Einstein, le sexe et moi. Olivier Liron

Comment se préparer et vivre une finale de Questions pour un Champion ? Toutes les réponses et bien plus encore à découvrir d’urgence dans « Einstein, le sexe et moi » le roman drôle et émouvant d’Olivier Liron.

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J’avais entendu parler de son premier roman Danses d’atome et d’or par la communauté des blogueurs, sans pour autant l’avoir lu. Puis d’Einstein le sexe et moi, sur les réseaux sociaux en particulier. J’avais très envie de le découvrir quand j’ai reçu ce roman sélectionné par les 68 premiers romans. Et là, comme pour beaucoup d’autres lecteurs, c’est une révélation ! Olivier Liron est un auteur singulier dans cette communauté qui toujours m’impressionne par ses talents divers, si différents d’ailleurs d’un auteur à l’autre, pour dire les mots et les maux, les émotions et les silences, les chagrins et les douleurs, pour émouvoir, émerveiller, étonner.

Olivier Liron est diplômé de l’école normale supérieure, il est également un jeune homme différent, puisqu’il est autiste Asperger. Pas malade non, différent, avec la singularité que cela implique, émotionnellement et par cette forme d’intelligence et cette capacité à apprendre qui sont souvent incomprises par ceux qui l’entourent. Dans Einstein, le sexe et moi, il nous parle d’une expérience étonnante qu’il a vécue en 2012. Il a tout juste vingt-cinq ans lorsqu’il participe non seulement à Questions pour un Champion, dans les grandes années Julien Lepers, mais aussi et surtout à Questions pour un Super Champion.

Son roman, comme l’émission, est construit en quatre manches. Il nous embarque dans les coulisses, évoque la relation avec l’animateur, son analyse des différents candidats, son appréhension très personnelle des questions et des enjeux. Mais surtout il nous entraine dans ses émotions, ses angoisses, ses souvenirs, sa préparation, ses états d’âme et les digressions qu’il a pu faire, y compris pendant l’émission et au risque de s’y perdre, alors que son but était de gagner… Le lecteur découvre peu à peu la vie difficile d’un enfant différent, incompris, harcelé, stigmatisé ou simplement moqué par des camarades de classe qui peuvent se révéler tellement violents, en gestes comme en paroles. Une enfance et une adolescence difficiles, premiers émois, différence, tout cela doit se vivre le plus souvent dans la solitude et l’incompréhension. Tout cela est dit avec une justesse d’analyse et un humour tels que même dans les moments tristes l’auteur nous fait sourire, voire franchement rire.

Il se dégage de ces pages une belle humanité, un humour étonnant, une capacité de l’auteur à parler de ses propres sentiments, ses failles et ses forces, qui est aussi touchante qu’émouvante. C’est à la fois léger et très profond, il y a étonnamment autant une certaine naïveté dans les évocations qu’une véritable profondeur d’analyse des relations humaines.

Et cela doit également nous ouvrir les yeux sur les autres, sur nos propres comportements, sur ces incapacités que nous avons souvent à accepter l’autre, à le comprendre, à l’écouter tel qu’il est et pas tel que nous souhaiterions qu’il soit. Enfin, si ce roman pouvait servir à ouvrir les yeux de l’éducation nationale, des parents, des professeurs, dans la prise ne compte des différences, dans l’éducation et dans le fait que non, tous les enfants ne sont pas les mêmes, acceptons nos différences !

Enfin, et ce n’est pas la grande incertitude du roman, Olivier Liron a non seulement gagné ce Questions pour un Super Champion, mais il est devenu le plus jeune superchampion de l’histoire du jeu. Depuis, il se consacre à écriture et c’est tant mieux car il nous régale, nous réjouit, nous réveille et nous émeut.

Allez, appuyez sur le buzzer et courrez lire ce roman, vous ne le regretterez pas !

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Citations :

Le psychiatre réplique que personne ne comprend les secrets d’un être. « Surtout pas d’une adolescente. Laura avait des secrets et autour de ses secrets elle a bâti une forteresse. »
C’est l’image juste. Exacte. Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j’en suis le prisonnier.

Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n’y a plus qu’à attendre la mort en essayant d’être tendre avec soi, le plus tendre possible, aimant avec les autres, le lus aimant possible, et révolté contre tout le reste . Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête.


Catalogue éditeur : Alma

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »

Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.
18 € / 200 pages / Date de parution : 6 septembre 2018 / ISBN : 978-2-36279-287-8

Rencontre avec Alain Gillot aux éditions Flammarion

Depuis toujours, pour Alain Gillot, écrire est une passion, un outil pour vivre, voyager, rencontrer des gens. Il est scénariste, en particulier de documentaires. Pour ses lecteurs, l’écriture de son roman « la surface de réparation » est davantage celle d’un professionnel que d’un premier roman.

