La guérilla des animaux. Camille Brunel

Quand la cause animale, la catastrophe annoncée et le militantisme salvateur excusent tous les dérapages. Et si le pire ennemi de l’homme était tout simplement l’Homme… ?

Dans un futur plus ou moins proche mais très sombre et absolument détestable, Isaac Obermann le parisien et Yumiko la japonaise, tous deux acquis à la cause animale, sont des extrémistes qui œuvrent pour la sauvegarde et le bonheur des animaux. Car il faut le dire, pour le bien-être et la liberté des bêtes, Isaac est capable de tuer de sang-froid des braconniers, des chasseurs, homme ou femme, qu’il poursuit jusque dans la jungle. Mais aussi d’assaillir un baleinier et de tuer tout l’équipage sans aucun remord. Isaac parcourt le monde pour sauver les animaux, leur rendre cette liberté dont les hommes les ont privés.

Dans ce futur-là, les hommes tuent et massacrent sans aucune retenue ni pitié. Alors Isaac sera le combattant de l’ombre, celui dont on connait pourtant partout les faits d’arme, en conflit avec son père, avec la planète entière, incompris de tous.

Il y a beaucoup de violence, de morts, derrière les pas de ce justicier qui part aux quatre coins de la terre sauver ce qui peut l’être ou massacrer ce qui doit l’être, pour l’exemple… J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman, cette dystopie qui pourtant éveille nos consciences, mettant en exergue cette suprématie de l’homme sur l’animal et la violence que cela induit…

Autant j’avais apprécié le roman de Vincent message, Défaite des maitres et possesseurs, qui avait une façon très imagée d’anticiper un avenir provoqué par trop de violence envers les animaux, autant ici la démesure de la violence m’a semblé tellement monstrueuse qu’elle en devenait souvent factice, surtout dans la deuxième partie il me semble …

Pourtant, j’avoue que l’auteur ose, bouscule, dérange, et peut-être est-ce aussi ce qui est intéressant dans ce roman, car comment faire changer les consciences, comment modifier les habitudes si chacun reste dans sa zone de confort persuadé que ce n’est pas de sa faute, mais bien celle des autres ? J’ai reçu ce premier roman grâce aux 68, et avouons-le, c’est malgré tout ce genre d’écrits qui permet d’ouvrir un peu nos yeux et de se dire que oui, il faut protéger et sauver ce qui peut encore l’être… pas sûre au fond que cette violence-là soit indispensable…mais qui sait !

💙💙💙

Catalogue éditeur : Alma éditeur

Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher.
La colère d’Isaac est froide, ses idées argumentées. Un profil idéal aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné de Yumiko, son alter-ego féminin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

18 € / 280 pages / Date de parution : 16 août 2018 / ISBN : 978-2-36279-285-4

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La belle de Casa. In koli Jean Bofane

La belle de Casa, de In Koli Jean Bofane, c’est une histoire de vie et de mort, un conte moderne dans les rues de Casa la belle.

Domi_C_Lire_la_belle_de_casa_actes_sudDans Casa la belle, migrants et voyous se rencontrent dans les quartiers populaires. Sese est un jeune clandestin arrivé de Kinshasa. Il a atterri là alors qu’il pensait arriver en Normandie. Depuis il vivote  en faisant casquer sur internet quelques européennes en mal d’amour, en les amadouant et en leur promettant la lune. Il était associé dans son petit business avec Ichrak.

Un matin, dans une ruelle peu fréquentée, il découvre la belle Ichrak morte, ensanglantée. Ichrak n’a pas de père et sa mère, la farouche Zahira, est folle depuis longtemps. Alors qui pouvait bien lui en vouloir ? Tous ! Car Ichrak la sublime avait la langue bien pendue et ne s’en laissait pas conter.

