L’homme qui arrêta le désert, Yacouba Sawadogo Damien Deville

Quand un homme seul donne de l’espoir à tous

Au Burkina Faso, Yacouba Sawadogo n’est pas un homme ordinaire, même s’il fut un enfant puis un adolescent comme les autres. Né dans les années 50 il a grandi au village et à suivi les conseils avisés de son père pour apprendre à cultiver la terre.

Mais un jour, la terre s’est asséchée et les villageois sont partis à la ville, la faim et la misère étant la seule issue s’ils restaient dans leur village. Yacouba Sawadogo n’a pas fait comme eux.

Enfant, l’école coranique a été sa seule éducation, c’est dire s’il manquait d’outils pour s’engager dans la vie et tenir son échoppe. Il a bénéficié du soutien des cheikhs, qui donnent de sages conseils et aident à trouver la bonne ligne de conduite, œuvrent à perpétuer les tontines et sont garants de paix sociale. Si elle s’avère incomplète pour armer les élèves pour affronter les difficultés de leur vie future, c’est cependant son éducation Coranique et la force de la parole de l’islam qui l’ont aidé lorsque le temps est venu de prendre sa vie en main, et de creuser, de planter, encore et encore. À la richesse éventuelle il a choisi les arbres, réconciliant la nature et la culture pour sauver ses terres de la sécheresse et de la catastrophe annoncées.

C’est son histoire qui nous est racontée ici. Preuve s’il en est que l’œuvre d’un seul homme peut parfois compter bien plus que celle de toute une communauté quand sa finalité est la sauvegarde de la vie et que son action va dans cet unique but.

Usant de techniques ancestrales comme le zaï, qui consiste entre autre à creuser des trous à une certaine distance les uns des autres, trous que l’on arrose et que l’on nourrit régulièrement avant d’y mettre les jeunes plans, mais aussi former des murets de pierres, utiliser la nature dans sa diversité, ici même les termites ont leur place, autant d’éléments qui ont permis le succès de son action. En plantant les arbres, Yacouba a modifié le climat de son territoire.

Un livre intéressant car il nous permet de comprendre la difficulté de vivre lorsque l’ont est un paysan dans ces villages et la puissance de la volonté et du sens humain de certains hommes capables de relever de tels défis.. Il nous montre les changements dus tant au climat qu’à la mondialisation, achat de terre par l’Asie et monoculture étant parmi les effets le plus délétères. Mais aussi l’importance de la religion, Islam étant prépondérant mais subsiste toujours la religion Animiste.

Catalogue éditeur : Éditions Tana

Depuis le Burkina Faso, aux confins des dunes sahariennes, une voix inspirante s’élève : celle de Yacouba Sawadogo. Lauréat du Right Livelihood Award, prix Nobel alternatif, il consacre sa vie à planter des arbres aux portes du désert.
Alors que tout semblait perdu, qu’au début des années 1980, une grande sécheresse décimait les troupeaux et contraignait les familles à l’exil, Yacouba a fait le choix de retourner à la terre. En réinventant la méthode ancestrale du zaï, en renouant avec les héritages de sa propre lignée familiale, les « faiseurs de pluie », et en défrichant les chemins d’une quête spirituelle, il a ressuscité la vie. Les familles se sont réinstallées, les champs ont retrouvé leur fertilité, et l’antilope, le hérisson et l’oiseau ont repris leurs quartiers : le village de Yacouba est redevenu un monde de relations, une oasis verdoyante, une terre de poésie et de partage. …

Date de parution : 20/01/2022 / 15.90 € / EAN : 9791030103977 / Pages : 144

Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay

Quand la Seine éclabousse de ses extravagances la vie rangée d’une famille pas ordinaire

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C’est prévu, organisé, tout est bouclé, c’est à Paris que la famille Malegarde se retrouve pour fêter les soixante-dix ans de Paul, le patriarche… Enfin, la famille pas vraiment, plutôt le cercle restreint des intimes, Paul et Lauren, Linden et Tillia, les deux enfants qui ont pourtant quitté le nid familial depuis de nombreuses années et fondé leurs propres familles. Pas de pièce rapportée pour cet anniversaire, seuls sont admis les intimes.
Paul est un amoureux des arbres à qui il a consacré sa vie, parlant peu, parcourant le monde pour sauver telle ou telle essence rare ou tel arbre multi centenaire qu’il ne faut surtout pas abattre. Il est mondialement connu, et pourtant sa vie s’écoule la plupart du temps paisiblement sur son domaine du sud de la France.

