L’attrape-soucis. Catherine Faye

Chercher l’amour d’une mère, chercher l’absente, et se trouver soi-même. C’est le chemin que va suivre Lucien, le jeune héros de « l’attrape-souci » le premier roman de Catherine Faye.

Domi_C_Lire_l_attrape_souci_catherine_fayeL’histoire débute à Buenos Aire, dans une librairie. Le jeune Lucien, onze ans, est tellement ému et interpellé par les « attrape-souci » que vient de lui promettre sa mère, qu’il la perd de vue lorsqu’elle sort regarder la vitrine. Il l’attend pendant des heures, puis fini par errer dans les rues, d’abord à la recherche de sa mère, puis finalement d’un abri pour la nuit, pour quelques jours, pour plus longtemps peut-être. Car il est bien difficile lorsque vous venez de débarquer dans une ville inconnue – ils arrivent de Paris- de savoir se repérer et de pouvoir retrouver cette mère perdue.

Lucien est à la rue. Il partage ses nuits avec un clochard qui le prend sous son aile, puis avec Solana, une jeune femme qui se transforme en belle de nuit à la tombée du jour. Là, il va rester quelque temps, mais comment avouer et expliquer qu’il est perdu, qu’il n’a pas fugué, que sa mère adorée ne l’a pas retrouvé et que lui non plus ne sait pas où ni comment la chercher ? Difficile de savoir ce qu’il est possible de dire ou pas sans créer la confusion et risquer d’être embarqué par la police.

De vagabondage en exil forcé dans les quartiers interlopes ou perdus de Buenos Aire, il se retrouve chez Arrigo, un homme qui s’occupe d’une jardinerie et lui apprend quelques rudiments qui vont lui permettre de l’aider, de travailler, de cultiver la terre et les plantes avec lui. Il sera pris sous son aile et va s’y blottir, faute de retrouver celle qu’il aime plus que tout et qui lui manque tant, cette mère qui semblait toujours tellement lasse de ses erreurs, de ses problèmes, de ses échecs de gamins, et dont il guettait la moindre parcelle d’amour.

Étonnant roman sur l’amour d’un fils pour sa mère, sur la recherche de soi, sur l’exil aussi et sur la compassion, l’entre-aide, l’amitié parfois plus forts que l’amour que l’on trouve, ou pas, dans sa famille. Lucien est attachant, et on aimerait tant l’aider dans son malheur, ce manque d’amour et cette enfance déchirée sont très bien restitués par Catherine Faye, un joli, lumineux et émouvant premier roman dans un Buenos Aire parfaitement restitué par l’auteur.

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Catalogue éditeur : Mazarine

Décembre 2001. Lucien, onze ans, vient d’arriver à Buenos Aires avec sa mère. Dans une librairie, il est captivé par de mystérieuses petites boîtes jaunes. Dedans, de minuscules poupées. Selon une légende, si on leur confie ses soucis avant de s’endormir, le lendemain, ils se sont envolés.
Le temps  qu’il choisisse son attrape-souci, c’est sa mère qui s’est envolée. Disparue.
Lucien part à sa recherche. Se perd.
Au fil de  ses errances, il fait des rencontres singulières. Cartonniers, prostituées, gamins des rues avec qui il se lie, un temps. Et grâce à qui, envers et contre tout, il se construit, apprend à grandir. Autrement.
Rebaptisé  Lucio par ses compagnons de route, cet enfant rêveur et déterminé incarne ce possible porte-bonheur que chacun a en soi.

Parution : 17/01/2018 / EAN : 9782863744758 / EAN numérique : 9782863747582 / Pages : 300 / Format : 135 x 215 mm

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David Bowie n’est pas mort. Sonia David

Sonia David l’affirme, « David Bowie n’est pas mort » pourtant dans son roman une mère, un père, et David Bowie lui-même quittent la scène. C’est alors aux vivants de se souvenir de ceux qui sont partis.

