Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse

Une femme, Vivian Maier, une passion, la photographie, et le talent de Gaëlle Josse pour les rassembler ici

Quel mystère s’abrite derrière ces montagnes de rouleaux de pellicules et de photos découverts dans un garde meuble de la banlieue de Chicago  et qui sont vendus aux enchères en 2007 ? C’est ce que cherche à savoir John Maloof, ce jeune agent immobilier qui vient d’acquérir l’un des lots pour quatre cent dollars. Il y a là des milliers de photos, de pellicules, de films, des milliers de planche- contact.

A force de recherche, de temps passé à présenter quelques photos sur les sites de collectionneurs, et grâce à un nom tout juste esquissé sur une enveloppe, il remonte jusqu’à Vivian Maier.

Elle était nurse, vient de décéder à quatre-vingt-trois ans, dans l’anonymat le plus complet et dans la misère. Trois des enfants dont elle s’est occupée dans sa carrière se sont chargé de ses funérailles. Un début de piste pour Maloof dans cette chasse au trésor qui va lui permettre de faire naitre aux yeux du monde cette grande photographe au talent indiscutable. Pourtant de son vivant elle a vu très peu de ses propres photos, car développer de l’argentique coûtait particulièrement cher, elle ne pouvait se le permettre.

Originaire d’une vallée des Hautes-Alpes, Eugénie, sa  grand-mère, est fille mère. En 1901, elle abandonne sa fille Maria et part pour l’Amérique. Maria va la rejoindre des années plus tard, puis épouser Charles Von Mayer, ou Meyer, ou Maier, qu’importent le nom et la particule pourvu qu’on soit accepté en Amérique. Un mariage et un couple bancal, la petite Vivian et son frère Carl vont pousser auprès de leur mère. Alcool, violences, rupture, rien ne sera épargné à Maria qui tente dans le mensonge et les affabulations de se créer un passé plus glorieux. Les enfants suivent tant bien que mal, Carl va mal tourner, Vivian va s’en sortir et quitter le foyer familial rapidement. Toute sa vie elle sera accompagnée par ses grands-mères qui tentent de suppléer  aux manques de Maria.

Vivian a une enfance bien peu sereine, entre France et États-Unis, puis retour vers le nouveau monde où elle passera une vie bien solitaire et exercera  le métier de nurse pour enfants. Une activité qui lui laissera toute latitude et opportunité de photographier à satiété tout ce qui l’entoure, hommes, femmes, enfants, rues, paysages, le quotidien d’une Amérique ordinaire mais qui devient passionnante sous son regard affuté.

Le roman-biographie de Gaëlle Josse est une belle réussite. S’il est parfois un peu froid car factuel, il est  toujours empathique, émouvant et sincère. On y sent toute l’ambiguïté et la tristesse d’une vie que l’on imagine en partie manquée, malgré cette passion pour la photographie assouvie pour ce qui est de se promener en permanence l’œil aux aguets et l’appareil en bandoulière. Et on est désolé de savoir qu’elle n’aura pas pu voir son fabuleux travail pendant ses dernières  années.

J’avais pu voir l’exposition des photos de Vivian Maier à la Tabakalera à San Sebastien, en Espagne, juste après l’exposition du Jeu de Paume à Paris ; j’avais été séduite par ces regards, ces visages, ces scènes de vie si intimes, parfois froides, prises sur le vif. Elle savait photographier la vie, la vraie. On est loin des studios et des poses.  Et ces autoportraits si décalés, cette façon de cadrer en dehors du cadre.

Finding Vivian Maier  John Maloof y Charlie Siskel, EUA, 2013

Site Vivian Maier

De Gaëlle Josse, on ne manquera pas de lire également Une longue impatience et L’ombre de nos nuits dont je vous avais déjà parlé ici.

Catalogue éditeur : Les éditions Noir sur blanc Notabilia

Dix ans après la mort de Vivian Maier, Gaëlle Josse nous livre le roman d’une vie, un portrait d’une rare empathie, d’une rare acuité sur ce destin troublant, hors norme, dont la gloire est désormais aussi éclatante que sa vie fut obscure.

Date de parution : 07/03/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 160 p., 14,00€ / ISBN 978-2-88250-568-2

A la rencontre de Christiana Moreau

Christiana Moreau nous entraine des steppes de Mongolie aux collines de Prato, à travers le destin de trois femmes liées par un fil de Cachemire rouge

Bonjour Christiana, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.
Je vous avais découverte avec votre premier roman, La sonate oubliée, qui se déroulait essentiellement en Italie. Avec celui-ci, vous avez changé de continent pour nous faire voyager jusqu’en Mongolie intérieure, dans le sillage d’une jeune fille et d’un magnifique pull de Cachemire rouge qui nous ramène une fois encore en Italie.

