Tristesse de la terre ; une histoire de Buffalo Bill Cody, Eric Vuillard.

Quand Eric Vuillard nous invite à faire un tour chez les indiens avec buffalo Bill

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Au MET, New York © DCL-DS2015

Lorsque j’ai arpenté les salles du MET, le Metropolitan Muséeum de New York il y a quelques jours, les superbes bronzes d’indiens exposés dans The American Wing, la partie dédiée aux Etats Unis, m’ont donné envie de vous parler de ce livre découvert en 2014.

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Au MET, New York © DCL-DS2015

Eric Vuillard décrit l’épopée de Buffalo Bill Cody, son spectacle, le Wild West Show, et la façon dont il s’est organisé au fil du temps, agrégeant quelques numéros pour en faire un show gigantesque. C’était un précurseur dans ce domaine, comme l’ont été après lui ces grands cirques qui ont parcouru les Etats Unis d’Est en Ouest au début du siècle dernier. Utilisant toutes les ficelles à sa portée, quel qu’en soit le prix, il réussira à faire vibrer les milliers de spectateurs ébahis par cette transcription d’une ruée vers l’ouest tout à l’avantage de valeureux combattants, contre ces sauvages indiens. Ou comment organiser une vision d’un monde telle qu’on souhaite la voir se perpétuer auprès des foules admiratives. Tout est bon à prendre, la glorieuse entrée en scène de Buffalo Bill, la parade du grand chef indien, Sitting Bull, sifflé par la foule des spectateurs, lui le vainqueur de Little Big Horn, les pauvres indiens qui rejouent une version édulcorée de la bataille de Wounder Knee, ce simulacre d’une bataille glorieuse pour le plaisir des spectateurs, pour la gloire de l’Amérique naissante.

En lisant ce court livre, je n’ai pu m’empêcher de penser au livre de Didier Daeninckx, Cannibale. Même utilisation des « sauvages » pour en faire un show à l’image de ce que cherche le gentil homme blanc civilisé. Bien sûr il est facile de le traduire ainsi aujourd’hui, il faudrait sans doute se replacer dans le contexte pour trouver ce comportement un peu moins cynique, ou pas….
Dans tous les cas, c’est un livre très intéressant, une écriture superbe, vive, rythmée, ponctuée de photos de l’époque, le tout emporte et interroge le lecteur.

Du même auteur, j’ai également beaucoup aimé L’ordre du jour, et 14 juillet.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Tristesse de la terre

Alors, le rêve reprend. Des centaines de cavaliers galopent, soulevant des nuages de poussière. On a bien arrosé la piste avec de l’eau, mais on n’y peut rien, le soleil cogne. L’étonnement grandit, les cavaliers sont innombrables, on se demande combien peuvent tenir dans l’arène. C’est qu’elle fait cent mètres de long et cinquante de large ! Les spectateurs applaudissent et hurlent. La foule regarde passer ce simulacre d’un régiment américain, les yeux sortis du crâne. Les enfants poussent pour mieux voir. Le cœur bat. On va enfin connaître la vérité.

Août, 2014 / 10,0 x 19,0 /176 pages / ISBN : 978-2-330-03599-0 / prix indicatif : 18, 00€