Les âmes silencieuses, Mélanie Guyard

Aborder le thème de la seconde guerre mondiale avec une fille-mère tondue à la libération, pari osé mais pari tenu par Mélanie Guyard dans « Les âmes silencieuses ».

De nos jours, Loïc est un trentenaire paumé, cynique, blasé, chômeur et futur divorcé. Le coup de poing dont il a gratifié son rival lui vaut quelques séances fastidieuses chez un psy plus ennuyeux que compatissant. Aussi, lorsque sa mère lui demande de partir dans le Berry vider la maison familiale, Loïc n’a plus rien à perdre et descend se réfugier dans le travail et les souvenirs d’une famille qu’il ne connait quasiment pas.

A peine arrivé, les piliers de bar du village lui jettent à la figure des mots qui ont de mauvais relents de seconde guerre mondiale, de ces qu’en dira-t-on qui ont poursuivi sa grand-mère toute sa vie. Rapidement, alors que les tensions s’apaisent, les secrets se dévoilent.  De 1942 à 1944, dans le village occupé, Héloïse a fauté, accompagnant chaque jour un bel officier allemand dans les bois. Puis Héloïse a mis au monde Anaïs, la mère de Loïc. Tondue à la fin de la guerre, fille-mère à une époque où cela ne se faisait pas, Héloïse a pourtant toujours gardé ses secrets. La vérité sur cette relation, qui est le père, autant de mystères pour tous comme pour son petit-fils.

Lorsqu’il entreprend le déblayage du grenier, Loïc découvre un échange épistolaire entre Héloïse et un mystérieux J. Commence alors une enquête familiale à rebours, pour savoir et comprendre.  Il rencontre la gentille et douce Mathilde, qui fuit elle aussi ses propres tourments. Tous deux se lancent dans une enquête complexe -ça tombe bien, Mathilde est flic- pour déterrer les secrets enfouis dans les granges, les bois, les cœurs et les âmes de ce village hors du temps. D’interrogation en découverte, chacun évolue, mais surtout comprend d’où il vient, et comment il va pourvoir avancer dans cette vie qu’ils ont tant de mal, l’un comme l’autre,  à appréhender.

Dans un style fluide et résolument moderne, l’auteur nous transporte entre deux époques et fait émerger toutes sortes de sentiments qui guident ses personnages à travers des temps tourmentés, la guerre, l’amour, la séparation, le deuil. Chacun ressent à sa façon les épreuves à affronter, et le lecteur se laisser habilement mener, malgré quelque indices semés au fil des pages, vers un final bien plus contemporain qu’il n’y parait.

Lors de la rencontre avec l’auteur, j’ai eu plaisir à l’écouter parler de ses questionnements, puis de ses certitudes et de son plaisir à écrire ce premier roman destiné aux adultes.

💙💙💙

Catalogue éditeur : Seuil

1942. Héloïse Portevin a tout juste vingt ans lorsqu’un détachement allemand s’installe dans son village. Avides d’exploits, son frère et ses amis déclenchent un terrible conflit. Pour aider ceux qu’elle aime, Héloïse prend alors une décision aux lourdes conséquences…

2012. Loïc Portevin est envoyé par sa mère au fin fond du Berry pour y vider la maison familiale après le décès de sa grand-mère. Loïc tombe sur une importante correspondance entre cette dernière et un dénommé J. Commence pour lui une minutieuse enquête visant à retrouver l’auteur des lettres.

Entre secrets de famille et non-dits, Loïc et Héloïse font chacun face aux conséquences de leurs décisions, pour le meilleur… et pour le pire.

Mélanie Guyard est professeur de biologie en région parisienne. Elle a publié sous le pseudonyme d’Andoryss une dizaine de bandes dessinées (aux éditions Delcourt) et plusieurs romans jeunesse. Les Âmes silencieuses est son premier roman en littérature adulte.

