Gabrielle ou le jardin retrouvé. Stéphane Jougla

Avec « Gabrielle ou le jardin retrouvé » Stéphane Jougla nous dépeint l’étrange relation d’un homme qui a perdu celle qu’il aime et d’un homme qui aime passionnément un jardin, sur un  fond de folie douce et de dépression, d’amitié et de fidélité.

DomiCLire_gabriele_ou_le_jardin_retrouve.jpgGabrielle est prof de français. Elle vit avec Martin dans son coquet logement et profite avec lui de son magnifique jardin, de dimensions modestes mais au charme incroyable. Gabrielle a tous les talents, elle exerce un métier qui lui plait, elle adore lire et sème des livres dans tout l’appartement, elle connait les plantes comme personne et fait prospérer le plus beau des jardins en toutes saisons. La vie s’écoule sereine  et riche de beaux moments.  Jusqu’au jour où Gabrielle meurt, renversée par un chauffard.
Martin est prévenu, mais Martin va faire un déni de réalité, refusant au plus profond de lui de voir disparaitre définitivement celle qu’il a tant aimé. Il reste dans l’appartement … gardien de ses livres, de son jardin…

Martin va s’enfoncer inexorablement dans une dépression, une réclusion voulue entre les quatre murs de l’appartement, puis sur un fauteuil dans ce jardin qu’il voit évoluer comme par magie. Un jour apparait Charlie, celui qu’il n’attendait pas, dont Gabrielle n’a jamais parlé, semant le doute dans son esprit. Qu’elle confiance peut-il avoir encore envers elle ? Lui a-t-elle caché autre chose ?

Étrange roman, sur le doute et le mensonge, sur la vie que l’on s’invente et celle dont on rêve, mais aussi sur la confiance que l’on peut avoir dans l’autre, celui avec qui on partage tout, jusqu’au moment où la réalité n’est plus ce qu’elle semblait être. Cette difficile remise en question de ses certitudes et de sa vie s’avère impossible pour Martin sans sombrer dans la folie…

Voilà un roman agréable et facile à lire, qui n’est pas forcément un coup de cœur, mais qui est pourtant  une rencontre intéressante avec quatre personnages très différents. Quatre ? Mais oui, bien sûr, puisqu’il y a Gabrielle et Martin, mais il y a aussi Charlie et … le jardin, non ?


Catalogue éditeur : Denoël

Gabrielle a deux passions : la lecture et son jardin. Lorsqu’elle meurt accidentellement, le monde de Martin, son compagnon, s’effondre. Inconsolable, il s’efforce de maintenir vivant le souvenir de la femme qu’il aimait. Lui qui n’ouvrait jamais un livre et pour qui le jardin était le domaine réservé de Gabrielle, se met à lire ses romans et à entretenir ses fleurs. C’est ainsi qu’il découvre un secret que, par amour, Gabrielle lui avait caché. Ce secret bouleversera sa vie, mais lui permettra de surmonter son deuil d’une manière inattendue.

224 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207136775 / Parution : 24-08-2017

 

 

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Treize. Aurore Bègue

Treize, c’est une chronique réaliste et acerbe sur les premiers émois de l’adolescence, sur les exigences et les affres de cette période difficile mais indispensable pour grandir.

domi_c_lire_treizeAlice à treize ans. Treize ans, c’est l’âge de l’adolescence dans tout ce qu’elle a de plus énigmatique, émotion, attirance, premiers émois, premières amours ; de plus interpellant, naissance à l’état de femme, bouleversement des corps ; de plus individualiste, jalousie envers l’ainée, celle qui sait, qui a déjà « un peu » vécu, qui a l’expérience et qui plait aux garçons ; de plus intransigeant envers les parents dont on exige l’amour, total, absolu.
Alice à un père qui ne sait pas quoi faire pour plaire à ses filles, une mère bipolaire, malade et fragile, et Marie, sa grande sœur de 16 ans, si jolie, si sure d’elle. Comme tous les ans pour les vacances d’été, Alice part au bord de la mer dans la maison familiale avec ses parents et sa sœur. Cette année, Paul, le collègue de son père, sera là aussi, et comme souvent, malgré la différence d’âge, c’est de lui qu’Alice va tomber amoureuse pour la première fois.
Mais les enfants de cet âge sont exclusifs, exigeants, sans pitié pour ceux qui se mettent en travers de leur route. Forte de ses convictions d’enfants, Alice va provoquer un drame dont elle ne se remettra sans doute jamais.

