Boris Vian, le sourire créateur, Valère-Marie Marchand

Dans « Boris Vian. Le sourire créateur » Valère-Marie Marchand retrace la vie de Boris Vian alias Vernon Sullivan, sublime artiste talentueux et singulier disparu en 1959.

Chanteur, polémiste, libertaire mais pas contestataire, scénariste, traducteur, interprète, auteur, trompettiste, et passionné, Boris Vian est un touche-à-tout de talent.

Né en mars 1920 à Ville d’Avray, banlieue chic de Paris, ce pilier du saint Germain des Près de l’après-guerre va connaître la seconde guerre mondiale et fera ses études et ses débuts sous l’Occupation. Ce génie des mots et des notes est avant tout un être singulier. Ingénieur de formation et de métier, c’est un artiste à la créativité débordante. C’est un littéraire aussi éclectique que talentueux, un timide pourtant contestataire, un amoureux toujours passionné, un traducteur de génie, un musicien en sursit puisqu’une malformation cardiaque aurait dû l’empêcher de jouer de la trompette.

Boudé par les professionnels et les critiques en particulier, il écrit « des histoires que personne n’a songé à écrire » et produit de nombreux textes et romans, poésies, essais, chansons. Il touche même au cinéma. Il écrit et joue contre le temps, contre la maladie qui l’emportera comme il l’avait prédit à l’aube de ses quarante ans.

Bien sûr ici aucune surprise, l’homme, sa passion du jazz, ses chansons, ses écrits, sont connus. Mais voilà assurément un document complet et dense, foisonnant de témoignages, qui éclaire l’image que l’on a de lui et va permettre de le faire découvrir au plus grand nombre.

Boris Vian ou Vernon Sullivan, un auteur que j’ai aimé passionnément dans ma jeunesse et dont j’ai lu quasiment toute l’œuvre, aussi bien les romans que les différents textes et chansons. Je ne pouvais donc qu’être intéressée et intriguée par un nouveau texte sur cet auteur emblématique d’une époque qui nous a quittés il y a soixante ans.

Boris Vian, le sourire créateur est un livre dense, hyper documenté parfois jusqu’à saturation pour un lecteur qui ne serait pas passionné. Mais tellement complet qu’il est indispensable pour bien comprendre l’homme et l’artiste qui se cachent derrière ce nom connu de tous : Boris Vian. Et pour compléter le tout, on trouve à la fin du livre un lexique des mots et expressions emblématiques de l’auteur, sa biographie en quelques dates, ses différentes adresses, sa bibliographie, les titres des principales chansons qu’il a écrites, ses apparitions au cinéma, et un index qui répertorie les noms de ceux qui l’on côtoyé… toute une époque défile dans ces quelques pages.

Catalogue éditeur : Écriture, éditions de L’Archipel

Le 23 juin 1959, Boris Vian est terrassé par une attaque pendant la projection de J’irai cracher sur vos tombes, film tiré de son roman. Il disparaît avant d’avoir eu 40 ans, comme il l’avait lui-même prédit.

« Né sous le signe du poisson-volant », l’inventeur de la roue élastique était imprévisible. Chanteur et polémiste, libertaire mais non contestataire, classique sans cesser d’être d’avant-garde. Mais aussi scénariste, traducteur, bricoleur, peintre, trompettiste, amateur de cylindrées, interprète, fabuliste, acteur, pataphysicien, objecteur de conscience, poète… Et, bien sûr, romancier : le prince de Saint- Germain-des-Prés, alias Vernon Sullivan, avait autant d’identités que de pseudonymes.
Fuyant le « grelot funèbre des prophètes », les musiciens à théories comme les romanciers à  thèses, que pouvait bien cacher l’énigmatique Bison Ravi, ingénieur du verbe, du swing et de la vie ? Quatre-vingts de ses proches, à commencer par Michelle Vian, répondent dans ce livre, dont certains n’avaient jamais témoigné : Guy Béart, Claude Bolling, Juliette Gréco, le maquettiste Massin, Georges Moustaki, J.-B. Pontalis, Jean-Jacques Pauvert, Nadine de Rothschild…
Enrichie de documents rares ou inédits, cette biographie est aussi le portrait d’une époque. Jamais le singulier auteur de L’Ecume des jours et de L’Arrache-cœur n’avait paru si pluriel.

