Bacchantes. CĂ©line Minard

CĂ©line Minard nous entraine dans un casse pour le moins singulier, lĂ  oĂč l’argent ne coule pas Ă  flots, mais bien dans une cave Ă  vins d’exception, oĂč quelques riches, trĂšs riches, mettent Ă  l’abri leurs prestigieux millĂ©simes 


A Hong Kong, l’ancien diplomate sud-africain Ethan Coetzer s’est reconverti. Il est le maitre de ECWC, la cave de garde la plus sĂ©curisĂ©e au monde.  LĂ , dans douze bunkers rescapĂ©s de la guerre dorment pour trois cent cinquante millions de dollars de bouteilles hors d’ñge et hors de prix. Les milliardaires qui veulent Ă©chapper au fisc de leurs pays ont trouvĂ© ce stratagĂšme pour mettre leurs valeurs Ă  l’abri.

Un Typhon doit s’abattre sur la baie de Hong Kong dans les toutes prochaines heures, les mesures de sĂ©curitĂ© sont au maximum. Pourtant depuis trois jours les Ă©quipes de la brigade de Jackie Thran sont sur le pied de guerre pour dĂ©loger les braqueurs


L’auteur nous entraine dans une sarabande insolite, oĂč des braqueuses en talons aiguille dansent une bacchanale pour le moins Ă©trange Ă  coup de Romanet Conti ou de ChĂąteau-Lafite  1869. Il y a lĂ  une Jelena Drogan dite la Bombe, Bizzie, la clown et Silly, la brune.  Comment sont-elles entrĂ©es, pourquoi y sont-elles ? Car manifestement ces trois femmes-lĂ  ont un entrainement Ă  la hauteur du plan qu’elle ont murement Ă©chafaudé 

Roman court, Ă©tonnant, amusant, mais qui me laisse vraiment sur ma faim car il manque de densitĂ© 
 Je crois que je ne suis conquise ni par cette intrigue, ni par ces personnages caricaturaux  que je trouve un peu trop esquissĂ©s, aux contours flous. Et ce malgrĂ© une idĂ©e de dĂ©part pourtant sĂ©duisante, ce casse hors du commun d’une cave elle aussi hors du commun


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Catalogue Ă©diteur : Rivages

CĂ©line Minard revisite avec brio les codes du film de braquage autour de la thĂ©matique du vin pour distiller un cocktail explosif oĂč l’ivresse se mĂȘle Ă  la subversion. VoilĂ  cinquante-neuf heures que la brigade de Jackie Thran encercle la cave Ă  vin la plus sĂ©curisĂ©e de Hong Kong, installĂ©e dans d’anciens bunkers de l’armĂ©e anglaise. Un groupe de malfaiteurs est parvenu Ă  s’y introduire et garde en otage l’impressionnant stock qui y est entreposĂ©. Soudain, la porte blindĂ©e du bunker Alpha s’entrouvre. Une main gantĂ©e apparaĂźt, pose une bouteille sur le sol. Un pied chaussĂ© d’un escarpin noir sort de l’entrebĂąillement et pousse le corps de verre sur la chaussĂ©e. L’acier claque Ă  nouveau


ISBN : 978-2-7436-4595-3 / EAN : 9782743645953 / Parution : janvier, 2019 / 112 pages / Format : 12.0 x 19.5 / Prix : 13,50€

Le Nord du monde, Nathalie Yot

La fuite vers le Nord du monde d’une femme amoureuse qui sombre peu à peu dans la folie

Elle fuit, elle fuit l’homme chien, sans doute l’homme qu’elle aime trop car dans son amour il n’y a pas de demi-mesure, c’est du tout ou rien. Et cet amour l’étouffe, elle a besoin de respirer et part, Ă  pied, en train, en stop, en ce qu’on veut, jusqu’au grand nord, au pays des jours sans nuit, Ă  la limite du cercle polaire


Sur cette route qui va de Paris à la Norvùge, en passant par la Belgique et l’Allemagne, elle rencontre des femmes, puis des hommes, Pierre d’abord, avec qui l’amour n’a de nom que le sexe, avec les polonais ensuite, avec qui l’amour n’a de nom que l’abri qu’ils lui procurent, avec Isaac enfin, l’enfant qu’elle aime à la folie, et qu’elle entraine avec elle