A propos du roman :

J’ai beaucoup aimé ce roman et je me suis attachée à vos personnages. A l’instar du roman La tresse, on y retrouve l’amitié féminine, la force et le courage des femmes, mais aussi le lien parfois invisible qu’il peut y avoir entre ces femmes. Est-ce un point qui vous paraissait important ? Est-ce réaliste ou au contraire pas nécessairement, mais important pour passer votre message (s’il y en a un !)

J’avais envie d’écrire une belle histoire d’amitié qui est une force dans les moments difficiles de l’existence. L’amitié entre Bolormaa et XiaoLi, mais aussi entre Alessandra et Giulia qui sont le pendant européen des deux héroïnes principales, est source de réconfort et de courage dans l’adversité. Je n’ai pas voulu de prime abord faire passer un message même si je l’ai peut-être fait inconsciemment au fil des pages. Je pense que lorsqu’on traverse de telles épreuves à deux on doit se sentir soudées par un lien très fort.

Le point de départ est la Mongolie intérieure, vos descriptions des Steppes et des paysages donnent vraiment envie d’y partir. Comment vous est venue l’envie d’initier ce roman là-bas ? Avez-vous eu besoin d’y aller pour écrire ce roman ? Comment faites-vous vos recherches avant d’écrire ?

Je n’avais pas l’idée de la Mongolie quand j’ai commencé à écrire. Je voulais parler de Prato et de son chinatown. J’avais d’ailleurs débuté l’histoire par le chapitre 13 et je réfléchissais à un lien entre la chine et Prato pour bâtir un récit. De recherche en recherche, de fil en aiguille, la Mongolie-Intérieure (qui est une province chinoise contrairement à la Mongolie) s’est imposée comme trait d’union. Je n’y suis pas allée hélas, j’ai recueilli des témoignages de personnes qui y ont séjourné, j’ai lu beaucoup, regardé des reportages et… passé un week-end dans une yourte… en France ! 😊 Et si je ne suis jamais allée en Mongolie, j’ai passé une semaine à Prato et j’ai fait le voyage en train en Russie…

La tradition nomade de Mongolie se perd. Mais il m’a semblé qu’elle est importante à vos yeux. Est-ce pour la transmission, pour perpétuer les traditions ancestrales, ou parce qu’elle est l’essence même d’une population qui aujourd’hui doit émigrer et s’intégrer au risque de perdre ses racines ?

C’est tout cela à la fois.

Bolormaa a eu la chance de suivre un minimum d’études, parce que ses parents ont compris l’importance de l’éducation des filles. Est-ce également le cas pour les jeunes filles de ce pays aujourd’hui ?

Oui souvent, mais toutes n’ont pas eu la chance de pouvoir apprendre dans des yourtes-écoles qui suivent les nomades. La plupart sont envoyées dans des pensionnats à la ville et ne rentrent chez leurs parents qu’une fois par an. Aujourd’hui, elles veulent presque toutes faire des études.

Lorsque Bolormaa arrive en chine, elle se lie d’amitié avec XiaoLi, une autre jeune fille. J’ai trouvé intéressant la relation entre ces deux jeunes filles, l’entre-aide, le soutien, le partage des connaissances pour essayer de s’en sortir. Pensez-vous que ce soit possible dans ce milieu qui semble si hostile, ou hélas utopiste mais indispensable pour l’équilibre du roman ?

Dans tous les endroits hostiles, il y a toujours de belles personnes qui voient plus loin que la noirceur, qui ont dans le cœur une petite lumière. Ça se vérifie dans toutes les situations extrêmes ou de crises.

Le monde du cachemire est, il me semble, étroitement lié à la Chine, à la mafia, aux ateliers clandestins. Pour écrire ce roman, avez-vous eu la possibilité de rencontrer, de connaitre la façon de travailler de ce milieu ?

Quand j’ai commencé ce roman, je ne connaissais pas grand-chose du cachemire sinon que c’était une matière belle, précieuse et agréable à porter. J’ai donc fait beaucoup de recherches sur sa fabrication et j’ai découvert tout ce que cela impliquait en trafics louches, mondialisation et problèmes écologiques.

Ces ateliers sont de véritables lieux d’esclavage moderne, savez-vous ce qu’il en est aujourd’hui ? Je crois qu’il y a eu réellement des incendies terribles dans ces ateliers, j’imagine que cela a pu être un élément déclencheur pour votre créativité ? Faire savoir, diffuser, pour que cela cesse enfin un jour ?

J’ai décrit l’incendie de l’atelier de Bolormaa à partir d’un fait divers réel que j’avais lu dans le journal « L’Unità » et qui avait interpellé les politiques, mais hélas, ce genre d’accident n’est pas isolé, car les clandestins fument dans les dortoirs et cuisinent comme ils le peuvent au milieu des tas de vêtements qu’ils fabriquent.

Et qu’en est-il de l’Italie ? Vous m‘avez fait découvrir Prato autrement que par la vie des peintres de la renaissance italienne, ici nous sommes loin des ateliers de Filippo Lippi ! Mais la création semble être toujours présente, bien que cannibalisée par la Chine. Est-ce un risque pour le pays ?

