Les cœurs inquiets, Lucie Paye

Un beau roman qui déborde d’amour et d’espoir

Lui, artiste peintre qui excelle dans les paysages sans aucun personnage, a quitté l’île Maurice pour Paris. Son galeriste envisage une nouvelle expo en septembre, mais est-il capable de répondre à cette exigence.
Son inspiration du moment ? Une femme, pas un modèle, pas une amoureuse, pas une voisine, mais une femme surgie des limbes de son imaginaire sans qu’il arrive à comprendre l’urgence qui s’est emparée de lui.

Elle, on le comprend vite, est malade. Elle saisi les moments de sérénité et de lucidité qu’il lui reste pour écrire à l’amour de sa vie qui a disparu depuis si longtemps.
Qui est-il cet homme qu’elle a cherché pendant tant d’années, que veut-elle de lui, et pourquoi a-t-il disparu ?

Lui et elle, vont-ils être deux destins parallèles ou leurs trajectoires vont-elles se croiser un jour ?

Ce que j’ai aimé ?

L’auteur nous propose des tranches de vie qui émeuvent et bouleversent, mais qui en même temps nous procurent un sentiment de sérénité.
Ces lettres qui débordent d’amour, de regrets, mais qui sont tellement positives et généreuses envers celui qui devrait les recevoir. L’amour d’une mère, absolu et définitif.
Les secrets de famille et les silences qui détruisent inexorablement ceux qui les acceptent.
Cet homme qui trouve une inspiration dans une femme inconnue qui le bouleverse sans qu’il en connaisse la raison. La force de amour filial suggérée ainsi.
Cet amour de l’art et de la peinture qu’ils ont en commun, cette façon qu’à l’auteur de distiller la beauté des œuvres et de nous en faire apprécier le beauté et à parfois le sens.

Un premier roman particulièrement réussi que l’on n’arrive pas à lâcher avant la fin.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

Parution : 05-03-2020 / 52 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072847301 / 16,00 €

Sept gingembres, Christophe Perruchas

La brutale désescalade d’un manager toxique harceleur

Quel étonnant roman. J’ai cru au départ lire un recueil de nouvelles tant les premiers chapitres sont déroutants. Mais non, le lecteur suit les pas d’Antoine, un sémillant quadragénaire qui occupe un poste de directeur dans une agence de pub en vue. C’est aussi un homme de son époque, emploi branché dans une boite de pub, fil d’actualité des réseaux sociaux qu’il sait utiliser à son avantage, Like et hashtags, il manie les technologies comme un pro et sait en tirer profit.

Il ose tout, harcèlement, drague, blagues vaseuses, réflexions désobligeantes, regards appuyés, rien ne lui fait peur puisqu’il s’arroge tous les droits. À l’heure de #metoo, ce genre ce comportement pourrait paraître obsolète, mais pour Antoine, manager toxique infatué, c’est la norme. Les femmes sont des objets dont il apprécie les formes, la saveur, l’odeur. Il le leur dit, le leur écrit, et par ses regards concupiscents, leur montre clairement ses objectif sans aucune retenue. Jusqu’au jour où l’une d’entre elle se rebelle.

À ce parcours toxique viennent s’intercaler sept épisodes plus personnels. Des moments de sa vie de couple partagés sur les réseaux à bon escient pour s’attirer les bonnes grâces du cercle des proches et de tous ces faux amis qui viennent le voir évoluer derrière l’écran. Parade amoureuse, fierté de mâle qui exhibe son bonheur pour asseoir sa réputation.

Et pourtant, où se trouve la réalité de sa vie, puisque le roman débute avec un homme qui s’interroge sur sa vie d’avant, la normale, l’acceptée, sur sa futilité et son utilité, depuis sa chambre de l’hôpital psychiatrique sainte Anne, là où l’on tente de soigner les malades mentaux.

