À la frontière de notre amour, Kyra Dupont Troubetzkoy

Tomber amoureux dans un pays en guerre

Gaïa est une jeune femme qui vit à deux cent à l’heure sa passion et son métier d’humanitaire dans les zones de combat, sur fond de Tchétchénie, d’Afghanistan et de 11 septembre.
Ces missions dangereuses et prenantes occupent toute son énergie. Elle va pourtant tomber sous le charme de Peter, un soldat des Forces spéciales américaines qu’elle rencontre à un check-point qui ne lui dévoile ni ses missions, ni son nom, ni sa véritable fonction. Ils vont découvrir l’amour par épisodes, disparition, retrouvailles, silences, dizaines de messages sans réponses, toute la difficulté que vivent ces combattants du terrain.

Pourtant, de rencontres en retrouvailles, Gaïa et Peter vont s’aimer, se trouver… Aux côtés de Gaïa, le lecteur va vivre une histoire d’amour en zone de guerre, découvrir des lieux rarement fréquentés, des prisons, bases militaires, barrages ou même des camps de prisonniers.

Mais comment l’amour peut-il naître et surtout résister lorsqu’il naît au cœur des conflits ? Quelle peut être sa réalité, sa longévité, comment deux personnes qui vivent sous une telle pression pourront-elles se retrouver ensuite, et d’ailleurs le pourront-elles ?

La difficulté ne serait-elle pas de changer de vie, d’arrêter de vivre dans le danger permanent comme si tout allait s’arrêter demain ? Que peut devenir leur couple dans un train train quotidien classique et tellement banal. Et si justement c’était là toute la question ?

Ce roman est fondé sur des témoignages d’anciens humanitaires et nous en apprend beaucoup sur la réalité de leurs missions toutes bien différentes suivant les époques et lieux où ils se trouvent. Un peu trop dense parfois à mon goût, ou alors il n’y a pas assez de pages pour équilibrer la partie romanesque et les faits décrits de l’intérieur. Du coup j’ai eu parfois l’impression que cette histoire d’amour était surtout un prétexte pour évoquer les difficiles conditions de vie sur le terrain pour les humanitaires, mais que l’auteur n’avait peut-être pas su réellement sur quel pied danser, roman, pas roman, et de ce fait j’ai eu du mal à m’attacher vraiment aux personnages. Malgré ce léger bémol, j’ai passé un bon moment de lecture.

Catalogue éditeur : Éditions Favre

Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat des Forces spéciales américaines qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un check-point en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un soldat, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?
Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration- au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan, en Irak et ailleurs, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

15 € / 192 pages / Parution : 2 septembre 2020 / ISBN 978-2-8289-1856-9

Elles m’attendaient, Tom Noti

L’amour, ses fulgurances, son absence, un roman émouvant et lumineux à découvrir absolument

Quand Max rencontre Halley, c’est l’amour fou, immédiat, salvateur. La vie, malgré les blessures inavouées de l’enfance, prend le dessus. Halley a trouvé l’homme de sa vie, Max se perd dans son regard.

Max a tant souffert jeune que la vie et le bonheur lui font peur, peur de revivre l’absence, la déchirure, ou cette autre fêlure qu’il cache tout au fond de lui.
Mais elle est solaire sa comète et la vie avec elle est scintillante comme les étoiles dans un ciel d’été. Puis vient le mariage, la vie à deux, le bonheur et cette inquiétude lancinante, la crainte que tout cela s’arrête. Le jour où bébé s’annonce, malgré ses craintes, Max se donne à fond pour l’accueillir au mieux, heures supplémentaires, décoration de l’appartement, rien n’est trop beau pour la petite merveille.

Quand arrive sa petite Rosie, il l’aime d’amour, un amour fou, exclusif, dévastateur qu’il laisse prendre toute la place. Un amour qui l’angoisse tant il a peur de la perdre. Il ne conçoit pas de passer une minute sans être auprès de Rosie. Mais il faut travailler toujours plus pour procurer à ses deux princesses confort et sécurité.
Peu à peu, Max se met en danger, en fait trop, jusqu’au jour où survient un accident… Et sa vie change irrémédiablement. Les heures sombres de l’enfance reprennent le dessus, rien, ni son étoile ni sa comète ne pourront aider Max à vivre… perdu dans les vapeurs d’alcool, il se laisse peu à peu submerger par les démons de son enfance.

