©sultat, ou si peu Ă©tabli que tout se dĂ©lite rapidement. IntĂ©ressante analyse mais qui est il me semble un peu  noyĂ©e sous ces digressions contemporaines.

Dans tous les cas, voici donc une Ă©tonnante et assez unique expĂ©rience de lecture ! A conseiller en particulier Ă  vous que le roman historique rebute mais qui aimez ĂȘtre surpris par l’écriture.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruinĂ© le royaume d’Angleterre. Quand le roi dĂ©cide d’augmenter les impĂŽts, les paysans se rebellent. Parmi les hĂ©ros de cette premiĂšre rĂ©volte occidentale : John Wyclif, prĂ©curseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prĂȘtre vagabond qui prĂŽne l’Ă©galitĂ© des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athĂ©e, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’Ă©galitĂ©, il serait bon de parler d’Ă©galitĂ© homme-femme…

Date de parution : 24/08/2018 / EAN : 9782373050424 / Nombre de page : 250

Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le rĂ©gime de Vichy, vers une terre promise en AmĂ©rique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraĂźne dans les mĂ©andres de l’Histoire… AprĂšs avoir brillamment contĂ© l’aventure du Constellation – la traversĂ©e du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec Ă  son bord des familles rejetĂ©es par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, rĂ©publicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait Ă©tait tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces gĂ©ants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se cĂŽtoyer AndrĂ© Breton le surrĂ©aliste et Claude LĂ©vi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poĂštes, Ă©crivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le rĂ©gime nazi n’en voulait pas, la France non plus


Leur pĂ©riple va durer plusieurs semaines, Ă©galement rejetĂ©s par les pays oĂč ils vont accoster, cantonnĂ©s sur le bateau ou dans des hĂŽtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne lĂ©proserie de Pointe-Ă -Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec AimĂ© CĂ©saire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanitĂ© aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zĂ©lĂ©s veuillent bien les laisser soit dĂ©barquer, soit repartir vers l’AmĂ©rique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces dĂ©sespĂ©rĂ©s de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitaliĂšres. OĂč l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontiĂšres, le racisme qui gangrĂšne jusqu’aux cĂŽtes des iles des caraĂŻbes, lĂ  oĂč pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrĂŽlent, inspectent, condamnent au nom d’un Ă©tat qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanitĂ© Ă  ces passagers ballottĂ©s par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraĂźne dans les mĂ©andres de l’Histoire Ă  travers ce qu’ont vĂ©cu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaĂźtre sans nous submerger sous des tonnes d’informations en rĂ©ussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

OĂč que nous regardions, l’ombre gagne
 pourtant nous sommes de ceux qui disent non Ă  l’ombre. Nous savons que le salut du monde dĂ©pend de nous aussi

Tropiques, Aimé Césaire

💙💙💙


Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec Ă  son bord les rĂ©prouvĂ©s de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrĂ©s de l’Est et rĂ©publicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les Ă©crivains surrĂ©alistes et artistes dĂ©cadents, les savants et affairistes. Temps du roman oĂč l’on croise le long des cĂŽtes de la MĂ©diterranĂ©e, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, AndrĂ© Breton et Claude LĂ©vi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses rĂ©volutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisĂ©es, jetĂ©s lĂ  par les alĂ©as de l’agonie et du hasard, de l’ombre Ă  la lumiĂšre. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi Ă  notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille Ă  l’instant d’un pĂ©ril.

Adrien Bosc est nĂ© en 1986 Ă  Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’AcadĂ©mie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des Ă©ditions du sous-sol, il est par ailleurs Ă©diteur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €

Le malheur du bas. InĂšs Bayard

« Le malheur du bas »Â  d’InĂšs Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un Ă©tonnant roman de solitude et de mort.

