À 20 heures sur le quai, Léa Wiazemsky

D’un drame, faire émerger la lumière. Un roman délicat et sensible

Léa Wiazemsky a l’art de transformer un événement dramatique en une révélation, la vie est belle et mérite que chacun essaie de la vivre au mieux. Bien sûr, d’aucuns pourront trouver que tout ceci est bien positif, un peu trop peut-être. Et pourtant, frôler la mort de près peut aussi avoir des répercussions positives sur nos vies, et nous permet parfois de savoir qu’il faut profiter de chaque instant car tout est éphémère.

Tous les samedis matin depuis quelque semaines, ils se retrouvent sans se connaître dans le même wagon du métro, à la même heure. Liviu, un jeune musicien, est le témoin attendri de leur amour naissant. Car lorsqu’ils se regardent, il en tombe immédiatement amoureux, mais ni l’un ni l’autre n’ose faire ce premier pas qui leur permettrait de dévoiler leurs prénoms, leurs vies, leurs envies. Aujourd’hui, c’est décidé, il va lui parler. Mais ils n’ont que quelques secondes, un appel lui enjoint de quitter immédiatement le métro pour rejoindre sa librairie. Le temps de se dire à 20 heures sur le quai, le temps d’un prénom, Raphaël.

Puis tout explose, un attentant dans le métro, des rescapés qui tentent d’échapper au carnage, des blessés pris en charge par les secours, des survivants, de nombreuses victimes.

Le lecteur suit quelques personnages aux parcours très différents mais qui tous à un moment se rejoignent sur le quai, dans la station, dans le wagon. Il y a Raphaël bien sûr, et son inconnue que l’on va très vite apprendre à connaître.

Mais aussi Nina, une vieille dame qui part rejoindre son amie. Il pleut, pas de taxi, elle s’engouffre dans le métro.
Estelle, une petite fille très sérieuse et sage. Pour la première fois, Christiane sa mère l’autorise à prendre seule le métro pour se rendre à son cours de danse avant le spectacle de ce soir. Elle est heureuse et excitée à la fois, un peu stressée quand même par cette responsabilité nouvelle qui lui incombe. Intimidée, elle s’assoit à côté de cette mamie qui lui semble tout à fait respectable et rassurante.
Christian, un SDF pas comme les autres. Jamais une goutte d’alcool, enfin plus jamais depuis celles qui ont causé cette déchéance qui l’oblige à vivre en marge de la société. Il aime par dessus tout la littérature, il déniche régulièrement des romans dans les poubelles de la librairie toute proche. Nicole, une vendeuse très respectable de chez Gibert Jeune le rejoint souvent. Ils s’assoient près de la fontaine Saint-Michel et parlent littérature, elle lui donne quelques livres. Une forme d’amitié qui ne dit pas son nom est en train de naître entre ce deux personnes qui ont tant en commun malgré les apparences.
Liviu, l’accordéoniste du métro. Pour une fois il joue particulièrement bien de son instrument (ceux qui comme moi ont eu envie de se boucher les oreilles en entendant le fausses notes de certains comprendront!). C’est aussi un émigré roumain qui rêve de la vie normale d’un jeune homme de 17 ans.

Autour d’eux gravitent amis, famille, amoureuse ou fiancé, médecins, secours, clochards, qui sans nous faire perdre le fil de l’histoire donnent de la densité à l’intrigue.

L’écriture est fluide, sensible et délicate. L’autrice a joué la carte de l’optimisme même si celui-ci est parfois teinté de chagrin, de tristesse, de douleur, mais il est toujours tourné vers une lumière qui réconforte. Avec une grande tendresse pour ses personnages, elle nous propose une histoire positive, heureuse et toujours bienveillante.

Peut-être me direz-vous qu’être victime ou témoin d’un attentat, d’un drame ne peut pas laisser indifférent, et l’on peut s’en sortir, certes, mais difficilement et à quel prix parfois. Alors tant pis si certaines situations ne sont pas tout à fait crédibles, c’est aussi le privilège d’un auteur de choisir la façon dont il nous en parle et c’est tant mieux. Ce qui est sûr, c’est que j’ai lu ce roman d’une traite, comme une respiration faite de légèreté, de résilience, d’humanité. Une lecture que je vous conseille pour l’été. J’ai aimé que l’on me montre le côté positif de la vie, une heureuse initiative.

