Des hommes couleur de ciel. Anaïs LLobet

Roman sur la différence, l’exil et l’intégration, sur la difficulté d’être soi, Les hommes couleurs de ciel, le magnifique roman d’Anaïs LLobet.

L’intrigue d’abord, à La Haye une bombe vient d’exploser dans une école, blessant et tuant un grand nombre d’élèves. Très rapidement, on devine que le coupable doit être un élève tchétchène de cette école.

Alissa est professeur de russe dans cette école. Elle est originaire de Tchétchénie, mais n’a jamais avoué sa véritable origine, par peur de ce que son pays d’accueil allait penser d’elle. Dans sa classe, elle a eu successivement pour élèves deux frères, Oumar et Kirem. Si Oumar est brillant et a parfaitement réussi à s’intégrer, ce n’est pas le cas de Kirem. Arrivé quelques années après Oumar, il refuse de s’intégrer.

Alissa tente depuis des années d’oublier son pays d’origine, de gommer son accent si prononcé, de faire oublier qu’elle est musulmane, elle boit du vin et tente de vivre comme les hollandais qui l’entourent. Mais le drame lui rappelle cruellement que l’intégration n’est pas le seul fait du migrant qui arrive dans un pays, elle doit être aussi voulue par ceux qui accueillent. Soupçonnée, puis utilisée comme traductrice par la police, Alissa voit la suspicion peser sur elle et tous ses efforts d’intégration anéantis en quelques jours…

Peu à peu le voile se lève sur la condition d’Oumar. Ce jeune homme a trouvé sa liberté aux Pays-Bas, à la Haye il peut enfin vivre comme il le souhaite. Oumar est homosexuel. Un mot qui n’existe même pas dans sa langue, un mot qui le condamne à mort. Là-bas, les parents peuvent t’assassiner pour laver l’honneur de la famille si le moindre soupçon venait à poindre. Là, le pouvoir en place persécute, arrête, exécute, les hommes couleur de ciel.

C’est intense, émouvant, le lecteur est terriblement touché par les personnages, leurs vies brisées. L’écriture est maitrisée et subtile. Les évènements déploient toute leur puissance en gardant une véracité qui touche, en particulier par le regard acéré et bienveillant que porte l’auteur sur les hommes et les femmes qu’elle dépeint.

Forte d’une expérience de journaliste pendant cinq ans en Russie, où elle a eu l’occasion de faire des reportages en Tchétchénie, puis de ses amitiés avec de jeunes homosexuels tchétchènes, Anaïs LLobet dépeint un double drame terriblement actuel. Le rejet de la différence, au point d’être condamné à mort par les siens, et le drame qui secoue nos pays touchés par des attentats terroristes qui frappent aveuglément enfants, hommes et femmes, dans toutes les régions du monde, au nom d’un Dieu qui pourtant n’a rien demandé…

Avec Des hommes couleur de ciel, Anaïs LLobet nous transporte dans un univers complétement différent de son premier roman, Les mains lâchées, paru en 2016. Une fois encore, la magie opère, un véritable auteur est né.

Rencontre avec Anaïs LLobet lors de la parution du roman 💙💙💙💙💙

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Dans le pays où est né Oumar, il n’existe pas de mot pour dire ce qu’il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ».

Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et embrasse des garçons dans l’obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.

Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l’impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.

Des hommes couleur de ciel est l’histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C’est l’histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d’intégration et de désintégration.

Nombre de pages : 224 / ISBN : 979-10-329-0534-0 / Format 14 x 20 cm / Parution : 09/01/2019

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Les mains lâchées. Anaïs Llobet

Avec « Les mains lâchées » d’Anaïs Llobet, se pose cette question terrible : comment ressort-on d’une catastrophe ? Pas le même qu’avant, forcément ? Pas intact, même si aucune séquelle physique n’est visible, meurtri, blessé … changé, oui, certainement. Mais alors ?

DomiCLire_les_mains_lacheesAvec ce premier roman d’Anaïs Llobet, c’est ce chemin là que nous faisons , et c’est prenant, émouvant, surprenant de justesse et de réalisme dans la description non morbide de l’évolution des sentiments face à l’irréalité d’une situation extra- ordinaire.

Madel est journaliste à Manille, amoureuse de Jan, elle le suit dans sa ville des Philippines.. Un ouragan est annoncé, dans ces pays-là on a plutôt l’habitude et l’on connait un certain nombre de gestes à accomplir pour se protéger, protéger ses biens, se mettre à l’abri. Chacun s’exécute, et attend que la tempête passe. Mais Haiyan / Yolanda n’est pas un ouragan comme les autres, c’est le typhon le plus terrible qu’aient connu les Philippines jusqu’à présent… 10 morts ? 100 morts ? 7000 morts au moins…impossible d’imaginer, de visualiser ce que représente un tel cataclysme. Les dégâts sont énormes, mais surtout, on trouvera des corps encore pendant des mois après le passage du typhon.

Madel prend Yolanda, comme on l’appelle là-bas, de plein fouet, dans la belle et solide maison de Jan, qui ne résiste pas au tsunami qui suit le typhon. Jan, l’enfant qu’il lui avait confié, et tant d’autres, disparaissent. Madel doit continuer à vivre, à chercher les survivants, à aider les médecins dépassés par la catastrophe, et avant tout, à faire son métier de journaliste dans le feu de l‘action, devenant à la fois voyeur et acteur du drame.

Le livre est construit en alternance de récits, celui de Madel, son expérience, ses doutes, ses atermoiements, ses questionnements.. et celui des Philippins dont elle recueille les témoignages, tous plus terribles les uns que les autres, sur cette fatalité devant un drame qui aurait pu être minimisé si les autorités avaient pris la juste mesure de ce qu’il se passait et protégé les populations dans les zones adaptées. Il se lit comme un récit journalistique, précis, concret sans être morbide, réaliste et parfois dur mais tellement juste, dans la description des sentiments aussi, de ceux qui ont subi et de ceux qui les assistent ensuite.. et comment ne pas craquer, ne pas lâcher, devenir fou, devant les morts qui s’amoncellent, les blessés, les ruines… Premier roman sur un sujet difficile, mais roman indispensable que je vous recommande vivement de lire !

Citation :

Voilà, c’est ça, le fond de l’horreur. Cette petite flamme d’espoir qui vous lacère le cœur et n’en finit pas de vous ronger l’âme. Et quand on décide de l’éteindre, en la pinçant de nos deux doigts, c’est au prix d’une brûlure qui ne nous quittera jamais. La brûlure de l’oubli.


Catalogue éditeur : Plon

Une vague monstrueuse, soulevée par un typhon meurtrier, dévaste les Philippines en quelques minutes et ravage sa myriade d’îles.
Sur l’une d’elles, Madel reprend connaissance, seule au milieu du chaos. Jan, l’homme qu’elle aime, a disparu. Et elle a lâché la main de l’enfant qu’il lui avait confié.
Au prix d’une difficile anesthésie des sentiments, la jeune journaliste se plonge dans son travail, en équilibre entre information et voyeurisme, quand tous les médias du monde se tournent vers les Philippines.
Recueillir la parole survivante, nouer des liens avec les rescapés, c’est conjurer la mort. Mais un typhon de cette violence ne laisse jamais en paix ceux qu’il a épargnés.

Date de parution : 18/08/2016 / EAN : 9782259249683