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DĂšs la premiĂšre scĂšne, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallĂšle est Ă©difiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mÚre peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariĂ©e Ă  un Ă©poux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence Ă  ĂȘtre reconnu, leur vie est relativement aisĂ©e, un appartement confortable, une famille aimante, un mĂ©tier Ă  la banque qui sans la satisfaire dĂ©mesurĂ©ment, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour oĂč son vĂ©lo est dĂ©tĂ©riorĂ© et elle doit rentrer Ă  pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance
 puis la sidĂ©ration, l’incomprĂ©hension, la scĂšne de viol, dĂ©vastatrice, violente, dĂ©rangeante, puis le retour
 se laver, se dĂ©barrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstinĂ©, confus, honteux
 la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mĂ©pris, ses interrogations, imaginer qu’elle est mĂȘme fautive peut-ĂȘtre ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut Ă  peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opĂšre dans la vie, dans le cƓur, dans la tĂȘte de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, ĂȘtre lĂ©gĂšre, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mĂšre, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bĂ©bĂ© qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en ĂȘtre autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre
 Peu Ă  peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dĂ©vorant jusqu’à ses pensĂ©es, sa vie, son intimitĂ©. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu Ă  peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dĂ©vastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse Ă©tonnante et bouleversante des rĂ©actions d’une femme violĂ©e, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir Ă©tĂ© violĂ©e au moins Ă  ses propres yeux, blessĂ©e, meurtrie, mais niĂ©e au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incomprĂ©hension en s’enfermant dans sa solitude intĂ©rieure et son dĂ©sespoir. Pourtant il y a aussi des scĂšnes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynĂ©cologue, le mari rĂȘveur qui ne comprend dĂ©cidĂ©ment rien, la mĂšre qui dĂ©couvre sa fille dans un Ă©tat second et ne rĂ©agit pas… Alors bien sĂ»r, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcĂ©ment, mais j’ai eu un peu de mal Ă  ĂȘtre touchĂ©e, et surtout convaincue par cette brutalitĂ© des mots, de l’écriture, brusque, ardente, rĂ©aliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lĂącher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme Ă©meut, bouleverse, dĂ©range. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dĂšs les premiĂšres pages


💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cƓur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculĂ©e par le plaisir, le malheur du bas lui apparaĂźt telle la revanche du destin sur les vies jugĂ©es trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, InĂšs Bayard dissĂšque la vie conjugale d’une jeune femme Ă  travers le prisme du viol. Un rĂ©cit remarquablement dĂ©rangeant.

Édition brochĂ©e 18.50 € / 22 AoĂ»t 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

Les prĂ©noms Ă©picĂšnes. AmĂ©lie Nothomb

Pour renouer le temps d’un roman avec l’écriture lapidaire et le sens de la tragĂ©die (moderne) d’AmĂ©lie Nothomb, lire « Les prĂ©noms Ă©picĂšnes »

Domi_C_lire_les_prenoms_epicenes_amelie_nothomb_albin_michel.jpgDans ce roman il y a deux de mes prĂ©noms, Dominique et Claude, l’un est Lui, l’autre est Elle. VoilĂ  ce que sont les prĂ©noms Ă©picĂšnes, ceux qui sont tant masculins que fĂ©minins 
 Ennui des parents, manque d’imagination, incertitude sur celui ou celle qui arrive et qui n’était pas celui ou celle que l’on attendait ? Toujours est-il que dans le roman d’AmĂ©lie Nothomb Claude rencontre Dominique

Claude est amoureux de sa Reine, avec elle l’amour semble une Ă©vidence depuis cinq ans, mais elle le quitte pour Ă©pouser Jean-Louis. Car avec lui la vie confortable est une Ă©vidence, pas forcĂ©ment l’amour, mais Reine est une jeune femme qui veut rĂ©ussir sa vie, enfin, au moins en apparence.

Un jour, Dominique rencontre Claude Ă  la terrasse d’un cafĂ© de province. Un verre de champagne, quelques bavardages et quelque coups de tĂ©lĂ©phone plus tard, voilĂ  Dominique et Claude mari et femme. Ils s’installent Ă  Paris. La vie passe, une fille va naitre, nommĂ©e ÉpicĂšne, en rapport avec leurs deux prĂ©noms, le succĂšs professionnel est au rendez-vous pour Claude, mais une soif de s’élever dans la sociĂ©tĂ© le taraude, il demande Ă  Dominique de se rapprocher d’une famille qui va lui permettre de rĂ©aliser ses rĂȘves de grandeur.

Dans tout ce roman se pose la question de ce que veut rĂ©ellement dire aimer, son mari, sa femme, sa fille, son pĂšre
 Et surtout comment ÉpicĂšne, cette fille qui nait de l’union de Claude et Dominique, mais que son pĂšre ne saura jamais aimer,  peut-elle se construire ? Car peut-on aimer un parent qui ne vous aime pas ? Cruelle dĂ©monstration de haine partagĂ©e, Claude n’aime pas sa fille, comme si elle n’existait tout simplement pas, sa fille se paye donc ce luxe inouĂŻ et destructeur de dĂ©tester ce pĂšre absent et tellement Ă©goĂŻste.

