Le voyage du canapĂ©-lit, Pierre Jourde

OdyssĂ©e burlesque ou exorcisme ? Est-ce pour Ă©loigner la mort, le deuil et le chagrin, parce qu’on peut penser au passĂ© et en rire que Pierre Jourde a Ă©crit « Le voyage du canapĂ© lit Â» ?

Lors du dĂ©cĂšs de sa propre mĂšre, la mĂšre de Pierre Jourde, qui a eu toute sa vie une relation exĂ©crable avec cette femme Ă©goĂŻste, dĂ©cide de ne conserver de cet hĂ©ritage encombrant qu’un antique et inconfortable canapĂ©-lit. Elle demande Ă  ses deux fils de le transporter dans la maison de famille en auvergne. Ce souvenir d’une relation conflictuelle trouvera sa place dans cette maison oĂč s’entassent dĂ©jĂ  aux yeux de ses fils maints objets inutiles.

C’est donc le prĂ©texte pour les deux frĂšres et la belle-sƓur Ă  se retrouver coincĂ©s pendant un long trajet dans une camionnette de location, et surtout le prĂ©texte Ă  Ă©grener des souvenirs. Souvenirs en particulier de la relation apparemment assez compliquĂ©e entre les deux frĂšres. Et l’auteur de les Ă©grener page aprĂšs page ces souvenirs, de voyages – l’Inde, un coiffeur grec rencontrĂ© dans les rues de Londres – de chutes, de maladies, d’ennuis gastriques, de conflits familiaux ou professionnels, avec entre autre une scĂšne oĂč apparait Christine Angot perdue dans quelques salon littĂ©raire de province.

Est-ce lĂ  une thĂ©rapie familiale sur fond de canapé ? Il semble qu’avec Pierre Jourde, le dĂ©cĂšs d’un proche soit un excellent dĂ©clencheur pour une introspection intime Ă  partager avec le lecteur. Ce roman est me semble-t-il Ă©crit au dĂ©cĂšs de sa mĂšre. Son roman prĂ©cĂ©dent Ă©tait empreint de tristesse, celui-ci se veut franchement dĂ©sopilant. Winter is Coming Ă©tait un roman difficile, tellement intime, tellement tragique en un sens. J’imagine qu’il n’est pas aisĂ© de se remettre Ă  l’écriture Ă  la suite de ce deuil, alors pourquoi cet autre livre sur la famille ?

On aime ou pas. Pour ma part, je me suis profondĂ©ment ennuyĂ©e posĂ©e sur ce canapĂ© Ă  regarder dĂ©filer les villages de La CharitĂ©-sur-Loire Ă  Clermont-Ferrand, Ă  dĂ©rouler le fil des souvenirs, banals, ordinaires. Pourtant, une fois de plus, j’avoue que j’ai apprĂ©ciĂ© l’écriture de cet auteur qui, s’il ne rĂ©ussit vraiment pas Ă  me sĂ©duire par son histoire, l’aurait presque fait par la qualitĂ© de sa prose.

💙💙

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Mal aimĂ©e par une mĂšre avare et dure, sa fille unique, Ă  la mort de celle-ci, hĂ©rite d’un canapĂ©-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversĂ©e de la France en camionnette, les trois convoyeurs Ă©changent des souvenirs oĂč d’autres objets, tout aussi dĂ©risoires et encombrants que le canapĂ©, occupent une place dĂ©terminante. À travers l’histoire du canapĂ© et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontĂ©e, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frĂšres.

Un rĂ©cit hilarant, parfois fĂ©roce dans la description des nĂ©vroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne rĂ©jouissante, d’érudition goguenarde.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072776250 / Parution : 10-01-2019 / Prix : 20€

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Bacchantes. CĂ©line Minard

CĂ©line Minard nous entraine dans un casse pour le moins singulier, lĂ  oĂč l’argent ne coule pas Ă  flots, mais bien dans une cave Ă  vins d’exception, oĂč quelques riches, trĂšs riches, mettent Ă  l’abri leurs prestigieux millĂ©simes 


A Hong Kong, l’ancien diplomate sud-africain Ethan Coetzer s’est reconverti. Il est le maitre de ECWC, la cave de garde la plus sĂ©curisĂ©e au monde.  LĂ , dans douze bunkers rescapĂ©s de la guerre dorment pour trois cent cinquante millions de dollars de bouteilles hors d’ñge et hors de prix. Les milliardaires qui veulent Ă©chapper au fisc de leurs pays ont trouvĂ© ce stratagĂšme pour mettre leurs valeurs Ă  l’abri.