Domi_C_Lire_david_bowie_n_est_pas_mort.jpgHélène est la deuxième d’une fratrie de trois sœurs qui sont tout sauf inséparables. Lorsque nous faisons leur connaissance, leur mère vient de mourir. Cette mère à priori tant détestée par Hélène. Hélène a cinquante ans  passés, un âge auquel on pourrait penser que la relation avec sa mère n’a plus la même importance pour avancer dans sa vie, que cette relation soit heureuse ou chaotique, épanouie ou solitaire. Si à longueur de pages, Hélène parle de cette mère qu’elle déteste, on se rend vite compte que la découverte de ce qu’elle était vient perturber les idées reçues et préconçues, le manque et le refus d’amour.

Car chacune va parler à sa façon de cette mère qu’elle abhorre, va dénigrer celle qui l’a conçue mais qui n’aura jamais su l’aimer. Cette mère qui a vécu pour sa propre personne, sans savoir ou vouloir donner d’amour à ses filles qu’elle a conçues avec un homme dont elle s’est rapidement séparée. Et l’on découvre que si toutes les trois ont dû se construire non pas avec mais contre leur mère, chacune a une vision bien différente des autres de sa relation avec sa mère. L’une est devenue froide et distante, l’autre solitaire et éternelle victime d’une société qui ne pourra jamais la comprendre, Hélène quant à elle a dû suivre longtemps un traitement en psychiatrie pour se dégager de l’influence de cette mère toxique.

Un an plus tard, à la mort de leur père, les filles se retrouvent et retrouvent la demi-sœur et la nouvelle femme de leur père. Le deuil maternel ayant fait une partie de son chemin, c’est le moment pour elles de revivre l’enfance et de comprendre, de mettre un nom sur les fêlures et les blessures qui les ont construites. Leur façon d’appréhender l’obsession sur la Shoa de leur père par exemple. Ce père qu’elles ont toujours aimé pour ce qu’il était, et pour l’amour qu’il a toujours été capable de leur donner. Hélène et ses sœurs vont peu à peu parcourir leur difficile chemin de deuil.

Ici, ce qui est intéressant, c’est la place que chacun s’attribue dans la famille, ou au contraire refuse de prendre. Comment certains préfèrent s’isoler pour ne pas avoir à combattre ou à réclamer un amour qui ne viendra jamais, et l’importance que cette enfance va avoir sur une vie entière, les répercussions et les effets bien des années après, bien au-delà de l’âge adulte. Également intéressant de comprendre les effets que va avoir un décès, y compris celui d’un parent que l’on imagine ne pas aimer. Car la perte d’un parent, quel qu’il soit, remet en cause notre vision intime de la vie et de la mort. Dernier rempart face à l’oubli, à la mort, la perte d’une mère, d’un père, nous place face à l’inéluctable fin. Et cette mort, ces morts, sont parfois le ciment des relations d’une fratrie, ou au contraire l’élément perturbateur qui fera tout voler en éclats.

Mais David Bowie dans tout ça ! Que vient-il faire là ? Eh bien, lorsqu’elles étaient enfants les sœurs ont pu échanger leur passion et leur amour pour l’artiste, qui décède la même année que l’écriture du roman, et dont se souvient Hélène avec beaucoup d’émotion.

Forte d’une expérience dans laquelle il aura fallu commencer à vider la maison de parents qui n’étaient pas les miens mais dont je suis proche, je repense avec plus d’acuité à ce roman. La mort est un ciment qui s’il n’est pas évident au premier abord, ressoude les liens de l’enfance, dessille les fratries éloignées par la vie, et rapproche les vivants qui se souviennent de leur intimité avec les morts.

N’ayant pas lu la quatrième de couverture avant d’avoir commencé ce roman, j’ai lu les premières pages avec un peu d’appréhension. Puis le rythme, l’écriture, le style m’ont rapidement embarquée dans cette histoire qui, alors qu’elle aurait pu être triste, entraine son lecteur et lui fait tourner les pages, l’impliquant dans le chagrin, la découverte, la compréhension et la fraternité qui s’en dégagent.