Et certainement pas par tous ces hommes concupiscents qui la guettaient et rêvaient de la soumettre à leur volonté. Ces nombreux hommes qui évoluent autour d’Ichrak, à commencer par le commissaire Daoudi, qui mène l’enquête. Lui-même est tombé sous le charme de la belle, mais n’a jamais réussi à la faire plier. Il y a bien sûr Sese le migrant, mais aussi Nordine le voyou, Farida la femme d’affaires avertie et son mari le très ambigu Cherkaoui, qui entretient une bien étrange relation avec Ichrak.

Dans ce quartier misérable, les migrants arrivent du Congo, du Cameroun, du Sénégal. Ils n’ont pas trouvé d’issue à leur course vers l’Europe et ont posé ici leurs maigres bagages. Ils squattent des immeubles miteux lorgnés par les promoteurs. Ces derniers rêvent de transformer les quartiers pauvres de Casablanca  pour les proposer aux plus riches, centres commerciaux, palaces, immeubles de luxe remplaceraient opportunément ces ruines, pourvu que l’on puisse en chasser les habitants. Et l’auteur nous décrit, avec une gouaille et un sens du dialogue qui nous embarquent dans une sordide réalité, les malversations, magouilles et affaires qui se trament ici sous le manteau.

En parallèle, on découvre le sort de ces migrants qui ont quitté l’Afrique noire et se retrouvent prisonniers en Lybie dans des conditions sordides, tant qu’ils n’ont pas payé un lourd écot aux passeurs, risquant leur vie pour un espoir d’avenir meilleur en Europe ou en Afrique du Nord.

Et comme un bouleversement majeur qui agirait en continu tout au long du roman, il y a le vent Chergui, ce vent du désert qui assèche, qui chamboule les hommes par sa chaleur, sa force, qui les contraint à trouver une issue à leurs souffrances. Symbole de ce changement climatique qui pousse hommes et femmes à chercher vers le nord un territoire où se poser ?

Ce que j’ai aimé ?  Le style, l’écriture, les vies et les portraits de ces personnages, réalistes, tragiques, vivants, décrivant une réalité douce-amère avec beaucoup d’humanité et de véracité. On s’y croit.. on y croit, et c’est bouleversant.

💙💙💙💙

Quelques photos de l »auteur aux Correspondances de Manosque, en cette belle fin de mois de septembre.

 


Catalogue éditeur : Actes Sud

Qui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ? Elle en aga­çait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoi­taient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du xxie siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits… Lire la suite

Août, 2018 / 11,5 x 21,7 / 208 pages / ISBN 978-2-330-10935-6 / prix indicatif : 19, 00€

Histoire du lion Personne. Stéphane Audeguy

Stéphane Audeguy  nous conte l’Histoire extra-ordinaire d’un lion nommé Personne, qui traverse une époque révolutionnaire et dont nul ne se souvenait… jusqu’à aujourd’hui.

Domi_C_Lire_histoire_du_lion_personneSénégal, 1786. Dans son village, Yacinne est protégé par le père Jean, le vieux missionnaire qui a su détecter chez ce jeune homme de belles capacités intellectuelles et qui lui donne toute l’éducation qu’il est possible de recevoir au village. Voyant que l’enfant peut aller plus loin, il décide de l’envoyer à St Louis, pour parfaire cette éducation. En chemin, Yacinne trouve un lionceau, et lorsqu’il est certain de pouvoir s’en occuper sans danger, l‘adopte et lui donne pour nom Kena, ce qui en langage de sa propre tribu signifie « personne ».

Voilà comment va naitre « l’Histoire du lion Personne ».

Arrivé à Saint-Louis-du-Sénégal, le jeune Yacine se place immédiatement sous la protection de Jean-Gabriel Pelletan de Camplong, le directeur de la Compagnie Royale du Sénégal. Ce dernier, arrivé là d’avantage par punition que par promotion, va prendre goût à la vie au Sénégal, et adopter Kena, le lion Personne. Pourtant, Jean Gabriel est un homme droit, dont les pensées vont à l’encontre de la morale de l’époque et de l’intérêt du commerce, bataillant contre l’esclavagisme, refusant de prendre pour maitresse ces belles mulâtres qui se donneraient pourtant facilement à lui pour obtenir promotion et porte ouverte dans le grand monde, et ses goûts plus prononcés pour les hommes que pour le jeunes femmes qui le convoitent ne vont pas lui rendre la vie facile. Personne devient très vite le compagnon de solitude de Pelletan. A la mort de Yacinne, Personne va adopter un nouvel ami, un jeune chiot bâtard appelé Hercule, ils deviendront inséparables.

