Les dieux du tango, Carolina de Robertis

« Les dieux du tango », ou l’histoire d’un destin bouleversé sur fond de musique argentine !

couverture du roman de Carolina de Robertis, les dieux du tango éditions Le Livre de Poche, photo Domi C Lire

Depuis le petit village d’Alazzano en Italie jusqu’à Buenos Aire en Argentine, Leda part à la rencontre de son cousin Dante, son époux par procuration. A son arrivé à Buenos Aires, Dante n’est pas sur le quai pour l’attendre. Son époux a disparu, et Leda suit son ami Arthuro jusqu’au conventillo, ces immeubles où habitent les familles des émigrés. Que faire alors, rentrer au pays, trouver un autre mari ?

Lors de son départ, son père lui a confié un violon qui est dans la famille depuis plusieurs générations, ce violon que les femmes n’ont pas le droit d’utiliser, mais qui l’attire inexorablement. Et si prendre l’apparence d’un homme était la solution, si pour s’affranchir de tous ces carcans il fallait revêtir les habits de Dante ?
Voilà le lecteur immergé dans la vie de Leda la passionnée vite emportée par la musique dans ce monde parallèle des musiciens de cabarets et surtout vers les prémices de cette musique emblématique qu’est le tango argentin. De plus, si le tango est la musique de la sensualité par excellence, sous ses habits masculins et le poids de sa grande solitude, l’éveil de Leda à sa propre sensualité va l’orienter vers les personnes de son sexe, désirs inavouables mais bien réels…

Tout en abordant avec justesse et réalisme ces vagues d’émigration qui ont peuplé les Amériques des années 1900, en particulier pendant l’entre deux guerre, il y a sous-jacent à cette aventure musicale, un rappel indispensable sur la condition des femmes. Étonnant témoignage d’une réalité de cette époque. Tant pour leur difficulté à vivre au milieu de la société, elles qui sont souvent recluses entre femmes dans les conventillos, à travailler, à vivre seule dans une société largement patriarcale.

Voilà donc une belle évocation de cette époque, de la condition féminine, des affres de l’émigration, mais aussi de la passion dévorante pour une musique emblématique devenue aujourd’hui intemporelle.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu’elle vient d’épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père. Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n’est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, l’envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville la retient. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Déguisée en homme, elle s’immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s’engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d’elle-même.

Editeur d’origine : Le Cherche Midi / 512 pages / Date de parution : 29/05/2019 / EAN : 9782253071228

Reste avec moi, Ayobami Adebayo

Ce roman inoubliable de Ayòbámi Adébáyò nous transporte dans le cœur d’une femme en mal d’enfants. Formidable surprise, « Reste avec moi » ne laisse absolument pas indifférent.

couverture du roman "Reste avec moi" Ayobami Adebayo photo Domi C Lire

Yejide a rencontré Akin à l’université. Pour cet homme, une seule certitude, c’est la femme de sa vie. Leur mariage est une évidence. Tout irait pour le mieux si seulement Yejide pouvait donner un héritier à ce fils ainé, comme le veut la tradition. Car au bout de quatre ans, aucune grossesse n’est venue récompenser le couple. La famille s’en mêle, et voilà Akin pourvu d’une seconde épouse, plus jeune, plus jolie.

Depuis plusieurs années déjà, Yejide a tout tenté pour avoir ce bébé tant attendu, et rien ne lui a été épargné… pourtant ce rêve fou met du temps à se réaliser. Jusqu’au jour où… puis les enfants sont là, mais leur vie ne tient parfois qu’à un fil.

Sur fond de bouleversements politiques dans ce Nigéria des années 80, nous assistons avant tout à la lutte sans merci d’une femme pour sauver son couple, pour rester maitre de sa vie, de son foyer, en résistant de toute son âme à la famille, au poids des traditions, mais aussi à la lâcheté et au mensonge. Ayòbámi Adébáyò décrit avec une grande justesse la complexité des sentiments qui habitent tant Yejide que Akin, son époux. Il y a dans ces pages toute la dualité entre l’amour dans le couple et la fidélité aux règles qui régisse la famille africaine, le respect des ainés et de sa propre liberté, toute la difficulté qu’il peut y avoir à trouver la limite entre la confiance et la duplicité, le silence et la vérité.

