Les Magnolias, Florent Oiseau

Une réflexion douce-amère sur la vie qui passe, un roman humain et tendre

Alain est un de ces losers attachants dont aime tant nous parler Florent Oiseau. Acteur sans contrat, sa seule activité, faute de trouver un tournage, semble être de noter dans un carnet d’hypothétiques noms de poney et d’aller voir Rosie dans sa camionnette tarifée. N’hésitant devant aucun sacrifice et le cœur sur la main, il héberge même dans son humble logis son ami Rico, son attaché de presse plus magouilleur que bosseur.

Alain vivote mais malgré tout il prend soin chaque semaine d’aller voir sa chère grand-mère qui s’éteint peu à peu à l’Ehpad Les Magnolias. Si elle a été placée là par ses enfants, ceux-ci semblent l’oublier en attendant l’héritage. Mais Alain aime aller la voir dans cet établissement qui sent la solitude et la vieillesse. Il mange avec elle l’insipide quatre-quarts servi au goûter, et l’emmène faire un tour dans le parc. Jusqu’au jour où cette mamie parfois un peu gâteuse lui demande de l’aider à mourir.

A-t-il bien entendu ? Pour en être sûr, et ne sachant que faire, Alain décide de venir plus souvent. Et de retrouver son oncle. Car cet obscur célibataire est le seul autre visiteur de cette grand-mère sur le départ. Il soulève alors quelques secrets, quelques animosités comme on en trouve souvent dans les familles, et lève le voile sur la jeunesse de cette femme qu’il ne connait peut-être pas si bien que cela. Car on l’oublie souvent, mais ces grands-parents qui nous paraissent si vieux ont eu des vies eux aussi, avant d’être seulement vieux.

C’est, comme à chaque fois avec les romans de Florent Oiseau, à la fois gai et triste, empli d’humanité et de désillusion, drôle et moqueur, sensible et tendre. Il m’a manqué pourtant un peu d’intrigue, dans la vie de la grand-mère ou la relation aux parents ou à l’oncle, un peu de densité sans doute. C’est malgré tout un roman attachant et réaliste, à l’humour parfois grinçant et caustique.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Du même auteur, retrouver aussi ma chronique de Paris Venise

Catalogue éditeur : Allary Editions

– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Né en 1990, Florent Oiseau a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, surveillant de lycée et couchettiste sur le train Paris-Venise. Il a publié trois romans chez Allary Éditions. Son premier roman, Je vais m’y mettre, a été désigné « livre le plus drôle de l’année » et a reçu le Prix Saint-Maur en poche. Son deuxième roman, Paris-Venise, a été finaliste de la 10e édition du Prix Orange du livre. Les Magnolias, également finaliste du Prix Orange du Livre 2020.

224 pages / 17,90 € / Paru le 02 janvier 2020 / EAN : 978-2-37073-306-1

L’arabe du futur tome 2. Riad Sattouf.

Pour le dépaysement et parce que c’est un formidable roman graphique à lire absolument

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Comme de nombreux lecteurs,  j’attendais avec impatience le tome 2 de L’arabe du futur de Riad Sattouf. Poursuivre les aventures du petit blondinet dans la Syrie d’Hafez Al-Assad est toujours un grand plaisir. Avec le regard affuté et objectif d’un gamin autorisé à aller partout, le jeune Riad observe les habitudes et les comportements des enfants et des adultes qui l’entourent et semble s’adapter aisément à tous les milieux qu’il côtoie.

La personnalité de sa mère s’étoffe peu à peu, mais bien timidement encore. Elle a enfin quelques exigences pour ne plus subir un quotidien bien loin de ses habitudes françaises. Par contre, son père se laisse progressivement convaincre par les habitudes, les coutumes, les contraintes d’une religion, d’une famille dont on aurait pu le croire étranger, lui qui est si peu pratiquant. Bon, parfois c’est vrai on aurait envie de les secouer un peu.

Les scènes sont au-delà du comique. La maitresse d’école inculque aux enfants un enseignement où tout est appris par cœur mais où rien n’est compris et cela ne perturbe personne. Dans la seule échoppe du village on ne peut rien acheter en dehors de la tenue d’écolier réglementaire, mais il est vrai que la plupart des écoliers portent leurs maigres fournitures dans un sac plastique. On visite aussi Palmyre et Homs, cités florissantes, ou encore Lattaquié, cité balnéaire, dans lesquelles la vie est à l’opposé de celle des villages, là tout est opulent et  propre.

Quelques thèmes importants sont abordés, l’acceptation banale d’un crime d’honneur, pour ne pas faire ombrage à la réputation d’une famille, les habitudes despotiques des généraux, les élections successives d’un président qui bat tous les records de votes favorables, l’incompétence des maitres d’école et d’un enseignement superficiel et inutile, les inconvénients du quotidien, mais qu’importe puisque ce sont les femmes qui les subissent.  Et surtout, la place des femmes dans la famille, dans la société, en particulier dans les villages éloignés.

Les commentaires des « bulles » aident le lecteur à mieux comprendre la vie quotidienne, les changements de couleurs, comme dans le tome 1, situent les scènes dans un contexte, Syrie ou France (ah, quel régal, les galeries Lafayette !) et le jeune Riad poursuit sa route, tranquillement. Quant à moi, j’attends déjà la suite de ses aventures.

Catalogue éditeur : Allary

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient.

Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.
Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.

La vie paysanne et la rudesse de l’école à Ter Maaleh, les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre : ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.