Catalogue éditeur : Michel-Lafon

Tous les samedis matin, d’un accord tacite, une jeune femme et un jeune homme se retrouvent dans une rame de métro, et, le temps d’une poignée de stations, se dévorent des yeux. Leur dialogue silencieux se joue sur les airs d’accordéon de Liviu, un jeune musicien témoin de leur amour naissant. Mais aujourd’hui, c’est décidé, il ira lui parler. Quelques mots, un rendez-vous donné, et déjà il doit quitter son inconnue dont il ne connaît même pas le nom. Et puis, c’est le chaos. L’épaisse fumée qui sourde des entrailles plonge à nouveau Paris dans la désolation. Ceux qui se relèvent s’en trouvent à jamais changés, conscients que la vie est précieuse et l’amour, salvateur. Lui n’a plus qu’une chose en tête, retrouver celle dont le cœur est rivé au sien.

Parution : 27/05/21 / Prix :17.95 € / ISBN :9782749945330

Chroniques d’une survivante, Catherine Bertrand

Dans ces Chroniques d’une survivante publiées aux Editions de la Martinière, Catherine Bertrand qui a vécu de l’intérieur l’attentat du Bataclan, nous délivre un message émouvant sur le trop méconnu stress post-traumatique. Ce stress qu’elle et tant d’autres ont subi à la suite des attentats survenus ces dernières années.

Le Bataclan, nous en avons entendu parler, forcément, mais elle, Elle y était. Et de ça, bien sûr, on ne ressort pas intact. Pas intact ? Pourtant elle n’est pas blessée, rien d’apparent. Mais un ESPT (Etat de Stress post-Traumatique) cela ne se voit pas, rien de visible, tout est à l’intérieur, enfoui, caché aux yeux de tous, parfois même aux yeux de la victime elle-même. Car victime, elle l’est, réellement, mais qui s’en doute, qui le comprend, qui le voit ou veut bien l’entendre ?

Car être sortie physiquement indemne des attentats du Bataclan (Paris de novembre 2015) ne veut pas dire que l’on ne souffre pas, et le stress post-traumatique subi est un véritable boulet invisible mais prégnant, paralysant parfois.

Catherine Bertrand utilise le dessin comme exutoire, comme transmetteur de toutes ses peurs, ses angoisses, mais surtout pour aider les autres, qui comme elle, ont besoin de se reconstruire, ou ceux qui doivent essayer de comprendre les victimes. Le trait est simplifié, les mots sont là, vibrants, éclatants, prenant toute la place parfois, avec cet ESPT matérialisé par un boulet. Par ce boulet bien visible et tellement énorme qu’elle traine derrière elle à la façon d’un pou qui s’agrippe à vous et ne vous lâche plus. Elle nous permet de visualiser la souffrance qu’elle endure, et permet à d’autres victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules, que d’autres souffrent comme elles et que cette souffrance est aussi réelle qu’une plaie ouverte. Victimes, oui, elles le sont, mais pas à vie, car il faut parvenir à se reconstruire pour avancer tant bien que mal dans une vie qui aujourd’hui leur fait peur.

S’il est difficile de parler de ces Chroniques d’une survivante, il est indispensable de les faire connaître et de se laisser submerger par l’émotion, forcément.

💙💙💙💙

Sur ce sujet, mais traité de différentes façons, on peut lire Le lambeau  le magnifique ouvrage de Philippe Lançon, pas facile, mais si on arrive à le lire, qu’elle leçon de vie ! J’ai envie de vous conseiller également Le livre que je ne voulais pas écrire, par Erwan Lahrer.

D’autres auteurs se sont essayé à évoquer l’après attentat… Je pense par exemple à Une si brève arrière-saison de Charles Nemes, à Vivre ensemble, d’Émilie Frèche, ou encore A la fin le silence, de Laurence Tardieu.

Catalogue éditeur : éditions de La Martinière

Bon, ben j’étais au Bataclan…
Mais ça va, hein. Je suis vivante, j’vais pas me plaindre.
Le quoi ? Le stress post-traumatique ?
Connais pas.
Si ça a bouleversé ma vie ? Non, pas du tout, pourquoi ?
J’ai fait quelques dessins pour raconter tout ça, une sorte de journal, quoi.
Peut-être bien que tu te retrouveras dans certaines pages.
Tu veux y jeter un œil ? Ou les deux ?

Catherine Bertrand est passionnée de dessin depuis toujours, désormais reconvertie dans le graphisme et l’illustration. Elle était au Bataclan le 13 novembre 2015 et fait partie de l’association de victimes d’attentats, Life for Paris. Elle a réalisé seule ce livre, avant de le confier à un éditeur.