Un Typhon doit s’abattre sur la baie de Hong Kong dans les toutes prochaines heures, les mesures de sĂ©curitĂ© sont au maximum. Pourtant depuis trois jours les Ă©quipes de la brigade de Jackie Thran sont sur le pied de guerre pour dĂ©loger les braqueurs


L’auteur nous entraine dans une sarabande insolite, oĂč des braqueuses en talons aiguille dansent une bacchanale pour le moins Ă©trange Ă  coup de Romanet Conti ou de ChĂąteau-Lafite  1869. Il y a lĂ  une Jelena Drogan dite la Bombe, Bizzie, la clown et Silly, la brune.  Comment sont-elles entrĂ©es, pourquoi y sont-elles ? Car manifestement ces trois femmes-lĂ  ont un entrainement Ă  la hauteur du plan qu’elle ont murement Ă©chafaudé 

Roman court, Ă©tonnant, amusant, mais qui me laisse vraiment sur ma faim car il manque de densitĂ© 
 Je crois que je ne suis conquise ni par cette intrigue, ni par ces personnages caricaturaux  que je trouve un peu trop esquissĂ©s, aux contours flous. Et ce malgrĂ© une idĂ©e de dĂ©part pourtant sĂ©duisante, ce casse hors du commun d’une cave elle aussi hors du commun


💙💙

Catalogue Ă©diteur : Rivages

CĂ©line Minard revisite avec brio les codes du film de braquage autour de la thĂ©matique du vin pour distiller un cocktail explosif oĂč l’ivresse se mĂȘle Ă  la subversion. VoilĂ  cinquante-neuf heures que la brigade de Jackie Thran encercle la cave Ă  vin la plus sĂ©curisĂ©e de Hong Kong, installĂ©e dans d’anciens bunkers de l’armĂ©e anglaise. Un groupe de malfaiteurs est parvenu Ă  s’y introduire et garde en otage l’impressionnant stock qui y est entreposĂ©. Soudain, la porte blindĂ©e du bunker Alpha s’entrouvre. Une main gantĂ©e apparaĂźt, pose une bouteille sur le sol. Un pied chaussĂ© d’un escarpin noir sort de l’entrebĂąillement et pousse le corps de verre sur la chaussĂ©e. L’acier claque Ă  nouveau


ISBN : 978-2-7436-4595-3 / EAN : 9782743645953 / Parution : janvier, 2019 / 112 pages / Format : 12.0 x 19.5 / Prix : 13,50€

Le Nord du monde, Nathalie Yot

La fuite vers le Nord du monde d’une femme amoureuse qui sombre peu à peu dans la folie

Elle fuit, elle fuit l’homme chien, sans doute l’homme qu’elle aime trop car dans son amour il n’y a pas de demi-mesure, c’est du tout ou rien. Et cet amour l’étouffe, elle a besoin de respirer et part, Ă  pied, en train, en stop, en ce qu’on veut, jusqu’au grand nord, au pays des jours sans nuit, Ă  la limite du cercle polaire


Sur cette route qui va de Paris à la Norvùge, en passant par la Belgique et l’Allemagne, elle rencontre des femmes, puis des hommes, Pierre d’abord, avec qui l’amour n’a de nom que le sexe, avec les polonais ensuite, avec qui l’amour n’a de nom que l’abri qu’ils lui procurent, avec Isaac enfin, l’enfant qu’elle aime à la folie, et qu’elle entraine avec elle


Dans cette fuite, il y a aussi le silence de ceux qui savent, mais savent-ils ou veulent-ils croire qu’ils se sont trompĂ©s ? Et puis il y a cette femme qui va au-delĂ  de ses limites, au-delĂ  des conventions, au-delĂ  de la raison. Il y a cette femme qui a besoin d’aimer, qui fuit l’amour aussi comme une faute, comme une brĂ»lure
 et cette relation que tout repousse, la raison, la morale, la sociĂ©tĂ© – pourquoi avoir besoin d’écrire cela ? Quelle femme peut imaginer ces gestes, ces mots – un premier roman profondĂ©ment dĂ©rangeant
 mĂȘme s’il explore les limites de la folie, la puissance des sentiments, la recherche de soi jusqu’à l’extrĂȘme, au risque de briser tous les tabous.