Un roman à la fois très déroutant et intéressant tant par son écriture soignée, son rythme ni linéaire ni classique, que par les nombreuses questions qu’il soulève. il a le mérite de nous faire entrer dans les pensées de celui par qui le scandale arrive. Ce personnage principal que l’on a envie de détester. Ce mâle imbu de sa personne, à la personnalité difficile à décrypter, harceleur mais également mari aimant et père attentif. Ce collègue qui a largement dépassé les limites de la correction, prédateur sexuel ou ce fou qui se demande comment il en est arrivé là.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Brune Rouergue

C’est un père attentionné, un manager toxique, un mari aimant, mais aussi un prédateur sexuel, un publicitaire exsangue, une victime des temps qui vont, un coupable sans aucun doute.
Il vit, on le suit, caméra à l’épaule, instantanés de ses maintenant, haïkus éclatés, qui vont nous révéler petit à petit l’ensemble de l’image, pixel après pixel.
Toutes ces zones grises sont autant de nuances qui finissent par constituer un visage familier : celui de l’époque.
Qui s’achève dans la chute d’un mâle blanc, quadragénaire, asphyxié par un système dont il est le combustible.
En véritable sismographe, Christophe Perruchas enregistre cet effondrement qui fait écho à celui d’un vieux monde à bout de souffle

août 2020 / 224 pages / 19,00 € / ISBN 978-2-8126-1987-8

Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar

Un premier roman perturbant sur les dérives sectaires des religions

Sixtine, comme la chapelle, est la sixième enfant d’une famille qui se doit d’être nombreuse pour plaire à dieu. Sixtine, aussi pieuse que fragile et vulnérable, élevée dans la religion traditionaliste catholique. Lorsqu’elle rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde, son chemin est tout tracé, devenir son épouse, puis après une nuit de noce catastrophique mais conforme aux diktats d’une religion qui veut que l’on s’unisse pour procréer, femme au foyer et future mère de son premier enfant. Ce fils, car il ne peut en être autrement, se nommera Foucault en l’honneur du père de Foucault, et qu’importe si cela ne lui convient pas, puisque son époux et sa belle famille en ont décidé ainsi.

Pierre-Louis Sue de la Garde est un mari modèle, mais c’est surtout un forcené de la religion catholique intégriste. Anti mariage pour tous, anti homosexualité, anti PMA, anti immigration, comme il se doit dans ce milieu très fermé que l’on peut qualifier de sectaire. Il est le premier à aller casser du manifestant avec la milice des Frères de la Croix.

Sixtine vit un calvaire auprès de ce mari qu’elle comprend de moins en moins, dans cette famille qui l’accapare, en prière, chapelets, contritions et génuflexion. Jusqu’au jour où le malheur arrive. Elle ouvre enfin les yeux et voit le monde qui l’entoure tel qu’il est, et cette famille et ses règles strictes qui la gouvernent telles qu’elles sont. À compter de ce jour, elle décide de fuir pour enfin s’émanciper, vivre sa vie de femme, de mère, de croyante, mais hors des préceptes intégristes qui annihilent toute volonté prônés par sa belle-famille et les Frères de la Croix.

Un premier roman perturbant qui montre avec justesse les dérives sectaires de toute religion à partir du moment où elle devient intégriste et omnipotente. J’ai aimé suivre l’éveil et l’émancipation de cette jeune femme qui découvre enfin de pouvoir de dire non, de décider, de se révolter et de vivre sans suivre les directives que les siens tentent de lui imposer, sans pour autant renier sa foi ou sa religion, mais en acceptant d’en rejeter les extrêmes. Mais cette deuxiéme partie semble parfois utopique, même si on souhaite qu’elle puisse être réaliste. En parallèle, le lecteur retrace le parcours de sa mère, qui vient très jeune elle aussi à la religion et Sixtine découvre un secret de famille particulièrement troublant.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Julliard, Pocket

Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.
Bénie soit Sixtine est avant tout l’histoire d’un éveil et d’une émancipation. Entre thriller psychologique et récit d’initiation, ce premier roman décrit l’emprise exercée par une famille d’extrémistes sur une jeune femme vulnérable et la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades. Un magnifique plaidoyer pour la tolérance et la liberté, qui dénonce avec force le dévoiement de la religion par les fondamentalistes.

Née en 1985, Maylis Adhémar vit à Toulouse où elle travaille en tant que journaliste indépendante. Bénie soit Sixtine est son premier roman.

