Des femmes qui dansent sous les bombes. Céline Lapertot

Quiconque s’empare de mon corps de femme, je le tue.
Quiconque me marche dessus, je le tue.
Quiconque cherche à me coucher, je le tue...

« Des femmes qui dansent sous les bombes » un titre étrange, et une quatrième de couverture qui donnent envie de découvrir le roman de Céline Lapertot. Un coup de cœur !

Dans ce roman, nous faisons connaissance avec les souffrances et la force de Séraphine, devenue une lionne impavide après le massacre de sa famille, avec Blandine, avec ces femmes qui, pour ne pas mourir, vont danser sous les bombes. Mais cette danse-là n’a rien de poétique ni d’imagé. Elles vivent au Congo, mais cela pourrait être en Afrique ou dans n’importe quel pays en guerre. Là où la vie d’une femme et son intégrité sont bien trop souvent de vains mots, quand les hommes, tous puissants, se servent, violent, pénètrent, éventrent, massacrent, tuent (les faibles, les enfants, bien sûr) mais surtout les femmes, premières victimes des violences et des exactions, partout et de tous temps. C’est aussi un roman qui monte l’indicible, les sentiments de honte, de peur, d’un père qui assiste au massacre de sa femme ou de ses filles, ce regard de désespoir que l’on peut ressentir et imaginer, tant les mots sont précis et forts.
C’est avant tout un hymne à la femme, résistante, confiante, courageuse, et cependant toujours fragile. Il y a infiniment de puissance dans ces lignes, de sentiments très forts, d’amitié, de confiance, de courage. Il y a aussi des peurs et des victoires, sur soi-même d’abord, puis sur l’autre, l’ennemi, le milicien, celui qui tue impunément le plus souvent, puisque l’acte de tuer, de se rebeller, de se défendre, n’est pas un sentiment naturel chez ces femmes. Elles donnent la vie, élèvent les enfants, cultivent la terre, nourrissent leur famille. Elles n’ont pas été élevées pour tuer, mais doivent se lever et se défendre pour vaincre le mal qui gangrène leur pays, leur tribu.

Écrit avec des mots superbes de justesse et de retenue, c’est un livre sur la passation du savoir, l’entraide, l’amour de son pays, l’amour de l’autre que l’on défend au péril de sa vie, sur les choix que l’on fait ou que l’on aurait dû faire et qui décident d’un avenir, sur le goût amer de la défaite aussi.
La construction est intéressante, présentant une alternance de personnages qui s’adressent à une journaliste qui filme et interroge. Mais ce n’est ni lourd ni répétitif, au contraire. Les chapitres sont courts et on s’attache rapidement aux différents personnages que l’on voudrait mieux connaitre tant leurs personnalités sont passionnantes. Un très beau roman.

domiclire_POL2016  Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : Viviane hamy

« Savez-vous pourquoi l’on a accepté de nous livrer ainsi à vous, dans ce que nous avons de plus intime. C’est parce que vous avez marché avec nous. Vous avez couru à nos côtés, la caméra embarquée. Vous avez marché aux côtés de nos mères, lorsqu’elles vendaient nos haricots, nos œufs et notre lait. Vous avez partagé la sueur de nos mères. Vous les avez suivies tout le temps. Vous nous suivez partout, que nous nous battions, que nous vendions, que nous produisions. Vous avez constaté une chose : nous marchons. Nous marchons toujours. La marche est notre socle, le fondement de notre petite civilisation de femmes. Nous marchons pour vendre, nous courons pour fuir mais nous marchons encore pour tuer. »
Dans ce pays d’Afrique, la guerre civile fait rage et nul destin n’est tracé. Celui de Séraphine s’annonce heureux – elle épousera bientôt l’homme qu’elle aime –, mais il bascule lorsque des miliciens saccagent son village. Lire la suite

Parution : 03/03/2016 / Collection Littérature française / ISBN : 9782878583014 / Pages : 200 p. / Prix : 18€

 

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