Date de parution 02/05/2019 / 18.90 € TTC / 320 pages / EAN 9782021419030

Nécrologie du chat, Olivia Resenterra

Olivia Resenterra dit tout sur la misère humaine dans son édifiante « Nécrologie du chat » à travers le rocambolesque dernier voyage d’un défunt matou.

Dans l’entrée d’un immeuble ordinaire d’une banlieue tout aussi banale, une femme soliloque, la caisse de son chat à la main. Elle est alpaguée par la concierge qui lui parle sans l’écouter mais qui, lorsqu’elle comprend que le chat est mort, lui demande de s’en aller. Et Ana part, marche sans but précis au milieu de l’hiver, à la recherche d’un coin de terre meuble où enterrer son fidèle compagnon.

Elle croise un homme étrange. Il la recueille chez lui, mais elle fuit au petit matin, houspillée par sa  gouvernante jalouse et possessive. Puis une famille de cyclistes l’invite à partager son piquenique. Grâce à eux elle découvre un cimetière pour animaux et son gardien plus commercial que philanthrope. Sa course n’est pour autant pas terminée, et si le chat ne se décompose pas encore, il est pourtant mort et bien mort depuis plusieurs jours maintenant.

De rencontres en hasards, on a l’impression de voir s’écrouler des cartes à jouer qui auraient été minutieusement posées là par l’auteur. Chaque événement en entraine un autre tout aussi saugrenu, voire sordide, comme un inéluctable et fatal enchainement de catastrophes. Tout comme le battement de l’aile du papillon entraine un cataclysme à l’autre bout de la terre, ou là, tout près. Car les évènements vont s’enchaîner, sous l’œil atterré du lecteur… Fatalité, hasard, égoïsme, solitude, jalousie, concupiscence, tant de sentiments vont se côtoyer, s’enchainer, pour le pire bien plus que pour le meilleur.

Ce roman est une étrange surprise. Le lecteur chemine sans savoir où l’auteur veut le conduire, et se jette sans aucune retenue dans ce conte étonnamment instructif sur l’Homme en général, et sur le manque d’empathie, l’absence de partage, ou d’écoute tout simplement. C’est vif, incisif, un brin burlesque peut-être, et surtout totalement mordant.

Le coup de griffe posthume donné par ce gentil matou à des humains bien peu compatissants ?

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Catalogue éditeur : Serge Safran

Un matin d’hiver, Ana quitte le lotissement qu’elle habite à la périphérie d’une petite ville perdue dans la campagne. Au bout de son bras, une caisse en plastique contenant le corps de son chat mort. Désemparée, marchant au hasard, à la recherche d’un lieu pour enterrer l’animal, Ana est confrontée à l’incompréhension et la cruauté des différentes personnes qu’elle croise sur son chemin : un fermier célibataire et sa gouvernante prête à tout pour éliminer une potentielle rivale, une famille de cyclistes menée par un père autoritaire, un gardien de cimetière pour animaux, spécialiste des obsèques « sur mesures », un duo de criminels en cavale… Pendant ce temps, un renard, qui semble tout droit sorti d’une fable, rôde aux alentours…

Olivia Resenterra, née à Rochefort-sur-mer en 1978, a étudié les lettres et la philosophie à Poitiers, Salamanque et la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, portraits acides, publié aux éditions PUF en 2012 et d’un roman, Le Garçon, scènes de la vie provinciale, aux éditions Serge Safran en 2016.

En librairie le 8 mars 2019 / ISBN : 979-10-97594-21-3 / Format : 12,5 x 19 cm / Pagination : 160 pages / Prix : 16, 90 €

Le voyage du canapé-lit, Pierre Jourde

Odyssée burlesque ou exorcisme ? Est-ce pour éloigner la mort, le deuil et le chagrin, parce qu’on peut penser au passé et en rire que Pierre Jourde a écrit « Le voyage du canapé lit » ?

Lors du décès de sa propre mère, la mère de Pierre Jourde, qui a eu toute sa vie une relation exécrable avec cette femme égoïste, décide de ne conserver de cet héritage encombrant qu’un antique et inconfortable canapé-lit. Elle demande à ses deux fils de le transporter dans la maison de famille en auvergne. Ce souvenir d’une relation conflictuelle trouvera sa place dans cette maison où s’entassent déjà aux yeux de ses fils maints objets inutiles.

