Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc

Vous aimez les belles histoires d’amour ? Vous aimez mieux comprendre l’Histoire, surtout quand elle aborde des sujets encore étonnamment d’actualité ? Alors vous aimerez « Aucune pierre ne brise la nuit » le magnifique roman de Frédéric Couderc, à découvrir d’urgence.

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A la fin des années 90, dans un musée au Havre, deux personnes contemplent le même tableau. Il s’agit de l’œuvre d’un inconnu, mais apparemment tous deux connaissent soit l’auteur du tableau, soit l’époque et le pays, l’Argentine, sujet de l’exposition temporaire « Français d’Argentine ». Lorsque Gabriel propose à Ariane de boire un verre, il ne s’attend certainement pas aux bouleversements qui vont suivre.

Lui est argentin, émigré en France depuis de nombreuses années, il a fui la dictature, les années sombres, et s’est réfugié dans une vie de marin solitaire. Elle est femme de diplomate, les pérégrinations de son mari l’on emmenée à Buenos Aire aux pires moments de la dictature. C’est d’ailleurs là qu’elle a eu le grand bonheur de pouvoir adopter sa fille chérie, Clara. Leurs destins se sont peut-être croisés à ce moment-là, tout comme ils se croisent à nouveau aujourd’hui.

Attiré par cette femme qui lui rappelle tant Veronica, son amour perdu d’Argentine, Gabriel le solitaire va nouer rapidement des liens étroits avec Ariane.

De discussions en découvertes, Ariane s’éveille à la réalité d’une vie dont elle ne soupçonnait rien. A Buenos Aire, elle vivait dans le cocon douillet des expatriés aisés et protégés. Elle comprend au contact de Gabriel les horreurs et la douleur qu’ont vécus les argentins lors de la dictature dans les années 70/80. Celles des jeunes enlevés par la junte, victimes de tortures, disparus à jamais lors des vols de la mort pratiqués par l’ESMA (Escuela de Mecánica de la Armada). Celles aussi des familles représentées par les grands-mères de la place de mai, qui tentent aujourd’hui encore de retrouver leurs petits-enfants, bébés volés par le pouvoir et la plupart du temps adoptés par les nantis protégés par la junte militaire.

De découvertes en soupçons, Ariane comprend que Clara, peut-être… Aussi lorsqu’elle décide de quitter son mari pour enquêter, de partir en Argentine avec Gabriel, puis avec Clara, c’est tout un pan de l’histoire de ce pays que nous dévoile l’auteur à travers son histoire. Mêlant adroitement une belle et intense histoire d’amour – parfois trop belle pour être possible d’ailleurs, tant la douleur et le chagrin peuvent être des obstacles puissants à accepter le bonheur quand il se présente – à une réalité historique édifiante et douloureuse. Le rôle des militaires, la violence de la dictature, les tortures subies par les desaparecidos, le rôle des français de l’OAS en soutien aux tortionnaires argentins, rien ne nous est épargné et c’est tant mieux. Et si le récit foisonne de détails, ils ne sont jamais prégnants et n’effacent pas le plaisir de la lecture, même si avouons-le ils nous tirent parfois quelques larmes, ils nous procurent de grandes émotions.

Ce que j’aime particulièrement dans les romans de Frédéric Couderc, c’est qu’il arrive à créer un subtil équilibre entre l’intrigue romanesque qui fait que l’on s’attache aux personnages et le thème et la vérité historique qui sont particulièrement bien maîtrisés et nous font paraitre un peu moins ignorants. Même si je connaissais en partie ce sujet-là, ayant été attentive également aux drames des bébés volés en Espagne, j’ai trouvé passionnant de mieux comprendre et d’en savoir plus.

Aucune pierre ne brise la nuit est porté par une écriture superbe, fluide, précise et juste, chaleureuse malgré le thème. J’avais déjà été emballée par le précédent roman Le Jour se lève et ce n’est pas le tien qui se passait à Cuba, et nous parlait de ce personnage méconnu qu’était Camillo Cienfuegos. J’ai été de la même façon emportée par la trame romanesque et par l’intrigue de celui-ci, je ne peux que vous conseiller de le découvrir !

💙💙💙💙💙

Si ce thème vous intéresse, lire également Condor, de Caryl Férey, qui évoque L’opération Condor cette vague d’assassinats réalisés en masse sous couvert de lutte contre la guérilla,  conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay,  à cette même période,  au milieu des années 1970.
A propos des bébés volés, il y a eu également le même phénomène dramatique en Espagne, y compris après les années Franco. Lire à ce sujet Mala Vida de Marc Fernandez.