EAN : 9782260054542 / pages : 304 / 19.00 € / Date de parution : 20/08/2020

Avant le jour, Madeline Roth

Quand le voyage amoureux devient voyage intérieur

Elle a bientôt quarante ans, un amant plus jeune qu’elle, un enfant déjà adolescent. Divorcée alors que son fils Lucas n’était encore qu’un bébé de quelques mois, il a aujourd’hui treize ans. Elle a choisi de vivre seule, mais aujourd’hui elle attend Pierre. Pierre l’amant qui part toujours trop vite mais qui lui a promis ce long week-end en Italie. Partir à Turin tous les deux, comme un cadeau, une parenthèse.

Pourtant, il ne viendra pas, il reste auprès de sa femme qui vient de perdre son père. Alors, que faire, rester seule chez elle en sachant qu’il ne viendra pas ou partir sans lui pour rencontrer la ville qui devait abriter leur amour, pour s’y rencontrer elle-même.

Alors elle part, seule dans ce train, seule dans le lobby de l’hôtel, dans la chambre, les églises et les musées qu’ils auraient pu arpenter à deux, seule surtout avec ses interrogations, avec cette introspection utile et bienvenue. Qu’est-ce que l’amour, est-ce raisonnable d’attendre un homme que l’on n’aura jamais à soi, et pourquoi faut-il divorcer, pourquoi partir et se priver de son fils une semaine sur deux, le priver aussi de cet autre parent qui forcément va lui manquer.

Les questions arrivent au rythme de ses pas dans la ville qu’elle découvre, mais aussi au fil des souvenirs qui s’égrainent, quatre ans déjà avec Pierre, cet homme qu’elle aime même s’il ne sera jamais à elle.

Un court roman qui dit l’amour, l’attente, les questions que l’on se pose lorsque l’on voit filer les années et que l’on ne sait pas si l’on a fait les bons choix, les questions que l’on se pose aussi quand on comprend que l’on est exactement à la place où on souhaite être. Raconter et vivre l’amour interdit avec des mots simples et sincères, pour nous le faire comprendre et partager. Un premier roman lucide et vrai tout en finesse.

Lire également l’avis de The Fab’s blog

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La fosse aux ours

La narratrice avait prévu un court voyage à Turin avec son jeune amant. Au dernier moment, celui-ci annule sa participation pour raison familiale. Elle se retrouve seule dans la capitale du Piémont. Le voyage amoureux se transforme en un voyage intérieur qui lui permet de faire le point sur sa vie.

Date de parution : 07/01/2021 / EAN : 9782357071643 / pages 64

Les orageuses, Marcia Burnier

Comment se reconstruire après les violences et malgré le silence de la justice ?

Elles sont jeunes, fragiles, solitaires, mais au fond ce sont des femmes fortes et déterminées. Elles se sont reconnues, car elles ont été victimes de harcèlement ou de viol. Pourtant aucune n’a osé déposer plainte. A quoi bon si c’est pour ne pas être écoutée, pour être moquée, soupçonnée, dénigrée. Cela, elles ne l’auraient pas supporté, pas après ce qu’elles ont subi. Mais c’est l’orage qui gronde dans leurs têtes et dans leurs corps. Car comment se remet-on d’une agression. Que peut-on faire si l’on est tiraillée entre honte et culpabilité, dégoût et colère, quand on ne sait même plus si l’on a envie de se terrer ou de répondre par la violence.

Un jour ces orageuses décident de se venger et de donner ensemble la réponse qu’elles attendaient d’une société qui s’avère aussi muette que transparente face aux violences faites aux femmes. Oh, leur violence n’est pas celle des hommes qui les ont blessées car elles ont intégré l’idée qu’il y a des limites à ne pas franchir. Le gang de filles décide de frapper ceux qui les ont blessées au plus profond d’elles-mêmes en exerçant cette vengeance qui permettra enfin de parvenir à une forme de résilience.

Est-ce seulement réalisable dans une société qui n’attend des femmes qu’une forme de soumission et d’effacement, qui leur demande de ne faire ni vague ni révolution, de rester avec leurs peurs et leurs angoisses, en espérant qu’à la longue tout rentrera dans l’ordre.