Face au risque encouru par Personne dans sa maison du Sénégal, et grâce à ses contacts épistolaires avec Georges-Louis Leclerc Buffon, Pelletan décide de le faire partir pour la Ménagerie Royale de la cour de Louis XVI à Versailles. Hélas, nous sommes en mai 1788, en pleine période révolutionnaire. La mission sera compliquée et le chemin qui les mène de Saint-Louis du Sénégal au Havre de Grâce en Normandie, puis jusqu’à Versailles, enfin jusqu’à la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, sera un véritable parcours du combattant semé d’embuches. Les animaux sauvages et nobles ont une image un peu trop majestueuse pour cette époque de révolte, et celle du roi des animaux est bien trop associée à l’image du roi, cela ne plait vraiment pas au peuple. Ii est intéressant de comprendre alors la vision des classes de la société à travers les différents animaux, l’image qu’ils transmettent, et de fait, le principe de création du premier jardin zoologique.

Personne aura une courte vie, à peine dix ans, protégé par ses différents maitres, et surtout par le chien Hercule qui l’accompagne dans son périple.

J’ai vraiment apprécié découvrir cette aventure, l’écriture est étonnante et parfois ampoulée car ancrée dans son siècle, mais foisonnante d’images et de sentiments, d’idées et de interrogations. Qui ne s’est pas posé des questions face à la pléthore d’animaux empaillés de la Grande Galerie de l’évolution au Muséum d’Histoire Naturelle, animaux datant souvent de cette époque ?

Et surtout, j’ai apprécié cette façon de personnifier le lion, Personne, de lui créer des souvenirs, des émotions, pendant cette période historiquement riche d’événements importants : la colonisation de l’Afrique et l’esclavagisme, la révolution française et la fin de la royauté. Cela donne une autre vision de tous ces événements, de cette grande période de bouleversement politiques, économiques et sociétaux majeurs dans notre histoire. Un peu à la façon d’Éric Vuillard qui observe l’Histoire à travers les personnages la plupart du temps insignifiants ou oubliés, Stéphane Audeguy fait parler les petits, les faibles, pour donner sa version de ces dix ans de vie.

💙💙💙💙

PMR Seul

Ce roman fait partie de la sélection 2018 pour le

Prix du Meilleur Roman de Points #PMR2018


Catalogue éditeur : Seuil, éditions Points, sélection du Prix du meilleur Roman 2018

Il est absolument impossible de raconter l’histoire d’un lion, parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal.
Il est absolument impossible de raconter l’histoire du lion Personne, qui vécut entre 1786 et 1796 d’abord au Sénégal, puis en France. Cependant, rien ne nous empêche d’essayer.

6,5€ // 168 pages / Paru le 17/08/2017 / EAN : 9782757868829

Voici venir les rêveurs. Imbolo Mbue

African dream Vs American dream

Un rêve et une réalité mis en mots avec beaucoup de justesse par Imbolo Mbue dans « Voici venir les rêveurs »