Les Chinois se sont installés dans les ateliers de filature et de confection qui avaient été abandonnés par les Italiens qui n’ont pas su s’adapter à la crise du textile et des nouvelles technologies. Bien que les Italiens aient vu arriver cette main-d’œuvre bon marché d’un mauvais œil, ils craignent aujourd’hui que les Chinois ne repartent chez eux ou dans un autre pays d’Europe de l’Est. C’est toute une économie qui s’est créée autour de ce chinatown qui s’écroulerait et laisserait la ville encore plus sinistrée s’ils s’en allaient.

Ce roman poursuit sa route, et cela fait plaisir aux nouveaux lecteurs dont je fais partie. Est-il toujours présent en vous ou êtes-vous déjà passée au suivant ?

Je dois dire que je n’y pense plus guère, car j’en ai écrit trois depuis et d’autres personnages ont pris le relais dans ma tête.

Et aujourd’hui ?

Nous venons de vivre une période entre parenthèses qui n’est d’ailleurs pas vraiment terminée. Mais comment l’avez-vous vécue ?

Je l’ai vécue pas trop mal. J’ai la chance d’avoir un jardin et d’habiter à côté d’une forêt. Je n’ai pas modifié grand-chose à ma façon de vivre, car je sors peu. Je passe mes journées à écrire ou sculpter, jardiner, cuisiner et ça ne changeait guère mon emploi du temps. Évidemment, les amis, les enfants, le cinéma et le théâtre de temps en temps, la chorale dans laquelle je chante commencent à me manquer.

Vous êtes écrivain, mais également, artiste, avez-vous eu envie de poursuivre la création pendant ce confinement, et si oui, quelle création, sculpture, écriture, les deux ?

Je n’ai pas écrit de roman, je n’avais pas la tête à cela et puis ce que j’aurais pu raconter me semblait faux, obsolète et à côté de la plaque. J’ai quand même tenu un journal du confinement, car il me semblait qu’il fallait garder une trace de cet évènement extraordinaire. J’ai aussi réalisé quelques sculptures.

De nombreux romans voient leur parution reportée, la période est difficile et je crois avoir vu que c’est également le cas pour le vôtre. Il me semble que cela doit être difficile après de longs mois de création, de devoir attendre. Mais que voulez-vous ou pouvez-vous nous en dire ?

Oui, c’est peut-être ce qui est le plus difficile. Le report de la publication de mon roman qui devait sortir en octobre 2020 à juin 2021 ! Parfois, je me demande comment je vais pouvoir attendre jusque-là… mais tout le monde est dans le même cas. C’est encore plus ennuyeux pour les auteurs qui avaient publié en février/mars et qui n’ont pas pu avoir de promo.

Quel lecteur, ou plutôt quelle lectrice êtes-vous ?

Avez-vous eu envie de lire ces dernières semaines ? Et si oui, quels romans avez-vous aimé ?

J’ai lu beaucoup ces dernières semaines. Quand j’écris, je ne lis pas pour ne pas être influencée ou perturbée par le style des autres romanciers alors j’en ai profité pour découvrir des écrivains et des livres dont on parlait sur les blogs.

Et dans tous les cas, quel roman aimeriez-vous nous conseiller ?

Par exemple, un auteur belge, j’en ai lu beaucoup ces derniers temps.

  • Lize Spit : Débâcle
  • Armel Job : La disparue de l’île Monsin
  • Jacquelin Harpman : La plage d’Ostende
  • Barbara Abel : Et les vivants autour
  • Marcel Sel : Rosa
  • Dominique Van Cotthem : Le sang d’une autre
  • Isabelle Wéry : Poney flottant

Un grand merci Christiana d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Avec plaisir.

Si vous ne les connaissez pas encore, retrouvez mes chroniques de La sonate oubliée et de Cachemire rouge.

Le temps découvre la liberté, Mathieu Terence

Retrouver la vie à travers la beauté et l’art, émouvant essai sur Le Bernin, artiste majeur du XVIIe siècle

Cet essai de Mathieu Terence est un étonnant mélange de genre, à la fois carnet de route, pensées personnelles, retour à la vie, puis ode à la beauté de ce magnifique artiste qu’était Le Bernin et dont on admire de très nombreuses œuvres à Rome.

Mathieu Terence choisi en particulier « Le temps découvre la liberté » réalisée par l’artiste en 1646 et qui donne son titre à ce livre. A la suite d’un deuil, l’auteur se penche sur cette œuvre précise du Bernin à un moment où il est enclin à penser que le temps et la vérité sont consubstantiels… Il lui faut du temps, mais la vérité finit toujours par l’emporter. Ce sera aussi pour lui un retour à la vie, après la perte de l’être aimé. L’art sauveur des âmes en peine, l’art source de sérénité, l’art conquérant, l’art réparateur.

