La sonate oubliée. Christiana Moreau

Premier roman sensible et musical, « La sonate oubliée » de Christiana Moreau nous entraine dans les pas de Vivaldi, de la Belgique d’aujourd’hui à la Venise du XVIIIe.

DomiCLire_la_sonate_oubliee.jpegA Seraing, en Belgique, la vie est monotone et difficile depuis que les grandes aciéries ont fermé. Lionella a 17 ans, cette jeune fille d’origine italienne se distingue du reste des adolescents de cette ville un peu sordide. Elle ne vit que pour la musique et son rêve de participer au grand concours international de violoncelle.  Mais elle doit trouver le morceau de musique qui la rendra différente et la fera remarquer. Par le plus grand des hasards, son ami Kevin déniche une partition dans une brocante. S’il n’est pas musicien, il est cependant sous le charme de Lionella et lui offre le coffret qu’il a découvert, quelques partitions, un carnet…

Lionella déchiffre le carnet, puis la musique et décide, aidée par son professeur de musique, de la jouer au concours. Avec Ada, elle part également à la rencontre de Vivaldi, le « prêtre roux » qui enseignait au 18e siècle la musique aux jeunes orphelines de l’Ospedale della Pietà, à Venise. Elles devaient passer presque toute leur vie dans cette Ospedale, n’ayant aucun espoir de se marier. Dans leur quotidien confiné entre ces murs, la musique, même jouée derrière des grilles, était un merveilleux échappatoire.

L’auteur nous emmène dans la vie de ces deux jeunes filles, nous fait connaitre cette Ospedale où les enfants abandonnés, pauvres, orphelins ou bâtards de grands seigneurs, étaient pris en charge par une société qui attendait en retour fidélité et travail. Les chapitres alternent entre Lionella et Ada, entre le présent et le passé et nous plongent avec bonheur dans la mélodie et la vie de Vivaldi. L’intrigue est intéressante, bien que les deux histoires d’amour soient d’une part à peine esquissée dans le présent et d’autre part trop clairement désespérée dans le passé pour être tout à fait crédibles… S’il lui manque un petit supplément d’âme, voilà un livre qui vous fera passer un bon moment même s’il laisse parfois une impression de pas assez.


Catalogue éditeur : Préludes

À 17 ans, Lionella, d’origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu’au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et… une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d’Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l’Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel « le prêtre roux », Antonio Vivaldi, enseignait la musique à des âmes dévouées.

Parution : 04/01/2017 / Format : 130 x 200 mm / Nombre de pages : 256 / EAN : 9782253107811

La téméraire. Marine Westphal

« La téméraire » est un roman émouvant et triste, bouleversant et positif, il apporte espoir et détresse, parle d’amour et de force, de fidélité et de rencontre, un magnifique premier roman.

DomiCLire_la_temeraireSali et Bartolomeo s’aiment d’amour depuis plus de trente ans. Ils vivent dans leurs montagnes des Pyrénées. Lui parcourt les hauteurs, pour vérifier et assurer les sentiers, protecteur invisible des randonneurs, amoureux inconditionnel de la nature et de ses montagnes. Jusqu’au jour où un grain de sable, ou plutôt un grain de sang vient enrayer le mécanisme, l’AVC le laisse dans un état végétatif. Lorsqu’il est de retour à la maison, Sali continue à s’occuper de son mari adoré.

Mais que faire, comment vivre, ou plutôt comment survivre avec un homme allongé sur un lit, deux enfants qui même s’ils ont grandi souffrent de cette situation, quand on comprend que plusieurs vies sont détruites et que la science ne peut plus rien. Alors Sali décide de vivre, et de faire vivre de beaux instants à son homme, celui qu’elle aime par-dessus tout et qu’elle ne laissera pas prostré au fond de son lit, malgré ce qu’en pense Olga, l’aide-soignante qui vient la seconder chaque jour.