2008, à New York. Jende a quitté le Cameroun il y a déjà quelques mois, son cousin lui a payé le billet pour venir tenter sa chance aux États Unis. Depuis, à force de petits boulots et d’économie, il a fait venir Neni, son épouse, et Liomi, leur fils. NY est pour eux synonyme d’Eldorado, puisque dans leur pays, la différence de classe leur interdisait de se marier, de vivre sereinement et d’être acceptés par leurs familles respectives. Mais la vie de migrant n’est pas toujours facile, et si le rêve est à portée de main, l’administration et ses arcanes compliquent passablement les choses. Car pour rester en Amérique, il faut obtenir un emploi et une Green Card, ou une Green Card et un emploi, car l’un ne va pas sans l’autre, mais l’un comme l’autre sont difficiles à obtenir.
Grâce au piston et sans dévoiler son problème de papiers, Jende va se faire embaucher comme chauffeur par Clark, un banquier reconnu et prospère de Lehmann Brothers. Passer des heures ensemble chaque jour dans l’atmosphère confiné d’une voiture, même de luxe, ça rapproche. Clark et Jende se parlent, essayent de se comprendre, même s’ils n’iront jamais jusqu’à évoquer leurs problèmes ni aborder ce qui touche à l’intime.

Deux mondes vont alors se côtoyer et par moment s’accepter, s’écouter, tenter de se connaître. Celui des riches américains, avec grand appartement, bonne éducation pour les enfants, chauffeur, soirées de gala, maison d’été dans les Hamptons, vacances de rêve, et le monde des émigrés, vivant à Harlem, craignant à tout moment de se faire expulser, mais qui mettent tout leur cœur et leur énergie à se faire accepter, à rentrer dans le moule pour profiter à leur tour du rêve américain.
Neni rêve de devenir pharmacien et va enfin entreprendre des études financées grâce au beau salaire de Jende. Jusqu’au jour où, enceinte de leur second enfant, Jende décide qu’elle doit arrêter et rester à la maison. Car dans la tradition africaine, l’homme est celui qui sait et qui décide, et sa femme doit respecter ses choix, même si elle n’est pas d’accord, même si en Amérique elle est en droit d’exercer son libre arbitre. Arriver et vouloir s’intégrer dans un nouveau pays ne fait pas perdre pour autant les prérogatives et les croyances de son pays d’origine. En Afrique l’homme décide, la femme obéit. A New York, Neni devra accepter et obéir, au risque de voir son rêve anéanti. La crise des subprimes est passée par là, les riches banquiers de Wall street ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et le pays a sombré dans une crise sans précédent, les mois passent, sans papiers et désormais sans emploi Jende se désespère. Certains s’en remettront, mais la famille de Jende devra certainement renoncer à ses rêves.

Imbolo Mbue nous propose une intéressante analyse des différences de classe, du choc de deux mondes en apparence si opposés, mais aussi de tout ce qui rapproche, une enfance malheureuse, les enfants, une bonne éducation, le rêve de s’en sortir. Puis vient la crise, le renoncement, la faillite, qui font prendre conscience aux plus riches de la valeur de la famille. C’est décrit ici de façon un peu caricaturale peut-être, mais qu’importe, car le rythme, l’intérêt sont là. Même si le roman semble un peu lent à démarrer, parfois un peu idyllique lorsqu’il brosse l’entente entre deux familles que tout oppose, jusqu’au moment où tout s’effondre. Et avant tout jusqu’à la fin du rêve américain, de cet espoir que l’on met dans la réussite qu’on va chercher dans un autre pays, quand on a le courage de tout quitter : famille, amis, pays.

Difficile réalité des migrants, de l’idée que l’on se fait de l’ailleurs, et pour les migrants africains où qu’ils soient, de l’aide qu’il faut continuer à apporter à la famille sans faillir, même quand la situation est difficile, car au pays tous espèrent votre réussite pour s’en sortir aussi. Excellente analyse également du poids de la famille, de la classe, de la tribu et des traditions tellement prégnants en Afrique, et exprimés avec tant de force dans les romans de Léonora Miano, quand la voix d’Imbolo Mbue se fait un peu plus légère et laisse une part au rêve et à l’espoir.

#rl2016 Rentrée littéraire 2016


Catalogue éditeur : Belfond

Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…

Traduit par Sarah TARDY / Parution le 18 août 2016 / 300 pages / 22.00 €

Écoutez nos défaites. Laurent Gaudé

Un nouveau roman de Laurent Gaudé est toujours une belle surprise. C’est encore le cas avec « Écoutez nos défaites » et son rapport au temps, à la victoire ou à la défaite interroge le lecteur. Un de mes coup de cœur de la rentrée !

