Rien n’est noir, Claire Berest

Claire Berest met en mots et en couleurs Frida Kahlo et sa fureur de vive et d’aimer dans un corps cabossé

J’aime l’artiste Frida Kahlo depuis longtemps. Pourtant, les premières fois où j’ai vu ses tableaux, sans connaitre son histoire, j’étais quelque peu perplexe face à la violence qui émane de certaines œuvres. Mais après avoir lu de nombreux articles, vu différentes expositions tant sur ses œuvres que sur celles de Diego Rivera, à Paris et à New York, j’ai apprivoisée l’image que véhicule ce personnage hors du commun.

C’est un vrai bonheur de lire ce roman, qu’on aime Frida ou pas d’ailleurs. Car Claire Berest fait revivre avec talent cette jeune femme passionnée au destin incroyable, dans le Mexique du XXe siècle.

Partant des couleurs qui ont illuminé sa vie, l’auteur nous raconte avec ses mots vibrants, lumineux ou sombres, l’enfance, la jeunesse, l’accident terrible qui laisse Frida brisée, au propre comme au figuré, avec pour seul horizon le mur d’une chambre d’hôpital. Assouvissant son désir de fuir les limites de la chambre et du corps, elle commence à peindre. Puis vient son mariage avec Diego Rivera, cet artiste bien plus âgé qu’elle, sur lequel elle avait jeté son dévolu, décidant qu’il serait son mari. Cet homme qu’elle a aimé avec une fureur et un absolu qui laisse pantois. Les années de bonheur, de souffrance, la douleur du corps qui inflige de longues séances de torture à cette femme au caractère si fort. Malgré les consignes des médecins qui la soignent au fil des ans, elle essaiera à plusieurs reprises d’avoir des enfants, au risque d’y perdre la vie.

Brulant sa vie par tous les bouts possibles, avec rage, violence, passion, Frida sait que son temps est fragile. Elle a vu la mort de près, a connu l’abandon par son premier amour, la déchéance du corps mutilé, puis l’amour absolu, et va tout faire pour vivre à 1000 à l’heure. Alors elle peint. Des autoportraits parfois choquants tant la douleur transparait, des doubles abandonnés, l’amour, l’abandon, le chaos, l’enfant qui ne viendra pas, la mort qui rôde si près de la vie. Avec son rire jaune après l’abandon et l’accident, sa peur bleue de perdre Diego, ou lorsqu’elle voit rouge de ses infidélités et de sa soif de vivre loin d‘elle, mais toujours parée des couleurs et des costumes typiques de sa région du Mexique, Frida, personnalité hors du commun, nous en fait voir de toutes les couleurs.

Claire Berest la fait vivre, souffrir, aimer, douter, et nous fait ressentir la fascination de ce couple atypique bouleversant de passion. Par ses mots et ses couleurs, Frida se dévoile peu à peu et se laisse aimer.

Du même auteur, j’avais aussi aimé Gabriële le roman écrit avec sa sœur Anne, dont on peut lire mon billet ici.

Catalogue éditeur : Stock

À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.

Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.

Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.

Claire Berest publie son premier roman Mikado à 27 ans. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La Lutte des classes, pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs. En 2017, elle écrit Gabriële avec Anne Berest qui fut un grand succès.

Parution : 21/08/2019 / Collection : La Bleue / 250 pages / Format : 137 x 220 mm / EAN : 9782234086180 / Prix : 19.50 €

La maison à droite de celle de ma grand-mère, Michaël Uras

Le roman de Michaël Uras « La maison à droite de celle de ma grand-mère » est chaleureux comme l’amitié, frais, tendre et parfois triste comme la famille, un bonheur à savourer.

Domi_C_Lire_la_maison_a_droite_de_celle_de_ma_grandmere_michale_uras.jpgC’est en Sardaigne que se situe La maison à droite de celle de ma grand-mère, et Giacomo y revient car sa grand-mère va mourir, il va l’accompagner dans ses derniers instants, car en Sardaigne comme ailleurs, une grand-mère, et la famille, c’est sacré.

Depuis son départ, lui le « français » – comprenez le traitre, celui qui est parti vivre en France !- est chaleureusement accueilli par tous chaque fois qu’il revient au pays, même par ceux qui pensent que ses retours sont un peu trop rapides, comme en coup de vent. Parce qu’il sait que revenir est indispensable, mais que partir l’est tout autant.

Pourtant, là, il quitte tout, le roman inédit qu’il doit traduire en urgence, son quotidien à Marseille, les exigences et les attentes de son boss, pour accourir au chevet de la figure tutélaire de cette étrange famille. Car dans la famille de Giacomo, chaque personne compte. Il y a cette mère qui a encore ses crises et part « chez maman » quand elle se fâche avec son mari (facile, c’est à côté !) un mari plus que taiseux, qui est peintre en bâtiment, sans doute parce qu’il n’a jamais cru qu’il pourrait être plus artiste que peintre, lui qui barbouille comme tous les autres les murs des maisons du village avec de grandes fresques qui racontent la vie, qui colorent la vie, qui étonnent les touristes autant que les habitants par leur luminosité et les sujets variés abordés. Il y a aussi Manuella, l’épicière, qui a accompagné l’enfance des gamins du village lors des déplacements de l’équipe de foot, cette troupe de garçons absolument pas doués, Giacomo en tête, qui perdaient chaque match mais revenaient sourire aux lèvres de leur sortie du dimanche. Fabrizio, le copain d’école, de foot, d’enfance, resté sur le bas-côté, affaibli par cette maladie qui le vieillit avant l’heure et qui éloigne les possibles dulcinées qui auraient pu ensoleiller son quotidien. Enfin, le capitaine, revenu vainqueur et auréolé de gloire de la guerre, mais vite oublié tant par l’état que par les hommes, car le poids de médailles, s’il brille et fait le vainqueur, rappelle aussi sans doute de bien mauvais souvenirs à ceux qui sont revenus, ou jamais partis.

