Le consentement, Vanessa Springora

Un témoignage fort sur l’emprise et la manipulation, une lecture indispensable

D’abord, il y a V. cette toute jeune fille qui se laisse séduire sans trop le vouloir ni s’en rendre compte par celui qui aurait pu être son père. Le père absent justement, cet homme maniaque jusqu’à l’obsession, jusqu’à la violence, que sa mère ose quitter avant que leur vie de couple ne tourne au drame. Un père qui peu à peu disparaît des radars, qui ne viendra jamais s’occuper de sa petite fille.

Et cette mère qui a tant de mal à joindre les deux bouts, mais qui aime la fête, qui aime aussi sa fille mais d’une façon si maladroite. Un soir elle participe à un dîner de travail avec V, qui a tout juste treize ans. Elles y rencontrent G, un écrivain en vue. Ce cinquantenaire séduisant en diable plaît bien à sa mère. Mais c’est avec la fille qu’il va entrer en relation épistolaire, relation séduisante sur le papier, bien qu’insistante, et qui devient vite une relation charnelle et amoureuse. Possession, manipulation, déclaration, tout y passe et la jeune fille va réellement tomber amoureuse de cet homme qu’elle apprécie, qui lui fait ressentir qu’elle existe vraiment. Cet amant qui l’aime pour ce qu’elle est. C’est du moins ce dont elle va longtemps se persuader.

Il n’est pas nécessaire d’en dire plus, car il me semble qu’on a presque tout dit sur ce livre. Je l’ai écouté lu par Guila Clara Kessous, et j’ai eu l’impression que V était là, à coté de moi, pour m’en parler. Elle me disait ce qu’a été sa vie, cette désillusion de l’amour à mesure qu’elle comprenait qui était réellement G, qu’elle réalisait ce vol qui lui a été fait de son enfance, de son adolescence. Car à l’age où l’on connaît ses premiers émois amoureux et où l’on en parle avec ses copines, elle vivait déjà une véritable relation amoureuse avec un homme de cinquante ans dans un hôtel, loin de sa famille, loin de ses camarades de classe, classe qu’elle fréquentait d’ailleurs de moins en moins au risque d’hypothéquer toutes ses chances d’avenir. L’attitude de sa mère est aussi confondante qu’incompréhensible. Mais ne faut il pas aussi se replonger dans les mentalités post soixante-huitardes où tant de choses semblaient permises pour le bonheur de tous, la liberté sexuelle étant l’une des plus grandes conquêtes des femmes de ces années là. Il semble que dans ce cas la frontière entre liberté pour les femmes et droits des adolescentes soit allégrement franchie.

Ce texte est d’une grande sincérité. L’auteur décortique le cheminement de l’emprise puis de sa rupture avec ce prédateur sexuel qu’elle reconnaît enfin pour tel. Elle se sent trahie, se demande si elle est complice, consentante, puis comprend enfin qu’elle est avant tout victime. Un statut que lui nient une partie de ceux qui l’entourent et qui ont été bien complaisants avec le pédophile que tout le monde adulait. Car la presse, les politiques, le milieu de la télévision, les confrères du monde de l’édition, mais aussi Cioran pour ne citer que lui, ont fait longtemps les beaux jours de G sans jamais s’offusquer de ses voyages avoués en Malaisie pour y rencontrer de très jeunes garçons, ou de son amour immodéré pour les jeunes écolières de moins de seize ans, largement développés dans toute son œuvre littéraire. Et l’on enrage de voir à quel point la police, à travers la brigade des mineurs et malgré de nombreux courriers anonymes explicites, mais aussi l’hôpital et ce gynécologue d’opérette vont agir avec une jeune fille de quatorze ans qui appelle à l’aide par les maladies quelle déclenche.

Jusqu’au jour où l’évidence est là, il faut prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. Il aura fallu trente ans à V pour dire, écrire les mots qui soulagent, les mots qui je l’espère pardonnent à la jeune fille abusée qu’elle a été alors. Pour décortiquer aussi les mécanismes de l’emprise qui bien souvent passent inaperçu ou incompris dans l’entourage de ceux qui les subissent. L’écriture est maîtrisée de bout en bout, le ton est sincère et factuel, sans fioriture et sans compromis, pas même à son égard. Elle écrit sans jamais s’apitoyer sur ce qui lui est arrivé, et ce témoignage pourra peut-être ouvrir les yeux à des proches ou des parents trop laxistes ou aveugles face à de telles situations. Parler pour libérer la parole de ceux qui subissent, parler pour montrer aussi que ce genre de perversion n’a ni frontière ni milieu social, mais peut au contraire toucher tout le monde.

J’ai apprécié cette version audio qui m’a aussi permis de prendre quelques pause salutaires pendant l’écoute, comme pour prendre le temps d’absorber l’importance des mots, leur portée, leur signification. La voix de la lectrice est très posée, agréable, j’avais l’impression d’être à ses côtés et de l’écouter me parler d’elle. Les différentes intonations situent bien les deux personnages principaux, la subtilité de leurs échanges et de cette relation délétère entre le manipulateur et sa proie.

