La terre qui les sépare. Hisham Matar

Lire « La terre qui les sépare » c’est embraquer dans les pas de Hisham Matar pour un voyage de retour en terre libyenne.

domiclire_la_terre_qui_les_separe

Dans les années 1990, l’auteur n’a que dix-neuf ans lorsque son père est arrêté. Comme beaucoup d’autres opposants au régime Jaballa Matar va finir sa vie dans les geôles de Kadhafi. Hisham Matar, élevé par les femmes de la famille, va partir vivre en Angleterre. Lors de la fin du règne de Kadhafi, les prisons sont ouvertes, les prisonniers libérés, point de trace de ce père qui avait pourtant réussi à communiquer quelques années plus tôt en faisant passer de rares lettres à sa famille, et dont certains prisonniers se souviennent. Hisham Matar passe des années à rechercher son père, mais aussi des oncles, des voisins, tous ces hommes qui ont disparu simplement parce qu’ils avaient un autre avis, d’autres opinions que celles imposées par le dictateur et sa famille. Il va remuer ciel et terre pour tenter de savoir, faire intervenir ambassades, journaux, associations des droits de l’homme, allant même jusqu’à rencontrer le fils de Kadhafi, dans l’espoir d’une réponse à cette question lancinante restée à jamais irrésolue : où, et quand a réellement disparu son père.
Des années après, il revient en Lybie pour rencontrer la famille, pour comprendre. De ce voyage sortirons des articles dans le NewYorker, puis ce récit. Que l’on soit attiré ou pas par l’Histoire, ce livre est absolument passionnant et d’un grande qualité d’écriture. Jamais lassant, il se dégage de tout ce malheur un optimisme, un espoir en l’homme, et en même temps une image de la société en Lybie du temps de Kadhafi qui fait froid dans le dos, mais dont on avait pu lire par ailleurs d’autres témoignages tous aussi édifiants.
J’ai trouvé avec La terre qui les sépare un récit passionnant sur ce pays à l’histoire complexe. Passé d’une regroupement de tribus à une colonie italienne, puis sous le joug d’un dictateur sanguinaire, la Lybie fascine et interroge, et son avenir est tout sauf serein. Mais c’est également un très beau questionnement sur l’éducation, sur l’absence, le manque et l’amour du père.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Gallimard

The Return, Fathers, Sons and the Land in between
Trad. de l’anglais (Libye) par Agnès Desarthe

En 1990, Hisham Matar a dix-neuf ans lorsque son père, Jaballa Matar, disparaît. Celui-ci, après avoir trouvé refuge en Égypte avec ses proches, est enlevé et emprisonné en Libye pour s’être opposé dès le début au régime de Kadhafi. La famille reçoit quelques lettres, envoyées secrètement, jusqu’à ce que toute correspondance cesse brusquement. Vingt et un ans plus tard, lors de la chute de Kadhafi, en 2011, le peuple prend les prisons d’assaut et libère les détenus. Mais Jaballa Matar est introuvable. A-t-il été exécuté lors du massacre d’Abou Salim qui a fait 1 270 victimes en 1996 ? La détention l’a-t-elle à ce point affaibli qu’il erre quelque part, libre mais privé de souvenirs et d’identité ?
Hisham Matar va mener l’enquête pendant des années, contactant des ONG et des ambassades, relatant l’histoire de cette disparition dans la presse internationale, se rendant à la Chambre des lords en Angleterre, son pays d’adoption, s’adressant aux personnalités les plus inattendues,…Lire la suite

Collection Du monde entier, Gallimard / Parution : 12-01-2017 / Romans et récits / Littérature étrangère / Anglo-saxonnes – Arabes / 336 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 05-12-2016 / Pays : Libye / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070197118

Publicités

Le dernier amour d’Attila Kiss. Julia Kerninon

Avec « Le dernier amour d’Attlia Kiss » Julia Kerninon signe ici un deuxième roman tout en finesse. Petit livre au titre un peu étrange, mais qui emporte son lecteur, en peu de mots l’essentiel est dit et ressenti.

Domi_C_Lire_le_dernier_amour_d_atila_kiss_julia_kerninon.jpgNous découvrons Attlia Kiss, 51 ans. Il vit en Hongrie, marié, une vie pas très tranquille entre un beau-père mafieux sur les bords pour qui il accepte de faire quelques boulots et une femme qu’il aime, mais juste ce qu’il faut pour vivre ensemble, sans passion ni projets. Il traine sa carcasse au café Lukacz, le soir et souvent aussi dans la journée, entre deux boulots, chez Irisz, une jeune femme avec qui il aura des filles qu’il abandonnera le jour où il décide de changer de vie. Ses pas l’entrainent vers Budapest. Là, seul, sans femme ni argent, sans amis ni famille, il peint. Pendant des jours et des mois, il peint sa vie d’avant, pour exorciser, pour oublier, pour évacuer les souvenirs qui le minent.

Presque par hasard, à la terrasse d’un café, il rencontre Theodora, une jeune héritière, qui le suit chez lui et avec qui il va vivre. Pas simple, quand tout vous oppose.
L’âge d’abord, elle a vingt-cinq ans, il en a cinquante.
L’Histoire ensuite, ils appartiennent à deux pays autrefois ennemis aux populations encore meurtries par les années de guerre et les séparations de l’après-guerre, les trahisons, la partition d’un pays au profit de l’autre. On ressent cela aussi dans l’ambiance des grandes avenues de Budapest, tellement jolies mais reconstruites sur les blessures de la guerre puis de l’occupation Russe. On les ressent dans les mots et les gestes d’Attila, ses hésitations, ses soupçons, car, bien sûr, comment avoir confiance en cet autres que les générations passées ont honni ? Très intéressant de voir comment les ressentiments et les haines nationales sont encore prégnantes dans l’inconscient de ceux qui pourtant ne les ont pas vécues directement. Héritiers de haines encore vives sans doute.
Les différences sociales, puisque Théodora appartient à cette classe supérieure à laquelle il ne peut pas aspirer même en rêve, inatteignable et pourtant présente à ses côtés !
Les aprioris et les idées préconçues enfin, qui font qu’il est si difficile, lorsque l’on ne s’aime pas assez soi-même de comprendre que l’on peut être aimé pour soi. Nous assistons aux étapes de la relation, observation, émotion, sentiments, confiance et défiance, colère et compassion, passion et amour fou, tout y passe avec finesse et réalisme. C’est un court roman à l’écriture ciselée, tout en subtilité. C’est joli et parfois triste mais on en redemande !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre

«Par la suite, il se demanderait souvent s’il devait voir quelque chose d’extraordinaire dans leur rencontre – cette fille venant à lui sur la terrasse d’un café qui n’était même pas son préféré, qu’il ne fréquentait que rarement. Si elle était passée par là la veille, ou simplement une heure plus tôt ou plus tard, elle l’aurait manqué – il ne l’aurait jamais connue, il serait resté seul avec ses poussins et sa peinture et sa tristesse et sa dureté. Mais elle était venue, et il avait poussé doucement la lourde chaise de métal pour qu’elle puisse s’installer, et c’était comme ça que tout avait commencé.»

À Budapest, Attila Kiss, 51 ans, travailleur de nuit hongrois, rencontre Theodora Babbenberg, 25 ans, riche héritière viennoise. En racontant la naissance d’un couple, Julia Kerninon déploie les mouvements de l’amour dans ses balbutiements. Car l’amour est aussi un art de la guerre, nous démontre-t-elle avec virtuosité dans son deuxième roman.

Éditions Le Rouergue / janvier 2016 / 128 pages / 13,80 € / ISBN : 978-2-8126-0990-9