Il se dégage de Sali, petite femme que l’on imagine fragile et fluette, une force et une puissance capable de soulever des montagnes. Que ce roman est émouvant, à la fois bouleversant et positif, il apporte espoir et détresse, parle d’amour et de force, de fidélité et de rencontre. Avec une écriture sans fioriture, vraie comme la nature, l’auteur fait passer une multitude de sentiments, une force et une fidélité en cet amour que le lecteur ressent au plus profond. C’est un très beau premier roman, écrit sans extravagance ni superflu, qui accroche son lecteur, lui montre l’ombre puis la  lumière, la vie en somme.

Retrouvez les chroniques de L’ivresse littéraire, de Bénédicte sur son blog Entre les lignes et de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur : Stock

Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »
Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.

Collection : La Bleue / Parution : 04/01/2017 / 144 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234081901 / Prix : 16.50 €

Nous les passeurs. Maud Barraud

Dans « Nous les passeurs », ce magnifique premier roman hymne au grand père disparu, Maud Barraud parle d’amour, de transmission, de vie et de secrets si lourds à porter.

DomiCLire_nous_les_passeursEncore une fois, je vais remercier l’équipe des 68 qui déniche de belles choses, vers lesquelles je ne serais sans doute pas allée, d’autant que je lis rarement les avis avant de découvrir un nouveau roman. Le titre d’abord, qui ne m’évoquait rien, pensant qu’il faisait plutôt allusion à une actualité sombre et inéluctable, celle de l’émigration souvent clandestine et dramatique. Mais non, il ne s’agit pas de ces passeurs-là, et c’est au fil des pages que l’on comprend le titre.

Maud Barraud vient de Bordeaux, là, son père a fait ses premiers pas au château des Arts à Talence, château qui n’appartient plus aujourd’hui à la famille… Et justement, nous allons la découvrir, l’histoire de cette famille qui comme tant d’autres a vu son destin bouleversé par l’Histoire, la guerre,  celle qu’on nomme la seconde car on espère forcément qu’il n’y en aura pas d’autre après.

Dans la famille, un grand silence détruit les sentiments, personne jamais n’a parlé du grand-père et la mort de la grand-mère laisse craindre que ce secret ne soit enfoui à jamais. Aussi Maud décide de faire de recherches, pour comprendre, savoir ce que sont ces non-dits et peut-être permettre à ce père si secret, si amer et tellement en colère, de poursuivre plus sereinement sa vie. Car pour un petit garçon, comment comprendre et accepter qu’un père ne revienne pas quand d’autres l’ont fait, comment accepter qu’un père choisisse de soigner et d’aider les autres quand ses fils ont tant besoin de lui ? Comment vivre heureux en se sachant, en s’imaginant abandonné par un père que l’on aurait tant voulu connaitre ?

Albert Barraud, le grand-père de Maud, est médecin et surtout résistant. Arrêté en 1944, il est envoyé au camps de Neuengamme, en Allemagne. Là, son métier lui a certainement sauvé la vie à l’arrivée au camps . Cela lui aura permis de soulager et d’atténuer les souffrances des prisonniers qui venaient le voir au revier.1. Dans cette infirmerie, sans faillir il soignait, secourait, cachait autant que le lui permettait les conditions dramatiques dans lesquelles ils vivaient leur détention. Jusqu’à ce jour de mai 1945, à quelques heures à peine de la fin de la guerre, quant au terme d’un long voyage, les prisonniers se retrouvent sur le paquebot Cap Arcona. Paquebot qui sera coulé dans la baie de Lubeck. Et l’on ne peut que se révolter face au destin inéluctable provoqué par des allemands décidés jusqu’au bout à poursuivre leur œuvre de destruction.

Les petits-enfants, Maud et son frère, iront jusqu’à la mer Baltique, jusqu’à la baie de Lubeck, retrouver l’âme de ce grand-père disparu, devenant ainsi des passeurs de vie, d’espoir et de lumière, pour éclairer l’avenir d’un père, d’une famille. Quel beau témoignage, ni triste, ni revendicatif mais au contraire tellement positif et porteur d’espoir en l’Homme et en la vie.

