Nécrologie du chat, Olivia Resenterra

Olivia Resenterra dit tout sur la misère humaine dans son édifiante « Nécrologie du chat » à travers le rocambolesque dernier voyage d’un défunt matou.

Dans l’entrée d’un immeuble ordinaire d’une banlieue tout aussi banale, une femme soliloque, la caisse de son chat à la main. Elle est alpaguée par la concierge qui lui parle sans l’écouter mais qui, lorsqu’elle comprend que le chat est mort, lui demande de s’en aller. Et Ana part, marche sans but précis au milieu de l’hiver, à la recherche d’un coin de terre meuble où enterrer son fidèle compagnon.

Elle croise un homme étrange. Il la recueille chez lui, mais elle fuit au petit matin, houspillée par sa  gouvernante jalouse et possessive. Puis une famille de cyclistes l’invite à partager son piquenique. Grâce à eux elle découvre un cimetière pour animaux et son gardien plus commercial que philanthrope. Sa course n’est pour autant pas terminée, et si le chat ne se décompose pas encore, il est pourtant mort et bien mort depuis plusieurs jours maintenant.

De rencontres en hasards, on a l’impression de voir s’écrouler des cartes à jouer qui auraient été minutieusement posées là par l’auteur. Chaque événement en entraine un autre tout aussi saugrenu, voire sordide, comme un inéluctable et fatal enchainement de catastrophes. Tout comme le battement de l’aile du papillon entraine un cataclysme à l’autre bout de la terre, ou là, tout près. Car les évènements vont s’enchaîner, sous l’œil atterré du lecteur… Fatalité, hasard, égoïsme, solitude, jalousie, concupiscence, tant de sentiments vont se côtoyer, s’enchainer, pour le pire bien plus que pour le meilleur.

Ce roman est une étrange surprise. Le lecteur chemine sans savoir où l’auteur veut le conduire, et se jette sans aucune retenue dans ce conte étonnamment instructif sur l’Homme en général, et sur le manque d’empathie, l’absence de partage, ou d’écoute tout simplement. C’est vif, incisif, un brin burlesque peut-être, et surtout totalement mordant.

Le coup de griffe posthume donné par ce gentil matou à des humains bien peu compatissants ?

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Catalogue éditeur : Serge Safran

Un matin d’hiver, Ana quitte le lotissement qu’elle habite à la périphérie d’une petite ville perdue dans la campagne. Au bout de son bras, une caisse en plastique contenant le corps de son chat mort. Désemparée, marchant au hasard, à la recherche d’un lieu pour enterrer l’animal, Ana est confrontée à l’incompréhension et la cruauté des différentes personnes qu’elle croise sur son chemin : un fermier célibataire et sa gouvernante prête à tout pour éliminer une potentielle rivale, une famille de cyclistes menée par un père autoritaire, un gardien de cimetière pour animaux, spécialiste des obsèques « sur mesures », un duo de criminels en cavale… Pendant ce temps, un renard, qui semble tout droit sorti d’une fable, rôde aux alentours…

Olivia Resenterra, née à Rochefort-sur-mer en 1978, a étudié les lettres et la philosophie à Poitiers, Salamanque et la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, portraits acides, publié aux éditions PUF en 2012 et d’un roman, Le Garçon, scènes de la vie provinciale, aux éditions Serge Safran en 2016.

En librairie le 8 mars 2019 / ISBN : 979-10-97594-21-3 / Format : 12,5 x 19 cm / Pagination : 160 pages / Prix : 16, 90 €

Le procès du cochon. Oscar Coop-Phane

Avec « Le procès du cochon » Oscar Coop-Phane revient des siècles en arrière pour dire la peur, et en fait une satyre actuelle de nos sociétés.

Lui, c’est le monstre, il erre dans la campagne, sans abri et sans nourriture, jusqu’au jour où il passe devant une maison, là, un couffin est posé dans l’herbe avec un bébé joufflu à l’intérieur. Alors l’envie est trop forte de croquer les joues, la chair tendre de l’épaule, et de s’enfuir. Mais l’enfant décède, tout le monde bat la campagne à la recherche du coupable.. il est vite rattrapé, confondu, arrêté, emprisonné. Malgré son mutisme, le procès va avoir lieu…

Coupable, pas coupable, qui va le défendre, qui va l’accuser, qui est ce porc qui a osé, il faudra que le châtiment soit exemplaire, le bourreau va avoir du travail…

Voilà un étonnant roman écrit en quatre parties pour dire le crime, le procès, l’attente et le supplice, pour présenter tour à tour les différents personnages et les situations. Roman dans lequel le protagoniste principal, ce monstre assassin, n’est jamais clairement identifié, à chacun de trouver son coupable. Pourtant à l’époque à laquelle est supposée se dérouler cette intrigue, même les animaux ont été jugé, et condamnés de façon exemplaire, pour donner l’exemple, pour soulager les victimes, pour amuser la population sans doute.