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Retrouvez également l’avis de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur : Robert Laffont

À un an d’intervalle, Hélène, Anne et Émilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi tire sa révérence. David Bowie a eu, dans l’adolescence d’Hélène, la « sœur du milieu », une importance toute particulière, qu’elle avait complètement oubliée, qu’elle n’avait peut-être même pas mesurée mais qui lui saute aux yeux, aujourd’hui. Dans toute sa violence, dans toute sa réconfortante douceur. Alors, Hélène commence à raconter… Trois parties, trois décès, trois moments, comme les trois mouvements d’une même symphonie intime où la mort, très impalpable, se mêle à la vie très pratique puisqu’il faut s’occuper de ce qui reste (l’enterrement, les biens, les papiers, la succession…), le passé au présent à mesure que les souvenirs remontent à la surface, et où la tristesse flirte en permanence avec l’humour, parce que telle est la nature d’Hélène.

Date de parution : 24/08/2017  / EAN : 9782221200285

Fugitive parce que reine. Violaine Huisman

Un premier roman qui a la force de l’amour et la puissance de la folie. « Fugitive parce que Reine » de Violaine Huisman est un roman à découvrir absolument !

Domi_C_Lire_fugitive_parce_que_reine.jpgLe jour de la chute du mur de Berlin est aussi le jour de la chute de la mère de Violaine, 10 ans. Ce jour-là, Catherine est emportée dans une camisole de force et l’image se brise. Finie la mère extravagante, superbe, excessive, elle devient simplement une femme maniacodépressive. La vérité va peu à peu apparaitre de la vie de cette femme splendide, séductrice et fantasque, hors des clous, en marge d’une société qui ne pourra jamais la comprendre, mais qui sera à jamais adulée par ses filles.

Catherine porte en elle les plaies ouvertes de son enfance. Suite à un mariage qu’elle n’a pas voulu, Jacqueline, sa mère, n’acceptera jamais cette enfant qu’elle rejette et dépose comme un fardeau encombrant pendant quatre longues années à l’hôpital Necker. Pourtant, Catherine est belle, intelligente, impulsive et vive, mais aucune de ses qualités ne lui permettra jamais de gagner l’amour de sa mère.

Toute sa vie, elle noiera ses difficultés à vivre dans l’alcool, les cigarettes, les médicaments. Elle qui se brisera les pieds à danser et danser encore, pauvre ballerine bancale avec une jambe plus courte que l’autre qui la handicape, avec acharnement et constance elle montera avec succès une école de danse dans le sud. Elle qui conduit comme une folle, à contre sens ou sur les trottoirs, prenant tous les risque y compris quand ses filles sont dans la voiture, aura colères et élans d’amour envers ses filles adorées. Elle qui accumule et collectionne maris, amants, ou amantes, aimera pourtant d’un amour fou le père de ses filles, qui chaque jour sera présent malgré la rupture. Catherine et son langage de charretier, y compris envers ses filles, Catherine et ses manières de grande bourgeoise bien installée dans les codes de la haute société, Catherine et son amour inconditionnel pour ses filles qu’elle traite pourtant si souvent à la dure. Catherine femme, amante, mère, excessive et entière en tout, y compris dans la maladie.

Construit en trois parties, le roman explore les sentiments de Violaine, auteur et narratrice, l’amour fou qui cimente la vie de cette mère et ses deux filles, l’amour toujours entre les deux sœurs, quand l’une ne peut pas dormir sans tenir la main de l’autre. Puis la vie de Catherine, ses émotions, ses tentatives de vivre normalement, ses désespoirs et ses échecs qui la rendent encore plus émouvante à nos yeux de lecteurs. Enfin, la fin annoncée de celle que ses filles adulent et respectent, ayant à son égard des sentiments plus maternels que filiaux.