Je dois dire aussi que « Nous les passeurs » m’a permis de découvrir encore un pan de notre Histoire – la fin tragique de sept mille huit cent prisonniers au fond des cales du Cap Arcona.

Extraits :

Et je perçois aujourd’hui qu’ignorer ce qui fut avant nous, c’est perdre une partie de ce que nous sommes supposés de venir. Héros ou bourreaux, nos ancêtres nous transmettent bien plus que leur nom.

Nous baladions tous deux notre regard sur cet immense tas de pierre représentant le bloc du revier 1. Chacune d’elle prit la forme d’un trésor précieux. Chacune de ces pierres renfermait un morceau de lui…un regard, une empreinte, un souffle, un cri de colère ; un secret, un soupir plein d’espoir, un sourire, une larme. Durant toute une année, il s’était battu pour venir en aide aux plus faibles, aux plus désespérés. Durant un an il avait espéré, soutenu, il avait porté, aimé, menti, il s’était battu pour lui, pour eux, pour nous.


Catalogue éditeur : Robert Laffont

« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »
Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l’enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d’un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu’à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l’aviation britannique… Au terme d’un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les nœuds qui entravaient les liens familiaux.

Parution : 5 Janvier 2017 / Nombre de pages : 198 / Prix : 17,00 € / ISBN : 2-221-19790-9

Les parapluies d’Erick Satie. Stéphanie Kalfon

Erick Satie, précurseur au génie incompris, rejeté par les musiciens de son temps, revit sous la plume vive et envolée de Stéphanie Kalfon.

DomiCLire_les_parapluies_d_erik_satie.jpgDécidément on parle beaucoup d’Erik Satie depuis quelques mois, d’abord dans le superbe roman de Jean-Paul Delfino Les pêcheurs d’étoiles (éditions le Passage) ou évoqué plus brièvement dans la BD  Jacques Prévert n’est pas un poète.

Si l’on connait le nom d’Erik Satie, on connait souvent beaucoup moins bien la vie de ce musicien avant-gardiste, « égaré » dans son siècle, largement méprisé et incompris de son époque, le malheur souvent de tous ceux qui sont en avance sur leur temps, qui ont une forme de génie qui ne peut être comprise par leurs pairs, qui sont trop différents, trop novateurs.

Et le lecteur de découvrir un homme génial, qui rejette la musique et la création de son époque, cherchant à inventer un autre rythme, une autre musicalité, d’autre normes que celles imposées par les messieurs rigides du conservatoire. Incompris, il ira même jusqu’à reprendre des études pour montrer qu’il peut entrer dans le moule, pour être enfin reconnu par les « sachants ». Mais aussi un homme qui fort de ses idées, de ses aspirations, ira jusqu’au bout de sa création.

Erick Satie, excentrique et sensible, à la créativité débordante mais incapable de se fondre dans le moule,  va vivre dans la misère, sans même avoir de quoi s’offrir à manger. Et lui à qui tous savaient offrir un verre mais jamais un sandwich mourra bien trop jeune d’une cirrhose, dans la solitude d’une chambre misérable. Il vivait dans une banlieue à l’époque bien éloignée de paris pour le marcheur à pied qu’il était. Ce qui l’obligeait à passer les nuits dehors, dans les cafés, les cabarets, rentrant au petit matin dans son minuscule logis, peuplé de parapluies, de pianos cassés, et de souvenirs d’une vie qui aurait dû être magnifique.

Voilà donc un roman intéressant et instructif, qui nous parle à la fois d’un homme, d’un inventeur d’une musique originale, mais aussi d’incompréhension, de règles et d’habitudes, de tout ce qui fait que la nouveauté et le génie sont parfois difficiles à accepter. Un roman au rythme aussi décalé et chantant que des notes d‘Erik Satie, aussi envolé que son génie. Malgré quelques longueurs vers la fin, il nous emporte avec cette écriture quasiment musicale. Merci aux « 68 » sans qui je n’aurai certainement pas découvert ce premier roman de Stéphanie Kalfon.