L’auteur nous entraîne dans cette famille où l’amour est si fort, si exclusif et où pourtant le bonheur semble si compliqué à accepter. Ni les démons de l’enfance, ni les souffrances, ni tous ces secrets gardés au fond de lui comme des blessures innommables ne seront jamais éclipsés par le bonheur du présent… Les année passent, et les personnages évoluent dans cet amour qui se refuse mais qui sait prendre toute sa place.

L’écriture est belle, douce, poétique et lumineuse. Les personnages sont tellement attachants, humains, entiers. L’auteur réussi à nous faire traverser des vies en quelques dizaines de pages, c’est fluide, émouvant, parfois sombre et si souvent lumineux. On a envie de prendre ses personnages dans nos bras pour leur permettre d’avancer autrement, tant on a l’impression de les connaître, tant on aimerait pouvoir les aider à vivre heureux. Une très belle lecture bien plus poétique que larmoyante, positive et sensible.

Catalogue éditeur : La Trace

Deux personnes s’aiment et leurs solitudes s’aimantent. Cela ressemble à une historie d’amour simple et lumineuse, mais c’est sans compter sur les ombres de Max cache derrière ses silences…

ISBN : 979-10-97515-17-1 prix 18,00€ parution 28/02/2019

Renaître, Janine Teisson

Comment  survivre au sinistre quand votre vie part en fumée ?

C’est ce qui est arrivé à Janine Teisson, l’auteur de Renaître, ce recueil de poésie paru aux éditions Chèvre-feuille Étoilée. Sa maison a été la proie des flammes, tout est brûlé, calciné, fondu, enfoui, perdu sous les cendres.

Les souvenirs, les mots, les images d’une vie, de plusieurs vies puisqu’il y a aussi les souvenirs qui viennent des anciens, la photo d’une grand-mère, le livret militaire d’un aïeul, les objets du passé, de ces êtres aimés et perdus, et au milieu de tout cela un ordinateur qui fond et qui emporte les rêves et les espoirs, les textes, les idées, les mots et les phrases de l’écrivain qui ne reviendront jamais identiques.

Ce texte est un long poème pour dire la surprise, l’effroi, la douleur, le manque, le chagrin, la résignation.

Pour dire
Ce qui est perdu à jamais ;
Ce qui est enfoui au fond du cœur ou de la mémoire ;
Ce qui ne reviendra plus, les mots écrits enfuis, fondus, perdus ;
L’attente, l’espoir, la résignation puis la résilience.

Un texte qui se lit d’une traite et que l’on a envie de reprendre encore et encore car il dit aussi la vie à travers la mort, les cendres, l’oubli.

J’y pense parfois, et si ça m’arrivait ? Photos, lettres, souvenirs sont les choses qui me manqueraient le plus. Alors bien sûr je me reconnais dans ces mots, j’y trouve mes craintes et mes angoisses mais aussi l’espoir, et savoir que même après ça, la vie continue.

🔥Pour écrire il faut concorder
avec soi,
même dans l’écartèlement.
Je discorde.

🔥Sinistre,
mot d’agent d’assurances.
Exactement ça.

🔥Ça va ? Ça va.
Que dire à ceux
qui ne mettent pas leur vie
dans les mots ?

Une fois le vent,
une autre fois l’eau 💧
et cette fois-ci c’est le feu🔥.
Va-t-elle ressusciter des cendres
mon écriture ?
Faudra-t-il un tremblement de terre
Pour en venir à bout ?

🔥Ce carnet vert
que j’ai tant cherché,
je ne le chercherai plus

Non seulement les textes, mais aussi les formats, le grain du papier, les illustrations, tout donne envie de lire ces recueils à la sobriété élégante. Dans la même collection, j’avais également aimé Icare, mon amour de Jeanne T.