A la fois poète et rêveur, historien et écrivain, passionné et philosophe, l’auteur nous entraîne dans ses pensées et nous fait découvrir de façon tout à fait originale et très personnelle la vie et les œuvres du Bernin. Ce grand maître de l’art baroque était à la fois sculpteur, architecte (qui ne connaît pas la place de Saint Pierre de Rome en particulier) et peintre. Son œuvre a traversé les siècles, et Mathieu Terence nous la rappelle ici à travers ces courts chapitres qui ponctuent son voyage dans le temps et l’espace.

Du même auteur, retrouvez également ma chronique du roman Le talisman

Catalogue éditeur : Grasset

En 1646, Le Bernin dessine une esquisse intitulée Le Temps découvre la Vérité. Trois siècles plus tard, Mathieu Terence part à la rencontre de cette œuvre et de son auteur, grand maître de l’art baroque, sculpteur, architecte et peintre italien, dont l’œuvre énergique traverse les siècles pour nous parler d’aujourd’hui. Ni biographie, ni essai d’art, ce récit composé de courts chapitres retrace, au galop, les soixante-dix ans d’activité du Cavalier pour nous donner à voir et à comprendre la fougue et l’esprit d’un artiste qui célèbre le divin en offrant à toutes et à tous des œuvres ivres de force et de volupté. Manifeste contre un monde uniforme, hymne à l’exubérance et au courage, carnet de voyage dans le temps, réflexion sur la vérité à l’heure où le règne du Faux ne cesse de s’étendre, ce livre est, aussi, le témoignage d’un retour à la vie après la mort de l’aimée. Profondément singulier, il est tout entier taillé comme une sculpture baroque.

Mathieu Terence auteur d’essais, de romans, et de poésies nous livre ici un texte libérateur, et contagieux qui contribue à affirmer encore son éclectisme.

Parution : 5 Février 2020 / 130 x 205 mm / Pages : 144 / EAN : 9782246823230  Prix : 16.00€ / EAN numérique : 9782246823247 Prix numérique : 10.99€

Une leçon de ténèbres, Léonor de Recondo

Dans  « Une leçon de ténèbres » Léonor de Recondo nous entraine pour une nuit magique dans le musée de Tolède consacré au peintre Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco

Quel rapport  entre un peintre né en 1521 et Léonor de Recondo ?
Quel rapport entre Tolède et Paris ?
Entre la peinture et le violon ?

Tout simplement une rencontre magique…
Comme le dernier livre de Léonor de Recondo
Comme passer une nuit seule dans un musée
Comme le bonheur de découvrir  Tolède au mois de juin sous une chaleur caniculaire, entrer dans la maison musée du peintre El Greco, rencontrer puis oublier les gardiens du musée, le lit de camps sur lequel on va peut-être dormir, et aller à la rencontre du maitre et contempler ses œuvres seule, sans la foule des touristes, sans les amoureux du peintre et tous ceux qui viennent pour le découvrir sans le connaitre
Comme le bonheur d’avoir toute une nuit pour aller à sa rencontre.

Dans  Une leçon de ténèbres Léonor de Recondo nous fait passer une nuit magique dans le musée de Tolède où se trouvent les œuvres de Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco.

Celle qui connait bien ses œuvres si singulières dans leurs formes, leurs thèmes, leurs couleurs, et cette façon qu’à l’artiste de restituer sur la toiles des personnages presque irréels mais qui procurent tant de bonheur à ceux qui les découvrent, part à la rencontre du maitre qu’elle admire. Des années après la visite faite avec ses parents, elle revient seule dans ce musée et son but est d’entrer en communion avec El Greco, que les deux artistes se retrouvent là, par-delà le temps, par-delà les siècles. Le peintre que les visiteurs ont pu admirer lors de l’exposition proposée cet hiver par Le Grand Palais devient le partenaire d’une nuit de passion amoureuse, la passion de l’art et de la beauté, de l’absolu vers lequel tendent tous les artistes à travers les âges.

Alternent tout au long du roman les souvenirs personnels de l’auteur et la vie du peintre, non pas comme une biographie, mais bien comme une rencontre. De ces rencontres que l’on fait à travers le  temps avec ceux que l’on aime, ceux à qui ont voue une admiration inconditionnelle.

Merci Léonor de Recondo de nous enchanter avec ces mots, ces images, cette poésie et cette si belle humanité que l’on ressent au fil de pages, de roman en roman.
Une belle idée cette collection « une nuit au musée » dirigée par Alina Gurdiel

Retrouvez également l’article sur l’exposition El Greco au Grand Palais

Du même auteur, lire également Manisfesto et Amours

Catalogue éditeur : Stock

Leçon de Ténèbres : « Genre musical français du XVIIe qui accompagne les offices des ténèbres pour voix et basse continue. Se jouait donc la nuit à l’Église, les jeudi, vendredi et samedi saints. »

Le Musée Greco à Tolède n’est certes pas une Église, et Léonor de Recondo, quoique violoniste, n’y va pas pour jouer, dans cette nuit affolante de chaleur, de désir rentré, de beauté fulgurante, mais pour rencontrer, enfin, le peintre qu’elle admire, Dominikos Theotokopoulos, dit le Greco, l’un des artistes les plus originaux du XVIe siècle, le fondateur de l’école Espagnole.
Oui, Léonor doit le rencontrer et passer une nuit entière avec lui, dans ce musée surchauffée et ombreux, qui fut sa maison. Le Greco doit quitter sa Candie, natale, en Crète et traverser Venise, Rome et Madrid, où il fut de ces peintres-errants, au service de l’Église et des puissants du temps. Mais Le Greco est mort en 1614 à Tolède. Viendra-t-il au rendez-vous ?