Dans cette fuite, il y a aussi le silence de ceux qui savent, mais savent-ils ou veulent-ils croire qu’ils se sont trompĂ©s ? Et puis il y a cette femme qui va au-delĂ  de ses limites, au-delĂ  des conventions, au-delĂ  de la raison. Il y a cette femme qui a besoin d’aimer, qui fuit l’amour aussi comme une faute, comme une brĂ»lure
 et cette relation que tout repousse, la raison, la morale, la sociĂ©tĂ© – pourquoi avoir besoin d’écrire cela ? Quelle femme peut imaginer ces gestes, ces mots – un premier roman profondĂ©ment dĂ©rangeant
 mĂȘme s’il explore les limites de la folie, la puissance des sentiments, la recherche de soi jusqu’à l’extrĂȘme, au risque de briser tous les tabous.

Alors pourquoi dĂ©rangeant me direz-vous, parce que l’amour pour les hommes, l’amour pour l’enfant, semblent toujours pour elle passer par la peau, les gestes, les caresses, jusqu’à l’indicible, jusqu’à la dĂ©raison, jusqu’à 
  la folie d’aimer ?

Comment dire, en gĂ©nĂ©ral, j’aime plus ou moins les titres proposĂ©s par les 68 premiĂšres fois, mais je suis surprise par la tournure de cette aventure vers Le nord du monde. Car si l’écriture m’a tout d’abord sĂ©duite, comme les thĂšmes abordĂ©s avec la fuite en avant et la folie de cette femme interpellĂ©e dans la relation fusionnelle Ă  l’autre, pourtant au fil des pages les idĂ©es sous-jacentes sont devenues prĂ©pondĂ©rantes et terriblement dĂ©rangeantes.

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Catalogue Ă©diteur : La Contre AllĂ©e

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumiĂšre, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaĂźtre. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a AndrĂ©e, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. » Nathalie Yot, Ă  propos de Le Nord du Monde

Nathalie Yot est nĂ©e Ă  Strasbourg et vit Ă  Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, passionnĂ©e des mots, de musique et d’art, architecte et chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hĂ©tĂ©roclite Ă  l’image de son Ă©criture. Elle est diplĂŽmĂ©e de l’école d’architecture mais prĂ©fĂšre se consacrer Ă  la musique (auteure, compositeur, interprĂšte signĂ©e chez Barclay) puis Ă  l’écriture poĂ©tique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont lĂ©gions.

ISBN 9782376650010 / Format 13,5 x 19 cm / Nombre de pages 152 pages / Date de parution 20/08/2018 / Prix 16, 00€

Une si brĂšve arriĂšre-saison. Charles Nemes

Que devient-on quand la violence frappe notre entourage, quels sont les repĂšres, les raisons de vivre qui nous font avancer ? C’est la question que pose Charles Nemes dans son dernier roman « Une si brĂšve arriĂšre-saison ».

Domi_C_lire_une_si_breve_arriere_saison_charles_nemesJacques vient de prendre sa retraite. Ah, parfait, il va avoir beaucoup de choses Ă  faire alors ! Mais non, Jacques s’installe, se terre presque dans son appartement, ne rencontre personne Ă  part sa niĂšce AdĂšle, la seule de sa famille qui trouve grĂące Ă  ses yeux et avec qui il partage les mĂȘme goĂ»ts musicaux. Il ne trouve mĂȘme plus l’énergie pour commencer le roman qu’il a toujours rĂȘvĂ© d’écrire, pour vivre autre chose.

Car s’il a dĂ©cidĂ© d’écrire un roman, il est cependant en manque d’inspiration. Lorsqu’il croise Christine Angot dans un cafĂ© prĂšs de chez lui, il imagine alors qu’il pourrait sĂ©duire celle qui a tant Ă©crit sur les hommes de sa vie. La rencontrer pourrait faire de lui le sujet idĂ©al du prochain roman de Christine !

Mais cette rencontre peine Ă  se faire
 De hasards en dĂ©ceptions, jacques n’a plus aucune envie, si ce n’est d’appliquer les consignes de ce livre interdit qu’il est certainement l’un des seuls Ă  possĂ©der dans sa bibliothĂšque Suicide mode d’emploi. Alors il cogite, programme, Ă©value, ses envies, son avenir, ses actions futures.