Catalogue éditeur : Chèvre-Feuille Étoilée

Les pages de ce recueil forment un seul poème incandescent. Une nuit, la maison de Janine Teisson a brûlé.
Elle venait de se donner enfin le droit d’écrire, d’exprimer sa créativité jaillissante.
Au delà des meubles, des robes et des photos de famille, ce sont ses écrits, ses personnages qui partent en fumée. Ressusciteront-ils un jour ? Écriture phénix, déploie tes ailes, confie-moi les mots. Le recueil est illustré avec les compositions graphiques de Marion Béclu.

Paru le 1 juillet 2020 / ISBN : 9782367951430

Azur noir, Alain Blottière

D’une époque à l’autre, revivre la passion de Verlaine pour Arthur Rimbaud à travers le regard de Léo

En cet été caniculaire Léo, dix-sept ans, a décidé de passer ses vacances au 14 de la rue Nicolet à Paris, dans le nouvel appartement où il vient d’aménager avec sa mère. Celle-ci est partie en Finlande sans lui.

Resté seul, il a de plus en plus de crises pendant lesquelles il perd la vue par intermittence, pour des durées plus ou moins longues. Pourtant il « voit » vivre près de lui Verlaine et Rimbaud, les poètes qui se sont rencontrés dans cet appartement de Montmartre 150 ans plus tôt. Adolescent fragile au regard aussi clair qu’Arthur Rimbaud, Léo nous fait revivre par ses visions les heures intenses de la rencontre des deux poètes.

L’Absinthe coule à flot dans les cafés où les poètes déclament leurs vers et se retrouvent. Rimbaud y fait la connaissance des écrivains et poètes de son époque, mais il faut bien reconnaître que les seuls noms parvenus jusqu’à nous sont bien ceux de Verlaine et Rimbaud, que Léo voit évoluer dans le Paris de 1871. A chaque coin de rue autant que dans sa chambre, Léo vit avec eux les moments forts de leur rencontre, de leur amour, de leur passion pour la poésie et de leur créativité inégalement reconnue.

Paul Verlaine, le plus âgé, est déjà marié. Il comprend immédiatement que ce jeune poète d’à peine dix-sept ans qui arrive tout juste de Charleville est pétri de talent. Malgré leur écart d’âge et leur différence sociale, la fusion des deux hommes est aussi immédiate que leur difficulté à vivre ensemble. Mais cette vie hors de toutes convenances ne plait pas à tous, en particulier à Mathilde, la femme de Verlaine et à sa belle-famille.

Alain Blottière sait se couler dans la vie de Léo, adolescent fragile d’aujourd’hui aussi bien que dans celles des poètes maudits. La fragilité de l’adolescence, cette période de la vie si compliquée est ici très bien appréhendée à travers le mal de vivre d’Arthur et de Léo, chacun à son époque. L’alternance entre la réalité de cet été caniculaire hors du temps, et ces rencontres aussi réelles que fantasmées avec les hommes du passé se fait de façon tout à fait fluide, comme une évidence qui à aucun moment ne perd le lecteur. Le parallèle est parfait entre Léo et Arthur, la similitude de leur mal être, l’attrait pour la poésie et l’amour de l’écriture, chacun faisant fi des conventions avec une facilité déconcertante.

Vous aimez Paris en été, la poésie de Verlaine et la folie d’Arthur Rimbaud ? Lisez donc Azur noir, ce roman sensible et poétique est pour vous.

Catalogue éditeur : Gallimard

«Il vit Rimbaud retirer sa veste et la tenir à l’épaule, prendre la rue de Strasbourg puis s’engager dans le boulevard de Magenta vers le nord. Cette fois, il lui semblait certainement que Paris déjà lui appartenait et qu’il n’allait plus jamais en repartir. Verlaine avait été empêché, devait-il penser, et l’attendait chez lui. Il lui avait donné son adresse, rue Nicolet, à Montmartre, tout près de la gare.»
Léo vient d’emménager avec sa mère à Montmartre, à l’endroit même où Verlaine et Rimbaud se sont rencontrés et aimés cent cinquante ans plus tôt. Durant un été caniculaire de «fin du monde», alors qu’il croit devenir aveugle, le garçon voit renaître le Paris des deux poètes et en fait son ultime refuge.