Les orageuses est un court roman aux personnages pas forcément crédibles, mais qui a l’avantage de démontrer la force de celles qui parce qu’elles sont soudées et ensemble, cherchent et trouvent une réponse. Mais si cette forme de vengeance est salvatrice, l’impossibilité de la voir appliquer aux autres victimes rend encore plus désespérant le manque de réaction de notre justice face aux violences faites aux femmes, sans parler du silence assourdissant face aux féminicides. Malgré certaines imperfections, ce premier roman résistant et vindicatif éveille nos consciences sur les dégâts qu’entraîne l’absence de réponse de la justice pour les victimes.

On ne manquera pas de lire sur le sujet Femmes en colère de Mathieu Ménégaux et De mon plein gré de Mathilde Forget.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions Cambourakis

« Depuis qu’elle avait revu Mia, l’histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait dans la tête. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. Lucie n’avait pas été très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose. En écoutant ces récits dans son bureau, son cœur s’emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser à toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »

Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.

Marcia Burnier est une autrice franco-suisse. Elle a co-créé le zine littéraire féministe It’s Been Lovely but I have to Scream Now et a publié différents textes dans les revues Retard Magazine, Terrain vague et Art/iculation. Née à Genève, elle a grandi dans les montagnes de Haute-Savoie. Elle a notamment suivi des études de photographie et cinéma à Lyon 2. Les Orageuses est son premier roman, et le premier de la collection Sorcières.

illustration de couverture : Marianne Acqua
144 pages / 130 x 210 mm / parution : 2 septembre 2020 / 15€ / ISBN 9782366245189

Grand Platinum, Anthony van den Bossche

Une lecture savoureuse et instructive

Lire Grand Platinum, c’est tout d’abord en savoir plus, beaucoup plus, sur l’origine des carpes au sang choisi, enfin des carpes Nishikigoï rebaptisées Koï par les occidentaux. Par exemple, découvrir enfin que les paysans de la province de Niigata ont sélectionné des spécimens aux mutations génétiques spontanées, puis les ont croisées entre elles, pour en faire les Koï exceptionnelles que l’on connaît aujourd’hui.

Puis suivre Louise dans ses pérégrinations pour sauver les carpes de son père. Car celui-ci vient de décéder. Mais pendant sa vie, il avait disséminé dans quelques mares et étangs parisiens sa collection unique de Koï. Il faut dire que ces dernières ont besoin d’espace pour se développer. Et lorsqu’il avait quitté sa maison au grand jardin, il avait bien fallu leur trouver un point de chute.

Mais pas seulement ! Car ce sauvetage est aussi un moyen de mieux connaître le père disparu. Avec l’aide de son frère, un garçon au rythme de vie totalement décalé et hors du temps, et de quelques amis bien choisis, Louise va parcourir la capitale à la rencontre des secrets bien gardés de son père.

Il y a une belle poésie et beaucoup d’humour, de sentiments et d’empathie dans ce premier roman pour le moins insolite et original. Le rythme, les personnages, l’intrigue, en font un joli moment de lecture. Original, enlevé, le sujet singulier des Koï et la personnalité de Louise, de son client Stan, de son frère et de quelques autres protagonistes donnent envie de la poursuivre encore un peu et laisse comme un goût de pas assez.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Parce que souvent sur un même roman les avis sont très partagés, n’hésitez pas à lire aussi l’avis enthousiaste de Geneviève du blog mémo émoi, et beaucoup moins par Les miss chocolatine bouquinent

Catalogue éditeur : Seuil

Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer , Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d’eau de Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage.

Anthony van den Bossche est né en 1971. Ancien journaliste (Arte, Canal +, Nova Mag, Paris Première, M6, Le Figaro) et commissaire indépendant (design contemporain), il accompagne aujourd’hui des designers, artistes et architectes.

Date de parution 07/01/2021 / 16.00 € TTC / 160 pages / EAN 9782021469165

Le Doorman, Madeleine Assas

Une vie pour découvrir NewYork, la ville qui ne dort jamais

Ray est le Doorman du 10 Park avenue, à Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’Algérie dans les années 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis à Paris. Après un emploi particulièrement pénible à décharger le poisson au marché, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vêtu de son bel uniforme à boutons dorés.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des années 70 jusqu’à effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres découvre la vie des quartiers, de Little Italy à Chinatown, du Lower East Side à TriBeCa, de Harlem à Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait découvrir par son regard. Les commerces, les cafés et les restaurants, les bars et leurs habitués, rien ne lui échappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, déambule avec lui et voit l’évolution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rêver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. Même si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissé la place aux pas plus hésitants du sexagénaire, son regard est toujours aussi affûté et empathique envers ses congénères, d’un côté ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il côtoie lorsqu’il revêt son habit de Doorman.