Une écriture superbe de véracité, d’émotions et de sentiments forts, une belle lecture qui transporte ses lecteurs dans une autre dimension, et un roman que l’on n’a absolument pas envie de lâcher avant la dernière page. Je vous le conseille vivement !

Catalogue éditeur : éditions Le Duc.s Charleston

Avec pour toile de fond les bouleversements politiques du Nigeria des années 1980, le portrait inoubliable d’une femme qui fait le choix de la liberté… envers et contre tout.

Yejide et Akin vivent une merveilleuse histoire d’amour. De leur coup de foudre à l’université d’Ifé, jusqu’à leur mariage, tout s’est enchaîné. Pourtant, quatre ans plus tard, Yejide n’est toujours pas enceinte. Ils pourraient se contenter de leur amour si Akin, en tant que fils aîné, n’était tenu d’offrir un héritier à ses parents. Yejide consulte tous les spécialistes, médecins et sorciers, avale tous les médicaments et potions étranges… Jusqu’au jour où une jeune femme apparaît sur le pas de sa porte. La seconde épouse d’Akin. Celle qui lui offrira l’enfant tant désiré. Bouleversée, folle de jalousie, Yejide sait que la seule façon de sauver son mariage est d’avoir un enfant. Commence alors une longue et douloureuse quête de maternité qui exigera d’elle des sacrifices inimaginables.

Née à Lagos, Ayòbámi Adébáyò a étudié l’écriture aux côtés de Chimamanda Ngozi Adichie et Margaret Atwood. À tout juste 29 ans, elle est l’auteure d’une œuvre saluée par de nombreux prix littéraires et reconnue comme une écrivaine d’exception. Reste avec moi, son premier roman, a été traduit dans 18 pays et a été sélectionné pour quatre prix littéraires, dont le prestigieux Women’s Prize for Fiction.

Prix 22,50 € / Format 145 x 230 / 320 pages / janvier 2019 / EAN : 9782368123393



Le courage qu’il faut aux rivières. Emmanuelle Favier

Lire « Le courage qu’il faut aux rivières » d’Emmanuelle Favier, c’est embarquer dans un espace-temps inconnu mais toucher à l’intime et à la féminité avec beaucoup de poésie.

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Dans un village des Balkans, Manushe a renoncé à sa vie de femme, elle est devenue une « vierge jurée » et cela lui donne un statut d’indépendance et une vie qu’elle n’aurait jamais pu avoir si elle était restée une femme seule. Mais à quel prix ! Car elle a dû renoncer à la vie de couple, aux enfants, à sa féminité, pour vivre dans cette solitude choisie à un moment précis de sa vie – lorsque le mariage allait lui être imposé avec un vieillard dont elle ne voulait pas – mais qui est sans doute difficile à supporter à mesure que les années passent.

Un jour arrive au village Adrian, un homme jeune, secret, dont la force, le magnétisme et la fragilité apparente la fascinent et la séduisent sans qu’elle ait le droit de céder à cette tentation, elle qui a juré de rester vierge et de se comporter en homme. Une relation va se tisser, tous deux vont réussir à tirer plaisir d’instants volés, liant leurs solitudes dans des songeries, des marches silencieuses au bord d’un lac, mais c’est une relation qui va éveiller à la sensualité, à l’amour peut-être, cette femme qui y avait renoncé.

Emmanuelle Favier nous offre un récit sensible qui interroge sur l’enfance, le genre, la féminité et la relation amoureuse, les relations, surtout les relations de dépendance entre homme et femme mais également sur le poids et la force des traditions, l’oppression envers les femmes en particulier. Étrange tradition que ces vierges jurées, que l’on retrouve encore aujourd’hui au nord de l’Albanie. Un peu comme ces files qui s’habillent en garçons en Afghanistan pour aider leurs familles, pour travailler, sortir faire les courses, mais pour elles, jusqu’à leur puberté (on se souvient par exemple du roman La perle et la coquille).