Alors pourquoi dĂ©rangeant me direz-vous, parce que l’amour pour les hommes, l’amour pour l’enfant, semblent toujours pour elle passer par la peau, les gestes, les caresses, jusqu’à l’indicible, jusqu’à la dĂ©raison, jusqu’à 
  la folie d’aimer ?

Comment dire, en gĂ©nĂ©ral, j’aime plus ou moins les titres proposĂ©s par les 68 premiĂšres fois, mais je suis surprise par la tournure de cette aventure vers Le nord du monde. Car si l’écriture m’a tout d’abord sĂ©duite, comme les thĂšmes abordĂ©s avec la fuite en avant et la folie de cette femme interpellĂ©e dans la relation fusionnelle Ă  l’autre, pourtant au fil des pages les idĂ©es sous-jacentes sont devenues prĂ©pondĂ©rantes et terriblement dĂ©rangeantes.

💙💙

Catalogue Ă©diteur : La Contre AllĂ©e

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumiĂšre, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaĂźtre. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a AndrĂ©e, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. » Nathalie Yot, Ă  propos de Le Nord du Monde

Nathalie Yot est nĂ©e Ă  Strasbourg et vit Ă  Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, passionnĂ©e des mots, de musique et d’art, architecte et chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hĂ©tĂ©roclite Ă  l’image de son Ă©criture. Elle est diplĂŽmĂ©e de l’école d’architecture mais prĂ©fĂšre se consacrer Ă  la musique (auteure, compositeur, interprĂšte signĂ©e chez Barclay) puis Ă  l’écriture poĂ©tique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont lĂ©gions.

ISBN 9782376650010 / Format 13,5 x 19 cm / Nombre de pages 152 pages / Date de parution 20/08/2018 / Prix 16, 00€

Une si brĂšve arriĂšre-saison. Charles Nemes

Que devient-on quand la violence frappe notre entourage, quels sont les repĂšres, les raisons de vivre qui nous font avancer ? C’est la question que pose Charles Nemes dans son dernier roman « Une si brĂšve arriĂšre-saison ».

Domi_C_lire_une_si_breve_arriere_saison_charles_nemesJacques vient de prendre sa retraite. Ah, parfait, il va avoir beaucoup de choses Ă  faire alors ! Mais non, Jacques s’installe, se terre presque dans son appartement, ne rencontre personne Ă  part sa niĂšce AdĂšle, la seule de sa famille qui trouve grĂące Ă  ses yeux et avec qui il partage les mĂȘme goĂ»ts musicaux. Il ne trouve mĂȘme plus l’énergie pour commencer le roman qu’il a toujours rĂȘvĂ© d’écrire, pour vivre autre chose.

Car s’il a dĂ©cidĂ© d’écrire un roman, il est cependant en manque d’inspiration. Lorsqu’il croise Christine Angot dans un cafĂ© prĂšs de chez lui, il imagine alors qu’il pourrait sĂ©duire celle qui a tant Ă©crit sur les hommes de sa vie. La rencontrer pourrait faire de lui le sujet idĂ©al du prochain roman de Christine !

Mais cette rencontre peine Ă  se faire
 De hasards en dĂ©ceptions, jacques n’a plus aucune envie, si ce n’est d’appliquer les consignes de ce livre interdit qu’il est certainement l’un des seuls Ă  possĂ©der dans sa bibliothĂšque Suicide mode d’emploi. Alors il cogite, programme, Ă©value, ses envies, son avenir, ses actions futures.

Pourtant, lorsque la vie bascule dans le quartier dans lequel vit Jacques, quand il dĂ©couvre qu’AdĂšle, est au bataclan ce soir de 2016, il n’aura plus qu’une idĂ©e, aider, sauver celle qui compte tant pour lui.

