Marguerite. Jacky Durand

De 1939 à 45, Marguerite aime, Marguerite vit, Marguerite espère, son mari, la fin de la guerre, un improbable amour, et Jacky Durand signe là un bien joli premier roman.

DomiCLire_marguerite_jacky_durand.jpgPendant la seconde guerre mondiale, Marguerite tente de vivre normalement dans son petit village étriqué. Pierre, celui qu’elle aime, qu’elle a épousé et avec qui elle n’aura vécu que quelques mois est sur le front. D’abord la ligne Maginot à défendre, puis le stalag et la vie de prisonnier en Allemagne, en attendant la libération.

Pendant ce temps, Marguerite doit affronter la curiosité des voisins,  la difficulté, au quotidien et saison après saison, à réaliser des travaux d’hommes, ceux que Pierre accomplissait en rentrant du travail, puis le travail à l’usine, le contremaitre libidineux et prêt à abuser des ouvrières, le marchand de bois qui abuse de la détresse des femmes pour profiter d’elles, pauvres malheureuses qui quémandent quelques bûches pour ne pas mourir de froid.

Dans l’univers de Marguerite  il y a tout d’abord Germaine, la voisine qui, bien que trop curieuse est malgré tout un présence rassurante ; il y a Raymonde, la postière libre et courageuse, qui lui offre l’opportunité de travailler pour sortir un peu de chez elle ; André le jeune Gitan, qu’elle prend sous son aile, nourrît les dimanches en échange de quelques travaux, pas de façon assumée car chacun a sa fierté, mais avec une tendresse et un compréhension mutuelle des malheurs de l’autre qui les rapproche. Enfin il y a Frantz, l’Allemand au regard bleu azur, le soldat qui parle si bien français, qui est droit et honnête et cherche à faire du bien, qui prend soin de Marguerite un peu contre son grès, et ce malgré la guerre et sa position d’occupant, dans ce petit village où les langues et les médisances ont vite fait de semer le doute et le mal. Frantz, comme certainement tant d’autres, aurait aimé un ailleurs autrement, mais il est malgré lui impliqué dans cette guerre.

Voilà un beau premier roman, qui certes décrit une période sombre, mais qui évoque avec tant de justesse les sentiments, l’amour fou, l’absence et l’oubli, la solitude et la fidélité, les incertitudes, les interrogations et les envies légitimes d’une jeune femme qui se découvre, qui évolue, qui grandit et décide d’être et de vivre, envers et contre tous, quoi qu’il en coûte.

Extrait :

C’est le silence qui surprend désormais après la colère des hommes. Comme s’il ne s’était rien passé en cette fin d’août 1944 dans cette sous-préfecture endormie par la chaleur. Sauf une pluie d’orage qui a déposé une odeur de mouillé sur le gravier échauffé où une vieille traine les pieds dans des chaussures trop grandes. On entend le chuintement pénible de ses pas qui s’éloignent alors que monte le bruit rauque d’un char Sherman remontant du fleuve. La guerre est bien encore là.


Catalogue éditeur : Carnets Nord

Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Parution : jeudi 26 janvier 2017 / ISBN : 9782355362330 / 240 pages / 17 €

A la place de l’autre. Guy Rechenmann

Dans « A la place de l’autre » Guy Rechenmann nous entraine dans les méandres de la pensée de son flic fétiche Anselme Viloc, le dénicheur de grain de sable.

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Autant le dire, un petit moment d’adaptation m’a été nécessaire pour comprendre pourquoi ce « flic de papier » travaille à l’instinct et à l’ancienne sur des affaires que personne à part lui n’a flairé comme étant potentiellement à creuser. C’est tout simple : Anselme Viloc est inspecteur dans la région du bassin d’Arcachon, mais dans les années 90 !
Alors qu’il fait son jogging sur la pointe du Cap Ferret, Anselme Viloc croise une femme assise devant un blockhaus. Elle est prostrée, en catatonie depuis des heures apparemment. Et comme Viloc marche à l’instinct, il s’en inquiète. A juste titre d’ailleurs, puisqu’il est impossible de savoir qui elle est, de la faire parler, d’échanger quoi que ce soit de « raisonnable » avec elle. Photos dans les journaux, enquête, investigation classique, rien n’y fait et sans l’obstination de Viloc, l’affaire aurait sans doute été classée ou confiée à un autre service.

Nous voilà emportés dans un polar assez déroutant au départ, car il se passe 30 ans en arrière. Là, point de téléphone portable, d’ordinateur ou de geek pour trouver en quelques clics des solutions improbables. Nous sommes face à un bon vieux flic, enfin, vieux pas tant que ça quand même, qui travaille avec une équipe finalement peu visible, accompagné dans ses réflexions par Lily, une gamine affutée et très sensée, et aidé par Léonard un dessinateur singulier et terriblement intéressant. Mais surtout Anselme se guide à l’instinct, il a du caractère et sait être peu respectueux de la hiérarchie quand il sent qu’il est sur la bonne voie. Le commissaire n’apprécie pas trop ce type d’enquête, sans mort, ni cadavre et lui laisse peu de temps pour la résoudre. Finalement, de péripétie en péripétie, puis de cadavre en incendie, Viloc soulève un lièvre bien plus gros que ce qu’il n’y parait au départ. Il creuse dans le passé des protagonistes et fait émerger quelques relents nauséabonds de la grande Histoire. J’aurai d’ailleurs aimé un peu plus de lignes sur cet épisode et sur la résolution de cette énigme particulièrement bien fouillée. Viloc nous entraine dans la réalité et les à côté de la seconde guerre mondiale, plonge dans la vengeance, la manipulation, et va bien plus loin dans la psychologie humaine que ce qu’on y voit de prime abord.
Dans ce roman, il n’y a pas profusion de sang ou de violence, ce qui prouve que pour tenir son lecteur ce n’est pas forcément indispensable. De longues digressions nous entrainent dans les pensées et les souvenirs d’Anselme, dans sa région, ses enquêtes précédentes (opus néanmoins compréhensible sans avoir lu les précédents) avant de dévoiler le mystère qui fera comprendre au lecteur toute la puissance de son titre « A la place de l’autre ». Atypique, un peu flâneur, poète et en apparence rêveur, Viloc est certainement un flic à connaitre et à suivre !

💙💙💙

Petite promenade du côté du Cap Ferret …


Catalogue éditeur : Vents Salés

Il s’agit de la troisième enquête d’Anselme Viloc, un flic atypique et obstiné. Après Flic de Papier et Fausse Note, il revisite le genre policier d’une façon nouvelle et inattendue grâce au même personnage.
Guy Rechenmann écrit ses romans au Cap-Ferret.

Un jour de septembre, 6 h 45. La pointe du Cap-Ferret est déserte. Les touristes ont décampé et les rares sédentaires ne se risquent pas si tôt face à un océan d’humeur changeante. Alors que fait là cette silhouette immobile perdue au milieu des blockhaus ? Qu’attend-elle, cette jeune femme ?
Cela m’interpelle, moi, Anselme Viloc, le « flic de papier ». En règle générale je fuis les enquêtes ordinaires, j’ai le don de dénicher le grain de sable qui grippe les belles mécaniques assassines. Je ne lâche aucune affaire !
La guerre et les bâtisseurs du mur de l’Atlantique, un enfant et un chat, autant d’indices à prendre en compte.
De Bouliac à la Chalosse, d’Arcachon àAndernos, Marie, Clémence, Marina… trois générations d’une même famille. Noyées dans la folie…

Collection Noire  Couverture souple – 288 pages – Format : 21×15 cm