A la rencontre de Cécilia Castelli

« Le plus important lorsqu’il s’agit d’écrire est… d’être dans le vrai. Il faut viser le cœur »

Cécilia Castelli était à Paris pour le lancement de Frères Soleil aux éditions Le Passage. Elle a accepté de répondre à quelques questions sur l’écriture de ce roman. Un roman d’apprentissage, un roman sur les secrets, passés ou présents, sur la famille et sur la Corse. C’est le deuxième roman de Cécilia Castelli, le premier Mollusque est paru aux éditions Le Serpent à Plumes.

Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

En le lisant, je l’ai ressenti comme un roman initiatique où chacun doit faire ses preuves, comme un passage de l’enfance paradisiaque et protégée des secrets des générations antérieures à une adolescence pourtant pas plus facile là qu’ailleurs.

  • Est-ce d’abord l’envie de suivre une famille corse et donc insulaire, pendant dix ans, avec ses secrets et son histoire, mais aussi avec les contraintes dues en particulier au poids des traditions ?

L’idée de ce roman correspond, me semble-t-il, avec mon retour sur l’île après être partie pendant plus de quinze ans sur le continent, pour mes études d’abord, puis pour mon travail. En revenant en Corse avec l’idée de m’y installer définitivement, je me suis rendue compte à quel point l’insularité avait marqué mon enfance.

Comme si j’avais grandi sur une terre protectrice, à part, loin de tout danger, le regard toujours tourné vers la mer, pour goûter à la liberté et vivre intensément un éternel été parmi un peuple fier de ses racines et de son histoire, et prêt à tout pour les défendre. Le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous est très prégnant ici et chaque habitant de l’île ressent de façon intrinsèque et presque indicible ce privilège.

Pourtant derrière le décor idyllique, il y a le revers de la médaille, le sentiment d’enfermement, l’impossibilité d’échapper à la famille et au poids des traditions. La nostalgie dans laquelle baigne l’île s’accompagne parfois d’une certaine violence ou tout simplement d’une crainte concernant l’avenir.

C’est un combat perpétuel entre le passé, ce que défendaient nos aïeuls et une volonté de s’ouvrir à un monde et à un futur différent. Se pose alors souvent la question de rester ou de partir. Surtout lorsqu’on est à l’aube de sa jeune vie d’adulte. Tout quitter pour s’affranchir, est-ce une liberté ou une trahison ? Il me semble que c’est le dilemme que vivent de nombreux jeunes. Même si pour certains, la réponse est évidente.

  • J’ai l’impression que les jeunes garçons sont assez représentatifs des enfants de leur âge, où qu’ils soient. Mais pour ce qui est de la famille, est-elle également représentative des familles corses encore aujourd’hui ?

Au-delà du caractère insulaire, les thèmes traités dans Frères Soleil ont effectivement une portée bien plus universelle et l’histoire de Rémi, Baptiste et Christophe peut être l’histoire de n’importe quel enfant, fille ou garçon, quels que soient l’époque et le lieu où il a grandi. C’est avant tout un récit d’apprentissage où chacun se confronte au regard de l’autre, que ce soit le regard des plus jeunes ou celui des adultes, et c’est à travers les jeux et les expériences vécues que les personnages se construisent avant d’être en capacité de faire leurs propres choix. Il est vrai que la famille joue un rôle primordial dans la mesure où les proches vont être les premières personnes à porter un jugement, ce qui peut être problématique. C’est ce que l’on voit avec Rémi, considéré par les siens comme le petit dernier de la famille, celui que l’on doit protéger et qui doit prendre exemple sur les autres. Il aura vraiment du mal à se départir de ce rôle de suiveur, et c’est ce qui le conduira jusqu’au drame.

D’abord discrète et faite de petites touches posées çà et là, la tension va crescendo…

  • Il y a ce grand-père qui disparait tragiquement, mais qui n’est mentionné que par intermittence. Est-ce une volonté de montrer qu’il y a dans chaque famille des secrets qu’il vaut mieux taire et leur poids sur les différentes générations ? Les enfants grandissent avec ces secrets, mais ne risquent-ils pas de reproduire à leur tour le passé ?

J’ai découvert il y a quelques années à travers des témoignages et des reportages la psychogénéalogie et c’est trouvé cela réellement passionnant. Se demander à quel point il existerait un inconscient familial qui se transmettrait de génération en génération à travers les silences et les blessures cachées de chacun.

Que nous lègueraient nos parents, nos grands-parents de leurs traumatisme passés ? Souvent, c’est dans le but de protéger l’enfant qu’apparaissent les secrets de famille. On préfère ne rien dire. Faire semblant. Faire croire que tout va bien. Mais c’est un héritage lourd à porter.