Ce qui est Ă©tonnant dans les romans d’AmĂ©lie Nothomb, c’est toujours qu’en si peu de mots, si peu de pages, l’essentiel du message qu’elle veut faire passer est dit. La substantifique moelle des sentiments, amour, haine, violence, dĂ©sespoir, est tirĂ©e, mise en exergue. Tout est lĂ , vengeance, amour, colĂšre, tout est ressenti au plus profond de soi, c’en est parfois glaçant ! Avec ce roman, je renoue un peu avec l’engouement que j’avais connu en lisant Stupeur et tremblement, mais qui m’avait pourtant abandonnĂ©e par la suite.

Citation :

-J’ai Ă©crit une thĂšse sur le verbe « to crave ».
-Peux-tu traduire ?
-Cela signifie « avoir un besoin éperdu de »
To crave. Eh bien, c’était le verbe de ma vie et je ne le connaissais pas. J’en ai pourtant sacrĂ©ment explorĂ© le sens.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

17.50 € / 22 AoĂ»t 2018 / 130mm x 200mm / EAN13 : 9782226437341

L’habitude des bĂȘtes. Lise Tremblay

Lise Tremblay signe avec « L’habitude des bĂȘtes » un roman sur la vie oĂč la nature prend  toute sa place dans le majestueux dĂ©cor des forĂȘts canadiennes

Domi_C_Lire_l_habitude_des_betes_lise_tremblay_delcourtAu QuĂ©bec, dans le parc national du Saguenay, Benoit LĂ©vesque passe des jours tranquilles avec son chien Dan. Depuis des annĂ©es, il a abandonnĂ© MontrĂ©al et son mĂ©tier de dentiste pour venir s’installer dans son chalet au bord du lac.

Dans sa vie d’avant, il y a son ex-femme, qui a refait sa vie et Ă  qui il ne parle plus vraiment 
 et surtout sa fille Carole, la mal aimĂ©e par des parents qui ne l’ont jamais comprise, par elle-mĂȘme qui rejette sa propre image – elle se veut plate, sans sexe apparent – soignĂ©e en psychiatrie quand il aurait certainement fallu comprendre un problĂšme d’identification, de genre et d’acceptation de soi. Il y a surtout Dan, ce chiot arrivĂ© tout Ă  fait par hasard dans son existence, mais qui se meurt aujourd’hui, Dan qui lui a prouvĂ© qu’on pouvait aimer, aimer un chien, aimer les gens autour de soi, aimer l’autre.

A la lisiĂšre du parc, dans la forĂȘt, les loups rodent, et dans ces contrĂ©es encore isolĂ©es, la loi est celle des hommes, pas celle de la justice. Aussi quand les chasseurs dĂ©cident de « faire le mĂ©nage » pour protĂ©ger leurs futurs trophĂ©es de chasses, ces orignaux blessĂ©s et abimĂ©s par les loups, la tension monte entre RĂ©mi, qui n’a jamais quittĂ© la rĂ©gion, son neveu Patrice, qui est le garde du parc national, et les chasseurs qui appartiennent aux familles puissantes du village.

Tout au long du roman le lecteur sent une menace qui pĂšse sur l’équilibre de la population. Une tension monte entre les hommes. Le lecteur perçoit cet Ă©quilibre permanent entre la vie et la mort, la maladie et la vieillesse, entre la sauvagerie et la civilisation aussi , mĂȘme si on peut se demander parfois lequel est le plus civilisĂ©…

L’apprĂ©hension de la mort, le fatalisme avec lequel elle est acceptĂ©e voire attendue par la vieille Mina est trĂšs touchante et m’a fait penser au trĂšs Ă©mouvant film La Ballade de Narayama dans lequel cette vieille femme part vers les montagnes pour attendre la mort. Les prĂ©paratifs de Mina, la façon dont elle rĂšgle les choses pour que tout soit facile pour ceux qui devront s’occuper d’elle, est exemplaire.