Prix : 18 € / 200 pages ; 18,5 x 12,2 cm / ISBN 978-2-234-08883-2 / Parution 08/01/2020

Degas à l’Opéra, musée d’Orsay

Degas était-il hanté par l’Opéra ? Une belle exposition toute en grâce et mouvement à voir au musée d’Orsay

Edgar de Gas (1834/1917) peintre et sculpteur, est un homme qui sort beaucoup et observe, même si ensuite il réalise la plus grande partie de ses œuvres dans son atelier. Pendant quasiment toute sa carrière d’artiste, il a peint les danseuses et le mouvement, avec leurs gestes répétés à l’envi, les répétitions ou les ballets, les leçons de danse et les arrières salles où se donnent ces leçons, souvent aussi l’orchestre, les musiciens et leurs instruments.

Degas est d’abord un habitué de la salle Le Pelletier, puis à la suite de l’incendie de celle-ci en 1873 et la construction du nouvel opéra par Garnier, de celle que l’on connait aujourd’hui, le Palais Garnier inauguré en 1875.

Il y a ses entrées dès les années 1870 grâce à son ami Ludovic Halèvy. Il assiste à des centaines de représentations, passe régulièrement en coulisse ou dans le foyer de la danse. Et pourtant, il peint rarement les véritables salles de l’opéra.
Ses toiles sont essentiellement des compositions de personnages et de mouvements réalisées le plus souvent dans son atelier.
Il a parfois un cadrage décalé que je trouve résolument moderne comme pour ses musiciens placés sur le devant du tableau, les ballerines apparaissant au second plan, seulement reconnaissables à l’alignement de leurs jambes et tutus. Ou encore pour Le rideau.Mais aussi dans le mouvement, la ligne de fuite des séries de danseuses dans des tableaux en long.

Il répète indéfiniment les mêmes sujets, danseuses, expression du corps, équilibre, mouvement, comme pour les chevaux qu’il peint aussi beaucoup.

Même si le musée d’Orsay avait déjà exposé Degas et la danse il y a peu, là encore, de nombreuses toiles, pastels, dessins, et quelques sculptures attendent les visiteurs jusqu’au 19 janvier.

Et pour compléter la visite, pourquoi ne pas lire également le très beau roman La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens.

Où : au musée d’Orsay 1 rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris 7e

Quoi : Sur toute sa carrière, de ses débuts dans les années 1860 jusqu’à ses œuvres ultimes au-delà de 1900, Degas a fait de l’Opéra le point central de ses travaux, sa « chambre à lui ». Il en explore les divers espaces – salle et scène, loges, foyer, salle de danse -, s’attache à ceux qui les peuplent, danseuses, chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnés en habit noir hantant les coulisses. Cet univers clos est un microcosme aux infinies possibilités et permet toutes les expérimentations : multiplicité des points de vue, contraste des éclairages, étude du mouvement et de la vérité du geste.
Aucune exposition jusqu’ici n’a envisagé l’Opéra globalement, étudiant tout à la fois le lien passionné que Degas avait avec cette maison, ses goûts musicaux, mais aussi les infinies ressources de cette merveilleuse « boîte à outils ». A travers l’œuvre d’un immense artiste, le portrait de l’Opéra de Paris au XIXe siècle.

Quand : 24 septembre 2019 – 19 janvier 2020

Exposition organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et la National Gallery of Art, Washington où elle sera présentée du 1er mars au 5 juillet 2020, à l’occasion du trois cent cinquantième anniversaire de l’Opéra de Paris.

Rien n’est noir, Claire Berest

Claire Berest met en mots et en couleurs Frida Kahlo et sa fureur de vive et d’aimer dans un corps cabossé

J’aime l’artiste Frida Kahlo depuis longtemps. Pourtant, les premières fois où j’ai vu ses tableaux, sans connaitre son histoire, j’étais quelque peu perplexe face à la violence qui émane de certaines œuvres. Mais après avoir lu de nombreux articles, vu différentes expositions tant sur ses œuvres que sur celles de Diego Rivera, à Paris et à New York, j’ai apprivoisée l’image que véhicule ce personnage hors du commun.

C’est un vrai bonheur de lire ce roman, qu’on aime Frida ou pas d’ailleurs. Car Claire Berest fait revivre avec talent cette jeune femme passionnée au destin incroyable, dans le Mexique du XXe siècle.