140 x 205 mm / 160 pages / 04 octobre 2018 / ISBN 9782732489261 : 14 €

Le livre que je ne voulais pas écrire. Erwan Larher

En cette rentrée littéraire, il faut lire « Le livre que je ne voulais pas écrire » ce roman est un OVNI littéraire qui vous prend et ne vous lâche plus.

DomiCLire_le_livre_que_je_ne_voulais_pas_ecrire_larher.jpgUn roman indispensable. Même si ce qu’a vécu l’auteur est difficile, émouvant au-delà de ce qu’on imagine, intense et terrible aussi, et puis doux comme l’amour et l’amitié, ces sentiments plus forts que tout qui viennent rappeler au monde que la vie existe, il faut le lire !

Erwan aime le rock, et quand il va au concert, il l’annonce sur son profil Facebook, celui destiné aux amis, aux vrais, pour qu’ils viennent avec lui à l’occasion… En ce soir du 13 novembre 2015, il est comme beaucoup d’autres amoureux de la musique et de la vie au concert des Eagles Of Death Metal… La suite, on s’en doute, ce sera l’horreur, les tirs, les cris, l’attente, les blessés et les morts, les sonneries des téléphones, les paroles et les regards, l’angoisse et les blessures. Le temps qu’il faut pour être enfin pris en charge par des secours totalement débordés devant la multiplicité des événements simultanés qui ont endeuillé Paris ce soir-là. Puis l’ambulance de fortune, le blessé plus grave qui est transporté à côté de vous, l’arrivée à l’hôpital et le personnel efficace bien que submergé, arriver enfin à prévenir, savoir ce qu’il se passe et ensuite, se poser des questions sur ses capacités physiques, et réapprendre à vivre, entouré d’amour et d’amitié, mais aussi grâce à sa force intérieure, à l’abnégation du personnel soignant, ou en relisant les épreuves de « Marguerite n’aime pas ses fesses » par exemple.

Alors que ce récit aurait pu être celui d’un homme blessé, il est au contraire celui d’un homme debout, non pas victime mais survivant, qui se relève grâce à ses mots et à cette histoire qu’il a posée là, à côté de lui, et pas en lui, comme si elle ne lui appartenait plus. L’auteur transcende la peur et la douleur, il convoque dans son texte les mots de ses amis, ceux  qui l’attendaient, qui l’espéraient, qui l’ont cru… ça personne ne l’a jamais verbalisé bien sûr. Récit bouleversant de pudeur, écrit à cette deuxième personne du singulier qui éloigne et met une distance entre l’intime et l’Histoire, qui relate les hurlements et les silences, l’effroi et l’espoir, qui va au-delà du simple j’étais là, qui questionne aussi, sur la vie, le hasard, les circonstances, et nous aide sans doute à comprendre ces chaos que vit notre époque. Témoignage émouvant, poignant, sensible et qu’il faut lire, vraiment, absolument ! Et surtout, se dire qu’il faut vivre, aimer, donner, et ne jamais oublier de dire aux gens qu’on aime, qu’on les aime !

En décembre 2016, lors de la soirée des 68 premiers romans, j’ai rencontré Erwan Larher et nous avons parlé de « Marguerite n’aime pas ses fesses ». Puis, assez banalement j’ai demandé le thème de son prochain roman. Et là, Erwan répond qu’il écrit sur le Bataclan… Ah, le Bataclan, les attentats, le terrorisme, il y avait déjà eu quelques titres de la rentrée littéraire 2016 qui portaient sur le sujet, ce que j’ai certainement dit, et Erwan de répondre « oui, mais moi j’y étais et j’ai pris une balle… » Aie, là, c’est évident vous vous trouvez totalement stupide. Ne sachant plus trop comment continuer, je parle victime, résilience (sujet évoqué si souvent avec Françoise Rudetzki). Mais là,  Erwan me répond en substance : « Je ne suis pas une victime, je suis un survivant ». Ah, quelle façon extraordinaire de se voir, après avoir vécu ÇA ! Oui « ça » parce que ne l’ayant pas vécu, comment comprendre, savoir et surtout en parler autrement ?

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Photos de la rencontre à la librairie Millepages à Vincennes.

N’hésitez pas, allez lire les avis de Virginie, Nicole, Joëlle


Catalogue éditeur : Quidam

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

Collection : Made in Europe / Thèmes : politique violence Histoire Invention formelle /  août 2017 / 140 x 210mm / 268 pages 20 € /   ISNB : 978-2-37491-063-5