Algérie ma déchirure

Un beau livre de Behja Travesac illustré par les aquarelles de Catherine Rossi

De page en page, les souvenirs s’égrènent et font revivre les quartiers d’Alger, les amis, la famille, les événements qui se sont succédé jusqu’à l’exil.

Un livre qui peut se lire au hasard, ou en tournant chaque page pour y voyager au fil des souvenirs, des thématiques qui regroupent certains chapitres, comme les voix des femmes, l’exil, l’enfant innomé.
Quelques textes écrits au fil des ans ont trouvé ici leur place.

L’autrice nous fait faire un voyage insolite et émouvant. Tout au long du livre, on la sent attentive aux autres, en particulier à tous ceux qui ont croisé sa route.
Un récit ponctué de quelques poèmes qui allègent parfois la douleur des instants vécus, de ceux qui ont été subits, rêvés, oubliés parfois. Les souvenirs de ces vies vécues ensemble pendant un temps déjà lointain, puis séparées à jamais.
J’ai apprécié ce voyage fait sans aucune amertume, juste au fil des souvenirs, mais que l’on sent toujours empreint d’une grande tendresse pour ce passé révolu à jamais.

Catalogue éditeur : Chèvre feuille étoilée

Alger, Oujda, Oran, Portsay… une ballade qui nous transporte dans un voyage insolite. Les personnages peu communs qui ont jalonné la vie de l’auteure, appartiennent à une frange de la société rarement évoquée par les historiens ou les sociologues. C’est dans une langue légère, poétique, que Behja Traversac ouvre, ici, les voies de l’intime lorsqu’il tend à l’universel.

ISBN : 9782367951485 / 19,00€

Le Doorman, Madeleine Assas

Une vie pour découvrir NewYork, la ville qui ne dort jamais

Ray est le Doorman du 10 Park avenue, à Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’Algérie dans les années 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis à Paris. Après un emploi particulièrement pénible à décharger le poisson au marché, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vêtu de son bel uniforme à boutons dorés.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des années 70 jusqu’à effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres découvre la vie des quartiers, de Little Italy à Chinatown, du Lower East Side à TriBeCa, de Harlem à Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait découvrir par son regard. Les commerces, les cafés et les restaurants, les bars et leurs habitués, rien ne lui échappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, déambule avec lui et voit l’évolution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rêver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. Même si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissé la place aux pas plus hésitants du sexagénaire, son regard est toujours aussi affûté et empathique envers ses congénères, d’un côté ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il côtoie lorsqu’il revêt son habit de Doorman.

Je suis allée la première fois à New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui débarquait là-bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un côté irréel et festif. J’y suis retournée depuis à maintes reprises. J’ai retrouvé dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus récentes de mes dernières visites. Cette différence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beauté des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le coté vieillot et archaïque du métro ou de certaines boutiques par exemple. Le réservoirs d’eau sur les toits des buildings, les écureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressés de Wall Street, les touristes émerveillés de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si différents qui font pourtant l’unité de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mêlent pas. Enfin, Ray a réveillé en moi le sentiment fort et l’émotion qui m’avaient saisie en entrant à Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rêve américain au fil des décennies. Quand un roman éveille autant de souvenirs et d’émotions, c’est sans doute qu’il a atteint son but.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Actes Sud

Le Doorman est le roman d’un homme secret vêtu d’un costume noir à boutons dorés. Un étranger devenu le portier d’un immeuble de Park Avenue puis, avec le temps, le complice discret de plusieurs dizaines de résidents qui comme lui sont un jour venus d’ailleurs. À New York depuis 1965, ce personnage poétique et solitaire est aussi un contemplatif qui arpente à travers ce livre et au fil de quatre décennies l’incomparable mégapole. Humble, la plupart du temps invisible, il est fidèle en amitié, prudent en amour et parfois mélancolique alors que la ville change autour de lui et que l’urbanisme érode les communautés de fraternité.

Toute une vie professionnelle, le Doorman passe ainsi quarante années protégées par son uniforme, à ouvrir des portes monumentales sur le monde extérieur et à observer, à écouter, avec empathie et intégrité ceux qui les franchissent comme autant de visages inoubliables. Jusqu’au jour où il repart pour une autre ville, matrice de son imaginaire.