160 pages, 140 x 205 mm  / ISBN : 9782072879333 / Parution : 09-01-2020

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

L’amour sans le savoir, sans le dire, sans le vivre, tendresse et émotion au rendez-vous

Un peu comme pour tout, Alice est une femme enfermée dans une vie qu’elle ne s’autorise pas à savourer pleinement. Elle est professeur de français et vient du nord de la France. Mais a rejoint la capitale pour se rapprocher de sa fille. Pourtant, elle se sent seule et étrangère.

Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé et de massage et à la suite d’un quiproquo, rencontre des mains merveilleuses qui l’éveillent aux sens. Elle s’ouvre enfin au plaisir, intime, secret, inavoué. Elle se rend compte qu’elle est amoureuse de Akifumi, ce masseur japonais qui pourtant ne dit pas un mot. Car il ne parle pas français, ils ne peuvent donc jamais  échanger, seules ses mains sur elle, son regard, ses émotions lui parlent. Alice prend des cours de japonais pendant un an, attendant le moment propice pour avouer son amour.

Mais ce sera un amour platonique jamais déclaré, jamais dit, jamais vécu et cependant intense et réel. Un amour qu’elle va déclamer, écrire, verbaliser dans ce roman épistolaire singulier. Par cet amour sincère qui n’attend rien en retour, elle ose s’avouer ses propres sentiments, se dévoiler et enfin se libérer d’un passé parfois lourd et triste.

L’écriture est sensible et intimiste. C’est une belle déclaration d’amour à sens unique et la découverte de soi d’une femme qui approche de cette cinquantaine parfois traumatisante.  Éveil aussi à la finesse, à la volupté silencieuse et à l’étrangeté des traditions japonaises.

Catalogue éditeur : Grasset

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux. Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Lire la suite …

Parution : 3 Juin 2020 / Format : 121 x 188 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246824954 Prix : 14.50€ / EAN numérique: 9782246824961 Prix : 9.99€

Icare mon amour, Jeanne T.

Un recueil de poésies publié par les éditions Chèvre-feuille étoilée

Fait de courts, très courts poèmes, une phrase, à peine quelques mots, mais toujours suffisants et assez évocateurs pour dire : Aimer, Ensemble, Peur, Doute, Tendresse, Absence, Désaccords, Le temps qui passe, Désir.

Comme si ces mots, ces courtes phrases posés sur les sentiments, sur l’amour qui vient et qui s’enfuit étaient dit tout doucement à notre oreille.

A lire, poser, relire. C’est à la fois très intime et totalement universel.. Et c’est beau !

Et au milieu, découvrir cette page blanche, comme un cadeau pour y poser ses propres mots, un nom, une larme…

💮 Icare,
Mon amour,
Ne regarde pas en bas

💮 Dans une minute
je vais te revoir.
Et si tu n’étais plus toi
et moi plus moi ?

💮 Manger une pêche
Très mûre
Et te boire

💮 Laisse-moi
Remonter
L’horloge de ton cœur


Catalogue éditeur : Chèvre-feuille étoilée

Un recueil de poèmes d’amour pour fêter nos vingt ans !
Jeanne T. nous livre dans ce recueil la légèreté et le tragique, l’humour et la panique, la part d’enfance, l’absence déchirante, le plaisir et l’émerveillement de l’amour.

Publié en 2020 / ISBN : 9782367951423 / Prix : 12,00€

La Dame au petit chien arabe, Dana Grigorcea

Un court roman pour dire avec talent et poésie la difficulté d’aimer et de changer de milieu social

C’est l’histoire d’une belle femme qui promène son chien sur les bords du lac à Zurich et croise Gurkan, un beau jardinier. C’est aussi le début d’une histoire d’amour, de leur aventure. Mais comment fait-on pour aimer lorsque l’on est une ballerine mariée, connue, et que l’on croise le chemin d’un jeune jardinier kurde ?

