Les grandes et les petites choses. Rachel Khan

Une belle découverte « Les grandes et les petites choses » le roman-autobiographique de la talentueuse Rachel khan.

Domi_C_Lire_Rachel_khanMais ce livre est un petit bijou ! D’abord on s’imagine entrer dans un roman, un bon roman, au style léger et joyeux, alors qu’il y a une telle profondeur dans ce qui est dit, et surtout ce qui est vécu par l’auteur !

Ensuite, on découvre le personnage, Nina Gary, ou Rachel Khan, sportive de haut niveau, juriste aux multiples diplômes universitaires, conseillère à la culture du cabinet de Jean-Paul Huchon en ile de France, et aujourd’hui actrice, rien de moins.

Sous une narration humoristique on sent une profonde humanité et une grande érudition. Car comment Nina peut-elle prendre apparemment à la légère ce qui lui arrive dans les vestiaires du stade, et qui est juste terrible. Si ce n’est en comparant avec ce qu’a enduré et souffert la famille de sa mère, déportée, exterminée car juive, ou la famille de son père, descendant d’esclave en Gambie…

Nina à des parents qui rappellent fortement ceux de Rachel bien sûr ! Une mère juive qui est libraire et se réfugie dans ses livres pour ne pas dire, ne pas parler ; un père prof d’anglais d’origine africaine, un grand-père qui parle Yiddish à la maison, rescapé des camps, souvenir vivant de ce que peut être l’horreur.

Alors, oui, Nina est juive, oui, Nina est noire, Nina est blanche par sa mère, Nina est également musulmane et animiste par son père, et Nina est faite pour la course, car c’est bien connu les noirs courent vite ! … Mais comment vivre lorsque où que l’on se tourne, on devient une minorité visible ? Elle y réussira, et ce roman est un excellent moyen de nous le montrer.

J’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de Nina, admirative de sa force de caractère, de son sens de la famille, de son amour de la vie avant tout, et avec quelle dérision elle réussit à rendre stupides à nos yeux de lecteurs ceux qui soulignent les différences au lieu de les accepter. Une belle leçon de vie.

Lire l’interview de Rachel Khan par Karine Papillaud pour lecteurs.com

 les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Anne Carriére

Nina Gary a 18 ans ; alors qu’elle tente de devenir une femme, elle réalise que quelque chose cloche. Entre son père gambien qui marche comme un tam-tam, son grand-père à l’accent de Popek qui boit de la vodka, entre le trop d’amour de sa mère cachée pendant la guerre, le rejet de la fac et la violence de la  rue, elle est perdue. Noire, juive, musulmane, blanche et animiste, elle en a gros sur le cœur d’être prise pour une autre, coincée dans des cases exotiques où elle ne se reconnaît pas. Alors, elle court.

C’est la solution qu’elle a trouvée pour échapper aux injustices et fuir les a priori d’une société trop divisée pour sa construction intime. Elle fait le choix de  la vitesse pour se prouver qu’elle a un corps bien à elle et se libérer de l’histoire de ses ancêtres, trop lourde pour ses épaules. Un mouvement permanent pour s’oublier, et tout oublier de la Shoah, de l’esclavage, de la colonisation et de la reine d’Angleterre. Courir pour se perdre, s’évader, se tromper, être trompée, se blesser, se relever peut-être. Ne plus croire en rien, seulement au chronomètre et en l’avenir des 12 secondes qui vont suivre. Sentir ses muscles, pour vivre enfin l’égalité – tous égaux devant un 100 mètres, à poil face au temps. Entre les grandes et les petites choses,  c’est l’histoire de Nina Gary, une jeune fille qui court pour devenir enfin elle-même.

ISBN : 978-2-8433-7814-0 / Nombre de pages : 250 / Parution : 18 février 2016 / Prix : 18 €

Le cœur du Pélican. Cécile Coulon

Le cœur du pélican, c’est celui d’Anthime, celui qui court et fuit ses peurs et ses espoirs déçus pour se retrouver, ou se perdre.