Ce livre est le théâtre intemporel d’une cartographie intime confrontée à la mythologie d’un lieu. Il convoque l’imaginaire de tout voyageur, qu’il s’agisse du rêveur immobile ou de ces inconditionnels piétons de Manhattan, marcheurs d’hier et d’aujourd’hui aux accents d’ailleurs.

février, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 384 pages / ISBN : 978-2-330-14427-2 / Prix indicatif : 22.00€

La discrétion, Faïza Guène

Une famille, deux cultures, un roman universel contemporain

De Faïza Guène, j’avais lu et apprécié Un homme ça ne pleure pas qui évoquait déjà l’émigration algérienne en France. Dans La discrétion, l’écriture a mûri, la légèreté s’est envolée, le lecteur part à la rencontre de Yamina, et de différents membres de sa famille.

Yamina est née en 1949 dans l’Algérie colonisée, dans la province de Msirda Fouaga. Famine, sécheresse, fragilité des récoltes et dureté de la vie sont le lot quotidien de ses parents, dans ce pays soumis aux affres de la guerre. De son enfance, Yamina retient les années d’école, le bonheur d’apprendre, puis la retour à la maison, seule fille de la fratrie elle doit aider la mère et abandonner cartable et cahiers. Ce sera plus tard la fuite vers le Maroc, puis l’exil vers la France avec Brahim, ce mari plus âgé qu’on lui a choisi.

Yamina déborde d’amour pour les siens, vit discrètement, accepte son sort et celui imposé aux émigrés, jamais vraiment acceptés dans ce pays qui pourtant devient aussi le leur, même si la génération d’après née sur le sol français est toujours une génération d’étrangers. Yamina et Brahim ont eu des filles et Omar, le fils chéri. Des années plus tard, Omar est taxi Uber. Pas facile de gagner sa vie, même quand on est issu d’une famille qui a toujours eu du travail, où l’on a toujours mangé à sa faim et que l’on a fait des études.

Le mariage de l’aînée est un échec retentissant et inacceptable pour les parents. Et quand leur plus jeune fille décide de quitter le domicile familial sans être mariée c’est totalement incompréhensible pour ces parents aux traditions encore fortement ancrées, malgré une vie passée en région parisienne.

Le roman alterne les récits de plusieurs époques et différents personnages, montrant ces disparités familiales, ceux qui suivent encore la tradition, ceux qui essaient de s’en libérer, le divorce comme un fléau pour les femmes, mais pas pour les hommes, la place des filles, à la maison, les études, les mariages arrangés, des règles que tous appliquent avec plus ou moins de rigueur, en pensant faire au mieux pour le bonheur de tous. Toujours présent également l’amour des parents pour leurs enfants, et l’amour filial et le respect qui empêchent parfois un enfant de vivre pleinement sa vie. Enfin, ce cruel dilemme des enfants de la deuxième génération qui ne trouvent leur place ni dans le pays d’origine de leurs parents, ni dans leur pays de naissance. Jusqu’à quand ? Combien faudra-t-il de générations avant que chacun accepte l’autre pour ce qu’il est, et arrête de voir uniquement d’où il vient.

L’écriture est précise, sans fioriture, elle décrit sans jugement, sans partis pris, sans rancune. Elle donne l’exacte dimension des sentiments de Yamina, son amour pour ses enfants, leur réussite, les souffrances de l’enfance, les regrets, mais aussi un bonheur simple enfin accessible.

Catalogue éditeur : Plon

« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi »

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

Née en 1985, Faïza Guène est romancière et scénariste. Kiffe kiffe demain, traduit en vingt-six langues, la fait connaître à l’âge de dix-neuf ans.
Dans La Discrétion, elle rassemble les fragments d’une histoire intime qui vient bouleverser le roman national.

Parution : 27/08/2020 / EAN : 9782259282444 / Nombre de pages : 256

Les bleus étaient verts, Alain Jaspard

L’Algérie, un rêve d’évasion quand on a vingt ans au pays des mineurs de fond

Saint Étienne dans les années 60. Max est fiancé à la belle Monika, enfin Monique, mais avouez que ça fait plus sexy et moderne avec un a. la belle n’est pas farouche mais n’a pas encore consenti à offrir son corps, pas avant le mariage. Qu’importe, Max part au front avec dans le cœur de jolies perspectives. Et ces deux années en Algérie sont un excellent moyen d’échapper au sort qui l’attend, descendre à la mine comme son père avant lui, comme tous les jeunes autour de lui. Pas bien gai comme perspective la silicose dans les poumons et le cancer avant 50 ans.

Algérie, 1961. Si l’Algérie est colonie française depuis 1830 environ, les années soixante sont davantage synonyme de conflit armé et de décolonisation. Aussi quand Max embarque pour Alger, les espoirs de soleil et de mer sont assombris par les conflits, FLN et ALN, ne sont pas des mots en l’air. Il va s’en rendre compte par lui-même, lui qui est parti là-bas pour une opération de maintien de l’ordre. Même si finalement son poste à la frontière algéro-tunisienne dans le 11e bataillon des chasseurs alpins est relativement privilégié. Là, il va rencontrer la belle Leila et succomber au charme de celle qu’il nomme sa sorcière.

