Vigile. Hyam Zaytoun

Vigile, celui qui guette, qui protège, qui attend, le Vigile d’Hyam Zaytoun est un bel objet littéraire, un récit sublime de douleur et d’amour.

Plus qu’un roman, voilà un récit qui vous prendra aux tripes par son authenticité, par les sentiments qu’il fait affleurer à nos esprits, embrumés par tant de douleur, par cette crainte de perdre ceux qu’on aime, face à l’incertitude, la maladie, quand il n’y a plus que l’urgence d’aimer, de vivre.

Une nuit, une jeune femme est réveillée par la respiration vrombissante de son compagnon, quel bruit, oui, mais pourquoi ? Elle se rend vite compte que la situation est grave et qu’il est en défaillance respiratoire, il fait un arrêt cardiaque. Le temps que les secours arrivent, pendant une éternité, elle pratique les gestes qui sauvent, ceux qu’elle avait appris sans trop y croire.

Puis il est emporté vers l’hôpital, opération, coma artificiel. L’attente est longue, difficile, éprouvante pour chacun des membres de la famille, pour la compagne, les parents, les enfants, les amis…

C’est cette longue épreuve qui est dite ici avec autant de pudeur que de force, d’espoir que d’attente, de défaite que de chagrin. Il y a dans ce récit à peine quelques jours d’une vie, mais des jours, des secondes, d’une intensité folle, profonde, éprouvante, qui nous entrainent au plus intime de la peur, de l’angoisse, de l’attente, de l’amour aussi.

Que faire, espérer, attendre, dire aux enfants, se préparer, rien n’a de sens, rien n’est possible, et pourtant la vie avance, jour après jour… c’est beau et triste, intense et fragile, comme la vie et la mort, comme l’amour et l’espoir, comme des rires d’enfants et des chagrins d’adulte. Une jolie et émouvante pépite littéraire.

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Catalogue éditeur : Le Tripode

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.

Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

Comédienne, Hyam Zaytoun joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle collabore par ailleurs à l’écriture de scénarios. Elle est aussi l’auteur d’un feuilleton radiophonique – « J’apprends l’arabe » – diffusé sur France Culture en 2017. Vigile est son premier texte. 

Récit / 128 pages / EAN : 9782370551856 / Prix: 13,00 € / Parution : 3 janvier 2019

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Toutes les histoires d’amour du monde, Baptiste Beaulieu

Baptiste Beaulieu est médecin, à le lire et le voir vivre, en tout cas par ce qu’il en montre sur les réseaux sociaux, on pourrait penser qu’il soigne autant les âmes que les corps… Avec « Toutes les histoires d’amour du monde » il nous invite dans l’intimité de sa famille…Ah, mais pourquoi ? Comment ?

La relation entre Jean, le narrateur, et Denis, son père, est difficile depuis une discussion entre les deux hommes… Pourtant, un jour Denis vient trouver son fils. Il est dépité, affolé, déçu. Au décès de Moïse, le grand-père, il a découvert au fond d’une vieille malle un secret trop lourd pour lui… Denis cherche refuge et soutien auprès de Jean, lui expose ses découvertes et sa stupéfaction, son incompréhension et son chagrin profond en découvrant cet homme qu’il ne reconnait pas, ce père si peu aimant, si peu enclin aux gestes d’affection.

Car Moïse le taiseux a caché un lourd secret pendant une vie entière… Moïse est un homme du nord, né à Fourmies en 1910, il perd son propre père à la guerre. Marié un peu trop jeune, il est amoureux fou de Hennie, une jeune allemande qui passe ses étés au village. Alors qu’il est détenu en Allemagne comme PG (Prisonnier de guerre), il retrouve Hennie à Cologne. Après la guerre, il rentre en France…

Chaque 3 avril depuis 1960, Moise écrit une lettre à une mystérieuse femme qu’il nomme affectueusement sa petite Anne-Lise. Dans ses lettres, il reprend le fil de sa propre histoire, de sa vie, depuis sa naissance et jusqu’à la veille de sa mort. Cet homme qui a traversé la guerre sait que ses jours sont comptés et que jamais il ne reverra sa petite souris, sa Lisette. Il se raconte, il explore les méandres de sa mémoire, de son cœur, de ses sentiments.