Enfin, le plus de cette version audio est aussi de pouvoir écouter un entretien avec Vanessa Springora en fin de lecture.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib, Grasset, Le Livre de Poche

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.
Vanessa Springora est éditrice. Le Consentement est son premier livre.

Audiolib : Date de parution : 10 Juin 2020 / Prix public conseillé : 20.90 € /   Livre audio 1 CD MP3 – Suivi d’un entretien avec l’autrice / EAN Physique : 9791035403430
Grasset : Format : 130 x 210 mm / Pages : 216 / EAN : 9782246822691 prix 18.00€ / EAN numérique : 9782246822707 prix 7.49€

Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin

Un roman social et humain, à hauteur d’homme

Ce n’est pas si souvent que les auteurs nous entraînent dans les pensées d’un père veuf qui a la charge d’élever seul ses deux garçons.

Depuis la disparition de la moman, et après ces longs mois de trajets aller-retour vers l’hôpital pour l’accompagner vers son dernier voyage, le père ne sait plus comment gérer Fus, son fils aîné. Celui-ci pourtant bon élève a décroché depuis longtemps. Sa seule passion aujourd’hui est le foot.
Fort heureusement il reste encore le Gillou qui pourra peut-être faire des études correctes et, qui sait, partir à la capitale pour les poursuivre dans une grande école.
Le père, ancien syndicaliste convaincu, colleur d’affiches et actif aux meetings participe aujourd’hui bien sagement à quelques réunions avec les camarades de la section PS du coin.
Jusqu’au jour où il découvre que Fus s’est laissé embringuer par les colleurs d’affiches du parti adverse, le pire qui soit, celui des fachos.
Comment un père attentif et aimant peut-il accepter cela. Quels vont être son attitude, son cheminement pour comprendre, accepter ou rejeter ce fils qui a pris un chemin à l’opposé de ses convictions les plus intimes.
Et surtout, lorsque des circonstances plus dramatiques encore l’inciteront à renier ce fils, comment va-t-il réagir ? Comment réagit-on face aux erreurs de ses propres enfants.

Un roman sur l’amour paternel, la place de la famille, les sentiments souvent trop difficiles à exprimer. Un roman social et humain, à hauteur d’homme, avec des personnages auxquels on s’attache facilement tant on aurait pu les croiser au coin de notre rue, dans notre quartier, notre propre famille.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Manufacture de Livres

C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.
Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon. Il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui. Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années. Ce qu’il faut de nuit est son premier roman.

16,90 euros / 198 pages / Parution le 09/12/2020 / ISBN 9782358876797

Aller aux fraises, Eric Plamondon

La vie ordinaire, dans le froid et la chaleur embrumée d’alcool de la belle province

Rien d’extraordinaire et pourtant rien non plus de simplement ordinaire dans les souvenirs qui émaillent ces trois nouvelles. C’est direct, tendre, très nostalgique et terriblement vivant. De l’auteur, j’avais lu et particulièrement aimé Oyana, un roman également publié chez Quidam. Ici, il nous embarque dans son Québec, au grès des souvenirs de ses protagonistes.

D’abord, Aller aux fraises, où l’on apprend qu’entrer dans l’âge adulte n’est pas toujours facile. l’été, les adolescents font la fête sans s’inquiéter des lendemains. C’est le dernier été chez son père pour celui qui désormais part habiter à Thetford Mines avec sa mère pour y poursuivre ses études. À dix-sept ans, on a la vie devant soi et les conséquences de ses actes n’apparaissent pas vraiment dans toute leur réalité. C’est ce que va apprendre ce jeune homme, car quitter l’enfance ce n’est pas seulement refermer la porte de la maison familiale.

Cendres, ou comment se noyer dans l’alcool. Les souvenirs du père alimentent les légendes du fils. A Saint-Basile , à une heure de Québec, la vie n’est pas facile, il gèle fort et les buveurs de bière font les beaux jours de la taverne du coin. Mais le foie ne suit pas toujours, et lorsqu’un copain décède, il faut bien respecter les promesses qui lui ont été faites, y compris s’il faut affronter l’hiver. Ce qui dans ces contrées là n’est pas tout à fait un détail lorsque la neige se fait intense.

Thetford Mines, où l’on retrouve le protagoniste d’aller aux fraises un an après. C’est une ville minière, on s’en doute. C’était aussi la Californie locale jusqu’à l’interdiction de l’amiante dans les années 80. Dans ces années là, sa blonde étant à Québec, il va faire le chemin inverse à celui de ses dix-sept ans plusieurs fois par mois, par tous les temps. Jusqu’à cet onirique parcours lors d’une mémorable tempête de neige. Parce qu’on le sait bien, à dix-huit ans, tout est possible !

J’ai aimé découvrir ces aventures qui sentent bon la neige et le frimas, qui disent l’amitié, l’amour d’un père pour son fils, le temps qui passe, l’adolescence qui s’efface pour laisser la place à l’âge adulte, celui de tous les chagrins, mais aussi celui de tous les espoirs. De ces longues routes vers demain que l’on emprunte parfois à contre cœur, mais qui font de vous ce que vous êtes. J’ai aimé aussi les expressions et le langage typiquement québécois, merci de ne pas les avoir modifiés pour les mettre au goût d’ici.

