Principe de suspension. Vanessa Bamberger

Dans ce roman au titre étrange « Principe de suspension », Vanessa Bamberger parle de la vie et des relations familiales, mais aussi du travail et la passion d’un chef de PME pour son entreprise dans le contexte difficile de la désindustrialisation des territoires.

DomiCLire_principe_de_suspension.jpgLes premières pages s’ouvrent sur un lit d’hôpital, Thomas est dans le coma, et Olivia, sa femme, espère, attend et d’une certaine façon réinvente son couple.
Thomas est un chef d’entreprise qui rêve de bousculer l’ordre établi, celui qui inéluctablement prive les villes de province de leur tissu industriel vieillissant. Il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique qui travaille pour l’industrie pharmaceutique. Il faut dire que la médecine et la pharmacie, inconsciemment, sont comme un aimant pour cet homme marqué par le décès de sa jeune sœur handicapée alors qu’il était adolescent. Mais dans le Grand Ouest et comme partout en France, l’industrie est en déclin. Aussi lorsque Loïc se présente pour travailler avec lui, Loïc dont le fils est justement handicapé, Thomas se laisse séduire par cet homme avenant qui fourmille de projets. Thomas espère qu’il va l’aider à sortir son entreprise de l’ornière dans laquelle elle s’enfonce peu à peu, car les donneurs d’ordre opèrent des mutations vers les pays de l’est ou l’Allemagne.  Jusqu’au jour où….
En parallèle, Olivia tente de comprendre ce mari si peu présent, ce père tellement absent de la vie et de l’évolution de ses fils, qu’elle en vient peu à peu à se demander si la vie de couple est réellement ce qu’elle a de mieux à espérer, à vivre. Aussi le jour où un accident respiratoire inattendu plonge Thomas dans le coma, chacun s’interroge sur le bienfondé de son quotidien, sur son envie de poursuivre, sur son utilité, ses priorités.

Questionnements sur le couple, sa fragilité, son équilibre. Mais questionnement également sur la vie d’un patron de PME, contraint par ses employés, ses fournisseurs, ses clients, et surtout par l’évolution des marchés de l’emploi, la mondialisation et les coûts du travail, la tyrannie des actionnaires et les rachats d’entreprise. De flash-back en retour au présent, puis au futur, chaque chapitre est introduit par une définition, principe ou suspension…et le lecteur s’interroge avec Olivia, avec Thomas, sur l’importance de sa vie, de son couple, de ses choix, ses aspirations et sur l’utilité de ses actions, sur la réalité du quotidien. Voilà un premier roman intéressant qui nous plonge dans les affres de la réalité et du quotidien de ces petits patrons qui tentent tout pour faire survivre leurs entreprises.


Catalogue éditeur : Liana Levi

«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

Date de parution : 03-01-2017  / 14 x 21 cm – 208 pages / ISBN : 9782867468759 / 17,50 €

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New York esquisses nocturnes. Molly Prentiss. #MRL16

De Buenos Aire à New York, le destin et la rencontre d’une peintre et d’un critique d’art dans le foisonnement artistique des années 80.

DomiCLire_newyork_esquisses_nocturnes.jpegMolly Prentiss nous entraine sur les traces de Raul Engales. Arrivé d’Argentine, fuyant le pays et surtout la répression qui fait des ravages, dans l’opposition en particulier, il a abandonné sa sœur pour aller vivre ses rêves d’artiste à New York. Raul est un artiste peintre qui cherche la reconnaissance de son art et rêve d’une première exposition qui le fera connaître au monde de l’art New Yorkais.
Nous rencontrons ensuite James, un homme étonnant et décalé qui toute sa vie a ressenti les personnes et les choses par des couleurs, des odeurs, des lumières, une musique, car il est atteint de Synesthésie. Il trouve finalement une issue à sa maladie en devenant critique d’art. Car lui seul sait décrire autrement ce que les autres ressentent mais en savent pas exprimer. Il fait et défait tout ce qui compte ou espère compter dans le milieu artistique new-yorkais.

Winona George, une galeriste célèbre, décide de lancer Raul lors d’une grande exposition dans sa galerie. Pour créer le buzz, elle vend une première toile qui sera achetée par James. Tout semble aller pour le mieux, l’avenir est souriant pour chacun d’eux. Mais deux évènements dramatiques vont les frapper tour à tour. Peu à peu, un lien d’abord invisible et ténu va se tisser entre les deux hommes.

En effet, James reconnait en la blonde et naïve Lucie, la compagne de Raul, le sujet de sa toile et s’en rapproche.  Mais rapidement l’amour naissant et obsessionnel pour le sujet de sa toile se transforme lorsque James comprend que ce coup de foudre est en fait celui qu’il a pour les couleurs, les lumières, les fulgurances de cet artiste dont il ne sait rien. Lucie, tombée amoureux de Raul, cet homme si différent capable de créer, peindre, avec acharnement et obsession, des couleurs et des lumières qui la transporte. Lucie va être la charnière, celle qui éloigne et celle qui rapproche, celle qu’on aime et qu’on abandonne, rejetée et incomprise, aimante et blessée.

