Le premier qui tombera, Salomé Berlemont-Gilles

La désillusion du rêve français et la difficulté de l’intégration au pays de la liberté, égalité, fraternité

Hamadi noie sa vie dans l’alcool, prostré sur un brancard, c’est aujourd’hui un ivrogne perdu dans la blancheur de l’hôpital. Sa longue déchéance ne pouvait pas se terminer autrement, mais comment en est-il arrivé là ?

Il est arrivé en France avec ses parents trente ans auparavant. Ce pays porteur d’espoir, de liberté et d’égalité qui accueille, éduque, protège ceux qui souffrent et doivent fuir leur pays.

C’est une famille aisée et confortablement installée dans la vie qui quitte Conakry en Guinée pour fuir le régime de Sékou Touré. Le père Chirurgien, la mère et la fratrie s’installent en région parisienne dans une banlieue hostile. Là, les espoirs s’envolent lorsque le Chirurgien comprend qu’il ne pourra pas exercer son métier, celui pour lequel il était largement reconnu et apprécié dans son pays. Marie, la mère, une belle femme d’origine peule, n’a jamais travaillé. Mais elle trouve rapidement un emploi de caissière, car il faut faire vivre la famille. Le Chirurgien ne parvient pas à trouver d’emploi  et doit accepter de devenir un simple.

Hamadi est l’enfant chéri, le fils préféré de sa mère, bon élève au pays, il est celui qui doit montrer l’exemple et protéger les frères et sœurs. La tâche est lourde de sens, le poids trop grand pour ses épaules. A l’école, après des débuts prometteurs, c’est avec une bande de voyous qu’il s’accoquine pour se faire accepter du quartier, pour enfin s’autoriser à vivre. Devenu à son tour membre de la Fraternité, petit voyou comme eux, ils entre rapidement dans la spirale de la délinquance. Et quitte l’école pour des emplois plus généreux et plus faciles. Si les frères ont beaucoup de mal à s’intégrer, les filles et la mère portent une fois encore sur leurs épaules l’unité et l’espoir de la famille.

Hamadi, que l’on suit à trois étapes importantes de sa vie, est un personnage attachant, aussi fort et toujours prêt à se relever que faible et émouvant. La dimension de la famille, l’attachement à la fratrie, la difficulté d’être et de s’insérer, et de magnifiques descriptions de ces vies compliquées dans des banlieues parfois sordides rendent ces personnages terriblement humains.

L’écriture est dense et précise, faite de détails et de descriptions qui ne sont pourtant jamais de trop. Ce roman social sur l’exil, la banlieue, la jeunesse est d’une puissance incroyable. Il est à la fois émouvant, prenant, réaliste et dur. L’autrice explore avec intelligence et acuité la difficulté qu’il y a à se faire accepter pour les réfugiés ou migrants dans notre société souvent hostile face à ces inconnus qui perdent rapidement leurs illusions sur l’accueil et le rêve français. Un roman de vie, qui parle d’hommes et de femmes que l’on pourrait côtoyer chaque jour sans même les voir ni s’en rendre compte, qui ouvre les yeux et donne à réfléchir. Une réussite pour un premier roman que je n’ai pas lâché jusqu’à la dernière page.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue éditeur : Gasset

Lorsqu’il quitte Conakry avec sa famille pour fuir Sékou Touré, Hamadi a 11 ans, des parents qui s’aiment, un père respecté qu’on appelle Le Chirurgien, une mère douce et belle de qui il est le préféré, trois frères et sœurs dont il se sent déjà responsable. 40 ans plus tard, c’est un homme rompu qui hurle sur un brancard dans un hôpital parisien, ivre pour la énième fois. Ce jour-là, ses frères et sœurs, ceux venus d’Afrique et les deux nés Français, décident de le faire interner. Hamadi n’est plus l’aîné, fierté de la lignée, mais sa honte. Que s’est-il passé  entre-temps ?

Dans ce puissant premier roman, Salomé Berlemont-Gilles retrace les cinquante premières années d’un petit garçon tendre et fort qui se cognera vite aux murs de notre société pour découvrir le mensonge des mots inscrits au frontispice des bâtiments de notre République. C’est l’histoire d’un homme qui tombe, comme des milliers d’autres aujourd’hui. Mais c’est aussi celle des personnages qui, autour de lui, se battent pour le sauver et s’en sortir eux-mêmes, et parfois réussissent. Avec une poésie et une force foudroyantes, cette jeune auteur de seulement 26 ans signe son entrée en littérature.

