Le cinéma de rêve face à la mer, Holly Hepburn

C’était la dernière séance, et le rideau sur le film est tombé, ou pas…

Parce que le cinéma de notre enfance est souvent celui qui incarne le meilleur dans nos souvenirs, surtout quand il est découvert lorsque votre ami resquilleur vous montre le chemin, à cet âge on n’a peur de personne, et qu’il est accompagné des meilleures crèmes glacées italiennes de la région. Et enfin, quand le fabricant de ces merveilles n’est autre que votre grand-père alors oui, ce cinéma est un trésor pour les souvenirs.
Aussi, lorsque Gina apprend par sa grand-mère que son grand-père a besoin d’aide pour tenir sa fabrique, elle n’hésite pas une seconde à quitter Londres et son ami Matt pour aller les aider.

C’est un joli retour aux sources, sur fond de ligne de chemin de fer à vapeur, de gare en restauration, de cinéma art Déco qui se meurt, d’ami d’enfance retrouvé, de sentiments amoureux ambigus, et de restauration tant matérielle pour les bâtiments oubliés que personnelle pour les humains qui souvent ont oublié leurs rêves et leurs envies pour avancer.

Un livre fort sympathique pour les vacances, sans prise de tête, au parfum sucré des gelato de Ferdie. Amitiés, entraide, réveil d’une ville balnéaire en déconfiture, viennent agréablement pimenter le séjour de Gina.
Un bémol, le roman est en deux parties qui semblent inutiles, en particulier vu le nombre de pages, cela aurait évité des redites. De plus il me laisse une impression de pas assez car nous ne saurons pas la fin, ou peut-être que celle que j’attendais était autre dans mon imaginaire de lectrice. Et puis il faut attendre la parution de second tome pour connaître la fin, ah, dommage.
C’est malgré tout une lecture plaisante et joyeuse, humaine et chaleureuse qui dans tous les cas peut faire du bien.

Lu dans le cadre du jury du Grand Prix des Lecteurs Pocket catégorie littérature étrangère.

Catalogue éditeur : Pocket

Le plus beau des cinémas est toujours celui de son enfance. Il faut dire que le Palace, avec sa belle façade Art déco décatie et sa vue imprenable, est une merveille en soi. Si Gina, trentenaire londonienne, l’aime tant, c’est aussi que le hall abrite la gelateria de ses grands-parents. Or, tout comme le cinéma, la boutique menace de fermer ses portes. De retour en Cornouailles, la jeune femme compte bien mettre à profit cette parenthèse pour les rénover. Et, pourquoi pas, relooker sa vie ! Glaces à l’italienne et fauteuil pour deux… Demandez l’programme.

EAN : 9782266321464 / Nombre de pages : 288 / 7.10 € / Date de parution : 05/05/2022

Un dernier Charleston Louise, Daniel Bernard

Rencontrer Louise Brooks, inoubliable star des années folles

A l’aéroport d’Idlewild de New-York, Angela accompagne Hans-Jorg, son époux atteint d’un cancer qui part faire des adieux à sa famille en Allemagne. Quelques années plus tôt, le couple a fui Allemagne nazie et s’est réfugié aux États-Unis. S’ils ont décidé de ne rien avouer de la maladie qui les frappe, le moment est pourtant venu d’aller retrouver la famille et de resserrer les liens distendus par les années et la distance.

À côté d’elle, une belle femme brune fait également des adieux à un passager du Constellation en partance pour la même destination. Elles entament une conversation et prennent un verre ensemble pour se remettre de leurs émotions. Ce sera le début d’une étrange amitié.

Cette belle femme brune n’est autre que Louise Brooks, l’actrice emblématique du cinéma muet des années folles. Elle doit sa gloire à un unique film, Loulou, qui est sorti à la fin des années 20. Ce film qui l’a fait connaître et qui sera ressorti des limbes dans lequel il se détériorait par Henri Langlois. C’est lui qui initie la restauration des bobines du film et qui redonne vie à Louise Brooks en la mettant en lumière en cette année 1956.

Tout au long du roman, par les conversations qu’elle a avec Angela, Helmut, et tant d’autres, et dans lesquelles elle égrène ses souvenirs, Louise Brooks revit sous nos yeux. Les années de gloire, la chute, les voyages, Berlin, Paris, New-York, les nombreux amants, les blessures de l’enfance jamais effacées, le succès puis l’oubli, l’écriture et le travail à la fondation Eastman qui lui a permis de vivre toutes ces années pendant lesquelles le cinéma l’a oubliée.