Comme une sensation que quelque chose de terrible se dissimule en soi, se développe à l’intérieur des familles, prêt à bondir pour tout détruire. Et qui, de toute manière, finira par surgir jour ou l’autre.

Comme une sorte de fatum, tel exprimé dans les tragédies grecques étudiées en classe, on sait que personne ne peut y échapper malgré toutes les précautions prises, malgré une volonté puissante d’échapper au destin.

Les parents des trois jeunes cousins ont beau les préserver de tout, taire les douleurs sous la chaleur de l’île, en été, sous le soleil réparateur, lorsque l’hiver arrive, la nouvelle génération prend le relai et subit à son tour le coup du sort. Ils reproduisent les mêmes erreurs que leurs parents.

  • J’ai aimé voir la façon dont grandissent ces trois jeunes, élevés par des mères proches, ils vont avoir des destins différents. Était-ce facile de se mettre dans la peau de vos différents personnages, tour à tour ces jeunes garçons qui évoluent avec les années, puis leurs mères, et enfin cette vieille tante qui évoque si bien la Corse traditionnelle immuable ?

C’est là tout le rôle de la littérature et surtout du travail de l’écrivain. Pouvoir retranscrire les destins, les sentiments multiples et infinis de tout un chacun sans se cantonner, ce qui serait dommage, à ce que l’on est et vit personnellement. Et c’est un réel plaisir lorsque l’on reçoit des témoignages affirmant que cela est réussi et fait avec justesse.

Le plus important lorsqu’il s’agit d’écrire est, je pense, de ressentir l’émotion vive au moment où l’on pose les mots, d’être dans le vrai, sans tomber dans le cliché ou le stéréotype du personnage qui serait soit totalement bon, soit totalement mauvais. Tout est une question de nuances. Il faut viser le cœur. C’est ainsi que l’écriture se libère et peut parler à chacun, de n’importe qui et de n’importe quelle époque. De n’importe quel garçon, de n’importe quelle mère, de n’importe quelle tante à moitié sorcière ou pas.

Les grandes thématiques comme l’attachement aux traditions, le nationalisme, l’omerta, sont présentes mais esquissées.

  • Est-ce une volonté de proposer une fiction romanesque plutôt qu’un roman étayé par des faits réels et si oui, pourquoi ?
  • Présente aussi, la peur de l’autre, celui qu’on ne connait pas, l’étranger, comme un mal profond qui atteint l’ile. On est dans les années 60 à 90, mais une fois encore est-ce toujours d’actualité, avez-vous voulu montrer l’absurdité de cette peur ?

Avant d’entamer l’écriture de Frères Soleil, je me suis posée la question de me documenter de façon approfondie sur l’histoire de la Corse, sur la présence du nationalisme sur l’île et de me baser principalement sur des faits réels. Mais en lisant des ouvrages à ce propos, il me semble que d’autres en parlaient bien mieux que moi, sous des formes beaucoup plus adaptées qu’un roman. Très vite, je me suis aperçue que ce n’était pas ce que je voulais faire ni là où je voulais aller. Ainsi les personnages se sont imposés d’eux-mêmes avec leurs propres histoires à raconter.

C’est eux qui ont pris toute la place même si, bien sûr, on retrouve des références à des faits divers, à tout ce contexte historique et sociétal dans lequel ils ont pu évoluer à cette époque.

C’est aussi ce qui forge une identité. Bien au-delà des jeux d’enfants qui s’amusent à se faire peur en parlant des meurtres de Tommy Recco ou des nuits bleues. Quant à la peur de l’autre, de l’étranger, le problème est malheureusement, je crois, toujours d’actualité et n’est pas forcément inhérent à l’île. C’est un problème universel. Même si les mentalités changent… mais il est tout de même incroyable de voir qu’en 2020, il faille encore des mouvements tels que #blacklivesmatter pour dire aux gens de ne pas avoir peur les uns des autres. Le combat n’est pas encore gagné.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a donné envie de revenir sur cette ile de beauté qui porte si bien son nom. A votre tour de le découvrir.

Quel conseil de lecture aimeriez-vous nous donner ?

Pour reprendre les mots de Samuel Beckett, je dirais qu’il faut découvrir ou redécouvrir Emmanuel Bove : « il a comme personne le sens du détail touchant ». Un titre ? Mes amis.

Concernant la rentrée littéraire, le livre de Laurent Petitmangin, Ce qu’il faut de nuit, dont on parle beaucoup m’attend sur ma table de chevet. D’autres me font également très envie. Sinon, je suis réellement admiratrice de l’écriture de Laurent Gaudé. Je conseillerais tous ses livres. De la poésie et de l’émotion pure à chaque phrase.