Alors commence pour Jean la retranscription des lettres découvertes dans le grenier avec les quelques souvenirs auxquels tenait ce grand-père:des lettres, une boite en fer blanc, une photo, une bible… Et peu à peu l’histoire de Moïse se dévoile, ponctuée d’incursions dans le présent, quand l’auteur évoque son travail de recherche, ses rencontres, sa relation avec son propre père, sa découverte de ce grand-père si méconnu, si peu connu, si mal connu…

A la fois catharsis pour Denis, qui à travers ces mots, ces pages, ce vécu, peut enfin entrevoir ce qu’ont été cette vie, ces amours, ces aspirations qu’il n’a jamais décelés dans les regards, les gestes ou les sentiments de son père, et traitement pour le fils qui aide son père et s’en rapproche, tant qu’il est encore temps… Alors même les mots de Hennie, arrivés de si loin, sont comme un cataplasme sur un cœur souffrant, sur des émotions,des sentiments qui ne savent pas s’exprimer mais qui pourtant sont bien présents.

C’est un beau roman, c’est une belle… et triste histoire. Et cette recherche n’a toujours pas abouti pour retrouver cette petite souris…Alors toi, lecteur, ici, là, ou là-bas, par-delà les océans, si tu connais cette Anne-Lise Schmidt, à Cologne, aux États-Unis, ou ailleurs sur terre, contacte vite Baptiste Beaulieu ! Toutes les histoires d’amour du monde, un livre qui fait du bien, à ne pas manquer !

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Catalogue éditeur : Mazarine

Lorsqu’il découvre dans une vieille malle trois carnets renfermant des lettres d’amour, le père de Jean sombre dans une profonde mélancolie.

Jean, lui, tombe des nues : Moïse, son grand-père, y raconte toute l’histoire de sa vie. Plus incroyable encore, Moïse adresse son récit à une inconnue : Anne-Lise Schmidt.
Qui est cette femme ? Et surtout qui était-elle pour Moïse ? Comment quelqu’un de si chaleureux et sensible dans ses lettres a-t-il pu devenir cet homme triste et distant que père et fils ont toujours connu ?
Naviguant entre les grands drames du XXe siècle et des histoires d’amour d’aujourd’hui glanées dans une tentative éperdue de faire passer un message à son père, Jean devra percer le lourd secret d’un homme et lever le voile sur un mystère qui va chambouler toute une famille…

Romancier et médecin, Baptiste Beaulieu est l’auteur de plusieurs best-sellers, Alors voilà : les 1001 vies des Urgences (prix France Culture « Lire dans le Noir »),  Alors vous ne serez plus jamais triste (Prix Méditerranée des lycéens 2016),  La Ballade de l’enfant gris (Grand Prix de l’Académie française de Pharmacie). Son blog Alors Voilà compte plus de8 millions de visiteurs. Il est également chroniqueur chez Grand bien vous fasse, sur France Inter.

Parution : 17/10/2018 / EAN : 9782863744475 / Pages : 480 / Format : 138 x 215 mm

La seule histoire. Julian Barnes

Et si son premier amour était la seule histoire dont il faut se souvenir ? C’est sans doute le propos de Julian Barnes, qui dans « La seule histoire » parle d’amour et du temps qui passe…

Domi_C_lire_la_seule_histoireDans une petite ville d’Angleterre, le lecteur ne saura ni quand ni où, Paul, un jeune homme de dix-neuf ans s’ennuie. Au club de tennis local, il rencontre Susan, une partenaire attribuée par tirage au sort lors d’un tournoi en mixte.
A compter de ce jour, cette rencontre avec Susan sera LA rencontre déterminante de la vie de Paul. Déterminante car comme il le dit, la seule histoire, la véritable histoire d’amour de sa vie. Susan a quarante-huit ans lorsqu’ils se rencontrent. Peu à peu, une complicité, puis de l’affection, enfin l’amour total et réciproque s’installent entre cette mère de famille mariée et ce jeune étudiant qui à la vie devant lui.

Pourtant, dans la bourgade où ils résident le qu’en-dira-t-on va bon train. Après quelques années ils décident de partir à Londres, lui pour étudier, elle pour être avec lui, et enfin vivre librement leur amour. Rien ne sera facile pour autant, et se faire accepter quand on est un couple aussi atypique est parfois si difficile que peu à peu Susan va sombrer dans l’alcool, perdant pied, perdant la mémoire, devenant un fardeau impossible à porter pour Paul…

Étonnante description de la naissance d’un amour, de son épanouissement, de ces instants magiques où le monde vous appartient. A la première personne, Paul, le narrateur, raconte, explique, épluche ses sentiments, sa vie, sa relation. Cette relation qui l’a forgé, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu, cet amour toujours présent qui l’accompagne tout au long de sa vie. L’amour, le seul, La seule histoire au fond.