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L’idée du roman lui est venue d’une relation avec un enfant atteint de la maladie d’Asperger. Un enfant finalement assez identique à la description de Leonard, qui dégage quelque chose de très fort, même quand il ne parle pas, qui a une vraie présence. L’auteur a eu envie de mieux connaître et comprendre cette maladie. Il s’est renseigné, a lu des témoignages poignants et enthousiasmants, mais aussi parfois très noirs. Et de là lui est venu cette envie d’écrire sur ces personnes qui l’ont impressionné. Aux lecteurs qui se demandent pourquoi il n’a pas eu envie d’en faire un documentaire, Alain Gillot explique qu’il avait envie de s’essayer au roman, à l’écriture.

Pourquoi parler du foot ? En fait l’idée  d’un sport collectif s’est imposée rapidement.  Alain Gillot aime le jeu, le sport, en observateur, pas forcément la compétition comme elle se pratique aujourd’hui. Et puis dans le foot, il y a un joueur qui peut rester statique, contrairement à un Tony Parker par exemple, qui est toujours en mouvement même quand il n’est pas dans l’action de jeu. Au foot, le rôle du goal est important, car c’est le seul qui ne bouge pas et un goal qui anticipe bien se déplace peu.

Le personnage de Léonard est basé sur différents témoignages, le choc de la rencontre, le besoin de repère physique par exemple. En particulier sur les témoignages de Temple Grandin (que je ne connaissais pas, merci Google, diagnostiquée autiste enfant, professeur à l’université du Colorado). Bien sûr au cinéma, les lecteurs se souviennent tous de Rain man, par contre l’auteur n’a pas souhaité revoir le film avant d’écrire son livre.
Alain Gillot aborde le problème important et délicat du diagnostic. L’annonce de la maladie est une réalité qu’il est parfois difficile d’accepter et certains parents n’en sont pas capables. L’auteur n’a pas voulu écrire un roman social, mais sur une situation réellement difficile, celle du déni des parents, la peur, parfois même la honte d’avoir un enfant différent. Pourtant cet enfant ne peut se construire que s’il est accepté et aimé tel qu’il est.

A ceux qui sont légèrement déçus par la deuxième partie du roman, un peu trop « conte de fée idyllique » à mon goût, l’auteur explique son envie de traiter du regroupement d’une famille. Léonard n’est pas un enfant seul qui devrait être adopté par un oncle. Il a une mère qui, même si elle est aveugle à sa maladie, est consciente de sa différence et fait ce qu’elle peut. Il a une grand-mère qu’il aime et qui s’en va. Et cet enfant différent va déclencher le regroupement de la famille dispersée.
Au départ de l’écriture il y a une base, des caractères, un plan, mais le plan n’est fait que pour s’en débarrasser et finalement les personnages évoluent. Le personnage de Madeleine, parfois un peu excessif il me semble, présente la situation d’échec de ces enfants qui n’ont pas pu assumer ce qu’ils avaient réellement envie de faire, ou de ne pas faire, qui sont guidés dans leur choix de vie par ce que leurs parents ont décidé pour eux. D’où la difficulté accrue d’être différent et de l’assumer. Dans son roman, Alain Gillot n’avait pas envie de s’appesantir sur du noir, mais il n’a pas non plus voulu nier les réalités, même les plus sombres.

Le roman est écrit à la première personne, l’auteur et le narrateur ont-ils des points communs ? Pas forcément, par exemple l’auteur n’a jamais vécu seul, mais son regard sur beaucoup de choses peut parfois être semblable à celui de Vincent. Le narrateur n’est pas un intellectuel, mais il voit ce qu’il se passe autour de lui et, s’il n’a pas trop d’illusions envers ses semblables, il est cependant assez pragmatique. Après tout,  comme beaucoup d’écrivains qui puisent dans leur vécu les traits de leurs personnages. Quelques traits de caractère peuvent être similaires, mais ce sont avant tout des personnages de roman.

Pourquoi venir à l’écriture aussi tard ? Peut-être parce que l’écriture est une petite mort. L’auteur évoque son appétit de vivre, après une jeunesse qui ne l’a pas forcément toujours satisfait. Impossible pour lui d’imaginer s’isoler dans une bulle, à une table avec son crayon ou son ordinateur, pour écrire. Il exprime le besoin d’être au milieu de sa famille, dans le monde, à l’intérieur de cette sphère de confort. Avec également aujourd’hui l’envie de balancer la vie dans l’écriture. L’écrivain est proche de l’artisan, autonome, créatif, il assume seul son travail, sa réalisation. C’est une découverte, la noblesse du fonctionnement de l’écriture, par rapport à d’autres univers professionnels. Un univers élémentaire très précieux, être assis à sa table, avec son crayon et ses envies. Même si c’est également un travail d’équipe, avec éditeurs, correcteurs, etc.

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Pour finir ce très intéressant entretien, l’auteur mentionne l’adaptation prochaine au cinéma, l’écriture d’un deuxième roman et l’ébauche de plan d’un troisième. Après une séance de dédicaces et quelques mots échangés, j’ai un regard plus indulgent sur « la surface de réparation ». Tiens, je n’ai pas demandé s’il y avait un double sens dans ce titre, la surface de réparation d’une famille désunie serait-elle logée dans le cœur d’un enfant différent mais terriblement attachant ?