Pourtant, lorsque la vie bascule dans le quartier dans lequel vit Jacques, quand il dĂ©couvre qu’AdĂšle, est au bataclan ce soir de 2016, il n’aura plus qu’une idĂ©e, aider, sauver celle qui compte tant pour lui.

VoilĂ  donc un roman assez Ă©trange qui s’installe longtemps dans la tĂȘte de ce retraitĂ© en mal de vivre qui se cherche une raison d’ĂȘtre, pour finalement basculer vers l’horreur des attentats terroristes. Hymne Ă  la vie, sans doute, mais un peu opportuniste Ă  mon goĂ»t
 Le sujet du bataclan, de la victime rescapĂ©e, arrive tard, et je l’ai senti comme une accroche un peu trop Ă©vidente pour Ă©mouvoir le lecteur
 Si l’écriture est intĂ©ressante, si j’ai aimĂ© certains de ses atermoiements, le personnage pourtant ne m’a ni vraiment intĂ©ressĂ©e ni Ă©mue.

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Catalogue éditeur : HC éditions

Jacques ne supporte plus la pĂąleur de son quotidien de jeune retraitĂ©. Seule sa niĂšce AdĂšle lui apporte un peu de lumiĂšre depuis qu’il a dĂ©cidĂ© d’écrire sans y arriver et s’est mis en tĂȘte de sĂ©duire Christine Angot sans plus de succĂšs.
AdĂšle a la fraĂźcheur de ses trente ans et les mĂȘmes goĂ»ts musicaux que son rocker d’Uncle Jack. Elle est « son hĂ©ritiĂšre courage, sa revanche, sa rĂ©incarnation rĂ©ussie ». Jusqu’au jour oĂč elle accepte de prendre la place de concert d’une amie. Les Eagles of Death Metal jouent au Bataclan ce soir-lĂ  et elle ira pour voir.

L’existence d’AdĂšle va sombrer alors que celle de Jacques retrouvera un sens. Un hymne Ă  l’amour et Ă  la vie
 avec le cƓur Ă  l’envers. Il fallait la dĂ©licatesse et l’humanitĂ© de Charles Nemes pour aborder un tel sujet.

Réalisateur éclectique, Charles Nemes passe du tragique (soirée Primo Levi sur Arte) au burlesque (La Tour Montparnasse infernale). Scénariste de cinéma, il écrit également pour la télévision quand il ne la regarde pas, et publie des livres quand il ne tourne pas. Auteur salué par la critique, Charles Nemes publie ici son huitiÚme roman. (Source HC éditions)

14,5 X 22 cm ; brochĂ© ; 224 pages / Paru le 30/08/2018 – ISBN 9782357204133

La dĂ©sertion. Emmanuelle Lambert

« La dĂ©sertion » d’Emmanuelle Lambert est un roman sur l’absence, sur la disparition inexpliquĂ©e d’un proche, et certainement sur la place que l’on accepte ou pas d’occuper dans la sociĂ©tĂ©.

Domi_C_Lire_la_disparition.jpgDisparue, volatilisĂ©e ! Du jour au lendemain, Eva Silber n’est plus revenue au bureau, ni sur le banc oĂč elle avait l’habitude de se poser les mardis et jeudis, ni dans les bras de son amant, nulle part, comme ça ! Mais, est-ce possible de disparaĂźtre ainsi ?

Dans ce roman construit en quatre parties, qui portent chacune le prénom de celui qui évoque la disparue, tout à tour  Franck, Marie-Claude, Paul, puis Eva racontent, expliquent, tentent de comprendre.
Car avouons-le, cela nous parait carrĂ©ment impossible de s’évanouir dans la nature du jour au lendemain. Et pourtant
 Eva exerce un travail Ă©tonnant, chaque jour elle doit rentrer des statistiques dans des tableaux impersonnels. Des statistiques ? Oui, mais pas n’importe lesquelles, car ce sont des morts qu’elle inventorie jour aprĂšs jour, croix aprĂšs croix, cas aprĂšs cas, des morts sans nom et sans famille. Jusqu’au jour oĂč la mort d’un tout jeune enfant perturbe l’ordre Ă©tabli. Car Eva dĂ©cide de lui donner un prĂ©nom qui n’existera qu’entre elle et lui pour faire vivre Ă  ses cĂŽtĂ©s la mĂ©moire de l’enfant mort. Jusqu’au jour oĂč Eva n’accepte plus


Alors chacun raconte la disparue, du patron Ă  l’attitude malsaine Ă  la collĂšgue faussement  compatissante, puis Ă  l’inconnu futur amant transi, chacun tente de comprendre pourquoi et surtout comment ils auraient pu, ou dĂ», voir ? Que s’est-il passé ? Et surtout pourquoi le silence, car alors, que penser de la relation tissĂ©e avec celle qui a fait dĂ©sertion.

