La plus précieuse des marchandises, Jean-Claude Grumberg

C’est un conte qui dit la vie, l’amour, l’enfant… C’est un conte indispensable qui dit l’indicible. C’est peut être une Histoire vraie…

La plus précieuse des marchandises c’est la vie. Celle qui est donnée, celle qui est offerte, celle qui part en fumée à l’arrivée des wagons plombés dans les plaines au bout de la forêt, au bout de l’hiver, du froid et de la faim. Dans ces wagons passent hommes et femmes, vieillards et enfants, meurtris, bientôt oubliés du monde quand, à leur arrivée au camp, ils sont triés, puis pour la majorité d’entre eux envoyés à la mort.

Dans ce conte, il y a une grande forêt où chaque jour une vieille bûcheronne regarde ces trains qui passent dans un sens puis dans l’autre, elle rêve de voyages et d’ailleurs. Elle espère elle ne sait quoi, pourtant souvent tombent des trains des petits papiers qu’elle garde, sur lesquels sont écrit ces mots qu’elle ne comprend pas. Jusqu’au jour où tombe du wagon un petit paquet emmailloté dans un châle somptueux tissé de fils d’or.

Dans ce paquet, une petite fille, cadeau du ciel qu’elle va nourrir et élever contre l’avis du bucheron son époux, contre l’avis de la population alentour, avec l’aide de l’homme des forêts, prenant la fuite au péril de sa vie pour la sauver.

Voilà un contenu absolument émouvant pour dire la solution finale, la mort et que l’auteur a voulu rendre universel en choisissant de l’exprimer sous la forme du conte. Pour montrer sans doute aussi qu’au plus noir des hommes il reste parfois un espoir de vie. Ce texte qui parle à chacun de nous, partout, est à la fois sombre et empreint d’une grande humanité. Cette femme qui élève cet enfant qu’on lui refuse, dans ce pays où il était si facile de fermer les yeux face à l’extinction programmée de tout un peuple. Ce père qui va choisir entre ses enfants m’a forcément fait penser au Choix de Sophie, douleur, espoir, culpabilité, tout est dans le geste, celui qui sauve et celui qui condamne, et cependant il y a tant d’espoir dans ces pages.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du prix BFM l’Express

Écrivain et dramaturge, Jean-Claude Grumberg est né à Paris en 1939, dans une famille juive. Il est hanté par l’arrestation, sous ses propres yeux, de son père emmené à Drancy et déporté par le convoi 49, parti pour Auschwitz le 2 mars 1943.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Seuil

Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

Date de parution 10/01/2019 / 12.00 € TTC / 128 pages / EAN 9782021414196

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Romain Gary s’en va-t’en guerre, Laurent Seksik

Cette année les éditions J’ai Lu fêtent leur les 60 ans. C’est l’occasion de découvrir quelques pépites, comme « Romain Gary s’en va-t’en guerre », de Laurent Seksik.

Domi_C_Lire_romain_gary_s_en_va_t_en_guerre_laurent_seksik.jpgToute sa vie Roman Kacew s’est inventé des personnages, les siens d’abord, Emile ou Romain, mais aussi ceux de son père et de sa mère, mis en mots dans ses romans et bien peu fidèles semble-t-il à la réalité.

Le roman de Laurent Seksik se déroule à Wilno pendant deux jours, les 26 et 27 janvier, en 1925, alors que Romain Gary est encore Roman Kacew. A une époque où l’antisémitisme monte doucement mais surement dans le pays et en Europe, où de nombreux juifs se posent la question de partir, mais refusent de croire au pire. Il est construit en alternance de chapitres qui présentent tour à tour sa mère Nina, le jeune Roman, puis son père Arieh. Ils sont les personnages inévitables d’un trio humain fait d’amour et de haine, d’attente et d’espoir, de mensonge et de déception.

Nina est modiste et crée de jolis chapeaux pour les belles dames. C’est une jeune femme divorcée, mère d’un enfant, Joseph, lorsqu’elle épouse contre l’avis de sa belle-famille, Arieh le fourreur. Des années après arrive enfin ce fils tant attendu, Roman, puis la mort atroce de Joseph qui marquera à jamais cette mère. Un jour, Arieh quitte Nina pour Frida, une femme plus jeune, une vie plus sereine, et abandonne sa femme et surtout son fils de onze ans à une solitude incompréhensible pour cet enfant si sensible.

L’auteur nous entraine habilement dans les sentiments, les pensées, les espoirs de chacun, et déroule ces instants de vie qui décident d’un avenir, parfois sans même que l’on en comprenne réellement la portée. Car dans la vie, les couples se défont, parfois la violence s’installe, le désamour et la passion se combattent, et il y a parfois posé au milieu, en équilibre, un enfant qui attend l’amour d’un père, qui s’invente l’amour d’un père, qui espère puis désespère.

Ce n’est pas peu dire que Romain Gary a toujours été poussé par sa mère, qui a toujours cru en lui, et qui a rêvé pour lui qu’il serait célèbre un jour. Mais ici, Laurent Seksik lève le voile sur la part de mystère qui entoure l’auteur de la promesse de l’aube et nous parle essentiellement des années dans le ghetto, de son père, fourreur, mari infidèle, puis de la souffrance et de la solitude du jeune Roman, en attente de l’amour d’un père, qui réinventera celui qui l’a trahi.

Alors bien sûr, au 16 de la rue Grande-Pohulanka, il y a Un certain M. Piekielny, dont nous a également parlé François-Henri Désérable dans son roman paru à la rentrée de septembre 2017. Ce voisin un peu timide et effacé vient acheter à madame Kacew les quelques biens qu’elle tente de vendre en espérant pouvoir fuir au loin. Pour Roman et sa mère, ce sera l’Europe, puis plus tard l’engagement dans l’armée française, oui, mais ça c’est plus tard, beaucoup plus tard.

J’ai aimé ce roman qui me parle d’un personnage que je connais assez peu en fait. L’écriture est intéressante, sans fioritures inutiles, directe et concise, l’auteur réinvente une réalité qui donne corps aux personnages, et m’a vraiment donné envie de découvrir ses autres romans. Alors si vous aussi vous aimez les belles découvertes, un peu ou beaucoup Romain Gary mais aussi les biographies romancées, allez-y, foncez, vous ne le regretterez pas !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : J’ai lu (Flammarion)

Le génie de Romain Gary, c’est sa mère.
Mais le mystère Gary, c’est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.
Laurent Seksik lève le voile sur ce mystère en ressuscitant la véritable figure du père, dans un roman à la fois captivant, bouleversant et drôle, où la fiction fraternise avec la réalité pour cerner la vérité d’un homme.

Paru le 03/01/2018 / Prix 7,80€ / 256 pages – 111 x 178 mm – EAN : 9782290147887