Retrouvez les chroniques de Charlotte et de Henri-Charles


Catalogue éditeur : Littérature française/Joëlle Losfeld, Gallimard  

En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l’auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où, coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies identiques, il boit autant, ou plus, qu’il compose. Observateur critique de ses contemporains, l’homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l’absence d’originalité de la société musicale de l’époque, et son refus des règles lui vaut l’incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire.

Parution : 02-02-2017 / 216 pages / 125 x 185 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072706349

Mon ciel et ma terre. Aure Atika

D’Aure Atika, on connait la comédienne, désormais il faudra composer également avec l’écrivain !

DomiCLire_aure_atika_mon_ciel_et_ma_terre.JPGBel hommage, hymne, ode à Odette, cette mère fantasque, bohème, aimée follement par sa fille qui nous montre avec « Mon ciel et ma terre » toute la puissance de cet amour.

Et l’on découvre des souvenirs qui sont tellement forts, visuels, charnels, que le lecteur voit à son tour le beau visage d’Ode, sent son parfum, l’odeur de sa peau, de ses cigarettes, entend le bruit de la fête. Mais il y a beaucoup d’émotion également à ressentir l’abandon, la solitude, d’une enfant qui attend, espère, mais comprend vite que sa mère n’est pas de celles-là qui donnent de l’amour sans compter, de l’affection, des câlins… Car Ode, c’est aussi un autre monde, d’autres amours, la fête et les amants, les nuits à danser, la drogue aussi, et surtout la vie pas vraiment facile que l’on traverse toujours avec une pointe de gaité, de joie de vivre malgré les épreuves et dans l’attente de jours meilleurs.
Qu’il est étonnant cependant de voir que face à une certaine forme d’égoïsme, d’insouciance, de manque d’attention, cette enfant est totalement amoureuse de cette mère unique, expansive, rayonnante puis triste, malade, mais toujours tellement extra-ordinaire…

Car on peut se demander qui a vraiment été la mère dans ce couple étrange, où celle qui devait cajoler, réconforter, éduquer, était celle qui provoquait les angoisses de sa fille mais ne savait ou ne voulait pas les voir. On sent tout au long des pages une enfant protectrice, qui accepte et comprend, responsable avant l’heure, mais définitivement heureuse de cette vie qui a forgé l’adulte qu’elle est devenue. Et le lecteur de découvrir et d’apprécier, étonné, cette artiste qui se dévoile avec pudeur. On sent qu’elle a toujours peur d’en dire trop ou pas assez pour nous faire comprendre et mesurer la réalité de cette mère qu’elle révèle dans ce cri d’amour magnifique. Alors avouons-le, c’est une très belle surprise ce premier roman d’Aure Atika à l’écriture fluide, pudique et touchante à la fois.


Catalogue éditeur : Fayard

 « J’ai aimé ma mère, follement. Je l’ai cajolée, protégée. Je lui chantais des comptines de couleur, bleue, ou rose selon l’humeur, pour la rassurer. Je l’épaulais lors de ses chagrins d’amour, j’assistais, déboussolée, à ses crises de manque. J’étais parfois la mère de ma mère… Pourtant, je l’admirais plus que quiconque, je ne l’aurais à aucun moment échangé contre une autre. Maman, elle n’avait pas peur de se bagarrer avec ses pieds et ses mains, ni de claquer la porte aux nez de ses amants. Maman, elle partait en pleine nuit faire la fête, elle m’emmenait dans des dîners de grands en plein Saint-Germain des Prés, à la Coupole ou au Flore, alors que nous vivions dans de petits appartements faits de bric et de broc. Ma mère était bohème. Elle était mon ciel et ma terre. Elle était mon Ode. Tout un poème. »
Aure Atika est comédienne, scénariste et réalisatrice. Elle oscille entre films d’auteur (Jacques Audiard, Abdellatif Kechiche, ou Stéphane Brizé) et productions grand public (La Vérité si je mens, ou OSS 117). Mon ciel et ma terre est son premier roman.

