Un été de neige et de cendres, Guinevere Glasfurd

Quand une catastrophe locale perturbe l’équilibre du monde

Le roman de Guinevere Glasfurd évoque l’éruption du volcan Tambora sur une ile indonésienne en 1815, la plus terrible éruption jamais enregistrée de mémoire d’homme. Les coulées de lave, les incendies, les pluies de cendres qui ont recouvert les environs, mais aussi la famine qui s’en suivit ont provoqué la mort de  plus de 90 000 personnes dans la région. Le plus terrible est que les effets se sont également répercutés à travers le globe pendant plusieurs mois, entrainant des pluies, le froid et même de la neige en été, des inondations ou au contraire la sécheresse, perturbant profondément les récoltes et entrainant une grande famine dans de nombreux pays. Emeutes, révoltes, vont alors se succéder sans qu’aucune solution ne puisse être envisagée.

L’auteur à l’intelligence de faire se croiser plusieurs destins, sur des contrées éloignées du lieu du sinistre, et de placer parmi les protagonistes des personnages connus de l’Histoire du XXe siècle.

Un obscur médecin écrit son journal des événements à bord du bateau qui a pu accoster sur l’ile en Indonésie juste après l’éruption et les mois suivants. En Europe, les effets du volcan se font peu à peu sentir sans que l’on en comprenne la cause. Mary Shelly passe l’été en Suisse avec son époux, des amis et son fils. Pluie, grisaille, froid, la situation singulière vécue alors pourrait avoir inspiré l’auteur d’un unique chef-d’œuvre, Frankenstein. En Angleterre, le talentueux peintre John Constable court après la reconnaissance de l’Académie et surtout l’argent pour épouser celle qu’il aime depuis tant d’années. La situation catastrophique n’est pas des plus favorables pour l’artiste qui peine à trouver des commandes. Les bouleversements engendrés par cette catastrophe climatique dans son milieu familial permettent de mieux comprendre l’origine de certaines révoltes paysannes.

Sarah est une fille de ferme qui doit mendier du travail à la journée pour que sa famille ne meure pas de faim. Les ouvriers agricoles et d’anciens paysans affamés comme elle, l’entrainent à participer aux émeutes. Hope Peter est un jeune soldat qui revient de Waterloo, auréolé de la gloire des vainqueurs des guerres napoléoniennes. Enfin, Charles Whitlock est un pasteur bien démuni. Il n’a que ses prières à offrir à ses ouailles affamées et malades, et son amour à donner à la belle Laurel.

Le roman alterne de courts chapitres sur chacun des différents protagonistes, nous plongeant dans leur vécu avec plus ou moins de bonheur et d’intérêt. Nous vivons avec eux les affres de la faim, leurs interrogations sur l’avenir et le pourquoi de ces étranges situations, la violence subie, le poids des inégalités sur la vie des plus pauvres, sur des destins aussi désespérés les uns que les autres.

Pourtant, une des grandes questions que pose ce roman est bien celle des effets que peut avoir une catastrophe à un point du globe sur la planète entière. Et par là même, celle des dérèglements climatiques engendrés par quelques puissances et leurs conséquences sur notre planète. On se souvient trop peu souvent de la théorie du chaos et de l’effet papillon. Bien sûr face aux catastrophes climatiques, nous sommes bien peu de choses. Mais si au moins cette lecture pouvait nous rappeler que nous pouvons agir chaque jour à notre niveau pour sauvegarder l’équilibre de la planète.

Catalogue éditeur : Préludes

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Claire Desserrey.

Été 1816. Un été polaire, comme de mémoire d’homme  on n’en avait jamais vu… Sarah Hobbs, une fille de ferme courageuse et déterminée, et Hope Peter, un jeune soldat de retour des guerres napoléoniennes, tentent de résister à la misère qui guette les campagnes et les villes.  Cet été-là, l’écrivaine Mary Shelley et le peintre John Constable décident aussi de leur destin au prix d’intenses sacrifices. Tous subissent les conséquences sans précédent de l’éruption du volcan Tambora, en Indonésie, un an auparavant.

Porté par une plume précise et poétique, et par  des personnages inoubliables, Un été de neige et de  cendres s’inspire d’une catastrophe climatique mal connue et raconte comment le sort du monde et celui des hommes sont inextricablement liés.

Guinevere Glasfurd vit dans les Fens, près de Cambridge. Auteure de nouvelles remarquées, elle a obtenu une bourse du Arts Council England pour l’écriture des Mots entre mes mains, qui a été finaliste du Costa First Novel Award et du Prix du roman Fnac. Un été de neige et de cendre est son deuxième roman. 

Prix : 18.90 € /Ebook 13.99 € / Parution: 02/09/2020 / Pages : 448 /EAN : 9782253040484

Jamais, Duhamel

Quand une veuve pêchue et aveugle fait de la résistance et affronte les éléments… Jamais, une BD touchante et humaniste

Jamais ! C’est dit, Jamais Madeleine n’acceptera de quitter la maison qu’elle partage avec le souvenir de Jules, son marin de mari.