Anna promène son chien et peut-être son ennui, ses envies, ses rêves. Le petit chien arabe d’Anna, qu’elle qualifie de croisement de balade car c’est un gentil bâtard trouvé en se promenant sur une plage en Algérie, est le point de départ de ses échanges avec Gurkan. Anna aime plaire, séduire, aime l’amour aussi. La rencontre fortuite est plaisante. Cet homme est si séduisant, si différent de ceux qu’elle côtoie généralement.

Il refait les jardins autour du lac, chaque jour elle vient à sa rencontre. Leur relation prend forme peu à peu. Ils se rapprochent, deviennent amants malgré leurs grandes différences. Différences de culture en particulier. Anna aime l’art sous toutes ses formes. C’est une ballerine qui a dansée sur les plus grandes scènes, les plus grands airs, voyagé dans les plus belles capitales, et qui aime tant recevoir dans sa maison avec son époux médecin. Gurkan arrive de Turquie, marié à sa cousine, ils vivent à L. avec leurs enfants.

Leur rencontre est déterminante mais la vie d’Anna lui permet-elle de poursuive l’aventure, malgré les sentiments, les envies, malgré le fait qu’elle pense à lui chaque jour… Car si leur histoire est passionnée, la vraie question est de savoir si elle pourrait aimer assez pour tout quitter, si la beauté, les moments de bonheur volés et l’amour suffisent pour souhaiter changer de vie.

J’ai aimé suivre le cheminement qui se fait dans la tête d’Anna. Elle analyse et s’étonne de ses propres sentiments. Elle, l’artiste séductrice, est la première étonnée de son attachement à Gurkan. Et si finalement sa vie n’était qu’un grand vide ? Si le bonheur était ailleurs ? Faut-il détruire la vie de l’autre pour être heureuse ? Alors chacun va cheminer vers l’autre, comme dans un pas de deux qu’ils ne font pas forcément en même temps ni dans le même sens.

J’ai aimé l’écriture poétique, sensuelle et si joliment descriptive de l‘auteur, surtout lorsqu’elle évoque la danse, la nature, les bords du lac. Tout est si bien retranscrit grâce à la traduction de Dominique Autrand.

La dame au petit chien arabe est un hommage à la nouvelle « La dame au petit chien  » d’Anton Tchekhov

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Traducteur : Dominique Autrand

De nos jours, sur les bords du lac de Zurich, Anna, une danseuse mondaine et mariée, croise Gurkan, un jeune jardinier kurde. La conversation s’engage à propos du petit chien qui accompagne Anna et qu’elle a ramené d’Algérie. Les deux inconnus se plaisent, se revoient, deviennent amants, puis se quittent. Pour Anna, familière du jeu de la séduction, c’est une aventure comme tant d’autres qui s’achève, du moins le croit-elle. Car avec l’été s’installe une étrange sensation de vide sur laquelle il lui faudra bientôt mettre des mots : elle est amoureuse. Et rien n’est plus comme avant.
C’est cette métamorphose, où l’incertitude des sentiments défie la raison, que Dana Grigorcea explore avec une délicatesse extrême dans un récit tout en nuances. Hommage libre et fidèle à Tchekhov, La Dame au petit chien arabe évoque la question éternelle du désir, des conventions sociales et de la liberté intérieure.

Née à Bucarest en 1979, Dana Grigorcea est philologue et écrivain. Ses deux premiers romans, non traduits en français, ont été récompensés par de nombreux prix littéraires.

Prix : 15.00 € / Paru le 21 Août 2019 / 160 pages / EAN13 : 782226441010

A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk au château de Maffliers

C’était une belle soirée hier, ce diner aux chandelles du cercle littéraire de Maffliers

Là comme chaque mois depuis des années, Corinne et Jean-Pierre Tartare recevaient un auteur au Château de Maffliers. Hier soir, c’était Alexandra Koszelyk, et une belle tablée de vingt-neuf convives qui avaient tous lu le roman d’Alexandra « A crier dans les ruines publié aux éditions Les Forges de Vulcain.