Je suis allée la première fois à New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui débarquait là-bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un côté irréel et festif. J’y suis retournée depuis à maintes reprises. J’ai retrouvé dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus récentes de mes dernières visites. Cette différence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beauté des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le coté vieillot et archaïque du métro ou de certaines boutiques par exemple. Le réservoirs d’eau sur les toits des buildings, les écureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressés de Wall Street, les touristes émerveillés de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si différents qui font pourtant l’unité de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mêlent pas. Enfin, Ray a réveillé en moi le sentiment fort et l’émotion qui m’avaient saisie en entrant à Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rêve américain au fil des décennies. Quand un roman éveille autant de souvenirs et d’émotions, c’est sans doute qu’il a atteint son but.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Actes Sud

Le Doorman est le roman d’un homme secret vêtu d’un costume noir à boutons dorés. Un étranger devenu le portier d’un immeuble de Park Avenue puis, avec le temps, le complice discret de plusieurs dizaines de résidents qui comme lui sont un jour venus d’ailleurs. À New York depuis 1965, ce personnage poétique et solitaire est aussi un contemplatif qui arpente à travers ce livre et au fil de quatre décennies l’incomparable mégapole. Humble, la plupart du temps invisible, il est fidèle en amitié, prudent en amour et parfois mélancolique alors que la ville change autour de lui et que l’urbanisme érode les communautés de fraternité.

Toute une vie professionnelle, le Doorman passe ainsi quarante années protégées par son uniforme, à ouvrir des portes monumentales sur le monde extérieur et à observer, à écouter, avec empathie et intégrité ceux qui les franchissent comme autant de visages inoubliables. Jusqu’au jour où il repart pour une autre ville, matrice de son imaginaire.

Ce livre est le théâtre intemporel d’une cartographie intime confrontée à la mythologie d’un lieu. Il convoque l’imaginaire de tout voyageur, qu’il s’agisse du rêveur immobile ou de ces inconditionnels piétons de Manhattan, marcheurs d’hier et d’aujourd’hui aux accents d’ailleurs.

février, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 384 pages / ISBN : 978-2-330-14427-2 / Prix indicatif : 22.00€

Danse avec la foudre, Jeremy Bracone

Dans la grisaille des citées de Lorraine, il faut la poésie d’un homme pour réaliser les rêves des enfants

II est amoureux Figuette. D’une femme enfant si délicieusement irrésistible, fantasque et éthérée. Mais Moïra vit tellement loin du quotidien, elle s’est pourtant laissée séduire par la folie douce de Figuette. Elle semble bien ignorante de la galère dans laquelle il se retrouve lorsqu’elle le quitte. Car il est bien seul pour gérer le risque de fermeture de l’usine, le manque d’argent pour boucler la fin du mois, et surtout pour s’occuper seul de sa petite Zoé qu’il faut choyer, aimer et éblouir pour deux.

Heureusement il y a les copains, ces fidèles compagnons de route, de sacrés bonhommes qui aiment passer leurs soirées à refaire le monde au café le Spoutnik. Il y a aussi les jardins ouvriers pour améliorer un peu l’ordinaire, les travailleurs transfrontaliers qui cherchent un meilleur emploi de l’autre côté de la frontière, les ouvriers qui « cagnottent » pour aider les autres, les patrons qui délocalisent sans bruit et sans fanfare, si peu soucieux de faire vivre ces régions qui sont tant à la peine. Si à travers eux, le côté social de la vie ouvrière est évoqué en filigrane, c’est pourtant bien la vie de Figuette, son amour immodéré tant pour Moira que pour sa petite Zoé, qui sont au cœur de ce premier roman tout en émotion.