Fugitive, elle l’est cette femme, face à cette vie qui ne la comprend pas, Reine aussi,  pour ses filles et tous ceux qui l’aiment d’un amour inconditionnel, au-delà de la maladie et de la folie. Wouhaou, quelle puissance, quelle écriture ! Que d’émotions ressenties à la lecture de Fugitive, parce que reine, cette biographie romancée. Il se dégage une force de ce premier roman qui vous laisse un peu pantois. L’ écriture est vraiment étonnante, emplie de poésie et de violence, d’amour et de souffrance, l’auteur arrive à retranscrire avec justesse et en usant de degrés de langage très différents des sentiments antinomiques, la folie et l’amour, la solitude et le bonheur, la vie en somme.

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Lire également la chronique de Virginie du blog Les lectures du mouton


Catalogue éditeur : Gallimard

 « Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 11-01-2018 / 256 pages, 140 x 205 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072765629

Une longue impatience. Gaëlle Josse

Retrouver la belle écriture de cet auteur qu’on aime tant, et se laisser emporter par la force des émotions avec « Une longue impatience », le dernier roman de Gaëlle Josse.

Domi_C_Lire_gaelle_josse_une_longue_impatienceEn Bretagne, dans les années d’après-guerre. Une femme, Anne Quémeneur, veuve le Floch attend. Elle attend son fils, Louis, issu de son premier mariage avec Yvon, le marin qui n’est jamais rentré au port. Car pendant la seconde guerre mondiale, les anglais ont aussi bombardé les bateaux de pêche qui alimentaient l’ennemi.

Veuve restée au village, Anne épouse en seconde noces Étienne, le pharmacien. Fils d’une famille aisée, il est celui que toutes voulaient épouser mais qui attendait Anne depuis sa plus tendre enfance. Amoureux de cette fille pauvre, mais libre et si différente, qui le fait rêver et qu’il aime en silence depuis de nombreuses années avant de pouvoir se déclarer. Le mariage se fait, Étienne promet d’aimer Louis comme son fils. Deux enfant naissent de cette union, qui font le bonheur de leurs parents.

Mais un jour, Étienne corrige Louis avec violence. Louis, cet enfant qu’au fond il n’a jamais accepté comme le sien, peut-être parce qu’il est la preuve vivante de l’existence du premier mari d’Anne. Et à seize ans, Louis s’en va, quitte la maison sans un mot, sans une ligne, sans une explication.

La douleur de Anne est un gouffre sans fond, une blessure à vif, car le silence, le doute, les questions qu’elle se pose vont la miner et la tuer à petit feu. Anne est une mère qui aime ses autres enfants mais qui ne pourra jamais se résoudre à l’absence de Louis. Elle va réussir à afficher une vie de mère, d’épouse, mais va surtout souffrir de l’abandon de ce fils qu’elle n’aura pas pu protéger et qu’elle va attendre chaque jour, inlassablement.

Voilà un roman de souffrance et d’attente, d’espoir et de chagrin, d’amour et d’incompréhension. Porté par une écriture fine et ciselée comme un diamant, qui pose les mots à leur juste place, qui décrit les sentiments et les fait vivre au lecteur aussi surement que s’il les avait vécus lui-même. Voilà un magnifique portrait de femme qui pleure un fils perdu, qui se détruit dans l’attente du retour de ce fils silencieux, qui attend aussi une forme de rédemption qui ne viendra sans doute jamais.

Gaëlle Josse a une façon bien à elle de nous emporter dans une finesse de sentiments qui nous semblent parfois d’un autre âge. Mais également dans ces descriptions qui rendent tellement vivant son roman. Ici je pense en particulier aux lettres d’Anne à son fils, avec ce repas sans fin, symbole de vie et de joies, de bonheur et d’enthousiasme, rêve irréel de celle qui attend. On y côtoie aussi la pression sociale des villages, dans une France d’après-guerre où ceux qui trahissent leur milieu sont regardés avec inquiétude et parfois mépris.

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Catalogue éditeur : Noir sur Blanc

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.
Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.

Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.

Date de parution : 04/01/2018 / Format : 12,8 x 20 cm, 192 p., 14,00 EUR € / ISBN 978-2-88250-489-0

La fille sans nom de Angelika Klüssendorf

 

L’histoire émouvante de la fille sans nom se déroule en RDA, à l’époque sombre d’une Allemagne non réunifiée.