Merci Cécilia d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Retrouvez ma chronique de Frères soleil et celle de Ghislaine du blog Le domaine de Squirelito

Frères soleil, Cécilia Castelli

Un roman d’apprentissage dans lequel la Corse tient la première place


Dans les années 60, en Corse, trois jeunes garçons jouent au bord de la mer. Deux frères, Christophe et Baptiste et leur cousin Rémi. Les frères habitent au village, avec leur mère Gabrielle. Rémi quant à lui est né à Marseille mais il vient toujours passer ses vacances sur l’île avec Martine, sa mère, heureuse de retrouver le village et la famille le temps d’un été. Elle l’a quitté à 19 ans à peine pour chercher fortune ailleurs, pour chercher une forme de liberté aussi sans doute. Contre l’avis de son père mais avec l’assentiment de sa mère, elle a trouvé un travail et un mari, marin, parti longtemps, souvent, l’homme de sa vie.

Nous suivons les trois cousins et leurs familles pendant une dizaine d’années. Ces jeunes qui pour certains ne souhaitent jamais au grand jamais quitter l’île, se contentant d’y exercer le boulot qu’ils y trouveront. Ou cet autre qui rêve de devenir médecin, de faire des études à Marseille, d’éprouver enfin la liberté des années d’université.
Ces jeunes femmes enfin qui brisent les tabous et l’ordre établi qui veut que les filles restent au pays, et s’en vont sur le continent chercher un travail et un mari. Certaines pour toujours, d’autres reviendront, plus tard.

Dans la famille, il y a comme partout des singularités, des secrets, des non-dits, le grand père assassiné dont on ne doit pas parler, la fille partie sur le continent dont on dit qu’elle porte le diable, et tant d’autres bien sûr, inavouables et tus par tout le village, la communauté.
Un roman sur la famille, l’apprentissage de la vie, l’enfance et l’adolescence. Sur la famille et sur l’émancipation des femmes pas toujours évidente quand les traditions et la famille sont omniprésentes. Un roman aussi sur la peur de l’autre, l’étranger, celui qui est différent, que l’on rejette sans chercher à la connaitre, à le comprendre. Un roman sur les choix et les non-choix de certaines de nos actions, et sur leurs conséquences. L’auteur aborde aussi la spécificité du nationalisme et le poids de l’omerta omniprésente dans chaque famille, à chaque génération.
Enfin, un roman sur la Corse, personnage à part entière avec sa singularité ilienne, ses nationalistes, ses traditions et ses sorcières jetant des mauvais sorts ou déjouant le malin, ses paysages magnifiques et odorants, enfin, ses familles viscéralement attachées à leur île.

Une écriture tout en finesse, précise, avec des descriptions très visuelles et des personnages qui sont comme ces dentelles si fines et complexes que l’on se plaît tant à admirer, ciselés, polis, et terriblement attachants.

Un roman dans lequel on s’immerge immédiatement, on découvre pas à pas ces jeunes et leur famille, un récit fait de retour arrière qui ne perd jamais le lecteur et qui au contraire ancre chacun dans sa réalité, son environnement, pour une meilleure fluidité de l’ensemble. Il s’en dégage beaucoup de douceur et de beauté, tant des paysages que des hommes et de leurs sentiments, mais toujours en dessous une violence intense, dévastatrice, étouffée.
Une jolie découverte qui nous entraîne avec bonheur sur cette île de beauté que comme tout bon touriste qui se respecte nous aimons tant.

Catalogue éditeur : éditions Le Passage

Chaque été sur l’île, les deux frères retrouvent leur jeune cousin venu du continent. Ensemble, les enfants pêchent, jouent, chahutent. Rémi, le plus jeune des trois, est en admiration devant les deux grands. Il aimerait leur ressembler mais il n’est pas vraiment comme eux, il ne vit pas ici. De leur côté, les adultes profitent de l’insouciance de l’été. Sur le terrain familial, au bord de la mer, l’existence est plus douce. Au soleil, ils souhaitent effacer les anciennes cicatrices, celles dont on ne parle jamais, le meurtre du grand-père et l’enfant qui devait naître.
Leur histoire se mêle à celle des ancêtres. Dans la maison au figuier, figure tutélaire, il y a la vieille tante Maria. Signadora mystique, sorcière, guérisseuse qui perpétue les traditions immémoriales. Les enfants la redoutent, s’interrogent sur cette femme silencieuse et toujours en noir. Puis ils grandissent et pensent à d’autres jeux, aux feux de camp sur la plage avec les filles notamment.
Mais quand vient la fin de l’adolescence, que certains choix s’imposent même s’il semble impossible de quitter l’île, un nouveau drame se produit. Meurtre ou accident ? Comme leurs parents avaient autrefois dissimulé les blessures, la nouvelle génération se retrouve à son tour confrontée à l’indicible.