Instant magique, et c’est bien Alexandra qui en parle le mieux, sur son fil Instagram :

Quand un auteur écrit, il déverse sur le papier un des nombreux mondes qu’il porte en lui, une sorte d’accouchement solitaire dont la gestation peut prendre des années.
Et puis, arrive ce miracle de la rencontre de l’autre, de ce lecteur avide d’un nouvel univers à explorer.
La magie de la littérature est là, dans ces ponts qu’elles créent entre deux imaginaires.

La magie d’écouter un auteur, mais aussi le contexte particulier qui fait que tous les participants ont lu et aimé le roman, procurent une harmonie incroyable à ces diners, chacun donne son avis, son ressenti, sa vision du roman, dans une ambiance particulièrement agréable et conviviale.

Alexandra Koszelyk a réussi un magnifique premier roman dont elle a parlé avec beaucoup d’émotion et de ferveur, l’Ukraine, Tchernobyl, ses grands-parents, la belle histoire, souvent triste, entre Lena et Ivan, et tant d’émotions impossibles à partager.

Alors si vous ne l’avez pas encore lu, courrez  en médiathèque, chez votre libraire, et découvrez ce roman.

Retrouvez mon billet de ce roman lu aussi dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard

Quand la réalité dépasse la fiction et qu’une expérience douloureuse devient un sublime témoignage de vie et d’amour, un roman à découvrir absolument

Ce livre est un véritable concentré d’émotion. Triste, étonnant, vivant, il parle de maladie et de passion, de mort et de naissance, d’accouchement et de scanner, de vacances et de chambre d’hôpital.

C’est le roman de Sarah, l’amoureuse de Théo, la maman de Simon et Camille, Sarah, morte à 42 ans d’un cancer. Elle nous parle de lui, d’elle, d’eux, de ses petits aussi, elle nous parle depuis cet au-delà que l’on n’imagine pas, ces limbes dans lesquelles errent ces morts que l’on a tant aimé et que par la force de nos pensées, on ne peut pas laisser partir vers cet ailleurs inconnu et mystérieusement angoissant.

Lorsque Sarah et Théo se rencontrent, la relation semble improbable entre ce jeune homme et cette punkette contestataire plus âgée que lui. Pourtant, très vite, entre le Moineau et le Lutin, c’est l’amour fou, léger, romantique, puissant. Les petits bonheurs de chaque jour, l’avenir qui leur sourit. Mais c’est compter sans la fatalité, sans cette maladie qui vient leur couper les ailes, ce cancer violent et dévastateur qui s’invite pendant la seconde grossesse de Sarah. Ce sera aussi la lutte, l’énergie du désespoir pour gagner des jours, des mois, des heures, face à ce crabe qui ne lâche rien. Car de couple heureux, lutin et Moineau deviennent un couple extra-ordinaire dans tout ce que cela représente, devenir des super-héros pour se battes, gagner contre la maladie, se soutenir l’un l’autre, lutter ensemble dans cette épreuve qui les soude mais qui peut aussi les détruire tant c’est difficile.

Ah, me direz-vous alors, ce roman est triste, démoralisant, etc. Mais non, en fait, malgré la mort inéluctable, malgré la lutte contre la maladie, la tristesse, le chagrin, voilà un livre particulièrement lumineux. Il a tout pour lui ce premier roman, l’amour, la gaité, la joie même, le couple, les enfants, l’espoir, le chagrin, la tristesse, la fin inéluctable. Et à chaque page éclate la vie, celle des enfants, celle d’avant et celle d’après, qu’il faudra vivre car on continue, car le soleil se lève encore et que chaque jour apporte son lot de satisfactions même au milieu de tant de souffrance. Et bien sûr, on ne peut qu’être bouleversés par cet émouvant message que l’auteur adresse ici à ses enfants, lui qui a vécu de l’intérieur tout ce que nous raconte sa Sarah.