Mais Madeleine aveugle et vieille a perdu son mari en mer, et aujourd’hui, sa maison est prête à basculer dans le vide. Car à Troumesnil, sur la côte normande, l’érosion de la falaise est critique. Seule maison à rester encore debout, elle s’effondrera comme les autres. La catastrophe écologique qui s’annonce est d’ailleurs plus visible ici qu’ailleurs. Pourtant monsieur le Maire, responsable pénalement de ces concitoyens, va tout tenter pour la faire changer d’avis. Par la force ou la douceur, par les armes ou la roublardise. Mais Madeleine n’est pas de ces femmes-là. Il faut se rendre à l’évidence, bien qu’aveugle, elle se rend tout à fait compte des évolutions du climat et des changements du paysage… Elle assume tout, y compris sa solitude, dans cette maison chargée des souvenirs de sa vie d’avant.

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait la faire changer d’avis, pour sa propre sécurité ? À découvrir en lisant cette BD particulièrement réussie.

Avec un graphisme aux couleurs claires et douces, au trait vif et allègre, l’auteur nous dévoile des sentiments à travers des situations cocasses ou dramatiques et des échanges aussi légers que drôles entre les différents personnages. Les dialogues sont subtils, fins et réalistes et plongent le lecteur dans une réalité contemporaine qui bien que menaçante est très touchante.

Le petit plus : les photos en fin d’album, qui montrent où l’auteur a puisé son inspiration…

Catalogue éditeur : Grand Angle

Dessin & Couleur : Bruno DUHAMEL

Face à une catastrophe naturelle, il faut une force de la nature. Madeleine, c’est les deux.

Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.

Prix France : 15,90 € / 54 pages / Paru le 10 Janvier 2018 / ISBN 978-2-81894-381-6

Doggerland, Elisabeth Filhol

Avis de tempête en mer du nord ? Avec « Doggerland » d’Elisabeth Filhol, passé et présent se rejoignent pour ouvrir les failles et braver les éléments.

Ouvrir Doggerland d’Elisabeth Filhol et voir d’abord ce mot, Dogger, qui évoque les bulletins de météo marine.
Puis le Doggerland, cette terre immergée entre l’Angleterre et le Danemark qui était très certainement habitée il y a quelques 8 millions d’années.
Enfin, cet avis de tempête en mer du Nord, et la rencontre improbable de deux personnes qui se sont perdues de vue depuis trop longtemps. 

Margaret et Marc doivent se rendre à un congrès annuel d’archéologie sous-marine. Ils ne se sont pas revus depuis 22 ans, lorsque Marc avait quitté Margaret de façon assez abrupte. Depuis, leurs vies se sont déroulées chacun de leur côté, mariage et enfant pour l’une, travail, voyages et fuite en avant pour l’autre. Chacun sait que l’autre sera présent, chacun redoute, espère ou craint la rencontre improbable qui va forcément arriver.

L’auteur a une façon incroyable de nous plonger dans cet avis de tempête et de nous immerger autant dans les strates qui composent le sous-sol de la mer du Nord que dans les couches successives qui composent également la vie de ses deux principaux protagonistes. Croisement de deux vies, mais avant tout explications techniques, descriptions sur le climat, la géologie, l’économie, l’exploitation des hydrocarbures, puis, comme en analogie subtile, l’exploitation des sentiments, la façon dont ils émergent ou se perdent à jamais. Décisions, destin, choix, comment chacun compose du mieux qu’il peut et avance.

Indiscutablement voilà un roman qui se lit facilement malgré la technicité de certains passages, et qui interroge sur la vie que l‘on a et surtout ce que l’on en fait.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : P.O.L

Faut-il donner la clef d’un roman ? En général la réponse est non, car une des forces du roman, contrairement à d’autres formes de récit, est précisément de laisser le champ libre à une variété d’interprétations. En tant que lectrice, j’aime entrer et circuler dans un texte de fiction sans que le chemin soit entièrement balisé. En tant qu’auteure, la question s’est posée à une étape cruciale de l’écriture de Doggerland, quand après avoir erré, j’ai pu enfin mettre un mot sur le fonctionnement (ou plutôt le dysfonctionnement) de chacun des deux personnages principaux. Quelque chose alors s’est…Lire la suite

Elisabeth Filhol est née le 1er mai 1965 à Mende en Lozère. Études de gestion à l’université Paris-Dauphine. Expérience professionnelle en milieu industriel : audit, gestion de trésorerie, analyse financière et conseil auprès des comités d’entreprise. Vit aujourd’hui à Angers.

janvier 2019 / 352 pages, 19,5 € / ISBN : 978-2-8180-4625-8