La fin de cette guerre commencée en 1954 est proche, mais les risques sont réels pour ces jeunes hommes, personne n’en sortira intact, aucun n’osera en parler plus tard. C’est toujours moche la guerre, et celle-là n’a vraiment rien de glorieux. Les conditions du référendum de 1962, le sort des harkis abandonnés par la France, la débandade des pieds noirs qui partent les mains vides de ce pays où souvent ils sont nés, les exactions, la torture, des centaines de milliers de morts des deux côtés, sont évoqués, en toile de fond de ce roman.

Le récit alterne deux grandes époques, de 1961/62 à 2016/2020, et les voix de plusieurs protagonistes, Max, Monica, Ali, pour ne citer qu’eux. On entre dans le cœur et la tête de ces jeunes, français ou arabe, partagés entre l’amitié et l’amour du pays, la foi en l’homme et l’envie d’aimer, de vivre, de partager, de donner et de recevoir.

Le ton est mordant, ironique, jamais voyeur ni polémique pour évoquer ces situations souvent à la limite de l’absurde. Les paysages, couleurs, saveurs, odeurs, servent de décors aux scènes, violence, douceur, tendresse, amour, guerre, espoir, la mine, la mer, le bled, tout y est, transpire, s’efface, crépite, comme dans un film. C’est, il me semble, une des grandes qualités d’écriture d’Alain Jaspard, cette propension à nous faire vivre dans un décor que l’on s’approprie grâce à ses mots.

Comment ne pas penser à mon père, son service militaire à la fin des années 50 en Algérie, à ses amis qui s’étaient connus là-bas et ne parlaient que de leurs mauvaises blagues de troufions, à ces palmiers plantés dans les jardins, souvenirs de deux années passées sous silence mais à jamais présentes dans la tête de ceux qui y étaient. A cet oncle pied-noir, qui parlait d’exil lorsqu’il était en France, mon pays, je l’ai quitté jeune, je serais à jamais un émigré partout où j’irai. Une génération des deux côtés de la Méditerranée à jamais marquée par cette guerre.

Pour en savoir plus sur l’Algérie, on pourra lire aussi :

Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Max ne suivra pas son père six cents mètres sous terre. La mine, très peu pour lui. À vingt ans, Max rêve d’ailleurs. Alors en 1961, quand il embarque pour l’Algérie, il se dit qu’au moins, là-bas, il y aura le soleil et la mer. Il ne sera pas déçu.
Pour l’aspirant au 11è bataillon de chasseurs alpins, le poste frontière algéro-tunisien relèverait presque de la sinécure. D’autant qu’il rencontre Leïla, une jeune infirmière Berbère dont il tombe fou amoureux. Tant pis pour sa fiancée sténo à Saint-Étienne.
Mais à l’approche du cessez-le-feu, les tensions s’exacerbent, l’ennemi d’hier devient le nouvel allié et Max essaie de garder la face dans ce merdier. Saleté de guerre…

Tragi-comédie cruelle et corrosive où le verbe mordant d’Alain Jaspard incise dans la laideur d’un conflit remisé aux oubliettes, Les Bleus étaient verts est le portrait d’une jeunesse en mutation qui s’apprête à briser ses entraves, à libérer sa soif de vivre et d’aimer.

Date de parution : 20/08/2020 / EAN : 9782350877433 / Nombre de pages : 208 / 17.00 €

De la part d’Hannah, Laurent Malot

De la part d’Hannah, un beau roman sur l’enfance et sur une époque, émouvant, indispensable, intemporel

Dans les années 60, nous faisons la connaissance d’Hannah, une fillette de dix ans qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle revient du sanatorium et s’installe dans sa famille, avec son père et son grand père. La seconde guerre mondiale est encore un souvenir intact, la peur de l’émigré est déjà présente, et la guerre d’Algérie se profile, les jeunes partent faire un service militaire dont ils ne veulent pas et dont souvent ils ne reviennent pas. C’est dans ces conditions que nous allons suivre Hannah.

Elle est étonnante cette petite fille, avec son caractère bien trempé, son vocabulaire de charretier parfois, son manque flagrant d’éducation et qui pousse sans trop d’amour, orpheline de mère, et tuberculeuse dans un sanatorium.