On aime découvrir l’amour fou, la passion, de ce père célibataire qui se débrouille pour que sa fille passe des vacances inoubliables à la belle étoile. Mais aussi toute la magie de ces sentiments qui débordent au fil des pages et nous font aimer cet homme qui tente le tout pour le tout pour éblouir son enfant. Il y a de la magie et de la poésie dans ces lignes, dans ce roman que l’on ne veut pas quitter, dans ces personnages pour la plupart si attachants.

Un premier roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Au cœur de la Lorraine en faillite industrielle, une communauté ouvrière indomptable et l’histoire d’un amour fou.

Figuette est ouvrier et père célibataire de la petite Zoé depuis que sa femme, Moïra, imprévisible et passionnée, a fugué. L’été arrive et l’usine qui l’emploie menace de fermer, il n’aura pas les moyens d’emmener sa fille en vacances comme il l’avait promis.
Pour séduire Moïra, il avait été capable des plus belles folies. Pour la reconquérir et ne pas décevoir sa fille, il va aller encore plus  loin.
Entre drame et comédie, solidarité ouvrière et passion amoureuse, Danse avec la foudre est un premier roman poétique et révolté.

Jérémy Bracone a quarante ans. Il a vécu en Lorraine jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Artiste plasticien, il sculpte, dessine et réalise des installations. Danse avec la foudre est son premier roman.

288 pages / 19,00 € / EAN : 9782378801755 / 07/01/2021

Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin

Un roman social et humain, à hauteur d’homme

Ce n’est pas si souvent que les auteurs nous entraînent dans les pensées d’un père veuf qui a la charge d’élever seul ses deux garçons.

Depuis la disparition de la moman, et après ces longs mois de trajets aller-retour vers l’hôpital pour l’accompagner vers son dernier voyage, le père ne sait plus comment gérer Fus, son fils aîné. Celui-ci pourtant bon élève a décroché depuis longtemps. Sa seule passion aujourd’hui est le foot.
Fort heureusement il reste encore le Gillou qui pourra peut-être faire des études correctes et, qui sait, partir à la capitale pour les poursuivre dans une grande école.
Le père, ancien syndicaliste convaincu, colleur d’affiches et actif aux meetings participe aujourd’hui bien sagement à quelques réunions avec les camarades de la section PS du coin.
Jusqu’au jour où il découvre que Fus s’est laissé embringuer par les colleurs d’affiches du parti adverse, le pire qui soit, celui des fachos.
Comment un père attentif et aimant peut-il accepter cela. Quels vont être son attitude, son cheminement pour comprendre, accepter ou rejeter ce fils qui a pris un chemin à l’opposé de ses convictions les plus intimes.
Et surtout, lorsque des circonstances plus dramatiques encore l’inciteront à renier ce fils, comment va-t-il réagir ? Comment réagit-on face aux erreurs de ses propres enfants.

Un roman sur l’amour paternel, la place de la famille, les sentiments souvent trop difficiles à exprimer. Un roman social et humain, à hauteur d’homme, avec des personnages auxquels on s’attache facilement tant on aurait pu les croiser au coin de notre rue, dans notre quartier, notre propre famille.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Manufacture de Livres

C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.
Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon. Il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui. Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années. Ce qu’il faut de nuit est son premier roman.

16,90 euros / 198 pages / Parution le 09/12/2020 / ISBN 9782358876797

Indice des feux, Antoine Desjardins

Sept nouvelles venues tout droit du Québec pour réveiller notre conscience écologique

Avec Indice de feux, Antoine Desjardins propose sept textes différents qui éveillent à l’écologie et sont tous très émouvants, parfois bouleversants : À boire debout ; Couplet ; Étranger ; Feu doux ; Fins du monde ; Générale ; Ulmus Americana. Un fil rouge relie ces nouvelles, la préoccupation d’un petit nombre pour la sauvegarde de la planète, lorsque chacun à son niveau œuvre pour améliorer les choses, ou du moins essayer d’endiguer la vitesse à laquelle la détérioration du milieu qui nous entoure évolue. Comme autant de cris d’alerte, un éveil des consciences à niveau d’Homme, celui où chacun de nous pourrait agir.