VoilĂ  donc un roman assez Ă©trange qui s’installe longtemps dans la tĂȘte de ce retraitĂ© en mal de vivre qui se cherche une raison d’ĂȘtre, pour finalement basculer vers l’horreur des attentats terroristes. Hymne Ă  la vie, sans doute, mais un peu opportuniste Ă  mon goĂ»t
 Le sujet du bataclan, de la victime rescapĂ©e, arrive tard, et je l’ai senti comme une accroche un peu trop Ă©vidente pour Ă©mouvoir le lecteur
 Si l’écriture est intĂ©ressante, si j’ai aimĂ© certains de ses atermoiements, le personnage pourtant ne m’a ni vraiment intĂ©ressĂ©e ni Ă©mue.

💙💙


Catalogue éditeur : HC éditions

Jacques ne supporte plus la pĂąleur de son quotidien de jeune retraitĂ©. Seule sa niĂšce AdĂšle lui apporte un peu de lumiĂšre depuis qu’il a dĂ©cidĂ© d’écrire sans y arriver et s’est mis en tĂȘte de sĂ©duire Christine Angot sans plus de succĂšs.
AdĂšle a la fraĂźcheur de ses trente ans et les mĂȘmes goĂ»ts musicaux que son rocker d’Uncle Jack. Elle est « son hĂ©ritiĂšre courage, sa revanche, sa rĂ©incarnation rĂ©ussie ». Jusqu’au jour oĂč elle accepte de prendre la place de concert d’une amie. Les Eagles of Death Metal jouent au Bataclan ce soir-lĂ  et elle ira pour voir.

L’existence d’AdĂšle va sombrer alors que celle de Jacques retrouvera un sens. Un hymne Ă  l’amour et Ă  la vie
 avec le cƓur Ă  l’envers. Il fallait la dĂ©licatesse et l’humanitĂ© de Charles Nemes pour aborder un tel sujet.

Réalisateur éclectique, Charles Nemes passe du tragique (soirée Primo Levi sur Arte) au burlesque (La Tour Montparnasse infernale). Scénariste de cinéma, il écrit également pour la télévision quand il ne la regarde pas, et publie des livres quand il ne tourne pas. Auteur salué par la critique, Charles Nemes publie ici son huitiÚme roman. (Source HC éditions)

14,5 X 22 cm ; brochĂ© ; 224 pages / Paru le 30/08/2018 – ISBN 9782357204133

K.O. Hector Mathis

K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis


Domi_C_Lire_k_o_hector_mathis_premier_roman_buchet_chastel.jpgPar un soir Ă©trange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un chĂąteau tout au fond de la forĂȘt, au son d’un saxo jouĂ© ou imaginĂ© par le vieux Archibald, qui tousse et Ă©coute, Ă©coute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poĂšte Ă  ses heures – un double romancĂ© de l’auteur peut-ĂȘtre ? – tout comme Sitam pourrait ĂȘtre un double imparfait et inversĂ© de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prĂȘtĂ©, une vie de bohĂšme. Sitam et sa mĂŽme Capu,  fauchĂ©s comme les blĂ©s, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientĂŽt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam


Cette fuite sonne le dĂ©but de leur longue marche Ă  travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour oĂč
 LĂ  ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au mĂȘme moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hĂŽpital, personnel soignant dĂ©bordĂ©, la maladie est lĂ , sournoise, qui va le dĂ©truire peu Ă  peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrĂ©nĂ©e du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvretĂ©, mais aussi la solidaritĂ© des va-nu-pieds, l’amitiĂ©, la poĂ©sie parfois. C’est Ă©crit dans un style Ă©tonnant, mais qui m’a rapidement lassĂ©e, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette Ă©criture m’a comment dire, fatiguĂ©e. Il m’a manquĂ© quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces diffĂ©rents personnages. LĂ  je les ai Ă  peine survolĂ©s, sans pouvoir rĂ©ellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haĂŻr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a pourtant la musique et la musicalitĂ© des mots, l’écriture et la poĂ©sie, c’est rythmĂ© et ça balance parfois comme la vie, bercĂ© par l’éphĂ©mĂšre et le provisoire, mais trop sans doute. Alors il m’a manquĂ© un je ne sais quoi, peut-ĂȘtre parce que ce rythme m’a rappelĂ© d’autres auteurs et surtout m’a embarquĂ©e dans trop de situations ?