Elle est d’autant plus étonnante qu’elle va apprendre peu à peu la réalité de son existence, affronter la duplicité et la méchanceté, la jalousie et l’envie, qui poussent les villageois, et de préférence les villageoises acariâtres et frustrées de La Chapelle-Meyniac à faire le mal autour d’elles.

Elle est émouvante, attachante, bouleversante quand elle apprend qu’elle peut quitter le sanatorium ; quand elle cherche le dialogue avec son père, qu’elle veut savoir où est enterrée sa mère, qu’elle se bat avec ses poings, son énergie et tout son cœur contre ceux du haut, mais aussi contre ceux qui la blessent ; quand elle met toute son énergie aussi à faire parler Martha ou Jimino, le grand père au grand cœur et à la bouteille facile, lorsqu’elle en a assez des secrets de famille qui pourrissent l’existence.

Elle a une grande maturité malgré sa jeunesse, un franc parler, une envie de vivre et d’être heureuse qui bouleversent le lecteur. De la part d’Hannah est un beau roman sur l’enfance, la filiation, la guerre, celle qui vient de finir depuis pas si longtemps, et celle qui se déroule là-bas de l’autre côté de la méditerranée en cette année 1961, mais aussi sur les préjugés, la médisance, la bassesse et la méchanceté et bien sûr l’intolérance, et pour tout cela il n’y a hélas pas prescription.

Un roman qui émeut, d’une belle intelligence, celle de l’esprit mais aussi celle du cœur. Une belle raison de le faire connaitre, maintenant qu’il est enfin en poche.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Hannah a dix ans et un caractère bien trempé. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on décrète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. À La Chapelle-Meyniac, les cancans des mégères vont bon train. Hannah s’en méfie. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisées. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, roman jeunesse, roman policier et thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans et scénarii. 

216 pages / Date de parution : 08/01/2020 / EAN : 9782253934554

Éditeur d’origine : Robert-Laffont / EAN : 9782221135549 / pages : 234 / Format : 135 x 215 mm / prix : 19.00 €

Ma part de gaulois, Magyd Cherfi

Une lecture réjouissante et grave

Dans la cité nord de Toulouse, dans les années 80, il ne fait pas bon vouloir lire des romans pour une fille, avoir des rêves de diplôme pour un garçon, et pourtant, avec opiniâtreté on y arrive doucement et sûrement.

C’est là que le jeune Magyd va au lycée pour passer son bac. Là qu’il va le réussir, contre toute attente. Et Magyd sera le premier lauréat de sa cité à posséder ce sésame. Diplôme en poche, il s’embarquera non pas pour des études de droit ou pour devenir ingénieur, comme l’auraient rêvé ses parents, mais bien pour faire de la musique, puisqu’il a également remporté avec son copain un concours qui sera déterminant pour sa carrière.

Mais tout l’intérêt de ce livre tient davantage dans le ton, les situations, les moments de vie de Magyd et sa bande de copains de la cité. Quand le jeune Magyd prend un livre, il se fait toujours traiter de pédale par les autres gamins, quand une fille prend un livre, elle se fait tabasser par père et frère, car une femme doit rester humble, soumise, à la maison, pas besoin de se polluer la tête avec des romans à l’eau de rose ou des choses top intellectuelles. Bien sûr, impossible de porter plainte, car c’est la honte pour elle, pour la famille, reflet de la condition des femmes et des filles de toute une époque.

Alors il y a la mère, qui veut le succès de son fil, le père, les copains, les filles et les française, ce ne sont pas les mêmes bien sûr, car celles de la cité, on n’y touche pas. Il y a aussi la violence faite aux femmes, éternellement présente, évidement cachée, jamais dénoncée, même si ces jeunes là en sont le plus souvent témoins. Il y a les bagarres, les ruptures avec ceux qui ne comprennent pas l’envie de lire, que l’on ose cette trahison qui est d’apprendre, de vouloir maîtriser la langue de Flaubert.

L’écriture est superbe, taillée à la serpe dans les expressions de cette banlieue à la fois déroutante et attachante. Les mots sont justes, posés sur les sentiments, les événements, les situations cocasses ou dramatiques. Et surtout, il y a ce double niveau de langage que l’on retrouve tout au long du texte – et ici avec encore plus d’acuité car dit avec le bel accent de Toulouse par l’auteur-, celui des bandes de la cité, vulgaire, simple, éventuellement étant un mot bien trop compliqué pour être employé, et puis le bonheur que l’on sent à manier la langue, la belle, celle de Brassens ou des auteurs classiques, celle qui rend heureux celui qui l’emploie pour écrire ou pour déclamer.