Partant des couleurs qui ont illuminé sa vie, l’auteur nous raconte avec ses mots vibrants, lumineux ou sombres, l’enfance, la jeunesse, l’accident terrible qui laisse Frida brisée, au propre comme au figuré, avec pour seul horizon le mur d’une chambre d’hôpital. Assouvissant son désir de fuir les limites de la chambre et du corps, elle commence à peindre. Puis vient son mariage avec Diego Rivera, cet artiste bien plus âgé qu’elle, sur lequel elle avait jeté son dévolu, décidant qu’il serait son mari. Cet homme qu’elle a aimé avec une fureur et un absolu qui laisse pantois. Les années de bonheur, de souffrance, la douleur du corps qui inflige de longues séances de torture à cette femme au caractère si fort. Malgré les consignes des médecins qui la soignent au fil des ans, elle essaiera à plusieurs reprises d’avoir des enfants, au risque d’y perdre la vie.

Brulant sa vie par tous les bouts possibles, avec rage, violence, passion, Frida sait que son temps est fragile. Elle a vu la mort de près, a connu l’abandon par son premier amour, la déchéance du corps mutilé, puis l’amour absolu, et va tout faire pour vivre à 1000 à l’heure. Alors elle peint. Des autoportraits parfois choquants tant la douleur transparait, des doubles abandonnés, l’amour, l’abandon, le chaos, l’enfant qui ne viendra pas, la mort qui rôde si près de la vie. Avec son rire jaune après l’abandon et l’accident, sa peur bleue de perdre Diego, ou lorsqu’elle voit rouge de ses infidélités et de sa soif de vivre loin d‘elle, mais toujours parée des couleurs et des costumes typiques de sa région du Mexique, Frida, personnalité hors du commun, nous en fait voir de toutes les couleurs.

Claire Berest la fait vivre, souffrir, aimer, douter, et nous fait ressentir la fascination de ce couple atypique bouleversant de passion. Par ses mots et ses couleurs, Frida se dévoile peu à peu et se laisse aimer.

Du même auteur, j’avais aussi aimé Gabriële le roman écrit avec sa sœur Anne, dont on peut lire mon billet ici.

Catalogue éditeur : Stock

À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.

Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.

Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.

Claire Berest publie son premier roman Mikado à 27 ans. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La Lutte des classes, pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs. En 2017, elle écrit Gabriële avec Anne Berest qui fut un grand succès.

Parution : 21/08/2019 / Collection : La Bleue / 250 pages / Format : 137 x 220 mm / EAN : 9782234086180 / Prix : 19.50 €

Samuel Beckett, le plus beau visage du XXe siècle, Tullio Pericoli

Pour les 30 ans de la mort de Samuel Beckett, l’artiste italien Tullio Pericoli s’expose à la galerie Gallimard

L’artiste a une passion tant pour l’œuvre que pour le visage de Samuel Beckett, qui est selon lui le plus beau visage du XX° siècle.

Tullio Pericoli est un artiste peintre né en Italie en 1936. Il a réalisé une centaine de portraits de l’écrivain, bien qu’il en l’ait jamais rencontré et se base toujours sur le fonds de photos disponible dans les différentes archives.

A ma question, pourquoi seulement des portraits de l’écrivain âgé, Tullio Pericoli m’a répondu une évidence : pour trouver sur ce visage les traces d’une vie, d’une passion, de tout ce qui fait l’homme et l’artiste. Les sillons, les rides, les expressions du visage, voilà ce qu’il recherche, et ce qu’il rend de façon incroyablement pertinente.

« Beckett est l’écrivain que j’ai le plus peint et dessiné. C’est même devenu une obsession. Son visage me fascine. J’y vois une sorte de mystère, je scrute les rides, les marques ; c’est comme si le temps s’était mis à raconter tout ce qu’il avait pensé et vécu. »

J’ai particulièrement aimé les peintures, huiles sur toile ou sur bois, colorées ou ton sur ton, mais aussi de très expressifs dessins au fusain ou les aquarelles sur papier.

Allez-y, rencontrez Samuel Beckett, il vous regarde, mutique et secret, et qui sait si comme moi en sortant vous n’aurez pas envie de le relire !

Exposition vente à l’occasion des 30 ans de la mort de Samuel Beckett
Quand : Jusqu’au 30 Novembre 2019
Où : Galerie Gallimard au 30/32 rue de l’université Paris 7

Barbara, roman ; Julie Bonnie

De la petite fille à la longue dame brune, Julie Bonnie nous entraine dans le sillage de Monique Serf, celle qui deviendra Barbara.

photo couverture du roman Barbara, roman, éditions pocket

Barbara n’a pas toujours été cette femme à la silhouette longiligne et à la voix si caractéristique dont chacun d’entre nous a au moins une ou deux chansons en tête. De il pleut sur Nantes à l’aigle noir, deux titres et des paroles qui, si on n’en connaissait pas la genèse, prennent ici toute leur force, celle qui enfant jouait du piano sur une feuille de papier vite pliée et cachée, a poursuivi toute sa vie une obsession, la musique. Elle se rêve pianiste (rêve anéanti par une mauvaise opération à la main qui l’a handicapée à un doigt), puis se tourne vers le chant, quand elle comprend enfin qu’elle a un timbre de voix particulier.