💙💙


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Sitam, jeune homme fou de jazz et de littĂ©rature, tombe amoureux de la mĂŽme Capu. Elle a un toit temporaire, prĂȘtĂ© par un ami d’ami. Lui est fauchĂ© comme les blĂ©s. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirĂšnes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…

BouleversĂ©s, Sitam et Capu dĂ©cident de dĂ©guerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisĂątre », le pays natal de Sitam. C’est le dĂ©but de leur odyssĂ©e. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la prĂ©caritĂ©…

Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, nĂ© d’un sentiment d’urgence radical, traite de thĂšmes tels que la poĂ©sie, la maladie, la mort, l’amitiĂ© et l’errance. Il s’y cĂŽtoie garçons de cafĂ©, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y rĂšgne le chaos.

Date de parution : 16/08/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm / 208 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03148-3

La dĂ©sertion. Emmanuelle Lambert

« La dĂ©sertion » d’Emmanuelle Lambert est un roman sur l’absence, sur la disparition inexpliquĂ©e d’un proche, et certainement sur la place que l’on accepte ou pas d’occuper dans la sociĂ©tĂ©.

Domi_C_Lire_la_disparition.jpgDisparue, volatilisĂ©e ! Du jour au lendemain, Eva Silber n’est plus revenue au bureau, ni sur le banc oĂč elle avait l’habitude de se poser les mardis et jeudis, ni dans les bras de son amant, nulle part, comme ça ! Mais, est-ce possible de disparaĂźtre ainsi ?

Dans ce roman construit en quatre parties, qui portent chacune le prénom de celui qui évoque la disparue, tout à tour  Franck, Marie-Claude, Paul, puis Eva racontent, expliquent, tentent de comprendre.
Car avouons-le, cela nous parait carrĂ©ment impossible de s’évanouir dans la nature du jour au lendemain. Et pourtant
 Eva exerce un travail Ă©tonnant, chaque jour elle doit rentrer des statistiques dans des tableaux impersonnels. Des statistiques ? Oui, mais pas n’importe lesquelles, car ce sont des morts qu’elle inventorie jour aprĂšs jour, croix aprĂšs croix, cas aprĂšs cas, des morts sans nom et sans famille. Jusqu’au jour oĂč la mort d’un tout jeune enfant perturbe l’ordre Ă©tabli. Car Eva dĂ©cide de lui donner un prĂ©nom qui n’existera qu’entre elle et lui pour faire vivre Ă  ses cĂŽtĂ©s la mĂ©moire de l’enfant mort. Jusqu’au jour oĂč Eva n’accepte plus


Alors chacun raconte la disparue, du patron Ă  l’attitude malsaine Ă  la collĂšgue faussement  compatissante, puis Ă  l’inconnu futur amant transi, chacun tente de comprendre pourquoi et surtout comment ils auraient pu, ou dĂ», voir ? Que s’est-il passé ? Et surtout pourquoi le silence, car alors, que penser de la relation tissĂ©e avec celle qui a fait dĂ©sertion.

Un roman surprenant, incisif et dĂ©sespĂ©rĂ©, oĂč les personnages se dĂ©voilent peu Ă  peu dans ce qu’ils ont de plus intime, cette part d’humanitĂ© ou de violence, de silence et de secrets, de solitude et d’incomprĂ©hension.

💙💙

Dans le mĂȘme esprit, la disparition d’un proche, lire  aussi le roman d’Emmanuelle GrangĂ© Son absence (68 premiers romans).