De ce roman en grande partie autobiographique, dit par Magyd Cherfi, je retiens surtout une ambiance qui exhale dans toutes ces phrases, qui laisse entrevoir à la fois révolte et acceptation de ce qui est et que l’on ne peut changer, nostalgie de cette période malgré ses difficultés, et tout au long, cette pugnacité qui l’a mené au bout de ses rêves, sans jamais abandonner les copains, la famille, et toujours présente, la cité.
Celui qui nous avait fait « Tomber la chemise », puisque parolier et chanteur du groupe Zebda, est ici poète des mots et artisan de son enfance, de son adolescence, de sa vie future. Cette vie qu’il réussira à construire en trouvant avec sa part de Gaulois, sa véritable identité, lui qui possède une double culture, originaire d’Algérie et cependant tout à fait français.

Catalogue éditeur : Audiolib

Printemps 1980, l’avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd – lycéen beur d’une cité de Toulouse – c’est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l’intégration et les raisons de certains renoncements. 
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Date de parution : 19 Avril 2017 / Durée : 6h14 / Éditeur d’origine : Actes Sud / Date de parution : 17/08/2016 / EAN : 9782330066529

Le fou de Hind, Bertille Dutheil

Un premier roman qui parle d’amour fou, d’émigration et de secrets de famille, Le fou de Hind, une belle réussite qui ne laisse pas indifférent.

couverture du roman le fou de Hind de Bertille Dutheil photo Domi  C Lire

Lydia découvre la lettre et les photos que lui a laissées Moshin, son père qui vient de décéder. Ces différents éléments soulèvent une étrange question : Qui est Hind ? Qui est cette jeune fille que l’on trouve aux côtés de Moshin ? Quelle est cette vie dont elle n’a jamais entendu parler ?

Après le choc et la surprise, vient le temps de remonter les années, depuis l’arrivée de son père en France et son installation au château une maison quasi abandonnée à Créteil. Avec d’autres familles, émigrées comme lui, ils transforment cette maison en espace de vie communautaire avant l’heure. Bien que souvent diplômés dans leurs pays, ces maghrébins doivent trouver des emplois qui leur permettent pourtant difficilement de faire vivre leurs familles.

Mais Lydia veut comprendre jusqu’à quand son père est resté là, avec qui il vivait à l’époque, et pourquoi il en est parti. De fil en aiguille, ses recherches vont l’entrainer dans le sillage de Mohammed, Ali, Luna, Marqus et Sakina, tous des anciens du Château. Chacun à son tour va parler, peu, se souvenir, beaucoup, et grâce à ces points de vue successifs, permettre au lecteur de remonter le temps, de comprendre l’amour fou entre un père et sa fille, cette jeune fille secrète et lumineuse, mais surtout explorer tant la beauté que la complexité des relations entre les différents protagonistes.

Ce premier roman est une belle surprise, qui révèle un style totalement maitrisé, à la fois clair et mystérieux, vivant et émouvant. Il y a beaucoup de poésie dans les mots et les personnages, mais aussi beaucoup d’émotion et de mélancolie à l’évocation du passé. L’écriture déjà très mûre dépeint des relations humaines, des sentiments forts, l’amour et l’amitié, la culpabilité et l’oubli, et des personnages étonnants de profondeur. L’intrigue familiale absolument romanesque est portée par un socle historique et social qui ancre ce roman dans une réalité oubliée. J’ai apprécié cette analyse fine des difficultés de l’immigration, placée dans les années 60, 70, au moment de l’arrivée de nombreux ouvriers algériens, en particulier dans les usines automobiles de la région parisienne, et de ces banlieues dans lesquelles le logement est encore plus qu’approximatif. Cela m’a permis de revisiter ces grands ensembles de région parisienne des années 70, élucubrations de quelques architectes novateurs, comme les choux de Créteil ou les arènes de Picasso.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue éditeur : Belfond

Un premier roman qui s’empare avec brio de la question de l’immigration et de l’intégration en France.

« La maison avait fait le tour du monde. C’était le navire de Sindbad. Elle avait roulé jusqu’à la rive et elle avait dormi jusqu’à ce que nous, les Arabes, qui n’avions rien, décidions de la retaper. Nous, les champions de la récup et des chansons d’amour, de la colle industrielle et du voyage au long cours, nous avions traversé la mer pour échouer ici, aux accents d’une poésie imparfaite mais vivante, quotidienne, qui donnait à l’exil de nos pères une saveur moins amère. »
Mohsin, un immigré algérien, vient de décéder. Il laisse derrière lui une lettre dans laquelle il s’accuse de la mort d’un être innocent, ainsi qu’une série de vieilles photos où il apparaît
avec une enfant brune, omniprésente, Hind.
Sa fille, Lydia, interroge alors ceux qui ont autrefois connu son père, à Créteil, à la fin des années 1970… Lire la suite

EAN : 9782714479716 / Date de parution : 16/08/2018

Magic Bab el-Oued. Sabrina Kassa

Dans Magic Bab el-Oued, l’héroïne de Sabrina Kassa s’interroge sur ses origines et évoque avec justesse des sujets de société qui touchent tout un pays, et courent sur plusieurs générations.