Catalogue éditeur : Quidam

Aller aux fraises, c’est une langue qui sillonne les bois, les champs, les usines, les routes sans fin, les bords de rivière. C’est le sort de ceux qui deviennent extraordinaires à force d’être ordinaires. On s’y laisse porter par les souvenirs d’un père qui s’agrègent pour devenir les légendes du fils. Ce fils qui veut construire son propre récit et qui retrouve sa mère le temps d’un nouveau cycle. Eric Plamondon raconte la démesure de l’ordinaire. Sur le vif. C’est aussi drôle qu’émouvant.

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus. 
Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

88 pages 12€ / févr. 2021 / 140 X 210mm / ISBN : 978-2-37491-175-5

Over the rainbow, Constance Joly

Quand l’intime rejoint l’universel, le magnifique hommage d’une fille à son père

Un livre pour dire l’amour d’une fille pour son père, pour dire la liberté et la difficulté d’être soi dans un monde qui ne vous comprend pas et ne vous accepte pas tel que vous êtes, pour dire la force d’un homme qui décide enfin de vivre la vie pour laquelle il est fait, envers et contre tous.

À la fin des années 60, Jacques le père de Constance quitte Nice et sa vie de couple avec Lucie. Il part vivre à Paris la vie pour laquelle il est fait depuis toujours, mais qu’il n’avait sans doute pas réussi à accepter avant. Le vent de liberté qui souffle en mai 68 a-t-il aidé, ou est-ce la rencontre avec Ivan qui lui montre où est sa vraie place ? Toujours est-il qu’il accepte enfin de se reconnaître homosexuel à une époque où c »était encore un crime ou une maladie qu’il fallait combattre.

La relation avec son ex femme, cette amoureuse meurtrie d’avoir été abandonnée, est d’abord compliquée, puis s’apaisera et deviendra plus sereine au fil du temps. Mais toujours le père saura s’occuper de sa fille, les week-ends, les vacances, l’éducation pas toujours facile à mesure que les enfants deviennent des ados. et la fillette, puis l’adolescente, trouve sa place au sein du couple qu’il compose avec Ivan.

Il est solaire ce père, à la fois artiste, amoureux, séducteur, passionné, professeur d’italien, amateur de théâtre et d’opéra, d’art, de belles choses, mort à cinquante quatre ans d’avoir eu le courage d’être enfin lui-même, de vivre, et de ce que certains appelaient alors le cancer des homosexuels.

Car après les années bonheur viendront les années 90, les années sida, terribles faucheuses de vies souvent regardées par les bien-pensants avec un dédain affligeant. Cette maladie sournoise est souvent tue par ceux que la contractent, surtout dans ces années-là. Elle est synonyme de différence, puisqu’elle touche en particulier le milieu des homosexuels. Elle est d’abord mal soignée, car méconnue de la médecine. Et si aujourd’hui on en meurt moins, elle est toujours présente et fait toujours des ravages.

L’auteur écrit pour dire ce père aimant, ce père présent, ses incompréhensions sans doute à certains moments, quand les ados préfèrent les vacances avec les copains à celles avec les parents. Mais aussi peut-être le regret de n’avoir pas vécu ces moments où ils auraient pu se retrouver et qui sont perdus à jamais.

C’est surtout un texte d’amour, d’empathie, de reconnaissance pour la vie donnée. C’est le livre des regrets, de l’absence, des silences que l’on aimerait combler, des mots que l’on voudrait dire, des regards que l’on ne peut plus poser sur l’autre, sur ce père qui forcément manque tant.

C’est beau comme l’amour d’une fille pour son père, d’un père pour sa fille, lumineux comme sait l’être la vie et sombre parfois comme le sont la maladie et la mort. On ressort de cette lecture bouleversé, ému, avec l’envie de les prendre tous les deux dans nos bras et de les remercier de vivre et d’aimer aussi fort, aussi bien, aussi vrai. Merci Constance Joly de nous avoir emmené avec autant de sensibilité, de justesse et de poésie Over the rainbow à la rencontre de Jacques, cet homme que j’ai presque l’impression d’avoir connu.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Flammarion

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.
Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.

Constance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.

Paru le 06/01/2021 / 192 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081518650 / 17,00

Le sanctuaire, Laurine Roux

Entrer au cœur du Sanctuaire pour pénétrer la complexité de la nature humaine

Dans le sanctuaire, il y a les filles, la plus jeune Gemma, et son aînée, June. L’aînée rêve du temps d’avant, qu’elle a connu et qu’elle pleure, cette solitude est si difficile, sans aucun espoir d’un futur, d’une vie normale. Gemma n’a rien connu d’autre et vit pleinement cette vie de sauvage. Elle explore la foret à la recherche des plantes, chasse et tue le gibier pour nourrir la famille.

Il y a les parents. La maman, Alexandra, qui aime tant ses filles, ses petits cabris, et leur raconte la vie d’avant, la normalité, les amis, les rencontres, la société. Et le papa qui veille comme un loup sur sa famille. Car ils sont seuls dans cette montagne isolée, loin du monde anéanti par un virus transporté par les oiseaux. Seul le père descend parfois dans ce qu’il reste de la civilisation d’avant, pour y dénicher quelques fournitures indispensables.