En ce printemps pluvieux, il arrive à Paris avec sa femme Lauren, une américaine qui presque quarante ans plus tôt est tombée instantanément amoureuse de cet homme rêveur et solitaire et ne l’a plus jamais quitté. Leur fils Linden débarque des États Unis, quand Tillia arrive de Londres où elle a laissé sa fille et son alcoolique de mari. Retrouvailles idylliques d’une famille unie sans histoire ? Peut-être pas, car tout n’est pas si évident dans la famille Malegarde. Et si comme d’habitude Lauren a tout organisé, repas, visites, balades, rien ne va se passer comme prévu, surtout lorsque Paul va avoir une crise cardiaque lors de son dîner d’anniversaire.

A partir de ce moment-là, la Seine qui monte et les pluies incessantes vont prendre le dessus sur le rythme de la ville, de la famille, et contraindre chacun à envisager les choses autrement. Aller voir son père à l’hôpital, quand après un très grave accident Tillia ne peut même plus y mettre ne serait-ce qu’un pied ? Parler à son père de l’homme de sa vie, quand malgré les années on n’a jamais été capable de lui avouer son homosexualité ?  Comprendre sa mère quand celle-ci vous a rejeté et que le dialogue est si difficile ? Accepter ou rejeter ce mari alcoolique quand on ne peut pas accepter non plus sa  propre image ? Chacun va devoir se remettre en question, avancer dans ses douleurs, ses questionnements, ses secrets inavoués et pourtant sans doute tellement avouables.
Et puis, l’image un père, la relation avec la mère, qui évoluent avec l’âge, les douleurs et les secrets de l’enfance, la fuite de Linden vers Paris puis les Etats Unis où il est peut-être plus facile de s’affirmer gay, là où le regard des autres ne fait sans doute pas aussi mal. Mais les secrets et les aveux sont parfois difficiles à dire, même s’ils sont tellement libérateurs. Une immense psychothérapie familiale portée par la vague en quelque sorte…

Si tout au long du roman la pluie tombe sans cesse, pour noyer les sentiments, les personnages, les espoirs, si la crue menace, si la ville est sous le choc d’une évacuation et d’une situation catastrophique, ne faut-il pas malgré tout garder espoir ? Dans cette famille désunie et pourtant soudée, la crue joue le rôle de ciment et la nature, omniprésente, se rappelle à nos existences.
Pourtant, je dois avouer que je n’ai pas retrouvé ce qui faisait pour moi la force et le style de Tatiana de Rosnay. De Elle s’appelait Sarah à Rose par exemple… peut-être me suis-je laissée emporter par la vague, trop présente, par les flots dévastateurs et la pluie omniprésente qui m’ont privée du petit moment de grâce qui aurait fait de ce roman un excellent souvenir. C’est une lecture agréable cependant. A conseiller à tous les amoureux de cet auteur, et à tous ceux qui se posent des questions sur le retour de la crue centennale sans doute ! Car si l’intrigue est réellement romanesque, les évènements et leur déroulé sont largement expliqués, détaillés, et le lecteur sent le véritable travail de recherche qu’a effectué l’auteur, de quoi se rassurer, ou pas…

Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Rien n’empêchera les Malegarde de se retrouver à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, arboriste à la réputation mondiale, pas même les pluies diluviennes qui s’abattent sur la Ville Lumière. La crue redoutée de la Seine est pourtant loin d’être la seule menace qui pèse sur la famille.

Comment se protéger lorsque toutes les digues cèdent et que l’on est submergé ? Face au péril, parents et enfants devront s’avouer ce qu’ils s’étaient toujours caché. Tandis qu’en miroir du fleuve les sentiments débordent, le drame monte en crescendo, démultipliant l’intensité des révélations.

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff / 368 pages | 22€ / Paru le 1 mars 2018 / ISBN : 978-2-35087-442-5 / Photo de couverture © Roberta Tancredi (Artetetra)