C’est donc le prétexte pour les deux frères et la belle-sœur à se retrouver coincés pendant un long trajet dans une camionnette de location, et surtout le prétexte à égrener des souvenirs. Souvenirs en particulier de la relation apparemment assez compliquée entre les deux frères. Et l’auteur de les égrener page après page ces souvenirs, de voyages – l’Inde, un coiffeur grec rencontré dans les rues de Londres – de chutes, de maladies, d’ennuis gastriques, de conflits familiaux ou professionnels, avec entre autre une scène où apparait Christine Angot perdue dans quelques salon littéraire de province.

Est-ce là une thérapie familiale sur fond de canapé ? Il semble qu’avec Pierre Jourde, le décès d’un proche soit un excellent déclencheur pour une introspection intime à partager avec le lecteur. Ce roman est me semble-t-il écrit au décès de sa mère. Son roman précédent était empreint de tristesse, celui-ci se veut franchement désopilant. Winter is Coming était un roman difficile, tellement intime, tellement tragique en un sens. J’imagine qu’il n’est pas aisé de se remettre à l’écriture à la suite de ce deuil, alors pourquoi cet autre livre sur la famille ?

On aime ou pas. Pour ma part, je me suis profondément ennuyée posée sur ce canapé à regarder défiler les villages de La Charité-sur-Loire à Clermont-Ferrand, à dérouler le fil des souvenirs, banals, ordinaires. Pourtant, une fois de plus, j’avoue que j’ai apprécié l’écriture de cet auteur qui, s’il ne réussit vraiment pas à me séduire par son histoire, l’aurait presque fait par la qualité de sa prose.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Gallimard

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.

Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072776250 / Parution : 10-01-2019 / Prix : 20€

L’Amérique derrière moi, Erwan Desplanques

L’Amérique derrière moi, un beau roman lucide et tendre de cette rentrée d’hiver

Lui, c’est le père, fou de l’Amérique, toute sa vie il aura rêvé de s’y installer, toute sa vie il en parle, il s’en habille, s’en délecte, la savoure peut-être même plus que s’il avait réellement réussi à y vivre… Il a vécu avec son épouse, dans une relation de couple comme souvent tendue, puis plutôt sereine, avec des hauts et des bas…Jusqu’au jour où la maladie fait son apparition, cruelle, définitive.

Elle c’est la mère, celle qui quitte son mari, celle qui le reprend, celle qui l’accompagne, le soutien, le pleure…

Lui c’est le fils, narrateur, auteur, journaliste, celui qui pleure ce père qu’il a peut-être mal connu, celui qui devient père à son tour, et qui doit poursuivre seul cette route que les parents nous tracent comme ils peuvent, avec leurs rêves et leurs espoirs, leurs illusions et leurs défaites, leurs ambitions et leurs craintes.

Ce que j’ai aimé ? Cette double attente qui est la trame de fond du roman. D’abord celle des derniers jours d’un père qui a compris que rien ne pourra pas le sauver, qui peu à peu s’approprie sa mort prochaine avec une grande lucidité.

Ensuite celle de l’enfant qui bientôt va paraitre, mais attente qui n’aura pas toute la latitude nécessaire pour prendre toute sa saveur, sa signification, laisser éclater sa joie, tant la mort du père est prégnante dans la vie du narrateur… alors il laisse sa femme dans sa bulle de future mère. Elle porte cet enfant qu’elle sent déjà vivre, seule, loin de ceux qui doivent affronter la fin, la mort, la séparation définitive d’avec ces êtres que l’on aime tant mais que l’on doit quitter, inexorablement.