 « Le cœur du Pélican », c’est l’histoire d’Anthime, un jeune garçon qui vient d’aménager avec ses parents dans une nouvelle ville. Lors d’un piquenique bien peu fraternel, par peur de paraitre pleutre ou faible, il va courir de toutes ses forces et se découvrir des appétences et un talent insoupçonné pour la course.  Brice, ancien coach un peu alcolo sur le retour, décide de le prendre en main et de l’emmener à la victoire. Admiré au lycée comme sur la piste, Anthime se laisse griser par le succès, les garçons le respectent, les filles l’adulent, en particulier sa voisine Johanna. Il partage un amour ambigu et fraternel avec Helena, sa sœur, sa moitié, celle qu’il admire et qui le comprend sans qu’il ait besoin de parler. Mais Anthime est jeune, son entraineur le pousse au-delà de ses capacités d’adolescent, trahit pas ses tendons, il s’écroule lors d’une course primordiale pour le reste de sa jeune carrière. Ses rêves et son aura s’effondrent aussi vite qu’ils s’étaient formés. Ses espoirs de victoire anéantis à jamais, il se terre, et finalement épouse Johanna, sa voisine amoureuse, envahissante et fade, il est l’homme de sa vie, mais elle n’est pas la femme de la sienne. Vingt ans plus tard, Anthime, père de famille, époux blasé et amer, a pris du gras et du ventre. Des réflexions désobligeantes déclenchent un sursaut dans son quotidien triste et résigné. Le voilà qui s’entraine, puis qui part dans une course éperdue à travers le pays, à la façon d’un  Forest Gump, ou d’un Harold Fry (La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry). Il court ! Il court vers sa vie, son passé, ses échecs, ses espoirs et ses questionnement, vers tout ce qu’il n’a jamais su accomplir, vers ce qu’il aurait dû être, il court pour se retrouver. A la façon de ces marcheurs qui sur le chemin de saint Jacques cherchent non pas la foi, mais bien leur propre être intérieur, qui cherchent à se comprendre et à mieux se connaitre. Il y a une extraordinaire dose de désespoir dans sa course. Il court longtemps, il court loin, sans espoir de retour, il fuit sa femme, ses enfants, sa sœur, son passé.

J’avais entendu et lu beaucoup de bien de ce roman d’une auteure particulièrement jeune, mais je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Le texte est particulièrement bien écrit, et j’ai particulièrement apprécié la première partie, pourtant certaines incohérences ne m’ont pas permis d’y adhérer entièrement. Car comment imaginer des parents incapables de suivre l’entrainement de leur gamin et de le protéger, laissant faire l’impossible qui le mène à l’échec d’une vie ? Comment imaginer cet homme médiocre à la colère rentrée pendant vingt ans, assis à faire du gras sur sa terrasse, vivant à côté de sa femme et de ses enfants, sans arriver à dépasser l’échec de son adolescence ? Comment imaginer un homme de 40 ans aussi plein de rage rentrée, soudain capable de se relever seulement pour faire autant de mal à tous ceux qui l’entourent, avec autant de colère et de violence. Malgré tout l’écriture est belle et maitrisée, gravée au scalpel sur les muscles et les douleurs retrouvées d’Anthime, on devine ses peurs et ses tourments, sa fuite et ses espoirs, on y ressent cette fatalité qui le frappe,  inéluctable, même si on n’y adhère pas toujours.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Porté par une extrême émotion, Le Cœur du Pélican nous parle de la gloire et de sa fragilité, du sport et de sa souffrance. Il raconte le courage et la destinée à la fois banale et extraordinaire d’un homme qui réussit, connaît le succès, tombe et se relève. Cécile Coulon parvient formidablement à incarner ses personnages aux prises avec leurs désirs et aveuglés par les non-dits.

Parution : 15/01/2015 / ISBN : 9782878586015 / Pages : 240 p.