Bien sûr il y a aussi ces moments douloureux à l’extrême, surtout oserais-je dire lorsque l’on a soi-même accompagné quelqu’un aux frontières de la mort, lors de ce passage parfois si délicat. Ici les scènes terriblement humaines et réalistes portent une souffrance et une vérité parfois difficile à lire, mais les mots de l’auteur et la voix de Sarah qui évoque son propre départ, subliment en quelque sorte ce moment-là. Et si Thibault Bérard avait raison, s’il fallait laisser partir ceux que l’on a tant aimés, pour qu’ils puissent enfin atteindre la sérénité dans cet au-delà inconcevable.

Lisez, osez, et sachez qu’on ne sort pas indemne de cette lecture. On voit la vie autrement, les instants à savourer, les enfants à aimer, les plaisirs et même les contrariétés à apprécier à leur juste valeur, légère, profonde, amicale ou désespérée. Mais si j’en retiens une chose, c’est bien qu’il faut prendre la réelle mesure de ces mots que l’on entend souvent : vivons chaque jour comme si c’était le dernier…parce que le bonheur, c’est ici et maintenant.

Catalogue éditeur : Editions de l’observatoire

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Nombre de pages : 304 / ISBN : 979-10-329-0881-5 / Format 14 x 20 cm / Parution : 08/01/2020

Baïkonour, Odile d’Oultremont

Avec la mer pour seul horizon, qu’il est bon de tomber amoureux. Baïkonour, le roman sensible et poétique d’Odile d’Oultremont

A Kerlé, petit village du Morbihan, la jeune Anka est coiffeuse dans le salon de sa tante. Elle rêve pourtant d’océan, celui qui a emporté son père Vladimir, Marin pécheur perdu en mer sur le Baïkonour. Ce père qu’elle admirait par-dessus tout.

Édith, sa mère, espère encore, incapable de faire son deuil. Chaque jour elle préparait une soupe chaude qu’il emportait avec lui sur les flots, et elle continuera sans fin, jusqu’à son impossible retour. Car chaque jour elle l’attend et Anka souffre de son déni. Celle qui rêvait de prendre la suite du père sur son bateau de pêche prend désormais le chemin du salon de coiffure.

Marcus, un jeune grutier particulièrement habile et performant sur ces engins qui volent au-dessus des villes, répond à une mission d’un an et huit mois à Kerlé. Marcus et ses failles, son père éternel chômeur, sa mère disparue lorsqu’il était enfant. Du haut de sa cabine, il survole, il surplombe, il observe, le paysage, mais surtout les gens qui s’agitent en dessous, leurs vies, leurs trajets, il imagine des bonheurs et des ruptures, des joies et des chagrins. Jusqu’au jour où il découvre la beauté énigmatique d’Anka. Il n’aura de cesse dès lors de l’observer de loin, subitement et définitivement amoureux de cette inconnue qui illumine ses journées.

Mais ces deux trajectoires à deux hauteurs aussi différentes, l’une au bord de l’océan, l’autre dans les airs, sauront-elles se trouver ?

La magie opère à nouveau, même si le côté brin de folie du premier roman ne se retrouve pas ici, et c’est tant mieux, l’auteur sait se renouveler et nous surprendre. Des personnages attachants, tant par leurs faiblesses que leur désespoir, une écriture concise, sensible et délicate, qui donne le rythme et nous prend dans son tempo. Avec Odile D’Oultremont, le quotidien n’est plus banal, et l’on espère ! Car les rencontres improbables se réalisent, l’amour n’est plus tragique, et surtout la poésie des mots rend la vie plus belle, malgré la maladie, la mort, les faiblesses ou les désillusions, et les relations parents enfants parfois si difficiles.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l’océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu’au jour où la mer lui ravit ce père qu’elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.
Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d’une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma.
Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ?

Parution : 21/08/2019 / Nombre de pages : 224 / ISBN : 979-10-329-0432-9