Alors Giacomo chaque jour va à l’hôpital, et raconte sa vie à Nonna, sa grand-mère. Il nous entraine dans son enfance, ses souvenirs, son présent pas aussi limpide ni heureux qu’il veut bien l’avouer. Le lecteur découvre des iliens particulièrement attachants et pittoresques. Quel plaisir de voir autrement cette ile à travers les habitudes, les douceurs, car entre deux bouchées de formagelle fait maison – ou pas ! – les langues se délient, les amitiés se retrouvent, les espoirs se fondent. L’avenir comme le passé trouvent leur place dans les vies ordinaires mais tellement touchantes des différents personnages. Ici, il faut dire que principal ou secondaire, tous ont leur place.

Une grande humanité se dégage de ces lignes, une belle dose d’amour et d’espoir aussi. La vie n’est pas toujours un beau cadeau entouré d’un joli ruban, les relations entre les humains ne sont pas toujours évidentes au quotidien, mais le seul fait d’en parler les rend vivantes, présentes, émouvantes. Et surtout, ce roman nous permet d’envisager la Sardaigne autrement. Je ne sais pas vous, mais moi ça m’a donné envie de découvrir les Domo de Jana, les criques ensoleillées et les fresques colorées sur les murs !

💙💙💙💙

Lire également la chronique enthousiaste de Nath du blog Eirenamg


Catalogue éditeur : Préludes

« Giacomo, ne tarde pas. Les médecins sont formels, la fin est proche. »
C’est ainsi que notre héros, un jeune traducteur espiègle et rêveur, retourne sur l’île de son enfance, où sa grand-mère est au plus mal. Et alors qu’il doit rendre un travail sans tarder, soudain, c’est toute la Sardaigne qui le retient : Maria, sa mère, qui n’a jamais vraiment compris pourquoi son fils adoré l’avait quitté, Mario le père taiseux, l’envahissant oncle Gavino, Manuella l’épicière du village, dont Giacomo était secrètement amoureux quand il était enfant, la jolie dottoresse Alessandra, qui s’occupe de la nonna à l’hôpital, Fabrizio, l’ami d’enfance au corps cabossé et au grand cœur, et, surtout, le mystérieux Capitaine, figure tutélaire et énigmatique…
D’une crique perdue aux ruelles pittoresques que bordent les maisons de couleur, entre une bouchée de dolci et les pastilles miraculeuses du docteur Ignazio, pas de doute, la maison de Giacomo est une île. Mais pourra-t-il en repartir ?

Parution : 28/02/2018 / Format : 130 x 200 mm / Nombre de pages : 320 / EAN : 9782253107903  / Livre 15.90 €

Maroc Emotions Couleurs. Xavier Richer & Jean-Marie Boëlle

Maroc Emotions Couleurs, c’est le très beau livre des éditions Glénat, porté par les photos de Xavier Richer et les textes de Jean-Marie Boëlle.

https://i2.wp.com/www.glenatlivres.com/images/albums/9782344010921/9782344010921-L.jpgBleu genièvre, Blanc amande, Jaune curcuma,
Rouge piment, Vert olive, Vibrance…

Ce livre est juste magnifique ! Une belle harmonie, des couleurs qui claquent et qui montrent le pays par un autre regard, la vie, les Hommes (avec un H majuscule, donc les hommes et les femmes !), les paysages, tout y est et tout vibre. Les chapitres aux noms si évocateurs de couleurs apportent la palette juste de ce que notre regard recherche lorsque nous voyageons, la magie et la lumière, la découverte et la singularité, la différence et le sourire, les odeurs et les saveurs.
On a envie de tourner les pages, de les regarder encore et encore, chaque photo à juste ce qu’il faut de commentaire pour laisser toute sa place à la magie des images et à la symphonie des couleurs qui emportent le lecteur.

On voyage, on rêve, on plonge dans les très belles photos de Xavier Richer ponctuées des textes sobres et descriptifs de Jean-Marie Boëlle, c’est absolument superbe !

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur

Aborder le Maroc par ses couleurs permet de révéler  la diversité et la beauté de ce pays.
Bleu genièvre, blanc amande, jaune curcuma, rouge safran, vert olive, 5 chapitres qui se terminent par une fusion… de couleurs.

Format : 275 x 328 mm / 224 pages / Façonnage: Cartonné /
Paru le 12.11.2015 / EAN/ISBN : 9782344010921 / éditions Glénat