Anissa vit à Paris. Elle est étudiante et prépare un mémoire sur les chibani, son travail est assez froidement accueilli par son maitre de thèse qui veut l’orienter différemment et vraisemblablement l’utiliser pour cannibaliser cette étude à son profit.

Il y a longtemps qu’Anissa ne vit plus chez sa mère, dans le quartier l’Aligre. Mais pendant l’absence de celle-ci, elle doit retourner dans l’appartement de son enfance pour attendre le plombier. Là, elle découvre un secret, son père était harki, voilà sans doute pourquoi il n’est jamais revenu au pays… Elle décide de partir en Algérie pour aller rencontrer la famille et tenter de comprendre.

A son arrivée à Alger, elle se rend vite compte que personne ne lui parle vraiment, l’ambiance est plutôt froide, la sincérité absente, les doutes et les questions l’assaillent chaque jour, pourquoi une telle attitude à son égard de la part des différents membres  de la famille ?

Chaque jour est propice à de nouvelles découvertes, un cousin noir (issu d’un viol entre la tante et un tirailleur sénégalais) pour le moins gentil, mais rêveur et qui est tout le portrait de Barack Obama mais ne le sait pas, il est la proie facile de margoulins américains qui tentent de l’utiliser. Une cousine qui ne rêve que de quitter le pays, mais pour cela il faut un passeport, un visa, et surtout de l’argent.. et des oncles et tantes si taiseux que les secrets ne sont pas prêts d’êtres percés à jour.

Au fil des jours, les vérités se dévoilent, les caractères se font jour, les amitiés se créent.  Anissa n’aura certainement pas toutes les réponses, mais pourra au moins savoir d’où elle vient, pourquoi les silences, et se construire sur de belles bases. Un premier roman attachant, une écriture fluide et chaleureuse, sous le soleil d’Alger, une histoire qui a la saveur des soirées au village, quand les cousins se parlent enfin, et se ressourcent en montagne sous les feuillages odorants et la nuit étoilée…Un roman qui dit aussi le temps qui passe, le poids des silences, le chagrin et le manque de confiance que cela engendre. Savoir pour se construire, comprendre pour évoluer et mieux s’armer pour l’avenir, tout cela est évoqué avec sérieux mais dit avec une légèreté et une fantaisie apparentes.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Anissa vient de découvrir un secret de famille : son père était harki. Elle décide d’aller rendre visite à son oncle à Bab el-Oued pour comprendre ce qui, dans le passé, a fait exploser sa famille. Mais, en Algérie, tout la monde la fuit. Elle ne tarde pas à comprendre qu’un autre drame se joue là-bas. Son cousin, tout aussi égaré qu’elle, est embarqué dans une magouille internationale depuis qu’il est devenu le sosie de Barack Obama. C’est en essayant de lui prêter main forte que les histoires des uns et des autres vont se dévoiler et se libérer de l’emprise du passé.

Sabrina Kassa est française. Journaliste, elle vit à Paris. Magic Bab el-Oued est son premier roman. Retrouvez son blog ici : Sabrina Kassa

Parution : janvier 2019 / Dimensions : 18,8 x 12,5 x 1,8 cm / Pages :193 pages / EAN13:9782490155095 / Prix 15€

La blessure. Jean-Baptiste Naudet

La blessure, de Jean-Baptiste Naudet, c’est le roman de trois vies qui n’en font qu’une, de tant de guerres multiples et cependant uniques, un roman de mort, d’amour, de vie.

Domi_C_lire_la_blessure_jean_baptiste_naudet_l_iconoclasteAnnée 80, la mère de l’auteur, la douce Danielle, sombre dans la folie, un chagrin, une culpabilité, la rongent et la détruisent peu à peu. Son mari, Gilles, n’aura d’autre issue que de la placer en hôpital psychiatrique, pour sauver son fils de cette relation destructrice, intime, douloureuse. Mais pourquoi cette folie précisément à ce moment de sa vie, pour cette femme mariée qui a élevé ses trois enfants ?