 EAN : 9782213687100 / Parution : 08/02/2017 /  208pages / Format : 135 x 215 mm

Giboulées de soleil. Lenka Hornakova-Civade

Plongez les yeux fermés dans la vie de ces trois générations de femmes en Tchécoslovaquie et vous ne le regretterez pas !

DomiCLire_giboulees_de_soleil.jpgTchécoslovaquie, dans les années 30, Magdalena est employée dans une ferme, propriété de riches patrons. Une attirance pour le fils du patron, étudiant à Vienne, une nuit d’abandon, une nuit d’incendie, et sa vie bascule. Tout comme sa mère avant elle, Magdalena va donner naissance à une bâtarde. Nous voilà donc immergés dans cette famille de femmes : Marie, une grand-mère gynécologue, dure mais juste, froide mais sensible, elle a fui Vienne lors de la partition du pays ; une mère, Magdalena, quitte la ferme et revient au village lorsqu’elle met au monde son enfant ; une fille Libuse ; puis Eva, une petite fille, chacune ayant les rêves de son temps.

Elles subiront les mêmes offenses que leur pays : la partition du pays, l’occupation par les nazis, le joug soviétique et la perte des libertés fondamentales. Pourtant face à l’adversité et fortes de leur différence, être nées bâtardes, elles sauront s’affirmer et s’épanouir, fières de leurs amours passés, d’instants de bonheur volés aux traditions, aux coutumes, au qu’en dira-t-on.

C’est le beau portrait sans concession de trois générations de femmes sans mari, de filles sans père, qui chacune à sa façon va poursuivre et inventer sa vie, son avenir, sa force, en opposition à ces hommes qu’elles auront malgré tout su aimer, mais aussi à ces hommes qui ne leur seront d’aucun secours, qui seront au contraire des entraves, des contraintes, des complications à l’épanouissement de leur vie de femme dans la recherche d’un certain bonheur et dans l’affirmation de leur liberté.

L’écriture est belle, sensible, chantante et douloureuse parfois, comme les sentiments qu’elle exprime avec une grande justesse et infiniment de sobriété. Elle parle traditions, trahison, force et honneur, amour et haine, vengeance et oubli, elle dit, elle raconte, et le lecteur ne peut qu’aimer ce roman tellement attachant, tellement émouvant, tellement beau comme des Giboulées de soleil qu’il nous emmène presque à imaginer, pluie et soleil, obscurité et lumière, tragédie et bonheur.


Catalogue éditeur : Alma éditeur

Dans un style ample et tendre et des dialogues presque naïfs, Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE relate dans ce premier roman l’histoire d’une lignée de femmes bâtardes en Tchécoslovaquie de 1930 à 1980.

Elles s’appellent Magdalena, Libuse et Eva et partagent le même destin : de mère en fille elles grandissent sans père. Mais de cette malédiction, elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler et l’époque qu’elle traverse. Malgré elles, leur vie est une saga : Magdalena connaîtra l’annexion nazie, Libuse les années camarades et Eva la fin de l’hégémonie soviétique. Sans cesse des imprévus surgissent, des décisions s’imposent, des inconnus s’invitent. À chaque fois, Magdalena, Libuse et Eva défient tête haute l’opinion, s’adaptent et font corps. Au fond, nous disent-elles, rien n’est irrémédiablement tragique, même les plus sombres moments.

Ces héroïnes magnifiques, Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE les magnifie encore par son écriture solide et douce, brodée, ourlée, chantante. Moqueuse aussi lorsque la kyrielle de personnages secondaires – paysans, apparatchiks, commères… le requiert.