Un jour cependant, Gemma suit la trace d’un aigle à abattre, et fait la rencontre improbable d’un vieil homme aussi mutique qu’inamical. Et cette présence incongrue dans un univers où toute vie de volatile quel qu’il soit doit être anéantie bouleverse les certitudes de la jeune fille.

Dystopie, récit post apocalypse, ou simple conte humain, ce roman est tout simplement inclassable. Mais il a surtout le mérite de nous plonger dans une nature aussi belle qu’amicale, aussi sombre qu’hostile, dans un environnement chaotique, au cœur de cette famille soudée qui vit une relation humaine forte et complexe, où le violence des sentiments, tant l’amour que la haine, autorise presque tous les excès. La relation du père avec sa femme, ses filles, aussi émouvante qu’angoissante, est fort justement mise en exergue.

Et cette belle écriture porte le lecteur tout au bout de ce sanctuaire, apaisant, violent, solitaire, humain, résilient.

On ne manquera pas de lire le premier roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme.
Retrouvez aussi la chronique publiée par Les Carpenters racontent

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions Du Sonneur

Le Sanctuaire : une zone montagneuse et isolée, dans laquelle une famille s’est réfugiée pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains. Le père y fait régner sa loi, chaque jour plus brutal et imprévisible.
Munie de son arc qui fait d’elle une chasseuse hors pair, Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du lieu. Mais ce sera pour tomber entre d’autres griffes : celles d’un vieil homme sauvage et menaçant, qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l’enfant…
Dans Le Sanctuaire, ode à la nature souveraine, Laurine Roux confirme la singularité et l’universalité de sa voix.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.

16,00€ / ISBN : 9782373852158 / Pages : 160 / Parution : 13 août 2020

Gioconda, Nikos Kokantzis

L’amour, malgré la mort, par delà les années, pour ne pas oublier

Le narrateur se nomme Nikos, comme l’auteur. Et ce n’est absolument pas un hasard, puisque c’est un épisode important de sa vie qu’il nous confie ici.

Nikos et Gioconda se sont rencontrés dans leur village de Thessalonique. Ces deux enfants, devenus deux adolescents d’abord timides puis de plus en plus proches, apprennent à se connaître en cette période si dramatiquement compliquée. Mais si Nikos n’a rien à craindre, Gioconda est une jeune femme juive. Et dans la Grèce de la seconde guerre mondiale, comme partout en Europe, il ne fait pas bon être né juif.

Les jeunes gens s’aiment follement, d’abord de façon bien anodine, comme des enfants à peine grandis, puis plus sérieusement, profitant du moindre instant pour vivre passionnément cet amour qu’ils sentent déjà condamné. Les deux adolescents profitent l’un de l’autre et vivent en sachant que chaque instant est gagné sur la mort, la guerre, le mal. Gioconda sera déportée en 1943 avec sa famille à Auschwitz.

Des années après, l’auteur s’est résolu a écrire leur histoire d’amour intemporelle, sensuelle et magnifique pour faire revivre celle qu’il tant aimée. Il donne à ce récit à la fois la folie et la passion de l’amour, et la tristesse et le désespoir d’en connaître déjà la fin.

Un court roman, bouleversant qui nous rappelle une fois de plus l’absurdité et l’horreur de la guerre, mais aussi la pérennité de l’amour, celui qui survit à l’absence et au temps qui passe.

Les 68 premières fois ont proposé une superbe opération d’échange de lectures en allant cliquer et collecter dans nos librairies pour les soutenir en cette période si difficile pour les commerces indépendants. Alors j’ai cherché, un, deux, puis trois titres qu’ils n’avaient pas. Chance inouïe, j’ai rencontré la libraire qui devant le pas de sa librairie remettait leurs livres à ceux qui les avaient réservés. C’est donc sur ses conseils que j’ai découvert Gioconda.

Catalogue éditeur : éditions de l’Aube

Nìkos, un adolescent, et Gioconda, une jeune fille juive, s’aiment d’un amour absolu jusqu’à la déportation de celle-ci à Auschwitz, en 1943.
Un récit lumineux d’une initiation amoureuse, vibrant de naturel et de sensualité malgré la haine et la mort.

Roman traduit par Michel Volkovitch.

Né à Thessalonique en 1930, Nìkos Kokàntzis découvrira l’amour avec Gioconda en 1943. Juive, celle-ci seré déportée à Auschwitz… et n’en reviendra pas. En 1975, Kokàntzis décide de raconter leur histoire d’amour, pour que Gioconda revive à travers ses mots. Il a étudié la médecine puis la psychiatrie à Londres. Il est mort en 2009.

Parution : 07/06/2018 / Nombre de pages : 104 / 125×190 / Format : Poche / ISBN : 978-2-8159-2850-2 / EAN : 9782815928502 / Prix : 8,90 €

A la rencontre de Cécilia Castelli

« Le plus important lorsqu’il s’agit d’écrire est… d’être dans le vrai. Il faut viser le cœur »

Cécilia Castelli était à Paris pour le lancement de Frères Soleil aux éditions Le Passage. Elle a accepté de répondre à quelques questions sur l’écriture de ce roman. Un roman d’apprentissage, un roman sur les secrets, passés ou présents, sur la famille et sur la Corse. C’est le deuxième roman de Cécilia Castelli, le premier Mollusque est paru aux éditions Le Serpent à Plumes.

Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

En le lisant, je l’ai ressenti comme un roman initiatique où chacun doit faire ses preuves, comme un passage de l’enfance paradisiaque et protégée des secrets des générations antérieures à une adolescence pourtant pas plus facile là qu’ailleurs.

  • Est-ce d’abord l’envie de suivre une famille corse et donc insulaire, pendant dix ans, avec ses secrets et son histoire, mais aussi avec les contraintes dues en particulier au poids des traditions ?

L’idée de ce roman correspond, me semble-t-il, avec mon retour sur l’île après être partie pendant plus de quinze ans sur le continent, pour mes études d’abord, puis pour mon travail. En revenant en Corse avec l’idée de m’y installer définitivement, je me suis rendue compte à quel point l’insularité avait marqué mon enfance.

Comme si j’avais grandi sur une terre protectrice, à part, loin de tout danger, le regard toujours tourné vers la mer, pour goûter à la liberté et vivre intensément un éternel été parmi un peuple fier de ses racines et de son histoire, et prêt à tout pour les défendre. Le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous est très prégnant ici et chaque habitant de l’île ressent de façon intrinsèque et presque indicible ce privilège.

Pourtant derrière le décor idyllique, il y a le revers de la médaille, le sentiment d’enfermement, l’impossibilité d’échapper à la famille et au poids des traditions. La nostalgie dans laquelle baigne l’île s’accompagne parfois d’une certaine violence ou tout simplement d’une crainte concernant l’avenir.

C’est un combat perpétuel entre le passé, ce que défendaient nos aïeuls et une volonté de s’ouvrir à un monde et à un futur différent. Se pose alors souvent la question de rester ou de partir. Surtout lorsqu’on est à l’aube de sa jeune vie d’adulte. Tout quitter pour s’affranchir, est-ce une liberté ou une trahison ? Il me semble que c’est le dilemme que vivent de nombreux jeunes. Même si pour certains, la réponse est évidente.

  • J’ai l’impression que les jeunes garçons sont assez représentatifs des enfants de leur âge, où qu’ils soient. Mais pour ce qui est de la famille, est-elle également représentative des familles corses encore aujourd’hui ?

Au-delà du caractère insulaire, les thèmes traités dans Frères Soleil ont effectivement une portée bien plus universelle et l’histoire de Rémi, Baptiste et Christophe peut être l’histoire de n’importe quel enfant, fille ou garçon, quels que soient l’époque et le lieu où il a grandi. C’est avant tout un récit d’apprentissage où chacun se confronte au regard de l’autre, que ce soit le regard des plus jeunes ou celui des adultes, et c’est à travers les jeux et les expériences vécues que les personnages se construisent avant d’être en capacité de faire leurs propres choix. Il est vrai que la famille joue un rôle primordial dans la mesure où les proches vont être les premières personnes à porter un jugement, ce qui peut être problématique. C’est ce que l’on voit avec Rémi, considéré par les siens comme le petit dernier de la famille, celui que l’on doit protéger et qui doit prendre exemple sur les autres. Il aura vraiment du mal à se départir de ce rôle de suiveur, et c’est ce qui le conduira jusqu’au drame.

D’abord discrète et faite de petites touches posées çà et là, la tension va crescendo…

  • Il y a ce grand-père qui disparait tragiquement, mais qui n’est mentionné que par intermittence. Est-ce une volonté de montrer qu’il y a dans chaque famille des secrets qu’il vaut mieux taire et leur poids sur les différentes générations ? Les enfants grandissent avec ces secrets, mais ne risquent-ils pas de reproduire à leur tour le passé ?

J’ai découvert il y a quelques années à travers des témoignages et des reportages la psychogénéalogie et c’est trouvé cela réellement passionnant. Se demander à quel point il existerait un inconscient familial qui se transmettrait de génération en génération à travers les silences et les blessures cachées de chacun.

Que nous lègueraient nos parents, nos grands-parents de leurs traumatisme passés ? Souvent, c’est dans le but de protéger l’enfant qu’apparaissent les secrets de famille. On préfère ne rien dire. Faire semblant. Faire croire que tout va bien. Mais c’est un héritage lourd à porter.

Comme une sensation que quelque chose de terrible se dissimule en soi, se développe à l’intérieur des familles, prêt à bondir pour tout détruire. Et qui, de toute manière, finira par surgir jour ou l’autre.

Comme une sorte de fatum, tel exprimé dans les tragédies grecques étudiées en classe, on sait que personne ne peut y échapper malgré toutes les précautions prises, malgré une volonté puissante d’échapper au destin.

Les parents des trois jeunes cousins ont beau les préserver de tout, taire les douleurs sous la chaleur de l’île, en été, sous le soleil réparateur, lorsque l’hiver arrive, la nouvelle génération prend le relai et subit à son tour le coup du sort. Ils reproduisent les mêmes erreurs que leurs parents.