En 1960, Robert l’alpiniste est en Grande Kabylie, en Algérie, impliqué dans cette guerre violente, souterraine, fratricide, qui fera tant de morts inutiles. Entre Danielle et Robert, c’est l’amour fou, le vrai, le pur celui des étoiles qui brillent la nuit, celui d’un avenir serein à deux, celui de la douceur et du bonheur. Alors Danielle attend le retour du conscrit qui se bat et s’efforce de rester un Homme sur ces terres de l’AFN (Afrique Française du Nord). Attendre et s’écrire, souvent, des mots d’amour et de vie, d’espoir et de projets, de caresses et de baisers tendres… Mais Robert ne rentrera pas, Robert est mort là-bas, enterré ici, comme tant d’autres jeunes hommes de vingt ans à peine.

Et Jean-Baptiste, qui ne sait pas, ne connait pas, va vivre des années de douleurs, à se chercher, à tenter de comprendre qui il est. Reporter de guerre, il part sur les fronts les plus sanglants, les plus dangereux, pour affronter sa propre mort.  Avant de savoir, avant de comprendre enfin que c’est peut-être la mort d’un autre qu’il a inconsciemment endossée, recherchée, espérée.

A travers les mots de Robert, si puissants dans leur humanité qui montre son besoin et son désir profond de rester un homme droit, humain, mais aussi à travers son expérience de journaliste, l’auteur parle de la guerre dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus violent, de plus inhumain, de plus stupide.

Oh, Barbara
Quelle connerie la guerre !

C’est un double parcours que nous présente l’auteur, avec ses mots puissants et justes qui évoquent l’homme qu’il a été et celui qui se reconstruit, et cet amour éternel entre sa mère et Robert.
Ce roman, s’il en est un, est un souffle de vie, d’amour, de mort aussi.
Ce roman est un cri, un cri d’amour ou de révolte, d’un homme qui veut vivre, reprendre sa vraie place et ne plus exister à la place d’un autre, inconnu mais tant aimé, vivant mais pourtant déjà mort depuis longtemps.
C’est comme un appel au secours pour vivre pleinement un futur heureux, attendu, espéré depuis longtemps.

Merci Jean-Baptiste Naudet pour ces mots si vrais, si sincères, si violents parfois, envers l’homme que vous êtes, envers la mort qui vous a hanté si longtemps, envers la vie qui vous attend.

Lors de la présentation par l’auteur, j’avais eu une vive émotion à ressentir le poids des souvenirs, la souffrance mais surtout l’espoir qui étaient portés par l’auteur à travers son livre, immense émotion en expliquant le pourquoi et le comment du travail d’écriture, le cheminement vers ces mots qui libèrent du passé d’un autre si lourd à porter. A lire La blessure, l’émotion est intacte, la douleur, la souffrance, et l’amour si fort qui émanent de ces pages en font une œuvre bien singulière, forte et unique en son genre, réaliste et puissante.

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Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Le fiancé de Danielle est mort en Algérie. Hantée par ses lettres, elle sombre dans la folie. Son fils, reporter de guerre, se débat avec cet héritage. Un roman brutal écrit dans l’urgence.

304 pages / 17,00 € / EAN : 9782378800246

Jean-Baptiste Naudet : Grand reporter au service international de L’Obs après avoir été journaliste au Monde, Jean-Baptiste Naudet  a couvert une dizaine de conflits, de la Yougoslavie à la Tchétchénie, de l’Irak à l’Afghanistan. Spécialiste de l’Europe de l’Est, des Balkans et du Caucase, il a été correspondant à Bucarest, Zagreb et Moscou.

Il est diplômé en lettres de la Sorbonne, de l’École supérieure de journalisme de Lille et en relations internationales de Sciences Po Paris.  La Blessure  est son premier roman.

Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc

Vous aimez les belles histoires d’amour ? Vous aimez mieux comprendre l’Histoire, surtout quand elle aborde des sujets encore étonnamment d’actualité ? Alors vous aimerez « Aucune pierre ne brise la nuit » le magnifique roman de Frédéric Couderc, à découvrir d’urgence.

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A la fin des années 90, dans un musée au Havre, deux personnes contemplent le même tableau. Il s’agit de l’œuvre d’un inconnu, mais apparemment tous deux connaissent soit l’auteur du tableau, soit l’époque et le pays, l’Argentine, sujet de l’exposition temporaire « Français d’Argentine ». Lorsque Gabriel propose à Ariane de boire un verre, il ne s’attend certainement pas aux bouleversements qui vont suivre.