J’ai aimé ce récit sans concession lorsqu’il évoque les mauvais moments, les petites lâchetés d’une vie, mais surtout l’analyse de ces sentiments, cet amour qu’il est si bon d’avoir vécu au moins une fois dans sa vie. Il me semble qu’il y a quelques longueurs lorsque le récit reprend en mode descriptif (comme s’il fallait prendre un peu de distance avec les sentiments de Paul ? Un mal nécessaire pour s’impliquer dans leur histoire ? ) et un narrateur pas toujours très aimable à mes yeux du lecteur, mais c’est malgré tout une lecture qui interroge sur le temps qui passe et ce qu’il nous reste de nos sentiments passés.

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Catalogue éditeur : Mercure de France Gallimard

Paul a dix-neuf ans et s’ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l’université. Au club de tennis local, il rencontre Susan – quarante-huit ans, mariée, deux grandes filles – avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n’en faut pas davantage pour les rapprocher… La passion? Non, l’amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d’abord en cachette. Puis ils partent habiter à Londres : Susan a un peu d’argent,… Lire la suite

Collection Bibliothèque étrangère, Mercure de France / Parution : 06-09-2018 / 272 pages / 140 x 205 mm / Époque : XXe-XXIe siècle / ISBN : 9782715247079

Diên Biên Phu, Marc Alexandre Oho Bambe

Dans Diên Biên Phu, le roman de Marc Alexandre Oho Bambe, il y a l’Indochine et la guerre pour les colonies françaises, l’amour et l’amitié, un homme au combat qui découvre l’amour, un homme perdu qui part chercher son amour.

Domi_C_Lire_dien_bien_phu_marc_alexandre_oho_bambeA Ðiện Biên Phủ, en mai 1954, Alexandre et tant d’autres combattent sans merci le vietminh. Mais malgré l’enthousiasme de milliers d’hommes venus de métropole ou des colonies pour reprendre le Tonkin, les mois de combats dans la cuvette de Diên Biên Phu ne suffiront pas pour sauver le bastion français d’Indochine. Le général Giap gagne son pari, c’est la fin du combat du tigre contre l’éléphant…La guerre est toujours tellement absurde quant au final il n’y a plus de combattants mais seulement des frères d’armes, des frères de batailles perdues, car dans un combat, longtemps après, il ne reste que des perdants…

Pourtant, Alexandre le mal marié à la douce Mireille, parti au front sans trop d’espoir si ce n’est celui de sauver l’honneur de la France, va rencontrer à Hanoï une amitié indéfectible et l’amour absolu en la personne de Maï lan. Alexandre a fait la guerre, Alexandre a rencontré l’amour… C’est comme un raz de marée balayant tout sur son passage et l’homme qui revient ne sera plus jamais comme avant.

Malgré une vie rangée auprès de sa femme, des enfants, un métier, vingt ans après Alexandre quitte tout. Il revient à Hanoi pour retrouver Mai Lan, celle qui lui a fait découvrir l’amour, supporter la vie, la mort, la guerre, les batailles et les conflits, par son regard, sa douceur, son visage de lune. Mais est-ce aussi simple de tout quitter et de retrouver celle dont il ne possède qu’un prénom, un souvenir, une unique photo ? Qu’importe, il part, sachant au fond de lui que c’est pour un voyage sans retour.

Même s’il se passe en partie en temps de guerre, il y a beaucoup de délicatesse dans ce roman étonnant ponctué de poèmes à Maï Lan, l’aimée, de lettres à Alassane Diop, le camarade de régiment, le sauveur. Vingt ans d’une vie qui se déroule sous nos yeux et dans les souvenirs et les regrets d’Alexandre. Il y a surtout la force de l’amour, la beauté des sentiments partagés, la sollicitude et l’oubli de soi d’une épouse amoureuse, la tristesse de plusieurs vies gâchées par des années de guerre, par le bal des puissants qui se partagent le monde sans trop se soucier des conséquences humaines de leurs choix.

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Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelque chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clé de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.

Avec ce roman vibrant, intense, rythmé par les poèmes qu’Alexandre a pendant vingt ans écrits à l’absente, Marc Alexandre Oho Bambe nous embarque dans une histoire d’amour et d’amitié éperdus, qui est aussi celle d’une quête de vérité.

Premier roman / Disponible en librairie au prix de 19 €, 232 p. environ / ISBN : 978-2-84805-282-3 / Date de parution : Février 2018

Ne parle pas aux inconnus. Sandra Reinflet

Partir, rester, parler, vivre. Sandra Reinflet évoque cette période si difficile qu’est l’adolescence dans un premier roman qui touche et interpelle.