Cécilia Castelli est née et vit à Ajaccio. Avec Frères Soleil, elle nous livre un roman intense sur la force vénéneuse des secrets. Un roman d’enfance et d’égarement. Entre mer et montagne. Entre sublime et violence.

ISBN: 978-2-84742-445-4 / Date de publication: Août 2020 / Nombre de pages: 280 / Dimensions du livre: 14 × 20,5 cm / Prix public: 18 €

Je n’ai pas trahi, Frédéric Couderc

Quand le passé et le présent entrent en collision, est-ce pour le pire ou pour le meilleur ? Pourquoi il faut lire « Je n’ai pas trahi », premier roman jeunesse de Frédéric Courderc.

L’intrigue alterne entre la seconde guerre mondiale, essentiellement de 1942 à 1948, et les années 1980. On y fait la connaissance du jeune Salomon et de sa sœur Francette, puis de Luna et Mattéo, camarades de classe au collège.

Luna et sa mère viennent de s’installer près d’Ajaccio, les parents se sont séparés. Luna a du mal à s’intégrer à sa nouvelle classe. Mattéo, un solitaire atypique est lui aussi à l’écart des autres, mais l’arrivée de Luna vient le chambouler.

Pendant qu’elle fait des recherches en vue d’un exposé sur la situation des juifs en Corse pendant la guerre, Luna fait une découverte stupéfiante qui, si elle est avérée, pourrait perturber la cohésion de sa famille. Quant à Mattéo, un incident qui l’implique juste devant son lycée lui fait croiser la route de Salomon. Même s’il est aujourd’hui âgé, celui-ci sait se faire respecter y compris par de gros bras. Alors qu’ils se promènent, Luna et Mattéo sont témoins d’un assassinat …situation pour le moins inextricable, en Corse comme ailleurs. Mattéo se voit contraint de demander l’aide de Salomon…

Confrontés à la violence des hommes, ils vont apprendre la solidarité et l’amitié. Et découvrir les événements et la mémoire souvent effacée de l’histoire de leur pays et de la Corse en particulier. Évènements heureux, actes d’héroïsme, mais aussi lâcheté, violence, collaboration avec l’occupation de la Corse par les troupes de Mussolini et le sort méconnu des Juifs de Corse.

Comme pour ses précédents romans qui se situaient alternativement à Cuba et en Argentine, Frédéric Couderc connait les lieux dont il parle et l’atmosphère qui s’en dégage. Cela se sent et c’est peut-être pour cela que ses romans sont aussi réussis. Même s’il confronte le passé et un présent pas tout à fait immédiat, le roman est très actuel dans son approche de la jeunesse et de son langage. L’auteur s’est également imprégné de la vie, des histoires familiales et des événements historiques du passé Corse pour planter son intrigue. En particulier, la place souvent méconnue des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Si l’Histoire est sombre, l’amitié entre les deux adolescents est riche d’espoir. Un beau moment de lecture.

Retrouvez mes billets sur les deux précédents romans de Frédéric Couderc Aucune pierre ne brise la nuit et Le Jour se lève et ce n’est pas le tien, ainsi que mon interview de l’auteur à retrouver  ici : A la rencontre de Frédéric Couderc.

Catalogue éditeur : PKJ Pocket Jeunesse

Luna, seize ans, vient d’emménager à Ajaccio où sa mère a décidé de refaire sa vie. Seule comme jamais, elle se plonge dans les études et décide de préparer le Concours national de la résistance. En remontant le fil de l’Histoire, elle découvre le sort méconnu des Juifs de Corse. Ce qui n’était pour elle qu’un devoir de classe lui permet, contre toute attente, de lever un lourd secret familial. Son destin de lycéenne d’aujourd’hui se mêle à celui de Salomon, jeune résistant d’hier, au gré d’une vendetta sans limites et sans âge.

Frédéric Couderc est l’auteur de plusieurs romans. Enquêteur littéraire, il aime ancrer ses fictions dans un contexte historique et place ses intrigues dans des pays meurtris tels que le Cap, où il a longtemps vécu, mais aussi La Havane et, plus récemment, l’Argentine avec son roman Aucune pierre ne brise la nuit (2018), chez Héloïse d’Ormesson. Son cinquième roman, Un été blanc et noir (2013), a reçu le Prix de littérature populaire. En parallèle de ses activités de romancier, il enseigne l’écriture auprès de différents publics, dont des jeunes en difficulté au Labo des Histoires. Je n’ai pas trahi est son premier roman jeunesse.