Ce roman en partie autobiographique interroge ses lecteurs. Surtout lorsque l’on a vécu une expérience similaire, celle de la perte d’un de ses parents, ce dernier rempart protecteur avant d’accepter le fait qu’un jour cela soit logiquement son tour… L’écriture est fine, sensible, les mots expriment une grande pudeur, même lorsqu’ils extériorisent les sentiments les plus intimes. Comme si l’auteur, malgré son implication, réussissait à mettre de la distance pour laisser s’exprimer l’écrivain qui est en lui.

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Catalogue éditeur : L’Olivier

« Parvenu à l’extrémité du Massachusetts, Thoreau avait écrit : Un homme doit s’asseoir ici et poser toute l’Amérique derrière lui.»

Le narrateur est désormais cet homme, conscient que l’attend en France une décision essentielle qui tiendra du courage et de l’abandon. Après avoir résisté aux excès passionnels de ses parents, arrêté la musique, quitté un journal, enterré son père comme un héros de l’armée américaine, peu avant la naissance de son propre fils, il décide de se réinventer loin de Paris.

L’Amérique derrière moi raconte cette période étrange pendant laquelle l’attente d’un «heureux événement» et l’imminence d’un grand malheur finissent par se confondre. Cette comédie qui mêle douceur, lucidité et humour, est surtout l’occasion pour son auteur de revenir sur l’histoire familiale et le vent de folie que le père faisait souffler dans la maison.

Né en 1980, Erwan Desplanques est écrivain et journaliste indépendant. Diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, il a travaillé quinze ans à la rédaction de l’hebdomadaire Télérama. En 2013, il a publié son premier roman, Si j’y suis, suivi en 2016 par un recueil de nouvelles, Une Chance unique, sélectionné pour le prix Goncourt de la nouvelle et en cours d’adaptation au cinéma. L‘Amérique derrière moi est son troisième livre. Il vit et travaille aujourd’hui dans le Sud-Ouest de la France.

Parution : 03 janvier 2019 / 140 × 205 mm / 176 pages / EAN : 9782823614244 / 16,00 €

Léonor de Recondo, Manifesto

Ce roman autobiographique nous entraine à la rencontre de Félix de Recondo, de sa fille Léonor et de l’ami Ernesto Hemingway.

Léonor de Recondo, écrivain violoniste, Félix de Recondo, peintre et sculpteur, se rejoignent dans cette chambre 508 de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour la longue et éprouvante dernière nuit du père. Là, les pensées de Félix s’envolent vers l’enfance, l’Espagne et le pays basque, mais aussi vers Ernest Hemingway, l’ami plus âgé que Félix va retrouver, car la mort aboli toutes les différences, d’âge en particulier.

Les chapitres, très courts, alternent les voix de Félix, de Léonor et d’Ernesto, pour nous rendre compte des belles choses du passé. La voix de Félix pour évoquer l’enfance, Amatxo et la grand-mère, l’amitié avec Ernest Hemingway, mais aussi la guerre civile espagnole, la destruction de Guernica, le franquisme, la lutte, la fuite vers la France, et l’exil, définitif qui vous ampute d’une partie de vous-même, la mort de ses enfants d’un premier lit. La voix de Léonor pour évoquer l’enfance aussi, avec ce père artiste qui lui façonne un violon unique, mais aussi pour évoquer la douleur de la perte du père, que l’on aime par-dessus tout, et ses dernières heures qui s’étirent dans la douleur et le souvenir, dans une austère et impersonnelle chambre d’hôpital. La voix d’Ernesto pour évoquer l’amour, les femmes, la guerre, la mort.

J’avais déjà aimé Amours du même auteur. Ici, dans un style différent, plus personnel, Léonor de Recondo nous offre un roman triste et beau comme des notes de violon qui s’échapperaient d’une chambre où l’on veille celui qui bientôt ne sera plus… Manisfesto est indiscutablement un superbe roman de cette rentrée de janvier.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

