Une immense sensation de calme. Laurine Roux

 « Une immense sensation de calme » le premier roman étonnant de Laurine Roux tient plus du conte moderne que du roman classique. Il nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes.

Domi_C_lire_une_immense_sensation_de_calmeLes personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

Le Voyage d’Octavio, Miguel Bonnefoy

Voyage initiatique, hymne à la nature et à un pays, le Venezuela

Octavio est soigné chez lui par un docteur qui faute de papier et d’un crayon, va lui écrire son ordonnance sur la table de bois.  Analphabète, Octavio se voit alors contraint de transporter celle-ci  jusque chez le pharmacien.

Après quelques péripéties, il rencontre Venezuela, la si bien nommée. Cette femme que tout devrait éloigner d’Octavio va lui apprendre à lire et à écrire. Vivant de petits boulots auprès d’une bande de cambrioleurs au comportement de quasi gentlemen plutôt singuliers,  Octavio se retrouve piégé et fui sa ville, Saint Paul du Limon.

Dans sa fuite, son pays, le Venezuela, l’éveille peu à peu à sa réalité. Ses pas le guident à travers les forêts, les montagnes, les torrents violents et impétueux, la nature sauvage et les grottes mystérieuses, à la rencontre d’enfants, d’hommes, d’étrangers. Lui le géant qui désormais sait quel trésor cela peut être de savoir lire et écrire se transforme en maitre d’apprentissage, puis en ouvrier infatigable. Jusqu’au jour où enfin ses pas le ramènent vers sa ville, son bidonville de Saint Paul du Limon, dans la banlieue de Caracas.

Une écriture qui entraine le lecteur, des descriptions fantasmatiques, un parcours initiatique, apprentissage de vie, un voyage étonnant à travers l’âme d’un pays où tout semble encore à créer, quand l’histoire d’un petit raconte l’histoire d’un pays. Quel beau et étrange roman qui se lit presque comme un conte.

Catalogue éditeur : Rivages

Une grande fable baroque sur le Venezuela, onirique et picaresque, autour de la figure d’un paysan analphabète qui se réapproprie sa propre Histoire : le premier roman de Miguel Bonnefoy, lauréat en 2013 du Prix du Jeune Écrivain de langue française, qui a révélé des auteurs comme Marie Darrieussecq, Jean Baptiste Del Amo, Antoine Bello, etc.

EAN: 9782743629410 / Parution : janvier 2015 / 130 pages / Format : 14.0 x 20.5 / Prix: 15,00€