C’est assez habilement écrit pour que l’on puisse se demander qui est le coupable et l’identifier à sa guise, enfin, si l’on ne lit pas la 4e de couverture. Étonnante caricature de la peine de mort, de son absurdité, de sa soi-disant exemplarité, des leçons que l’on veut donner aux foules abâtardies et à celle sur qui l’on règne. Simulacre de procès, de défense, de façon de recueillir des aveux, tout le ridicule, toute la complexité des affaires est aussi raillée dans ce texte lourd de sous-entendus.

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Catalogue éditeur : Grasset

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.
Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIII ème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Lire la suite…

D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane nous ramène des siècles en arrière pour fouiller les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaitra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Parution : 09/01/2019 / Pages : 128 / Format : 120 x 185 mm / Prix : 12.00 € / EAN : 9782246812371

Le coup du lapin et autres histoires extravagantes, Didier Paquignon

Avec Didier Paquignon, le plaisir se découvre en couches superposées !

Domi_C_Lire_le_coup_du_lapinDidier Paquignon est un artiste peintre contemporain parfois défini comme un artiste cosmopolite. Il a pris plaisir à dénicher au fil des ans dans la presse internationale des faits divers et histoires loufoques, puis à les illustrer dans un style décalé et totalement surréaliste.

Le coup du lapin et autres histoires – un ouvrage publié par les éditions Le Tripode que j’aime tant pour leur singularité et l’art de dénicher des pépites littéraires ou artistiques – reprend environ 80 monotypes de l’artiste chacun associé aux quelques lignes du fait divers, souvent totalement extravagant, qui l’a inspiré.

Comme dans les meilleures barres chocolatées le plaisir se découvre en couches superposées, d’abord la chronique ou fait divers prend un effet comique souvent renforcé par l’horreur des situations, ensuite la traduction par l’artiste mélange d’imagination débridée et loufoque enfin le dessin qui révèle le talent du peintre.

On retrouve dans cet ouvrage un peu de l’esprit d’un Pierre Desproges associé aux surréalistes. Et du coup, on aime !

Vous cherchez un cadeau original qui remplacera aisément la bouteille de vin ou l’éternel bouquet de fleur ? Offrez donc cet OVNI littéraire, et je vous garanti de bons moments à passer à feuilleter et à tourner les pages, à grincer des dents ou rire à gorge déployée, à discuter à la fois du graphisme et des fait-divers farfelus…Vous ne le regretterez pas !

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Catalogue éditeur : Le Tripode

Depuis des années, un peintre glane pour le plaisir des faits divers absurdes dans des journaux, des livres et sur internet. Que ces événements soient tragiques ou ubuesques, véridiques ou inventés, peu lui importe : Didier Paquignon traduit ces moments d’absurde par des images incongrues. Le Coup du lapin, et autres histoires extravagantes en rassemble une hilarante sélection, parmi les centaines de dessins conçus par l’artiste à ce jour.

 

La technique du monotype : Le Coup du lapin présente 87 reproductions de monotypes de Didier Paquignon.
Le monotype est un procédé d’impression non gravé qui produit un tirage unique. Il s’agit de peindre à l’encre typographique ou à la peinture à l’huile, sur un support non poreux comme du verre, du métal (zinc ou cuivre) ou du plexiglas. La plaque peinte est ensuite passée sous presse avec un papier qui reçoit l’épreuve. On ne tire qu’une seule épreuve et parfois un deuxième tirage beaucoup plus pâle appelé le fantôme.

Didier Paquignon est né à Paris le 30 septembre 1958. Artiste, il est connu pour ses peintures. Une exposition lui fut consacrée au musée de l’Orangerie en 2009 : Tu rencontreras d’abord les sirènes. Lecteur omnivore, il a illustré pendant des années des couvertures pour les éditions Le Livre de Poche. De temps à autre, il s’amuse à mettre en images des faits divers absurdes. Le Coup du lapin, et autres histoires extravagantes est son premier livre publié au Tripode.

Beau livre / 180 pages / 9782370551603 / Prix: 19,00 € / Parution: 29 mars 2018

Envoyée spéciale. Jean Echenoz

« Envoyée spéciale » de jean Echenoz, où quand un auteur nous balade et nous prend à partie de la bonne blague qu’il vient de publier de cette écriture toujours aussi magistrale…

Le général Bourgeaud, soixante-huit ans, est sur le déclin. Largement inutile et placardisé, il cherche à redorer son blason. Et n’a pas de meilleure idée que de chercher une parfaite inconnue à envoyer espionner en Corée du Nord, rien de moins.
Constance est mariée, et Constance … a de la constance dans l’ennui au quotidien. Son mari est un artiste largement sur le déclin. Enlevée en pleine rue, elle va passer quelques mois isolée mais très bien traitée dans la Creuse. Là, dans une ferme, puis au sommet d’une éolienne, elle passera de longues heures en compagnie de ses geôliers compatissants et d’une encyclopédie qu’elle lira de A à Z, rien de moins !