DomiCLire_laurent_gaude.JPGAssem Gaieb est un agent des renseignements français. Il opère sans scrupule et sans remords sur tous les fronts, il obéi aux ordres sans discuter. Mais s’il est las de cette vie, de ces morts…. il consent malgré tout à assurer une dernière mission.
Mariam, archéologue irakienne, travaille pour l’UNSECO et passe sa vie à rechercher les œuvres d’art volées dans les musées du moyen orient, alors que l’EI détruit inexorablement les merveilles de Khorsabad ou de Palmyre. Elle vient de découvrir qu’elle est malade, le cancer est là, sournois, et lui fait envisager sa vie autrement.
Le hasard les fait se rencontrer à Zurich, et partager quelques heures intenses et quasi irréelles d’amour, d’écoute et de fusion. Dès lors, sans se revoir, ils penseront l’un à l’autre.

En contre point de ces deux vies, Laurent Gaudé nous parle de batailles, celles des sudistes et des nordistes, avec le général Grant écrasant enfin les armées confédérées. Celles d’Hannibal, marchant sur Rome, un temps seulement vainqueur, laissant des milliers de morts sur les champs de batailles depuis l’Afrique jusqu’aux plaines Romaines. Enfin, celles du roi des rois, descendant de la reine de Saba, Hailé Sélassié, empereur d’Éthiopie, qui se dresse contre l’envahisseur italien pendant la seconde guerre mondiale, et subira de lourdes pertes parmi les hommes qui l’accompagnent dans son combat. Les batailles de ces héros auréolés de gloire sont des victoires, mais l’auteur nous montre surtout que chaque victoire est aussi une défaite. J‘ai ressenti une infinie tristesse dans ces lignes, un désespoir aussi, car comment vaincre si ce n’est au prix de tant de morts ! Comment être victorieux si ce n’est en assumant ses choix, ceux qui impliquent les massacres, les carnages, le sang versé, la mort, la faim, de tant d’hommes. Difficile cas de conscience des vainqueurs. Puis vient l’après, comment vit-on quand on a connu des moment aussi forts et que soudain on n’est plus personne.

Roman étrange, parfois dérangeant, mais qui reste longtemps en tête et questionne, car que devons-nous croire et penser des apparences. J’ai d’abord eu un peu de mal avec les alternances de temps, d’époque, de situations. Puis finalement j’ai plongé aisément dans les différents récits, d’abord en me demandant où l’auteur voulait nous conduire, puis en suivant les méandres du récit et en me posant de nombreuses questions. Il faut noter aussi quelques rayons de soleil, grâce à ce lien universel que nous avons avec les merveilles que nous ont légués nos ancêtres, ces découvertes et cet espoir toujours présent grâce à des hommes prêts à se sacrifier pour sauver ces beautés et qui nous prouvent que rien n’est totalement perdu.

#rl2016


Catalogue éditeur : Actes Sud

Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d’une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste… Un roman inquiet et mélancolique qui constate l’inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu’on meure pour elles.

Domaine français / Août, 2016 / 11,5 x 21,7 / 288 pages / ISBN 978-2-330-06649-9 / prix indicatif : 20, 00€

 

La saison de l’ombre. Léonora Miano.

Il y a quelques mois, j’ai eu le plaisir d’assister à une lecture par Léonora Miano de ses prochains livres (parus depuis) au musée Dapper, occasion pour moi de découvrir cette auteure et d’acheter « la saison de l’ombre » que je viens de terminer.

Me voilà donc plongée dans la saison de l’ombre, celle où les femmes dont « les fils n’ont pas été retrouvés » sont mises à l’écart dans une case loin du village. Car devant l’incompréhension des hommes il faut bien des coupables et bien évidement celles-ci sont toutes désignées. Mais c’est sans compter sur la force de certaines d’entre-elles, ces femmes qui veulent comprendre, découvrir, savoir où sont passés les douze hommes qui n’ont pas été retrouvés à la suite du grand incendie qui a ravagé une partie du village.