Un roman surprenant, incisif et dĂ©sespĂ©rĂ©, oĂč les personnages se dĂ©voilent peu Ă  peu dans ce qu’ils ont de plus intime, cette part d’humanitĂ© ou de violence, de silence et de secrets, de solitude et d’incomprĂ©hension.

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Dans le mĂȘme esprit, la disparition d’un proche, lire  aussi le roman d’Emmanuelle GrangĂ© Son absence (68 premiers romans).


Catalogue éditeur : Stock

« Le premier jour d’absence il Ă©tait descendu Ă  l’heure du dĂ©jeuner pour l’attendre dans le parc, cachĂ© derriĂšre l’arbre d’oĂč il observait la sortie de ses subordonnĂ©s. Il avait ensuite vĂ©rifiĂ© les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle. » Un jour, Eva Silber disparaĂźt volontairement. Pourquoi a-telle abandonnĂ© son mĂ©tier, ses amis, son compagnon, sans aucune explication ? Tandis que, tour Ă  tour, ses proches se souviennent, le fait divers glisse vers un rĂ©cit inquiĂ©tant, un roman-enquĂȘte imprĂ©visible Ă  la recherche de la disparue.

Parution : 17/01/2018 / 160 pages / Format : 136 x 215 mm / EAN : 9782234084957 / Prix : 15.00 €

 

Un funambule. Alexandre Seurat

Étrange, oppressant, Ă©mouvant, dĂ©routant, ce sont les mots qui me viennent aprĂšs avoir refermĂ© « Un funambule » le dernier roman d’Alexandre Seurat.

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Le funambule d’Alexandre Seurat est un personnage qui a perdu ses repĂšres, un malade qui  tente de retrouver ses souvenirs d’enfance, surtout ceux qui l’ont rendu heureux. Car il s’en rend bien compte, la vie passe Ă  cĂŽtĂ© de lui, comme ce quad sur la plage qui ne le voit mĂȘme pas, cette boulangĂšre qui ne le sert pas quand c’est son tour dans la file, elle ne le remarque mĂȘme pas. Comme s’il Ă©tait Ă©ternellement perdu, pour lui autant que pour les autres. Il Ă©crit, mais ne veut pas ĂȘtre lu, il vit, mais en marge de la vie, terrorisĂ© sans doute par cette normalitĂ© qui lui est inconnue.

Alors, les mots pour décrire les sentiments que je ressens à la lecture de ce roman sont divers.
Étrange, car ce jeune homme est un funambule qui se promĂšne en marge de la vie, de la sienne comme de celle des autres sans arriver Ă  se mettre Ă  leur niveau, toujours en dĂ©calage, trop en haut, trop en bas, et surtout Ă  cĂŽtĂ©, des gens, des choses, de la vie.
Oppressant, car il est malade, sans doute, incompris, certainement, malheureux, forcĂ©ment, mais le lecteur est si dĂ©muni en le dĂ©couvrant au fil des pages qu’un sentiment d’étrangetĂ© et d’incomprĂ©hension domine cette lecture.
Émouvant, car on le comprend vite, Solenne l’a quittĂ©, sa mĂšre en a peur, son pĂšre ne lui parle par, sa sƓur le regarde comme un extra-terrestre, il ne trouve pas sa place dans ce monde qui l’entoure.
DĂ©routant, car on le dĂ©couvre au bord du vide, en Ă©quilibre, dans une bulle, seul, et pourtant l’impression est sous-jacente et nous laisse entrevoir que le monde pourrait l’intĂ©resser, qu’il voudrait s’y inclure, qu’il attend on ne sait quoi.

J’avais beaucoup aimĂ© l’écriture de La maladroite ce roman terriblement Ă©mouvant au sujet si difficile que j’avais attendu des semaines avant de trouver le courage de le lire. Je retrouve ici cette Ă©criture hors du temps et des conventions. Phrases courtes, sentiment de solitude, Ă©trangetĂ©, qui passent si bien Ă  travers les mots et les phrases d’Alexandre Seurat. Mais pourtant, j’ai l’impression d’ĂȘtre un peu passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© tant la prise en compte du personnage, la maitrise du sujet, m’a dĂ©routĂ©e.

