Rien que des mots. Adeline Fleury

Les mots, un bonheur ou une malédiction ? Un rêve ou un cauchemar ? Dans « Rien que des mots », livre d’anticipation ou une fable à la manière de,  Adeline Fleury s’interroge.

domiclire_rien_que_des_motsDans un monde où le numérique règne en maitre, un grand feu de joie a permis de détruire tous les livres, maintenant que chacun peut lire ce qu’il veut sur sa liseuse. Mais dans la famille d’Adèle, on ne l’entend pas de cette oreille. Car lorsqu’on aime les livres, les mots, la littérature en général, on a un peu de mal à comprendre que ceux-ci puissent être définitivement banni d’une vie.

C’est pourtant ce qui arrive à Nino, le fils d’Adèle. Car Adèle aime les mots, mais porte de sérieux stigmates. Comment est-ce possible ? Eh bien, imaginez un père qui passe son temps à créer des livres, à taper sur les touches de sa machine pour en sortir des pages et des pages de mots, de phrases, de livres, au détriment du bonheur partagé et donné avec sa fille unique et de sa vie de famille. Imaginez un mari qui vit dans ce monde dans lequel le livre papier a été éradiqué, et cependant rêve de recréer l’ensemble des livres qu’il a lu et que sa mémoire prodigieuse lui permet de restituer dans leur intégralité devant sa machine à écrire, pour les proposer de nouveau au reste de l’humanité.

Imaginez alors la vie d’Adèle, seule, dans cet univers-là. Bien sûr, elle aussi a choisi les mots, puisque elle est journaliste. Jusqu’au jour où elle décide de tout arrêter, et de protéger son fils, de le sortir de cet univers, pour le faire vivre loin des livres, des mots, de l’écriture dans un cocon douillet et familier, tout doux, suave comme une bulle protectrice. Mais cette bulle, est-elle protectrice ou despotique, douce ou violente ? Et c’est sans compter sur la perspicacité de Nino, et sur l’impossibilité de tout humain de vivre sans, sans les mots, sans les phrases, sans les pages des livres, sans cette forme de vie qu’ils nous dispensent et ce savoir qu’ils nous offrent.

La séparation est brutale, car le jour où il comprend, Nino va s’éloigner de sa mère, son mari va exploser dans un éclatement de lettres et de mots, de pages dactylographiées qui le propulsent jusqu’au ciel. Son père s’enterre dans sa cave, lui dont les mains et les doigts se paralysent, ployant sous l’effort de tant d’années à taper avec l’énergie de l’urgence sur les touches de sa machine, pour lutter contre le temps et sauver les mots qui peuvent l’être.

Roman initiatique ? Roman surréaliste ? Roman d’anticipation ou au contraire historique ? Toute interprétation de « Rien que des mots » est possible, tout est permis, car à plusieurs époques, inquisition, seconde guerre mondiale, et pas si loin de nous avec Daesh, les hommes ont voulu bannir les mots, la connaissance, pour faire vire les hommes dans l’obscurantisme…Si j’ai bien aimé l’idée sous-jacente de ce roman, j’ai parfois eu un peu de mal avec le côté anticipation que je n’ai pas senti forcément assumé jusqu’au bout, mais qu’elle idée intrigante, et si demain il n’y avait plus aucun mot, aucun papier ! Alors là, non !! Je dis non ! Rendez-nous nos livres, leurs couvertures séduisantes ou tristes, l’odeur incomparable du papier, et la vue de ces belles piles qui s’entassent dans nos bibliothèques et jusqu’au fond de nos greniers, de nos fauteuils, au pied de nos lits…

#les68premiersromans édition 2016


Catalogue éditeur : Bourin édtions

Dans un avenir qui ressemble à notre futur proche, Adèle a décidé de tenir son fils Nino éloigné de la lecture. Privée dans son enfance de la tendresse d’un père écrivain accaparé par son œuvre, elle fera tout pour éviter un tel sort à son fils. Pour qu’il reste dans la vraie vie, pour l’empêcher d’être tenté par la grande aventure de l’écriture, elle proscrira autour de lui la présence des livres. Elle les brûlera, elle va jusqu’à nier leur existence.
Mais l’enfance est têtue et tous les silences ne peuvent rien contre sa curiosité. Lire la suite

Format : 13 x 20 cm / 184 pages / ISBN : 979-10-2520-160-2 / Prix de vente public : 20.00€

La bibliothèque de Hans Reiter. Jean Yves Jouannais

« La bibliothèque de Hans Rieter » de Jean-Yves Jouannais, un roman étonnant et singulier. « La guerre avait commencé par un blague, par rien d’autre qu’une blague ».

La bibliothèque de Hans Reiter

A la demande d’un de ses commanditaires, le narrateur se rend à une vente aux enchères sur l’ile de Rügen, en Allemagne. Là, il doit acquérir une partie de « La bibliothèque de Hans Reiter ». C’est son métier, acheter et vendre des livres anciens. Lors de ses achats il est toujours interrogatif quant à l’esprit et la logique ayant conduit à la création puis à l’unicité d’une collection de livres. Ici pourtant, impossible de comprendre le propriétaire, si ce n’est que la plupart des livres traitent de la guerre, mais de la guerre partout, à diverses époques, sans qu’il y ait une unité de lieu ou de temps par exemple. Et fait étrange, dans tous les livres qu’il a achetés une page est arrachée. Mystère que le narrateur n’aura de cesse d’élucider.