22.00 € / EAN : 9782359052992 / juin 2019

Une bouche sans personne. Gilles Marchand

C’est une plaisanterie ce roman ? Ou c’est du sérieux ? Sous des airs à la Boris Vian, Gilles marchand décortique avec infiniment de finesse les sentiments et le réapprendre à vivre après… mais après quoi d’ailleurs ?

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Avec Une bouche sans personne, Gilles Marchand nous transporte au royaume de l’absurde, dans un univers parallèle fait de concierge décédée et de poubelles entassées jusqu’au premier étage, de voisins tireur de pigeon ou saltimbanque, d’une boulangère qui rêve peut-être de vendre autre chose qu’une simple baguette, d’une mouche qui n‘en fait qu’à sa tête, et d’un distributeur d’eau inapte à apaiser la soif inextinguible de collègues tellement bavards, tellement égoïstes qu’ils en oublient celui qui, pourtant, compte dans le bureau juste à côté. Car le narrateur est comptable, ce métier tellement ennuyeux et cartésien, qui ne laisse aucune place à l’imagination, aucune part de rêve, et c’est tellement mieux ainsi.

Dans cet univers, il y a  aussi et surtout un café où se rassemblent depuis bientôt dix ans ceux qui se sont trouvés là par hasard et pour qui le rendez-vous quotidien est devenu indispensable. Car ils se rejoignent à la même table, le narrateur, Sam et ses lettres, Thomas et ses enfants, servis par la si jolie Lisa qui prend souvent part à leur conversation en venant s’assoir à leur table. Cette présence essentielle est devenue le ciment d’une amitié qui semble irréelle tant leurs vies sont solitaires.

Mais le narrateur a un secret qu’il tient dissimulé sous l’écharpe avec laquelle il cache une partie de son visage. Jusqu’au jour où cette écharpe tombe. Alors au fil des jours il prend la parole, et ses amis, puis les clients toujours plus nombreux, l’écoutent et attendent. Chaque soir le café se rempli de clients passionnés par ce conteur dont on comprend qu’il va peut-être révéler quelque chose de primordial mais que l’on ne peut ni imaginer, ni comprendre. Il évoque avec beaucoup d’émotion les souvenirs de Pierre-Jean, ce grand père tellement atypique. Mais ces mots, cette fantaisie, puis ces silences, est-ce pour contrebalancer la folie douce de Pierre-Jean ?  Ce grand-père qui parle d’humidité du corps lorsqu’il pleure, qui regarde les étoiles en leur attribuant les noms qu’il veut, car après tout elles appartiennent à tout le monde, lui qui veille sur le petit-fils, seul rescapé d’on ne sait quel massacre. Car il parle aussi de singularité et de tendresse, d’amitié et de vérité, et chacun a soif de savoir tout en ayant peur de ce qui va être révélé, où, quoi, quand ?

Voilà un roman tellement émouvant, triste et délicat. Avec juste ce qu’il convient de folie pour ne pas être inconvenant lorsque le lecteur prend la mesure de la réalité qui, tout au long des pages, commence doucement à sourdre, et que l’on pressent, que l’on devine, que l’on rejette de toutes ses forces tant on sait qu’elle sera synonyme de souffrance et de douleur. A la manière d’un Boris Vian, qui cache la  maladie sous la beauté d’un nénuphar, Gilles Marchand a ce côté humble devant l’horreur et la douleur, tout en laissant poindre une folie douce permanente qui allège le récit et nous fait passer du rire aux larmes avec beaucoup de douceur. Voilà assurément un magnifique premier roman.

Merci à Gilles Marchand, rencontré au salon du livre de Boulogne, puis lors de la soirée des 68 premiers romans… savoir qu’un véritable grand-père vient de là-bas m’a fait envisager ce roman différemment, comme une offrande à l’Histoire, au passé, à la famille, aux souvenirs, ceux que l’on comprend mais que l’on ne dit pas, ceux qui construisent une vie…Un premier roman comme une nécessité sans doute.


Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu’il a été défiguré. Par qui, par quoi? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d’après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s’ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s’accrochait à ses habitudes pour mieux s’oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l’esprit fantasque de ce grand-père qui l’avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance.
Léger et aérien en apparence, ce roman déverrouille sans que l’on y prenne garde les portes de la mémoire. On y trouve les Beatles, la vie étroite d’un comptable enfermé dans son bureau, une jolie serveuse, un tunnel de sacs poubelle, des musiciens tziganes, une correspondance d’outre-tombe, un grand-père rêveur et des souvenirs que l’on chasse mais qui reviennent. Un livre sur l’amitié, sur l’histoire et ce que l’on décide d’en faire. Riche des échos de Vian, Gary ou Pérec, lorgnant vers le réalisme magique, le roman d’un homme qui se souvient et survit – et devient l’incarnation d’une nation qui survit aux traumatismes de l’Histoire.

Genre : Roman / 282 pages / Format : 14 x 20,5 cm / ISBN : 9782373050134 /  Date de parution : 25 Août 2016 / Finaliste du prix Georges-Brassens / Sélection CULTURA « Talents à découvrir » 2016 /     première sélection du prix Landerneau

En attendant Bojangles. Olivier Bourdeaut

Dans « En attendant Bojangles » le premier roman de Olivier Bourdeaut il y a l’amour fou, la folie douce, et aimer à la folie, et il y a un couple fou d’amour et tellement fantasque qui vit en dehors du temps. Il y a leur fils, narrateur principal de ce roman étrange, attachant et, en apparence seulement, bien farfelu.

https://i0.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/639/9782363390639_1_75.jpgC’est par la voix du fils que se déroule leur histoire, avec, en parallèle, le récit du père.
Elle, Liberty Bojangles, c’est la mère. Elle danse et vit dans un monde parallèle. Impossible de lui donner un prénom  puisque son mari lui en offre un nouveau tous les deux jours. Lui, il raconte des histoires extraordinaires, possède des garages et en vit bien. Leur rencontre est une fête, ils dansent, tombent amoureux, se jurent de ne jamais se quitter et vivent l’un par l’autre, l’un pour l’autre. Pour vivre intensément cette vie décalée, lui vend tous ses biens. Ils profitent de la vie, des amis invités chaque jour à faire la fête lors de soirées qui s’étirent jusqu’au petit matin, des boissons fortes à gogo, et toujours, de danser sur l’air de Mr Bojangles, de Nina Simone.

Vient un fils, qu’elle aime à la folie, mais folie douce là aussi. Un fils qui sans vraiment tout comprendre, apprend à vivre dans cet univers fantasque, lui qui ment à l’école sur sa vie de famille, et qui ment à la maison sur la vie à l’école, parce qu’il a bien senti que sa famille est unique et différente des autres.

C’est un livre étrange et terriblement émouvant, qui démarre comme une blague, loufoque, superflu, et qui gagne en profondeur au fil des pages. De totalement ensoleillées, bariolées, superficielles, les pages s’assombrissent, la réalité arrive à sourdre des mots, des scènes évoquées tant par le père que par le fils. Car cette folie apparente est une maladie profonde qui va changer la vie du couple, leur relation aux autres, au monde, et à eux-mêmes, puisqu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Et surtout, l’auteur nous pose une question : jusqu’où est-on prêt à aller par amour ? Beaucoup l’ont cité, mais oui, il y a un brin de folie à la façon de Boris Vian dans ces pages, pas égalée certes, mais intéressante. Ici point de nénuphar, mais plutôt des montagnes de courrier, des scènes de folie pas ordinaire et toujours la musique lancinante et omniprésente. Et qui sait si on ne peux pas également penser à la grande Virginia Wolf, en lisant ces pages. Voilà assurément un livre qui se dévore en quelques heures et ne laisse pas indifférent.

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre

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Catalogue éditeur

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.
L’optimisme des comédies de Capra, allié à la fantaisie de L’Écume des jours.

Logo des éditions FinitudeRoman 2016 / 13,5 x 20 cm / 160 pages isbn 978-2-36339-063-9 / 15,50€