  • J’ai aimé voir la façon dont grandissent ces trois jeunes, élevés par des mères proches, ils vont avoir des destins différents. Était-ce facile de se mettre dans la peau de vos différents personnages, tour à tour ces jeunes garçons qui évoluent avec les années, puis leurs mères, et enfin cette vieille tante qui évoque si bien la Corse traditionnelle immuable ?

C’est là tout le rôle de la littérature et surtout du travail de l’écrivain. Pouvoir retranscrire les destins, les sentiments multiples et infinis de tout un chacun sans se cantonner, ce qui serait dommage, à ce que l’on est et vit personnellement. Et c’est un réel plaisir lorsque l’on reçoit des témoignages affirmant que cela est réussi et fait avec justesse.

Le plus important lorsqu’il s’agit d’écrire est, je pense, de ressentir l’émotion vive au moment où l’on pose les mots, d’être dans le vrai, sans tomber dans le cliché ou le stéréotype du personnage qui serait soit totalement bon, soit totalement mauvais. Tout est une question de nuances. Il faut viser le cœur. C’est ainsi que l’écriture se libère et peut parler à chacun, de n’importe qui et de n’importe quelle époque. De n’importe quel garçon, de n’importe quelle mère, de n’importe quelle tante à moitié sorcière ou pas.

Les grandes thématiques comme l’attachement aux traditions, le nationalisme, l’omerta, sont présentes mais esquissées.

  • Est-ce une volonté de proposer une fiction romanesque plutôt qu’un roman étayé par des faits réels et si oui, pourquoi ?
  • Présente aussi, la peur de l’autre, celui qu’on ne connait pas, l’étranger, comme un mal profond qui atteint l’ile. On est dans les années 60 à 90, mais une fois encore est-ce toujours d’actualité, avez-vous voulu montrer l’absurdité de cette peur ?

Avant d’entamer l’écriture de Frères Soleil, je me suis posée la question de me documenter de façon approfondie sur l’histoire de la Corse, sur la présence du nationalisme sur l’île et de me baser principalement sur des faits réels. Mais en lisant des ouvrages à ce propos, il me semble que d’autres en parlaient bien mieux que moi, sous des formes beaucoup plus adaptées qu’un roman. Très vite, je me suis aperçue que ce n’était pas ce que je voulais faire ni là où je voulais aller. Ainsi les personnages se sont imposés d’eux-mêmes avec leurs propres histoires à raconter.

C’est eux qui ont pris toute la place même si, bien sûr, on retrouve des références à des faits divers, à tout ce contexte historique et sociétal dans lequel ils ont pu évoluer à cette époque.

C’est aussi ce qui forge une identité. Bien au-delà des jeux d’enfants qui s’amusent à se faire peur en parlant des meurtres de Tommy Recco ou des nuits bleues. Quant à la peur de l’autre, de l’étranger, le problème est malheureusement, je crois, toujours d’actualité et n’est pas forcément inhérent à l’île. C’est un problème universel. Même si les mentalités changent… mais il est tout de même incroyable de voir qu’en 2020, il faille encore des mouvements tels que #blacklivesmatter pour dire aux gens de ne pas avoir peur les uns des autres. Le combat n’est pas encore gagné.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a donné envie de revenir sur cette ile de beauté qui porte si bien son nom. A votre tour de le découvrir.

Quel conseil de lecture aimeriez-vous nous donner ?

Pour reprendre les mots de Samuel Beckett, je dirais qu’il faut découvrir ou redécouvrir Emmanuel Bove : « il a comme personne le sens du détail touchant ». Un titre ? Mes amis.

Concernant la rentrée littéraire, le livre de Laurent Petitmangin, Ce qu’il faut de nuit, dont on parle beaucoup m’attend sur ma table de chevet. D’autres me font également très envie. Sinon, je suis réellement admiratrice de l’écriture de Laurent Gaudé. Je conseillerais tous ses livres. De la poésie et de l’émotion pure à chaque phrase.

Merci Cécilia d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Retrouvez ma chronique de Frères soleil et celle de Ghislaine du blog Le domaine de Squirelito

Frères soleil, Cécilia Castelli

Un roman d’apprentissage dans lequel la Corse tient la première place


Dans les années 60, en Corse, trois jeunes garçons jouent au bord de la mer. Deux frères, Christophe et Baptiste et leur cousin Rémi. Les frères habitent au village, avec leur mère Gabrielle. Rémi quant à lui est né à Marseille mais il vient toujours passer ses vacances sur l’île avec Martine, sa mère, heureuse de retrouver le village et la famille le temps d’un été. Elle l’a quitté à 19 ans à peine pour chercher fortune ailleurs, pour chercher une forme de liberté aussi sans doute. Contre l’avis de son père mais avec l’assentiment de sa mère, elle a trouvé un travail et un mari, marin, parti longtemps, souvent, l’homme de sa vie.

Nous suivons les trois cousins et leurs familles pendant une dizaine d’années. Ces jeunes qui pour certains ne souhaitent jamais au grand jamais quitter l’île, se contentant d’y exercer le boulot qu’ils y trouveront. Ou cet autre qui rêve de devenir médecin, de faire des études à Marseille, d’éprouver enfin la liberté des années d’université.
Ces jeunes femmes enfin qui brisent les tabous et l’ordre établi qui veut que les filles restent au pays, et s’en vont sur le continent chercher un travail et un mari. Certaines pour toujours, d’autres reviendront, plus tard.