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Dans un musée du Havre, la rencontre entre Gabriel et Ariane n’aurait pas dû avoir lieu – lui le réfugié argentin, elle la femme de diplomate. Mais devant la mystérieuse toile d’un peintre de Buenos Aires, les fantômes du passé ressurgissent, tout comme les ombres de la passion. À l’heure où les enquêtes sur les trente mille disparus sous la dictature reprennent, chacun s’embarque alors dans une quête où la vérité menace d’être plus dévastatrice encore que le mensonge…
Porté par un souffle romanesque puissant, Aucune pierre ne brise la nuit explore les cicatrices infligées par la junte militaire, et rend hommage aux victimes sans sépulture. Une histoire haletante qui sonde les tourments de la recherche identitaire et de l’amour interdit.
320 pages | 19€ / Paru le 3 mai 2018 / ISBN : 978-2-35087-456-2
© Romain Baillon/Millennium Images, UK

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Mon inventaire 2016

Cette année a été riche de découvertes, de nouveaux auteurs, de rencontres avec les auteurs, les blogueurs, et avec tous ces lecteurs qui partagent ma passion dévorante pour la lecture.

Si je devais faire un bilan ? Que c’est difficile ! Dans ma liste à la Prévert il y aurait …

Des romans,
Nathacha Appanah & Tropique de la violence
Négar Djavadi & Désorientale
Gilles Marchand & Une bouche sans personne
Guy Boley & Fils du feu
Frédéric Couderc & Le jour se lève et ce n’est pas le tien

Des romans étrangers,
Isabel Alba & Baby spot
Elena Ferrante & Le nouveau nom

Des BD,
Christopher et Pellejero & The long and winding road

Quelques excellents romans policiers,
Caryl Ferey & Condor
Martin Michaud & Violence à l’origine
Olivier Norek & Surtentions

Un magnifique Carnet de Voyage & Voyage d’encre

Sans oublier le plaisir de découvrir ces poches qui sont déjà devenus des classiques,
Édita Morris & Les fleurs d’Hiroshima
Kamel Daoud & Meursault contre-enquête

Et tous ceux que j’oublie là, mais qui m’ont fait rêver, pleurer, vibrer, aimer, espérer, vivre !

Condor. Caryl Férey

Condor, le dernier roman de Caryl Férey nous entraine de Santiago au désert d’Atacama, des quartiers pauvres aux terres riches, mais avant tout dans l’histoire du chili, et c’est passionnant !

DomiCLire_condor.jpgPour une première fois, quelle aventure ! Je n’avais encore jamais lu de roman de Caryl Férey, voilà qui est fait et surtout qui me donne envie de me plonger dans ses autres opus.

Condor, ça commence par une enquête qui nous mène des bas-fonds de Santiago au désert d’Atacama au Chili. Dans cette banlieue pauvre et abandonnée du pouvoir en place, en une semaine, quatre jeunes meurent de façon confuse, arrêt cardiaque, overdose, les parents s’interrogent, mais la police bâcle l’enquête, ces vies-là valent trop peu pour s’en préoccuper.
Condor, c’est un univers d’où émergent des Justes. Gabriela, indienne mapuche, vidéaste, elle filme tout ce qu’elle voit, veut comprendre et faire éclater la vérité, pour qu’enfin on prenne en considération ces pauvres oubliés du pouvoir en place. Estéban, avocat pourfendeur des causes perdues, fils d’une famille dont la richesse est à ses yeux illégitime car issue des sombres années, est prêt à aider pour faire éclater la vérité. Tout oppose ces deux personnages que tout va rapprocher dans une enquête sombre et violente qui les entraine dans les coulisses de l’histoire de leur pays.
Condor, c’est un plan élaboré sous les années Pinochet – là je ne vous en dis pas plus- c’est surtout une évocation qui va des années noires d’Allende aux années de plomb de Pinochet, de la répression sanglante aux balbutiements d’une démocratie qui ne s’applique pas encore à tous. Un très bon polar, qui m’a vraiment transportée dans un univers de violence et de compromissions, sur fond de CIA interventionniste, de différence de classe exacerbée par l’histoire, dans un pays où les indiens Mapuche sont chassés de ces territoires riches en terres rares et sources de convoitises multiples, bercé de prières chamaniques et de quelques verres de Pisco Sour. On y croise avec émotion Pablo Neruda et Victor Jara, emblématiques personnalités de l’Histoire récente du Chili.

Caryl Férey est un auteur qui met la barre haut, en abordant des sujets politiques, avec lui le polar se fait historique, social, violent, pour écrire il faut de l’ambition et le lecteur apprécie le résultat. L’auteur connait bien ce pays et cela se sent dans ces lignes, dans les ambiances, au détour d’un village, d’un paysage désertique où l’on va suivre Gabriela et Estéban, au fond d’un bar, un verre à la main… Allez, j’ai bien envie d’aller le goûter ce Pisco Sour, pas vous ?

Pour compléter la lecture de Condor, vous pouvez aller voir la Conversation privilégiée d’Antony avec Caryl Férey sur lecteurs.com et la chronique d’Antony sur son blog.


Catalogue éditeur : Gallimard

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Avec Caryl Férey, remise prix du meilleur polar des lecteurs de Points

Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée…

416 pages, sous couverture illustrée, 155 x 225 mm / Genre : Romans et récits / Sous-genre : policiers Catégorie > Sous-catégorie : Policiers > Thrillers / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070143528