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Catalogue éditeur : Le Rouergue

Un jeune homme est rĂ©fugiĂ© dans la maison de vacances de ses parents, en bord de mer. Cela ne « va » pas, tout l’engloutit, la pensĂ©e de sa mĂšre, sa relation avortĂ©e Ă  la seule femme qu’il ait aimĂ©e, sa non-existence sociale. C’est un ĂȘtre effondrĂ©, un funambule qui marche au-dessus du vide. Alors qu’il retrouve les siens pour la fĂȘte des mĂšres, il apprend qu’il doit se rendre avec son pĂšre Ă  un rendez-vous mĂ©dical dont il ne sait rien.

janvier 2018 / 96 pages / 12,00 € / ISBN 978-2-8126-1508-5

Imago. Cyril Dion

Imago, le roman de Cyril Dion interroge ses lecteurs sur le conflit israĂ©lo-palestinien. Comment vivre ses idĂ©aux, fussent-ils ceux du terrorisme. Comment vivre sur une terre de conflit et s’épanouir, se transformer, se rĂ©vĂ©ler Ă  soi-mĂȘme ?

Domi_C_Lire_imago_cyril_dion.jpgImago, c’est en Palestine, l’histoire de deux frĂšres, Nadr le pacifiste et Khalil le rĂ©voltĂ©.
C’est aussi Ă  Paris, Fernando Clerc. Cet homme Ă©trange travaille au fonds, ce fonds qui aide et finance les pays en difficultĂ©. Rapidement on comprend qu’il y a un lien entre ces trois-lĂ  mais que le destin les a dĂ©finitivement sĂ©parĂ©s.
C’est aussi Amandine, cette femme qui s’est exilĂ©e dans la solitude. La mĂšre de Nadr, la mĂšre de Fernando, le pĂšre des trois

Trois hommes jeunes, trois engagements diffĂ©rents pour  trouver une place dans un monde qui ne leur convient pas. Khalil veut faire le djihad et venir se faire exploser  Ă  Paris, Nadr veut sauver son frĂšre, qui malgrĂ© le fait qu’il le rejette, est sa famille. Fernando, on le comprend, a un problĂšme avec la Palestine, et avec sa mĂšre, mais quel est ce problĂšme ?

Dans la premiùre partie, Cyril Dion pose ses personnages, sous forme d’un roman choral qui perd un peu le lecteur, mais qui est une base indispensable pour la suite. De Gaza à Paris, de Marseille à l’Égypte, d’un personnage à l’autre, sans lien apparent.
Dans la deuxiĂšme partie, la densitĂ© des personnages prend corps, leurs volontĂ©s, leur passĂ©,  les liens qui les lient entre eux, pour le pire d’avantage que pour le meilleur.

Un roman Ă©tonnant qui interroge sur le conflit israĂ©lo-palestinien, sur l’engagement que l’on peut souhaiter dans une action terroriste, sur deux visions d’un mĂȘme monde, qu’il soit vĂ©cu de l’intĂ©rieur au Moyen-Orient ou depuis son bureau confortable loin du thĂ©Ăątre d’opĂ©rations en Europe, mais aussi sur la solitude, la famille et les liens du sang. PortĂ© par une Ă©criture descriptive, imagĂ©e, colorĂ©e, car malgrĂ© le sujet, chaleur, odeurs, couleurs, transpirent dans ce rĂ©cit d’une intrigue familiale sur fond d’Histoire et d’humanitĂ©. On apprĂ©ciera Ă©galement le fait que l’un des frĂšres soit fĂ©ru d’écriture et de poĂ©sie, comme un rappel que culture et instruction sont aussi des moyens de sauver le monde.

Premier roman lu dans le cadre des 68 premiers romans.