Il y a d’abord la famille, une mère au foyer qui met au monde des enfants les uns après les autres, en silence et en soumission. Un père perpétuellement absent et fauché. Puis ce père qui vient la retrouver le soir dans son lit de petite fille, cet aigle noir effrayant qui la tient en lui déclarant son amour inconditionnel et secret. Une grand-mère qu’elle adore et qui lui dit de jouer du piano sur cette feuille de papier qui la sauve en lui permettant de matérialiser ainsi ce rêve fou. L’école, où une Monique qui ne rêve que de musique s’envole au loin sans rien retenir. Puis les fuites des enfants cachés et séparés de la famille, car juif pendant la guerre c’est si dangereux. Enfin les hommes, un mari en particulier qui lorsqu’elle fuit vers la Belgique s’occupe d’elle et lui trouve les lieux où se produire, amorçant ainsi la carrière de l’artiste en devenir.

Ce roman d’une vie est beau et mélancolique, imagé et sonore, car derrière les mots, c’est la violence du père, les amours désespérées, ce sont les notes du piano, les tonalités de la voix magique et mélancolique de Barbara que l’on entend. Plus qu’une simple lecture, Julie Bonnie fait vivre – et parfois s’exprimer – cette enfant qui devient femme, cette artiste qui saura si bien écrire et chanter les amours enfuies, les regrets, les chagrins et la solitude.

Catalogue éditeur : éditions Pocket et Grasset

Joue, piano, joue.
C’est un piano de papier, dessiné au crayon par sa grand-mère adorée. Dès que son soleil devient trop noir, la petite Monique y compose des cantates secrètes, des airs rien que pour elle, du bout des doigts. Quand la guerre jette sa famille dans la clandestinité… Quand un… Lire la suite

Pocket : EAN : 9782266286800 / Nombre de pages : 176 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 23/05/2019 / Prix : 6.40 €

Grasset : Parution : 13/09/2017 / Pages : 198 / Format : 133 x 205 mm / Prix : 17.50 € / EAN : 9782246860761

Helena Rubinstein, L’aventure de la beauté, Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme

Pour la première fois en France, le mahJ consacre une exposition à Helena Rubinstein, celle que Jean ­Cocteau nommait « l’impératrice de la beauté ».

Visite un peu trop rapide pour moi hélas. Il faut vraiment prendre son temps car il y a plus de trois cents documents, objets, vêtements (pas assez à mon goût !), photos, peintures, sculptures, en particulier de nombreux portraits qu’elle faisait faire aux plus grands, des œuvres de Marc Chagall, Michel Kikoïne, Sarah Lipska, Louis­ Marcoussis, Elie Nadelman ou Maurice Utrillo, provenant de sa collection personnelle.

Helena Rubinstein (1872-1965)  a su créer des produits et donner aux femmes l’idée de la beauté à portée de toutes et de tous. Tous aussi, car elle fera à moment donné une tentative de salon de beauté pour homme, ne manquez pas le beau Tony Curtis. Tentative manquée car sans doute était-elle bien trop précurseur dans le domaine ?

Tout au long de sa vie, elle s’affranchit des codes en rigueur à son époque et n’aura qu’une priorité, l’émancipation des femmes par la beauté.
Née à Cracovie dans une famille modeste juive orthodoxe, ainée d’une fratrie de huit filles, elle quitte l’école à quinze ans pour aider ses parents. Quelques années plus tard, elle refuse le mariage qu’on tente de lui imposer et part à Vienne chez une tante. Mais là encore on veut la marier. Elle part alors en Australie. Là, elle change de nom et commence un commerce de crèmes de beauté, puis ouvre un institut de beauté, clamant que La beauté est un pouvoir pour les femmes, ou l’émancipation par la beauté !

En quelques années, elle va créer un véritable empire de la cosmétique. De Cracovie à Vienne, de Melbourne à Londres, de Paris à New-York elle a créé des produits de beauté, des lignes de maquillage pour toutes les femmes (auparavant le maquillage était destiné aux prostituées), ouvert des usines, des instituts de beauté. Elle fait de la beauté une science, n’hésitant pas à analyser, classer, la peau, à soumettre crèmes et produits à des tests rigoureux, et préconise également régime et activité physique, largement en avant sur son temps.

Femme d’affaires d’envergure internationale, sa fortune lui permet tous les plaisirs. Elle s’habille chez les plus grands couturiers, Chanel, Schiaparelli, Dior ou Saint Laurent.