DomiCLire_la-fille-sans-nom-angelika-klussendorf.JPGLa fille sans nom, son frère, Alex, la mère, sans nom, le père, sans nom, puis son autre petit frère, Elvis, sont les personnages principaux de ce roman sur l’enfance douloureuse d’une fillette de 12 ans.

Comment survivre quand on a une mère inadaptée, qui ne pense qu’à elle et tolère à peine des enfants dont manifestement elle n’a pas voulu. Car la mère n’a rien d’une adulte, elle fume, passe des soirées à boire des bières avec les différents amants qu’elle ramène chez elle, bat et puni ses enfants à longueur de temps, coups de ceinture, humiliations, enfermés dans la cave dans le noir, tout y passe. On se croirait dans un roman de Dickens ou de Zola alors qu’on est dans les années soixante en Europe !
La fille sans nom tente de survivre dans un environnement ingrat et éprouvant. Il apparait comme évident que personne ne prend en compte les souffrances des enfants dans cette société meurtrie et sans pitié. Mais comment se situer dans cette époque où la société ne cherche ni à comprendre ni à aider, comme si la vie était déjà assez difficile sans qu’en plus on s’occupe des enfants. Même lorsqu’elle fugue à plusieurs reprises et se fait arrêter, puis envoyer en foyer. Pas de psychologue pour comprendre, pas d’assistante sociale pour essayer d’emmener les parents à être de vrais parents, non, là, tout accuse cette enfant désobéissante.
Elle chaparde de l’argent aux parents, ou de quoi manger ou faire des cadeaux dans les magasins, se fera prendre et punir sévèrement à plusieurs reprises, mais qu’importe, elle recommence. Comme si tous ces actes étaient des appels au secours, pour vivre normalement, pour être considérée par les autres, à l’école, dans le quartier, et surtout par la mère, mais rien n’y fait. La fille sans nom est une fillette ambivalente, attachante et révoltante. Elle fugue pour s’éloigner de ce foyer qui n’en est pas un, mais sa mère va lui manquer, malgré tout le mal qu’elle peut lui faire. Comme si une famille aimante, un foyer normal, devenait quelque chose d’invivable, d’incompréhensible, trop éloigné de son quotidien. Ce terrible attrait ou cette réplication des enfants maltraités qui reproduisent par exemple les schémas de leur enfance sur leurs propres enfants.
C’est un roman intéressant, prenant, difficile, j’ai eu envie de la secouer cette fille-là, pour qu’elle échappe au pouvoir d’attraction de cette mère destructrice, et en même temps je suis admirative devant sa pugnacité, son envie de vivre, de plaire, d’être comme les autres, ou même parfois de s’affirmer différente de ceux qu’elle juge fades, sa capacité à donner de l’amour, elle qui n’en reçoit pas, son désir d’exister en somme. Une force de vie comme en démontrent ces fleurs qui poussent au milieu du désert et qui vous laissent muet d’admiration.

Catalogue éditeur :  Presses de la Cité

« Une fille forte, pour un roman fort. », Die Welt

C’est l’histoire d’une fille livrée à la fureur destructrice d’une mère infantile et sadique. La fille se défend comme elle peut contre cette femme instable, mais aussi contre le monde extérieur : les adultes qui la jugent, ses camarades de classe qui l’évitent. Elle tourmente son petit frère, vole dans les magasins, partout elle se distingue par son comportement asocial. Jamais elle ne demande d’aide. A qui, d’ailleurs, pourrait-elle s’adresser ? Elle est seule et doit se construire seule. C’est la trajectoire bouleversante d’une fille mal aimée qui, malgré tout, possède une force et un appétit de vivre qui lui permettent d’avancer.

Avec La fille sans nom, Angelika Klussendorf nous fait découvrir l’une des faces sombres de l’ex-République démocratique allemande, celle où l’enfance n’avait pas sa place, et signe un roman d’une grande sobriété, sans pathos ni misérabilisme.

Traduit par François et Régine Mathieu /Janvier 2015 /  15,50 € – 208 p.