Les personnages féminins ont bien peu de chance dans l’univers de Molly Prentiss, comme c’est également le cas pour Marge, la femme de James. Élément solide du foyer, c’est elle qui fait vivre son couple et qui sera à ses côtés quand James va partir dans des délires pour tenter de retrouver sa créativité.

Malgré tout, tant Raul que James sont deux personnages intéressants par leur singularité et leur créativité débordante. Mais j’aurais aimé les trouver dans la  description d’un environnement plus vivant, plus représentatif de ce foisonnement artistique du NY des années 80. Je me suis sentie un peu frustrée, les quelques mentions à Jean-Michel…Basquiat, ou Keith Haring, m’ont intriguée et j’aurais bien aimé qu’ils ne fassent pas que traverser l’intrigue ! Même si je dois reconnaitre que les descriptions de ce foisonnement artistique, totalement marginal, la vie des squats, la misère, la faim et la drogue parfois, souvent, et de la créativité et de la nuit, sont bien exprimés et participent de l’envie de lire ce roman jusqu’au bout.

#MRL16


Catalogue éditeur : Calmann-Lévy

Au début des années 80, le downtown de New York est le centre de l’univers, un terrain de jeu revêche, encore hermétique à la menace de l’embourgeoisement. Artistes et écrivains s’y mêlent dans des squats  insalubres où leurs rêves de reconnaissance prennent des formes multiples. Parmi eux, Raul Engales, un peintre argentin en exil, fuyant son passé et la « guerre sale » qui a enflammé son pays. S’affamant pour payer son matériel, il peint le jour d’immenses toiles mettant en scène les spectres qu’il croise la nuit. Un soir, il attire l’attention de James Bennett, critique d’art en vogue du New York Times, proche de Basquiat, Warhol et Keith Haring. Tandis que l’ascension fulgurante de l’un entraîne l’autre sous les projecteurs, une double tragédie les frappe. Dans ce chaos, Lucy, l’amante enjouée de Raul, échappée d’une obscure banlieue de l’Idaho, tente de les extraire de leur détresse. Entre peintre, critique et muse se dessine alors un triptyque
amoureux étourdissant.

Avec une écriture inventive d’une grande force poétique, Molly Prentiss explore la nécessité de beauté, de partage, de création et d’amour dans un paysage urbain et mouvant.

Prix TTC : 21.50 € / EAN : 9782702159569 / Format : 135 x 215 mm / 416 pages / Parution : 17 août 2016

De ce pas. Caroline Broué

Dans le roman de Caroline Broué, la vie est un pas de danse, en solo ou pas de deux. La danse comme la vie, c’est se trouver, se rapprocher, s’enlacer, puis se séparer pour mieux se retrouver ?

DomiCLire_de_ce_pas.gifTin la cambodgienne est devenue Marjorie, ancienne danseuse étoile, jeune maman d’une petit Elena, épouse accomplie et apparemment heureuse. Aujourd’hui, elle se pose des questions sur son passé, son enfance, ces blessures qu’elle a cachées dans un coin de sa conscience pour ne pas trop en souffrir. Arrivée en France en 1975, à 5 ans à peine, alors qu’elle fuyait le Cambodge des Khmers Rouges avec sa mère, elle est restée pendant de nombreuses années sans nouvelles de Chim, le père resté à Phnom Penh.

Paul, son mari, photographe, est issu d’une lignée de protestants ardéchois. Il a depuis longtemps coupé les ponts avec ses parents sans que l’on comprenne vraiment ce qui a causé cette séparation, il revoit à peine sa sœur. Et l’on s’interroge pour savoir d’où vient cette faille dans sa généalogie familiale et qui aujourd’hui lui cause tant de bleus à l’âme

Justine, la vieille voisine sage et aimante, se prend d’amitié pour Marjorie la courageuse, la flamboyante danseuse étoile, la petite fille qui souffre de son passé et doute de son avenir. Justine, rescapée des camps, sait bien que lorsqu’on souffre trop, on se tait car on ne peut pas dire l’horreur et la douleur, mais elle sait aussi que pour vivre, il faut avancer, ne pas oublier, mais continuer, passer à l’âge adulte, puis passer le flambeau à la jeunesse.

De ce pas de danse, de ce pas de deux, Caroline Broué écrit un premier roman aérien et léger, profond parfois. Il est comme ces figures de ballet qui s’envolent et nous font rêver, auréolées de mystère, images du bonheur donnant une impression de légèreté qui font oublier aux spectateurs la souffrance qui est cachée derrière, au plus profond, et surtout la ténacité, la pugnacité qu’il a fallu pour en arriver là. Le livre, construits en flashback qui passent d’une époque à l’autre, ou changement de personnages en peu de phrases est parfois compliqué à suivre, mais au final, voilà un questionnement intéressant sur les origines, ce que l’on cache, ce que l’on imagine, ces secrets ou ces non-dits qui peuvent détruire des familles. Sur les interrogations d’un couple également, quand chacun atteint cette quarantaine fatidique où il est de bon ton d’avoir réussi sa vie… ah, mais réussi comment ? A ses propres yeux ou mesuré à l’aune des autres ?