Le décor est planté, les protagonistes y sont multiples, obéissants et le plus souvent stupides, au passé glauque d’ancien taulard ou plus brillant d’ex-vedette, homme de main stupide ou avocat véreux, assistante en mal d’amour ou coiffeuse un brin fleur bleue. Parodie de roman d’espionnage, notre envoyée spéciale, futile et inutile, tire son épingle du jeu, dans une deuxième partie qui se déroule dans une Corée du Nord totalement loufoque, ce pays prison duquel nul ne s’échappe et dont on ne peut qu’applaudir l’incroyable description de la DMZ, à vous d’aller la lire !

Et tout au long du roman, une voix off, en quelque sorte narrateur humoristique et réalisateur du film (ou du « nanar » !) auquel nous assistons, prend le lecteur à partie. Expliquant, dévoilant, des situations, un passé, des noms, des relations, ou ne nous expliquant pas d’ailleurs, s’il ne le juge pas indispensable à notre compréhension du récit global, étonnant, non ? Du complexe de Stockholm à celui de la Creuse, il fallait oser et Jean Echenoz a osé ! De la caserne Mortier à la Corée de Kim Jong-un, ce digne descendant d’une dynastie de dictateurs qui officie sur les traces de son père Kim Jong-il et de son grand-père Kim Il-sung, du Trocadéro à la Creuse, l’auteur nous ballade, le narrateur s’amuse, et le lecteur soit s’emballe pour ce récit tellement décalé, soit se lasse de tant d’humour à plat. C’est mon cas, même si je reconnais une grande qualité à l’écriture, je me suis ennuyée. J’ai reposé plusieurs fois ce livre (pour en lire de nombreux autres entre temps) et finalement je l’ai terminé sans vraiment de plaisir… Je suis sans doute passée à côté de cet OSS 117 à la mode Brice de Nice qui tient autant des branquignols que des pieds nickelés, mais qui est porté par une écriture toujours aussi complexe, architecturée et soignée.


Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit

Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.
2016 / 320 p. / ISBN : 9782707329226 / 18.00 €

L’étranger. Albert Camus

Un grand classique qui ne peut laisser personne indifférent

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J’ai eu envie de relire ce roman car je suis tentée par la lecture de Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, je souhaitais m’imprégner du premier texte. Au final, me voilà face à un roman dérangeant dont j’avais oublié depuis longtemps les détails. Un roman qui laisse perplexe, mais qui est malgré tout assez génial.
On est pris par le fil de la vie à la limite de l’extravagance d’un homme qui se laisse vivre, qui accepte la vie comme elle vient. Il a une petite amie qu’il pourrait épouser, ou pas, peu importe en fait, car il ne sait même pas s‘il l’aime. Il voit son voisin qui maltraite son chien jusqu’au supplice de l’animal, mais pourquoi irait-il intervenir, si ces deux vivent comme cela autant les laisser. Il a placé sa mère à l’asile car il a trop peu de revenus pour subvenir à ses besoins. Mais après tout, ils s’étaient déjà tout dit entre la mère et le fils, alors pourquoi continuer à vivre proches. Il a quelques amis, mais presque par hasard, par opportunisme, parce qu’ils sont là et pas dérangeants. En parallèle de cette vie « étrange » arrive le meurtre de celui qui ne sera jamais nommé, « l’arabe » qui voulait semble-t-il venger l’honneur de sa sœur. Là aussi nous sommes au paroxysme de l’absurde car après tout, rien de devait mettre ces deux hommes face à face, et surtout rien ne devait motiver ce meurtre.

Nous assistons ensuite au procès de Meursault. Il est jugé non pas tant pour le meurtre, d’ailleurs on parle très peu de la victime et des faits, mais bien parce qu’il est différent. Ce qui perturbe et dérange le plus, c’est qu’il ne réagit pas comme le commun des mortels face à l’épreuve ou au chagrin. Il est vraiment cet étranger que l’on ne peut comprendre, qu’il est difficile d’accepter, auquel on n’arrive pas à s’identifier. Il est alors bien plus facile de le condamner puisqu’il dérange.

Un grand roman sur l’absurde, la différence, le rejet de l’autre quand on ne le comprend pas. L’écriture est étonnante, on flanche sous la chaleur du soleil d’Algérie lors de l’enterrement de la mère de Meursault, on sent l’humidité des gouttes de transpiration qui perlent sur le front du narrateur, on perçoit l’insouciance des jeunes gens qui courent sur la plage, on les voit plonger dans les vagues, mais on souffre également de la chaleur écrasante de la mi-journée, lorsque Meursault repart sur cette plage qui lui sera fatale. Il y a toute une ambiance, décrite avec des mots simples, comme une évidence, qui fait écho au caractère absurde et troublant du personnage.

On ne manquera pas de lire aussi le roman de Kamel Daoud Meursault contre enquête, publié chez Actes-Sud


Catalogue éditeur : Gallimard

‘Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français…’

Date de parution : 07/01/1972