Catalogue éditeur : Stock

« Le premier jour d’absence il Ă©tait descendu Ă  l’heure du dĂ©jeuner pour l’attendre dans le parc, cachĂ© derriĂšre l’arbre d’oĂč il observait la sortie de ses subordonnĂ©s. Il avait ensuite vĂ©rifiĂ© les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle. » Un jour, Eva Silber disparaĂźt volontairement. Pourquoi a-telle abandonnĂ© son mĂ©tier, ses amis, son compagnon, sans aucune explication ? Tandis que, tour Ă  tour, ses proches se souviennent, le fait divers glisse vers un rĂ©cit inquiĂ©tant, un roman-enquĂȘte imprĂ©visible Ă  la recherche de la disparue.

Parution : 17/01/2018 / 160 pages / Format : 136 x 215 mm / EAN : 9782234084957 / Prix : 15.00 €

 

Un funambule. Alexandre Seurat

Étrange, oppressant, Ă©mouvant, dĂ©routant, ce sont les mots qui me viennent aprĂšs avoir refermĂ© « Un funambule » le dernier roman d’Alexandre Seurat.

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Le funambule d’Alexandre Seurat est un personnage qui a perdu ses repĂšres, un malade qui  tente de retrouver ses souvenirs d’enfance, surtout ceux qui l’ont rendu heureux. Car il s’en rend bien compte, la vie passe Ă  cĂŽtĂ© de lui, comme ce quad sur la plage qui ne le voit mĂȘme pas, cette boulangĂšre qui ne le sert pas quand c’est son tour dans la file, elle ne le remarque mĂȘme pas. Comme s’il Ă©tait Ă©ternellement perdu, pour lui autant que pour les autres. Il Ă©crit, mais ne veut pas ĂȘtre lu, il vit, mais en marge de la vie, terrorisĂ© sans doute par cette normalitĂ© qui lui est inconnue.

Alors, les mots pour décrire les sentiments que je ressens à la lecture de ce roman sont divers.
Étrange, car ce jeune homme est un funambule qui se promĂšne en marge de la vie, de la sienne comme de celle des autres sans arriver Ă  se mettre Ă  leur niveau, toujours en dĂ©calage, trop en haut, trop en bas, et surtout Ă  cĂŽtĂ©, des gens, des choses, de la vie.
Oppressant, car il est malade, sans doute, incompris, certainement, malheureux, forcĂ©ment, mais le lecteur est si dĂ©muni en le dĂ©couvrant au fil des pages qu’un sentiment d’étrangetĂ© et d’incomprĂ©hension domine cette lecture.
Émouvant, car on le comprend vite, Solenne l’a quittĂ©, sa mĂšre en a peur, son pĂšre ne lui parle par, sa sƓur le regarde comme un extra-terrestre, il ne trouve pas sa place dans ce monde qui l’entoure.
DĂ©routant, car on le dĂ©couvre au bord du vide, en Ă©quilibre, dans une bulle, seul, et pourtant l’impression est sous-jacente et nous laisse entrevoir que le monde pourrait l’intĂ©resser, qu’il voudrait s’y inclure, qu’il attend on ne sait quoi.

J’avais beaucoup aimĂ© l’écriture de La maladroite ce roman terriblement Ă©mouvant au sujet si difficile que j’avais attendu des semaines avant de trouver le courage de le lire. Je retrouve ici cette Ă©criture hors du temps et des conventions. Phrases courtes, sentiment de solitude, Ă©trangetĂ©, qui passent si bien Ă  travers les mots et les phrases d’Alexandre Seurat. Mais pourtant, j’ai l’impression d’ĂȘtre un peu passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© tant la prise en compte du personnage, la maitrise du sujet, m’a dĂ©routĂ©e.

💙💙


Catalogue éditeur : Le Rouergue

Un jeune homme est rĂ©fugiĂ© dans la maison de vacances de ses parents, en bord de mer. Cela ne « va » pas, tout l’engloutit, la pensĂ©e de sa mĂšre, sa relation avortĂ©e Ă  la seule femme qu’il ait aimĂ©e, sa non-existence sociale. C’est un ĂȘtre effondrĂ©, un funambule qui marche au-dessus du vide. Alors qu’il retrouve les siens pour la fĂȘte des mĂšres, il apprend qu’il doit se rendre avec son pĂšre Ă  un rendez-vous mĂ©dical dont il ne sait rien.

janvier 2018 / 96 pages / 12,00 € / ISBN 978-2-8126-1508-5