Ce jeune garçon dont on suit le parcours de fin de vie, car il souffre d’une leucémie et voit les années à vivre se transformer en semaines, en jours. Il s’intéresse pourtant à ce qu’il se passe sur la planète, à cet iceberg géant détaché de la banquise, à ces terres submergées, à ces populations inexorablement déplacées. Cet enfant qui agonise, c’est notre monde qui meurt à petit feu, détruit sans vergogne par des humains irrespectueux de cette nature qui les fait vivre.

Ce grand père qui protège son Orme d’Amérique des maladies qui pourraient le tuer comme une louve protège ses petits, obstinément, inlassablement, cet arbre centenaire et solitaire qui portant va mourir avec lui.

Cette tante, attentive à la vie de sa ferme, à son environnement, qui comprend qu’un grave problème climatique ou écologique est en cours lorsque plus aucun oiseau ne vient chanter dans ses arbres et sur son terrain. Et doit affronter le désintérêt manifeste des autorités qu’elle alerte. Une conséquence évidente de productions agricoles intensives et d’utilisation de pesticides dévastateurs pour la faune.

Ce garçon surdoué qu’une vie confortable attend. Après de brillantes études il fera la fierté de ses parents en entrant dans une grande multinationale ou une entreprise ayant pignon sur rue. Pourtant, il comprend bien avant les autres que le bonheur ne se trouve pas dans nos civilisations du tout et tout de suite, de surconsommation. C’est un précurseur de la décroissance, du retour aux bases et de la simplicité volontaire, qui choisit de vivre en quasi ascète au plus proche de la nature.

Chacune de ces nouvelles a pour fil conducteur la destruction ou la protection de notre environnement. Le couple qui attend un enfant, l’avenir des jeunes d’aujourd’hui, le vieillard qui protège cet arbre qui se meurt, les enfants qui voient disparaître leur terrain de jeu, ces arbres abattus pour construire de pavillons, l’homme qui regarde les coyotes qui investissent la ville sans vergogne. Enfant, adolescent, homme, à tous les stades de la vie il est primordial de prendre en compte cette nature qui nous nourrit, nous protège, nous soigne et que nous maltraitons chaque jour un peu plus. Mais les animaux, ici les oiseaux, ou la végétation, ici les Ormes d’Amérique, là ces arbres que l’on coupe, nous montrent à quel point la fin de notre monde est proche si nous n’en prenons pas soin.

Une réalité qui nous frappe lorsque l’on regarde le monde d’aujourd’hui, les changements climatiques évidents, les inondations à répétitions, les incendies monstrueux que l’on n’arrive pas à fixer, la déforestation, tous les bouleversements que l’on observe dans le temps si court d’une vie d’homme.

J’ai apprécié le message porté sans pathos ni subjectivité et le style de l’auteur, jamais moralisateur, cynique ou défaitiste. Il éveille nos consciences justement parce qu’il nous parle de nous, de nos vies, de ceux que nous côtoyions chaque jour, et pas d’un futur hypothétique ou dystopique. Et toujours avec une pointe d’humour et dans cette langue québécoise que j’aime tant. On appréciera également cette sublime couverture qui fait écho aux inondations qui frappent la France ces jours-ci.
Un message que nous fait passer également Oliver Norek dans son dernier roman Impact.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Peuplade

Soumise à la frénésie incendiaire du xxie siècle, l’humanité voit sa relation au monde déséquilibrée et assiste avec impuissance à l’irréversible transformation de son environnement. Explorant cette détresse existentielle à travers sept fictions compatissantes, Antoine Desjardins interroge nos paysages intérieurs profonds et agités. Comment la disparition des baleines noires affecte-t-elle la vie amoureuse d’un couple ? Que racontent les gouttes de pluie frappant à la fenêtre d’un adolescent prisonnier de son lit d’hôpital ? Et, plus indispensable encore, comment perpétuer l’espoir et le sens de l’émerveillement chez les enfants de la crise écologique ? Autant de questions, parmi d’autres, que ce texte illustre avec nuance et tendresse, sans complaisance ni moralisme. 
Indice des feux peint les incertitudes d’un avenir où tout est encore à jouer.

Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître.

Né au Québec en 1989, Antoine Desjardins est enseignant et écrivain. Indice des feux est son premier livre.

 Parution: 21 janvier 2021 / 360 pages / 978-2-924898-87-1 / 20 Euros