DomiCLire_ne_parle_pas_aux_inconnus.JPGCamille, jeune fille ni trop belle ni trop laide, rêve de liberté et vient de réussir son BAC. Comme le font la plupart de lycéens, il faut fêter ça. Mais il semble que la fête dérape, la soirée ne se passe pas comme prévu. Conséquence ou hasard, peu de temps après la fête, Eva, l’amie, la confidente, l’amoureuse libre et artiste disparait sans laisser de nouvelles, du jour au lendemain. Elle abandonne Camille à son quotidien étriqué et sinistre de la ville de Thionville. Dans cette famille bienpensante et protectrice, peut-être un peu trop, qui donne trop de conseils, d’interdits, de recommandations, de ces mots qui lui donnent des envies de départ, de fuite en avant, envie de courir retrouver celle qui lui manque et qu’elle aime tant.

Alors Camille part, un beau matin, en stop à travers l’Europe, vers ces pays de l’Est nouvellement dessinés et où tout peut arriver, ou pas. Là, de rencontre en découverte, de conseil en confidence, elle va vivre en espérant, en attendant celle qu’elle aime. Jusqu’au jour où la famille se rappelle à elle de la plus difficile de façons.

Elle qui se croyait détachée de ses parents va rentrer au bercail. Pour revenir dans ce chemin si droit tracé pour elle ? Faut-il accepter ou au contraire se rebeller, pour exister ? Mais on peut aussi se demander, lorsque l’on est parents, faut-il couver nos enfants pour les protéger, ou au contraire les laisser exister ? Faut-il taire sa peur et ses envies de les protéger pour laisser se déployer leurs personnalités. Enfin, est-on vraiment sûr de bien connaître ceux que l’on doit côtoyer chaque jour ?

L’héroïne de Sandra Reinflet est attachante et assez crédible au fond. Son phrasé, bref et dynamique, ses mots, aussi vifs que l’adolescence, celle qui explose, qui veut vivre et exister loin des parents et des règles imposées, traduisent bien cette impatience à vivre pleinement cette adolescence, passage  indispensable pour se construire. Voilà un personnage intéressant, une personnalité sensible et parfois déjantée, Camille a su me séduire et me donner envie de la suivre jusqu’au bout. Malgré quelques imperfections, quelques incohérences et un peu trop d’optimisme envers les humains, j’ai découvert un joli premier roman.


Catalogue éditeur : JC Lattès

Ce devait être une fête, une libération, la fin du lycée et des «  ne pas  ». Mais Eva ne répond plus et Camille ne répond plus de rien. Depuis que sa Polonaise a disparu, la jeune femme se cogne au silence comme un papillon à une ampoule. Elle décide de prendre la route pour la chercher. Un voyage au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Les inconnus, parfois, sont ceux dont on croit tout connaître.
 
Née en 1981, Sandra Reinflet est inventeuse d’histoires vraies. Après trois ouvrages photos-texte, Ne parle pas aux inconnus est son premier roman. 

Trois saisons d’orage. Cécile Coulon

« Trois saisons d’orage », le dernier roman  de Cécile Coulon est beau comme un roman du siècle dernier, d’une écriture dense comme les paysages qu’elle évoque et rude comme la vie aux Trois-Gueules.

coulonUn lieu comme personnage principal, trois générations comme personnages secondaires, des vies qui passent comme décor, voilà une tragédie – car c’est ce qui est annoncé dans les toutes premières pages – à la fois classique et actuelle, étrangement intemporelle. Toute l’intrigue de ces Trois saisons d’orage se déroule aux Fontaines, un hameau de quelques âmes, jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. A ce moment-là, les frères Charrier vont ouvrir une carrière et permettre aux ouvriers de s’installer là et d’y vivre.

Aux fontaines la vie est paisible, mais elle est rude aussi, comme savent l’être les montagnes, dures comme la pierre, belles comme un lever de soleil, intenses et déchainées comme un ciel d’orage. Il peut même être difficile de s’y faire une place, car les paysans, les ouvriers, tous les natifs du coin ont du mal à accepter les nouveaux, ceux de la ville qui viennent là et ne rêvent que de cette vie paisible, dans ces paysages qu’ils croient pouvoir dompter, qu’ils imaginent pouvoir sculpter à leur image dans la pierre des maisons, des chemins, des montagnes.