Il m’a peut-être manqué un petit quelque chose pour m’emporter dans l’âme de ses personnages. L’auteur privilégie la vie d’Adrian, nous faisant rencontrer Gisela, prostitué au grand cœur qu’il a rencontré à la grande ville, ville dont l’idée même terrorise ces habitants des bois et des campagnes. Peut-être aurais-je aimé mieux connaître Manushe, et sans doute Dirina, cette jeune fille en mal de repère et en recherche d‘identité dont on comprend vite d’où elle vient, et que l’on aurait envie de suivre un peu plus.

Mais je me suis laissée porter par les mots, car il y a une réelle poésie dans ces pages, dans les descriptions magnifiques des animaux, de la nature, et dans la dualité des sentiments, quel choix faire entre le respect des traditions et de la promesse donné, ou devenir soi-même ? Et surtout, l’auteur a réussi à nous placer dans un  espace-temps hors du temps justement, car nous sommes certainement en Albanie (elle en parle dans ses « précisions »), dans les Balkans, mais à quelle époque ? Le présent, le passé ? Rien ne transpire, nous sommes ailleurs.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté… Lire la suite

Édition brochée 17.00 €  / 23 Août 2017 / 224 pages / EAN13 : 9782226400192

Culottées. Pénélope Bagieu

Les « Culottées » ce sont « des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent » et que dépeint admirablement Pénélope Bagieu.

Culottées, elles le sont ces quinze femmes, et chacune dans son genre, à des époques et dans des pays différents. De -300 avec JC à nos jours, femme à barbe ou gynécologue, chanteuse, actrice, nageuse, ethnologue, prix Nobel ou révolutionnaire, impératrice ou guerrière apache, elles ont chacune à sa façon démontré que l’on peut changer le monde, son monde, faire évoluer les habitudes et les croyances, elles ont fait avancer l’époque et les idées de ceux qui les entourent. Chacune doit s’élever contre la pression sociale pour faire évoluer la place des femmes dans la société, ou tout simplement pour exister ou vivre comme elle l’entend, faisant ainsi faire un grand pas à toutes les femmes de leur époque.

Un graphisme agréable, de très nombreux chapitres assez courts et très complets, un pour chaque femme culottée et courageuse à sa façon, des couleurs vives différentes et adaptées au situations, en titre de chaque chapitre, le nom, puis le rôle que ces femmes ont eu dans la vie, voilà une BD qui se lit avec plaisir et qui nous fait découvrir de nombreuses personnalités. En tout cas j’en ai découvert beaucoup !


Catalogue éditeur : Gallimard

Margaret, actrice « terrifiante », spécialisée à Hollywood dans les rôles de méchante ; Agnodice, gynécologue de l’Antiquité grecque qui dut se déguiser en homme pour exercer ; Lozen, femme apache, guerrière et chamane ; Annette, sirène australienne qui inventa le maillot de bain féminin. Pénélope Bagieu brosse avec humour et finesse quinze portraits de femmes, combattantes hors normes, qui ont bravé la pression sociale de leur époque pour mener la vie de leur choix.

Date de parution : 22/09/2016 / Editeur : Gallimard Bd / EAN : 9782070601387 / Nombre de page : 144  / Bandes dessinées adultes / Comics

La valse des arbres et du ciel. Jean-Michel Guenassia

« …Je suis sur la bonne voie, quand je veux peindre ce que je sens et sentir ce que je peins » Vincent Van Gogh

A Auvers-sur-Oise, Vincent aura vécu soixante-dix jours et peint plus de soixante-dix toiles. Jean-Michel Guenassia lui donne vie dans son dernier roman « La valse des arbres et du ciel ».

Toute la petite ville du val d’Oise respire aujourd’hui encore au rythme des artistes qui, à la fin du 19e, y sont venus faire éclater les couleurs sur leurs toiles magiques et pourtant incomprises de leurs contemporains, Pissarro, Van Gogh, Gauguin, entre autre. Mais n’est-ce pas l’apanage de ceux qui ouvrent la voie, qui découvrent de nouveaux horizons, explorent de nouveaux mondes, en peinture comme dans toutes les formes d’art.

