Sangoma, les Damnés de Cape Town, Caryl Férey, Corentin Rouge

Même vingt ans après sa fin annoncée, l’apartheid laisse des traces dans la population d’Afrique du Sud. Les afrikaners propriétaires terriens représentent encore une minorité de la population mais ils détiennent toujours la majorité des terres. Ces terres exploitées depuis des centaines d’années par leurs ancêtres, grâce au travail des esclaves. Si aujourd’hui ce sont des salariés qui travaillent les vignes et les terres agricoles, la famine et les privations sont toujours là, et la révolte gronde parmi ces travailleurs qui réclament la restitution des terres volées à leurs ascendants.

C’est dans ce contexte que l’on découvre l’exploitation viticole de la famille Pienaar. Sam, l’un des ouvriers, est retrouvé mort dans les vignes. L’inspecteur Shane Shepperd, un policier au comportement pour le moins singulier, est chargé de l’enquête.

Mais les langues ont du mal à se délier, surtout quand l’enquête touche aux secrets de famille, aux croyances religieuses et animistes, à la sorcellerie. Shepperd devra s’armer de courage pour affronter les bandes hostiles des township, les secrets des sorciers, les conflits politiques qui gangrènent le pays et les discussions au parlement.

Voici une excellente BD qui allie le scénario de Caryl Ferey, un auteur que j’apprécie pour ses romans, et Corentin Rouge aux dessins. C’est particulièrement réussi, le graphisme, les couleurs vives ou au contraires très emblématiques des paysages de la région, donnent le rythme. Il y a une véritable intensité dans ce récit qui tient les lecteurs en haleine, que l’on connaisse bien ou pas la situation de l’Afrique du Sud à cette l’époque ou même depuis. Une BD tout à fait à l’image des romans de Caryl Ferey, un intérêt historico-politique mêlé à une intrigue haletante.

Catalogue éditeur : Glénat

En Afrique du Sud, une vingtaine d’années après l’Apartheid, les cicatrices laissées par l’ancien système peinent à se refermer. Le racisme n’est plus institutionnalisé mais les inégalités toujours présentes et la population divisée entre les propriétaires blancs et les ouvriers noirs. Dans ce contexte, Sam est retrouvé mort sur les terres de la ferme des Pienaar, ses employeurs. Le lieutenant Shepperd – esprit léger, avisé autant que séducteur et tête brûlée – est chargé de saisir les enjeux qui auront mené au drame.

Scénariste Caryl Férey / Dessinateur Corentin Rouge Paru le 03.11.2021 / 240 x 320 mm / Pages : 152

Une saison blanche et sèche. André Brink

Afrique du Sud dans les années 70. Le monde est séparé en deux parties inégales : les Afrikaners et les noirs. Quand une partie de la population s’éveille, tout n’est pas aussi simple, c’est ce que nous montre André Brink dans son superbe roman « Une saison blanche et sèche »

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Nous suivons le récit d’un éveil, celui de Ben Du Toit, professeur à l’existence banale d’un blanc à cette époque. Existence classique jusqu’au jour où sa vie bascule, où il se rend compte que tout n’est sans doute pas aussi simple, aussi clair, dans le partage du monde et surtout de son pays.

Il va mener une enquête sur les circonstances de la mort de Jonathan et surtout de Gordon, un employé de son école et son fils, circonstances bien confuses et pour lesquelles il va chercher à établir la vérité. Mais rien n’est simple ni évident dans l’Afrique du Sud des années de l’apartheid.
Un roman étonnant, où un simple fait divers, des sentiments très humains et en apparence banals, quotidiens, amènent le lecteur à se poser des questions bien plus profondes sur le drame de ce pays. A replacer l’année où il est paru, un roman très intéressant et particulièrement bien écrit.

à propos de l’auteur :

André Brink avait 79 ans, il s’est éteint hier vendredi, de retour de Belgique où il venait de recevoir un doctorat d’honneur de l’université catholique de Louvain. André Brink était un blanc, afrikaner, descendant d’une famille de colons boers, arrivés en Afrique depuis trois siècles. Ami de Nelson Mandela, défenseur des droits de l’homme noir. 

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Son dernier roman, Philidia, est paru en 2014.

Catalogue éditeur : éditions Stock / Livre de poche

Ben Du Toit est un Afrikaner bien tranquille – un père de famille sans histoire que rien ne distinguerait de ses quatre millions de frères et soeurs bien tranquilles, sûrs d’eux-mêmes et de leur supériorité. Jusqu’au jour où Ben veut savoir. Savoir pourquoi le jeune fils de Gordon, le jardinier noir de l’école où il enseigne, a disparu sans laisser de trace dans les locaux de la police sud-africaine. Savoir pourquoi Gordon va disparaître à son tour, qui cherchait à connaître la vérité sur la mort de son fils. Savoir ce qui se cache sous les versions officielles. Savoir, par exemple, ce qui s’est vraiment passé à Soweto. Savoir au fond ce qu’est la vie de ces millions de Noirs qu’il a côtoyés toute sa vie sans les voir. Mais au pays de l’apartheid, il ne fait pas bon vouloir trop en savoir. Le long de son douloureux chemin de Damas, Ben va peu à peu le découvrir. Et l’amour de Mélanie, engagée dans le même combat que lui, ne le protégera pas de la machine infernale qui s’est mise en marche. Implacablement.
André Brink est né en Afrique du Sud en 1935. Il est professeur de littérature contemporaine à Rhodes University. Toute son œuvre est publiée en France aux Éditions Stock. Une saison blanche et sèche avait été couronné par le Prix Médicis étranger en 1980. Ce roman est aujourd’hui porté à l’écran par Euzhan Palcy, avec parmi les acteurs principaux, Donald Sutherland et Marlon Brando.