André est médecin. Il s’est établi aux Fontaines, dans ce lieu hors du temps qui pourrait être une enclave dans une montagne rocheuse et escarpée, ce genre de lieux où l’on décide l’aller exprès, car aucune route ne le croise, aucun chemin ne le traverse. Il avait rencontré Élise à la ville. Elle y restera, mais de leur soirée arrosée est né un fils, Bénédict, qu’André élève aux Fontaines. Devenu médecin à son tour, Bénédict épouse Agnès, une autre fille de la ville qui adopte la solitude et le calme des Fontaines. Puis arrive la troisième génération avec leur fille Bérangère.

Si André est venu là, c’était pour soigner paysans et ouvriers, ceux qui travaillent aux carrières, et surtout ces enfants qui meurent si jeunes sans que nul médecin n’y puisse rien. Il y a fait sa vie, son fils aussi, qui après ses études a rejoint son père dans leur cabinet médical où passe  toute la population des Trois-Gueules.

Aux Fontaines, il y a aussi Maxime et surtout Valère, son fils. Paysans de père en fils, ils sont nés là, au milieu de leurs champs, parmi les vaches sur cette terre qu’ils connaissent si bien. Valère et Bérangère se rencontrent à l’école et comme une évidence ils savent qu’ils vivront ensemble et sont faits l’un pour l’autre. Bérangère est une native du pays, amoureuse d’un gars d’ici. Alors bien sûr tout le monde trouve normal qu’ils pensent déjà au mariage, même s’ils sont si jeunes.

Mais dans la vie de Bénédict et de Bérangère, il y a aussi Agnès, la mère, si belle, si magnétique, si inaccessible, que par elle ou pour elle, l’impensable peut arriver… Et c’est là tout l’art de Cécile Coulon, de faire jaillir de ce conte idyllique le drame que nul n’attendait. Difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler.

Voilà un roman étrange dans lequel la force des sentiments est tout juste évoquée, car elle est surtout combattue par ceux qui les éprouvent, où l’amour est omniprésent alors qu’il est pourtant tenu secret, silencieux, rejeté, et surtout dévastateur. La force de l’indicible, le silence, l’amour plus fort que la volonté, la fidélité et le destin vont se jouer des personnages dans une fresque étonnamment classique. J’ai cru très souvent lire un roman du 19e alors que Cécile Coulon est une auteur si jeune et à l’écriture absolument contemporaine ! On se laisse vraiment emporter par cette histoire familiale.


Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis.

Parution : 05/01/2017 / ISBN : 9782878583373 / Pages : 272 p. / Prix : 19€

La téméraire. Marine Westphal

« La téméraire » est un roman émouvant et triste, bouleversant et positif, il apporte espoir et détresse, parle d’amour et de force, de fidélité et de rencontre, un magnifique premier roman.

DomiCLire_la_temeraireSali et Bartolomeo s’aiment d’amour depuis plus de trente ans. Ils vivent dans leurs montagnes des Pyrénées. Lui parcourt les hauteurs, pour vérifier et assurer les sentiers, protecteur invisible des randonneurs, amoureux inconditionnel de la nature et de ses montagnes. Jusqu’au jour où un grain de sable, ou plutôt un grain de sang vient enrayer le mécanisme, l’AVC le laisse dans un état végétatif. Lorsqu’il est de retour à la maison, Sali continue à s’occuper de son mari adoré.

Mais que faire, comment vivre, ou plutôt comment survivre avec un homme allongé sur un lit, deux enfants qui même s’ils ont grandi souffrent de cette situation, quand on comprend que plusieurs vies sont détruites et que la science ne peut plus rien. Alors Sali décide de vivre, et de faire vivre de beaux instants à son homme, celui qu’elle aime par-dessus tout et qu’elle ne laissera pas prostré au fond de son lit, malgré ce qu’en pense Olga, l’aide-soignante qui vient la seconder chaque jour.

Il se dégage de Sali, petite femme que l’on imagine fragile et fluette, une force et une puissance capable de soulever des montagnes. Que ce roman est émouvant, à la fois bouleversant et positif, il apporte espoir et détresse, parle d’amour et de force, de fidélité et de rencontre. Avec une écriture sans fioriture, vraie comme la nature, l’auteur fait passer une multitude de sentiments, une force et une fidélité en cet amour que le lecteur ressent au plus profond. C’est un très beau premier roman, écrit sans extravagance ni superflu, qui accroche son lecteur, lui montre l’ombre puis la  lumière, la vie en somme.

Retrouvez les chroniques de L’ivresse littéraire, de Bénédicte sur son blog Entre les lignes et de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur : Stock

Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »
Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.

Collection : La Bleue / Parution : 04/01/2017 / 144 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234081901 / Prix : 16.50 €