Dans La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia donne la parole à Marguerite Gachet. La narratrice évoque cette période riche et foisonnante de la vie de Vincent Van Gogh. Margueritte voudrait être peintre, elle tente de s’émanciper d’un père tout puissant, et si elle a eu le droit de poursuivre, et de réussir, des études, son futur mariage est déjà arrangé et son avenir est tout tracé. Marguerite est prétexte à nous dépeindre la conditions des femmes : autorité du père, qui prend les décisions pour ses filles, mariage arrangé pour plaire aux familles, études parfois – mais attention, toutes les disciplines ne sont pas encore ouvertes aux femmes – et surtout un avenir tout tracé, se marier, tenir un foyer et d’avoir des enfants.

Domi_C_Lire_Auvers_sur_Oise3Le père de Marguerite, le docteur Gachet, à l’habitude de soigner des artistes. Souvent démunis, ils le payent avec ces tableaux qu’ils ont tant de mal à vendre. Vincent sera l’un d’eux. On le lui confie, il arrive de Saint-Rémy de Provence où il a eu de graves altercations avec Gauguin, et il sombre peu à peu dans la folie. Jean-Michel Guenassia nous montre un Vincent qui de l’aurore à la tombée du jour arpente la campagne environnante pour reproduire à sa façon les paysages qui l’entourent. Dès lors, couleurs, lumière et formes éclatent sur la toile, on visualise bien Vincent, assis devant son chevalet, d’abord pensif, puis acteur de ces scènes magiques qu’il a peintes pour notre plus grand bonheur à tous. On l’imagine, pantalon et chemise tachées de peinture, chapeau de feutre sur la tête, chevalet plié et sac fourretout dans lequel il glisse tubes, pinceaux et brosses, sa toile sous le bras, qui rentre vers sa chambre de l’auberge Ravoux pour finir ce qui deviendra un autre chef-d’œuvre. Vincent, qui rêvait d’exposer un jour « dans un café » mais n’a jamais vendu une seule toile de son vivant, est aidé par Théo, le frère, le double, celui qui le comprend et l’aide à réaliser son œuvre.

L’auteur insère dans ses chapitres de courts textes en italique sur l’actualité, la vie, qui installent bien les personnages dans leur époque. Anti sémitisme, scandale du canal de Panama, progrès avec le développement du chemin de fer, exposition et salon des indépendants…

J’ai aimé avant tout cette vie que l’auteur a donné à Vincent, cette façon de le faire parler de la peinture, celle que l’on vit, savoir pourquoi on veut peindre, ce qu’on y met de soi, ce qu’on doit ressentir tout au fond de soi, et que l’on jette sur la toile… ce foisonnement artistique, cette intensité créatrice que l’on ressent dans les mots du roman et que l’on retrouve sur ses toiles.

On peut peut-être se poser des questions sur la fin de l’intrigue de La valse des arbres et du ciel, mais qu’importe si elle est crédible ou pas, puisqu’il s’agit d’un roman. Et après tout de très nombreuses versions s’opposent aujourd’hui à celle du suicide de Vincent. Entre autre celle d’enfants ayant joué avec une arme et que Vincent n’aurait pas dénoncés… Mystère qui ne ramènera pas ce Maitre de la peinture dont je suis une inconditionnelle, et dont je cours voir les œuvres dès que je peux  !

#rl2016

Trois toiles exposées au MET, et un portrait, prét temporaire au musée d’Orsay en 2015

Exposition temporaire au MET à New York en 2015


Catalogue éditeur : Albin Michel

Domi_C_Lire_Auvers_sur_Oise2Auvers-sur-Oise, été  1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies.
Jean-Michel Guenassia  nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours…Lire la suite

Édition brochée : 19.50 € / 17 Août 2016 / 140mm x 205mm / 304 pages / EAN13 : 9782226328755