Collectionneuse et amateur d’art éclairé elle a côtoyé les plus grands artistes de son temps. Comme les grands mécènes de la Renaissance, elle les a fait régulièrement travailler. Elle leur commande en particulier des portraits, et les plus grands noms de son époque se sont ainsi retrouvés sur les murs de ses différents appartements. Et lorsqu’elle aimait un artiste, elle n’hésitait pas à lui commander des œuvres, pour ses intérieurs comme pour ses salons de beauté. Elle va acquérir tout au long de ses années de grands collections d’art premiers, mais aussi des œuvres des artistes de son temps, on la voit en photo aux côtés des plus grands noms qui nous font tant rêver, Dali, Picasso, Frida Kahlo par exemple.

C’est au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, dans l’Hôtel de saint Aignan, au 71, rue du Temple, 75003 Paris, jusqu’au 25 août 2019.

Commissaire de l’exposition Michèle Fitoussi

Miro, Grand Palais

Visiter l’expo Miro et savourer les couleurs, la poésie et l’inventivité de l’artiste catalan. « Pour moi, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème ».

Le Grand Palais consacre une belle rétrospective au grand maître catalan Joan Miró et présente plus de 150 œuvres en provenance des grands musées européens et américains, ainsi que de collections privées, pour permettre au visiteur de parcourir soixante-dix ans de création, d’inventivité, de rêves avec cet artiste qui nous parle de poésie en bleu ou en couleurs.

Quand le trait se pose sur la toile, sa simplicité manifeste est pourtant évocatrice et émouvante, qu’il évoque la montée du fascisme, l’hommage à l’ami Picasso ou la condamnation du jeune manifestant, Miro nous émeut et nous touche, nous frappe et nous réveille. Par ses traits, ses courbes, ses aplats, ses tons vifs et colorés, ses œuvres nous parlent, ses œuvres nous interpellent…

De sa Catalogne natale à Paris, de Mont Roig à Palma de Majorque, Miro a trouvé un alphabet coloré qu’il a décliné et fait évoluer dans son œuvre tout au long de sa vie. Il va comme il dit assassiner la peinture et développer son art de cette manière si personnelle, avec cette simplicité de traits, de figures, de formes et de couleurs. Il est d’ailleurs l’un des rares artistes, avec son grand ami Pablo Picasso, a avoir lancé un défi à la fois au surréalisme (lui qui est pourtant souvent qualifié de peintre surréaliste) et à l’abstraction.

Il se sera cependant essayé à tous les styles de son époque, le cubisme interprété à sa manière – on est loin des œuvres de Juan Gris ou de Pablo Picasso – le fauvisme, l’art catalan…

A partir de 1925, à Paris il fréquentera les surréalistes, les poètes et les artistes de son époque, Max Ernst, Robert Desnos, Tsara, Antonin Artaud, Aragon ou André Breton. Mais loin de l’interprétation surréaliste, son univers poétique est empreint de liberté tant dans les traits que dans les couleurs, il n’y a plus de représentation du réel, mais au contraire une prépondérance de l’imaginaire et de l’interprétation lyrique dans ce qu’il peint. En 1935, Miro est fortement touché par la montée du franquisme et par la guerre civile espagnole, son œuvre reflète alors toutes ses angoisses.

Réfugié avec tant d’autres artistes sur la côte normande il réalise à l’été 1939 les constellations, gouaches sur papier, une série qu’il termine en 1941. Élaboration de signes, de pictogrammes, constitutifs de cet alphabet si caractéristique qu’on retrouve tout au long de sa vie.

Simplicité, couleur, inventivité, sont les mots qui me viennent à l’esprit en parcourant les salles du Grand Palais.

On peut y voir également quelques céramiques produites dans le village de Gallifa. Au contraire de Picasso, Miro ne produira que des œuvres uniques.

Mais aussi des sculptures classiques, recouvertes de ripolin aux couleurs vives, comme pour tourner en dérisoire, voire ridicule, le travail intense de l’artiste sculpteur. A la façon de Calder ?

Bleu I bleu II, bleu III : réalisées à Palma de Majorque ses premières œuvres monumentales sont comme un aboutissement de tout ce qu’il a essayé de faire.

Joan Miró a été un homme engagé tout au long de sa carrière exceptionnelle. Il a défendu la Seconde République espagnole pendant la guerre civile de 1936-1939, il a peint un triptyque, œuvre critique sur l’exécution de l’anarchiste catalan Salvador Puig Antich en 1974. L’exécution à lieu au moment où il termine le troisième volet du triptyque.

Toiles brulées, épure blanche de grands triptyques… Miro invente, détruit, construit tout au long de sa vie une œuvre unique et forte.

Et, comment dire, en revoyant son œuvre, je me remémore et je comprends mieux l’inspiration des Shadocks, pas vous ?…

Une exposition qui se concentre sur les périodes charnières de l’artiste, du mouvement fauve au surréalisme, en passant par le cubisme ou le mouvement détailliste. Ni abstrait, ni figuratif, son art est devenu au fil des années un véritable langage, et n’a eu de cesse de se développer.

💙💙💙💙💙 Du 3 octobre 2018 au 4 février 2019.