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Catalogue éditeur : Actes Sud

Parce que son frĂšre s’apprĂȘte Ă  commettre en France l’irrĂ©parable, Nadr le pacifiste se lance Ă  sa poursuite, quitte la Palestine, franchit les tunnels, passe en Égypte, dĂ©barque Ă  Marseille puis suit la trace de Khalil jusqu’à Paris. Se rĂ©volter, s’interposer : deux maniĂšres d’affronter le mĂȘme obstacle, se libĂ©rer de tout enfermement, accĂ©der Ă  soi-mĂȘme, entrer en rĂ©silience contre le sentiment d’immobilitĂ©, d’incarcĂ©ration, d’irrĂ©mĂ©diable injustice.
Sous couvert de fiction, ce premier roman est celui d’un homme engagĂ© pour un autre monde, une autre sociĂ©tĂ© – un engagement qui passe ici par l’imaginaire pour approcher encore davantage l’une des tragĂ©dies les plus durables du XXe siĂšcle.

AoĂ»t, 2017 / 11,5 x 21,7 / 224 pages / ISBN 978-2-330-08174-4 / prix indicatif : 19, 00€

Outre-mĂšre. Dominique Costermans

Une mĂšre, une fille, la recherche d’un pĂšre absent aprĂšs une guerre vĂ©cue difficilement aussi du cĂŽtĂ© de la Belgique.

DomiCLire_Outre_MereA la lecture de ce premier roman, j’ai eu l’impression que ce livre n’est pas destinĂ© aux lecteurs, mais Ă  cette famille Ă©clatĂ©e, perdue, diverse et retrouvĂ©e, qui a besoin de ces mots pour se connaĂźtre, se comprendre, s’accepter.  Un peu comme si finalement le lecteur Ă©tait en trop, ou seulement utile pour faire passer le message sur des origines difficiles Ă  accepter, une enfance compliquĂ©e tant pour la mĂšre que pour les diffĂ©rents enfants de ce pĂšre qui s’avĂšre rapidement criminel, Ă©goĂŻste, volage et absent.

Car Charles Morgenstern, le grand-pĂšre de Lucie, la narratrice, a travaillĂ© pour la gestapo et s’est enfui en Allemagne aprĂšs la guerre. Lucie a compris trĂšs tĂŽt qu’il y avait un secret dans sa famille, que sa mĂšre avait des silences, des absences qui venaient de loin, d’une enfance non dĂ©voilĂ©e, d’aĂŻeux inconnus. Tout cela forme un manque et un vide Ă  combler pour cette petite fille qui a grandi avec le poids de l’absence et l’envie de comprendre. Elle va suivre les mĂ©andres des rĂ©vĂ©lations, des silences surtout, des recherches qu’elle va entreprendre et de tout ce qu’elle va dĂ©couvrir sur le passĂ© de sa mĂšre et de sa famille.

L’idĂ©e est intĂ©ressante, le parcours aussi, de cette fille qui se cherche une ascendance acceptable, qui tient absolument a retrouver les racines que sa mĂšre lui cache. Secrets de famille lourds Ă  porter, juifs ou collabos, traitres ou Justes, ramifications et rĂ©percussions jusque dans le prĂ©sent de ces silences lourds Ă  porter, de ce passĂ© si dense, tout ceci est trĂšs significatif sur le besoin de recherche et de mĂ©moire, mais l’auteur nous perd dans les mĂ©andres d’une famille tentaculaire et disparate. Bref, si j’ai par moment eu envie de connaĂźtre la suite, je crains de ne pas avoir ressenti assez d’émotions pour avoir envie de vibrer, de pleurer ou de rire avec Lucie.

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Roman lu dans le cadre des 68 premiers romans : retrouvez les avis de Martine avec Les lectures de Martine (et plus) ou de Henri-Charles Ma collection de livres


Catalogue Ă©diteur : Éditions Luce Wilquin

Outre-MĂšre est moins le rĂ©cit de la vĂ©ritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrĂŽlĂ© dans l’armĂ©e allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dĂ©voilement, malgrĂ© le silence imposĂ© qui rĂšgne encore dans sa famille deux gĂ©nĂ©rations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mĂšre ?
Ces questions provoquent tout autant l’enquĂȘte de Lucie que l’écriture envoĂ»tante de ce texte.
Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaĂźt moins dans une rĂ©vé­lation – vite livrĂ©e au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinĂ©s et rebondissants de son dĂ©voilement tentaculaire.
Il en rĂ©sulte un Ă©trange passage de la souffrance et du silence Ă  la dĂ©livrance de la mĂšre comme de la narratrice – et du lecteur.

14 x 20,5 cm, 176 pages / ISBN 978-2-88253-529-0 / EUR 17.-