Finalement, malgrĂ© une lĂ©gĂšre frustration, car cette tension m’a fait attendre une catastrophe qui ne vient pas, L’habitude des bĂȘtes restera pour moi une lecture d’impressions, de moments de vie, d’échanges avec la nature, et de regards envers la mort, celle des ĂȘtres qui nous sont chers et la nĂŽtre aussi sans doute. Lise Tremblay nous dĂ©montre que dans ces territoires oĂč la nature est toute puissante il ne reste que l’essentiel, les sentiments, la vie, la mort, tout le reste est accessoire.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« J’avais Ă©tĂ© heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il Ă©tait trop tard. Je n’avais pas su ĂȘtre bon. La bontĂ© m’est venue aprĂšs, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confiĂ© Dan, un chiot. Lorsque BenoĂźt LĂ©vesque est rentré à MontrĂ©al ce jour-lĂ , il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors BenoĂźt dĂ©cide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cƓur du parc national. Lire la suite


Lise Tremblay est nĂ©e à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur gĂ©nĂ©ral. Elle a Ă©galement obtenu le Grand Prix du livre de MontrĂ©al en 2003 pour son recueil de nouvelles La HĂ©ronniĂšre (LemĂ©ac, Babel). Elle a fait paraitre trois romans au BorĂ©al : La SƓur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bĂȘtes (2017).

EAN : 9782413010265 / Parution le 22 aoĂ»t 2018 / 128 pages / 15€

Les mains dans les poches, Bernard Chenez

Quelques chapitres, quelques mots, quelques lignes pour retracer des instants, des rencontres, une vie … C’est la balade que nous propose Bernard Chenez dans « Les mains dans les poches ».

Domi_C_Lire_les_mains_dans_les_poches_bernard_chenez.jpgBernard Chenez se promÚne Les mains dans les poches et pense à son enfance, à sa vie, à son passé. Il  relate des événements posés çà et là, pas forcément de façon chronologique, mais qui semblent arriver au hasard des rencontres, des envies, des souvenirs.

Du gamin qui se lĂšve tĂŽt pour tenter de gagner quelques sous Ă  l’homme d’aujourd’hui, de l’adolescent qui dĂ©couvre l’amour sombre, romantique, clandestin, Ă  celui qui dĂ©couvre l’anarchie, la vraie, de l’étudiant sĂ©rieux Ă  celui qui manifeste, une vie dĂ©file. Heureuse parfois, nostalgique parfois, belle souvent.

Il y a les souvenirs, il y a les parents, la famille et la vie, les batailles d’indiens,  imaginaires, le bord de mer, les barricades et les rĂ©voltes, le bleu de travail que l’on porte Ă  l’usine, les chagrins et les amours. Mais il y a Ă©galement une certaine nostalgie Ă  se remĂ©morer ceux qui ne sont plus, amis, amantes, parents. Et tout au long des pages une dose de tendresse pour l’enfant ou l’adolescent que l’homme a Ă©tĂ© un jour, pour celui qui n’est plus mais qui continue Ă  vivre dans les rĂ©miniscences de ces instants de vie. Comme tout un chacun en somme, mais ici c’est joliment dit, avec une vraie poĂ©sie.

Car ce livre, qui n’est ni tout Ă  fait un roman, ni vraiment un rĂ©cit, est Ă  lire au hasard. Juste ouvrir un chapitre, vivre avec l’auteur quelques instants, se souvenir de l’enfant, de l’adolescent puis de l’homme qu’il a Ă©tĂ©, comprendre et aimer, la vie, la mort peut-ĂȘtre aussi


J’ai aimĂ© l’image de ce train que l’on prendrait Ă  l’envers, comme pour remonter le temps de la vie… mais en partant dans tous les sens Ă  la fois. Alors mĂȘme si je ne me suis jamais vraiment attachĂ©e au personnage, j’ai aimĂ© dĂ©couvrir ses souvenirs et le tĂ©moignage qu’il nous donne d’une Ă©poque qui semble parfois rĂ©volue.

Quelques citations


Ma mĂšre n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni mĂȘme Ă   la seconde de son dernier souffle

Les mÚres choisissent le moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient le premiÚre heure de leur mort.

Les pÚres ne meurent pas, ils disparaissent de la mémoire en mer, fût-elle faite de tubes de couleur et de toile.

Être anarchiste, ce n’est pas ĂȘtre adhĂ©rent d’un parti, c’est un Ă©tat d’esprit.

C’est la main qui voit, et l’Ɠil qui dessine.

💙💙💙


Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Pour percevoir Ă  nouveau l’odeur de l’encre et du plomb, pour sentir frĂ©mir le crayon sur le papier de son premier dessin, pour entendre ces rifs de guitare protestataires qui ont rythmĂ© ses combats, il fallait partir Ă  l’autre bout du monde et embrasser sa mĂ©moire
  Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poĂ©tique qui accepte et dĂ©pose enfin ses fantĂŽmes.

Paru le 16 aoĂ»t 2018 / ISBN : 978-2-35087-464-7 / Photo de couverture © Édouard Boubat/Rapho