EAN : 9782266287975 / Nombre de pages : 320 / Format : 140 x 225 mm / Prix : 17,90€

Surtensions. Olivier Norek

Un véritable coup de cœur pour « Surtensions », le dernier polar d’Olivier Norek paru chez Michel Lafon.

SurtensionsVictor Coste est chez le psy, donc Victor Coste va mal. Un de ses hommes est mort, il a tiré sur un malfrat (enfin on l’imagine) … Dès les premières lignes, l’auteur nous prévient, ça ne va pas se passer si facilement que ça. Excellente mise en bouche, monsieur Norek, il n’y a plus qu’à tourner les pages avec impatience pour savoir, pour comprendre !

Si nous avions déjà suivi Victor Coste avec intérêt dans les méandres d’un département 93 que l’auteur nous fait redécouvrir autrement – et sans doute plus surement découvrir pour la plupart d’entre nous – là il va affronter cinq enquêtes en parallèle, sans liens entre elles, ou si peu apparemment.
Car la vie d’un flic n’est ni linéaire ni facile : je bosse sur une enquête et je rentre peinard chez moi m’occuper des bambins ou m’affaler devant la télé avec un carton de pizzas sur les genoux, ça ne marche pas comme ça. Au contraire, il n’est pas évident de laisser enquêtes, meurtres, et criminels en liberté à la porte de son domicile, même si comme l’écrit l’auteur « c’est pas tes proches, c’est pas ta peine ». Même les flics les plus aguerris ont des états d’âme ! Et manifestement Victor à des états d’âmes, des craintes, des questionnements, des envies d’ailleurs qui pourrissent un peu sa vie et sa relation avec Léa, la séduisante légiste. Mais Victor est aussi un excellent flic qui ne laisse tomber ni une enquête, ni son équipe.

Dans ces moments de Surtensions le lecteur plonge littéralement, décolle, jusqu’à la dernière page. Et l’on fait la connaissance de familles Corses un peu mafieuses sur les bords, d’Alex, une jeune femme prête à tout pour sauver sa famille, d’un étrange mercenaire Serbe. Et l’on découvre Mareil, une prison malfamée particulièrement sordide, creuset dans lequel se cristallisent les pires craintes des détenus, où les matons ferment les yeux et où personne ne voudrait aller. Viols, tabassage en règle, menaces, indifférence des gardiens, tout y passe. Fort heureusement Mareil est une invention, on espère qu’elle va le rester ! Là, sont également détenus les différents protagonistes qui se retrouvent mêlés sans autre raison qu’un casse étrange au Tribunal de Grande Instance. L’un d’eux, Nano, fragile et perdu, n’en sortira pas intact. Je ne vous en dis pas plus, sinon il faudrait trop en dévoiler…

Il y a aussi des flics épuisés qui gardent le cap et poursuivent leurs investigations. Et surtout, surtout des hommes et des femmes qui arrivent à leur point de rupture, qui arrivés au bout de leurs propres limites vont réagir en humains, avec leurs défauts, leurs qualités, leurs priorités vitales, indispensables certainement pour survivre ! Et c’est sans doute aussi cela qui fait la réussite de ce roman, ce côté terriblement humain des différents personnages auxquels on pourrait s’identifier et qui en deviennent terriblement attachants.

C’est un roman passionnant, bien écrit, qui a un vrai rythme. On s’y croit et on vibre pour ces flics et ces malfrats. Fin d’une trilogie ? Dommage ! En tout cas, il y a une véritable évolution dans l’écriture, dans la psychologie des personnages, dans la place de l’enquête, on y sent l’expertise et le professionnalisme de l’auteur, mais sans que cela prenne trop de place, laissant la part belle au jeu subtil de l’écrivain, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Voilà un polar que je n’ai pas réussi à lâcher, avec un vrai coup de cœur pour ce nouvel opus, un sérieux cran au-dessus de « Code 93 » que j’avais lu et apprécié il y a quelques mois. Allez, il me reste à lire « Territoire », je sens que je vais craquer bientôt. Et vous ? Vivement le prochain !


Catalogue éditeur : Michel Lafon

Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?
Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…
Pour cette nouvelle enquête du capitaine Coste, Olivier Norek pousse ses personnages jusqu’à leur point de rupture. Et lorsqu’on menace un membre de son équipe, Coste embrasse ses démons.

Parution : 31/03/16 / ISBN :  9782749928166