Parution : 29 Janvier 2020 / Format : 141 x 206 mm / Pages : 288 / EAN : 9782246814382 prix 19.00€ / EAN numérique : 9782246814399 prix 13.99€

Sous les pavés la jungle, Simone Gélin

Vous rêvez d’une lecture tranquille ? Passez votre chemin. Vous rêvez d’une lecture qui va vous emporter, vous bousculer, à laquelle vous allez penser longtemps après avoir fermé la dernière page ? Foncez … et lisez « Sous les pavés la jungle » le dernier roman de Simone Gélin paru aux éditions Cairn, du Noir au Sud.

Domi_C_Lire_sous_les_paves_la_jungleSi en mai 68 les murs affirmaient Sous les pavés, la plage aujourd’hui Simone Gélin nous entraine dans un univers où elle l’affirme haut et fort on trouve Sous les pavés, la jungle.

Il s’appelle Milo, simplement parce que sa grand-mère était d’origine italienne, il s’appelle Kevin, mais il ne sait pas pourquoi, puisque sa mère l’a abandonné à la naissance en lui donnant ce prénom qu’il trouve ridicule. Ils se rencontrent à la prison de Fresnes, arrivés là presque par hasard pour l’un, comme si c’était une évidence inéluctable pour l’autre.

Milo a trempé dans une sombre affaire d’attaque à main armée. Reconnu par un témoin, il clame haut et fort son innocence mais ne pourra échapper ni aux mois de préventive, ni à l’enfer carcéral. Dans cette jungle où le plus faible devient la proie du plus fort, il faut se terrer et se faire oublier pour continuer à exister tout en gardant un semblant d’humanité.
A Fresnes il fait la rencontre de Kévin, jeune homme fragile qui ne saura pas résister à la pression et à la violence sournoise tapie entre ces murs, pourtant acceptée par tous, y compris par les matons semble-t-il, car elle est le seul moyen d’en sortir un tant soit peu indemne. Il va se lier entre eux une étrange amitié qui va résister au mal comme au pire, y compris par-delà les murs.

Pendant ses mois de préventive, et pour ne pas perdre totalement la raison, Milo s’est longuement penché sur les secrets inavoués de son passé. Sa mère l’a élevé avec sa sœur, mais elle a perdu la raison depuis bien longtemps, il veut comprendre pourquoi. Une fois libéré, il cherche d’où il vient. Ses investigations vont l’entrainer vers le bassin bordelais, à la rencontre d’un grand père inconnu et la découverte de l’amour qui a foudroyé ses grands-parents sur les barricades, source de tous les mystères. Chemin faisant il va également croiser la route de Mounia, échappée de l’enfer de la jungle à Calais, cette jeune femme le fascine. Avec sa sœur Sophie, ils vont assister à l’évacuation de la jungle, au déplacement de ces migrants éternellement voués à être déplacés, de pays en pays, loin de leurs terres et à la merci des malfrats et des passeurs.

De folles aventures en course poursuite, nous allons suivre Milo et Sophie de Paris au Cap Ferret, de Fresnes à Calais, de leurs vies à celles de leur mère et grand-mère, personnages particulièrement énigmatiques, à la recherche de leurs racines, puis revenir dans un présent empli de mystère et d’espoir.

Des barricades de mai 68 à la jungle de Calais, d’hier à aujourd’hui, des basfonds de Bordeaux, aux cellules de Fresnes, l’auteur nous propose une réflexion sociologique terriblement actuelle. Elle nous entraine dans une course pour la vie, nous prend aux tripes, nous fait aimer follement ses protagonistes, chercher réparation, mais aussi l’amour, la vérité, la lumière, dans un univers de violence et de vengeance contrebalancé par une belle et étonnante humanité. Avoir foi en l’homme et croire en l’amour, la vérité, la loyauté ou la justice ne sont pas de vains mots sous la plume de Simone Gélin. On ouvre Sous les pavés, la jungle, puis on s’y attache, on se laisse emporter, on vibre, c’est assurément une jolie pépite littéraire !

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Catalogue éditeur :  Cairn, du Noir au Sud

Enfer de la prison, zone de non‐droit de Calais, jungle féroce de la vie, faune humaine, aujourd’hui, jaillit un cri comme un slogan d’une autre époque… Sous les pavés la jungle.

Lauréate 2017 du Prix de l’Embouchure pour son roman L’affaire Jane de Boy, remis lors du festival Toulouse Polars du Sud, Simone Gélin intègre la collection Du Noir au Sud en signant un polar social et politique. Plus de détails

ISBN :  9782350686127 / 11,00 € TTC / Format     12 x 18 / Nombre de pages 344 / Date de parution mars 2018