« Pour mourir libre, il faut vivre libre. » La vie et la mort s’entrelacent au cœur de ce « Manifesto » pour un père bientôt disparu. Proche de son dernier souffle, le corps de Félix repose sur son lit d’hôpital. À son chevet, sa fille Léonor se souvient de leur pas de deux artistique – les traits dessinés par Félix, peintre et sculpteur, venaient épouser les notes de la jeune apprentie violoniste, au milieu de l’atelier. L’art, la beauté et la quête de lumière pour conjurer les fantômes d’une enfance tôt interrompue.
Pendant cette longue veille, l’esprit de Félix s’est échappé vers l’Espagne de ses toutes premières années, avant la guerre civile, avant l’exil. Il y a rejoint l’ombre d’Ernest Hemingway. Aujourd’hui que la différence d’âge est abolie, les deux vieux se racontent les femmes, la guerre, l’œuvre accomplie, leurs destinées devenues si parallèles par le malheur enduré et la mort omniprésente.
Les deux narrations, celle de Léonor et celle de Félix, transfigurent cette nuit de chagrin en un somptueux éloge de l’amour, de la joie partagée et de la force créatrice comme ultime refuge à la violence du monde.
Parution 10 janvier 2019 / Prix : 18 €, 192 p. / ISBN : 978-2-84805-314-1

Un fils obéissant, Laurent Seksik

Dans son dernier roman « Un fils obéissant » Laurent Seksik évoque  le personnage d’un père, mais cette fois de façon plus intime puisqu’il s’agit de son père, et de cette relation universelle entre un père et un fils aimants.

domi_C_Lire_un_fils_obeissant_laurent_seksik_flammarionTel que l’exige la religion juive, alors que son père est décédé depuis un an, Laurent Seksik se rend sur sa tombe à Jérusalem pour honorer sa mémoire. Un an à réciter le kaddish chaque jour, puis se rassembler pour honorer le défunt et dire quelques mots à son attention, entouré de tous ceux qui pensent à lui, pour enfin le laisser partir…

Alors qu’il est en chemin, il échange avec sa voisine d’avion, installée sur le siège à côté de lui. Banale et courtoise tout d’abord, cette conversation, pas forcément voulue au départ, va rapidement devenir l’occasion pour l’auteur de se remémorer les instants de joie, de bonheur, les étapes d’une vie au contact de ce père à la présence magnétique.

Si le rêve de ce père n’est pas tu seras un homme mon fils, mais bien tu seras écrivain, ce père qui l’a encouragé dès ses premières rédactions d’enfant, il lui faudra bien assouvir aussi le rêve d’une mère, tu seras médecin mon fils… Aujourd’hui, après avoir exercé comme médecin pendant des années, après avoir écrit en parallèle plus d’une dizaine d’ouvrages, l’auteur a réalisé ces deux rêves.

Après avoir découvert et apprécié Romain Gary s’en va-t-en guerre, j’avais très envie de lire le dernier roman de cet auteur de talent au parcours atypique. Bien m’en a pris… Ce roman est un long discours intérieur, même s’il s’agit d’un échange, d’un long cheminement vers l’enfance, la relation entre le père modèle et le fils parfait, vers l’histoire de ses ancêtres, en particulier d’un certain Victor, figure emblématique de la cellule familiale, c’est également une projection vers l’avenir, où la présence du père est à la fois protectrice et émulatrice, bienveillante et critique.

Cette longue conversation à huis-clos est aussi l’opportunité de se remémorer les étapes de la maladie, la souffrance que cela entraine, le courage face à une fin inéluctable. D’évoquer le rôle difficile du médecin confronté à un père malade, le dernier patient que l’on doit avoir envie de consulter sans doute, à qui il est difficile de dire la vérité – car est-on justement capable de l’appréhender soi-même cette vérité ? – malgré la confiance aveugle qu’il vous fait… Le moment d’affronter la mort d’un proche, la souffrance que cela engendre, qui vous fait grandir d’une certaine façon, même si pas un seul d’entre nous n’a envie de vivre cette situation. Sans parler de comprendre et d’accepter le chagrin, la tristesse de ceux qui restent…

Il y a beaucoup d’émotion à la lecture de ce fils obéissant. C’est à la fois intime, personnel et universel, cette relation au père, aux parents même, ce besoin de plaire, de satisfaire, de réaliser les rêves et les espoirs qui sont mis en chacun de nous par ceux qui nous ont conçus.