Léonora Miano nous embarque au loin, dans les croyances et l’ignorance, dans les habitudes et les coutumes, dans le mysticisme animiste, aux côtés des hommes médecine ou des chefs de tribus. Elle situe son histoire dans l’époque et les lieux de la traite subsaharienne et de l’esclavage, vus pour une fois non pas au travers de nos regards d’européens, mais bien de l’intérieur par les peuples africains qui les ont vécus au plus intime, en étant soit les complices des étrangers aux pieds de poule, soit leurs victimes. Mais tous sont toujours finalement victimes de la cupidité, de l’inhumanité, de l’ombre qui apparait en cette saison et qui s’est avérée si sombre pour tant d’hommes et de femmes. Et chacun peut ici s’identifier à tout ou partie de ces vies, de ces émotions, de ces aventures humaines terribles qui font que la vie de chaque individu constitue au final l’histoire profonde d’un pays ou d’un continent.

C’est un très beau livre très bien écrit, mais qui est un peu ardu à suivre. Je me suis longuement perdue dans ce texte, en particulier du fait de ces prénoms aux consonances tellement similaires, les hommes sont Mukano, Mutango, ou Mukimbo, les femmes Eyabe, Ebeise, Ekesi, j’ai donc relu plusieurs fois quelques paragraphes pour comprendre et c’est dommage car cela nuit à la fluidité de l’histoire et au rythme de la lecture. Je me suis interrompue souvent mais j’ai finalement terminé le roman et apprécié l’écriture et le rythme de l’intrigue et surtout la force de ces femmes qui doivent lutter pour affirmer leurs droits, leur place dans leurs tribus, et leur liberté d’exister.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Pocket

Au cœur de la brousse subsaharienne, un grand incendie a ravagé les cases du clan Mulongo. Depuis lors, douze hommes manquent à l’appel – les fils aînés pour la plupart. Pendant que les mères cherchent en songe les réponses à leur chagrin, le Conseil interroge les ancêtres, scrute les mystères de l’ombre : que signifie cette disparition ? Pour le salut de la communauté, le chef Mukano et quelques autres décident de partir à leur recherche en territoire bwele, leurs voisins. Peu d’entre eux atteindront l’océan – par ou les « hommes aux pieds de poules » emportent leurs enfants…

« La voix de Léonora Miano, l’une des plus fortes de sa génération, devrait résonner de Paris à Douala – et voyager bien au-delà. » Catherine Simon –Le Monde

Cet ouvrage a reçu le Prix Femina et le Grand prix du roman métis
Date de parution 5 Février 2015 / Nombre de pages 256 p.Format 108 x 177 mm / EAN 9782266248778

Le jardin des puissants. Bruno Jacquin

Un enquête plus qu’un simple roman, « Le jardin des puissants » de Bruno Jacquin a tout pour séduire ses lecteurs.

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Je viens de terminer le jardin des puissants et je pense que la force de ce roman tient beaucoup au réalisme de son écriture. L’auteur est journaliste de presse écrite et cela se sent. Il a pris la peine de situer son intrigue en 2017, mais à part cela tout semble tellement réaliste que le lecteur, moi en tout cas, se croit vraiment plongé dans l’enquête que réalisent deux journalistes au jour le jour.