Je connaissais très mal la vie de cette actrice dont chacun connaît pourtant au moins le nom et la coiffure si caractéristique, frange et carré coupé court dévoilant la nuque. J’ai apprécié de la découvrir avec ses qualités et ses défauts, et de revisiter à travers sa carrière une partie de l’historie récente de nos deux continents que sont l’Europe et l’Amérique du Nord.

Catalogue éditeur : éditions Lemart

Alors qu’Angela accompagne son mari à l’aéroport d’Idlewild de New-York, un soir de 1957, elle fait la rencontre d’une femme brune : » Je ne me suis pas présentée. Je suis Louise Brooks ! » C’est l’actrice du muet, rendue célèbre 30 ans plus tôt pour son rôle dans Loulou.
Louise, elle, raccompagnait Helmut à son avion. Il avait été 3e assistant sur le film de Wilhem Pabst. Que s’était-il réellement passé entre eux à l’époque ? A peine quelques verres de gin consommés, son passé resurgit au fil de la conversation.
Le départ de l’avion Lockheed Constellation ouvre le roman, avec le vrombissement de ses quatre moteurs et leurs panaches de fumée.

EAN : 978B08SW5CN7Q / 205 pages / 13/01/2021 / 19,90€

Toboggan, Jean-Jacques Beineix

Se laisser glisser sur le Toboggan de la vie, émotion garantie avec l’excellent roman d’un cinéaste de talent

Découvrir que Jean-Jacques Beineix vient d’écrire un roman, à coup sûr cela donne envie de le lire. Surtout quand on se souvient de l’effet de 37,2 le matin sur la jeunesse qui découvrait ce film. Cette façon très personnelle de mettre en scène et en lumière ses personnages. Vais-je être autant bouleversée et séduite, intriguée et intéressée ?

Alors qu’il file depuis sept ans le parfait amour avec Solène, trente ans à peine, le narrateur se fait larguer par sa belle. Elle a rencontré un bellâtre marchand de voitures et photographe à ses heures, à New-York où elle était partie quelques mois. Elle le quitte sans plus d’explications pour cet homme bien plus jeune.

Si pendant des années de bonheur et de passion, leur différence d’âge était importante, elle ne semblait pas être un obstacle, aujourd’hui elle semble rédhibitoire. L’ancien cinéaste repasse en boucle le film des années de bonheur avec celle qui avait tout pour être La femme de sa vie. Car depuis elle, finies les conquêtes d’une nuit ou de quelques jours, Solène lui a révélé l’amour avec un grand A. Solène et leur rencontre improbable, leurs grandes discussions interminables, leur passion commune pour la musique et le piano, et la fusion des corps, incandescente et flamboyante.

Il écrit dans des carnets, et de souvenirs heureux en idées noires, le soixantenaire éconduit refait le parcours de cet amour dont il sait déjà qu’il sera le dernier. A cette rupture vient s’ajouter la découverte d’une maladie. Comme pour confirmer que le temps passe inexorablement, son corps l’abandonne, malgré ses efforts, malgré le yoga, les traitements, la volonté de guérir. Mais si l’on peut guérir un cœur brisé par une rupture, il n’est pas aussi facile de guérir un corps usé. Les questionnements du narrateur interrogent notre capacité à décider de notre fin de vie avec réalisme et une grande humanité. Un sujet aussi sensible et difficile qu’actuel.

Jean-Jacques Beineix  signe un premier roman sur le temps qui passe et la peur de vieillir. L’écriture très descriptive permet au lecteur de s’emparer facilement des situations, des paysages. Les scènes sont comme photographiées, les phrases et les mots comme posés sur les émotions, les sentiments. Les personnages ne sont pas forcément très attachants, mais on imagine aisément le désespoir de cet homme que l’on suit avec un intérêt grandissant à mesure que se dessine son projet.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Il y en a toujours un qui aime moins que l’autre, malheur au perdant.

Toboggan est le récit poignant d’une rupture entre une jeune femme dans la trentaine et un homme, cinéaste en panne de création, qui en a le double. Alors que l’homme ne cesse de rejouer le film de cette histoire d’amour qui lui a échappé, il réalise aussi que ses plus belles années sont derrière lui. La femme aimée prend successivement les visages de l’amante solaire et ingénue ou de l’infidèle cruelle. Au terme de l’autopsie du couple, y aura-t-il une renaissance pour l’homme blessé ?

Parution : 20/02/20 / Prix : 19.95 €  / ISBN : 9782749930794