Dans la famille, il y a comme partout des singularités, des secrets, des non-dits, le grand père assassiné dont on ne doit pas parler, la fille partie sur le continent dont on dit qu’elle porte le diable, et tant d’autres bien sûr, inavouables et tus par tout le village, la communauté.
Un roman sur la famille, l’apprentissage de la vie, l’enfance et l’adolescence. Sur la famille et sur l’émancipation des femmes pas toujours évidente quand les traditions et la famille sont omniprésentes. Un roman aussi sur la peur de l’autre, l’étranger, celui qui est différent, que l’on rejette sans chercher à la connaitre, à le comprendre. Un roman sur les choix et les non-choix de certaines de nos actions, et sur leurs conséquences. L’auteur aborde aussi la spécificité du nationalisme et le poids de l’omerta omniprésente dans chaque famille, à chaque génération.
Enfin, un roman sur la Corse, personnage à part entière avec sa singularité ilienne, ses nationalistes, ses traditions et ses sorcières jetant des mauvais sorts ou déjouant le malin, ses paysages magnifiques et odorants, enfin, ses familles viscéralement attachées à leur île.

Une écriture tout en finesse, précise, avec des descriptions très visuelles et des personnages qui sont comme ces dentelles si fines et complexes que l’on se plaît tant à admirer, ciselés, polis, et terriblement attachants.

Un roman dans lequel on s’immerge immédiatement, on découvre pas à pas ces jeunes et leur famille, un récit fait de retour arrière qui ne perd jamais le lecteur et qui au contraire ancre chacun dans sa réalité, son environnement, pour une meilleure fluidité de l’ensemble. Il s’en dégage beaucoup de douceur et de beauté, tant des paysages que des hommes et de leurs sentiments, mais toujours en dessous une violence intense, dévastatrice, étouffée.
Une jolie découverte qui nous entraîne avec bonheur sur cette île de beauté que comme tout bon touriste qui se respecte nous aimons tant.

Catalogue éditeur : éditions Le Passage

Chaque été sur l’île, les deux frères retrouvent leur jeune cousin venu du continent. Ensemble, les enfants pêchent, jouent, chahutent. Rémi, le plus jeune des trois, est en admiration devant les deux grands. Il aimerait leur ressembler mais il n’est pas vraiment comme eux, il ne vit pas ici. De leur côté, les adultes profitent de l’insouciance de l’été. Sur le terrain familial, au bord de la mer, l’existence est plus douce. Au soleil, ils souhaitent effacer les anciennes cicatrices, celles dont on ne parle jamais, le meurtre du grand-père et l’enfant qui devait naître.
Leur histoire se mêle à celle des ancêtres. Dans la maison au figuier, figure tutélaire, il y a la vieille tante Maria. Signadora mystique, sorcière, guérisseuse qui perpétue les traditions immémoriales. Les enfants la redoutent, s’interrogent sur cette femme silencieuse et toujours en noir. Puis ils grandissent et pensent à d’autres jeux, aux feux de camp sur la plage avec les filles notamment.
Mais quand vient la fin de l’adolescence, que certains choix s’imposent même s’il semble impossible de quitter l’île, un nouveau drame se produit. Meurtre ou accident ? Comme leurs parents avaient autrefois dissimulé les blessures, la nouvelle génération se retrouve à son tour confrontée à l’indicible.

Cécilia Castelli est née et vit à Ajaccio. Avec Frères Soleil, elle nous livre un roman intense sur la force vénéneuse des secrets. Un roman d’enfance et d’égarement. Entre mer et montagne. Entre sublime et violence.

ISBN: 978-2-84742-445-4 / Date de publication: Août 2020 / Nombre de pages: 280 / Dimensions du livre: 14 × 20,5 cm / Prix public: 18 €

Carnaval, Hector Mathis

Un roman de l’urgence, sombre et caustique sur l’adolescence et le temps qui passe

Avec Carnaval, Hector Mathis nous plonge immédiatement dans la suite de K.O, ce premier roman qui l’avait révélé en 2018. Le personnage principal, Sitam, verlan ou palindrome quasi parfait du nom de l’auteur, continue ses pérégrinations et porte en lui un sentiment d’urgence qui transparait dans chacun de ses mots.

Il avait fui ses amis et surtout Capucine à la suite de la déroutante découverte de la maladie grave qui le frappait, la sclérose en plaque. Sur le même rythme, soutenu, haché, vif, direct, au style parlé dynamique et exalté, il parcourt à nouveau la route et tente de retrouver cette Capu qui lui manque tant. Mais encore faudrait-il la localiser, et qu’elle veuille encore de lui.