Prix du Renaudot des lycéens 2016 / Prix La ruche des mots 2016
Date de parution : 07/04/2016  / 18 €  / 340 pages / ISBN : 978-2-36279-185-7

Garde-corps. Virginie Martin

Garde-corps, de Virginie Martin, voilà un court roman coup de poing qui vous laissera sans doute un goût amer ; mais qui ne s’oubliera pas de sitôt !

DomiCLire_garde_corps.jpgGabrielle Clair commence sa vie de jeune femme en étant victime d’un acte violent inqualifiable et terrible, de ceux qui laissent des traces toute une vie. Car Gabrielle Clair, à 11ans, est violée par un voyou de son collège du Vaucluse.

Pourtant, malgré ce traumatisme, malgré des parents absents et égoïstes, Gabrielle va réussir ses études, découvrir Paris, La Sorbonne et Oxford, Science-Po puis l’ENA, pour embrasser une brillante carrière de ministre. Mais être ministre et crédible, quand on est une femme belle, talentueuse et brillante, c’est apparemment plus difficile que pour un homme.
Les collègues, la presse et les médias, la foule et les citoyens ont peu de respect ou de mansuétude pour une femme qui réussit. Elle a couché ? Elle est pistonnée ? Elle va échouer ?  Elle n’a pas une vie normale ? Où sont mari et enfants ? Et Gabrielle se demande alors où sont les sympathies, les soutiens, les amis, où sont au contraire les pièges, les accommodements qu’il lui faudrait accepter, les compromissions,  les coudes dont il faut jouer pour enfin atteindre le pouvoir. Jusqu’au jour où le hasard vient mettre sur sa route le beau Patrick, le violeur de petites filles…

Avec un langage parfois très cru (et le lecteur de s’interroger parfois sur le caractère indispensable des détails quand on veut décrire un viol…), Virginie Martin aborde avec réalisme et sans complaisance les violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques, lorsqu’elle aborde le viol, ou psychologiques, la place qu’il faut arriver à se faire dans la société, la façon dont on se maintient face aux attaques. On imagine bien les souffrances et la difficulté d’exister dans un monde davantage fait pour les hommes, quoi qu’on en dise. En alternant de courts chapitres, qui présentent une Gabrielle enfant, adolescente, puis ministre, on comprend le cheminement, le travail sur soi, que doit faire une femme pour exister.

Voilà donc un roman qui parle souffrance, violence faites aux femmes mais aussi résilience, réussite, et place des femmes dans la société. Et quand on sait que l’auteur est connue tant pour ses travaux sur le féminisme que pour ses analyses de politologue, on comprend aisément que cette expérience apporte une crédibilité à l’étude psychologique de son personnage. Allez, je suis sure que vous aussi vous allez tenter par moment d’imaginer qui se cache derrière le personnage de Gabrielle.

Je vous invite à découvrir les avis de Nathalie du blog Eirenamg et de Virginie du blog les lectures du mouton


Catalogue éditeur : Le mieux éditeur

Carnavet, début des années 1980.
Gabrielle Clair, à peine entrée dans l’adolescence, est violée par un élève de son collège. Dès lors, elle se forge un masque de fer pour transcender ce drame, et se jure de quitter cette province devenue trop étouffante.

Paris, fin des années 2000.
Gabrielle Clair, ministre, mène sa carrière avec talent. Brillante, elle passe sous les fourches caudines du pouvoir, affrontant la ­condescendance et le machisme ordinaire. Jusqu’au jour où son chemin recroise celui de son violeur…

Violence sur les femmes, violence en politique…

Des pierres sèches du Vaucluse aux ors des palais de la République, on suit le parcours de ce personnage ambigu, dans un récit mêlant sexisme et politique. Qui domine ? Qui est dominé ? Tout ­n’est que rapport de force, et la morale n’est pas toujours au rendez-vous.

Genre : roman / Parution le 22 août 2016 / 176 pages, 15 €