 les 68 premieres fois DomiClire  #rl2016 janvier


Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

« Envoûtée, comme enivrée, Marjorie l’était à nouveau en regardant l’homme et la femme onduler sous ses yeux. Leurs bras chantaient en canon. Leurs mains se croisaient à intervalles réguliers. Le mouvement était répété plusieurs fois, puis la musique s’emballait, et leur pas de deux se terminait par un porté de haute volée. Pour Marjorie, qui parlait la danse mieux que personne, la signification était très claire. Après une phase d’atermoiements, de faux-fuyants et de méfiance, l’homme et la femme faisaient le choix de la concorde, de l’harmonie. Ensemble, ils effaçaient le temps de l’incertitude. Ou, mieux, ils l’oubliaient. »
Ancienne danseuse étoile, Marjorie a fait ses adieux à la scène au moment où elle admire ce pas de deux. Elle vit avec Paul, une petite fille est née, et elle s’interroge sur son avenir.
Toute la tension dramatique de ce premier roman remarquable de concision est contenue dans la description du couple dansant : après l’éblouissement de la rencontre, le temps pour Marjorie et Paul est aux faux-fuyants. L’un et l’autre ont voulu croire qu’ils pourraient faire fi de leur passé : Marjorie de ses origines cambodgiennes ; Paul, un protestant ardéchois, des névroses familiales. Leurs deux silences, qui leur furent d’abord un refuge, s’entrelacent jusqu’à les éloigner.
Par-delà l’histoire de Marjorie et de Paul, Caroline Broué, en de brèves séquences syncopées, scrute les doutes d’adultes de quarante ans aujourd’hui : ceux que la vie oblige à prendre leur destin à bras-le-corps et dont c’est le tour d’entrer en scène. De ce pas est un très beau roman sur le temps qui passe, et sur ses bienfaits.

Roman / N° d’éditeur : 143 / Disponible en librairie au prix de 17 €, 176 p. / ISBN : 978-2-84805-199-4 / Date de parution : Janvier 2016

Le syndrome de la vitre étoilée. Søphie Adriånseñ

Avec  « Le syndrome de la vitre étoilée » Søphie Adriånseñ nous entraine avec bonheur dans les pensées et les obsessions, les malheurs et les joies de Stéphanie, jeune trentenaire qui rêve d’un enfant et panique à l’idée de voir tourner son horloge biologique…

Le Syndrome de la vitre étoiléeAprès une foultitude d’examens pour comprendre pourquoi elle n’arrive pas à « tomber enceinte », il s’avère que le problème ce n’est pas Stéphanie mais bien son amoureux, celui avec qui elle a décidé de vivre malgré les avis contraires de la famille, malgré les dix ans d’écart, malgré la différence sociale dont elle n’a rien à faire mais qui inquiète ses proches. Et si le problème c’est lui, l’envie d’enfant se construit à deux. Elle va donc passer toutes les étapes de la procréation assistée, subir et souffrir, pour rien, échec, souffrance, déprime. Tout en voyant autour d’elle ses amies procréer, élever les enfants dont elle rêve, sa famille faire des réflexions idiotes, de celles qui vous donnent mal au ventre et mauvaise conscience et qui vous font dire « pourquoi moi et pas les autres ? » alors que vous n’y êtes pour rien.
Désir d’enfant qui tourne à l’obsession et qui détruit tout, l’amour, le vrai (car maintenant le seul but de la relation est de procréer), l’amitié (gâchée par des « pourquoi elles et pas moi » insidieux et persistants), la confiance en soi, en l’avenir, et jusqu’au couple, si solide jusque-là. Obsession qui est celle de nombreuses jeunes femmes puisqu’il est souvent dit qu’un couple sur cinq n’arrive pas à procréer.

Portant sur des interrogations actuelles, « le syndrome de la vitre étoilée » est écrit avec beaucoup d’humour, de justesse et même de tendresse. J’ai aimé sa structure en courts chapitres d’à peine une page parfois, intitulés « Dans un livre », « maintenant », « un souvenir », etc., et qui expriment des sentiments, une page de journal, quelques pensées, des extraits de livres, des phrases et quelques poncifs de donneurs de leçon qu’on croise immanquablement autour de soi. Alors on les tourne ces pages-là, vite même, et on a envie de savoir si Stéphanie va réussir à se sortir de cette impasse… Et comment elle va se retrouver après avoir subi ce syndrome de « La vitre étoilée, c’est celle du flipper qui, sous les coups des joueurs frustrés d’avoir laissé échapper la bille, se brise sans se disloquer. Les fissures lui confèrent un aspect céleste. C’est quand tout est brisé à l’intérieur alors qu’à l’extérieur tout semble tenir. On peut même trouver ça joli. Après généralement, ça fait tilt. »… Un roman épistolaire n’est généralement pas ce que je préfère car je m’y ennuie parfois… mais avec celui-ci, point d’ennui, au contraire, voilà un livre que l’on va lire pour se détendre et qui fait du bien.

#rl2016


Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.
Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?
Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.
Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre.

Date de parution : 25 Août 2016 / Roman contemp. GF / 352 pages / ISBN 9782265115682