Construit en flashback entre cet été là et Alice aujourd’hui, à la fois étrange et étouffant de culpabilité, Treize est un roman sur la fin de l’enfance, sur la trahison, l’égoïsme des enfants, la maladie aussi, ici celle de la mère, qui fait que l’enfance des filles ne pourra jamais être celle d’enfants ayant des parents équilibrés. Failles profondes, déséquilibre, manque d’amour et de compréhension, vont s’ajouter au caractère intransigeant des ados, pour aboutir au drame dont on sait dès les premières pages qu’il va arriver, chronique annoncée du malheur, mais intrigue à l’atmosphère parfois lourde qui nous maintient en haleine jusqu’au bout.

 les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Rue fromentin

Alice, treize ans, part en vacances en famille sur la côte méditerranéenne.
Durant cet été, elle observe sa sœur aînée, Marie et son comportement face aux hommes. Les trois ans qui les séparent lui semblent être désormais un fossé infranchissable.
Elle porte aussi un regard lucide sur sa mère fragile psychologiquement et son père qui surjoue la normalité pour rassurer ses filles.
A treize ans, on est parfois plus réaliste que les autres. Alice sent avant tout le monde le drame qui se noue pendant ces vacances et va bouleverser toute son existence.

Un premier roman à l’atmosphère tendue et envoûtante. Un texte poignant et juste sur la collision entre les attentes de l’adolescence et les lâchetés du monde adulte.

Prix : 16 € ISBN : 9782919547487

Le monde entier. François Bugeon

Chronique d’une vie annoncée, banale, ordinaire, mais tellement poétique dans sa simplicité et son humanité. « Le monde entier » de François Bugeon est une étonnante surprise.

Domi_C_Lire_Le_monde_entier.jpgPersonnage principal du roman de François Bugeon, Chevalier travaille à l’usine et s’est toujours contenté de peu. Il s’en satisfait pleinement, trouvant son bonheur essentiellement dans le fait que l’on ait besoin de lui et qu’on le lui fasse sentir. Un soir en rentrant chez lui à mobylette, il sauve presque par réflexe trois personnes en les extrayant d’une voiture accidentée. Il se blesse en dégageant la voiture, est conduit à l’hôpital, mais en repart aussitôt, c’est un taiseux sauvage et solitaire qui ne se sent bien que chez lui. Il aura juste le temps d’apprendre que les secours ont trouvé non pas trois, mais deux blessés. Or il en est certain, il a sauvé trois personnes. Puis les événements vont s’enchainer, disparition puis réapparition de sa mobylette, réapparition de la mystérieuse troisième personne, une jeune fille qui s’installe chez lui pour quelques jours. Dans sa vie, il y a également Ségur son ami réputé volage ; les voisins, lui, taciturne et peu causant, elle, qui l’épie de sa fenêtre ; Sidonie, la patronne du bistrot, lieu de rendez-vous du village ; et Claudie, l’amie d’enfance dont il aurait certainement été amoureux si seulement…

Description de vie banale, mais pages qui tournent seules car le lecteur est intrigué par cet homme si ordinaire et ce « monde entier » tout autour de lui, ce Chevalier capable de se blesser par altruisme, de tout quitter par amitié, et qui pourtant semble parfois ne vivre qu’à moitié. Il y a une grande justesse de sentiments, de situations, de vie, dans les lignes attachantes et poétiques de François Bugeon.

Livre étonnant que je n’aurais jamais ouvert s’il n’avait pas été sélectionné par les 68 ! Je n’aimais pas du tout cette couverture austère et triste qui me laissait présager un récit conforme à cette image. Il est d’ailleurs resté bien longtemps sur ma table de chevet. S’il ne nous emporte pas dans un univers insolite et irréel, mais au contraire nous ancre dans un quotidien et une réalité palpables, d’une grande banalité finalement, il est également d‘une grande poésie et tout en finesse. En particulier dans la description des sentiments, de la vie, des habitudes, des solitudes, des amitiés, non-dits, beuveries, causeries de villages, dans une réalité du quotidien que l’on occulte souvent, mais qui est pourtant bien réelle pour la plupart d’entre nous.

les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Le Rouergue

« Chevalier préférait aller à son travail en Mobylette quand il faisait beau, et il portait toujours le même casque, orange, sans visière. Ce jour-là, il avait sur le dos une chemise à manches courtes que le vent de la course faisait flotter autour d’un genre de bermuda. De loin, on voyait d’abord le blanc livide de ses mollets, puis son ventre laiteux que la chemise découvrait par saccades. »
Il n’y a pas de femme dans la vie de Chevalier, pas qu’on sache en tout cas. De même qu’il n’y a pas beaucoup de tendresse entre sa mère et lui. Pourtant, il n’a jamais eu l’envie d’aller s’installer ailleurs que dans ce village où il a grandi, où il aime aller pêcher dans les étangs, avec son vieux copain Ségur. Jusqu’à ce soir d’août où son chemin a croisé une voiture renversée sur le bord de la route…
Dans ce premier roman d’une grande délicatesse, François Bugeon saisit une vie au moment où elle bascule.