Lui est argentin, émigré en France depuis de nombreuses années, il a fui la dictature, les années sombres, et s’est réfugié dans une vie de marin solitaire. Elle est femme de diplomate, les pérégrinations de son mari l’on emmenée à Buenos Aire aux pires moments de la dictature. C’est d’ailleurs là qu’elle a eu le grand bonheur de pouvoir adopter sa fille chérie, Clara. Leurs destins se sont peut-être croisés à ce moment-là, tout comme ils se croisent à nouveau aujourd’hui.

Attiré par cette femme qui lui rappelle tant Veronica, son amour perdu d’Argentine, Gabriel le solitaire va nouer rapidement des liens étroits avec Ariane.

De discussions en découvertes, Ariane s’éveille à la réalité d’une vie dont elle ne soupçonnait rien. A Buenos Aire, elle vivait dans le cocon douillet des expatriés aisés et protégés. Elle comprend au contact de Gabriel les horreurs et la douleur qu’ont vécus les argentins lors de la dictature dans les années 70/80. Celles des jeunes enlevés par la junte, victimes de tortures, disparus à jamais lors des vols de la mort pratiqués par l’ESMA (Escuela de Mecánica de la Armada). Celles aussi des familles représentées par les grands-mères de la place de mai, qui tentent aujourd’hui encore de retrouver leurs petits-enfants, bébés volés par le pouvoir et la plupart du temps adoptés par les nantis protégés par la junte militaire.

De découvertes en soupçons, Ariane comprend que Clara, peut-être… Aussi lorsqu’elle décide de quitter son mari pour enquêter, de partir en Argentine avec Gabriel, puis avec Clara, c’est tout un pan de l’histoire de ce pays que nous dévoile l’auteur à travers son histoire. Mêlant adroitement une belle et intense histoire d’amour – parfois trop belle pour être possible d’ailleurs, tant la douleur et le chagrin peuvent être des obstacles puissants à accepter le bonheur quand il se présente – à une réalité historique édifiante et douloureuse. Le rôle des militaires, la violence de la dictature, les tortures subies par les desaparecidos, le rôle des français de l’OAS en soutien aux tortionnaires argentins, rien ne nous est épargné et c’est tant mieux. Et si le récit foisonne de détails, ils ne sont jamais prégnants et n’effacent pas le plaisir de la lecture, même si avouons-le ils nous tirent parfois quelques larmes, ils nous procurent de grandes émotions.

Ce que j’aime particulièrement dans les romans de Frédéric Couderc, c’est qu’il arrive à créer un subtil équilibre entre l’intrigue romanesque qui fait que l’on s’attache aux personnages et le thème et la vérité historique qui sont particulièrement bien maîtrisés et nous font paraitre un peu moins ignorants. Même si je connaissais en partie ce sujet-là, ayant été attentive également aux drames des bébés volés en Espagne, j’ai trouvé passionnant de mieux comprendre et d’en savoir plus.

Aucune pierre ne brise la nuit est porté par une écriture superbe, fluide, précise et juste, chaleureuse malgré le thème. J’avais déjà été emballée par le précédent roman Le Jour se lève et ce n’est pas le tien qui se passait à Cuba, et nous parlait de ce personnage méconnu qu’était Camillo Cienfuegos. J’ai été de la même façon emportée par la trame romanesque et par l’intrigue de celui-ci, je ne peux que vous conseiller de le découvrir !

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Si ce thème vous intéresse, lire également Condor, de Caryl Férey, qui évoque L’opération Condor cette vague d’assassinats réalisés en masse sous couvert de lutte contre la guérilla,  conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay,  à cette même période,  au milieu des années 1970.
A propos des bébés volés, il y a eu également le même phénomène dramatique en Espagne, y compris après les années Franco. Lire à ce sujet Mala Vida de Marc Fernandez.


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Dans un musée du Havre, la rencontre entre Gabriel et Ariane n’aurait pas dû avoir lieu – lui le réfugié argentin, elle la femme de diplomate. Mais devant la mystérieuse toile d’un peintre de Buenos Aires, les fantômes du passé ressurgissent, tout comme les ombres de la passion. À l’heure où les enquêtes sur les trente mille disparus sous la dictature reprennent, chacun s’embarque alors dans une quête où la vérité menace d’être plus dévastatrice encore que le mensonge…
Porté par un souffle romanesque puissant, Aucune pierre ne brise la nuit explore les cicatrices infligées par la junte militaire, et rend hommage aux victimes sans sépulture. Une histoire haletante qui sonde les tourments de la recherche identitaire et de l’amour interdit.
320 pages | 19€ / Paru le 3 mai 2018 / ISBN : 978-2-35087-456-2
© Romain Baillon/Millennium Images, UK