Pierre Moince, grand reporter à Liberté Soir et son ami Julian Strummer reporter au Bristol Morning News, sont attendus à New York pour y recevoir le premier prix Pulitzer remis à des journalistes étrangers, lors du centenaire de la création du prix, en 2017. Le prix va récompenser le reportage paru simultanément dans les deux journaux et les deux pays, en juin 2016, reportage de deux journalistes intègres et professionnels qui a secoué la planète en dévoilant une affaire particulièrement sordide et ignoble.  Est-ce pour cette idée du centenaire du prix que Bruno Jacquin a choisi cette date ? peut-être, et j’aime l’idée de nous rappeler que ce prix a presque cent ans alors qu’il est toujours aussi actuel et indispensable. La liberté de la presse, le travail d’enquête pour établir la vérité sont des éléments primordiaux du métier de journaliste et ils ne doivent jamais cesser.
IMG_1999Bruno Jacquin n’attend pas pour informer le lecteur, tout l’art de son récit portant sur le déroulé de l’enquête. Récit que va revivre Julian resté chez lui alors que Pierre l’attend déjà à New York.
Julian est un homme amoureux mais parfois déçu par Ashlee, sa collègue mariée et néanmoins maitresse, Ashlee qu’il aime depuis des années et qui vient de le quitter. Pour faire le point, il part enquêter plusieurs semaines dans les villes les plus hautes du monde. Jusque-là rien de bien extraordinaire. Mais alors qu’il passe quelques jours en équateur, un soir dans un bar local, il surprend des mots anglais dit par un autochtone qui ressemble plus à un étranger qu’à un natif. En creusant un peu avec Juan, cet homme dont il sait rapidement se rapprocher, Julian comprend qu’il s’agit d’une affaire complexe touchant des intérêts au plus haut niveau dans plusieurs pays.

Quelques années plus tôt, des militaires français et anglais ont effectué une mission à Diffa, au Tchad, un village Peul a été froidement rasé de la carte, et les forces spéciales ont fait un sale boulot, Juan était présent. Julian mène l’enquête. Elle nous est présentée avec réalisme, suspense et émotion, la recherche des faits, des motivations puis des coupables se fait jour peu à peu. Le mystère s’éclaircit et la vérité apparait dans toute son horreur. Intérêt militaire ou profits industriels, celui des puissants qui n’hésitent pas à faire de l’Afrique autrefois colonisée leur jardin d’essai, le « jardin des puissants ».

Le roman alterne l’enquête sur des faits particulièrement indélicats et sordides, rôle des différents armées, implications des complexes industriels puissants, rôle des investisseurs et de la finance au plus haut niveau, y compris paradis fiscaux, et l’histoire d’amour complexe et tourmentée entre ces deux êtres qui s’aiment, mais qui vivent une relation qui passe du plus bleu et beau au plus sombre et triste, au rythme des indécisions d‘Ashlee et des élans amoureux de Julian. Comme un contraste entre le sucré de l‘amour et l’amertume de la mort.

C’est un roman que l’on n’a vraiment pas envie de lâcher. On s’y croit presque, le style est vif, rapide, réaliste, qui nous dit que la vie est sordide mais belle. La fin arrive comme une claque, inattendue et brutale, comme un éveil du lecteur à la triste réalité de la vie.


Catalogue éditeur : Éditions Les 2 Encres

Julian Strummer, l’Anglais, et Pierre Moince, le Français, sont reporters. L’enquête qu’ils ont menée pendant des mois leur vaut, en ce début avril 2017, l’attribution du premier Prix Pulitzer jamais décerné à des journalistes non-américains.
Mais que s’est-il passé exactement au Niger, dans le désert  du Sahel, près de cinq ans plus tôt ?  Pourquoi tant de morts ? Au nom de qui ? De quoi ?
S’agit-il uniquement d’une banale et tragique bavure des Forces Spéciales des armées britannique et française à la recherche d’un groupe terroriste ?
Fuyant jusqu’en Amérique du Sud un amour chaotique,  Julian rencontre par hasard le seul survivant du carnage qui va lui permettre, avec l’aide de son confrère et ami, de mettre au jour un scandale resté trop longtemps caché, impliquant des personnalités du monde industriel, militaire et politique.
Jusqu’où celles-ci iront-elles pour protéger leur secret ?
En tout cas, Julian Strummer est en retard à la remise de son prix à New York…
Un thriller noir au cœur des dérives de l’ultra-capitalisme.
Et si tout n’était pas que fiction…

264 pages ISBN : 2351686179 / 2013