mars 2016 / 176 pages / 17,80 € / ISBN 978-2-8126-1031-8

86, année blanche. Lucile Bordes

« 86, année blanche » de Lucile Bordes, évoque l’accident nucléaire de Tchernobyl et ce nuage très malin qui s‘est arrêté aux frontières de la France… Coup de cœur pour ce roman au sujet difficile mais superbement abordé.

Tchernobyl. Qui a oublié l’explosion de la centrale nucléaire, ce nuage radioactif dont on nous a expliqué qu’il n’avait pas survolé la France, mais l’avait peut-être simplement effleurée… ? Trois femmes se souviennent de ce printemps 1986.
Lucie a quinze ans et vit à Marseille. Son père, ouvrier du chantier naval, vit sa propre tragédie, avec la fin annoncée des chantiers et son licenciement prévisible, drame qu’il accepte difficilement et qui perturbe la vie de la famille. Lucie quant à elle se demande chaque jour ce qu’il en est de ce nuage, le monde serait-il devenu aveugle ?
Ludmila à vingt-cinq ans, elle vit à Prypiat avec son mari Vassyl et leur fille, Marina , dans cette ville sortie de rien qui sert à loger tous ceux qui travaillent à la centrale. Ce matin-là, Vassyl part travailler, aider pendant quelques heures à contenir l’incendie de la centrale. Le même jour, les femmes et les enfants sont évacués de la zone, pour deux jours seulement, pour une éternité en fait… aucun n’y reviendra.
Joulia vit à Kiev. La relation avec son mari Petro est compliquée depuis qu’elle a rencontré le français, si charmant, si jeune. Pourtant, après l’accident, les étrangers quittent le pays, renvoyés par leurs ambassades, par sécurité ou par lâcheté ? Par dépit, par devoir, et qui sait peut-être parce que son couple est foutu, Petro part à la centrale et devient liquidateur.

Il y a eu un très grand nombre de liquidateurs, car l’urgence était d’éviter la libération d’une quantité importante de radionucléides dans l’atmosphère. Certains iront par devoir, et sans doute aussi par sacrifice, comme tant de Russes qui n’ont finalement pas d’autre choix. Ce sera eux, ou d’autres, mais il faut y aller pour sauver ce qui peut l’être, pour faire ce qu’il faut faire, en sachant très vite, même si ce n’est jamais officiellement explicité, que leur vie se terminera là-bas, ou très vite après. Bien sûr depuis on a beaucoup parlé de l’accident, de la façon dont la catastrophe a été contenue par le pouvoir en place, des nettoyeurs et des liquidateurs. Mais ici, Lucile Bordes donne vie à ceux qui les accompagnent, qui ont payé un lourd tribu à la catastrophe, et dont on parle moins. Elle donne également vie aux peurs et aux interrogations des européens, alors qu’ils étaient manipulés par l’information qui se voulait rassurante face à un danger non maitrisé.

Et … comment dire, je me souviens très bien de la réflexion d’un proche qui disait : « zut, plus de cueillette de champignons avant longtemps ! » comme quoi !

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : Liana Lévi

Au printemps 1986, le monde découvre Tchernobyl. Sous le nuage radioactif qui traverse l’Europe, trois femmes se racontent. Lucie, dans le sud de la France, se demande s’il va passer la frontière et bouleverser sa vie d’adolescente. Ludmila, dans la ville ultramoderne qui jouxte la centrale, veut croire que tout est sous contrôle dans l’invincible URSS. Ioulia, à Kiev, rêve d’indépendance et de son jeune amant français. Un moment crucial pour chacune d’entre elles, un moment crucial de notre Histoire. Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, Lucile Bordes se souvient de la peur, de l’attente et du silence. Dans une langue affûtée et poignante, elle dit aussi l’amour, l’engagement et le sens du sacrifice.
Littérature française / ISBN ePub : 9782867468186 / Prix : 10,99
« On estime que 350 000 personnes dont des soldats, le personnel de la centrale, des policiers locaux et des pompiers, participèrent en 1986 et 87 aux interventions d’urgence et aux opérations de confinement et de nettoyage… 3000 des 600 000 liquidateurs de Tchernobyl pourraient mourir un jour des suites de leur exposition » (source : la radiocativité.com)