Le chemin pour la retrouver n’a rien d’un fleuve tranquille, d’autant qu’entre temps il apprend le décès d’un de ses inséparables amis d’enfance. C’est alors le retour obligé vers la banlieue grise de l’enfance. Il part avec un de ses amis pour assister aux obsèques. Les souvenirs affluent alors, en vrac, vivants, bruyants, mouvementés, colorés, gais et tristes, qu’importe. Ils sont là pour rappeler ces années où les amis ont été présents, l’avenir était ouvert, la vie s’annonçait belle malgré les bêtises, les incartades, la soif de découvertes, les quatre-cent coups faits par les adolescents d’hier. Aujourd’hui, l’avenir est sombre, la situation triste, et Capu n’apparait toujours pas. Fort de cette quête, il avance sur le difficile chemin de l’acceptation de cette maladie lourdement invalidante et sournoise.

Un roman à l’écriture aussi étonnante que le premier, sombre et caustique, parfois triste, souvent mordant et joyeux. Qui se lit quasi sans respirer, dans l’urgence absolue. Réaliste et pessimiste aussi, mais pourtant au bout du chemin apparait peut-être une lumière.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, Sitam quitte tous ceux qui partageaient son existence. Quelques mois plus tard, conscient de son erreur, il cherche à retrouver sa compagne. Mais après de multiples tentatives infructueuses, il se résigne à mener une vie solitaire. Alors qu’il semble abandonner tout espoir, un coup de fil de son vieil ami Benji l’oblige à quitter Paris pour revenir dans sa banlieue natale : la grisâtre. Un des leurs est mort. Il faut l’enterrer.

Ce voyage en banlieue replonge Sitam dans le passé et son enfance. Ils étaient un groupe de copains qui ont grandi entre la déconne, les problèmes d’argent et une soif immodérée d’aventure. Sitam retrouve ses anciens compères, s’aperçoit de l’attraction qu’exerce sur eux la banlieue et de la dureté de l’existence qui s’est imposée à eux.

Parution : 20/08/2020 / Format : 13×19 cm, 224 p., 16,00 € / ISBN 978-2-283-03225-1

Sous le soleil de tes cheveux blonds, Agathe Ruga

L’amitié, l’amour, ces sentiments complexes, indispensables et parfois si douloureux

Elles étaient deux, brune et blonde, belles comme le jour, amies de longue date, jusqu’au jour où Brigitte a disparu de la vie de Brune. A l’aube de sa deuxième grossesse, et lors de la disparition de France Gall, Brune se souvient de leurs années d’amitié folle et intense. Brigitte hante ses rêves, bouleverse sa grossesse, ravive la douleur de l’absence de ce double d’elle qui lui manque tant.

Brune et Brigitte, deux jeunes femmes belles et intelligentes, lycéennes puis étudiantes fusionnelles et talentueuses, solaires et brillantes. Brune se souvient des bancs de la fac de médecine, de la fête, des sorties, des weekends de folie à boire et danser jusqu’au bout de la nuit, du bonheur de plaire et de séduire, des vacances en Bretagne, des hommes que l’on aime et qui ne vous voient même pas, de ceux que l’on épouse mais qui ne vous satisfont pas, de ceux que l’on aime à la folie, contre la morale, la famille, la raison. Tous ces secrets, ces moments de vie, cette rivalité parfois, la passion toujours et cette intensité de sentiments partagés.

Avec talent, Agathe Ruga nous transporte au cœur d’une jeunesse provinciale dorée à qui tout sourit. Par son écriture parfaitement maitrisée, sincère, audacieuse et parfois crue, elle dit la vie et la violence des sentiments, l’amitié et l’amour, mais aussi la maternité, la séparation, le couple.

Les années d’études en fac de médecine dont on sait même sans l’avoir faite à quel point elle est difficile, les vacances et les weekends en liberté, les folles nuits d’insouciance, la vie de couple, tout y est, et le lecteur plonge dans cet univers qui m’a fait penser aux romans de Monica Sabolo ou de Laura Kasischke. Si le début de la lecture m’a semblé parfois fastidieux, c’est un roman qui devient rapidement addictif.

On ne peut s’empêcher de penser à l’autofiction bien sûr, mais portée par cette écriture à la fois subtile et vivante qui donne envie de lire le prochain roman de cette dentiste, blogueuse, amoureuse, maman et désormais autrice. Le tout bercé par ces airs de France Gall qui Évidement, trottent désormais dans ma tête.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Arpège (éditions Stock) et Le Livre de Poche

L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Traversant les années folles de la jeunesse, elles découvrent ensemble la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rêvant à leurs destins de femmes. Mais un étrange jour d’été, tout s’arrête brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitié et disparaît.
Les années passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, elle ressent le besoin de comprendre.
Avec brio, Agathe Ruga explore une tranche de vie aussi enivrante que violente, celle des premières fois, de l’éveil de la féminité, du passage à l’âge adulte et des désillusions, jusqu’à la délivrance.

Agathe Ruga a délaissé sa carrière de dentiste pour devenir écrivain et chroniqueuse littéraire sous le nom d’Agathe.the.book. Elle a fondé le Grand Prix littéraire des blogueurs ainsi que la distinction L’Été en poche. Avec Sous le soleil de mes cheveux blonds, elle signe un premier roman ultra contemporain, percutant et sensible.

Le Livre de Poche : 7,70€ / 312 pages / Date de parution : 10/06/2020 / EAN : 9782253241027
Éditions Stock : Sous le soleil de mes cheveux blonds / 27/02/2019 / 288 pages / EAN : 9782234087118 / Prix : 18.50 €