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Du même auteur, j’avais également beaucoup aimé le roman Romain Gary s’en va-t’en guerre.


Catalogue éditeur : Flammarion

Un homme se rend sur la tombe de son père un an après sa disparition pour y tenir un discours devant une assemblée de proches…
Le neuvième roman de Laurent Seksik, le premier où il ose le je, embrasse une vie d’amour filial. Ce voyage entre présent et passé entremêle l’épopée prodigieuse d’un grand-oncle… Lire la suite

Paru le 22/08/2018 / 256 pages / 140 x 211 mm Broché / EAN : 9782081413030

Pour que rien ne s’efface. Catherine Locandro

Qui se souvient de ce qui a été, de la gloire et de la légèreté, au moment de quitter la difficile scène de la vie. Dans son dernier roman « Pour que rien ne s’efface » Catherine Locandro évoque avec justesse le temps qui passe, la solitude et l’oubli.

DomiCLire_pour_que_rien_ne_sefface.jpgC’était une enfant magnifique, puis la plus belle des femme, aujourd’hui, oubliée de tous, c’est un cadavre qui se décompose, dans un appartement parisien. Comment peut-on en arriver là quand on s’appelle Lila Beaulieu, actrice ayant eu son heure de gloire et ayant descendu avec panache les marches de Cannes lors de la parution de son seul grand film, quelques trente ans plus tôt ? Comment peut-on en arriver là quand on a eu des maris, des enfants, des amants, des amis ?
Dans ce roman choral le lecteur tourne autour de Lila comme s’il était devant le film de sa vie. On imagine la  caméra qui tourne autour de Lila et nous montre à chaque fois un angle de vue différent. Divers témoins se succèdent, amis, amants, maris, sa fille, ses voisins, ils sont plus ou moins proches et ont eu  une relation plus ou moins intime avec Lila. Chacun vient apporter sa brique pour décrire celle qu’il a connue, dévoilant tour à tour des facettes de sa vie, de sa personnalité, de ce qu’elle a bien voulu leur montrer, ou tout simplement ce qu’ils ont bien voulu en connaître.

Chacun est là aussi pour dire la fin tragique annoncée. Car quelle que soit la relation qu’ils ont eue avec Lila, on découvre au grès des déclarations et des souvenirs le succès puis l’échec, le rêve brisé d’une carrière à Hollywood, la perte d’un enfant, l’oubli dans l’alcool, l’éloignement du couple et le rejet de ceux qui restent. Mais aussi et surtout l’incompréhension et la méconnaissance de la véritable personnalité de Lila, le poids de l’enfance, les hésitations, l’effondrement de ses rêves et les désillusions de sa vie de femme.

Comme cela avait été le cas en lisant « La maladroite », j’ai ressenti dans ces témoignages à la fois un lourd chagrin et un grand nombre de responsabilités, souvent sans faute, accumulées par tous ceux qui ont partagé ou traversé la vie de Lila. Tous ceux qui ont vu, qui ont compris la solitude et le chagrin mais qui n’ont jamais fait le nécessaire pour qu’elle s’en sorte. J’ai aimé la structure de ce roman, cette façon de tourner autour du personnage de Lila Beaulieu et de la découvrir peu à peu, sans juger, sans parti pris, juste en témoin d’une vie qui passe.

Citation :

Il faudrait tout dire à Lucie. Et avant tout, que la vie était courte, mais aussi terriblement longue. Elle vous donnait tout le loisir de multiplier les erreurs, et vous laissait si peu de temps pour les réparer.


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Cette histoire commence par la fin : une femme de soixante-cinq ans retrouvée morte dans un studio parisien. La défunte est pourtant loin d’être une inconnue. Mais qui se souvient d’elle ? lire la suite

208 pages | 18€ / Paru le 12 janvier 2017 / ISBN : 978-2-35087-389-3
Photo de couverture © Charlotte Jolly de Rosnay