D’autant que lors de la vente un certain Ernest Gunjer lui a âprement disputé les enchères. Cet homme va le contacter pour le rencontrer. Rencontre avec un homme improbable, mais le narrateur s’embarque alors avec ce quasi inconnu pour une aventure livresque assez inhabituelle. Il découvre que la passion de Hans Reiter pour les livres qui traitent de la guerre a débuté à l’occasion d’une joyeuse soirée dans un cabaret à Vienne le 28 avril 1939 lorsqu’il a entendu le discours d’Hitler. A partir de cette date, seul contre tous, ayant perçu ce que nul autre n’avait compris, il n’a eu de cesse de démontrer que « La guerre avait commencé par un blague, par rien d’autre qu’une blague ».

Les questionnements du narrateur sont autant d’arguments pour lire des extraits des livres qu’il a réussi à acquérir, prétexte à développer quelques anecdotes historiques dont l’auteur est un spécialiste puisqu’il poursuit un cycle de conférences sur l’encyclopédie des guerres. Alors nous sortons moins ignares, sur Kafka et ses créatures, proches d’Hitler se terrant dans ses bunkers, sur la campagne de Russie, sur Napoléon, sur le soldat inconnu, sur Hitler bien sûr. Si les sujets sont vastes, ils traitent néanmoins tous de la guerre. C’est un livre assez court, mais dans lequel on pourrait puiser des connaissances pendant des heures. Une lecture aussi dense qu’étonnante.

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Un roman de la Sélection 2016 du Prix Orange du livre

Extraits :

« Moi, (…) je n’étais fasciné par rien. C’était un regret. C’était à en pleurer tant je le regrettais. Que ce soit la guerre, l’amour, la politique ou toute autre chose – dont les livres-, je n’étais envoûté par rien. J’avais justement souffert de n’avoir jamais vécu sous aucune addiction ».

«  »Paris.- 28 janvier 1921. Inhumation du Soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. Le cercueil porté par quatre soldats arrive devant la tombe ». Les porteurs vont au pas, leur pied gauche est levé. Ils regardent devant eux, vers ce qui doit être le bas des Champs Élysées, et l’assistance autour d’eux regarde dans la même direction. Personne ne regarde le cercueil recouvert du drapeau. Ce soldat n’est pas seulement inconnu, il est déjà seul. »

Catalogue éditeur : Grasset

« La croyance de Hans Reiter fut dès lors celle de tous les hommes de toute éternité et qu’ils ont désiré censurer, à savoir que la guerre – dans son cas la Seconde Guerre mondiale – était née non pas d’un quiproquo diplomatique, du caractère belliqueux d’une nation, d’un accident climatologique ou de tout autre phénomène naturel, mais d’une blague. Il en avait été le témoin. La guerre est une farce qui tourne mal. »
Parution : 03/02/2016 / Pages : 160 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 17.00 € / EAN : 9782246857761

Notre château. Emmanuel Régniez

« Notre bibliothèque est notre bien le plus important »
« Et le libraire, un homme passionné, et certainement passionnant si je prenais le temps de parler un peu avec lui, a toujours les livres que ma sœur désire ardemment lire ».
« Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde »

Avec « Notre château » Emmanuel Régniez nous fait pénétrer dans un univers obsessionnel et quasi surnaturel. Une belle trouvaille de la maison d’éditions Le Tripode.

couverture du livre Notre ChâteauOctave et Véra sont les occupants de « Notre château ». Leur père a hérité de cette vaste demeure dans laquelle il n’avait pas le droit d’y habiter. Octave et Véra y habitent depuis vingt-ans, depuis la mort des parents dans un terrible accident de voiture. Là, sans jamais sortir, ils passent leur journées à lire, ont un relation frère-sœur plutôt singulière, et personne, jamais personne ne vient sonner à leur porte.
Il y a du délire dans ces lignes, mais un doux délire, de ceux que l’on a lorsque l’on laisse vagabonder nos pensées, et qu’elles nous entrainent au loin, dans les souvenirs, dans la folie de nos rêves d’enfant. Il y a de l’obsession, celle de savoir ce qu’il a bien pu se passer pour que Véra, qui ne prend jamais le bus, soit ce jeudi 31 mars dans le bus 39. Et en même temps, ce livre m’a fait instantanément penser au film « les autres » avec Nicole Kidman, par son côté irréel et mystérieux. Impression fortement appuyée par les photos insérées en fin du roman, et dans lesquelles on projette les personnages.

Quel livre étrange. Au premier abord, je n’ai pas du tout accroché, exaspérée par les multiples répétitions. Puis j’ai décidé d’abandonner mes repères, ma logique et je suis rentrée peu à peu dans l’apparente folie douce d’Octave, le narrateur, dans sa relation avec sa sœur Véra, et surtout, surtout, avec les livres dans leur belle, très belle maison, dans leur château. Car bien évidement, c’est un rêve ce roman, puisque dans « Notre château » la vie tourne autour des livres. Et un lecteur compulsif s’y retrouve forcément un peu, dans ces fauteuils moelleux à souhait pour y passer des heures à lire, dans ces bibliothèques, avec ce libraire qui possède toujours les livres que l’on souhaite ardemment lire.

Comme j’ai lu « Notre château » dans le cadre des 68 premiers romans, je me suis refusée à lire la quatrième de couverture avant de l’avoir fini, pour avoir une surprise complète. Il est également dans la sélection du prix orange du livre, sinon je n’aurai pas tenté l’aventure. Et cela aurait été dommage, même si je pense qu’il peut surprendre et ne pas séduire tous ses lecteurs.

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : le Tripode

Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.
On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.

Jlogo_tripodee soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur.
Emmanuel Régniez
Notre Château /
Roman français
128 pages / 9782370550781 / Prix : 15,00 € / Parution : 21 janvier 2016